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30 juin 2017

Broken Back : interview pour son premier album

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broken back,interview,grain de sel,mandorLe phénomène Broken Back s'est emparé de la scène indie française, mêlant folk et électro avec brio. Mais qui est Jérôme Fagnet, l'homme qui se cache derrière ce nom au succès grandissant ?
Il y a 4 ans, alors étudiant dans une école de commerce à Lille, un déplacement vertébral l'oblige à une longue convalescence, près de sa famille. C'est à cette occasion que le jeune homme saisit une guitare et apprend à en jouer seul, en autodidacte. Tout est parti de là. Un mal pour un bien.

À l'été 2015, il fait sensation avec son premier EP, qui compile pas moins de 3 tubes : « Happiest Man on Earth », « Halcyon Birds » et « Young Souls ». Une musique qu'il décrit comme de "l'indie-folk électro dansante", et dont il assure toutes les étapes, de l'écriture à la production, en passant par la composition. Son premier album éponyme est une pépite. Aujourd’hui, Broken Back est le souffle d’air frais qui éclairci le ciel musical français.

Je l'ai rencontré, le 13 mai dernier, dans l'espace réservé aux artistes lors du Festival Grain de Sel de Castelsarrasin.

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Interview : broken back,interview,grain de sel,mandor

Ce n’est pas péjoratif, mais tu es vraiment un artiste « génération internet ». Ça te gêne que je te dise ça ?

Non, parce que c’est la pure réalité. Tout a commencé pour moi avec le streaming sur You Tube, Deezer, Souncloud, Spotify… A la base, la musique est une passion. Pour moi, devenir chanteur, c’était comme devenir astronaute, ça ne pouvait être qu’un rêve. Je n’envisageais pas cela comme une carrière possible. Finalement, l’engouement des internautes pour le projet et le nombre de vues, m’ont décidé à embrasser cette carrière. J’ai profité de cette opportunité pour me lancer et profiter de cette aventure qui dure depuis 4 ans maintenant.

Que tu deviennes musicien, je le comprends, mais on ne s’improvise pas « chanteur » comme ça. Tu as pris des cours ?

Non, je travaille tout seul ma voix. Le chant, c’est un instrument que j’ai découvert en jouant de la guitare.

Un instrument ?

Oui parce que je l’envisage d’un point de vue technique. Le chant me fait beaucoup penser à un violon. On ne chante pas automatiquement juste. La voix évolue. On la maitrise au fur et à mesure. On peut finir par lui faire prendre les formes et les couleurs que l’on souhaite. On peut travailler à l’infini sa technique. Je commence tout juste à m’approprier la mienne. Je la façonne et j’essaie de la perfectionner.

Tbroken back,interview,grain de sel,mandora voix est-elle influencée par ce que tu  as beaucoup écouté ?

Oui. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais énormément Cat Stevens. Il m’a influencé dans ma manière de chanter et de poser ma voix. Cette nonchalance dans la prononciation, j’adore !

Tu fais de la folk electro. En electro, quelles sont tes influences ?

Aucune. Je n’écoute pas beaucoup d’electro. La question des influences dans ma musique est moins pertinente puisque je fais de la musique contemporaine. Une influence doit avoir le temps de faire son chemin dans le subconscient d’une personne. Ce qu’il se passe en electro en trop récent pour que je sois habité par tel ou tel artiste de ce type. J’ai un univers créatif dans lequel j’évolue en cohésion avec mon temps.

Dans ta musique, on retrouve des influences cubaines à la Buena Vista Social Club.

Il y a beaucoup de percussions cubaines dans mes chansons. J’aime mélanger la world à la rigidité et la froideur de l’electro. Je veux apporter de l’aspérité et de l’organique dans ma musique.

Clip de "Halcyon Birds".

Tu es auteur, compositeur et interprète. Tu fais tout quoi !

J’aime chaque partie du processus de création. Je veux maitriser l’ensemble, de la production à l’aspect scénique et graphique du projet. M’occuper de tout me permet d’être complètement sincère et d’obtenir quelque chose qui relève de l’ADN. Mon album, c’est  mon bébé. C’est un accouchement de sortir un disque. C’est un voyage introspectif et un épanouissement artistique.

C’est toi qui conçois les visuels de Broken Back ?

Oui, j’ai appris le graphisme dans une école et j’ai monté mon agence de communication. Aujourd’hui, l’aspect graphique dans ma carrière est très présent et c’est moi qui le gère.

Tes textes sont graves, mais ta musique plus légère… ça permet de mieux faire passer les messages ?

C’est le reflet de ce que je suis. Le moment de composition était pour moi, le moment de convalescence. C’est pour ça que j’ai appelé cet album « Broken Back », « dos cassé ». Je vivais des choses pas agréables du tout, mais j’avais la volonté de rester très optimiste.Ca donne ce mélange un peu aigre-doux. Ça crée un paradoxe sur l’album. La mélancolie et la nostalgie sur de la musique qui donne envie de bouger, c’est rare.

Clip de "Happiest Man on Earth".

Maintenant que tu vas mieux et que tout se passe bien, n’as-tu pas peur d’être moins inspiré ?broken back,interview,grain de sel,mandor

Je suis passé par cette réflexion-là. Je me rends compte naturellement que l’inspiration est partout, dans tout ce que l’on voit et ce que l’on vit. Au niveau de l’écriture, ce qui m’excite, c’est de raconter des histoires… pas forcément autobiographiques. En ce moment, je suis en train de mesurer le potentiel d’épanouissement artistique qui s’offre à moi. Je le vois plus comme un terrain de jeu, sachant que j’ai une communauté qui me suit et me soutient.

Sais-tu pourquoi tu as une importante communauté?

C’est là qu’arrive la notion du travail.  Ca fait quatre ans que je fais des chansons et que je les partage gratuitement en ligne. Je suis en tournée depuis deux ans. J’ai fait plus de 150 dates. A chaque concert, il y a de plus en plus de monde. Sans fausse modestie, je suis vraiment très surpris. Une communauté ce n’est pas une entité qui arrive et qui disparait. Avec le temps, il y a quelque chose qui se passe avec toutes ses personnes.

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broken back,interview,grain de sel,mandorOn se sent Dieu quand on est sur scène devant une foule ?

Il y a des artistes qui ont besoin de créer un personnage. Cela leur permet de prendre du recul sur ce qu’ils font et représentent. Enfiler un costume à quelque chose de protecteur. Il y a aussi des artistes comme moi qui n’ont pas envie d’incarner un personnage. Je souhaite rester moi-même à 100%. Il y a beaucoup d’interactions avec le public. Si je me sentais Dieu, ça ne marcherait pas du tout.

Tu arrives à garder la tête froide ?

Il est impératif d’avoir du recul sur les évènements, sinon, tu peux vite te laisser griser par la notoriété. L’homme n’est pas un animal célèbre. Personne ne sait gérer ça. La notoriété peut être désarçonnant. Je suis très « famille », je suis beaucoup avec mes proches, je n’ai rien changé sur mes habitudes de vie. Mon objectif principal, c’est l’épanouissement artistique. Le jour où je ne m’épanouirai plus, j’arrêterai.

En tout cas, ça fait du bien d’interviewer un artiste simple comme toi.

Je crois que le concept de star est mort. Il n’y a plus que des gens qui sont passionnés et qui travaillent dur, il me semble.

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Pendant l'interview le 13 mai dernier à Castelsarrasin.

"Halcyon birds" aux Victoires de la Musique 2017.

28 juin 2017

Fabienne Blanchut : interview pour 1749 miles et un peu plus encore...

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorFabienne Blanchut prend de plus en plus d’importance dans le milieu de la littérature « jeunesse ». Connue principalement pour sa série Princesse Parfaite (illustrée par Camille Dubois), elle écrit désormais aussi pour les ados et dirige une collection de livres (tout en continuant sa brillante carrière de conceptrice d’émissions pour la télévision)…  

Dans 1749 miles (aux éditions De plaines en vallées), elle imagine avec talent et sensibilité l'amitié entre un chimpanzé pas comme les autres et un adolescent. Une longue amitié, sincère et fidèle, de celles qui changent une vie. Un roman plein d'intelligence et d'humanité, dont la lecture fait un bien fou aux jeunes et aux moins jeunes.

Voici donc la première mandorisation de Fabienne Blanchut réalisée à l'agence le 13 avril 2017. Ce ne sera sans doute pas la dernière.

Résumé du livre : fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Janvier 2013, Alamogordo au Nouveau-Mexique. Joshua Shapiro revient sur les traces de son passé. Juin 1957, base du Holloman Aerospace Medical Center. À 13 ans, il se prend d'affection pour un bébé chimpanzé apeuré et maladif. À force de patience et d'amour, Ham puisque c'est le nom que Josh lui a donné, révèle une intelligence hors-norme et des qualités extraordinaires. Repéré par les ingénieurs de la NASA, il est choisi pour intégrer le programme des singes astronautes. Une aventure qui va changer à jamais leur destinée et celle de l'Humanité. [source éditeur] 

L’auteure : par le site Babelio.

Fabienne Blanchut est une auteure de livres pour enfants et scénariste de télévision française. Après une maîtrise d’histoire à l'Université de Grenoble, elle "monte" à Paris. Elle entreprend un DEA de sciences sociales à Jussieu, mais ne trouvera finalement sa voie qu'après un DESS en audiovisuel et édition à la Sorbonne. En stage de fin d'études à TF1, elle reçoit une proposition d'emploi au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel). Elle y restera un an avant d'être rappelée par TF1 qui lui propose le poste d'observatoire de la concurrence au service de la programmation. Elle commence alors à proposer divers projets d'émissions. 
La littérature jeunesse lui tend alors les bras. Pendant deux ans, Fabienne Blanchut a travaillé en tant que libraire à Bruxelles (Libraire Jeunesse Amstramgram). Depuis 2008, elle remplit des missions de conseil dans les media et pour différentes sociétés de productions télévisuelles (en Belgique et en France).
Parallèlement, elle conçoit des émissions pour la télévision (téléfilms, séries, programmes courts, magazines, documentaires). Actuellement, plusieurs de ses émissions « tournent » sur les antennes.

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorInterview :

Tu écris pour la jeunesse depuis 12 ans. Comment en es-tu arrivée à prendre ce chemin ?

Je travaillais à la programmation à TF1 sous l’ère d’Etienne Mougeotte et de Patrick Lelay. Je m’occupais spécifiquement de l’observatoire de la concurrence. Je regardais ce que faisaient les autres et je rapportais à mes supérieurs. A ce moment-là, avec Catherine Locandro, que j’avais connu en stage à la programmation d’M6, on a monté notre société de production télé. Ensemble, on a imaginé des concepts d’émissions, notamment des concepts autour de la nourriture. Mougeotte, qui avait du nez, m’a dit : « Tu es gentille Fabienne, mais la bouffe, en télé, ça ne marchera jamais ! » Prenant acte que nos projets ne l’intéressaient pas, je lui ai dit que j’allais les proposer sur d’autres chaines. Il a accepté, persuadé que personne n’allait être intéressé. Cuisine TV nous a pourtant pris notre premier concept qui s’appelait « Vous prendrez bien du fromage ?» A partir de ce moment-là, j’ai commencé à écrire et à réfléchir à d’autres concepts.

C’est l’époque aussi où Catherine Locandro commençait à écrire son premier roman, « Clara la nuit », je crois.

Oui, et je voyais qu’elle prenait beaucoup de plaisir à faire ça. Moi, en me projetant, je me suis dit que je n’écrirais jamais toute seule. J’ai un tempérament à m’associer. D’un coup, la littérature jeunesse s’est imposée à moi. J’aime l’idée d’écrire et qu’un illustrateur ou  une illustratrice s’empare de mon histoire et la transforme pour la mettre en image. Un jour, mon frère m’a fait rencontrer mon illustratrice « premium », Camille Dubois, qui est celle avec laquelle j’ai fait le plus d’albums à ce jour. Nos univers ont matché immédiatement. On est parti avec Zoé, la Princesse Parfaite.

Ça rassure d’être à deux ?

A l’époque oui, en tout cas. En plus, on se lançait. C’était la première publication pour elle et pour moi. Nous nous sommes épaulées et, aujourd’hui, c’est une amitié qui dure. En règle générale, c’est important de partager les succès comme les échecs… cela remet les pieds sur terre. Dans ce milieu-là, on peut vite avoir des ego démesurés. Princesse Parfaite, c’est 2 millions d’exemplaires vendus… on pourrait vite se prendre la tête.

Tu étais une grande lectrice ?

Oui. J’ai grandi sans télévision, du coup les livres ont toujours eu une importance incroyable dans ma vie.  J’ai commencé avec les Comtesse de Ségur, les Jules Verne, des livres comme ça.

Aujourd’hui, tu lis beaucoup de littérature jeunesse ?

Oui, je trouve que c’est une littérature beaucoup plus sensible et dense que la littérature « adulte ».

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTon best-seller, c’est ta série Princesse parfaite. Tout le monde a lu une Princesse Parfaite à sa fille. Moi par exemple. Tu as l’habitude que les gens te disent ça ?

Oui, mais hormis quand je suis dans les salons du livre, je ne me rends pas compte de l’impact de cette série. J’ai parfois des ados de 17 ans qui viennent et qui me disent : « Ah ! Mais ce sont des livres de quand j’étais petite ! » C’est impressionnant parce que tu te rends compte que ce que tu écris traverse les générations. Je remarque que tous les enfants sont les mêmes. Depuis 12 ans que la série existe, c’est toujours le même regard, le même sourire, le même attachement à Zoé.

Il y a déjà 33 aventures de Princesse Parfaite publiées. Camille Dubois et toi, vous êtes pourtant beaucoup moins connues que Zoé.

La star, c’est vraiment Zoé. Sur la couverture des albums, nos noms n’apparaissent même pas. Juste à l’intérieur. De toute manière je préfère que le regard des autres soit attiré par mes personnages que par moi. Ils sont beaucoup plus intéressants et foisonnants. Je suis juste là pour tenir le crayon quand ils me racontent leurs histoires. J’invente les personnages et, ensuite, tout se met en place de manière mystérieuse et magique. Je leur laisse les portes ouvertes et toutes les possibilités. La littérature jeunesse offre cette chance-là, beaucoup plus que la littérature généraliste.

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C’est dur de se renouveler dans ce concept-là ?

Franchement non. Il suffit de décliner un thème sur  neuf scénettes. Sur la page de gauche, elle fait comme toutes les petites filles du monde et sur la page de droite, elle devient une princesse parfaite.  Pour le moment, je n’ai pas le syndrome de la page blanche. J’ai au moins une vingtaine d’histoires à écrire sans trop me torturer l’esprit.

Tu savais depuis longtemps que tu aimais raconter des histoires ?

Oui, j’adorais les rédactions quand j’étais à l’école primaire. Mon instituteur de CM1 lisait mes rédactions en classe. Il était comme transporté. Parfois, je piquais un fard, c’était un peu gênant. Aujourd’hui, il continue à me suivre et me laisse des messages sur les réseaux sociaux, c’est assez amusant. Il me lit et me donne son avis.

Aujourd’hui, tu es toujours à la télé. A la programmation d’une chaine belge.

Je suis consultante. Mais, j’ai d’autres activités encore. Je scénarise certains de mes projets en dessin-animé, je suis directrice de collection et je continue à écrire. J’aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Dans la vie, j’ai une peur panique de m’ennuyer. Je mets un peu de moi dans chaque chose que je fais. J’ai la chance de pouvoir choisir mes projets et que l’on ne m’impose plus rien.

Même dans tes albums « jeunesse » il y a un peu de toi ?

Certainement. Zoé, ma mère te dirait que c’est un peu moi.

Toi jeune ou toi aujourd’hui ?

Un peu les deux (rires). Nos traits de caractères grandissent avec nous, je crois.

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Tu viens de signer une nouvelle collection chez Albin Michel. Peux-tu m’en parler ?

C’est une collection qui commencera en 2018. J’ai la chance d’avoir les illustrateurs avec lesquels j’ai envie de travailler depuis longtemps.

Tu es venue aussi pour me parler de ton premier roman, 1749 miles.

Je n’ai pas fait un album de cette histoire parce que le sujet était plus long à développer. De plus, je m’adresse à la tranche d’âge supérieure à laquelle je m’adresse habituellement.

C’est vrai que la littérature jeunesse est très cadrée.

Tu as des albums pour les 1-2 ans, pour les 2-4 ans, pour les 3-5 ans… etc. Clairement l’histoire de 1749 miles s’adressait à des ados, voire des adultes. J’ai beaucoup de quarantenaires qui se sont emparés de ce roman-là. Je raconte des choses qui nous ont marquées et nourries. Nous faisons partie d’une génération qui a rêvé les Etats-Unis. Ham, le chimpanzé astronaute est un parfait personnage de roman, je n’ai d’ailleurs pas romancé grand-chose.

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorHam est un chimpanzé qui devient astronaute par la force des choses.

Le narrateur, Joshua Chapiro, est âgé de 70 ans et il fait un retour dans son passé en évoquant son amitié avec ce chimpanzé. Comme je suis historienne de formation, je voulais faire rejoindre la grande et la petite histoire. Je suis toujours touchée par l’amour que les animaux peuvent porter à l’être humain. Cette histoire d’amour entre Joshua et Ham est complètement pure et c’est cette pureté-là qui m’intéresse. On a tous rencontré quelqu’un qui nous a fait changer. Je pense qu’il y a des animaux qui peuvent nous rendre meilleur. A travers le personnage de Joshua, j’ai voulu raconter que ce chimpanzé a bouleversé sa vie, mais aussi l’histoire de l’humanité.

As-tu travesti la réalité historique ?

Pas beaucoup. Tout ce qui arrive au chimpanzé est vrai. La manière dont il a été trouvé au Cameroun alors qu’il se laissait mourir parce que sa mère venait de se faire tuer, le nombre d’heures d’entrainement, comment on a décidé de l’envoyer dans l’espace… tout est strictement véridique.

Ça t’a donné envie de continuer à écrire pour les ados ?

Pas forcément. Quand il y a une bonne histoire qui s’impose à moi, j’écris. Après je vois le meilleur moyen de la raconter. Dans mon écriture, rien n’est préméditée et je ne fais aucune concession pour rentrer dans des catégories d’âge ou de genre.

Tu as sorti un autre livre récemment, K comme Carafouille.fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

C’est une trilogie. Je suis partie dans l’idée d’écrire un album sur une petite sorcière et très vite m’est apparue un univers foisonnant autour de ce personnage. Au bout de 150 pages, j’ai compris que ce n’était pas un album illustré qui allait pouvoir accueillir mon histoire. Je suis arrivé à 200 pages pour chacun des trois livres. La trilogie s’est imposée.

Si un dessin animé est tiré d’une de tes séries, c’est la consécration suprême ?

J’avoue que ce serait pas mal. Il y a beaucoup d’appelé pour le passage de l’album à l’animation et très peu d’élus.

Il se passe beaucoup de choses autour de toi en ce moment. Nous sommes à une période charnière de ta carrière ?

Je suis en train de récolter le fruit de 15 ans de travail et d’hameçons lancés. Au fur et à mesure que ton nom commence à vouloir dire quelque chose dans ce milieu-là, certains qui t’avaient fermé la porte au nez il y a quelques années, viennent frapper à la tienne. Quand cela arrive, tu mesures le chemin parcouru.

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Pendant l'interview...

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTu es depuis quelques semaines directrice de collection chez Leducs Jeunesse.

J’aime faire bouger les lignes. Jessica L. Nelson connaissait mon envie de mettre un pied dans le monde de l’édition, mais de l’autre côté de la barrière. Avec elle, nous avons contacté différentes maisons et nous avons choisi celle qui était la plus correcte en terme d’à valoir pour les auteurs et celle qui me laissait une bonne place pour accompagner les auteurs choisis. On vient de lancer la collection « Destins extraordinaires ».

Peux-tu me présenter cette collection ?fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Ce sont des romanciers connus et reconnus qui s’emparent de l’enfance d’un personnage historique au moment où son destin bascule et où l’histoire va pour toujours retenir son nom. Gilbert Sinoué nous a fait l’extrême honneur d’en être le parrain. Il a écrit Je m’appelle Jeanne d’Arc et Jessica L. Nelson a été mon auteur numéro un avec Les sortilèges de Cléopâtre.

Je sais qu’il y a aussi Michel Quint qui participe à cette aventure éditoriale dédié aux 9-12 ans. Ce n’est pas compliqué de corriger ou faire des remarques littéraires à des écrivains aussi talentueux et chevronnés ?

Non, ce n’est pas compliqué. Ils le prennent très bien. Ils considèrent que cela fait partie du métier. Ils sont en demande parce que ce n’est pas un exercice qu’ils ont l’habitude de faire. Parce qu’ils me savaient « auteure jeunesse », ils se sont autorisé des questions que des auteurs jeunesse n’auraient certainement jamais osé me poser. Ils ont tous retravaillé leur texte. Il y eu parfois des versions deux, des versions trois et ils s’y sont attelés avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup de bonne humeur.

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Après l'interview, le 13 avril 2017, à l'agence.

16 juin 2017

Monsieur Lune : interview pour Un Renaud pour moi tout seul

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(Photo : Patrick Ullmann)

monsieur lune,un renaud pour moi tout seul,interview,mandor(Photo de gauche : Bruno Lévy) J’ai un peu eu peur en recevant le disque de Monsieur Lune (un artiste que j’apprécie beaucoup depuis le début de sa carrière, il y a 17 ans). Un album de reprises de Renaud… c’est bon, on a déjà donné  (et on a vu le résultat catastrophique). Alors, je l’ai laissé dans un coin quelques jours. Et puis, entendant/lisant de-ci, de-là que ce « projet » n’est pas si mal, qu’il est même fichtrement bien foutu, cela a aiguisé  ma curiosité. Le dossier de presse m’explique que « Monsieur Lune a une vision bien précise de Renaud... Son cœur de "petit bourgeois" ne vibre que pour la fibre sociale du chanteur, qui a jalonné son passé puisque Maman Lune et Papa Lune ont jadis tous deux travaillés pour Renaud Séchan... » Je comprends que ce répertoire a dessiné les contours de son enfance, que ce disque est comme une boucle bouclée.

Disons-le tout net. Un Renaud pour moi tout seul est une parfaite réussite, aucune faute de goût, un choix de morceaux et des arrangements audacieux. Pas beaucoup de tubes et beaucoup de bijoux. Un plaisir de retrouver Renaud dans ce que l’on a préféré de lui. Je n’ose pas dire que Monsieur Lune réhabilite Renaud. Non, je n’ose pas le dire.

(Sinon, la mandorisation de Renaud, il y a 11 ans, est là.)

J’ai retrouvé Monsieur Lune dans un bar parisien le 8 juin dernier. C’était la première fois. Une belle première fois.

monsieur lune,un renaud pour moi tout seul,interview,mandorArgumentaire de l’album par Arnaud de Vaubicourt :

Un Renaud pour moi tout seul fait référence au nom de la série de concerts que Renaud donna à l'Olympia en janvier 1982. Mitterrand est président depuis peu, et le défenseur des loubards au grand cœur se produit dans la salle mythique parisienne. En grandissant, Monsieur Lune, que l'injustice sociale fait défaillir, est touché par ces textes qui évoquent les laissés-pour-compte, les mis au banc, les égratignés de la vie...

"Deuxième Génération", "Laisse Béton", "Je suis une Bande de Jeunes" ou encore "La Chanson du Loubard" forment alors une caisse de résonance idéale pour Monsieur Lune, qui est passé, à une époque de sa vie, du chic 14ème arrondissement de Paris à la poudrière Saint-Ouen. Il a eu envie d’en découdre avec lui-même et de fomenter ce projet de reprises.

Et quelle meilleure aire de jeu que les histoires de losers magnifiques de Renaud ?

C'est en se les appropriant sans les dénaturer, en choyant leur ADN social tout en les caressant du bout des doigts que Monsieur Lune est parvenu à éclairer ces onze reprises de sa lumière enfantine.

90% de l'album a été enregistré en live comme pour donner aux chansons la rugosité et la fragilité dont elles se nourrissent et dont elles ont encore besoin. Un Renaud pour moi tout seul raconte finalement plus l'histoire de Monsieur Lune que celle de Renaud. Et ça tombe bien, car c'est exactement ce que l'on attend d'un bon album de reprises.

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monsieur lune,un renaud pour moi tout seul,interview,mandorInterview :

Il est indiqué dans la présentation de l’album que tes parents travaillaient avec Renaud. Que faisaient-ils ?

Après avoir travaillé sur France Inter, ma mère est rentrée chez Polydor en tant qu’attachée de presse. Pendant 6 ans, elle a été celle de Renaud. A cette période-là, ma mère s’est séparée de mon père et s’est mariée avec mon beau-père, la personne qui m’a élevé. C’est le photographe Patrick Ullmann. Il avait son labo photo sous la scène de l’Olympia.  Il a fait énormément de pochette d’album pour Léo Ferré, Barbara, Lavilliers… et la pochette de l’album live de Renaud, Un Olympia pour moi tout seul (voir ci-dessous), d’où le nom de mon album. J’ai pris toutes les vieilles chansons de Renaud pour des histoires de sens qui me collent à la peau, mais aussi pour le coté symbolique. Les chansons que j’ai choisies sont aussi tirées des monsieur lune,un renaud pour moi tout seul,interview,mandordisques que m’a mère défendait et que j’ai beaucoup écouté à la maison. Ma mère a arrêté de travailler pour lui, en 1983,  au moment de l’album Morgane de toi.

Tu l’as croisé toi, bambin ?

Oui, ma mère était amie avec lui, il passait donc beaucoup de temps à la maison. Je le voyais, mais comme j’étais gamin, je m’en foutais. Je me souviens qu’à huit ans, elle m’avait emmené au Zénith, dans les loges, le jour où elle lui a annoncé qu’elle arrêtait de travailler avec lui. A l’époque, il y a avait des cartes avec la photo de l’artiste qu’on faisait dédicacer. Moi, j’avais un gros paquet et je lui ai demandé d’en signer presque 200. Pour donner à mes copains potes.

Ton père était programmateur sur FIP et je crois qu’il a été un des premiers à le diffuser avec la chanson « Hexagone ».

Oui, tout à fait. Il y  a donc beaucoup d’accointances entre Renaud et ma famille. Je vais même te dire un truc ridicule. Quand j’étais petit, je pensais que la chanson « Chanson pour Pierrot » avait été écrite pour moi, alors que pas du tout (rires).

Clip de "La teigne" réalisé par Monsieur Lune.

Avec tout ce qu’il y a de familial dans ton rapport à Renaud, ce doit être encore plus lourd d’initier unmonsieur lune,un renaud pour moi tout seul,interview,mandor tel projet, non ?

Franchement, je n’ai eu aucune pression. J’ai  repris des chansons, je les ai interprété en guitare-voix comme si c’était les miennes. A la base, j’ai fait ce travail parce qu’un programmateur de spectacle m’a demandé de faire un concert à partir des chansons de Renaud. Il a calé une date. C’était en 2015 pour les 40 ans de son premier album. En parallèle était sorti La bande à Renaud, un disque que je ne trouve vraiment pas très réussi parce qu’ils sont partis dans l’imitation. Moi, j’ai pu chanter et arranger ces chansons à ma façon parce que, comme je ne suis pas un chanteur à succès, on ne m’attend pas au tournant. J’ai toujours travaillé ainsi : de manière artisanale et discrète. Je n’ai pas fait ce disque par opportunisme. J’aime vraiment ces chansons et je pensais qu’il y avait un moyen de les réinventer.

Tu as gommé le coté franchouillard dans sa façon de chanter.

Je n’aime pas trop quand il prend l’accent trop parigot. Ses mélodies sont très belles et il y a une vraie douceur dans ses textes. J’ai utilisé sa musicalité comme une matière de manière à la rendre un peu différente.

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On connait tellement ses chansons que ce doit être difficile de ne pas l’imiter, même inconsciemment ?

Pour l’album, j’ai choisi les chansons, je les ai réécoutées une fois, puis je ne les ai plus écoutées. Je connaissais tellement les chansons par cœur que j’ai fait comme si c’était des chansons  que je venais d’écrire. Donc pas de maniérisme, ni imitation possible. A chaque fois que l’on a commencé à arranger une chanson, on essayait d’aller dans la direction qui n’était pas l’imitation. Ca a pris du temps de me détacher complètement. On a essayé de trouver une identité par chanson.

Tu n’as pas bossé seul.

C’était important que je fasse ce disque avec mes trois musiciens de scène. J’avais aussi besoin d’un électron libre qui ne faisait pas partie de notre petite famille, j’ai donc fait appel à un ami, Sébastien Collinet. Il est guitariste de Florent Marchet, de Carmen Maria Véga et plus récemment de Rover. Il aime beaucoup Renaud. Il avait un peu de temps avant la tournée de Rover, donc nous avons arrangé les chansons ensemble.

L’album a été enregistré en 15 jours.

Ca faisait presque une chanson par jour.

Tu n’as pas fait un best of de Renaud. Tu as choisi les chansons sociétales, les chansons contestataires.

C’était le Renaud qui était dans le monde. Quand il a commencé à être une énorme vedette, son regard n’a plus été le même. Il a chanté « la commune refleurira » et après, il a vécu dans un hôtel particulier. Après, il a fait d’autres chansons contestataires comme « Miss Maggie », mais plus beaucoup de chansons sociétales. Il est aussi à l’origine de très belles chansons qui parlent de sa vie, comme « Mistral Gagnant » et « Morgane de toi ». Ces chansons-là ne m’intéressaient pas parce que je ne pouvais pas m’approprier des histoires qui parlent de sa fille ou de sa femme. Je préfère nettement chanter des textes qui racontent la relation entre les mecs qui vivent à Neuilly et ceux qui vivent à la Courneuve. Moi qui étais un petit bourgeois qui vivait dans le 14e, je suis allé m’installer à Saint-Ouen. Là, je me suis fait péter la gueule pour me piquer mon survêtement. En écoutant en boucle   « Deuxième génération », ça m’a rendu plus tolérant. Ca a créé une résonnance en moi très forte.

Clip de "Deuxième génération".

« Deuxième génération » c’est encore diablement d’actualité, dis donc…

On pourrait imaginer que c’est un des frères Kouachi qui a écrit cette chanson avant d’aller commettre l’indicible.

Tu as choisi les chansons les plus anciennes, mais elles sont finalement le plus d’actualité.

Toutes parlent de la violence en tout cas. Il n’y a pas une chanson où il n’y a pas une baston, alors que, personnellement, j’ai peur de la violence. Il faudrait analyser ce paradoxe (rires). Il y a un déterminisme social que je trouve aujourd’hui dramatique. On est dans un monde tellement inégalitaire que mettre en avant des chansons qui est un condensé de ce que l’on vit aujourd’hui est essentiel. La vision du monde de Renaud était si juste…

Ton disque permet aussi de découvrir des chansons que l’on connait moins. « Buffolo débile » par exemple.

Initialement, c’est une chanson piano-voix. Nous, on en a fait une version très rock. Il y a plein de gens qui ne connaissent pas Renaud hormis les gros tubes. Ça me fait plaisir de faire découvrir ce Renaud-là.

Je suis impressionné parce que, même les puristes de Renaud aiment bien ton disque.

J’ai été surpris de l’accueil, en effet. Mais il y a quand même quelques vrais fans qui m’ont insulté. Il y en a qui pensent que j’ai fait ça pour l’argent. Il faut juste savoir que ça me coûte beaucoup plus cher que ça ne me rapporte. Certains ont dit aussi que je faisais ça parce que je n’avais aucune imagination. Mais quand on écoute Jeff Buckley qui reprend « Hallelujah » de Léonard Cohen, même si je ne me place pas au même niveau, c’est de la création. Quand on écoute Billie Holiday qui va chanter Gershwin, c’est de la création. Quand Camille chante « Que je t’aime » de Johnny Hallyday, c’est de la création. Je me sens tellement à ma place et honnête par rapport à ce répertoire de Renaud que je suis prêt à tout entendre. Je me sens exactement où je dois être.

Version acoustique de "La chanson du Loubard", filmée par les Music'ovores en juillet 2016.

Tu continues à écouter Renaud ?

Non, j’ai arrêté en 1994, au moment de l’album A la Belle de Mai. Pour moi, après, il est tombé dans la variété. Le dernier album, c’est même de la grosse variété.

Renaud est le chanteur qui t’a touché le plus ?

Oui. Aujourd’hui moins, comme tu l’as compris. Je ne l’écoute plus trop. Mais il m’a énormément touché, il m’a façonné. J’écoute plein d’autres choses et surtout, beaucoup de musiques anglo-saxonnes. Mais celle qui me touche le plus, c’est Billie Holiday. Je suis fan de sa voix et la moindre vibration de ses mots, je pleure.

Pour en revenir au Renaud que tu aimes, a-t-il influencé ta façon d’écrire tes chansons ?

Bien sûr. On est toujours le résultat de ce que l’on a écouté. A un moment donné, il faut digérer tout ça et en faire un truc à soi. Encore une fois, je n’ai pas envie d’être un imitateur. Comme lui, j’adore les mélodies très simples, j’aime le côté couplet-refrain, le côté songwriter, le côté folk. D’autres m’ont influencé, mais Renaud est le premier que j’ai écouté pour de vrai.

Renaud a-t-il écouté le disque et a-t-il donné son autorisation ?

Je ne lui ai pas encore envoyé le disque. Quant à l’autorisation, je n’en ai pas besoin puisqu’on paye des droits. Je n’ai pas spécialement envie de le rencontrer aujourd’hui, ce qui m’intéresse, ce sont ses chansons. Je fais partie d’une famille d’artistes et j’ai croisé beaucoup de gens célèbres alors je ne suis pas à la recherche de cela. Je ne te dis pas que si je voyais Renaud je ne serais pas fasciné ou que je n’aurais pas peur, mais ce n’est pas le sens du propos. Evidemment, si je savais qu’il venait me voir à un concert le chanter,  je serais terrorisé.

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Après l'interview, le 8 juin 2017.

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13 juin 2017

Ottilie [B] : interview pour :passage:

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(Photo : Frank Loriou)

ottilie b,passage,interview,mandorLa biographie d’Ottilie [B] le stipule parfaitement « avec patience, finesse et précision extrême, Ottilie [B] taille dans la musicalité des mots et du son, comme dans une matière première et vivante, à transformer et réinventer. Poétique, charnel et intimiste, l’univers qu’elle sculpte avec grâce, nous ballade entre slam et chanson, colère et douceur, violence et sensualité. » Dans ce deuxième album, :passage:, qu’elle a composé et réalisé, il est question de la naissance : la première mais aussi la deuxième, le passage qui par la création, fait accoucher de la conscience qu’on a de soi ; ou qui par la force de la nature, conjure le sort de la mort et ramène sur le chemin de la vie.

Pour cela « elle s’est inspirée de la mythologie grecque, de la philosophie épicurienne, de la littérature comme celle de Lorette Nobécourt, de la poésie de René Char ou Marina Tsvétaéva, d’artistes chercheurs défricheurs tels Gainsbourg, Rita Mitsouko, Claire Diterzi, Nicolas Repac… Pour cette femme du monde aux origines métissées – kabyles, italiennes, mongoles – chaque voyage est quête de soi, mais aussi matière créative directe, brute et multiple : sons du réel capturé au cœur de la nature, rythmiques et sonorités nouvelles, instruments, musiques et chants de tous les mondes. »

J’apprécie et défend le travail d’Ottilie [B] depuis son premier EP (lire là), puis son premier album (lire ici), j’ai donc été ravi de la mandoriser une troisième fois. C’était le 26 avril dans un bar de Chatelet.

Argumentaire de l’album : ottilie b,passage,interview,mandor

Passeuse atypique de frontières, de sons bruts et d’émotions à fleur de mots, Ottilie [B] revient avec 12 paysages multipistes, world et electro, poétiques et foisonnants. Toujours armée de ses crayons de colère, elle peint ces paysages sensoriels avec les couleurs vives de ses cartes plurivocales, fabriquées aux quatre coins d’un globe qu’elle sillonne en 2015, micro en main.

C’est dans le sensible et dans le réel que l’interprète, compositrice et réalisatrice de ces « passages», cueille la matière première et primaire de ses créations: rumeurs de la nature, souffles et voix humaines, instruments traditionnels dépoussiérés par un jeu minimaliste et actuel, du bendir marocain au roulèr réunionnais, en passant par l’anatar indien ou la kora malienne. Alors elle travaille, pétrit, façonne, sculpte en studio, des pulsations de vie, des mélodies éclatées, des sons chaleureux et hybrides, à mi-chemin de l’electro et de l’organique, du rudimentaire et du sophistiqué.

ottilie b,passage,interview,mandorPlus libre et plus ouvert que dans le premier opus, son chant se promène entre onomatopées et vocalises, bourdons et fréquences décalées, sons de gorge et de tête,  avec la souplesse hors-norme d’une contorsionniste vocale. Sa voix singulière  s’étire, s’amuse, se superpose à elle-même ou à celle d’autres passeurs et passeuses, fantômes parfois  invisibles et clandestins de l’opus. Ils sont pourtant bien là: Denis Péan (Lo’Jo) (mandorisé-là), Ibrahim Ag Alhabib (Tinariwen), Christine Salem, parmi tant d’autres. Et chaque composition imprime sur les murs du présent, le souvenir passé et sensible, la trace intérieure et indélébile, l’empreinte précieuse et indicible, d’une rencontre musicale avec l’une d’entre eux. Brouilleur de frontières, de codes et d’idées reçues, ce deuxième album est une invitation vocale et sensible à un voyage poétique et spirituel, à la croisée des chemins de passage, de soi vers l’autre et de la mort vers la vie.

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(Photo : Frank Loriou)

ottilie b,passage,interview,mandorInterview :

Habituellement, tu vas loin dans l’exploration des sons, mais là, tu t’es surpassée !

Comme d’habitude quand je fais un disque, j’ai travaillé sur un thème. Pour celui-ci, c’était le passage. J’entendais par-là : transformation, naissance, mort, voyage.

Quand nous nous sommes vus la dernière fois, tu m’avais dit que cet album allait parler de la mort uniquement.

Au fil de mes rencontres pour élaborer ce disque, plus la mort était abordée, plus ça parlait de vie. Je suis allée plus loin que prévu.

Même dans ton écriture.

J’ai l’impression que j’écris de façon cubiste. J’ai construit une histoire avec plein de portes ouvertes, encore et encore. J’ai lâché le mental et je suis allée à l’essentiel.

Et celui qui t’écoute part dans ton voyage.

J’ai toujours du mal avec les propositions artistiques ou poétiques qui nous disent où on doit regarder, où on doit penser, où on doit cheminer. C’est pour ça que je cherche une autre voie pour toucher les gens et les amener quelque part. Ce que j’aimerais, c’est les amener où ils ont envie d’aller. C’est délicat parce que proposer une chanson, c’est déjà hyper engageant ou engagé.

Pourquoi as-tu plus travaillé sur les musiques du monde cette fois-ci ?ottilie b,passage,interview,mandor

C’est parce que j’ai voyagé et que j’ai été touché et ému par les endroits visités. L’ile de la Réunion et sa culture, la Mongolie et la Laponie aussi. Le meilleur moyen pour que la musique existe, c’est de la faire vivre… et pour la faire vivre, il faut prendre des risques. Celui qui crée doit aller dans des endroits inconnus de lui et explorer les territoires vierges de son mental. Tout ça m’a bien bousculé.

Qu’est-ce qui t’a bousculé exactement ?

La quête dans la rencontre. Brassens a écrit dans une lettre : « Tu es l’ami du meilleur de moi-même ». Le fait de provoquer des rencontres avec d’autres artistes est complexe pour moi, parce que je suis timide et que j’ai des complexes de légitimité. Il a fallu que je donne le meilleur de moi-même sur un temps court, improvisé avec un thème bien précis. Je me suis dépassée. Plus on joue avec des artistes qui nous touchent, qui nous amènent ailleurs, qui nous font voyager un peu plus loin que la bout de notre nez, plus on va plus loin.

"Conte des faits" (audio).

ottilie b,passage,interview,mandorCe problème de légitimité est récurrent chez toi depuis que je te connais. Mais quand tu vois qu’un artiste comme Denis Péan accepte de travailler avec toi, ça devrait te rassurer sur ta place dans le monde musical, non ?

J’ai ressenti ça au début, mais en fait, non. J’ai beaucoup appris avec les gens qui ont collaboré à cet album, dont Denis. C’est plus cela qui me rassure. Je m’aperçois que je prends plus de plaisir à jouer, à être sur scène qu’avant. J’ai appris que le doute pouvait être un moteur, après, il faut savoir comment utiliser ce doute pour être encore plus authentique et généreuse.

Comme pour le premier album, c’est toi qui réalise Passage.

Oui, et j’ai un regret, c’est de ne pas accéder à l’épure au niveau sonore. J’ai l’impression de me cacher derrière ces sons hyper ciselés et léchés. J’avais envie d’honorer tous les magnifiques sons que j’avais en ma possession. Je vais peut-être mûrir dans ce sens-là. Il faut que je sois moins gourmande.

L'EPK de l'album :passage:

Pour toi la musique et l’image sont hyper liés.

C’est pour ça que j’ai fait beaucoup de photos et que j’ai réalisé le clip « Crayons » sur l’album précédent. Le prochain, pour cet album, sera à base d’archives. J’ai une matière visuelle que je retravaille. J’aime bien utiliser ce qui existe déjà pour en faire autre chose. Un artiste est toujours un peu un voleur. Tout existe déjà.

Pourtant, tu essayes toi-même d’inventer quelque chose.

Peut-être. Est-ce que c’est moi qui trouve ou, parfois, n’est-ce pas une erreur ? Une erreur heureuse. L’inspiration est quelque chose qui nous dépasse un peu. On n’a pas tout pouvoir sur la création.

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On ne maitrise rien ?

C’est la maitrise du non contrôle. C’est vivre à l’instant présent, c’est accueillir ce qui est là. Dans la création d’un album, il faut un peu d’humilité.

Cet album, c’est deux ans de travail.

Intense. Je n’ai pas beaucoup dormi pas beaucoup mangé. Cet opus m’a vraiment beaucoup mobilisé. Je voulais que tout s’imbrique parfaitement. Je sais, c’est paradoxal avec le fait que je te parle de non contrôle.

Tu es dans la musique depuis dix ans. As-tu l’impression de progresser d’album en album ?

J’ai l’impression d’avoir beaucoup appris et qu’il reste beaucoup à apprendre. Voilà où j’en suis. Ca va vite et ce qui est important, c’est de vivre intensément le présent.

 Quel sera le thème du prochain disque ?

C’est encore un peu tôt, mais j’ai envie d’évoquer la relation amoureuse.

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Après l'interview le 26 avril 2017.

(Toutes les photos, hormis celle avec Denis Péan et celles dans le bar, sont de Frank Loriou.)

11 juin 2017

Igit : interview pour l'album Jouons

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Rappeler qu’Igit a été repéré grâce à l'émission The Voice saison 3 en 2014, n’est pas lui faire injure. Venant de la scène française, non pas « underground », mais peu médiatisée, cette mise en avant télévisuelle (et musicale) lui a certainement fait gagner du temps en ce qui concerne la visibilité. Nous avons été nombreux à apprécier Igit dès sa première apparition. Un timbre rauque, une identité vocale immédiate et une sympathie naturelle. Après un premier EP, Les Voiles, arrive l’album, Jouons. Il pousse encore plus loin son songwriting et l'immisce naturellement dans de nouvelles sonorités où folk, blues et electro offrent un écrin inédit à sa voix si particulière. Il chante les enfers de ses amours mortes ou en sursis avec une énergie contagieuse. On pense un peu à Stromae (oui, oui), Brel (houlà ! Comme j’y vais !), Bashung Igit, jouons, interview, grain de sel, mandormême… des influences assumées mais jamais copiées.

Le 13 juin 2017, Igit sera en concert à Paris, à La Nouvelle Seine.

J’ai rencontré ce génial auteur compositeur interprète le 13 mai dernier, dans l'espace réservé aux artistes lors du Festival Grain de Sel de Castelsarrasin.

Argumentaire officiel :

La voix est chaude, elle prend par la main. La mélodie est indélébile, sans attendre, elle ne quitte plus le cour de celui qui l'écoute. Pop, folk, électro, peu importe, Igit trace sa route loin des clichés, en toute liberté. Jouons, c'est le regard d'un songwriter élégant et aérien qui a tout écrit et qui préfère, à la peur qui dévore tout ces derniers temps, la poésie qui élève, celle qui refuse d'abdiquer. 13 titres dont un duo exceptionnel avec Catherine Deneuve.

Interview : Igit, jouons, interview, grain de sel, mandor

Nous sommes dans un festival. C’est différent d’un concert « normal » ?

D’habitude, je tourne en groupe et là, ce soir, pour la première fois, je joue seul sur scène. J’aurai pas mal de trucs avec moi, un lecteur vinyle, un toy piano, des diapositives… J’appréhende. Pour moi, c’est un peu quitte ou double parce que je raconte une histoire de A à Z et dans les festivals, les gens se déplacent, c’est donc un peu une mise en danger.

Tu t’es fait connaître par l’émission The Voice. Une notoriété si soudaine est-elle un handicap ou un avantage ?

Il y a quelques mois, je t’aurais dit que ce n’est que du positif parce que ça m’a permis de trouver très vite un entourage professionnel. J’ai désormais un tourneur, j’ai signé en édition, par ricochet, j’ai trouvé un manager, une maison de disque… je vis de ce métier aujourd’hui grâce à cette émission que je ne connaissais pas avant d’avoir été contacté par la production. J’ai habité à l’étranger lors des deux premières saisons de The Voice, je n’avais donc pas compris la folie que cela représentait. C’est plus difficile depuis que j’ai sorti un disque qui n’est pas dans les codes « grand public ». Il y a des chansons dites « populaires », mais aussi des chansons plus « indés ». Je sens qu’il y a un gros a priori envers moi dans les médias. Je revendique le côté auteur et j’ai l’impression qu’on ne me prend pas tout à fait au sérieux. De plus, The Voice représente TF1, du coup, les autres chaines sont, pour le moins, distantes avec moi. Ça m’ennuie, surtout pour les gens avec qui je travaille.

Le clip de "Joie".

Une notoriété soudaine, c’est déstabilisant ?

Ça devient déstabilisant quand tu surestimes ta notoriété. Moi, je n’ai pas changé et je n’ai rien changé à mes habitudes. Je continue à sortir beaucoup, à prendre le métro, à être disponible.

On te reconnait dans la rue ?

Souvent, on ne me calcule pas. Quand je chante, j’ai un look particulier et je porte un chapeau. Bien sûr qu’il y a des gens qui me reconnaissent, mais je ne suis pas une rock star. Pendant The Voice, quand je me promenais, les gens me situaient à peu près, mais ne savaient pas vraiment qui j’étais. Je me suis rendu compte souvent qu’ils ne connaissaient pas mon nom, qu’ils pensaient que je sortais de La Nouvelle Star… ça relativise les choses.

Clip de "Encre Marine".

S’imposer dans ce milieu s’apparente à un combat, non ?

C’est un combat avec soi-même parce que l’on essaie de faire les choses le mieux possible. Ce serait une erreur d’envisager ce métier comme un combat. J’estime que la réussite réside dans le fait d’arriver à combiner ses envies et d’être bien avec soi-même. Il n’y a aucune violence dans ce métier… c’est juste de la musique. Par contre, ce que je peux t’avouer, c’est que parfois, c’est décourageant et qu’il faut s’accrocher comme un dingue pour ne pas baisser les bras.

Le public, il faut aller le chercher, non ?

Oui, mais pas au forceps. Les gens t’écoutent quand tu ne chantes pas fort. Si tu essaies de crier plus fort que tout le monde, ça ne marche pas, tu rentres dans un espèce de conflit et les gens ne vont pas te suivre.

Duo avec Catherine Deneuve, "Noir er blanc".

Tu as le trac avant de monter sur scène ?

Oui, tout le temps, c’est terrible ! C’est parfois même extrêmement désagréable. Je suis d’une nature à douter. Il suffit que je saisisse un regard un peu ennuyé, ça me déstabilise complètement. J’essaie de me concentrer sur les gens qui ont l’air intéressé par le propos. On peut être sur  scène et être quelqu’un de timide, ce n’est pas incompatible. C‘est le paradoxe des artistes. Nous ressentons le besoin impérieux de nous dévoiler dans des chansons et de nous montrer devant des tas de gens qu’on ne connait pas, alors que la plupart d’entre nous sommes pudiques et timides.

A part le fait que tu ne chantes plus en anglais, ton album est la continuité musicale de tes EP précédents.

Ça me fait plaisir que tu dises ça parce que plein de gens m’ont dit le contraire. Il  y a une volonté de délivrer des messages aux gens qui m’écoutent, d’écrire des chansons plus profondes qu’elles en ont l’air. J’aime bien l’idée qu’on ne se méfie pas de mes textes.

Clip de "Des conséquences".

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Après l'interview, le 13 mai 2017.

10 juin 2017

Stéphane Mondino : interview pour Les rêves de Babylone

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(Photo : Joanna Zielinska)

Au son d’un rock des années 70, dans Les rêves de Babylone, Stéphane Mondino décline le concept du rêve éveillé. C'est le livre de Richard Brautigan, Un privé à Babylone, qui a donné au chanteur le fil conducteur de ce disque oscillant entre rêve et réalité. Son héros à lui révèle une part de lumière même là où il fait sombre. Et puis, un album solaire qui se termine mal… pas de doute, c’est du Stéphane Mondino.

Cet artiste est l’un de mes préférés. Je le suis et le soutiens depuis son premier album en 2004 (outre son œuvre à lui que je trouve admirable, l’idée que son chanteur préféré soit Daniel Balavoine, n’est pas non plus pour me déplaire). Le 13 avril, Stéphane Mondino est venu une seconde fois à l’agence (la première fois, c’est à lire là).

stéphane mondino,les rêves de babylone,interview,mandorArgumentaire officiel :

On l'a découvert La tête ailleurs produit par Francis Cabrel en 2004... On l'a suivi au fil des 4 albums qu'il a sortis par la suite... Et c'est avec une énergie « babylonienne » qu'il revient aujourd'hui.

Stéphane Mondino nous livre, avec ce nouvel album des chansons aux accents pop/rock. L'ambition d'un disque aussi onirique que cruellement réel est pleinement assumée par l'auteur. Il porte une poésie qui veut que la beauté se cache aussi dans les coins sales de l'âme et d'ailleurs. On retrouvera certainement derrière le chant d'un oiseau enfin libre, derrière l'odeur d'une cigarette mal éteinte ou derrière une saison d'eaux salées, la contradiction d'un monde où la course aux profits n'autorise plus à ralentir, mais qui porte pourtant en lui tout le dégoût nécessaire à lâcher prise. Peut-être que Stéphane Mondino a vraiment arraché des bouts de songes qui sortaient du sable. Peut-être qu'il a ramassé pour de vrai des fantasmes qui dormaient dans l'ombre pour en faire Les rêves de Babylone. Peut-être aussi que le vent chaud venu du désert parviendra à coller à vos oreilles la trace brûlante d'un cœur énorme qui bat vite et lourd. Et parce qu'au final, même les plus terriens d'entre nous peuvent aussi passer un tiers de leur vie à rêver, on pourrait dès maintenant et le temps d'une heure au moins, le faire avec Les rêves de Babylone. 

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(Photo : Patrick Batard).

stéphane mondino,les rêves de babylone,interview,mandorInterview :

Je t’ai interviewé il y a 5 ans. Entre les deux disques, 1975, et celui-là, Les rêves de Babylone, il y a eu un album compilation intitulé Un jour en juillet.

Il n’est sorti qu’en numérique. Je l’ai enregistré après une tournée en piano-voix. Je suis retourné à Astaffort pour le jouer dans les conditions live, mais en studio. On a demandé à quinze personnes de faire le public pour que j’aie la niaque. C’est un disque réunissant plein de titres à moi tirés de mes quatre albums précédents, en version acoustique.

Les chansons du nouveau disque, Les rêves de Babylone, tu les portes depuis au moins trois ans. Je t’ai vu les chanter sur scène il y a deux ans je crois.

Je ne voulais pas sortir ce disque en autoproduction. L’expérience que j’ai à ce niveau-là m’a permis de pointer du doigt les limites que j’avais.  Cette fois-ci, je voulais une structure, un label, un distributeur…

La première fois que je t’ai interviewé, c’était pour ton premier disque, Saint Lazare, en 2004. Nous étions chez Sony. Tu as donc connu major et petit label.

Je me suis fait repérer par Francis Cabrel, un homme simple, qui te donne des conseils et des moyens, je passe par Columbia, j’ai des soucis, je passe en autoprod, j’ai des soucis, je suis indépendant, j’ai des soucis. J’ai fini par me faire à l’idée qu’il y a des soucis tout le temps. Très vite, tu as du mal à chercher un bouc émissaire, un coupable de tout ça, parce qu’il ne faut pas chercher un coupable. Tu es sans doute toi-même le premier responsable de ce qu’il t’arrive.

DES LARMES from Stéphane Mondino on Vimeo (extrait de l'album Les rêves de Babylone).

Ta période Columbia, ça a été une sacrée désillusion du métier, non ?

J’avais l’impression d’être jugé en permanence. Il fallait que je sois dans la performance. En interview, j’étais naturel, j’avais une façon de parler qui ne leur plaisait pas. On me recadrait. Quand j’étais petit, ce n’est pas comme ça que je voyais les choses. Je faisais des concerts avec des Lego. Je faisais aussi des concerts chez moi à Franconville, dans le salon de mes parents. Quand j’ai été signé, j’ai compris que ce monde n’était pas celui que je fantasmais inconsciemment. Il avait tendance à sacrément se regarder le nombril.

Il n’y a plus beaucoup de place pour la chanson française de toute façon.

Pour que les médias s’intéressent à toi, c’est très difficile en tout cas. J’ai 41 ans et j’ai l’impression d’être un chanteur des années 70.

On n’y reviendra. Pourquoi ne lâches-tu pas le morceau si c’est difficile ?

Parce que j’ai toujours envie d’écrire des chansons.

Et de les faire écouter.

Oui, mais honnêtement, quand ça me fera trop de mal de faire des disques parce qu’on ne peut pas les entendre nulle part, je pense que j’arrêterai. Je fais beaucoup de scènes, pas dans de grosses salles, mais j’y vais,  je me donne… et combien de fois les gens qui me voient me demandent pourquoi on ne me connait pas.

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Tu te revendiques chanteur de variété.

Ce n’est pas un gros mot. Je ne suis pas un chanteur de rock. Le problème de la variété d’aujourd’hui, c’est que celle qui est matraquée à la radio n’est pas forcément la plus subtile. Du coup, on dit que ma variété à moi est ambitieuse. Putain, mais ça veut dire quoi, « c’est ambitieux » ?

Certes, tu as des textes exigeants, mais je trouve que tes mélodies sont d’une redoutable efficacité et que beaucoup de tes titres auraient pu devenir des tubes.

Ce qui ne va pas, c’est peut-être ce que je suis. Je suis obligé de prendre en compte aussi cela. Il y a les chansons, mais il y a aussi le chanteur, avec tout ce qu’il véhicule.

As-tu l’impression de progresser dans ton écriture ?

J’espère. Ce que j’aime en tout cas, c’est écrire à plusieurs. J’ai des mélodies depuis 20 ans et je ne leur trouve pas de textes. J’adore travailler avec des auteurs qui vont plus loin que moi au niveau de l’écriture. Je n’arrive pas à ajouter de la poésie à mes chansons. Pour cela, j’ai besoin d’aide. Et puis, je t’avoue que je suis une feignasse pour les mots. Autant la musique, je ne m’en lasse jamais, autant les textes, pour moi, c’est laborieux.

Clip de "Les rêves de Babylone" (extrait de l'album Les rêves de Babylone).

Peut-on dire que ton album est conceptuel ?

Il y a un fil avec Babylone, mais évidemment, les chansons s’écoutent indépendamment. Babylone, c’est juste le décor. Le monde de l’inconscient m’a toujours fasciné. Ce que l’on croit être, ce que l’on projette… ce disque parle de tout ça.

Tu t’es inspiré d’un roman de Richard Brautigan, Un privé à Babylone.

Son héros à lui est un détective privé minable. Un gros looser. Un jour il reçoit une balle de baseball et dans son évanouissement, il se retrouve à Babylone. Et du coup, dans sa vie réelle, à chaque fois qu’il le peut, il se barre à Babylone. Ça lui pourri sa vie réelle, il rate des arrêts de trams… ce livre, c’est beaucoup de poésie dans une ambiance crade.

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Pendant l'interview...

Tu fais des concerts « hommage » à Daniel Balavoine. Pourquoi ?

Parce que je suis fan depuis toujours. Ça me fait plaisir de faire un spectacle sur ses chansons que j’interprète à ma façon. Je ne copie pas Balavoine parce que de toute façon, vocalement, c’est impossible. J’arrive à atteindre les voix de têtes, mais  lui était  tellement un extra-terrestre qu’il est inimitable. En faisant ces concerts-là, je me suis rendu compte qu’il était très segmentant. Balavoine, soit tu l’adores, soit tu le détestes. Ce n’est pas comme Goldman qui, lui, fait l’unanimité.

Il était ultra populaire quand même !

Oui, mais il pouvait agacer. Moi, encore une fois,  je suis son plus grand fan.

Aurais-tu préféré être de la génération des Balavoine, Goldman, Souchon, Voulzy, Cabrel ?

C’est marrant que tu me poses cette question, car j’en parlais récemment à Marc Lumbroso (éditeur et directeur artistique, découvreur de Goldman et Paradis notamment). Je lui ai dit qu’il aurait fallu que je naisse plus tôt pour faire partie de cette famille-là qui me correspond totalement. D’ailleurs, mon nouvel album sonne fin des années des 70, ce n’est pas un hasard. 

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Après l'interview, le 13 avril 2017.

07 juin 2017

Céline Ollivier : interview pour Grands Espaces

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Céline Ollivier revient avec un nouvel album doux et envoûtant, mystérieux et sensuel, Grands Espaces, quatre années après La femme à l’éventail (lire la mandorisation (juin 2012) de la chanteuse pour cet album). Elle prend son temps, ne cesse jamais d’écrire, parce qu’écrire c’est se soigner.  Dans ses textes, il y a autant de certitudes que de doutes. On n’y entend un travail  vocal exceptionnel, par superpositions chorales à certains moments. Musicalement, Céline Ollivier passe de l’épure d’une guitare acoustique ou d’un piano à des déploiements orchestraux subtils.

Céline Ollivier sera demain au Divan  du  Monde avec quelques guest comme Robi, MellClarikaAlex Beaupain et Katel. Elle sera accompagnée par sa Team : Franck Amand à la batterie, Remy Galichet aux Claviers, et Emilie Marsh à la guitare. 

L’occasion était belle de se rencontrer une nouvelle fois pour évoquer le disque et le concert.  Le 31 mai, Céline Ollivier est donc revenue à l’agence pour une seconde mandorisation.

celine-o-hp.jpgArgumentaire de presse officiel :

Souvenir encore tenace que celui de La Femme à l’Eventail, disque d’arc-en-ciel d’émotions, de sentiments mélangés. Ceux qui ont eu su tendre l’oreille n’ont eu de cesse que de vouloir le partager. Parce qu’on y décelait un bouquet royal d’élans, d’évocations, de sensations altruistes et de parfums qui touchent droit au cœur. Entrée en matière probante avec notamment un passage significatif en playlist sur France Inter et un accueil médiatique enthousiasmant. Puis quatre ans. Laps de temps écoulé avant ce deuxième chapitre. Pourquoi une si longue durée ? Ne pas y voir de la désinvolture dans la démarche. Plutôt de l’exigence.  Les chansons sont venues à elle, l’ont culbutée, sans lui laisser le choix. Ses nuits sont mélodiques, ses lectures durassiennes. Forcément, ça travaille inconsciemment.

Changement d’approche également avec le piano qui a cette fois-ci provoqué l’impulsion, à la fin de l’automne 2014, elle a suffisamment de matière dans son escarcelle pour reprendre contact avec Martin Gamet, le réalisateur du premier album. Mais Céline Ollivier, en intransigeante perfectionniste, multiplie les allers-retours avec ses morceaux. Entre-temps, elle se fond aussi dans le projet folk de Charlotte Savary (Felipecha) à la guitare et aux chœurs. Poursuit son activité de professeur de chant. Et revient, encore et toujours, sur ses micro-détails qui peuvent changer l’existence d’un titre. Presque une question d’éthique chez elle. En d’autres termes, Céline Ollivier défend un modèle d’artiste davantage préoccupé par la qualité des chansons que par les points d’édition.

La dernière chanson à prendre naissance ouvre l’album. Elle s’appelle « Où je reprends mon Souffle ». Une738_celine-299-2.jpg supplique adressée à sa grand-mère, doublée d’une tendresse diffuse. Aux manettes, Katel dont la superposition de claviers scintille comme une voie lactée.

Pour ces Grands Espaces, la jeune femme ne s’est résolue qu’à écrire sans autre objet que ses obsessions. Aucune joliesse superflue de sa part. C’est un journal intense et sincère dans son abandon. Ses textes embrassent un « tu » permanent et récurrent. Elle s’adresse à un destinataire bien défini, à une ou deux exceptions près, jamais le même.

Dans toutes les chansons, il y a toujours des absent(e)s. Ce sont eux qui tiennent le rôle principal. Elle sait que c’est lourd, une absence. Bien plus lourd qu’une disparation. Voilà ce qu’elle nous dit aussi, souvent de manière concise et imagée. En duo avec Alex Beaupain, « Pour la Peine », elle chante pour les vivants et dessine une géographie post-Bataclan.  L’air circule sur ce disque à larges bouffées de constats distanciés. Il y a autant de certitudes que de doutes. Des inquiétudes rédemptrices aussi. Ce sont surtout des chansons magnétiques et d’une élégance vibratile. Parfois, elles sont traversées par une tension teintée de colère, comme sur « Le 8 Rouge ». Il y a aussi la femme à la parole décomplexée qu’elle admire « Le Rouleau », les tétanies douces des renoncements amoureux, « En Miroir ».

Avec ses compagnons de partage (Martin Gamet, Mathieu Coupat, Mell et donc Katel), Céline Ollivier joue subtilement avec les textures, absorbe nos âmes dans un divin piano-voix « Tes Lèvres sur mon Front », renoue avec le côté latin des débuts, « Dernière Bobine », marche dans les pas d’une valse atmosphérique « Les Goélands » et s’envole vers des chœurs aériens « Tes Vertiges ».  Et enfin la voix, l’autre grande affaire de l’album. Une voix d’une vibrante légèreté, d’une justesse imparable et qui voltige audacieusement entre le phrasé et le parlé. Une voix féline, en osmose avec l’écriture, assumant les différentes facettes de sa personnalité et exprimant toutes les nuances d’un sentiment. Rares sont les chanteuses qui parlent, avec autant de justesse, au cœur et à l’intellect.

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IMG_2062.JPGInterview :

J’aime quand les artistes ne se précipitent pas pour sortir des disques…

Je me suis accordé le  luxe de prendre le temps. Un an avant que l’on détermine la sortie du disque, j’ai cru que nous l’avions fini. Mais non. Finalement,  j’ai encore écrit « Pour la peine » et « Je reprends mon souffle ».

Cette chanson pour ta grand-mère est d’une beauté.

Je l’ai écrite au mois d’octobre. Je suis allée la voir dans sa maison de retraite à Bayeux et cela m’a inspiré cette chanson. Comme j’adore la voix et les mélodies de Pauline Croze, je voulais que ce soit une chanson pour elle. Je crois qu’elle ne l’a jamais reçu.

Aimes-tu raconter à un journaliste de quoi parle tes chansons ?

Oui, j’aime bien. Mes chansons sont tellement ciblées, que cela ne me dérange pas d’expliquer à qui elles s’adressent. Cela part toujours d’une histoire personnelle, intime, d’un lien à l’autre, qu’expliquer ce que j’ai poétisé à ma façon me parait logique. Paradoxalement, j’aime bien que les gens ne sachent pas de quoi parle un de mes textes, mais que cela raisonne quand même chez  eux. Le but de toute œuvre est que les gens s’en fassent une interprétation personnelle.

Ton premier album La femme à l’éventail était un album très personnel, dans lequel tu te livrais beaucoup. Est-ce que tu t’es demandée à un moment ce que tu allais bien pouvoir raconter dans le prochain ?

J’ai des phases de plongée intérieure et de solitude qui provoquent des rencontres avec moi. C’est pour ça que j’ai appelé cet album Grands Espaces. J’aime rencontrer des zones dans lesquelles je n’ai pas poussé certaines portes complètement. En tout cas, là,  je pense déjà au prochain. Je sais juste que des chansons récentes comme « Où je reprends mon souffle » et « Tes  lèvres sur mon front », j’aurai envie de les défendre sur scène toute ma vie. Ce qui n’est pas le cas de quelques chansons du premier disque.

Parce qu’elles racontent des histoires d’un autre passé ?

Pour des raisons musicales et textuelles, que je trouve relatives.

Tu as travaillé un peu comme tu voulais, dans une sorte d’élasticité idéale ?

Exactement ! J’écris en fonction de mon humeur du moment, de mes états, de mes lectures, de mes envies. Cet album parle beaucoup de tensions, de réconciliations, des présents, des absents, de mes absences à moi… Je garde de cette période de création un souvenir très agréable, mais très dense aussi.

Pas douloureux ?

Si, quand on écrit « Pour la peine » ou « Où je reprends mon souffle »,  je ne suis pas dans la gaité la plus absolu. Après réflexion, la plongée à l’intérieur de moi n’a pas toujours été facile, parce qu’il y a beaucoup de résistance.

Et d’insatisfactions ?

Oui. Par exemple, pour « Les goélands », j’ai mis des mois à terminer le texte. Il est très court, car je voulais être au plus juste de l’idée que j’avais du choix des mots et des structures. Martin Gamet, un des réalisateurs de ce disque, m’a apporté son intuition, son éclat. A un moment donné, il faut savoir laisser la main. Quand on essaie plein de choses, il faut qu’elles se résolvent. Il faut savoir s’appuyer sur des gens de confiance.

De quoi parle « Les goélands » ?

Je m’adresse à la Alice du premier album, ma meilleur amie qui est décédée il y a très longtemps. Je parle de l’absence avec la métaphore de la mer, de la rocaille et de la marée. Je la cherche et j’essaie de la retrouver parmi les signes… Quand tu perds quelqu’un dans un tragique accident, il y a un sentiment d’injustice, de réparer quelque chose, de comprendre. Cela devient une quête.

"Les goélands" en concert.

La solitude, dans la création, c’est compliqué ?

Oui. Heureusement que les réalisateurs sont là. J’aime beaucoup ce mot : réaliser. Réaliser les chansons des autres. Martin Gamet a vraiment une facilité pour cela. J’ai une écriture musicale assez classique, assez simple et toutes mes chansons folks, mes chansons acoustiques, il parvient toujours à les sublimer.

Tu ne lui as pas confié toutes les chansons, contrairement au premier album. Pourquoi ?

Parce que j’avais beaucoup composé et maquetté aux claviers et que j’avais envie de quelqu’un qui est habitué à une réalisation de ce type-là. Naturellement, j’ai pensé à Mathieu Coupat, à qui j’ai confié « Sourde », « Le 8 rouge », « Tes lèvres sur mon front » et « Le rouleau ».

Il y a aussi Mell dans ce projet.

On avait réalisé des prémaquettes de « Tes vertiges » quand elle habitait  encore à Metz. J’ai gardé une des prémaquette plutôt que l’autre version qu’on avait faite pour l’album. Elle sonnait mieux, elle avait même une sorte de magie.  Je passe beaucoup par l’émotion, la musicalité, le placement dans l’espace. Il y a une dimension spatiale à la musique.

"Pour la peine" en concert.

Revenons à la chanson post-Bataclan, « Pour la peine ».

Je l’ai écrite après les évènements. Mais, à la base, je voulais qu’elle soit pour la chanteuse Dani, pour les bonus dans son dernier disque, mais ils n’ont gardé aucune nouvelle chanson. C’est mon producteur qui m’a incité à l’enregistrer moi-même.

Tu la chantes donc avec Alex Beaupain.

Oui, et avant que je lui dise, il ne savait pas vraiment de quoi la chanson parlait. Juste, il l’a trouvait belle. On a fait quatre prise ensemble, face à face. Les deux premières, il ne savait pas… on a gardé  la troisième et la quatrième.

La mort t’obsède ?

Pas du tout. Je parle beaucoup plus d’absence physique.

Ecrire, c’est un pansement à ses failles personnelles ?

Un pansement, je  ne sais pas. Je dirais qu’au contraire, c’est comme si je revenais sur la cicatrisation. C’est comme si j’ôtais la croute pour que cela se cicatrise mieux. Parfois, on croit qu’un problème est réglé et on se rend compte qu’il faut y retourner parce qu’il n’est pas réglé tout à fait. Une chanson peut être aussi une remise en question personnelle. Parfois je sais que j’ai condamné les autres un peu vite…  

Parlons de ton concert de demain ? Pourquoi y aura-t-il plein d’invités ? Pour te rassurer ?  

Non parce qu’au contraire, il faut gérer… ce n’est pas une mince affaire ! Je réunis mes amis et les artistes que j’aime. Il y a un vrai sens à la présence de chacun.

Tu as le trac ?

Je suis toujours une grosse traqueuse. Cette date sera un peu celle de l’année pour moi. En tout cas, je suis heureuse de jouer ces chansons dans une version très fidèle à l’album. Je veux qu’on respecte l’esprit et les structures de Grands Espaces.

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Après l'interview, le 31 mai 2017.

06 juin 2017

Gilles Paris : interview pour Le vertige des falaises

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorCeci est la quatrième mandorisation de Gilles Paris, (la première en 2012, pour évoquer son livre Le pays des kangourous, la seconde en 2013 pour la réédition d'Autobiographie d’une courgette (qui a connu une autre vie artistique phénoménale depuis) et en 2014 pour son roman L’été des Lucioles). Gilles Paris est une figure incontournable du milieu littéraire depuis de nombreuses années. Il n’est pas seulement auteur, il est également l’un des attachés de presse les plus importants de France. On ne compte plus les écrivains qu’il défend.

Pour en savoir plus sur Gilles Paris, lisez l'excellent article du Parisien, paru récemment.

Je lui suis fidèle parce que, même si nous ne sommes pas des amis proches, nous avons des liens suffisamment forts pour que je sois très attaché à lui et à son œuvre. Elle (son œuvre) me touche profondément. Les secrets de familles, l’enfance un peu cabossée... ne me laissent pas indifférent…

Le 11 avril 2017, pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2017), j’ai interviewé Gilles Paris une nouvelle fois, à l’agence. Voici ce que j’en ai retenu pour le consumer… et ensuite, je vous propose, comme souvent, un bonus mandorien.

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien :

Le succès mondial de l’adaptation cinématographique d’Autobiographie d’une courgette est-il un conte de fées ?

Oui, dans lequel il y a eu des montagnes russes. J’ai vécu des émotions fortes. Autobiographie d’une courgette, il faut le rappeler, est mon deuxième roman. Il est paru en  2002, c’est à dire il y a 15 ans. Il a déjà eu en 2007, une adaptation à la télévision  pour France 3 (sous le titre C’est mieux la vie quand on est grand), réalisé par Luc Béraud, produit par Pascale Breugnot, avec Daniel Russo qui jouait le gendarme.

Mais l’aventure du film d’animation réalisé par Claude Barras est tout à fait incroyable.

Tu peux le dire ! Je l’ai suivi de près et de loin. Je regardais un peu ce qui se disait, mais pas tout. Cette aventure incroyable m’a rendu très heureux. Nous sommes allés jusqu’à deux César, une nomination aux Oscars et à peu près 20 prix dans le monde entier. Mais pour moi, la plus importante des victoires est celle du public. Il y a eu plus de 800 000 entrées en France et  le DVD qui vient de sortir se vend très bien. C’est un peu le succès de David contre Goliath. Je rappelle que c’est un film d’auteur avec un budget correct, mais modeste par rapport aux productions américaines. Il s’est pourtant hissé vers les plus hautes sphères. Je remercie encore Claude Barras d’avoir su garder l’esprit du livre.

As-tu suivi l’élaboration de ce film d’animation ?

Non. J’ai suivi tout ça comme un fan. Je regardais les teasers, les premières images, je lisais les articles paraissant sur le projet… je n’étais pas encore en contact avec la production à ce moment-là.

La première fois que tu t’es assis pour voir le résultat final, il s’est passé quoi dans ta tête ? gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Tout ce que j’avais vu et lu au préalable m’avait rassuré. Mais c’est toujours un peu étrange de voir un film tiré d’un de ses livres. C’était une projection faite pour les partenaires du film, en avril dernier. Je me suis recroquevillé dans mon fauteuil, mais à la fin, les réactions étaient tellement bonnes que j’ai été rassuré. Depuis,  j’ai vu le film une vingtaine de fois et à chaque fois, j’ai découvert quelque chose de nouveau que je n’avais pas vu auparavant. Par exemple, j’ai remarqué qu’une de mes héroïnes, Camille, lisait Kafka, que la grenadine était rose… des détails comme ça.

Peut-on être ému par une histoire qu’on a écrit soi-même finalement ?

Pas vraiment par l’histoire, mais par le contexte, par ce que ce film a véhiculé dans ma vie. J’étais très ému à cette projection et encore plus à Cannes. Cannes, c’était la première projection publique payante. C’était une très grande salle et nous étions tous réunis. Quand le film s’est terminé, il s’est passé quelque chose de très inattendue : des applaudissements pendant 20 minutes. C’est très long 20 minutes ! J’avais ce sentiment étrange de me dire que si je n’avais pas écrit ce livre, dans cette salle, ce serait d’autres gens, une autre histoire, un autre livre, un autre film. Tatiana de Rosnay m’a raconté qu’elle a eu le même sentiment quand elle a vu pour la première fois Elle s’appelait Sarah en projection.

T’es-tu expliqué l’émotion qu’a suscitée ce film ?

Non. On explique plus les échecs que les réussites. Si on connaissait le secret d’une réussite, on ne ferait que ça. Dans le cas du film, le bouche à oreille a été très important.

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Pendant l'interview...

Ce succès a-t-il changé ta vie ?

Ma vie s’est améliorée. Depuis toujours,  je suis quelqu’un qui n’a pas une super grande confiance en lui, mais le succès de la courgette m’a un peu galvanisé et m’a indéniablement apporté du bien-être.

Il y a quelques années, je te demandais si le fait d’être écrivain toi-même n’était pas un problème pour être attaché de presse d’autres écrivains. Aujourd’hui, tu es plus connu que beaucoup d’entre eux…

En ce moment, j’ai la chance d’avoir des auteurs qui sont extrêmement heureux pour moi et qui m’envoient régulièrement des textos et des messages d’affection. Je reste quelqu’un d’extrêmement discret.

Je peux en témoigner, tu n’as absolument pas changé.

Je ne changerai jamais tu sais. Quand on est heureux, que la réussite est là, il ne faut jamais oublier qu’il y a toujours quelqu’un pour te rappeler de descendre les poubelles.

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Après l'interview, le 11 avril 2017.

02 juin 2017

Daguerre : interview pour le livre disque La nuit traversée

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(Photo : Julie Thomas)

Daguerre sort déjà son sixième album solo. Je l’ai déjà mandorisé seul, ou à deux, c’est dire s’il ne me laisse pas indifférent. Il fait partie de ces artistes essentiels, authentiques, rares, bons, qui sortent des sentiers battus et que j’aime mettre en avant. La nuit traversée est un livre disque illustré à découvrir absolument. Il y dévoile ses blessures du passé, son espoir en l’avenir, conquêtes et aventures en tous genres. Ses textes vifs et sincères tapent dans la fourmilière sociétale et pourraient même déranger une certaine société bien propre sur elle. Le 25 avril dernier, le jour de son Café de la Danse, nous nous sommes posés à la terrasse d’un café à proximité de la salle parisienne. Au programme cup of tea et longue conversation.

daguerre,la nuit traversée,sarane mathis,mély vintilhac,lamao éditionsArgumentaire de presse de La nuit traversée :

 ..." Cette nuit nous devons partir, et on ne va pas se mentir

D'autres ont essayé avant nous, et on a tous entendu dire, fuir c'est mourir

Il nous faut prendre le risque d'affronter ce sentiment, et choisir

Qu'on a le droit de rêver d’une meilleure destinée,

On a le droit de rêver de la nuit traversée "

Le sixième album de Daguerre nous invite à une découverte singulière. Une toile sombre et lumineuse est tissée. On se perd, on se retrouve, on oublie, on se rappelle, on se bat, on se relève. Les mots revêtent une texture, les sons prennent des odeurs, des couleurs. Guitares, piano, cordes atmosphériques et cuivres, éclairée par sa voix rauque et profonde, viennent rythmer ses neufs chansons inédites, engagées et poignantes.

Daguerre a voulu offrir plus qu’un album : un livre-disque illustré où les dessins de Sarane Mathis et le récit de l'écrivaine Mély Vintilhac viennent transpercer ses nouvelles chansons.

Une traversée à oser...

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daguerre,la nuit traversée,sarane mathis,mély vintilhac,lamao éditionsInterview :

Raconte-moi l’aventure de ce livre-disque ?

En préparant mon 6e album, j’avais envie de sortir un objet particulier, quelque chose d’original. Je sais que le vinyle revient pas mal. Je voulais vivre autre chose. Après, c’est une histoire de rencontre. J’ai eu l’idée du livre, car je suis  amoureux de l’objet, de leur odeur…  J’en ai plein chez moi.  Cette compagnie-là m’apaise. J’aime aussi les librairies, je me sens bien dans ces lieux.

Du coup, tu voulais qu’on te trouve dans  les librairies ?

Il y avait aussi l’idée de découvrir autre chose que le circuit habituel de distribution auquel je suis habitué. Le disque est en train de crever et comme je suis en indé, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose de beau. J’ai donné mon nouveau disque à Fany Souville de Lamao Editions, celle qui est devenue mon éditrice. Elle semblait intéressée, alors je lui ai dit que je voulais travailler avec un auteur et un illustrateur autour de mes chansons. Je ne voulais pas que ce soit juste un beau livret amélioré. Elle  a adoré l’idée et la machine s’est mise en route.

Mély Vintilhac est l’auteure et Sarane Mathis, l’illustrateur. Peux-tu me les présenter ?

Mély, je ne l’ai rencontré que deux fois. C’est quelqu’un qui est venu me voir en concert à Biarritz et à Paris. Il y a trois ans, elle m’a dit qu’elle souhaitait m’envoyer des nouvelles très courtes. Je les ai reçu par mail et je les ai trouvé vraiment très intéressantes. On est resté en contact. Quand j’ai eu l’idée de ce livre-disque, j’ai pensé à elle pour les textes. Elle habite en Nouvelle-Zélande donc ce n’était pas très pratique, mais je voulais que ce soit elle qui écrive. Quant à Sarane, je le connais depuis le lycée. Il était en seconde, première et terminale avec ma fille. C’était déjà un tueur en dessin, maintenant, il aux Arts déco  de Strasbourg. Avec lui, je vois la vision d’une autre génération sur mes textes. Je n’ai pas envie de devenir un vieux con, alors j’aime bien confronter ce que je fais à la jeunesse.

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(Photo : Sébastien Garcia)

Quand on écoute une chanson, des images nous parviennent. Le fait de proposer des illustrations, ce n’est pas mâcher le travail de ceux qui écoutent ?

Je ne crois pas. Je lui ai donné carte blanche, c’est donc juste sa vision à lui.

Est-ce que Mély et Sarane ont eu un peu peur de te décevoir ?

Enormément. Sarane a eu un gros trac au début et dès qu’il a trouvé son fil conducteur avec son personnage, c’est allé vite. Mély, elle, a complètement craché les mots. Mes chansons l’ont renvoyé à des moments douloureux. Ensuite, c’est Fany Souville et moi qui avons coordonné le tout. Un an de travail dans une ambiance hyper agréable avec un côté artisanal intéressant.

Tu revendiques ce travail artisanal depuis le début de ta carrière.

C’est passionnant parce que tu redémarres toujours à zéro. Tu es sur un fil en permanence, tu ne sais pas si tu vas y arriver. Il n’y a aucun confort. Ça me fait me sentir vivant. C’est un moteur pour moi. J’ai été en majors et les choses étaient simples. J’ai rencontré des gens formidables, mais je me suis ennuyé. J’ai compris que cela ne me correspondait pas. Je venais du punk au départ, alors, même si toute identité se construit tout le temps, il y a des choses qui me sont restées.

Le côté inconfortable t’apporte quoi ?

Tu dois construire tout toi-même et il y a une grande fierté quand tu vas au bout de tes projets. Et c’est souvent le début de grandes amitiés qui se créent. Ça  n’a pas de prix, surtout dans le monde dans lequel nous vivons.

Tu as toujours 1000 projets, j’ai l’impression, non ?

En tout cas, j’en ai toujours 3 ou 4 en même temps. Là, je suis en train de réfléchir à quelque chose destinée aux jeunes publics, je fais beaucoup de collectifs d’artistes, je partage ma passion de l’écriture et je tente de transmettre aux autres… et puis, je suis sur un projet avec Michel Françoise. On a beaucoup travaillé ensemble. Je ne m’interdis rien, je recherche toujours des alternatives à quelque chose.

Clip de "Oublier". 

Mély Vintilhac a vu beaucoup le deuil dans tes chansons.

Dans La nuit traversée, elle a surtout vu comment on relève la tête après des épreuves. Certaines de mes chansons l’ont ramené à des moments ultra précis de sa vie qui n’était pas ultra joyeux. J’ai adoré qu’elle s’empare de mes chansons.

C’est génial d’écrire une chanson et que chacun se l’approprie par rapport à son vécu, n’est-ce pas ?

C’est la magie des chansons. Une chanson qui nous touche te renvoie toujours à un souvenir unique, qui n’appartient qu’à soi. On peut être 100 000 à écouter la même chanson, on n’aura pas les mêmes souvenirs, les mêmes sensations.

Il me semble que La nuit traversée est ton album le plus noir.

C’est vrai. Je pense que c’est par rapport au contexte actuel du monde. Ça fait naïf de dire ça, mais les artistes sont des éponges. J’ai ressenti chez les gens une tristesse, une haine et une violence incroyable. La tristesse plane au-dessus de nous. On a tous une angoisse nouvelle que je ne pensais pas connaitre de mon vivant. Ça m’a beaucoup influencé dans l’écriture.

Clip de "La nuit traversée". 

La nuit traversée, ça me fait penser aux migrants. Je sais que tu es touché par leur sort.

L’impuissance mondiale que l’on a face aux problèmes des migrants me révolte. C’est insupportable de voir ces images d’eux dans des bateaux. Il faut avoir un courage de dingue pour s’entasser comme ça afin de fuir un pays. Personne ne comprend qu’ils le font par désespoir et pas par plaisir? Alors, oui, l’album est sombre, comme notre époque.

Dans tes albums, tu as toujours parlé de la vie, de la mort, de l’amour, du deuil, du désir de liberté et de paix… finalement, tu parles toujours des mêmes sujets, mais sous des angles différents.

Chaque artiste est spécialisé dans certains thèmes. Les thèmes récurrents, je trouve ça assez logique. Après, il y a la manière d’écrire et l’interprétation. J’ai toujours écrit de façon très libertaire. Je ne fonctionne que comme ça. Et c’est aussi un mode de vie.

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(Photo : Patrick Batard)

Y a-t-il plus de gravité dans ta manière de chanter ?

Je ne crois pas, mais j’ai en moi une sorte de colère impuissante. J’ai toujours était en colère, mais la colère peut être une ennemie. Il ne faut pas se complaire là-dedans, donc j’essaie de désamorcer les choses.

La scène, tu l’envisages comment ?

De manière physique, voire animale. Presque charnelle. J’ai appris la scène comme ça. Quand je sens le public attentif et réceptif, c’est hyper impressionnant. Je ressens l’énergie de la salle. C’est ce qui fait que l’on devient accro à la scène.

On se sent comment ?

On ne se sent pas seul. Je vis la scène comme un match de tennis. Chaque chanson qui passe, c’est un point. A chaque fois, l’émotion est différente et surtout, je sais que ce n’est jamais acquis. Ca reste inconfortable pour moi, mais c’est un besoin vital. Si je n’ai pas la notion de danger, je m’emmerde. Il faut que je rencontre des gens aussi névrosés que moi pour que l’on fasse des trucs ensembles (rires).

Il y a un aspect ludique à la création ?

Bien sûr ! Moi, je m’amuse tout le temps. J’ai toujours désacralisé ça, j’en ai besoin. Tous mes projets sont épicuriens. Il faut que l’on travaille aussi autour d’une bonne table… un peu arrosée aussi. Je bosse comme un malade, mais en m’éclatant.

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Pendant l'interview...

Je reviens sur ton amour de la transmission. Tu fais ça aux Voix du Sud à Astaffort, mais pas uniquement.

Pour mes ateliers d’écriture, il m’arrive d’aller même dans les prisons, d’enseigner aux cabossés de la vie, aux jeunes, aux handicapés... Ça me permet de sortir du sentier balisé du métier. J’avais envie de ressentir une émotion super forte dans la transmission. C’est une autre façon de se sentir vivant. Etre intervenant maintient en vie ma sensibilité. Je ne veux pas qu’elle soit abîmée.

Habiter Biarritz, c’est important pour toi ?

Dans ma vie privée, j’ai la chance d’avoir une femme incroyable et d’habiter dans un endroit qui est primordial pour pouvoir vivre comme je le veux et le mieux possible. Mon sud-ouest et l’océan sont des éléments vitaux dans ma vie. Je ne peux pas ma passer de l’océan. Que j’aille bien ou pas, j’en ai besoin.

Tu as la vie rêvée ?

Oui, je le crois. Je me suis donné les moyens d’être le plus libre possible. Je n’ai jamais eu le projet de vivre vieux, maintenant que ça avance, je commence à l’avoir. Je suis heureux et je sais qu’aujourd’hui, c’est un luxe.

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Le 25 avril 2017, après l'interview. 

01 juin 2017

Camille : interview pour Ouï

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(Photo : Patrick Messina)

Camille a passé beaucoup de temps en cellule ces derniers mois. La cellule I, située entre le grand cloître et le jardin des senteurs, au cœur caché de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (un ancien monastère du XIVe siècle, reconverti en centre culturel et résidence d’artistes). C’est là que Camille a conçu Ouï, son cinquième album studio, en apparence simple, essentiel, primitif, basé sur le rythme, le chant et la conséquence naturelle de leur rencontre, la danse.

J’ai interviewé Camille pour Le  magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2017). Et comme j'aime me l'a jouer un peu. Il s'agissait là de la toute première interview pour cet album. Et ouï!

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Teaser de l'album.

Clip de "Fontaine de lait".