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08 août 2017

Soan : interview pour Celui qui aboie

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(Photo : Vanessa Filho)

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorSoan nous est familier depuis 2009. Sa victoire à La Nouvelle Star en avait agacé plus d’un. Il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est un artiste segmentant. On l’adore ou on le déteste. Je fais partie de la première catégorie. Sa voix cassée et rock qui déclame des bouts de vie, des bouts de lui… et finalement des bouts de nous, me touche. Beaucoup.

Son 5e album, Celui qui aboie, entre poésie, conscience, colère, tristesse et sourires, est un grand cru soanien. Des mots justes, tout le temps. Ça sent le tabac et l’alcool, c’est sûr, mais ça sent surtout l’authenticité, ce qui ne nuit nullement à la santé.

On a besoin d’artistes comme Soan dans ce monde musical et médiatique souvent aseptisé. Le 14 juin dernier, il est venu à ma rencontre à l’agence pour une interview, comme d’habitude, sans concession. Ça fait du bien.

Argumentaire officiel :soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

«La bêtise, c'est un type qui vit et qui dit «Ça me suffit», disait Jacques Brel. Il faut croire que Soan a su s'en inspirer. Même si cette rage de vivre l'a poussé par le passé à se brûler les ailes, c'est vers la quiétude et la création qu'elle l'emmène à présent à travers son nouvel album, Celui qui Aboie. Avec cet album, Soan s'offre un second souffle, un souffle brut, sans concession ni effets spéciaux, un retour à l'essentiel. Se plonger dans son univers, c'est découvrir un monde d'intense poésie qui prend racine à la fois dans l'interprétation emphatique de Jacques Brel et dans l'énergie du désespoir soufflée par le grunge des années 90. Dans Celui qui Aboie, Soan emprunte au grand Jacques ses histoires espiègles emportées par des musiques ourlées d'influences folkloriques. Mais Soan a aussi eu l'idée d'inviter à leur côtes Eddie Vebber (Pearl Jam) et Kurt Cobain (Nirvana) pour composer des textes introspectifs, qui reconstruisent mot à mot son monde intérieur, éclaboussé par ses trop pleins d'émotions, et qu'il chante en torturant les phrases pour en faire sortir la sincérité jusqu'à la dernière goutte. Dans ses paroles, dans ses gestes, la chanson française se réinvente et s'époumone avec la rage d'un groupe de grunge.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorInterview :

Ce que j’aime bien chez toi, c’est que tu dis ce que tu penses.

Oui, je suis déjà cramé depuis un bout de temps. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais me restreindre (rires). Je suis l’oncle relou dans un diner de famille.

Tu as la même franchise que Brel. Il disait des choses géniales… et parfois choquantes.

Justement, je n’ai pas envie que mes gamins regardent des images en noir et blanc pour savoir ce qu’était le franc parler. Parfois on me dit que ce n’est plus de notre époque de parler comme ça. Mais l’époque est constituée des gens qui habitent dedans. Si je maintiens la franchise d’antan, ça reste l’époque que je veux.

Dans les médias, les gens sans filtre, c’est rare.

Ce qui me gonfle, c’est quand on me dit que je suis dans la provocation. La provocation, c’est un acte sans fond. C’est creux. Il y a toujours une raison quand je lance un missile.

Tu ne t’interdis rien en interview et dans la vie. Il en est de même dans les chansons ?

J’écris sur ce qui déborde, ce n’est surtout pas un choix. Parfois, je ressens l’envie d’écrire quelque chose, mais je ne comprends le texte que plus tard. J’essaie de faire un truc entre le conscient et l’inconscient, le rêve et le surréaliste, du coup, ça laisse un certain champ des possibles. Le tri se fait de lui-même, mais par contre je ne mets aucun filtre.

"Je suis Charlie" (maquette). Titre sur aucun support discographique.

La chanson sur Charlie Hebdo, « Je suis Charlie », ça en a titillé plus d’un par exemple.soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Je le savais. Je m’en fous, c’est de l’art. Ça doit être libre au maximum.

On peut donc tout dire sous le prétexte que c’est de l’art, alors !

Pour moi, oui. On  devrait pouvoir tout dire, mais je ne pense pas que l’on puisse vraiment le faire.

Il est clair, qu’aujourd’hui, il y a une bien-pensance en France qu’il n’y avait pas avant. Le sketch de Desproges sur les juifs serait immédiatement interdit.

Ça a même fait marrer Anne Sinclair qui était son amie. Il lui a envoyé le texte original pour lui faire valider, parce qu’il avait un petit doute quand même.

Ton public t’aime tel que tu es. Vrai.

Si je n’étais plus vrai, si je me mettais à jouer le jeu, je perdrais mon public. La plupart des gens qui m’apprécient, c’est aussi pour ça. Comme Renaud à l’époque. Tu sais, le chanteur énervant.

Tu vas sur RTL dans les Grosses Têtes. Ce n’est pas très rock ça !

Ruquier m’a toujours soutenu, je lui devais bien cette venue. C’est une raison humaine.

C’est toujours la personne que tu as en face de toi qui prime.

Je suis en permanence en recherche de chaleur et de sensibilité intellectuelles.

Clip officiel de "Celui qui aboie" extrait de l'album Celui qui aboie.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorParlons de ton album. Tu l’as enregistré très rapidement. Pourquoi dis-tu que c’est un album « parenthèse » ?

Je n’ai pas écrit cet album d’un trait. J’ai récupéré des anciennes chansons que les gens me réclamaient parce que je les chantais sur scène, mais elles n’étaient pas enregistrées. Il y a aussi trois nouvelles chansons. C’est un album « parenthèse » parce que je n’en attendais pas de moi à moi-même autant que d’un album normal. C’est plus un cadeau pour mon public.

Excuse-moi de te poser cette question, mais tu étais malade lors de l’enregistrement. Ça a changé quelque chose ?

Non, à part que ma voix était encore plus éraillé que d’habitude. Comme c’était un album un peu « entre nous », ce n’était pas gênant. Quand je monte sur scène et que je suis triste, je dis que je suis triste. Quand j’ai la pêche, je monte sur scène avec la pêche. Je n’ai jamais pris les gens pour des cons. Là, je crois pouvoir dire que c’est l’album le plus sincère que j’ai fait. C’est comme si je jouais dans le salon des gens.

La spontanéité équivaut à l’authenticité et à la sincérité ?

Parfois, je me suis un peu perdu. Le troisième album, Sens interdits, par exemple, est complètement foutraque. Pour ce nouveau disque, on a posé le cerveau à l’entrée du studio et on a fait de la musique.

"Wendy" extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

Je vais te poser une question de journaliste débutant. Celui qui aboie est l’album qui te ressemble le plus ?

Non, c’est celui d’avant qui me ressemblait le plus. Retourner vivre était un joyeux merdier. Il y avait du punk, du piano-voix, des trucs un peu cubains… Moi, dans ma tête, c’est très bordélique. Celui-là est juste une partie de moi. Ca ressemble à ce qui m’a forgé : les petits bars.

Là, effectivement, c’est guitare, harmonica, voix… ce n’est pas la grosse production.

J’ai la chance que mon public me suive. On donne toujours des rendez-vous à l’aveugle quand on fait ce métier. Quand tu sors un disque, c’est comme tu donnes rencard à une gonzesse. Elle viendra ou elle ne viendra pas. J’évite de réfléchir à ça, sinon, tu écris sous l’œil de l’autre… et ça, ça me fait trop peur.

Il ne faut rien s’imposer ?

Il faut s’imposer des choses de soi à soi-même, pas en fonction de. J’ai mes exigences envers moi-même, ça s’arrête là. Ce qu’en pensent les autres, je n’y peux rien.

Tu t’en fous réellement de ce que pensent les autres de toi ?

Le plus possible.

Sinon, ça parasite la création ?

Oui. C’est ça qui a fait que je me suis perdu au troisième album. J’ai essayé de prouver des trucs. Ça ne me réussit pas. Ce n’est pas mon meilleur disque, ça c’est sûr. Ne l’achetez pas !

"L'inattendue", extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

As-tu l’impression d’être incompris ?

Non, j’ai l’impression qu’il y a du nivelage vers le bas qui fait que quand il y a plus de huit mots dans une chanson et qu’il n’y a pas de vocoder, on présume que les gens ne comprennent pas. Il y a un public pour la poésie, c’est juste qu’on ne laisse pas la place aux artistes qui en font. Un projet comme le mien n’est pas une évidence, mais je reste persuadé que si certaines de mes chansons passaient à la radio, elles marcheraient. Louise Attaque, ça a bien marché et c’était quand même du texte.

Pourquoi es-tu parti t’installer à Narbonne ?

J’en avais marre de Paris. De ne pas voir loin, de ne pas avoir de perspective, ça m’angoissait un peu.

Depuis que tu vis au soleil, est-ce que cela a modifié ton état d’esprit et donc ta façon d’écrire et de composer ?

La seule modification, c’est la lenteur. Je prends beaucoup plus de temps. Je me laisse un peu vivre, du coup, les idées viennent mieux. C’est moins chaotique, moins laborieux. Je ne me sens plus dans une urgence absolue. Désormais, l’urgence se fait quand j’acte, c’est-à-dire quand je suis en studio ou sur scène.

Et quand tu reviens à Paris, tu le vis comment ?

C’est un supplice. Je suis dégouté. En plus, je ne viens pas pour chanter, mais pour faire la promo.

Ça t’emmerde vraiment la promo ?

Complètement.

Merci d’être là alors !

(Rires). Dans une interview en Suisse, il y a une meuf qui me demande ce qui me fait chier dans la promo. J’ai répondu « y être ! »

J’avoue, moi-même, ça m’emmerde de poser des questions sur les chansons des artistes que je reçois, partant du principe que tout devrait être dit dedans.

C’est ça ! Trop expliquer les choses, c’est comme expliquer une vanne, c’est le meilleur moyen de ne pas être drôle. C’est un exercice compliqué. Et puis, avec tout ce qu’il se passe en ce moment, tu as l’impression de prendre du temps de parole pour un peu t’autobranler. Parfois, je me demande si tout cela est  bien légitime.

Le fameux problème de légitimité !

J’essaie de ne pas y penser, ça me terrorise.

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(Photo : Vanessa Filho)

J’ai relevé cette phrase dans une de tes chansons : « C’est affligeant les imbéciles qui se mettent à penser haut ». Tu parles des réseaux sociaux évidemment.

C’est la phrase préférée de ma petite sœur. Je ne parle pas des réseaux sociaux, j’ai pensé ça au coin d’un bar. Cela dit, un bar, c’est un réseau social. Il y avait un mec raciste avec une super grande gueule et il ne disait que de la merde. C’est à ce moment que j’ai pensé à la phrase que tu viens de citer.

C’est notre époque.

En effet, aujourd’hui, il n’y a plus que des imbéciles qui pensent super haut.

Qu’est-ce que c’est un imbécile pour toi ?

C’est quelqu’un qui ne cherche pas à être plus que ce qu’il est, qui n’a pas cette exigence envers lui-même de faire mieux que la veille. C’est affligeant et flippant. C’est ça qui nivelle tout vers le bas. Je suis peut-être paranoïaque, mais je ne pense pas que tout cela soit le fruit du hasard. On essaie de faire en sorte que les gens réfléchissent de moins en moins, qu’ils consomment de plus en plus et que, si possible, ils se taisent. Un mec comme Hanouna est fait pour vendre de la pub et c’est tout. Tout ce qui lui arrive actuellement, c’est bien fait pour sa gueule. En politique, c’est pareil. Quand on a eu Chirac, on pensait avoir touché le fond, le mec a rien branlé, après on a eu Sarko, on s’est surpris à regretter Chirac, et après on a eu Hollande,soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor on a presque regretté Sarko et là… on va trouver du pétrole.

J’ai cru comprendre en effet que Macron n’était pas ta tasse de thé. Tu as défendu officiellement Mélanchon à fond lors de la campagne présidentielle. Tu as chanté lors de ses meetings. Dans tes chansons, tu ne parles pas de la société comme Renaud le faisait, genre « société, tu m’auras pas ! »

Je n’aime pas bien livrer le truc clé en main. J’aime mieux que chacun en fasse ce qu’il veut. Les trucs politiques, c’est très contextuel, donc si tu te mets à écrire sur telle ou telle personne, dans cinq ans, ça n’a plus lieu d’être. J’essaie d’être un peu plus vague. De toute manière, les textes très concrets engagés, je ne sais pas faire. Parfois, quand on me dit que ce que je fais ressemble à du Mano Solo, ça me fait marrer. Lui aussi, ça le faisait marrer. J’écris comme un parfumeur fait son parfum. J’aime quand mes chansons sont comprises par les sens et pas par le cerveau.

Set de 3 titres (La chute-De mémoire d'enfant-Fakir) en soutien à la Marche de la France Insoumise pour la VIeme République le 18 Mars 2017, Place de la République à Paris.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorY a-t-il des artistes français d’aujourd’hui qui te plaisent ?

Fauve, je trouvais qu’il y avait un truc. Ils étaient bien dans l’époque. Autrement, ceux que j’aime en France, ce ne sont pas des gens qui font références. Je n’écoute d’ailleurs pas beaucoup de Français. Je reviens vite à Jacques Brel.

Il n’y a pas grand-chose de mieux qui s’est fait depuis ?

Niveau exigence d’écriture, personne ne lui arrive à la cheville. Je me mets évidemment dans le lot. Christian Olivier des Têtes Raides fait partie des meilleurs, je tiens à le dire. Un mec de ma génération ? Dorémus m’a parfois mis sur le cul. Il a une plume de ouf, mais sur le fond, ça ne raconte pas grand-chose. Ce qu’il se passe dans la cuisine des gens, ça ne m’intéresse pas.

Quelqu’un comme Stromae t’intéresse ?

J’ai un problème avec le support musical. C’est un peu trop clubbing pour moi. Ce qui est bien dans ce qu’il fait, c’est que ce n’est jamais du rien, alors que le format sur lequel il se pose est un truc qui trimballe du vide habituellement.

Comment sait-on que l’on a fait un bon texte ?

Si tu fais rimer amour avec toujours, il faut arrêter la musique (rires). C’est tellement souvent le cas. Plus que jamais, je me laisse aller à ma folie littéraire. Personnellement, si une chanson que j’écris ne me met pas la chair de poule la première fois que je me la chante, c’est que c’est de la merde. Du coup, poubelle. Je suis sans pitié. Sur ce que j’écris, il y a seulement 5% que je garde.

Il y a pas mal de déchets alors ?

Moins maintenant parce que je connais mon domaine de compétence, donc, je ne m’aventure plus là où je ne sers à rien. Il y a un vrai tri dans ma tête avant que je prenne le stylo en main. S’il n’y pas l’étincelle qui me donne la nécessité d’écrire la suite, en général, j’abandonne.

Tu doutes de toi ?

Tout le temps, mais c’est moteur. Ca force à aller plus loin que soi-même tellement c’est paralysant. Ma pire angoisse, c’est de ne plus écrire. A chaque chanson finie, je me demande s’il y en aura une suivante.

Tu me parles de la perte d’inspiration ?

Ou de trop savoir faire la même chose. A un moment donné, Renaud avait arrêté de faire ses musiques parce qu’il ne faisait que du Renaud. Il avait l’impression de tourner en rond. Moi, je me demande si je verrai venir le jour où ça arrivera. Je ne veux pas faire du Soan bis repetita.

Tu fais du Soan parce que tu es Soan. On appelle ça une patte.

Je ne veux pas me caricaturer. Je veux me mettre en péril à chaque fois. Pour y parvenir, ça revient à te foutre de ce que vont penser les gens. Si tu fais en fonction de, en tenant compte du fait qu’il ne faut pas faire la même chose qu’avant, ça devient insupportable.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorJean Corti participe à ton album. C’est symbolique, il est là parce qu’il a été accompagnateur de Brel ?

Je le connais bien, on s’entend à merveille. Pour moi, c’est le grand-père idéal. Se dire, «  j’ai le même accordéoniste que Jacques Brel », au niveau ego artistique, ça le fait, mais il n’aurait pas eu cela dans son cursus, j’aurais quand même joué avec lui. J’adore les symboles et le sacré de manière générale.

Tu acceptes les critiques ?

Si, c’est Christian Olivier qui rentre dans un studio pour me dire que c’est de la merde… et vice versa.

Tu l’acceptes de tout le monde ?

Evidemment non. Ca dépend de l’intention. Il faut voir pourquoi on me dit ça. S’il y a un fond derrière ou si c’est juste pour me balancer une crotte de nez. Dans ce dernier cas, ça peut être ma main dans la gueule. Un minimum de bienveillance ne fait de mal à personne.

Ecrire, c’est une forme d’engagement ?

Oui, c’est défendre une forme de beau au milieu du chaos.

Questionne conne. Est-ce que si des extra-terrestres tombaient sur ton disque, ils connaitraient le monde et son état ?

Peut-être. Ils se diront au moins : « le mec a besoin d’aller si loin dans le surréalisme tellement le réel est anxiogène de nos jours ».  En tout cas, ils n’auront pas toutes les clés en écoutant ce que je fais.

Tu es heureux dans ce métier ?soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Non, mais pas plus qu’ailleurs. J’ai toujours une partie de moi qui est suicidaire et une autre qui est super utopiste. Je suis moitié complètement dépressif et moitié en attente du lendemain et des jours meilleurs.

Heureusement, tu es toujours là.

C’est quand même assez tentant de se foutre en l’air dans le monde dans lequel on vit. Au moins, tu règles le problème par le vide.

Tu n’as pas peur de la mort ?

Non. Vivre est bien plus dur. Vieillir c’est plus dur que mourir.

L’inconnu ne te fait pas peur ?

Non, au contraire. C’est le connu qui me fait peur. Chaque jour se ressemble, le train-train quotidien, c’est mon angoisse principale.

Quel est ton rapport à la liberté ?

Quand on parvient à être libre, malgré tout, on est libre dans un carré. La liberté absolue n’existe pas.

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Pendant l'interview...

Ton grand-père était un grand résistant à Lyon. Il a côtoyé Jean Moulin et ses amis. Pour toi, aujourd’hui, c’est quoi résister ?

Aujourd’hui, j’ai une maladie de merde, la fibromyalgie, une maladie de merde qui nique mon énergie et mes muscles, c’est encore une raison de plus de me battre. Résister, pour  moi, c’est aussi être bien dans mes pompes, pouvoir me regarder dans une glace, ce n’est plus forcément monter des barricades. Résister, c’est faire face à l’adversité avec un gros doigt d’honneur. J’ai arrêté les grandes ambitions mondialistes, aimons nous les uns les autres et tenons-nous la main, faisons une grande chaîne autour de la Terre, c’est fini pour moi… c’est un peu enfantin.

Chanter, c’est résister ?

Oui. C’est être le témoin que la poésie compte. Remplir une salle avec des personnes qui attendent que je leur chante des textes poétiques est la preuve pour moi que tout n’est pas fini.

Ton métier n’est pas le plus beau du monde ?

Ça devrait l’être. Quand je suis sur scène, quand je suis en studio avec mes potes, mais franchement, tout ce qu’il y a autour, je m’en passe. La musique rapporte de plus en plus de pognons, mais les artistes en touchent de moins en moins. Tu es toujours sur la brèche, tu ne t’arrêtes jamais pour pouvoir  maintenir le petit truc que tu as. Ou alors, tu es dans le consensus et tu fais ce que l’on te demande.

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Après l'interview, le 14 juin 2017.