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30 mai 2017

Martin Luminet : interview pour son EP En attendant d'aimer

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martin luminet,en attendant d'aimer,interviewJ’ai vu pour la première fois Martin Luminet il y a quelques mois dans un bar de Tarbes, Le Celtic, dans le cadre du Mégaphone Tour (j’en ai fait une mandorisation là). J’ai très vite apprécié ses chansons. Chansons d’amour désillusionnées à l’extrême, ironiques, tendres et drôles. Un savant mélange extrêmement rare. Il relie « plusieurs chansons » explique-t-il, « qui évoquent un peu la même période, celle où l’on tarde à tomber amoureux soit parce qu’on ne l’a jamais été, soit parce qu’on l’a été très fort et que l’on piétine à l’idée à s’y abandonner de nouveau. »

Chansons cinématographiques aussi, pour des raisons qu’il explique plus bas dans l’interview.

Bien sûr, quand on le voit seul sur scène avec son piano, on est saisi par l’influence de Vincent Delerm. Mais quand on écoute son EP, En attendant d’aimer (que vous pouvez écouter ), l’influence est beaucoup moins évidente. Personnellement, j’entends aussi du Arnaud Fleurent-Didier et du Alain Souchon, ce qui est un sacré compliment. Bref, Martin Luminet va très vite prendre son envol, dès qu’il aura décidé d’imposer sa propre personnalité et son propre style à la face du monde.

J’oubliais… cet as de la mélodie est éminemment sympathique et séduisant. Bref, fortement énervant.

Biographie quasi-officielle :martin luminet,en attendant d'aimer,interview

Martin Luminet a le même âge que les garçons de 1989.

Opposé à l’idée de devoir réussir dans la vie plutôt que de réussir sa vie, il quitte ses études de Sciences Politiques et se présente aux auditions du Conservatoire National de Lyon et de l’École Nationale de Musique et d’Arts Dramatiques de Villeurbanne où il sera admis en 2011. Il éprouve un grand intérêt à décloisonner les arts, les sortir de leur étui pour leur faire embrasser un inconnu et voir la réaction. Au cours de son apprentissage, il perfectionne son goût pour la mise en scène et crée en 2012 avec Joris Fistolet le projet Sur Les Mains, véritable film musical de poche entre chanson et spectacle (« un bijou de poésie, d’humour et de tendresse, un moment essentiel » France Inter / « élu parmi les meilleurs groupes lyonnais en 2015 » Madmoizelle). Passionné depuis toujours par les films sur grand écran, il fera cette fois-martin luminet,en attendant d'aimer,interviewci s’entrelacer le Cinéma et la Chanson afin que l’on puisse danser sur des films et fredonner des chansons du bout des yeux. Son premier EP, En attendant d’aimer, nous indique déjà la direction que va prendre Martin Luminet.

On retrouve dans ses chansons de doux paradoxes et l’entêtante idée de pouvoir vivre avec des incohérences, des faiblesses, des aveux d’impuissance et des regrets paisibles. Dans ses chansons on a le droit d’être maladroit, de souffrir de jolies choses, d’être heureux de travers, d’aimer quelqu’un de loin, de faire des chansons tristes qui rendent heureux, bref, on a le droit d’être pas droit. Martin Luminet cherche juste à démontrer qu’il est possible de pleurer en dansant.

En attendant d’aimer représente la période la plus confuse d’une vie, où l’on alterne entre le prodigieux et le dégradant, on fait du mal à se faire du bien, on abîme les entourages, on abandonne l'idée du courage. Jusqu’à ce que quelqu’un voit en nous ce qu’on n’est plus du tout et nous remette le cœur à l’ouvrage.

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Le 4 avril 2017.

martin luminet,en attendant d'aimer,interviewInterview :

Quels sont les albums qui t’ont marqué dans ta jeunesse ?

Nous avions deux, trois CD dans la voiture. L’album de Souchon, C’est déjà ça, Voulzy, Rockcollection et un disque de Céline Dion. On s’écoutait ça tout le temps pendant les vacances. J’étais petit donc j’ai été imprégné par ces trois disques.

Je te reconnais plus en Souchon.

Moi aussi. C’est d’ailleurs grâce à ce disque 1000 fois écouté que je me suis senti proche de lui. Par contre, ceux qui m’ont donné envie d’écrire, ce sont plus des artistes que j’ai eu la sensation de trouver tout seul comme Alex Beaupain, Thomas Fersen ou Benjamin Biolay. J’avais l’impression de les dénicher. 

Ta famille épouse-t-elle ta passion pour la chanson ?

Pas vraiment. Mon grand-père est chocolatier. Il est la figure centrale de la famille. J’étais le premier petit-fils, donc l’héritier naturel, on m’a demandé de reprendre l’affaire. C’est un métier de passion, mais je n’ai pas cette passion-là. J’ai choisi un autre métier de passion.

Ton histoire d’amour avec la musique a-t-elle commencé au lycée ?

Oui, pendant l’année du bac. J’étais avec des amis qui faisaient de la musique l’après-midi et comme je me faisais chier l’après-midi, pour assister à leurs répétitions, je leur ai fait croire que je faisais de la musique aussi. J’ai commencé à leur écrire des chansons. De leurs côtés, mes parents attendaient quelque chose de moi qui avaient l’air super bien sur le papier, mais sans me demander mon avis à la base. C’était donc ma petite rébellion à moi. Jusqu’à 20 ans, je ne me suis jamais demandé ce que j’allais faire de ma vie. Je n’avais pas une urgence absolue à me bouger le cul pour éviter de finir sous un pont. Il n’y avait pas de danger dans ma vie, mais c’est un peu dangereux de vivre loin du danger parce que du coup, on n’a aucune urgence sur rien.

Ton premier projet musical s’appelait « Sur les mains ».

C’est un duo piano-voix qui continue à exister d’ailleurs. Je fais ça avec mon meilleur ami, Joris Fistolet. On a donc laissé notre groupe de musique du lycée quand il a fallu se professionnaliser. C’est un spectacle nostalgique avec un peu de vidéos et des photos, tourné vers l’histoire de nos grands-parents.

"Pardonnez-moi" en piano-voix.

Pourquoi as-tu décidé de lancer aussi un projet solo ? martin luminet,en attendant d'aimer,interview

Pendant un an, je me suis mis à écrire des chansons tout seul. La maman d’un copain m’avait prêté son piano parce qu’elle ne savait pas quoi en faire. J’ai mis le piano dans le salon et j’ai commencé à pianoter. Ça m’a donné de l’inspiration, mais mes nouvelles chansons étaient trop personnelles, trop intimes, je n’osais pas les faire écouter à Joris. J’ai fini par avoir 20 chansons et je trouvais dommage de ne rien en faire. Des amis m’ont poussé à me lancer seul.

Tu as décidé de faire un EP. Sage décision ?

Oui sage. C’est le parcours habituel des gens qui font de la chanson. J’ai pris mes chansons comme une entité globale. J’ai écrit ça comme un scénario avec des chansons qui racontent les étapes importantes dans la vie de deux personnes. J’avais dix chansons qui pouvaient faire un album. Avant de le dévoiler, j’ai considéré que c’était bien de reprendre un petit échantillon et d’en faire un EP qui montrerait ce que j’ai envie de faire après.

L’EP est donc la bande annonce de l’album à venir ?

Ce disque-là est un film sonore, alors pourquoi ne pas l’envisager ainsi et assumer le côté cinématographique ? On a poussé l’idée plus loin. Notre démarche est de dévoiler les chansons, dévoiler mon univers et un jour, si on le peut, présenter une vraie histoire d’amour sur grand écran.

Le fil rouge, c’est l’amour. L’amour qui ne rime pas avec toujours.

Quand on parle d’amour, on parle toujours de ce qui va mal. L’amour, c’est l’aventure humaine que tout le monde peut vivre. Je me suis interrogé sur ce qu’il y a comme recours à l’amour boiteux.

"Boite d'ennui" (audio).

Il y a beaucoup d’ironie…

Ca fait passer les choses. En même temps, mes chansons permettent de dédramatiser les amours qui ne marchent pas. L’amour n’est pas une tragédie. Les vraies tragédies, on en voit partout tous les jours dans le monde.

Tes chansons expriment aussi le droit à vivre en étant incohérent, le droit d’être maladroit, faible. C’est un peu  toi ?

Un proche m’a dit : s’accepter soi est un acte ignoble. C’est dur d’accepter ce qu’on a de pas bien en nous et de se dire qu’on ne peut pas être autrement. Soit je convertis mes faiblesses en force, soit je me considère comme un bon à rien incompétent. Une fois que tu digères ça, tu prends tes points faibles et tu en fais des armes pour te sauver. Mes chansons c’est ça.

C’est attendrissant un homme lucide, qui dit les choses, qui se révèle tel qu’il est.

Pour moi l’exercice est d’être ultra sincère et de ne pas trop romancer. Il n’y a rien de fictif dans ce que je raconte, mais je souligne le trait.

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Pendant l'interview...

Ton EP est pop avec pas mal de synthés, contrairement à quand tu es sur scène où tu es en piano-voix. N’as-tu pas peur de désarçonner ?

Ce sont mes deux penchants. Parfois on aime les soirées au coin du feu, parfois, on aime bien s’éclater à danser toute la nuit. Comme mes chansons sont nées en piano voix, j’avais besoin pour cette première année d’existence de les restituer nues sans artifices, sans prothèses, sans armures autour et voir ce qu’elles valaient ainsi. Quand les choses vulnérables vont se renforcer, je pourrai venir sur scène avec des musiciens.

Faire des chansons, c’est quoi ?

C’est hyper dérisoire. Je ne comprends pas pourquoi on a ce besoin vital d’écrire des chansons pour aller mieux et faire du bien sur scène. Au bout d’un moment, je me dis que si je veux faire du bien aux gens, je prends mon sac et je vais aider vraiment ceux qui sont dans le besoin. Mais non, quand même, j’ai l’impression qu’avec des chansons ont peut prendre soin des gens.

Et la scène ?

Il n’y a que ça de vrai. Je ne veux pas tricher, je veux y arriver par le public, c’est la seule vérité de ce métier. J’ai envie de rencontres.

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Après l'interview le 14 février 2017, à l'agence.

Commentaires

Très belle interview, il se dégage une profonde sincérité, une sensibilité et l'amour des mots.

Écrit par : DODU | 31 mai 2017

soit toi même on t'aime comme çà

Écrit par : bernard odette | 31 mai 2017

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