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13 juin 2017

Ottilie [B] : interview pour :passage:

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(Photo : Frank Loriou)

ottilie b,passage,interview,mandorLa biographie d’Ottilie [B] le stipule parfaitement « avec patience, finesse et précision extrême, Ottilie [B] taille dans la musicalité des mots et du son, comme dans une matière première et vivante, à transformer et réinventer. Poétique, charnel et intimiste, l’univers qu’elle sculpte avec grâce, nous ballade entre slam et chanson, colère et douceur, violence et sensualité. » Dans ce deuxième album, :passage:, qu’elle a composé et réalisé, il est question de la naissance : la première mais aussi la deuxième, le passage qui par la création, fait accoucher de la conscience qu’on a de soi ; ou qui par la force de la nature, conjure le sort de la mort et ramène sur le chemin de la vie.

Pour cela « elle s’est inspirée de la mythologie grecque, de la philosophie épicurienne, de la littérature comme celle de Lorette Nobécourt, de la poésie de René Char ou Marina Tsvétaéva, d’artistes chercheurs défricheurs tels Gainsbourg, Rita Mitsouko, Claire Diterzi, Nicolas Repac… Pour cette femme du monde aux origines métissées – kabyles, italiennes, mongoles – chaque voyage est quête de soi, mais aussi matière créative directe, brute et multiple : sons du réel capturé au cœur de la nature, rythmiques et sonorités nouvelles, instruments, musiques et chants de tous les mondes. »

J’apprécie et défend le travail d’Ottilie [B] depuis son premier EP (lire là), puis son premier album (lire ici), j’ai donc été ravi de la mandoriser une troisième fois. C’était le 26 avril dans un bar de Chatelet.

Argumentaire de l’album : ottilie b,passage,interview,mandor

Passeuse atypique de frontières, de sons bruts et d’émotions à fleur de mots, Ottilie [B] revient avec 12 paysages multipistes, world et electro, poétiques et foisonnants. Toujours armée de ses crayons de colère, elle peint ces paysages sensoriels avec les couleurs vives de ses cartes plurivocales, fabriquées aux quatre coins d’un globe qu’elle sillonne en 2015, micro en main.

C’est dans le sensible et dans le réel que l’interprète, compositrice et réalisatrice de ces « passages», cueille la matière première et primaire de ses créations: rumeurs de la nature, souffles et voix humaines, instruments traditionnels dépoussiérés par un jeu minimaliste et actuel, du bendir marocain au roulèr réunionnais, en passant par l’anatar indien ou la kora malienne. Alors elle travaille, pétrit, façonne, sculpte en studio, des pulsations de vie, des mélodies éclatées, des sons chaleureux et hybrides, à mi-chemin de l’electro et de l’organique, du rudimentaire et du sophistiqué.

ottilie b,passage,interview,mandorPlus libre et plus ouvert que dans le premier opus, son chant se promène entre onomatopées et vocalises, bourdons et fréquences décalées, sons de gorge et de tête,  avec la souplesse hors-norme d’une contorsionniste vocale. Sa voix singulière  s’étire, s’amuse, se superpose à elle-même ou à celle d’autres passeurs et passeuses, fantômes parfois  invisibles et clandestins de l’opus. Ils sont pourtant bien là: Denis Péan (Lo’Jo) (mandorisé-là), Ibrahim Ag Alhabib (Tinariwen), Christine Salem, parmi tant d’autres. Et chaque composition imprime sur les murs du présent, le souvenir passé et sensible, la trace intérieure et indélébile, l’empreinte précieuse et indicible, d’une rencontre musicale avec l’une d’entre eux. Brouilleur de frontières, de codes et d’idées reçues, ce deuxième album est une invitation vocale et sensible à un voyage poétique et spirituel, à la croisée des chemins de passage, de soi vers l’autre et de la mort vers la vie.

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(Photo : Frank Loriou)

ottilie b,passage,interview,mandorInterview :

Habituellement, tu vas loin dans l’exploration des sons, mais là, tu t’es surpassée !

Comme d’habitude quand je fais un disque, j’ai travaillé sur un thème. Pour celui-ci, c’était le passage. J’entendais par-là : transformation, naissance, mort, voyage.

Quand nous nous sommes vus la dernière fois, tu m’avais dit que cet album allait parler de la mort uniquement.

Au fil de mes rencontres pour élaborer ce disque, plus la mort était abordée, plus ça parlait de vie. Je suis allée plus loin que prévu.

Même dans ton écriture.

J’ai l’impression que j’écris de façon cubiste. J’ai construit une histoire avec plein de portes ouvertes, encore et encore. J’ai lâché le mental et je suis allée à l’essentiel.

Et celui qui t’écoute part dans ton voyage.

J’ai toujours du mal avec les propositions artistiques ou poétiques qui nous disent où on doit regarder, où on doit penser, où on doit cheminer. C’est pour ça que je cherche une autre voie pour toucher les gens et les amener quelque part. Ce que j’aimerais, c’est les amener où ils ont envie d’aller. C’est délicat parce que proposer une chanson, c’est déjà hyper engageant ou engagé.

Pourquoi as-tu plus travaillé sur les musiques du monde cette fois-ci ?ottilie b,passage,interview,mandor

C’est parce que j’ai voyagé et que j’ai été touché et ému par les endroits visités. L’ile de la Réunion et sa culture, la Mongolie et la Laponie aussi. Le meilleur moyen pour que la musique existe, c’est de la faire vivre… et pour la faire vivre, il faut prendre des risques. Celui qui crée doit aller dans des endroits inconnus de lui et explorer les territoires vierges de son mental. Tout ça m’a bien bousculé.

Qu’est-ce qui t’a bousculé exactement ?

La quête dans la rencontre. Brassens a écrit dans une lettre : « Tu es l’ami du meilleur de moi-même ». Le fait de provoquer des rencontres avec d’autres artistes est complexe pour moi, parce que je suis timide et que j’ai des complexes de légitimité. Il a fallu que je donne le meilleur de moi-même sur un temps court, improvisé avec un thème bien précis. Je me suis dépassée. Plus on joue avec des artistes qui nous touchent, qui nous amènent ailleurs, qui nous font voyager un peu plus loin que la bout de notre nez, plus on va plus loin.

"Conte des faits" (audio).

ottilie b,passage,interview,mandorCe problème de légitimité est récurrent chez toi depuis que je te connais. Mais quand tu vois qu’un artiste comme Denis Péan accepte de travailler avec toi, ça devrait te rassurer sur ta place dans le monde musical, non ?

J’ai ressenti ça au début, mais en fait, non. J’ai beaucoup appris avec les gens qui ont collaboré à cet album, dont Denis. C’est plus cela qui me rassure. Je m’aperçois que je prends plus de plaisir à jouer, à être sur scène qu’avant. J’ai appris que le doute pouvait être un moteur, après, il faut savoir comment utiliser ce doute pour être encore plus authentique et généreuse.

Comme pour le premier album, c’est toi qui réalise Passage.

Oui, et j’ai un regret, c’est de ne pas accéder à l’épure au niveau sonore. J’ai l’impression de me cacher derrière ces sons hyper ciselés et léchés. J’avais envie d’honorer tous les magnifiques sons que j’avais en ma possession. Je vais peut-être mûrir dans ce sens-là. Il faut que je sois moins gourmande.

L'EPK de l'album :passage:

Pour toi la musique et l’image sont hyper liés.

C’est pour ça que j’ai fait beaucoup de photos et que j’ai réalisé le clip « Crayons » sur l’album précédent. Le prochain, pour cet album, sera à base d’archives. J’ai une matière visuelle que je retravaille. J’aime bien utiliser ce qui existe déjà pour en faire autre chose. Un artiste est toujours un peu un voleur. Tout existe déjà.

Pourtant, tu essayes toi-même d’inventer quelque chose.

Peut-être. Est-ce que c’est moi qui trouve ou, parfois, n’est-ce pas une erreur ? Une erreur heureuse. L’inspiration est quelque chose qui nous dépasse un peu. On n’a pas tout pouvoir sur la création.

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On ne maitrise rien ?

C’est la maitrise du non contrôle. C’est vivre à l’instant présent, c’est accueillir ce qui est là. Dans la création d’un album, il faut un peu d’humilité.

Cet album, c’est deux ans de travail.

Intense. Je n’ai pas beaucoup dormi pas beaucoup mangé. Cet opus m’a vraiment beaucoup mobilisé. Je voulais que tout s’imbrique parfaitement. Je sais, c’est paradoxal avec le fait que je te parle de non contrôle.

Tu es dans la musique depuis dix ans. As-tu l’impression de progresser d’album en album ?

J’ai l’impression d’avoir beaucoup appris et qu’il reste beaucoup à apprendre. Voilà où j’en suis. Ca va vite et ce qui est important, c’est de vivre intensément le présent.

 Quel sera le thème du prochain disque ?

C’est encore un peu tôt, mais j’ai envie d’évoquer la relation amoureuse.

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Après l'interview le 26 avril 2017.

(Toutes les photos, hormis celle avec Denis Péan et celles dans le bar, sont de Frank Loriou.)

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