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04 mars 2017

Gaëlle Pingault : interview pour Avant de quitter la rame

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(Photo : Rémon Deupardon)

Gaëlle Pingault est une nouvelliste que j’apprécie depuis longtemps, littérairement et humainement. Elle sort un nouveau recueil de nouvelles, Avant de quitter la rame aux éditions Quadrature. Je lui ai donné rendez-vous dans un bar parisien lors de son dernier passage dans la capitale (elle habite à Tinténiac, un village au nord de Rennes), le 21 janvier dernier, pour une deuxième mandorisation (la première est là !)

gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandor4e de couverture :

Il y a Alice, qui n’aime ni Paris, ni le métro, ni les petits encarts de poésie qui y sont affichés. Qui n’a guère d’autre choix que de faire avec, cependant. Alors elle râle. Pas toujours.

Il y a Nadya, qui souvent marche sur un fil, et qui boit ces quelques vers arrachés au métro comme si sa vie en dépendait. Elle en dépend peut-être. Allez savoir.

Et entre les chassés-croisés de Nadya et d’Alice, se glissent d’autres histoires avec un soupçon de poésie, et sans métro.

L’auteure :

Auteure, animatrice d’ateliers d’écriture, orthophoniste, Bretonne. Et réciproquement, ou l’inverse. Ça dépend du sens du vent. Celui que je préfère, moi, c’est le noroit qui claque.

Pas très sérieuse, enfin pas trop, parce que la vie est trop courte pour ça. Déjà 38 ans de passés, c’était bien, merci. Barman, vous m’en remettrez le double, s’il vous plaît ?

Un homme, une petite fille de moins en moins petite, la mer à moins de 50 kilomètres : triangle parfait, équilibre atteint.

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Avant de quitter la rame est ton quatrième livre. Tu commences à constituer une œuvre ?

Holà ! Comme tu y vas ! J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je ne songe pas à ce genre de chose. Quand j’ai réalisé que celui-ci était  le quatrième, je me suis juste dit : « Oh ! Quand même ! » A chaque fois qu’il y en a un qui sort, j’ai l’impression que c’est un hasard ou un coup de chance. Bref, à chaque fois, c’est Noël !

Il me semble que ce nouveau recueil de nouvelles a comme fil rouge le mal être dans notre société ?

C’est rigolo parce que je l’ai imaginé au départ comme des nouvelles avec des fins positives. Il arrive des événements pas simples à mes personnages, mais ça se termine bien. Ce sont des héros de la vie quotidienne et j’ai l’impression de côtoyer beaucoup de personnes comme ça.

Ce recueil a une histoire un peu particulière.

Ca rejoint ma réponse précédente. Il y a les habitudes de la nouvelle à chute couperet, un peu noire. Comme je viens de le dire, j’avais envie depuis longtemps d’écrire un recueil à fins positives. Jusqu’à présent, je n’avais pas assez d’idées pour mener à bien ce souhait… pour tout te dire, j’ai toujours peur de faire « cucul la praline ». Quand, chez Quadrature, ils ont sorti la collection « Miniature », j’ai estimé que le calibrage qu’ils demandaient allait me permettre d’essayer de concrétiser mon envie.

Es-tu un des personnages ? Je te verrais bien en Alice, la jeune femme qui n’aime pas Paris…

Il y a un peu d’elle par le côté « la ville me rend terne ». Là, par exemple, je reviens à Paris pour le week-end, je me suis baladé avec ma sœur et j’ai vite ressenti le besoin de repartir chez moi, en rase cambrousse. Pour répondre à ta question, je me retrouve un peu dans tous mes personnages. C’est une question que je ne me pose pas trop, mais je crois que tu mets toujours de toi dans tes histoires. Inconsciemment ou parfois consciemment, sans savoir précisément à quel degré.

gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandorJ’aime beaucoup ton écriture, fine et délicate. J’ai dégusté ce recueil.

Quand je l’ai écrit, j’avais envie d’un espèce de petit bonbon, un truc qui ferait du bien et qui serait agréable. Je ne suis pas capable d’écrire le pays des bisounours, je maltraite un peu mes personnages de temps en temps, mais c’est pour qu’ils aillent mieux après.

Il y a deux personnages majeurs dans ton recueil, Alice et Nadia. Elles sont très attachantes.

Moi, je m’attache toujours à mes personnages en tout cas, même quand ils sont cons, méchants ou bêtes… note que je n’en ai pas dans ce livre-là. La façon dont j’écris à leur sujet doit faire en sorte qu’ils deviennent attachants aussi pour le lecteur.

La nouvelle « La nuit, je ne mens plus » m’a beaucoup touché. Ça m’a fait du bien de lire l’histoire d’une famille recomposée où tout se passe intelligemment. Mais la nouvelle dont on te parle plus, c’est « Tu dors petit homme ».

Ça parle de l’adoption. Je trouve qu’il y a une ambivalence dans l’adoption. Ce sont des enfants qui ont été abandonnés et en même temps, ils ont été très désirés par ceux qui les adoptent. Une mesure d’adoption est très longue et très compliquée. Un enfant adopté est toujours super attendu. Je trouve cette complexité-là très belle.

« Un ciel d’orage », j’adore aussi. Par l’amour, on arrive à ne plus avoir peur d’un truc qui fait peur…

La scène initiale est vraie. J’ai ce souvenir de maman venant me voir un soir dans ma chambre quand un orage a éclaté. Dans ses bras, elle me disait : « Regarde, c’est beau ! Ça se reflète sur la pelouse avec la pluie… » A partir de ce soir-là, je n’ai plus jamais eu peur de l’orage. J’ai brodé autour de ce souvenir.

Pour écrire tes histoires, tu te sers de la réalité vécu ou vu ?gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandor

Je suis une éponge. Je passe ma vie à regarder ce qu’il se passe autour de moi. J’emmagasine 2500 trucs par jour qui pourront ressortir un jour, ou pas, dans une nouvelle ou un roman.

Ça te fait du bien d’écrire ?

Oui. Par contre, je ne considère pas que l’écriture soit ma thérapie. C’est du boulot. Un boulot très agréable. Tu as raison, ça me fait du bien d’écrire, c’est tout. J’ai infiniment besoin de chose jolie autour de moi sinon je ne suis pas capable de vivre, l’écriture est peut-être ma part de joli, ma modeste contribution aux jolies choses.

Tu écris beaucoup ?

C’est éminemment variable en fonction du moment. Je peux écrire tous les jours ou je peux ne rien écrire pendant quatre mois.

Tu écris surtout des nouvelles. Tu ne t’estimes pas performante sur la longueur ?

Je suis obligée de te répondre que probablement si, puisque j’ai un roman qui va sortir au mois de septembre aux éditions du Jasmin, il s’intitulera, Il n’y a pas Internet au paradis. Mon pitch peut paraître sinistre, mais il semblerait que cela ne le soit pas. C’est l’histoire de la résilience d’une femme dont le mec s’est suicidé suite à un harcèlement au travail.

C’est sinistre.

Ha ha ha ! Il y a de l’humour, mais très grinçant.

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Après l'interview, le 21 janvier 2017 (Photo: Henri Calquier-Bresson).

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