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29 août 2017

NiLem : interview pour l'EP Un abri dans l'incendie

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(Photo : Emilie Arfeuil)

Après une vie de réalisateur, d’arrangeur, de multi-instrumentiste sous son vrai patronyme, Clément Simounet, pour de très (beaux) projets (voir dans la biographie ci-dessous) et après une campagne de financement sur la plateforme de Crowfunding Kiss Kiss Bank Bank en avril 2016, NiLem a sorti au début de l’été un nouvel EP 6 titres (enregistré dans le Studio Garage - Paris Ménilmontant et le studio Mahel), Un abri dans l'incendie (publié chez Shamone Productions / Hedwige Denain & Clément Simounet et que vous pouvez écouter en intégralité ). Comme l’indique très justement le blog AIETV, il s’agit là d’« un instantané sur les turpitudes de l’âme humaine et du monde moderne, le temps qui passe inexorablement, et aussi une invitation à une réflexion nécessaire sur la condition humaine, sur les doutes et les tourments irraisonnés de l’homme sur son propre futur ».  Excellente analyse ! AIETV étaye encore plus ici.

J’ai déjà reçu NiLem, il y a 4 ans, à l’occasion de la sortie de son premier EP, Planter le décor. Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre, le 5 juillet dernier, par un bel après-midi ensoleillé, sur une terrasse d’un bar de Belleville.

clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandorBiographie officielle : 

NiLem est un trio puissant dans lequel dialoguent guitare, violoncelle et batterie, hissés par une voix profonde et rocailleuse invitant à des réflexions sur la condition humaine. Entre douceur et intensité, la musique de NiLem démontre que la pop folk en français a trouvé ses grands espaces.

Dans la vie ou sur scène, Nilem a donné à sa guitare la dimension d'un véritable compagnon de route. Elle est l'arbre à six cordes qui cache une forêt de savoir-faire car ce guitariste talentueux est également un compositeur, arrangeur, réalisateur, multi-instrumentiste qui a su placer tous ses talents au service de nombreuses collaborations : Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Luciole, NeeskensMadjo, Duberman, You & You, Kid with no eyes (Clément Verzi), Gaby Moreno, Jeff Brodnax, Lisa Portelli, Garance...

NiLem c’est une voix puissante, rugueuse, veloutée, pudique et tout en nuance qui convoque tout le continent Nord-Américain, qui peut nous surprendre à penser à Peter Gabriel, Cat Stevens, Ray LaMontagne ou Eddy Vedder. Un univers musical généreux, qu’il façonne avec tous les courants qui l’ont traversé depuis des années, nous transportant d’un climat Pop Folk Rock à une ambiance cinématographique qui nous rappelle aussi Fink ou Ben Howard.
NiLem aime jouer avec nos émotions, il nous caresse tout autant qu’il nous bouscule.

Depuis 2012 NiLem c'est près de 80 concerts en solo, duo ou trio de la France au Québec.

En 2014, après avoir parcouru les routes seul avec sa guitare et son Iooper, NiLem fait naitre le duo clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandoravec Octavio Angarita (Babet, Hugh Coltman, Namasté) au violoncelle. En 2016 la batterie de Gaëtan Allard (Souleyman Diamanka, Perfect Line, Ulrich Forman, Alex Hepburn, Balinger) rejoint le projet. Un trio qui ne laisse pas insensible, où la voix se faufile entre les peaux et cordes tendues et nous plonge dans des émotions aussi riches les unes que les autres, tantôt lyrique tantôt énergique. Le frisson devient notre meilleur ami lors de ces moments suspendus.

Argumentaire officiel d’Un abri dans l’incendie :

Après 4 ans de tournée dans toutes la France, NiLem (Clément Simounet) décide enfin d’enregistrer un nouvel EP intitulé Un abri dans l’incendie. Six titres portés par une voix puissante, profonde, rugueuse, veloutée, tout en nuances invitant à des réflexions sur la condition humain.

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clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandorInterview :

Pourquoi autant de temps entre ton EP Planter le décor et celui-ci ?

Parce que j’accompagne beaucoup d’artistes. Mais j’ai bien conscience que ça étire dans le temps mon projet NiLem. Il est pourtant très important pour moi car il m’oblige à me laisser du temps afin de proposer et défendre mon univers, d’écrire et composer mon propre répertoire, de chanter et d’être un peu plus sur le devant de la scène. C’est devenu un besoin vital. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé un certain équilibre entre ma vie d’accompagnateur et le temps passé pour NiLem.

Quand on travaille pour quelqu’un, on se met à 100% à son service.

C’est aussi pour cela que l’on fait appel à moi. Je m’adapte le mieux possible aux gens. Je sais m’immiscer dans un projet en apportant mon savoir-faire et mes connaissances. Je me mets entièrement au service de l’artiste qui fait appel à moi en me demandant ce que je peux lui apporter et de quelle manière on peut y arriver. C’est le contraire de mon projet. Là, ce sont les gens qui bossent pour moi et qui vont dans la direction que je souhaite. 

NiLem fait quoi comme musique ?

J’ai du mal à te le décrire. Il y a forcément du folk, de la pop aussi, parfois un peu post rock et même rock. Il y a de la douceur, mais il y a aussi de la colère. J’aime quand les choses explosent. En tout cas, je sais que je ne fais pas de la musique à la mode et que je ne suis pas « mainstream ». Par contre, j’ai travaillé avec des gens qui le sont plus que moi.

Comment on fait pour durer dans ce métier alors ?

C’est une question que je ne me pose pas. Avoir beaucoup d’activités musicales me permet de ne pas avoir de la pression par rapport à NiLem et de poursuivre ce projet sereinement. Je vis de la musique, ça me permet de rester moi-même sans concession. Je n’ai pas besoin de mentir et de faire ce que je n’aime pas. Je sais très bien où je n’irai pas et où je n’ai pas du tout envie d’aller.

"La discorde" (audio).

Quand j’écoute tes chansons, je trouve que ta musique parle d’elle-même.

Ça vient de mes influences. J’écoute beaucoup de musiques instrumentales et de musiques de films. J’en compose d’ailleurs moi-même. Les notes procurent des émotions. On n’a pas toujours besoin des mots pour raconter une histoire. Je considère que la musique a un langage plus universel que le texte. Les mots sont là pour ajouter du sens et pour appuyer un peu plus une émotion.

Quand je te vois sur scène avec Lisa Portelli (à droite) ou avec Garance, qui ne font pas la même chanson clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandorfrançaise, tu as l’air de prendre autant de plaisir avec l’une qu’avec l’autre.

J’ai du plaisir à faire de la musique tout court. Tu sais, j’ai fait du dub, de l’electro, du jazz, de la world music… je suis passé par plein de styles différents. Tant que j’ai un instrument, je créé des notes et de la musique. Même quand je joue pour des styles qui ne sont pas forcément ma tasse de thé initiale, je peux prendre beaucoup de plaisir sur scène. J’ai la chance de travailler avec des artistes talentueux, chacun dans leur style, et qui sont merveilleux humainement.

NiLem sur scène, c’est extrêmement varié.

Je n’ai pas envie de proposer mes chansons banalement. Je veux aller plus loin et bousculer le spectateur. Mes concerts ne sont pas linéaires. C’est un peu une machine à laver émotionnelle. Avec ce que l’on fait sur scène, soit les gens  m’écoutent religieusement, soit ils bougent et dansent. Je passe de la douceur aux rythmes plus électrisants.

Tu te considères comme un chanteur à textes ?

C’est un sujet épineux que tu veux aborder (rires). Je ne viens pas du tout de la chanson francophone, j’ai plus une culture nord-américaine, soul, anglo-saxonne. Je n’ai pas la prétention de dire que je fais de la chanson à textes parce que, pour moi, le texte n’est pas prédominant. Je mets la mélodie, l’arrangement et le son avant lui. Je dis souvent que je fais de la pop folk francophone. C’est chanté en français, mais ma musique est hors frontière.

Comme tu viens du rock, pourquoi ne fais-tu pas des chansons plus rock dans tes EP ?

Parce que peut-être que la musique que je joue en tant que NiLem est la mienne. Quand j’enregistre une chanson, c’est le fruit de ce que je suis et ce que je ressens. Le NiLem rock, comme je te le disais tout à l’heure, tu peux l’entendre un peu plus sur scène. Mais je ne suis pas à  l’abri de changer aussi les choses sur disque, de prendre de nouvelles directions.

Session acoustique de "Retour à l'envoyeur".

Es-tu heureux de comment les choses se passent pour toi professionnellement ?

J’aimerais bien accélérer ma vitesse de croisière. Mais je m’estime déjà heureux de vivre de ma passion. Je passe beaucoup de temps à imaginer la suite, ce qui permet de continuer à avancer d’année en année.

Tu es un artiste plein de surprises et je sais que tu as beaucoup de capacités. Je reste persuadé que tu ne nous as pas tout montré.

Il ne faut pas tout montrer et  utiliser toutes ses cartouches d’un coup (rires). Il faut toujours créer, ne pas s’arrêter, aller dans des directions qu’on n’a pas encore exploré, voire essayer d’aller dans des directions que personne n’a exploré. C’est une gageure extrêmement difficile à relever.

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Après l'interview, le 5 juillet 2017.

27 août 2017

La Truffe de Périgueux - Trophée France Bleu : bilan et photos de la finale

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truffe de périgueux,finale,ours,tibz,pic d'orChaque été à Périgueux, se tient le concours de chanson française La Truffe. Cette année, elle a signé sa 33e édition.

La Truffe d’argent de Périgueux est un concours co-organisé par la ville de Périgueux et  l’association CLAP en partenariat avec France Bleu Périgord. Ce concours souhaite favoriser l’émergence de nouveaux artistes interprètes et Auteurs compositeurs interprètes.

Il propose trois catégories ouvertes à tous les artistes s’exprimant à travers deux chansons. La première en langue française, la seconde dans la langue de leurs choix (ne rentrent dans le cadre du concours uniquement les chansons chantées en français) : CATEGORIE JEUNES ESPOIRS, CATEGORIE INTERPRETES, CATEGORIE AUTEURS-COMPOSITEURS-INTERPRETES (ACI). C'est évidemment cette dernière catégorie qui m’intéressait. Voici les forces en présence :

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J’ai été invité pour être membre du jury pour la soirée de la finale, le 25 août dernier. Franchement ravi d'être présent, car cela faisait des années que j'entendais parler de ce tremplin. Y mettre un pied (version coulisse) n'était pas pour me déplaire. Voici mes collègues jurés.

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Je tiens à remercier l'organisation (avec ses formidables bénévoles) pour l'efficacité de cette manifestation et aussi pour l'accueil irréprochable.

Je suis arrivé vers 16h... le pop-rockeur Marengaux (mandorisé là) était en pleine répétition. Et je découvre ce décor naturel magnifique. Il fait beau, les gens sont agréables, l'expérience Truffe commence à sentir bon (pardon, pas pu m'empêcher).

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Un peu plus tard, c'est autour du président du jury (et actuellement un peu chanteur à succès), Tibz, de répéter. 

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Dans les coulisses, debout et de face, trois demi-finaliste dans la catégorie ACI : Axel, chanteur du groupe For The Hackers, Alysce et Marengaux. (For The Hacker et Alysce seront finalistes).

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Asseyez-vous à vos places messieurs et mesdames les jurés, le tremplin va bientôt commencer...  tout est expliqué dans ce dossier.

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Effectivement, tout y est. A nous d'assurer le mieux possible avec le maximum d'objectivité. 

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Le jury est fin prêt. 

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Il est composé donc (de droite à gauche) : Yvan Vanouche (producteur V-Music), Thomas Demol (responsable des programmes de France Bleu Périgord), le président du jury, Tibz (auteur-compositeur-interprète), Gabriel Valdisserri (directeur de France Bleu Gironde), Sandrine Formantin (déléguée régionale de la SACEM), Francis Célérier (actuel directeur du Conservatoire de Musique et de Danse en Haute Vienne et musicien de jazz), bibi, Corinne Labat (présidente du Pic d'Or) et Maître Estrade (huissier de justice à Périgueux chargé de veiller au bon déroulement des votes).

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(Photo : Radio France)

C'est parti, donc!

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Les For The Hackers en action. Le pop rock electro à la française. Très efficace. 

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Les mêmes.

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Ryadh, entre chanson/groove/hip-hop. Un artiste très doué.

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Voici la lauréate de la catégorie interprète, Emma Djelil (foin de suspens).

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(Photo : Radio France)

Elle a chanté "Je suis un homme" de Zazie admirablement. Victoire méritée. 

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(Photo : Arnaud Loth - Sud-Ouest)

Le public du parc Gamenson est venu nombreux.

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(Photo : Radio France)

La lauréate de la catégorie ACI (auteur-compositeur-interprète), Alysce. Cœur sans filtre et voix de velours (exceptionnelle), elle nous a proposé des morceaux de vie avec révolte, ironie et beaucoup de tendresse. Elle mêle la voix à la guitare, inspirée par le répertoire classique. Son jeu de guitare est impressionnant. Bien sur, du coup, elle sera bientôt mandorisée car elle sort un EP prochainement. 

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(Photo : Radio France)

Victoire méritée (bis)!

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(Photo : Arnaud Loth - Sud-Ouest)

Je viens de vous donner les résultats, mais avant de les connaitre, il a fallu que le jury se réunisse (dans une salle secrète gardée par 25 gardes du corps (quoi j'en fait trop?)) Je dois dire qu'il n'a pas fallu longtemps pour que l'on se mette d'accord. Nous étions presque tous sur la même longueur d'ondes. Ici de gauche à droite, Tibz (bonjour président!), Maître Estrade (notre surveillant général en chef) et Corinne Labat (madame Pic d'Or).

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De gauche à droite : Un type qui monopolise la conversation (il y a toujours des lourdingues partout), Gabriel Valdisserri (le grand manitou de France Bleu Gironde), David Théodorides (le grand manitou de la Truffe de Périgueux puisque directeur de l'association CLAP) et Tibz (chanteur en état de marche).

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Et oui, on est sérieux et ça ne rigole pas. 

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D'ailleurs, Tibz, c'est qui, il chante quoi? 

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Le tube de l'été, répondit l'écho!

Sinon, il s'est fait repérer avec cette chanson.

Bref, pendant que nous délibérions, le talentueux Ours (Charles  Souchon, fils d'une de mes idoles) a fait patienter le public. Ici avec Nicolas Voulzy (connu sous le nom d'artiste de Lieutenant Nicholson et fils d'un chanteur qui bosse pas mal avec une de mes idoles).

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(Photo : Arnaud Loth - Sud-Ouest)

Placement de produit hyper discret (faut bien vivre ma bonne dame) : Ours sort un nouvel album le 6 octobre prochain, Pops (6 jours avant la sortie du livre de l'excellent François Alquier, L'aventure Starmania chez Hors Collection, 24 euros 90, en vente partout). Hum... ça va sinon?

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(Photo : Radio France)

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(Photo : Radio France)

Après la délibération, Tibz a rejoint Ours pour chanter une chanson de Bashung (qui se passe dans le Vercors et où il est question de saut à l'élastique,  je ne sais pas trop, j'ai pas bien compris. C'est un peu n'importe quoi la chanson française parfois!)

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(Photo : Radio France)

Pour presque conclure la soirée, Tibz a chanté son tube "Nation" (voir plus haut).

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(Photo : Radio France)

Revenons à Ours (ici lors du pot de l'amitié, qui est aussi le pot de départ...) Sans rire, son nouvel album semble très prometteur, si j'en juge le premier single.

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Premier single, déjà clippé que voici : 

A l'issue des résultats, tout le monde (artistes, présentateurs, organisateurs) rejoint la scène. 

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(Photo : Radio France)

J'ai fait poser Alysce devant sa moisson du jour : prix du jury, de la SACEM et du public... excusez du peu! (J'aime quand  les gens sont pétris de talent et qu'ils sont d'une gentillesse confondante).

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Photo finale : la plupart des artistes (finalistes et demi-finalistes).

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Je ne terminerai pas sans remercier toute l'équipe de l'association CLAP qui ne font pas qu'organiser ce tremplin (cliquez sur CLAP, vous comprendrez!) Merci à tous, donc.

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Un salut tout particulier à celui qui m'a emmené dans cette nouvelle aventure, l'animateur Eric Casabonne.

24 août 2017

Camille Hardouin : interview pour son album Mille Bouches

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(Photo : Maya Minhidou)

Camille Hardouin, anciennement la Demoiselle Inconnue, vient de sortir son premier album, Mille Bouches, sur le label « Mon slip » (Christian Olivier) et L’Autre Distribution. Cette brillante artiste, toute en émotion, écrit des textes élégants entre romantisme et malice. La chanteuse interprète des histoires intimes, sincères et drôles, accompagnée par une guitare parfaitement maîtrisée. Elle manie le verbe et l’art musical avec un sens de la mise en scène savoureux et subtil. L’amour encore et toujours, la rencontre et la fragilité, le bonheur de la vie à vivre pleinement sont au cœur des 10 chansons. Une œuvre imprévisible dans la chanson française actuelle, réalisée par Seb Martel qui sait ce qu’économie de moyens et mystère des sons feutrés veulent dire.

Le 1er juillet dernier, elle est venue me rendre visite à l’agence pour une première mandorisation.

17309624_10154476762326239_4785469293311688927_n.jpgArgumentaire de l’album (signé Gaspar Claus) :

Le monde ne fournira jamais assez de bras pour porter toutes les histoires qui dansent dans la vie de Camille Hardouin. Et pourtant, c’est là, sur ces bras comme le fleuve devant lequel on s’assoit pour contempler son eau toujours renouvelée, sur ces bras toujours les deux mêmes, que Camille inscrit et efface et puis retrace les textes de ses chansons.

Et heureusement, heureusement que les deux bras de Camille durent tant de kilomètres. Ils font de ce disque une étape, un moment de pause sur la Grand Route, un récif d’où nous déployons la carte d’un territoire immense et parcourons les pays traversés des longs doigts d’une demoiselle qu’on aimerait tant connaître, avant d’égarer nos yeux vers l’horizon aux mille promesses offertes par ses mots, par sa voix et par ses gestes de rires, de soucis, de révoltes, d’amour et d’espoirs.

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(Photo : Maya Minhidou)

IMG_4112.JPGInterview :

Je t’ai connu La Demoiselle Inconnue. Raconte-moi comment tu en es arrivée à créer ce personnage ?

C’est une envie de raconter des histoires qui s’est transformée en une envie de raconter des histoires avec de la musique. Ce qui s’appelle donc des chansons. J’écrivais depuis toute petite. Des histoires, des poèmes…

Qu’est-ce que tu pouvais raconter à 12 ans ? A cet âge, on n’a pas vécu grand-chose.

En fait, tu racontes quelque chose que tu t’imagines vivre ou ressentir. Rétrospectivement, quand tu relis tout ça, c’est à la fois ridicule et touchant. J’adorais les livres et je n’arrivais pas à dormir, donc j’en ai « mangé » beaucoup. Au bout d’un moment, il n’y en avait plus. J’étais absolument démunie quand j’ai terminé la bibliothèque. Du coup, comme j’avais appris à écrire, je me suis dit que, peut-être, je pouvais écrire moi-même des histoires que je mettrais dans la bibliothèque afin de pouvoir les lire après (rires). J’ai fait ça, mais, évidemment, ça n’a pas du tout marché parce que je connaissais déjà les histoires. La finalité, c’est que j’ai découvert que j’adorais écrire.

Quand ta première guitare arrive dans tes bras, il y a un déclic ?

Par le même mécanisme, dès que l’on m’a appris des chansons, je me suis dit qu’avec les accords que je connaissais, je pouvais moi aussi en faire. Cela s’est fait très naturellement.

Clip de "Ma retenue".

Il y a eu un moment où tu as envisagé sérieusement de faire ce métier ?IMG_4114.JPG

Non. Il y avait simplement des choses que je voulais dire et la nécessité de partager cognait à la porte depuis longtemps. Après, il faut trouver la route et démêler les peurs que l’on peut ressentir. Quand je dis « les peurs », ce n’est pas forcément conscient, c’est plutôt intérieur. S’autoriser à se mettre à nu n’est pas une évidence.

Tes chansons sont aussi pudiques que sensuelles. Quand tu chantes, j’ai l’impression que tu te confies à moi, que tu me chuchotes même parfois ce que tu racontes.

Je chante pour une personne fois autant que l’on veut. J’avais envie qu’avec ce disque, on retrouve l’intention qu’il y a, pour moi, en concert. Je chante depuis un ventre jusqu’à un autre ventre. Si c’est d’une bouche à une oreille, alors c’est avec le moins de millimètre possible entre les deux. Je trouve qu’il y a des choses que l’on ne peut dire que quand on est perdu à deux au milieu de la nuit. Je fais donc en sorte que l’on soit perdu au milieu de la nuit avec mes chansons.

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IMG_4148.JPGTu travailles sur la fragilité, non ?

C’est tout à fait ça. Tu me parlais de pudeur et d’impudeur, c’est un travail sur l’intimité aussi. C’est comme quand tu as une relation de confiance avec une personne, que ce soit dans l’amitié ou dans l’amour, c’est un mélange de mystère et d’intimité révélés qui fait que tu te sens très proche de l’autre.

Ce disque a été enregistré avec des musiciens de confiance, des amis.

C’était essentiel. Ce sont des êtres merveilleux. Il y a eu un long travail préparatoire pour parvenir à avoir complètement confiance les uns envers les autres. Ce n’est qu’ainsi que j’ai pu faire un disque si intimiste et sincère.

La demoiselle inconnue, c’est le départ de toi qui se met en avant ?

Je vais t’expliquer pourquoi je m’appelais La Demoiselle Inconnue. Longtemps avant de vouloir faire de la musique comme un projet, en 2005, je vais voir à l’Olympia, le concert d’un artiste que j’aime beaucoup, Devenda Banhart, dans le cadre du festival des Inroks. Avec une amie, on est au deuxième rang à regarder le spectacle. Je lui parle entre les chansons au lieu d’écouter religieusement ce qu’il se passe. A un moment donné, je me retourne et je m’aperçois que Devendra Banhart à proposé quelque chose puisque le concert s’est arrêté et que quelqu’un à ma droite lève le bras pour se désigner. Je me maudis parce que j’ai moi aussi envie d’interagir. Mais la personne se dégonfle alors je lève le bras sans savoir de quoi il en retourne. Je me retrouve sur scène et Devandra Banhart me tend sa guitare. Je comprends qu’il souhaite que je joue une chanson. Des années plus tard, je cherche un nom pour mettre en avant mon projet musical. J’avais l’habitude d’aller voir de temps en temps les comptes rendus du concert des Inroks auquel j’ai participé sur différents blogs. Je savais que certains faisaient état de mon passage. Beaucoup me désignaient comme « la demoiselle inconnue ». Je suis hyper touchée par ça parce que je trouve ce nom merveilleux, plein de mystère et d’intimité déjà. Voilà pourquoi, je me suis appelée La Demoiselle Inconnue pour présenter les chansons que je portais.

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Pourquoi as-tu abandonné La Demoiselle Inconnue ?IMG_4159.JPG

C’est un nom que j’ai porté avec plaisir jusqu’au moment où il est tombé tout seul. Ce nom portait autre chose. A un moment, la sincérité que je voulais obtenir a fait tomber ce que je n’estimais pas être un masque, mais qui, au fond, en était un quand même. Bizarrement, depuis que j’ai repris mon nom, j’ai fait beaucoup plus de choses et je me suis mise beaucoup plus à nu. C’est comme s’il y avait eu un rite initiatique invisible (rires).

camille hardouin,la demoiselle inconnue,interview,mille bouches,mandorTu as sorti un EP en 2013, Dormir seul. Puis, plus rien jusqu’à cet album…

Ca a pris longtemps parce que je fais les choses assez lentement. Comme je te l’ai dit, il a fallu trouver des gens avec qui tisser une confiance. Il faut savoir aussi que l’album a été enregistré il y a plus de deux ans. Il y a eu ensuite plein de péripéties pour réussir à le sortir.

Puisque tes chansons ont deux ans, elles ne sont pas déjà vieilles pour toi ?

Non. Une chanson, c’est toujours une nouvelle couleur d’un grand kaléidoscope. Le kaléidoscope existe et il grandit avec de nouvelles couleurs de nouvelles chansons, mais la couleur d’avant ne devient pas moins colorée. Ca ne devient pas fade avec le temps. Sur l’album, il y a des chansons que j’ai écrite il y a dix ou quinze ans, comme « La vagabonde » et d’autres que je venais d’écrire juste avant l’enregistrement. La question, c’est « comment ça s’imbrique ensemble ? » et pas « quand vais-je écrire une nouvelle chanson ? »

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Fou rire...

IMG_4166.JPGIl y a une magie de la création ?

J’emploierais bien le mot magie, mais dans un sens presque quotidien, des petites sorcelleries que tu fais. Comme faire un enfant. Tu l’as fait toi-même, mais cela te dépassera toujours.

Est-ce qu’un album légitime le fait d’être chanteuse ?

En tout cas, ça m’a calmé.

Pourquoi ?

Pour moi, l’objet est important. Faire un disque, c’est un peu comme écrire un  livre. Raconter une histoire au travers d’un objet, ça aussi, c’est aussi une petite sorcellerie. Un disque, ça veut dire aussi que le chemin est un petit peu commencé. Ça rassure. Et puis, faire un disque, c’était un rêve… mais il m’en reste encore plein. Ça m’a calmé parce que j’ai tendance à me demander combien de temps je vais vivre et est-ce que je vais avoir le temps de dire tout ce que j’ai à dire pendant que je suis vivante.

Je sais que tu as pris soin de ta pochette avec ces merveilleux dessins. Le visuel est important chez toi ?

Il y a du visuel dans les mots et il y a des mots dans les images. Tout parle à tout.

Quand on écoute ton album, on connait parfaitement Camille Hardouin ?IMG_4175.JPG

(Grand éclat de rires) Oh non ! Je ne prétends déjà pas me connaître. Mes chansons me connaissent sans doute mieux que moi. Dans l’album, il y a dix chansons et des chansons, j’en ai vraiment beaucoup. Sur scène, quand je peux, je fais des concerts de deux heures et quart et je n’ai pas tout joué.

Il y a des parties chantées en anglais. Quand tu chantes dans cette langue, tu ne chantes pas du tout de la même façon qu’en français.

Tu n’es pas le premier à me le dire, moi, je ne l’avais pas conscientisé. Aujourd’hui, mon écriture s’est sans doute mélangée dans cette manière de venir étendre et raconter des choses qui sont peut-être un peu plus abstraites et plus métaphoriques en français, alors qu’avant, c’était plus mon écriture en anglais qui était comme ça… des espèces de juxtapositions d’impressions. Dans mes nouvelles chansons, je chante plus que je ne raconte.

Tu explores beaucoup le sujet de l’amour.

C’est vrai aussi bien dans mes chansons que dans ma vie. J’essaie d’en parler sans jugement. Souvent on évoque l’amour comme quelque chose qui serait merveilleux ou évident, mais ce n’est pas seulement ça. C’est aussi une chose lourde, effrayante, intense dans beaucoup de sens à la fois.

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Tu as fait la couverture d’Hexagone. La classe !

Ca fait extrêmement plaisir. Nous nous sommes beaucoup amusés à faire cette séance photo. Hexagone fait un travail vraiment fantastique, donc je suis honorée et joyeuse de ça.

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product_9782070751563_195x320.jpgUn artiste, c’est  le roi du monde ?

C’est le roi d’un monde, ce qui est très différent. Je ne sais pas si c’est le roi ou le fou la place juste de ce monde-là qu’on invente. Mais peut-être est-ce la même place que celle du dehors, celle du funambule, le funambule de Jean Genet. Le funambule fait un truc merveilleux que personne ne va remarquer. Mais peut-être qu’il n’est merveilleux que pour lui… Il a  un espèce d’habit de lumière qui parait un outrage et une chose sale si on le voit de trop près. C’est le voir d’un peu loin qui permet à la magie de se mettre en place. Genet parle avec beaucoup de justesse de cet équilibre sur le fil qui devint une impossibilité à marcher dans la vie. Je pense qu’un artiste à cette place-là. Le roi est assis sur un grand fauteuil massif et lourd dans un palais froid et le funambule a une couronne invisible et c’est celui qui apprend à voler et qui peut-être va mourir à chaque instant.

Cette dernière phrase de l’interview résonne curieusement, quand, quelques semaines plus tard, Barbara Weldens, ex circassienne et chanteuse extraordinaire a trouvé la mort tragiquement (voir là, mon hommage).

Dans le cadre de Festiv’Allier, Camille Hardouin lui a rendu hommage dans l’église de Langogne, le 4 août dernier.

Le 10 août, voilà le texte qu’a publié Camille sur son site :

UN MOMENT POUR BARBARA / TERRE D'OUBLI


Le festival m'avait appelée pour venir jouer
jouer parce qu'ils étaient bouleversés et qu'ils avaient réfléchi
qu'il fallait de la musique, que pour Barbara, c'était ce qui était juste,
surtout pas d'absence de la musique
expliqué qu'elle devait jouer, qu'elle n'était plus là, est ce que je pouvais venir
pour qu'il y ait de la musique quand même,
qu'ils avaient pensé qu'il fallait de la musique quand même.
j'avais dit oui.

On réfléchissait à faire ou dire quelque chose
on m'avait demandé de venir chanter et c'était une place particulière
venir mettre de la musique parce qu'il n'y en avait plus
ça disait l'absence
mes notes dans un endroit d'absence de notes

alors on cherchait ce qui sonnait juste - des mots ou du silence, quelque chose

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(Photo : Marylène Eytier -Aubondeclic.com)


là bas, j'étais toute seule les premières heures,
j'ai trainé dans la ville, marché jusqu'au lac
et puis je suis revenue dans la ville, près de la scène
il y avait une très vieille église, juste à côté
je suis entrée à l'intérieur
elle était très belle et très sombre
il y a des lieux de culte où je me sens très mal, pas bienvenue
là, ce n'était pas comme ça

alors j'ai proposé de chanter quelque chose
dans la vieille église, avant les concerts
un moment pour Barbara
un moment pour traverser
un moment pour le chagrin
pour ensuite écouter les concerts ou chanter sur la scène sans forcément parler du chagrin mais en ayant traversé ça
un moment pour que ce soit l'inverse d'être là à la place de quelqu'un
pour dire la place de quelqu'un
pour dire sa place, et son nom, Barbara.

Terre d'Oubli c'est un chant
un chant inventé, un chant venu tout seul
un chant comme une cérémonie et comme un cadeau
pour les morts et ce qui reste des morts dans les vivants
et pour les vivants qui vont mourir aussi, mettre le chant à l'intérieur d'eux,
pour plus tard

c'est beaucoup de choses à la fois que je ne sais pas très bien dire.

ce jour là c'était chanter pour Barbara
Barbara Weldens son nom dans nos têtes et sur les affiches
son grand sourire et son cri dans les programmes
moi je ne la connaissais pas on ne s'était pas rencontrées, j'allais dire pas encore.
chanter pour elle et pour ceux qui la connaissaient
et chanter pour dire la mort qui est venue
le dire, oui

j'avais gardé la même tenue colorée et légère que pour la scène
parce que tout le monde parlait de la joie et de la tornade de Barbara
alors je ne voulais pas me déguiser autrement - je suis restée comme ça, avec les fleurs, avec tout

On avait coupé la musique de l'église mais on entendait un concert au loin
une trentaine de personnes étaient assises dans le noir

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(Photo : Dominique Condou)

j'avais cette chanson de deuil dans les mains
cette chanson pour les morts
j'ai expliqué un peu, je n'avais rien pu préparer, j'ai bafouillé
j'ai expliqué que j'allais chanter et puis me taire
j'aurais aimé dire des choses plus justes, avec encore moins de mots.
mais finalement la seule chose que je voulais dire c'était ce qu'il y avait dans la chanson
c'était ce qui était dit avec cet endroit très ancien
avec les gens dans le noir rassemblés
et ce moment voilà rien que pour dire ça pour penser à ça
pour peut-être même pas penser, pas traverser non plus mais
être avec cette chose là, la mort de Barbara.

j'ai chanté

ensuite je me souviens de gens que je ne connaissais pas,
ils étaient dans mes bras et ils pleuraient
quand tout le monde est parti
j'ai allumé une bougie
et j'ai mis l'argent de la bougie dans le tronc des fleurs
seulement toute seule dans l'église j'ai pleuré moi aussi

c'était la chanson et ces gestes là
tout ce que je pouvais dire

Avant de quitter l'agence, Camille Hardouin a tenu à me faire un dessin... il pleurait à torrent ce jour-là. Merci à elle!

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12 août 2017

Thomas Gunzig : interview pour La vie sauvage

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(Photo : Colerebelge Branden)

Thomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. Après l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables (pour lequel je l’avais mandorisé, ) le voici de retour  avec un livre formidable, La vie sauvage. Un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste (oui, oui, aussi) qui revisite le mythe du bon sauvage qui découvre la civilisation. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne laissera personne indifférent.

Le 15 juin 2017, je suis allé à la rencontre de Thomas Gunzig, dans les locaux de ses attachées de presse. Rencontre avec un homme toujours en colère… mais un peu apaisé.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor4e de couverture :

Seul survivant d’un accident d’avion recueilli par des mercenaires, Charles vit durant quinze ans dans la jungle d’Afrique centrale. Lorsqu’il est retrouvé grâce à – ou à cause de – la toute-puissance de Google Maps et des réseaux sociaux, il part retrouver ce qu’il reste de sa famille en Belgique.

Là-bas, il découvre une autre sorte de vie sauvage, urbaine et polluée à laquelle il doit s’acclimater mais également une nouvelle famille qu’il doit apprivoiser. Entre sa tante obsédée par son corps et la consommation, son oncle petit politicien suffisant et véreux, son cousin ado perdu dans les tréfonds d’internet et sa cousine boudeuse et disgracieuse, il tente de comprendre ce nouveau monde.

Mais alors qu’il s’intègre doucement à la société́ civilisée grâce à ses camarades de classe et une équipe pédagogique qui rivalise d’attention pour l’aider, il met en place son plan pour retourner en Afrique retrouver Septembre, son grand amour.

L’auteur :

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles où il vit. Nouvelliste et romancier traduit dans le monde entier, lauréat du Prix Victor Rossel, du Prix des Éditeurs et du Prix triennal du roman, il est chroniqueur à la radio RTBF et écrit pour la scène. Coscénariste du Tout Nouveau Testament récompensé par le Magritte du meilleur scénario, il travaille également pour le cinéma.

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thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandorInterview :

Comment est venue l’idée de Charles, ce personnage atypique ?

Mon précédent livre « Manuel de survie à l’usage des incapables » était une sorte de road movie qui bougeait beaucoup, là, j’ai eu envie d’un livre plus confiné avec des situations plus fermées. En lisant Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai été bluffé par la façon qu’il a eu de relater un milieu, un univers clôt et étouffant. J’ai ressenti le besoin d’essayer de faire quelque chose de similaire.

Pourtant, tu as toujours été fasciné par les super-héros qui ont des supers pouvoirs.

J’adore ces gens qui n’ont l’air de rien, dont on ne se méfie pas, mais qui ont une double identité. J’ai eu l’idée de cet accident d’avion, de ce bébé élevé par des militaires locaux en Afrique centrale en pleine guerre et qui finit par posséder un super pouvoir original : une super culture, une connaissance presque surnaturelle de la littérature et des sciences humaines.

Charles est aussi un adolescent qui est en proie à tous les tourments et les émotions liés à son âge.

Même s’il a été entrainé à faire la guerre, s’il a vécu beaucoup de violence, il reste un ado « normal ». Toutes ses opinions, il va les puiser dans cette culture insensée qu’il possède.

Son rapport avec les psys n’est pas brillant.

Tous les personnages du roman pensent que ce garçon est malheureux, traumatisé parce qu’il a vécu des choses terribles. J’ai l’impression un peu intuitive qu’en règle générale les gens ne réagissent jamais comme on l’imagine. Lui a traversé tout ça, mais n’a pas plus de raison d’être traumatisé par ce qu’il a vécu par rapport à ce qu’a vécu un élève du lycée.

Charles pense même que la civilisation est beaucoup plus dure que ce que lui a vécu.

Il considère que le monde et la violence qu’il a connu ne sont pas pires que celle sourde, insidieuse et quotidienne de notre monde à nous. Ici, la violence ne dit jamais véritablement son nom : la violence sociale. La violence du patron envers son employé, celle du prof envers l’élève, du psy envers son patient qui ne va pas très bien. Je trouve que toutes ces violences-là sont aussi abominables et difficiles à vivre que la violence claire et  nette de la guerre. Notre civilisation nous fait une guerre permanente et je pense que l’on peut plus ou moins essayer de résister.

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Un auteur, des livres et des chouquettes!

Charles arrive à s’adapter à n’importe quelle situation. Il est apprécié par tous.

Il a effectivement un talent d’adaptation important. Le fait qu’il dégage une impression de liberté par rapport au monde dans lequel il est le rend assez fascinant par rapport aux autres ados. Il devient vite le centre d’intérêt des garçons de la classe et objet de convoitises des filles.

Il lui faut de l’argent et il est prêt à tout pour en avoir.

Il est terriblement déterminé par rapport à sa volonté de retourner en Afrique et de mener à bien le plan qu’il a fomenter. Il doit gagner de l’argent, même si ce n’est pas de manière très noble.

Une de ses méthodes pour endormir tout le monde, c’est de faire semblant d’être naïf.

Disons qu’il ne dévoile pas son jeu immédiatement. Il en sait plus que tout le monde, mais ne dit rien en conséquence. Du coup, personne ne se méfie de lui. Aucun super héros n’arrive à un rendez-vous en disant « Batman, c’est moi ! »

C’est aussi un sacré manipulateur !

Il l’est, mais n’aime pas l’être. C’est un personnage qui a une notion très profonde de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il sait parfaitement quand il transgresse, quand il passe la frontière du bien, mais il le fait sans hésiter si c’est pour atteindre son but.

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Pendant l'interview...

Quand son « nouveau » frère lui monte le Dark Web et ce que l’on y voit, Charles est presque choqué alors que lui a connu la vraie violence.

Il a connu la violence guerrière, une violence qui a un but. Sur le Dark Web, c’est du voyeurisme malsain. On est dans quelque chose de pathologique qui dégoute profondément Charles. On devient le spectateur des monstruosités et des perversions du monde pour des petits plaisirs pervers personnels.

Tu en as vu ?

Oui, mais j’ai très vite arrêté tant cela était écœurant et insoutenable.

Selon toi, la société devient-elle complètement tarée?

La civilisation est comme un vernis. Sous ce vernis, il y aura toujours un grouillement bizarre de phantasmes, d’égoïsme et de la noirceur de l’âme humaine. Sous ses dehors reluisants, il se passe des choses sombres et terrifiantes.

Charles a-t-il de la morale ?

Il a en a beaucoup, mais il n’est pas coincé dessus. Il peut la transgresser s’il n’a pas le choix.

Y a-t-il un point commun entre ton jeune héros, Charles, et toi ?

Quand j’étais petit on m’avait diagnostiqué dyslexique. On m’avait dit que je ne pourrais pas faire des études normales. Des psys me regardaient en me disant « mon pauvre enfant ! » Je garde contre les psys une certaine rancœur parce qu’ils m’ont mis dans un enseignement spécial. Ils ont eu tort. J’aurais été très heureux de faire des études normales. Ce qui est terrible quand on est enfant, c’est de se prendre dans la figure toute cette assurance théorique et bienveillante de quelqu’un qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Cette bienveillance douce, à l’image de cette société, va t’expliquer ce qui est bien, ce qui n’est pas bien, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas. C’est d’une violence incroyable, un écrasement psychique complet. Quand tu es jeune, tu ne t’en rends pas compte, mais ça te met dans une rage terrible. Tu te sens mal, tu te sens triste, tu te sens minable, tu te sens comme une petite merde.

Je comprends mieux certains passages de ton livre. L’écriture te permet d’exorciser pas mal de choses négatives alors ?

Toute émotion est intéressante si elle sert ton travail. Même les émotions négatives. La jalousie, la vengeance, la colère, l’avidité sont des émotions qui te mobilisent intérieurement et qui peuvent être un bon moteur créatif.

Paradoxalement à ce que l’on vient d’évoquer, ton livre est finalement un formidable roman d’amour.

C’est ce que j’avais envie de faire. Ça fait un quart de siècle que j’écris des bouquins et je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Cela me démangeait.

La vie sauvage sort un peu du lot. Il est plus « classique », même s’il ne l’est pas totalement. As-tu eu l’impression de tourner en rond ?

Non, mais j’en ai eu assez d’écrire des livres à l’imaginaire très barrés, avec de la science-fiction, beaucoup de cynisme et d’ironie noire. J’ai eu envie de creuser un peu plus loin et de me tester à une écriture plus « classique ».

Il y a tout de même une toute petite goutte de magie et de mystère…

Je ne peux pas m’en empêcher parce que j’y crois un peu. Je suis même allé voir un sorcier qui habite à Bruxelles avec mon manuscrit Je lui ai dit qu’il fallait que ce bouquin fonctionne bien et que je passe au niveau supérieur pour que je puisse m’acheter ma maison. Le professeur Malik a fait une petite cérémonie.

Tu te moques de moi, là ?

Non, je te jure que c’est vrai. Ça m’a coûté 20 euros (rires).

La première fois que l’on s’est vu, il y a quatre ans, tu me parlais déjà de la volonté que tes livres se vendent.

Grace au cinéma, aujourd’hui, je vis mieux. Je suis moins angoissé.  Quand mon ordinateur tombe en panne, je peux m’en acheter un autre, ce qui est pour moi le luxe suprême. Maintenant, je n’ai pas encore le luxe formidable d’avoir de l’argent de côté pour me dire que si je ne gagne pas d’argent pendant trois mois, ce n’est pas grave. L’angoisse du manque d’argent est encore en moi.

Tu as donc co-scénarisé le film Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael qui est allé au Golden Globe.

Nous étions contents parce qu’avec Jaco, on a beaucoup bossé dessus. On a eu de nombreux prix et le film a eu un succès public et critique. Cela m’a permis de travailler sur d’autres scénarios.

Bande annonce de Le Tout Nouveau Testament.

Scénariste, ce n’est pas frustrant ?

Terriblement. Un scénario n’est jamais qu’une étape de travail, tandis qu’un roman se suffit à lui-même. C’est gai à imaginer, à rêver, mais ce n’est pas gai à écrire. C’est même ennuyeux.

Tu écris aussi pour le théâtre. Quel est le point commun entre toutes ses formes d’écriture ?

Le grand point commun, c’est qu’il y a toujours un spectateur ou un lecteur. J’essaie d’employer toutes les stratégies pour qu’il ne s’ennuie pas et que je le fasse voyager. Robert Louis Stevenson disait : « Tout auteur digne de ce nom doit vous arracher à vous-même ».

Il parait que tu écris pendant les heures de bureau. C’est vrai ?

Absolument. De 10 heures à 18 heures avec une pause à midi. Et je bosse aussi le week-end.

Ton cerveau a du mal à s’arrêter, à ne plus être productif.

Parfois, il a envie de s’arrêter. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de sport. C’est ce que je fais pendant ma pause.

Intellectuellement, ça change quelque chose ?

C’est un gros shoot de bonheur intellectuel. Sur le moment, c’est un vide total mais après, sous la douche, toutes les idées se mettent en place. Mon heure de sport intense réinitialise mon cerveau.

L’hygiène de vie est importante pour écrire ?

Oui, je m’en rends compte aujourd’hui. Je fais très attention à ce que je mange. Le vin, par contre, je me dis que c’est bon pour la santé. La vie sans vin ne serait pas une vie.

Quel le but que tu veux atteindre quand tu écris une histoire ?

Je veux juste que les gens aient envie de tourner la page pour connaitre la suite de mon histoire. Rien de plus.

Tu travailles sur quoi actuellement ?

Sur une BD. Ce sera un manga « comics » dessiné par l’excellent Andréa Mutti. Je devrais avoir fini le premier tome à la fin de l’été.

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Avec Thomas Gunzig, pendant l'entretien, le 15 juin 2017.

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08 août 2017

Soan : interview pour Celui qui aboie

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(Photo : Vanessa Filho)

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorSoan nous est familier depuis 2009. Sa victoire à La Nouvelle Star en avait agacé plus d’un. Il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est un artiste segmentant. On l’adore ou on le déteste. Je fais partie de la première catégorie. Sa voix cassée et rock qui déclame des bouts de vie, des bouts de lui… et finalement des bouts de nous, me touche. Beaucoup.

Son 5e album, Celui qui aboie, entre poésie, conscience, colère, tristesse et sourires, est un grand cru soanien. Des mots justes, tout le temps. Ça sent le tabac et l’alcool, c’est sûr, mais ça sent surtout l’authenticité, ce qui ne nuit nullement à la santé.

On a besoin d’artistes comme Soan dans ce monde musical et médiatique souvent aseptisé. Le 14 juin dernier, il est venu à ma rencontre à l’agence pour une interview, comme d’habitude, sans concession. Ça fait du bien.

Argumentaire officiel :soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

«La bêtise, c'est un type qui vit et qui dit «Ça me suffit», disait Jacques Brel. Il faut croire que Soan a su s'en inspirer. Même si cette rage de vivre l'a poussé par le passé à se brûler les ailes, c'est vers la quiétude et la création qu'elle l'emmène à présent à travers son nouvel album, Celui qui Aboie. Avec cet album, Soan s'offre un second souffle, un souffle brut, sans concession ni effets spéciaux, un retour à l'essentiel. Se plonger dans son univers, c'est découvrir un monde d'intense poésie qui prend racine à la fois dans l'interprétation emphatique de Jacques Brel et dans l'énergie du désespoir soufflée par le grunge des années 90. Dans Celui qui Aboie, Soan emprunte au grand Jacques ses histoires espiègles emportées par des musiques ourlées d'influences folkloriques. Mais Soan a aussi eu l'idée d'inviter à leur côtes Eddie Vebber (Pearl Jam) et Kurt Cobain (Nirvana) pour composer des textes introspectifs, qui reconstruisent mot à mot son monde intérieur, éclaboussé par ses trop pleins d'émotions, et qu'il chante en torturant les phrases pour en faire sortir la sincérité jusqu'à la dernière goutte. Dans ses paroles, dans ses gestes, la chanson française se réinvente et s'époumone avec la rage d'un groupe de grunge.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorInterview :

Ce que j’aime bien chez toi, c’est que tu dis ce que tu penses.

Oui, je suis déjà cramé depuis un bout de temps. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais me restreindre (rires). Je suis l’oncle relou dans un diner de famille.

Tu as la même franchise que Brel. Il disait des choses géniales… et parfois choquantes.

Justement, je n’ai pas envie que mes gamins regardent des images en noir et blanc pour savoir ce qu’était le franc parler. Parfois on me dit que ce n’est plus de notre époque de parler comme ça. Mais l’époque est constituée des gens qui habitent dedans. Si je maintiens la franchise d’antan, ça reste l’époque que je veux.

Dans les médias, les gens sans filtre, c’est rare.

Ce qui me gonfle, c’est quand on me dit que je suis dans la provocation. La provocation, c’est un acte sans fond. C’est creux. Il y a toujours une raison quand je lance un missile.

Tu ne t’interdis rien en interview et dans la vie. Il en est de même dans les chansons ?

J’écris sur ce qui déborde, ce n’est surtout pas un choix. Parfois, je ressens l’envie d’écrire quelque chose, mais je ne comprends le texte que plus tard. J’essaie de faire un truc entre le conscient et l’inconscient, le rêve et le surréaliste, du coup, ça laisse un certain champ des possibles. Le tri se fait de lui-même, mais par contre je ne mets aucun filtre.

"Je suis Charlie" (maquette). Titre sur aucun support discographique.

La chanson sur Charlie Hebdo, « Je suis Charlie », ça en a titillé plus d’un par exemple.soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Je le savais. Je m’en fous, c’est de l’art. Ça doit être libre au maximum.

On peut donc tout dire sous le prétexte que c’est de l’art, alors !

Pour moi, oui. On  devrait pouvoir tout dire, mais je ne pense pas que l’on puisse vraiment le faire.

Il est clair, qu’aujourd’hui, il y a une bien-pensance en France qu’il n’y avait pas avant. Le sketch de Desproges sur les juifs serait immédiatement interdit.

Ça a même fait marrer Anne Sinclair qui était son amie. Il lui a envoyé le texte original pour lui faire valider, parce qu’il avait un petit doute quand même.

Ton public t’aime tel que tu es. Vrai.

Si je n’étais plus vrai, si je me mettais à jouer le jeu, je perdrais mon public. La plupart des gens qui m’apprécient, c’est aussi pour ça. Comme Renaud à l’époque. Tu sais, le chanteur énervant.

Tu vas sur RTL dans les Grosses Têtes. Ce n’est pas très rock ça !

Ruquier m’a toujours soutenu, je lui devais bien cette venue. C’est une raison humaine.

C’est toujours la personne que tu as en face de toi qui prime.

Je suis en permanence en recherche de chaleur et de sensibilité intellectuelles.

Clip officiel de "Celui qui aboie" extrait de l'album Celui qui aboie.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorParlons de ton album. Tu l’as enregistré très rapidement. Pourquoi dis-tu que c’est un album « parenthèse » ?

Je n’ai pas écrit cet album d’un trait. J’ai récupéré des anciennes chansons que les gens me réclamaient parce que je les chantais sur scène, mais elles n’étaient pas enregistrées. Il y a aussi trois nouvelles chansons. C’est un album « parenthèse » parce que je n’en attendais pas de moi à moi-même autant que d’un album normal. C’est plus un cadeau pour mon public.

Excuse-moi de te poser cette question, mais tu étais malade lors de l’enregistrement. Ça a changé quelque chose ?

Non, à part que ma voix était encore plus éraillé que d’habitude. Comme c’était un album un peu « entre nous », ce n’était pas gênant. Quand je monte sur scène et que je suis triste, je dis que je suis triste. Quand j’ai la pêche, je monte sur scène avec la pêche. Je n’ai jamais pris les gens pour des cons. Là, je crois pouvoir dire que c’est l’album le plus sincère que j’ai fait. C’est comme si je jouais dans le salon des gens.

La spontanéité équivaut à l’authenticité et à la sincérité ?

Parfois, je me suis un peu perdu. Le troisième album, Sens interdits, par exemple, est complètement foutraque. Pour ce nouveau disque, on a posé le cerveau à l’entrée du studio et on a fait de la musique.

"Wendy" extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

Je vais te poser une question de journaliste débutant. Celui qui aboie est l’album qui te ressemble le plus ?

Non, c’est celui d’avant qui me ressemblait le plus. Retourner vivre était un joyeux merdier. Il y avait du punk, du piano-voix, des trucs un peu cubains… Moi, dans ma tête, c’est très bordélique. Celui-là est juste une partie de moi. Ca ressemble à ce qui m’a forgé : les petits bars.

Là, effectivement, c’est guitare, harmonica, voix… ce n’est pas la grosse production.

J’ai la chance que mon public me suive. On donne toujours des rendez-vous à l’aveugle quand on fait ce métier. Quand tu sors un disque, c’est comme tu donnes rencard à une gonzesse. Elle viendra ou elle ne viendra pas. J’évite de réfléchir à ça, sinon, tu écris sous l’œil de l’autre… et ça, ça me fait trop peur.

Il ne faut rien s’imposer ?

Il faut s’imposer des choses de soi à soi-même, pas en fonction de. J’ai mes exigences envers moi-même, ça s’arrête là. Ce qu’en pensent les autres, je n’y peux rien.

Tu t’en fous réellement de ce que pensent les autres de toi ?

Le plus possible.

Sinon, ça parasite la création ?

Oui. C’est ça qui a fait que je me suis perdu au troisième album. J’ai essayé de prouver des trucs. Ça ne me réussit pas. Ce n’est pas mon meilleur disque, ça c’est sûr. Ne l’achetez pas !

"L'inattendue", extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

As-tu l’impression d’être incompris ?

Non, j’ai l’impression qu’il y a du nivelage vers le bas qui fait que quand il y a plus de huit mots dans une chanson et qu’il n’y a pas de vocoder, on présume que les gens ne comprennent pas. Il y a un public pour la poésie, c’est juste qu’on ne laisse pas la place aux artistes qui en font. Un projet comme le mien n’est pas une évidence, mais je reste persuadé que si certaines de mes chansons passaient à la radio, elles marcheraient. Louise Attaque, ça a bien marché et c’était quand même du texte.

Pourquoi es-tu parti t’installer à Narbonne ?

J’en avais marre de Paris. De ne pas voir loin, de ne pas avoir de perspective, ça m’angoissait un peu.

Depuis que tu vis au soleil, est-ce que cela a modifié ton état d’esprit et donc ta façon d’écrire et de composer ?

La seule modification, c’est la lenteur. Je prends beaucoup plus de temps. Je me laisse un peu vivre, du coup, les idées viennent mieux. C’est moins chaotique, moins laborieux. Je ne me sens plus dans une urgence absolue. Désormais, l’urgence se fait quand j’acte, c’est-à-dire quand je suis en studio ou sur scène.

Et quand tu reviens à Paris, tu le vis comment ?

C’est un supplice. Je suis dégouté. En plus, je ne viens pas pour chanter, mais pour faire la promo.

Ça t’emmerde vraiment la promo ?

Complètement.

Merci d’être là alors !

(Rires). Dans une interview en Suisse, il y a une meuf qui me demande ce qui me fait chier dans la promo. J’ai répondu « y être ! »

J’avoue, moi-même, ça m’emmerde de poser des questions sur les chansons des artistes que je reçois, partant du principe que tout devrait être dit dedans.

C’est ça ! Trop expliquer les choses, c’est comme expliquer une vanne, c’est le meilleur moyen de ne pas être drôle. C’est un exercice compliqué. Et puis, avec tout ce qu’il se passe en ce moment, tu as l’impression de prendre du temps de parole pour un peu t’autobranler. Parfois, je me demande si tout cela est  bien légitime.

Le fameux problème de légitimité !

J’essaie de ne pas y penser, ça me terrorise.

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(Photo : Vanessa Filho)

J’ai relevé cette phrase dans une de tes chansons : « C’est affligeant les imbéciles qui se mettent à penser haut ». Tu parles des réseaux sociaux évidemment.

C’est la phrase préférée de ma petite sœur. Je ne parle pas des réseaux sociaux, j’ai pensé ça au coin d’un bar. Cela dit, un bar, c’est un réseau social. Il y avait un mec raciste avec une super grande gueule et il ne disait que de la merde. C’est à ce moment que j’ai pensé à la phrase que tu viens de citer.

C’est notre époque.

En effet, aujourd’hui, il n’y a plus que des imbéciles qui pensent super haut.

Qu’est-ce que c’est un imbécile pour toi ?

C’est quelqu’un qui ne cherche pas à être plus que ce qu’il est, qui n’a pas cette exigence envers lui-même de faire mieux que la veille. C’est affligeant et flippant. C’est ça qui nivelle tout vers le bas. Je suis peut-être paranoïaque, mais je ne pense pas que tout cela soit le fruit du hasard. On essaie de faire en sorte que les gens réfléchissent de moins en moins, qu’ils consomment de plus en plus et que, si possible, ils se taisent. Un mec comme Hanouna est fait pour vendre de la pub et c’est tout. Tout ce qui lui arrive actuellement, c’est bien fait pour sa gueule. En politique, c’est pareil. Quand on a eu Chirac, on pensait avoir touché le fond, le mec a rien branlé, après on a eu Sarko, on s’est surpris à regretter Chirac, et après on a eu Hollande,soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor on a presque regretté Sarko et là… on va trouver du pétrole.

J’ai cru comprendre en effet que Macron n’était pas ta tasse de thé. Tu as défendu officiellement Mélanchon à fond lors de la campagne présidentielle. Tu as chanté lors de ses meetings. Dans tes chansons, tu ne parles pas de la société comme Renaud le faisait, genre « société, tu m’auras pas ! »

Je n’aime pas bien livrer le truc clé en main. J’aime mieux que chacun en fasse ce qu’il veut. Les trucs politiques, c’est très contextuel, donc si tu te mets à écrire sur telle ou telle personne, dans cinq ans, ça n’a plus lieu d’être. J’essaie d’être un peu plus vague. De toute manière, les textes très concrets engagés, je ne sais pas faire. Parfois, quand on me dit que ce que je fais ressemble à du Mano Solo, ça me fait marrer. Lui aussi, ça le faisait marrer. J’écris comme un parfumeur fait son parfum. J’aime quand mes chansons sont comprises par les sens et pas par le cerveau.

Set de 3 titres (La chute-De mémoire d'enfant-Fakir) en soutien à la Marche de la France Insoumise pour la VIeme République le 18 Mars 2017, Place de la République à Paris.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorY a-t-il des artistes français d’aujourd’hui qui te plaisent ?

Fauve, je trouvais qu’il y avait un truc. Ils étaient bien dans l’époque. Autrement, ceux que j’aime en France, ce ne sont pas des gens qui font références. Je n’écoute d’ailleurs pas beaucoup de Français. Je reviens vite à Jacques Brel.

Il n’y a pas grand-chose de mieux qui s’est fait depuis ?

Niveau exigence d’écriture, personne ne lui arrive à la cheville. Je me mets évidemment dans le lot. Christian Olivier des Têtes Raides fait partie des meilleurs, je tiens à le dire. Un mec de ma génération ? Dorémus m’a parfois mis sur le cul. Il a une plume de ouf, mais sur le fond, ça ne raconte pas grand-chose. Ce qu’il se passe dans la cuisine des gens, ça ne m’intéresse pas.

Quelqu’un comme Stromae t’intéresse ?

J’ai un problème avec le support musical. C’est un peu trop clubbing pour moi. Ce qui est bien dans ce qu’il fait, c’est que ce n’est jamais du rien, alors que le format sur lequel il se pose est un truc qui trimballe du vide habituellement.

Comment sait-on que l’on a fait un bon texte ?

Si tu fais rimer amour avec toujours, il faut arrêter la musique (rires). C’est tellement souvent le cas. Plus que jamais, je me laisse aller à ma folie littéraire. Personnellement, si une chanson que j’écris ne me met pas la chair de poule la première fois que je me la chante, c’est que c’est de la merde. Du coup, poubelle. Je suis sans pitié. Sur ce que j’écris, il y a seulement 5% que je garde.

Il y a pas mal de déchets alors ?

Moins maintenant parce que je connais mon domaine de compétence, donc, je ne m’aventure plus là où je ne sers à rien. Il y a un vrai tri dans ma tête avant que je prenne le stylo en main. S’il n’y pas l’étincelle qui me donne la nécessité d’écrire la suite, en général, j’abandonne.

Tu doutes de toi ?

Tout le temps, mais c’est moteur. Ca force à aller plus loin que soi-même tellement c’est paralysant. Ma pire angoisse, c’est de ne plus écrire. A chaque chanson finie, je me demande s’il y en aura une suivante.

Tu me parles de la perte d’inspiration ?

Ou de trop savoir faire la même chose. A un moment donné, Renaud avait arrêté de faire ses musiques parce qu’il ne faisait que du Renaud. Il avait l’impression de tourner en rond. Moi, je me demande si je verrai venir le jour où ça arrivera. Je ne veux pas faire du Soan bis repetita.

Tu fais du Soan parce que tu es Soan. On appelle ça une patte.

Je ne veux pas me caricaturer. Je veux me mettre en péril à chaque fois. Pour y parvenir, ça revient à te foutre de ce que vont penser les gens. Si tu fais en fonction de, en tenant compte du fait qu’il ne faut pas faire la même chose qu’avant, ça devient insupportable.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorJean Corti participe à ton album. C’est symbolique, il est là parce qu’il a été accompagnateur de Brel ?

Je le connais bien, on s’entend à merveille. Pour moi, c’est le grand-père idéal. Se dire, «  j’ai le même accordéoniste que Jacques Brel », au niveau ego artistique, ça le fait, mais il n’aurait pas eu cela dans son cursus, j’aurais quand même joué avec lui. J’adore les symboles et le sacré de manière générale.

Tu acceptes les critiques ?

Si, c’est Christian Olivier qui rentre dans un studio pour me dire que c’est de la merde… et vice versa.

Tu l’acceptes de tout le monde ?

Evidemment non. Ca dépend de l’intention. Il faut voir pourquoi on me dit ça. S’il y a un fond derrière ou si c’est juste pour me balancer une crotte de nez. Dans ce dernier cas, ça peut être ma main dans la gueule. Un minimum de bienveillance ne fait de mal à personne.

Ecrire, c’est une forme d’engagement ?

Oui, c’est défendre une forme de beau au milieu du chaos.

Questionne conne. Est-ce que si des extra-terrestres tombaient sur ton disque, ils connaitraient le monde et son état ?

Peut-être. Ils se diront au moins : « le mec a besoin d’aller si loin dans le surréalisme tellement le réel est anxiogène de nos jours ».  En tout cas, ils n’auront pas toutes les clés en écoutant ce que je fais.

Tu es heureux dans ce métier ?soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Non, mais pas plus qu’ailleurs. J’ai toujours une partie de moi qui est suicidaire et une autre qui est super utopiste. Je suis moitié complètement dépressif et moitié en attente du lendemain et des jours meilleurs.

Heureusement, tu es toujours là.

C’est quand même assez tentant de se foutre en l’air dans le monde dans lequel on vit. Au moins, tu règles le problème par le vide.

Tu n’as pas peur de la mort ?

Non. Vivre est bien plus dur. Vieillir c’est plus dur que mourir.

L’inconnu ne te fait pas peur ?

Non, au contraire. C’est le connu qui me fait peur. Chaque jour se ressemble, le train-train quotidien, c’est mon angoisse principale.

Quel est ton rapport à la liberté ?

Quand on parvient à être libre, malgré tout, on est libre dans un carré. La liberté absolue n’existe pas.

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Pendant l'interview...

Ton grand-père était un grand résistant à Lyon. Il a côtoyé Jean Moulin et ses amis. Pour toi, aujourd’hui, c’est quoi résister ?

Aujourd’hui, j’ai une maladie de merde, la fibromyalgie, une maladie de merde qui nique mon énergie et mes muscles, c’est encore une raison de plus de me battre. Résister, pour  moi, c’est aussi être bien dans mes pompes, pouvoir me regarder dans une glace, ce n’est plus forcément monter des barricades. Résister, c’est faire face à l’adversité avec un gros doigt d’honneur. J’ai arrêté les grandes ambitions mondialistes, aimons nous les uns les autres et tenons-nous la main, faisons une grande chaîne autour de la Terre, c’est fini pour moi… c’est un peu enfantin.

Chanter, c’est résister ?

Oui. C’est être le témoin que la poésie compte. Remplir une salle avec des personnes qui attendent que je leur chante des textes poétiques est la preuve pour moi que tout n’est pas fini.

Ton métier n’est pas le plus beau du monde ?

Ça devrait l’être. Quand je suis sur scène, quand je suis en studio avec mes potes, mais franchement, tout ce qu’il y a autour, je m’en passe. La musique rapporte de plus en plus de pognons, mais les artistes en touchent de moins en moins. Tu es toujours sur la brèche, tu ne t’arrêtes jamais pour pouvoir  maintenir le petit truc que tu as. Ou alors, tu es dans le consensus et tu fais ce que l’on te demande.

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Après l'interview, le 14 juin 2017.

02 août 2017

Dimoné : interview pour l'EP Épris dans la glace

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(Photos : en haut, Marc Gaillet. En dessous, Emmanuel Crombez)

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorAprès avoir été le coup de cœur de l'Académie Charles Cros pour son album Bien Hommé, Mal Femmé en 2015, Dimoné a sorti l’EP Épris dans la glace. Il porte le sceau du Québec, de ses hivers, de la neige et de la solitude des nuits glacées. Le disque a été entièrement enregistré au Studio le Nid du réalisateur Pilou situé à Saint-Adrien. Les deux se sont rencontrés lors de l’un des passages de Dimoné au Québec où sa carrière décolle peu à peu et où il va régulièrement en tournée.

Audacieux sur la forme et le fond, il est habité par sa voix inoubliable qui raconte les tumultes obsessionnels de psychés égarées entre schizophrénie et introspection.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Dimoné, déjà mandorisé au  mois de juillet 2015 (à lire ici), mais j’ai souhaité une deuxième rencontre. Ce 9 juin 2017, une heure avant son concert Je et je fondent au 104 à Paris, je n’ai évidemment pas rencontré le même artiste, puisque celui-ci est multiple. J’ai essayé d’aller encore plus loin pour tenter de comprendre qui est caché derrière ce « démon » de la musique française.  De là à dire que j’y suis parvenu…

Biographie officielle:

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. À rebours des chroniques du quotidien, son écriture affutée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

Argumentaire officiel de l’EP  Epris dans la glace :dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

« Le Québec m’oxygène l’imaginaire, en plus d’aller y jouer régulièrement à toutes les périodes, comme prochainement où les frimas sont au climax, j’ai la chance d’y avoir enregistré le 5 titres « Epris dans la glace ». »

Un 5 titres en guise de visa vers là où tout recommence, où tout s’abolit. Une remise à zéro Celsius des compteurs pour un disque inspiré et enregistré sous des latitudes boréales.

Une poignée de chansons aux reflets blancs qui sont autant de spectres que de silences, cheminant par les vaisseaux de notre corps sur un territoire sans traces.

Un prisme par lequel se cristallisent nos ailleurs bariolés, en de probables provenances s’ils ne sont pas présages.

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dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorInterview :

En quelle année es-tu allé au Québec la première fois?

Il y a très longtemps, en 1991, mais c’était un voyage familial. J’aime cet endroit pour toutes sortes de raisons. J’ai perçu une sensation de ce qu’étaient les colonies. Ce n’est pas parce que je suis en France que je ne suis pas un descendant colon. Je suis un descendant de ces gens qui ont parcouru le monde et qui ont fait des colonies quelquefois.

Soyons franc, les chansons de l’EP ont été conçues ailleurs qu’au Québec.

C’est vrai, quand je suis arrivé là-bas, j’avais les chansons, certaines étaient même déjà maquettées.

Le lieu influence-t-il la façon de travailler ?

Oui. Surtout que j’ai enregistré avec Pilou. Il a une carrière musicale dans son pays (Ariane Moffat et d’autres artistes québécois). Il a non seulement un studio magnifique, chez lui, dans les bois, mais surtout une manière de composer qui privilégie le sensitif par rapport à cette satanée langue française qui est un fer de lance là-bas et qui fait partie du paysage émotionnel.

Au Québec, on parle beaucoup musique, pas seulement des textes.

Tu as raison. A la fin d’un concert, on va aussi bien me parler des paroles que d’un son de guitare. Chose qu’en France, on ne fait pas. Ici on dit : « Oui, la musique était trop forte par rapport aux paroles ! »

Teaser de l'EP Épris dans la glace.

Pierre Guénard, le chanteur de Radio Elvis, me disait qu’en interview, les journalistes québécois dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorleur parlaient beaucoup musique, ce qui n’est peu le cas en France.

Je n’ai pas de pitch tout fait quand je parle de mes chansons. Je prends ça sous l’égide d’une conversation. Parfois, en France je dis des choses absconses, je me la raconte poète, chanteur… Au Québec, ils s’en branlent. Ils veulent savoir comment je fabrique mes chansons et que j’explique ma musique. J’ai l’impression que les québécois me disent : « me la raconte pas, on t’as vu arriver ! » (rires)

Tu aimes beaucoup le Québec ?

J’adore.

Tu t’exilerais bien là-bas ?

Non, je suis un mec de soleil.

Que pensent-ils de toi au Québec ?

Je ne sais, je suis juste repéré comme un renard argenté, mais pas comme le loup blanc.

Pourquoi simplement un EP ? Tu ne nous as pas habitués à ça.

C’est sûr qu’habituellement un mec de ma génération ne sort pas un EP. Cela est réservé aux primo-arrivants. Justement, au Québec, je me suis senti un primo-arrivant. Il y avait aussi une histoire de rapidité. Je n’avais pas encore assez de chansons pour faire un album.

"La grande allée", extrait de l'EP Épris dans la glace.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorComment l’EP a-t-il été accueilli au Québec ?

D’abord, il y a eu la pochette. Certains l’ont trouvé trop caricaturale. Ils ont eu peur que ce soit trop folklorique. En m’interviewant, une journaliste est rentrée par cet angle-là. J’ai senti qu’elle se disait : « qu’est-ce qu’il va nous faire ce français-là. Il va se mettre à cheval sur un caribou tenu en laisse avec la carte du Québec en guise de selle… Il nous prend pour qui ? »

Et au niveau de ce que tu racontes dans tes chansons ?

On m’a affilié à une certaine poésie. Pas vraiment surréaliste, mais quelque chose de plus sensorielle que descriptive. A la française, quoi ! Je me suis senti perçu dans quelques regards et réflexions, ça m’a flatté.

Tu as fait une tournée québécoise cet hiver. Comment cela s’est passé ?

Sans se la raconter, on a eu plein de fois des standings ovation. Je me suis demandé si c’était dans les habitudes des québécois de se lever pour applaudir lors de la dernière chanson avant de rentrer chez eux  ou si c’était parce qu’ils appréciaient. J’ai trouvé ce public plus participatif. J’ai trouvé que le québécois avait beaucoup de pudeur mélangé à du pragmatisme et du mysticisme. C’est d’une richesse folle pour nous, artistes français.

Clip de "Indigo", extrait de l'EP "Épris dans la glace".

Tu as eu l’impression de repartir à zéro ?dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

Je suis allé là-bas comme un piège. Prudemment. Encore une fois, au Québec, on parle français, mais c’est tout. Je suis venu comme un étranger qui a envie que la rencontre se fasse.

Tu aimes te renouveler régulièrement… en participant à un groupe comme Bancal Chéri par exemple.

Je ne cherche pas à être découvert. Je ne vais pas te faire une fausse coquetterie, mais j’ai 50 ans. On ne va pas découvrir un vieux quand même ! Si je ne prends pas les choses à rebrousse-poil ou avec mes potes Nicolas Jules, Imbert Imbert et Roland Bourbon de  Bancal Chéri, je n’existe pas.

Dans la profession, on est tous d’accord pour dire que Dimoné est le haut du panier.

Ça me fait plaisir si c’est le cas, mais ce n’est pas quelque chose qui berce mes soirées.

Je crois savoir que tu vas faire évoluer Dimoné…

Il y a des choses qui vont changer. Le chiffre rond de 50 ans m’appelle, m’interpelle. J’ai déjà initié la suite, mais il est trop tôt pour que je t’en parle.

Bref, tu vas jouer en groupe.

Voilà, avec des garçons de tempéraments.

Déjà avec Jean-Christophe Sirven, c’est hyper rock.

Oui et j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui. Ça va me faire drôle de ne pas l’avoir à mes côtés. Je sais qu’avec le changement que je vais proposer, le regard et l’intérêt sur moi ne serons pas les mêmes.

Tu vas abandonner ton ancien répertoire ?

Pas du tout, il y aura aussi des nouvelles chansons, mais on accueillera des anciennes dans le set.

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Pendant l'interview... 

Tu as tout fait dans ce métier avant d’accéder au statut de chanteur.

Je suis intermittent du spectacle depuis très longtemps, à différents postes en effet. J’ai fait les éclairages d’une troupe de théâtre, mis des micros à Annie Fratellini, fait de la régie plateau, monté des gradins, monté des scènes pour des artistes dont je n’appréciais pas vraiment le travail. J’ai réussi à dissocier les artistes de l’humain. Je sais ce que c’est de monter une scène et, d’un coup, accéder à l’allégorie pour y monter. Il a fallu que j’identifie le périmètre pour y accéder sans que plus rien n’ait de secret pour moi. Ça m’a préservé du danger.

Le danger de se prendre au sérieux ?

C’est exactement ça.

Si on fait le bilan de ta vie professionnelle, tout va bien ?

Je suis très heureux de la manière dont elle est menée parce que je fais ce que j’aime. C’est important. J’ai eu des moments plus nécessiteux dans mon existence. Artistiquement, je suis en accord avec ce que je produis et ce que je désire. La part de rêverie que je m’autorise à avoir, je l’ai cimenté. Et puis, je suis bien entouré.

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Après l'interview le 9 juin 2017 au 104.

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