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13 juillet 2017

Nirman : interview pour l'EP Animal

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Nirman, bercé au jazz et à la poésie russe, sort son premier EP, Animal, aux teintes acid-jazz, groovy et électro. Ce musicien de 32 ans fait partie de cette génération douée qui réinvente la tradition de la chanson française en la saupoudrant d’influences glanées au fil du temps et des frontières... et d’une poésie lunaire.

Nirman amène ici son propre univers, ses propres émotions, ses propres interrogations.

Le 1er juillet dernier, il est venu à l’agence pour évoquer ce premier EP (que vous pouvez écouter en intégralité ).

nirman,ep,animal,interview,mandorArgumentaire officielle :

On le sait bien : les meilleures recettes sont celles qui s'inspirent d'un savoir-faire hérité d'une tradition mûrie sur des générations, auquel on rajoute sa patte personnelle, son ingrédient secret.
Nirman lui aussi le sait : entouré des talentueux Guillaume Farley, bassiste accompagnant entre autre Matthieu Chedid et Michel Fugain, et de Romain Berguin, assistant d’Éric Serra, ce jeune musicien bercé au jazz et à la poésie russe fait partie de cette génération géniale qui vient réinventer la tradition de la chanson française en la saupoudrant d'influences glanées eu fil des âges et des frontières. Un pied dans une douce nostalgie slave héritée de son père, un autre dans une flaque de couleurs pop électro, son premier album, Animal nous entraîne dans un monde surprenant, dans lequel on glisse avec délice d'influences électroplanantes survolées par la voix aérienne de Nirman.
Jeune musicien un peu lunaire, Nirman réussit avec cet album à créer un animal multi-facettes dont la saveur fond dans la bouche.
Le sens du perfectionnisme et de la précision transpire sur cet album aux morceaux maîtrisés jusqu'au bout des croches. Au fur et à mesure que l' « Animal » se révèle, la technicité s'allie avec la simplicité pour accoucher d'un album d'une très grande classe, comme dans un
restaurant nouvelle cuisine qui réinvente des plats de tradition pour en faire des œuvres d'une délicate beauté aux saveurs somptueuses.

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nirman,ep,animal,interview,mandorInterview :

Ton père, Léonid Nirman, n’est pas pour rien dans ton intérêt pour la musique.

C’est certain. Il avait une certaine notoriété en Russie en tant que chanteur et musicien. Dans les années 70, dans ce pays, il y avait une mode, c’était les bardes… lui en était un. Il interprétait des chansons poétiques et engagées en cachette dans les caves de Saint-Pétersbourg. Quand il est arrivé en France, il a arrêté ce genre de chansons. Il a composé, notamment des musiques de films. C’est lui qui m’a incité à faire de la musique. J’ai baigné dedans depuis tout petit. J’ai même fait le conservatoire.

Avec ce disque, tu as eu envie de l’impressionner ?

J’ai plutôt eu envie de faire le disque que mon père n’a jamais pu faire. En arrivant en France, il a tiré une croix sur sa carrière de chanteur puisqu’il ne parlait et chantait uniquement Russe. Ça l’a beaucoup attristé. J’ai vu cette tristesse au quotidien et ça m’a nourri inconsciemment. Un jour, à 13 ans, j’ai pris la décision de chanter comme papa. Tout ce que je fais, c’est pour lui, c’est pour faire comme lui.

Tu n’es pas un débutant. Tu chantes depuis 10 ans déjà.

Je viens de la musique classique. J’étais instrumentiste, je jouais de la clarinette. Ensuite, j’ai fait de la chanson jazz. J’ai tenté une carrrière sous le nom de Dimitri Nirman, mais ça ne marchait pas. Mon répertoire, pour le jazz, c’était de la chanson, pour la chanson, c’était trop jazz, du coup la sauce n’a pas pris. Guillaume Farley, artiste talentueux qui a réalisé cet EP, m’a dit : « On rend le costume de chanteur de jazz, il est trop grand pour toi ». J’aurais pu me vexer, mais j’ai émis un ouf de soulagement. Ca a débloqué beaucoup de choses. J’ai décidé de faire ce projet-là qui correspond mieux à mes goûts d’aujourd’hui. C’est la première fois que je suis content du résultat.

Vous avez pris du temps pour réaliser ce disque, non ?nirman,ep,animal,interview,mandor

Quatre ans de conception des chansons et une année de plus pour trouver les financements.

Ton premier EP sous le nom de Nirman est sacrément bien produit, en tout cas.

Quand j’ai commencé à monter ce projet, je suis parti de zéro. Je n’avais pas un euro en poche, pas un contact, rien de rien. J’étais à deux doigts de raccrocher quand on a décidé de monter des dossiers de subventions. Très sincèrement, j’ai obtenu pas mal d’argent. On a beaucoup de chance en France, il y a de nombreux organismes qui aident les artistes. En tout, j’ai obtenu 62 000 euros. J’ai pu faire mon album dans de confortables conditions, m’entourer de personnes assez prestigieuses dans le métier qui, après, m’ont emmené du réseau.

Animal est un EP de 4 chansons. C’est une mise en bouche ?

Au début, je voulais faire un album de 8 titres. Quand j’ai rencontré Vicken Sayrin, mon attaché de presse, il m’a dit que c’était plus intelligent de commencer par un EP. La suite, ce sera un album, comprenant ces 4 premiers titres, les 4 autres existants et d’autres supplémentaires, dont un duo. Il devrait sortir en janvier 2018.

Pour la composition et l’écriture, tu te fais aider ?

Dans les mélodies, je tournais beaucoup en rond, dans mes textes, j’évoquais toujours le même sujet : courir après quelque chose, l’envie d’avancer dans la musique. Du coup, pour les textes, Guillaume Farley m’a aidé à sortir de mes habitudes. En me nourrissant des autres, j’ai réussi à faire des choses qui me ressemblent complètement.

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(Photo : Mandor)

nirman,ep,animal,interview,mandorTu as joué au Café de la Danse hier soir. Là aussi, pour un artiste en développement, c’est un sacré risque.  

J’avais le choix. Soit je ne prenais pas de risques dans une petite salle parisienne de 100 places maximum, soit j’allais au bout du truc, sachant qu’on a obtenu des aides pour ça. On a tenté un coup de poker en faisant une salle importante. J’ai pris la jauge à 250 places assises, pas celle à 500 places, cela aurait été complètement illusoire. On a fait au mieux pour inciter les gens à venir. Tu présentes ton projet, personne ne t’attend, ni même ne te connais. Maintenant, certains professionnels peuvent mettre un visage sur moi.

Au mois de mai dernier, tu as participé aux Rencontres d’Astaffort. Pourquoi ?

Je rêvais de participer à cette aventure. Ce qui est bien, c’est que tu es dans une bulle musicale. Tu es obligé de te livrer totalement à des inconnus pour pouvoir avancer dans ta chanson, du coup, les autres artistes deviennent des amis proches. C’est dingue ! Pour moi, c’était une étape à atteindre. Il y a un avant et un après Astaffort.

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A Astaffort en mai 2017, Nirman et ses copains de promo. 

Et croiser Cabrel ?nirman,ep,animal,interview,mandor

J’étais très intimidé d’être en face de quelqu’un qui est un monstre de la chanson française comme il y en a peu. En termes de créativité et de longévité, sa carrière est impressionnante. Pourtant, quand il est avec toi, il est réservé, timide, discret, gentil.

Tu te sens appartenir à une famille dans la chanson française ?

Non, mais j’aime beaucoup Benjamin Biolay. Alain Chamfort aussi, dont on dit que ma voix peut faire penser à la sienne. C’est involontaire.

Je crois qu’il a écouté la chanson « Animal ».

Oui, en effet, par le biais d’un ami parolier de Marc Lavoine qui lui a envoyé. Il lui a répondu par mail : « ça me rappelle mes débuts ! »

Tu es confiant pour l’avenir ?

Déjà, je constate que le travail paye. Il ne faut pas lâcher. J’ai signé avec un vrai tourneur il y a un mois, je fais les Francos de la Rochelle le 14 juillet dans  le cadre du Rock In Loft. Les choses arrivent peu à peu. Je suis confiant, mais je reste prudent. Il faut que je trouve un label à présent.

Le clip de "Azzam David", réalisé par Stéphane Neville.

nirman,ep,animal,interview,mandor« Azzam David » est une chanson très touchante, surtout dans le contexte actuel. Une histoire forte entre deux amis inséparables mais de confessions différentes.

C’est une chanson qui touche beaucoup de gens parce qu’elle parle de l’amitié et le fait d’avoir un ami sur lequel compter, malgré les différences.

« Les bouteilles à la mer » me semble une chanson très autobiographique?

C’est celle qui l’est le plus, en effet. J’ai traversé une période où je n’allais pas forcément très bien, du coup, j’ai écrit cette chanson. Quand on fait de la musique, on est seul et ce n’est pas facile d’apprivoiser sa solitude. Je n’y arrivais pas. Aujourd’hui, enfin, j’y suis parvenu. Cette chanson, c’était un appel à l’aide qui n’en était pas vraiment un.

Un artiste, c’est un homme plus sensible que les autres ?

Pas forcément, mais un artiste à des attentes que d’autres n’ont pas. Un artiste traine quelque chose qu’il a du mal à porter lui-même. Il a besoin d’attirer la lumière sur lui, il a envie d’exister et à même, quelque part, un côté revanchard sur la vie. Un artiste se sent oublier et il a besoin de sortir de l’oubli.

Une chanson, ça part de quoi chez toi ?

D’une émotion, d’un sentiment, d’un ou deux mots qui vont être déposés sur les premières notes.

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Pendant l'interview...

Tu écris facilement ?

Oui, d’autant que j’ai trouvé mon créneau horaire pour le faire. Entre 3 et 7 heures du matin. C’est un peu un no man’s land où il ne peut rien se passer et où personne ne va te déranger. J’ai découvert cet horaire parce que j’ai un petit garçon qui a 7 mois qui ne fait pas toujours ses nuits.

Tu t’obliges à travailler tous les jours ?

J’essaie. C’est comme un pianiste qui doit faire ses gammes. Il faut s’entrainer, travailler sa voix et sa plume sans cesse pour progresser.

Ta musique, c’est de la pop ?

J’appelle ça de la pop hybride electro organique. Pour raccourcir et faire précis, c’est de la chanson atmosphérique. C’est une musique qui peut-être entrainante, riche, aérée avec une voix qui se pose, qui survole.

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Après l'interview, le 1er juillet 2017.

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Demain, le 14 juillet, il sera là:

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