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24 février 2017

Jeanne Rochette : interview pour l'album Cachée

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(Photo : Marie-Hélène Blanchet)

Musique raffinée, textes extrêmement bien écrits, subtils, profonds, acérés et souvent très émouvants. La sensible Jeanne Rochette a le sens de la formule… et certainement la formule magique pour composer des mélodies d’une beauté évidente. Je ne connaissais pas cette artiste, qui pourtant à un sacré passé musical (mais pas que), mais l’écoute de son deuxième album, Cachée, m’a convaincu, voire charmé. Je ne pouvais pas laisser passer cette femme d’aujourd’hui, romantique et passionnée, au talent indéniable

Jeanne Rochette et moi nous sommes installés dans le bar, QG de l’agence, le 26 janvier dernier, pour une intense mandorisation.

jeanne rochette,cachée,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album Cachée:

Près de six ans se sont écoulés depuis  son premier album, Elle sort, paru en 2010. Jeanne Rochette, la plus québécoise des Parisiennes, nous revient enfin avec Cachée,  une collection de 11 nouveaux titres. Jeanne Rochette offre un opus intimiste à plusieurs tonalités, dont se dégage une tendre nostalgie, profonde et poétique, jamais grave. Au-delà de quelques titres ou moments plus légers, il y a dans ce travail une vraie profondeur et une grande émotion, un temps d’écoute, où l’espace et le silence ont leur place pour mieux entendre la résonance des mots et des mélodies. Jeanne Rochette, c’est une voix claire, brillante, mature, qui jamais n’en fait trop, une musique élégante, raffinée, tant dans la composition que dans l’interprétation. Auteure-compositrice-interprète et comédienne, Jeanne Rochette étudie en parallèle le piano et le chant lyrique au conservatoire, le chant jazz, l’improvisation et le théâtre à l’université Paris 8 et dans diverses écoles. En 2004, la Parisienne part s’installer au Québec. Elle poursuit sa formation et se consacre à l’écriture de ses propres chansons. En 2010, après son premier album, elle donne avec son groupe de nombreux concerts, notamment en France, en Angleterre, en Chine, en Inde, dans les festivals de l’ouest canadien et aux FrancoFolies de Montréal. Souvent décrite par la critique comme étant une bête de scène, cette artiste entière offre une chanson française originale, inventive, très théâtrale, influencée par le jazz et l’improvisation. Jeanne Rochette invite l’auditeur à s’abriter dans sa maison… «Cachée».

Ce qu’ils en disent :jeanne rochette,cachée,interview,mandor

«Cette fille-là, elle est terrible!… Jeanne Rochette nous bluffe par son aisance sur scène et ses compositions. À suivre de près pour ceux qui aiment les belles découvertes.»  TÉLÉRAMA

«Her performance as the opening act before  Thomas Fersen was a révélation… An originally refreshing artist.»  BLOG CULTURE PLUS

«L’album de Jeanne Rochette est beau comme  un jour de pluie d’été : poétique, sobre et élégant.» JOURNAL MÉTRO

«Voix limpide et maîtrisée, textes inventifs et originaux, musique raffinée…Les chansons de Jeanne Rochette nous surprennent et nous réjouissent tant elles sont précises et bien construites.»  IICI MUSIQUE, RADIO-CANADA

«…Étonnant, rafraichissant, bouleversant… le chant si personnel et digne de respect d’une femme qui ne fait rien comme personne… Des mélodies pleines d’intelligence et de charme, quelque part entre Satie, Poulenc et Bach…»  LES BRUITS HEUREUX, RADIO VM, MONTRÉAL

«…Ses textes sont de vrais scénarios, poétiques, drôles, loufoques, surréalistes ou hyperréalistes…»  PIERRE LESCURE

«…Voix unique, ce piano aérien, ces arrangements délicats… Tout est précis, chaleureux, poétique… De la ouate pour l’oreille et le cœur.»  MICHEL RIVARD

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(Photo : Alexia Devaux)

jeanne rochette,cachée,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tu as toujours chanté.

Oui, enfant, je chantais à deux voix avec mon père. Il n’était pas musicien professionnel, mais jouait de tout et avait une vraie culture du blues, du jazz et de la chanson. Il connaissait tout Brassens. J’ai baigné toute mon enfance dans la musique, j’ai même fait partie de chorales.

Mais quelles étaient tes musiques de prédilection ?

D’abord, le baroque, j’ai aussi beaucoup écouté Bach et Chopin, ensuite le jazz, que j’ai découvert vers 18 ans. J’ai fait un stage, il fallait préparer deux morceaux jazz, alors je suis allée dans une médiathèque et j’ai écouté tout ce que je pouvais. Je suis tombée sous le charme de ce genre musical.

Ensuite tu as pris des cours de jazz et de chant lyrique au Conservatoire du XXe.

Je faisais beaucoup d’opérettes. J’ai un rapport très fort avec la musique classique.

Tu as eu un groupe de jazz.

Nous jouions des standards, c’était très formateur.

Tu as fait un passage à Orléans.

A 20 ans, un géologue à la retraite que j’avais rencontré en stage de jazz me payait des billets pour aller dans cette ville jouer dans un big band, des morceaux des années 20 et 30.

En parallèle, tu faisais des études au Conservatoire du Xe en Théâtre.

Oui, et en même temps, je passais aussi une licence en art du spectacle à l’université. Je touchais à tout. J’aime et je suis curieuse de plein de choses. J’ai fait à la fois du cirque, de l’acrobatie, de la danse indienne…

J’ai comme l’impression que tu t’éparpillais un peu, non ?jeanne rochette,cachée,interview,mandor

Non, tout ça est logique. Je ne peux pas dissocier la voix du corps. Les créateurs comme Eugénio Barba m’ont toujours intéressé. Ils s’intéressaient à l’exploration de la voix dans son ensemble.

Tu aimais l’impro ?

Ca me passionne. Des artistes comme Bobby McFerrin m’impressionnent. J’adore effectivement l’improvisation et le côté instinctif du chant. J’ai toujours cherché à faire des stages qui me mettaient en danger. Le risque ne me fait pas peur et je prends beaucoup de plaisir à essayer les choses. Tout ce que j’ai fait, tu peux considérer que c’est de l’éparpillement, moi je pense que ça m’a nourri. Si je suis la personne que je suis aujourd’hui, c’est grâce à toutes ces expériences. Toutes ont été enrichissantes.

Bon, je continue la liste alors. Tu as fait aussi un spectacle sur les années 20 et 30.

Avec une compagnie, nous avons tourné pendant des semaines dans les bars. Je n’interprétais que des chansons des années folles sur Paris.

Tu as monté une pièce de théâtre également.

A 24 ans, avec une copine, on a monté des monologues de Franca Rame et Dario Fo. La première était actrice et auteur dramatique, mais aussi épouse, collaboratrice et éditrice du second. C’était très trash, des monologues de femmes super intenses. On a joué ça avec un trompettiste. C’est la première fois que je mettais en musique des textes. Au bout d’un moment, comme on était un peu en galère, je suis partie ailleurs vivre toute seule au Québec.

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(Photo : David Desreumaux pour le mook Hexagone)

Faisons un peu de philo de comptoir. Aller partout, c’est savoir où on va ?

Je pense que oui. Par exemple, là j’ai fait un choix très clair de revenir à Paris. C’est mon parcours qui m’a mené de nouveau ici. Je suis aujourd’hui plus sereine. Là, je n’ai plus envie de faire de l’acrobatie et de la danse indienne.

Tu as trouvé ta voie et ta voix ?

Il y a eu ces moments de recherches, de stimulations, de curiosité, de soif de connaître. J’ai cherché l’émotion et la force dans les choses pendant des années. Je continue d’ailleurs. Mais, je ne peux pas affirmer que j’ai trouvé ma voie ultime. J’ai commencé à écrire mes chansons au Québec. Et j’ai un peu tourné avec ces chansons. Alors, j’ai réalisé que c’était ça mon métier. Ecrire des chansons et les interpréter.

Au Québec, tu es partie combien d’années ?

Je devais rester un an, je suis restée 12 ans. Je suis arrivée en me demandant ce que je faisais là et, en même temps, j’étais excitée par cette nouveauté. C’était un saut dans le vide, comme si je sautais en parachute. J’avais 28 ans. J’ai eu des bouffées de liberté là-bas. Je me suis dit : « je suis libre, je sais vivre, je sais refaire ma vie n’importe où dans le monde ! »

Jeanne Rochette aux Francofolies de Montréal en 2016.

En t’écoutant, j’ai vraiment l’impression que tu as toujours eu des choses à te prouver.

Peut-être… C’est important d’être capable de vivre sa vie. Je ne veux pas me donner de limite. Je veux continuer à rêver.

Très vite, là-bas, tu as fait de la musique.

J’ai rencontré plein de monde via le jazz. Dans les clubs, personne ne se connait, mais les musiciens jouent ensemble facilement. Après, ça va vite. J’ai commencé à faire des petits concerts. Au bout de deux ans, j’ai rencontré François Bourassa, un pianiste de jazz très connu là-bas qui est devenu mon amoureux. Il a 18 ans de plus que moi, sa carrière était déjà bien entamée. Il a une grande sensibilité lorsqu’il joue. Entre nous, ça a été très fort musicalement. Il m’a fait découvrir tout le jazz instrumental. Pendant dix, j’étais dans une bulle remplie de musique. On a fait des tournées en Chine, en Inde… désormais, je sais que je peux assurer dans des salles de 3000 personnes.

Ton premier album, Elle sort, est sorti en 2010.

Je voulais le signer au Québec, avoir une équipe avec moi, mais les professionnels devaient penser que je n’en avais pas besoin parce que je vivais et chantais avec un musicien célèbre. Comme je ne voulais plus n'être qu’une chanteuse de jazz à Montréal, je suis donc revenue à Paris. Quitter Montréal, c’était sortir d’une torpeur. Tout était si facile pour moi là-bas.

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Pendant l'interview.

Un jour Pierre Lescure, qui était à l’époque directeur du Théâtre Marigny, vient te voir dans un bar à Montreuil.

Il a adoré ma prestation et a voulu me booker immédiatement. J’étais enceinte de mon enfant, Gaspard, j’ai dû attendre un an… mais il n’était plus directeur du théâtre.

A un moment, tu as fait tellement d’allers-retours entre la France et le Québec qu’on ne savait plus trop bien où tu étais…

Oui, et pendant cette période-là, je n’étais plus française, ni québécoise. J’avais l’impression que toute l’énergie que je mettais n’était jamais au bon endroit. J’ai réalisé que si Gaspard voyait sa maman malheureuse, il allait être malheureux.

Et ton père est tombé malade.

Cancer du cerveau, du jour au lendemain. On lui dit qu’il est condamné. On ne sait pas combien de temps ça va durer, mais du coup je suis restée plusieurs mois à Paris. En venant ici, j’ai réalisé que j’avais envie d’y rester. Depuis un an et demi, je suis là et je me suis rarement sentie autant à ma place. Il se passe des choses magnifiques pour moi. Je surfe sur cette vague-là.

Jeanne Rochette chante "La mouche", lors de la Finale du Prix Georges Moustaki 2017. Au Centre Malesherbes - Sorbonne, à Paris, le 16 février 2017.

Parlons de ce nouveau disque, Cachée.

Il a été enregistré à Saint-Elie-de-Caxton, au studio Pantouf de Jeannot Bournival qui coréalise l'album avec Mathieu Désy. François Bourassa (piano), Philippe Melanson (batterie) et Mathieu Desy (contrebasse) composent également mon équipe. J’ai commencé l’écriture avant la maladie de mon père. J’ai mis beaucoup de temps à le faire. Ce disque est empreint de la mort de mon père, de cette cassure, de l’enfance aussi… et du coup, de la fin de l’enfance. Je suis contente que cet album existe, je peux désormais passer à autre chose.

Les textes ne sont jamais au premier degré. Dans « La mouche » par exemple, il me semble que tu parles d’une femme.

Evidemment, je n’écris pas au premier degré. Je ne vais pas parler d’une femme enfermée, je préfère parler d’une mouche qui s’éclate sur une vitre.

Tes textes paraissent légers, mais si on gratte un peu, des chansons comme « L’escalier » ou « Paroles d’amie » ne le sont pas tant que cela…

J’adore ça. Sur des musiques rigolotes, raconter des horreurs. C’est instinctif chez moi. Mes chansons me ressemblent. J’ai un rapport à la vie très festif, mais en même temps j’ai un fond profond, sensible et grave.

Jeanne Rochette chante "Quand je m'aime pas". Filmée (avec Thibaud Defever à la guitare) le 8/12/2016 à La Blackroom à Clichy et diffusé lors du concert de présentation du mook Hexagone, à la Médiathèque.

Dans tes chansons, tu te caches ou tu te montres ? Un peu des deux… Non, en fait, je me montre. Je ne me suis jamais autant montrée que depuis que j’ai sorti cet album, Cachée. Je ne me cache plus.

Cachée est beaucoup moins jazz que le premier, Elle sort.

J’avais envie d’un album, plus « chanson », plus produit aussi, moins « live ». La musique est très feutrée, cela donne une énergie un peu sourde.

Dans ce métier, on apprend tous les jours ?

Oui. D’ailleurs je prends des cours de chant actuellement. Je veux toujours faire au mieux, je ne veux pas me laisser aller. Je n’ai pas de doute sur ma place quand je suis sur scène, mais pour se sentir légitime, il faut toujours travailler. Je n’ai pas de temps à perdre. La mort de mon père m’a donné une urgence. Depuis sa disparition, mon rapport à la vie a changé.

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Après l'interview, le 26 janvier 2017.

Et puis, n'oubliez pas, c'est ce soir...

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22 février 2017

Fabien Muller : interview pour son roman La vitre

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J’aime la maison d’édition Editions Olivier Morattel. Elle est exigeante. Et elle publie des livres qui m’ont toujours intéressé (Quentin Mouron, si tu me regardes !) J’ai donc ouvert cette « vitre » en toute confiance. Et je n’ai pas été déçu. J’ai ri puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, j'ai retenu mes larmes. On croit lire la simple histoire d’une jeune femme dépressive et, subitement, on atterrit dans un thriller psychologique mené de main de maître. Fabien Muller (c’est l’auteur... qui a un blog formidable ici) est très fort. On ne se méfie pas de lui, on ne se méfie pas de son histoire... et bim ! Son histoire nous happe et on ne parvient pas à s’en extirper. On ouvre « La vitre » et je vous garantis qu’on n’a pas envie de la refermer (je sais, c’est facile…)

Le 17 janvier dernier, nous nous sommes retrouvés dans mon restaurant-bar préféré parisien, Le Hibou pour une première mandorisation (qui, j'espère, ne sera pas la dernière).

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor4e de couverture :

« Je suis née à sept mois. Pas pu attendre. Ma mère m’a expulsée distraitement, avec détachement, comme on sort les poubelles. »

Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie. Introvertie à tendance dépressive, elle traverse la vie en évitant tout contact avec l’autre pour ne pas trébucher et sortir des schémas ordinaires, rassurants et établis. Quand elle rencontre Camille, huit ans, et son jeune père mystérieux au passé trouble, c’est l’équilibre de leurs existences fragiles qui est remis en cause, existences qui vont exploser au hasard d’un évènement fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandordramatique.

Roman tour à tour tendre, drôle et tragique, La vitre est avant tout l’histoire d’une renaissance.

L’auteur :

Fabien Muller est né en 1974 à Paris où il vit toujours. Auteur de cinq livres remarqués, dont Comment je suis resté inconnu (Editions Paul&Mike) et L’inconvenance du désastre (Editions Langlois Cécile), il tient aussi une rubrique hebdomadaire pour le magazine français Version Femina. La vitre (Editions Olivier Morattel) est son premier ouvrage publié en Suisse.

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L'interview, le 17 janvier 2017, au Hibou.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorInterview :

Fabien Muller s’est aussi appelé Jean Fabien.

J’ai commencé à écrire parce que je m’ennuyais au bureau. J’ai décidé de le faire de manière discrète. Il se trouve que je racontais notamment mes expériences sexuelles d’expatrié. Je n’avais pas envie que ça tombe dans les mains de n’importe qui. J’ai cherché le pseudo le plus stupide possible.

Pourquoi le plus stupide ?

La stupidité, c’est pas mal pour se cacher. Il y avait quelque chose de l’ordre de la pochade dans mon premier livre. Il n’y avait pas un vrai projet littéraire derrière, je voulais juste faire marrer mes potes.

Tu as commencé à écrire quand ?

En 2008. J’ai commencé en me disant que la tâche était insurmontable, donc j’ai écrit par envie, pas pour me faire publier. Mais à un moment, on arrive avec une masse de choses qui vous font dire qu’il y a là peut-être un livre.

Au final, il y a eu trois livres sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Le premier édité s’appelait Le journal d’un écrivain sans succès, après il y a eu La perspective du primate et ensuite Comment je suis resté inconnu. Dans ces trois livres, il y a la thématique de la lose. La lose dans l’amour et l’absence de réussite professionnelle.

Tu aimes bien les personnages de loser ?

Oui, ils sont toujours sympathiques. Je peux me permettre de lui en mettre plein la tête sans que ce soit sinistre.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorLe journal d’un écrivain sans succès raconte quoi?

C’est l’histoire d’un jeune informaticien qui rêve d’être édité. Mais il est beaucoup trop paresseux pour se mettre à travailler son écriture et surtout, il attire toutes les tuiles possibles et imaginables. J’évoque à la fois le monde de l’entreprise et le monde de l’édition, ainsi que leurs absurdités respectives

Et Comment je suis resté inconnu ?fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Là, c’est l’histoire d’un wannabe qui aimerait bien être écrivain, mais qui se fait voler un de ses manuscrits par une ex. Elle parvient à se faire éditer à sa place. Quelques années plus tard, elle revient pour réclamer le deuxième tome parce que son éditeur le lui demande. Le type se retrouve à écrire un deuxième livre pour une ex dont il est encore un peu amoureux, ce qui lui fait oublier ses rêves de célébrité. Je parle beaucoup du monde de l’édition dans mes romans.

Ton envie d’écrire, tu te l’expliques ?

J’ai toujours cherché une façon d’exprimer quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai fait de la guitare. Je prenais beaucoup de plaisir à faire de la musique, mais j’ai vite su que je n’avais pas beaucoup de talent pour aller au-delà dans ce domaine. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai fait un blog, et j’ai constaté que je faisais marrer les lecteurs. Là, le feedback était immédiat. Qu’il soit positif ou négatif, ça créait un cercle vertueux. Plus j’avais de retours, plus j’avais envie d’écrire, plus ça me faisait du bien. Au final, je me suis mis à écrire régulièrement.

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Parle-moi de ton blog, Jean Fabien, auteur sans succès.

A la base, j’avais créé ce blog dans l’idée de faire du buzz avant la sortie de mon premier livre. Je racontais l’histoire d’un écrivain trop paresseux pour écrire, mais qui essaie de se motiver en se disant que, s’il devient écrivain, ce sera plus facile avec les filles. Bon, je n’ai pas fait un gros buzz, mais ça m’a permis de construire ce personnage de loser pathétique. Aujourd’hui, mon blog propose des billets d’humeurs et d’autres sur le monde de l’édition. Mon blog m’oblige à travailler, à réfléchir, à me confronter à l’écriture, ainsi, je ne tombe pas dans l’oisiveté.

Jean Fabien ressemble-t-il à Fabien Muller ?

Quand j’écrivais Jean Fabien et que je racontais à mes amis qui il était, un loser sympathique, tout le monde me répondait que je racontais ma vie. Il doit y avoir une part de moi chez Jean Fabien, mais je force le trait au maximum. A 30 ans, Jean Fabien était encore puceau, dieu merci, moi j’ai été dépucelé à 29 ans.

Parlons de ce livre signé Fabien Muller, La vitre. Là, du coup, il y a un changement d’écriture ? fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’envoie régulièrement mes ouvrages à Grégoire Delacourt qui est quelqu’un d’adorable. Il trouvait que j’avais toujours le même style. Un jour, il m’a demandé de me lâcher et d’écrire un livre qui me fasse peur. J’ai commencé La vitre en me mettant dans la peau d’une femme dépressive, on est assez loin de la thématique de Jean Fabien. Ce livre me faisait peur, car il nécessitait d’écrire hors de ma zone de confort, d’écrire quelque chose que je ne vis pas moi-même. Je ne suis pas dépressif… et encore moins une femme.

Tu as mis du temps à l’écrire ?

Oui. J’ai mis plus d’un an et demi à écrire la première version. Il y a un vrai travail d’écrivain dans le sens où il y a un travail de cohérence et que ce livre ne me ressemble pas.

Il y a plusieurs parties dans ce livre.

Pour moi, il y a trois parties. Celle où on présente Hélène qui, bien que dépressive, à une dernière arme pour elle : une certaine ironie et une bonne dose d’humour sur elle-même qui sont ses défenses immunitaires, son dernier rempart avant de sombrer. C’est pince sans rire et même parfois assez cynique. Il y a la deuxième partie, celle de la rencontre avec la petite Camille. C’est tout ce qu’Hélène n’est pas : la joie de vivre, la résilience et l’énergie. Et puis, à partir d’un élément dramatique – point central qui fait basculer le livre –, on bascule dans une espèce de thriller psychologique.

La narratrice est Hélène, tu racontes donc une histoire en te mettant dans la peau d’une femme. C’est compliqué ?

En tout cas, il faut se faire relire par des femmes. Un homme n’utilise pas du tout le même vocabulaire qu’une femme. Culturellement, les hommes et les femmes parlent différemment. Deuxième point, les femmes pensent différemment. Enfin, dans la façon dont une personne interagit avec son environnement, dont une personne réagit à des évènements, c’est pareil,  l’homme et la femme ne fonctionnent pas de la même manière. Là aussi, la relecture par des femmes a été primordiale.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorC’est marrant, en lisant La vitre, je n’ai pas su si Hélène était une belle femme. Aucun indice…

Ça me fait plaisir que tu me fasses cette remarque. Je ne la décris pas et c’est volontaire. Il y a une tentation sexiste à commencer par décrire physiquement une femme dans un livre. C’est l’enfant, Camille, qui lui dit « tu es belle ». C’est là qu’elle comprend qu’elle pourrait être quelqu’un de désirable, quelqu’un qui peut renvoyer une image attirante.

Tous les personnages de ton roman ont leur part d’ombre et de lumière.

Je ne sais plus quel écrivain disait : « chacun porte en soi son enfer et son paradis ». Hélène peut paraître antipathique ou un oiseau tombé du nid que l’on a envie de protéger. Elle est assez ambivalente. Elle est asociale, son rapport au monde est hyper complexe, mais elle est attachante quand même.

Ton éditeur, Olivier Morattel est exigeant ?

Hyper exigeant ! J’ai passé des heures au téléphone avec lui, j’étais épuisé. C’est une force de travail, alors que je suis un gros paresseux. Il m’a boosté, mais il m’a bien fait souffrir. Sans lui, je crois que je ne serais pas arrivé au bout.

Ce n’est pas vexant de se faire reprendre souvent ?

Il m’a beaucoup fait réécrire, alors que moi-même je réécris beaucoup. Je suis capable de réécrire 100 fois une phrase. Il m’a fait enlever tout mon premier chapitre pour rentrer directement dans le sujet, la vie d’Hélène. Un autre éditeur, que je ne nommerai pas, m’a dit un jour : quel que soit ce que tu écris, une fois que tu penses que c’est finalisé, tu enlèves les 20 premières pages, elles ne servent à rien. Olivier et lui n’ont pas tort.

C’est émouvant la sortie d’un nouveau livre ?

Oui, parce que celui-ci est le premier livre que ma mère a lu sans lever les yeux au ciel. Il n’y a pas de gros mots, de scène de sexe à plusieurs (rires). C’est à peu près propre. Il y a du rire, de l’émotion, c’est un livre sombre, mais plein d’espoir… Je pense que c’est un livre cohérent, mais multiple.

Tu es président d’une maison d’édition, Paul & Mike.

Après avoir été édité chez eux, avec deux autres personnes, j’ai été amené à racheter Paul & Mike qui faisait faillite. C’est pour ça qu’après, j’ai cherché un autre éditeur. Je ne voulais pas m’éditer moi-même, je trouve cela un poil schizophrénique.

Tu lis donc beaucoup de manuscrits.

Oui, et je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de choses originales. On reçoit 1000 manuscrits par an. Si dans les 1000, il y a 10 de manuscrit originaux, c’est le bout du monde.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

J’essaie de finir un conte philosophique politico-écologique qui s’appelle L’homme immobile. C’est l’histoire d’un homme qui ralentit jusqu’à s’arrêter complètement et en s’arrêtant, il se met à observer le monde. Sinon, je viens de finir un polar pour rire qui s’intitule Une histoire de détective racontée par une chaussette. Je ne l’ai pas encore envoyé à un éditeur…  

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Après l'interview, le 17 janvier 2017.

21 février 2017

Florent Nouvel : Interview pour Le Nouvel album

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« Quand ça bloque dans la vie, quand ça coince quelque part, Florent Nouvel cherche une porte, une cabriole, un autre point de vue. Et ça repart. Florent a l’art du sourire et de te faire retrouver le tien. L’art de la tendresse aussi, de regarder le monde en face mais avec optimisme » indique le dossier de presse. Je connais l’oiseau depuis cinq ans et rien ne peut mieux le résumer. C’est le guitariste Martial Bort qui m’a mis en contact avec lui la première fois. Très vite, Florent Nouvel m’est apparu talentueux et très attachant. Une mandorisation s’est imposée (voir là, en compagnie de Stéphane Richez en juillet 2012). Son nouvel album, Le Nouvel album (ha ha ha !) est délicieux, tendre, malin, profond et drôle.

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Florent Nouvel est venu à l’agence le 18 janvier 2017.

Biographie officielle (un brin écourtée) :florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux esprits

Sourire aux lèvres et un brin dégingandé, le « plus grand chanteur » de la scène française (il mesure deux mètres !), nous offre ses chansons comme des miroirs.... Elles invitent à une véritable introspection haute en couleur, entre éclats de rire et émotion. Il nous emporte et construit avec nous un joli monde, tendrement allumé et terriblement humain. Dans le désordre, il s'inspire de l’univers de la BD, de la chanson, et du théâtre… Les Wriggles, Gaston Lagaffe, Manu Larcenet, Bourdieu, Renaud, Florence Aubenas, Pierre Perret, François Morel, Bécaud ont laissé leur empreinte faisant de Florent Nouvel un artiste aux mille et une facettes.

Plusieurs médias se sont fait l’écho de « Petit homme public », titre phare qui a connu un véritable succès sur Internet (35000 lectures sur You tube) et s’est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

De nombreux articles de presse (Le Nouvel Obs, Le Parisien, etc), ainsi que des émissions de radio (France Bleu, Oui FM, RTL, etc.) ou de télévision (TF1, M6), ont relayé le succès de sa chanson « La Vélib’ération », hymne amusé au fameux vélo partagé. Ces chansons ont permis à Florent Nouvel de remporter la 4ème place (sur 400 groupes) du concours France Inter/Inrocks d'obtenir une mention spéciale du Jury lors du prix SACEM/Trenet en Août 2013.

Avec Le Nouvel Album, Florent assume pleinement son monde riche de contrastes. Cet album porte son nom "NOUVEL", qui invite chacun à inventer sans cesse et à se réinventer….

Florent est membre du collectif les Beaux Esprits, un collectif qui construit jour après une scène française, proche de son public, innovante et détachée de l'obsession de rentabilité...

Récompenses :

-Mention spéciale du Jury, Prix SACEM/Trenet, Aout 2013 -Paris Jeune Talent -Jeune Talent TV 2013 -Découverte francophone France Bleu 2013 -4ème place Concours France Inter/Inrocks (400 candidats) 2012

florent nouvel, le nouvel album, interview, mandor, les beaux espritsL’album Le Nouvel album (d’après le dossier de presse) :

Les 14 titres du Nouvel album sont donc un pied de nez à la grisaille. Un pied de nez à ton cerveau quand il pense trop en oubliant de sentir. Un pied de nez à tes maladresses quand tu fais du ridicule un atout.

Avec Florent, la moquerie est souvent tendre et sans blessure. Au contraire, c’est le sourire qui guérit. Florent se fait aussi tendre quand il parle de ceux qui comptent et de ceux qui sont passés dans nos vies. Il porte aussi un regard amusé sur notre société et ceux qui la font. Ce fou chantant te donne la pêche même quand tout n’est pas très gai. Même les séparations sont plus légères et laissent place aux heureuses surprises des belles rencontres. A chaque fois, une chanson est un rebond, vers autre chose, vers un nouveau sourire. Un pied de nez, encore.

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florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux espritsInterview :

Dans tes chansons, même dans celles qui sont drôles, il y a toujours du fond.

C’est mon ambition : partir d’un élément de la vie de tous les jours et raconter quelque chose sur les êtres humains… de manière poétique. Il y a quelqu’un qui sait très bien faire ça, c’est François Morel. Je l’aime beaucoup.

Tu lui as envoyé ton disque ?

Oui, et il m’a répondu. Il a écrit sur Facebook publiquement quelque chose comme : « Je suis en train d’écouter le disque de Florent Nouvel. Je craque sur "Cécile de France"  et "Toutes les vies qui passent", c’est mon côté romantique ». Je trouve François Morel intelligent et d’une exquise finesse. Ils sont rares les artistes que je trouve humains, tendres, pas trop narcissiques, apaisés… Moi aussi, à titre personnel, je cherche à vivre les choses de manière apaisée. Je n’aime pas le pathos.

Comment choisis-tu les thèmes de tes chansons ?

Ça vient comme ça. J’aime évoquer des situations délicates. Au sein de ces situations, je m’amuse à changer le point de vue au fur et à mesure de la chanson, pour que le regard de celui qui vit la chose change lorsqu’il le raconte. Je ne sais plus qui a dit : "c’est le point de vue qui fait le monde". J’aime travailler sur ce changement de point de vue. Dans mes chansons, les plus simples comme les plus poétiques, aucun point de vue n’est fatal, ni obligatoire. On n’est condamné à rien. J’aime aussi redonner du sourire là où ça ne sourit pas.

Tu as fait pas mal d’EP avec deux, trois titres… les aventures de FloFlo. florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux esprits

Dans une série d’EP,  j’ai fait vivre un double de moi-même, un peu plus allumé, un peu à la Gaston Lagaffe. J’ai aussi un album public qui date de 2009. Je considère que Le Nouvel album est mon premier disque. Ceux que j’ai sorti avant étaient des étapes nécessaires pour parvenir à ce nouveau disque. C’était aussi un moyen de faire exister mes chansons.

Ça t’émeut d’avoir un premier vrai disque ?

Oui, en plus, il est bien distribué. Il est trouvable partout. Ca été difficile d’en arriver là et je remercie mon distributeur, L’autre Distribution. Un disque, c’est une naissance quelque part. Je suis vraiment heureux qu’il soit là.

Nouvel, c’est ton vrai nom ?

Oui. Pendant longtemps, je n’ai pas assumé ce nom de famille. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que j’indiquais sur les pochettes : les aventures de Floflo. Maintenant que j’assume mon nom, j’ai carrément intitulé l’album Le Nouvel album. Désormais, j’assume et porte ce nom qui invite à voir du nouveau, à ne pas s’enfermer.

Parlons de « Professionnel », dont tu as fait un clip. C’est du vécu cette histoire d’homme qui fait trop le toutou auprès de celle qu’il aime… à tel point qu’elle finit par se barrer ?

J’ai appris dans la vie à ne pas faire ça : trop donner par amour. Trop donner par amour, ce n’est plus s’aimer soi. Dans une chanson, j’avais écrit : « on noie le je dans le « T » de « je t’aime ». Le « tu » aspires tout. Si le « tu » aspires tout,  dans « je t’aime », qu’est-ce qu’il reste ?

Clip de "Professionnel" tiré de l'album Le Nouvel album.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le tien. Rien n’est prétentieux, tout est délicat et profond.

Ce que tu me dis me touche beaucoup… Me dire que les gens dans leur bagnole, avec leurs gamins, vont mettre le disque et vont sourire de ce qu’ils entendent, c’est un pur bonheur. Ça sert aussi à ça une chanson : divertir, changer les idées des gens qui écoutent.

Tu as raison de dire que ton disque peut aussi plaire aux enfants.

Les enfants adorent des chansons comme « La cantine », « Direction la piscine »… je crois que je fais des chansons pour toute la famille. A mes spectacles, il y a tous les âges, de 8 à 80 ans. Ça m’intéresse parce que cela m’incite à penser que je parviens à cultiver un certain regard. Le regard du décalage de point de vue, c’est un regard de môme.

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Pendant l'interview...

Tu es un peu un grand môme, non ?

Sans doute que c’est parce que c’est comme ça que je me comporte en partie. Tu sais, je suis prof. Et si ça se passe particulièrement bien avec les lycéens que j’ai, c’est que j’ai une conscience aigüe du cadre. Je suis un adulte, on n’est pas à égalité et en même temps, j’adore le jeu. J’adore jouer avec eux. Nous jouons tout le temps. On joue au savoir. Parfois, certains me disent qu’avec moi, ils ont compris qu’une personne, ce n’est pas qu’une seule chose.

Il y a un parallèle entre chanter et enseigner ?

Ce sont des métiers où on marque les cœurs. Mes disciplines sont la sociologie et l’économie, des sciences humaines en fait. Je retrouve l’idée de « se regarder autrement ou regarder la vie autrement».

Tu es qui Florent ? Prof ? Chanteur ? Un homme qui aime la psychanalyse ?

Je suis tout ça à la fois. Il y a un point commun entre ces centres d’intérêts, c’est le rapport aux choses et le décalage de point de vue que j’essaie d’apporter.

"La vélib'ération", tiré de l'album Le Nouvel album.

Es-tu confiant en toi en tant qu’artiste ?

Je plaide pour l’idée qu’on est tous des artistes de quelque chose dans nos vies. On a tous quelque chose à inventer ou à réinventer. Etre un artiste, c’est écouter la vérité de son désir. Si un jour mon désir me pousse à aller faire autre chose, c’est comme ça que je serai un artiste. Ce n’est pas forcément en sortant un disque de plus.

A l’instar d’un Gauvain Sers, si les projecteurs étaient soudainement rivés sur toi, comment prendrais-tu la chose ?

Si ça arrivait, je ne refuserais pas. Mais, ça doit être compliqué. Je ne sais pas quoi te répondre, c’est difficile comme question. Est-ce que je le vivrais bien ? Je ne sais pas. Je crois qu’il faut le vivre comme une folie.

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Florent Nouvel avec une partie des Beaux Esprits.

Revenons au collectif auquel tu appartiens, Les Beaux Esprits. Je trouve ça génial de s’allier pour faire ce métier le mieux possible.

Bruno Barrier est le tenancier, le garant de l’état d’esprit de ce collectif. Il est fou. Il faut avoir un peu de folie pour créer un tel espace, pour choisir de travailler uniquement avec des artistes qui ont un certain état d’esprit.

C’est quoi l’état d’esprit des Beaux Esprits ?

Il faut partir du principe que les egos ne seront pas plus forts que le collectif, même s’il y a dans le collectif des egos non négligeables. Les artistes ne montent pas sur scène par hasard. Il faut que chacun ait une conscience d’autrui, une conscience des autres artistes. Il faut se demander ce que l’on peut recevoir des autres et ce que l’on peut apporter aux autres. Il n’y a pas d’intronisation dans les Beaux Esprits. C’est le temps, c’est l’usage, c’est l’expérience qui décident.

Martial Bort a arrangé et réalisé l’album. Et il joue de la guitare.

Oui, il est un élément essentiel à cet album. Il ne joue plus avec moi, maintenant qu’il tourne avec Gauvain Sers.

Que vas-tu faire à présent?

Je ne sais pas bien. J’aime la possibilité de l’heureuse surprise.

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Le 18 janvier 2017, après l'interview...

19 février 2017

Pierre Bordage : interview pour Arkane

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Pour Le Magazine des Espace Culturels Leclerc (daté du mois février 2017), j'ai enfin interviewé Pierre Bordage, cet immense écrivain, à mon sens, mésestimé. Ce maître de la science-fiction fait des infidélités à son genre de prédilection pour s'essayer à l'heroïc fantasy. Il sort Arkane : La désolation, premier épisode d'un futur diptyque publié aux éditions Bragelonne. Bordage a bâti sa réputation sur des histoires humanistes remplies d'action qui ont marqué les lecteurs de science-fiction et contribué au renouveau du genre en France. Ce premier volet perpétue cette tradition. Avec panache...

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17 février 2017

Léopoldine HH : interview pour Blumen Im Topf

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Léopoldine HH est apparu avec un premier EP (paru en 2014 – Le Mini Cédé de Léopoldine).  La pétillante chanteuse originaire d'Alsace revient avec son premier album Blumen Im Topf . Un chef d’œuvre d'humour et de poésie. Quatorze chansons en français, allemand et alsacien qui s'écoutent sans modération.
Hier soir, la chanteuse littéraire a remporté haut la main les deux prix principaux du Prix Georges Moustaki, celui du public et celui du jury. Fondé en 2011 pour récompenser l’artiste indépendant et/ou autoproduit, ce prix mobilise les professionnels de la chanson mais aussi le public qui est appelé à voter. (On en profite pour saluer le REMARQUABLE travail de Thierry Cadet et Matthias Vincenot, sans oublier Amélie Dumas et tous les bénévoles). Rappelons que Léopoldine HH avaient déjà attiré l’attention de la SACEM qui avait accordé au projet une bourse à l’autoproduction.

La chanteuse est venue à l’agence le 25 janvier dernier. Ce fut un réel plaisir tant la jeune femme est talentueuse et sympathique.

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiArgumentaire officiel :

En 2016, Blumen im Topf (fleur en pot, en Allemand), premier album, accentue (puissance mille) les optiques du précédent EP. En treize titres (et une « chanson cache-cache »), Léopoldine s’accapare les mots de ses écrivains fétiches (Gwenaëlle Aubry, Gilles Granouillet toujours, Roland Topor, Olivier Cadiot). Entourée des musiciens et comédiens et complices de longue date Maxime Kerzanet et Charly Marty, de l’ingé-son Flavien Van Landuyt ('rencontre magique' dit-elle), et des choeurs du… collège Diderot à Besançon sous la houlette de Lise Lartot, Léopoldine multiplie les instruments : piano, accordéon, clavier, mini-harpe, ukulélé (et une boite à meuh). La voix, de son côté, s’affirme comme l’une des plus complexes et vertigineuses du moment, jonglant ici entre Français, Allemand, Anglais et comptine alsacienne.

Comédienne de nature (de nombreux spectacles de textes du répertoire ou sur Godard, Manset, Sylvia Plath), jamais Léopoldine HH n’interprète les textes de son album. Pas plus qu’elle ne cherche à les tirer vers le souci de la performance. Elle s’y coule, elle les chante comme si elle extirpait une partie de son âme. Il s'agit de se trouver soi-même via les mots choisis. De la même façon, il est possible d’analyser Blumen im Topf comme un hommage à la littérature, comme un merci aux nombreux écrivains ayant jalonné l’existence de Léopoldine.

On a vu passer cette tête blonde couronnée d’une tresse à la télé, furtivement, dans l’émission Nouvelle Star. Elle a laissé dans nos esprits son sourire et sa folie, et puis des prestations « zozo lala ». Le temps aide à faire les bons choix, voilà son premier album Blumen Im Topf!

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Léopoldine HHMaxime Kerzanet et Charly Marty au Prix Georges Moustaki, le 16 février 2017.

(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiInterview :

Votre formation professionnelle a été comédienne.

J’ai fait une école de théâtre qui est professionnalisante, l’Ecole Supérieure de la Comédie de Saint-Etienne. C’est une des neuf écoles supérieures qui permet d’avoir un diplôme de comédien.

Pourquoi le théâtre ? Vos parents sont pourtant musiciens.

J’ai beaucoup travaillé avec eux adolescente. J’ai donc eu une formation musicale classique obligatoire : piano, chant, flute traversière. J’ai un peu souffert de ce travail de Conservatoire, très académique. Avec eux, nous sortions beaucoup au théâtre. Du coup, au lycée, j’ai commencé à m’intéresser au théâtre. J’ai intégré une classe un peu particulière option lourde de théâtre, affiliée au TNS (Théâtre Nationale de Strasbourg). J’ai vu des pièces de théâtre incroyables. Ça m’a donné le virus de la scène.

Vous étiez à l’aise tout de suite sur scène ?

Ma mère est chanteuse, mon père est pianiste. Quand mes parents partaient en tournée, ils nous emmenaient. A  partir de 14 ans, je suis montée sur scène avec eux pour faire les doubles voix et de l’accordéon. Par contre, au théâtre, ça m’impressionnait énormément de monter sur scène et d’improviser. J’avais à la fois très envie d’y être, mais je n’avais pas du tout envie que l’on me voit. Cela a provoqué une tension qui m’a accompagné quelques années. La scène, c’est un endroit de désir et de danger. Pour moi, c’était un apprentissage de vie. Jusqu’à 25 ans, j’ai l’impression d’avoir un parcours plutôt en observation du monde, même dans ma vie privée. Je suis vraiment rentré sur scène et dans la vie de manière active à cet âge-là.

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(Avec une des choristes de l'album. Photo : Patrice Forsans)

Je reviens à vos parents. Ils faisaient quel genre de spectacle ?

Du cabaret littéraire. Ils ont toujours un rapport historique à la musique. Ils ont fait un spectacle sur 1936, sur Saint-Germain-des-Prés, sur Queneau, sur le dadaïsme… ils ont un répertoire franco-allemand. C’est marrant, on a fait un gros concert en janvier au Théâtre de l’Opprimé, j’ai demandé à mes parents de chanter une chanson à la fin du concert. Les spectateurs, à la fin, m’ont dit : « Ok ! On comprend d’où tu viens ! »

Vous voulez rester comédienne ?

Mais, c’est mon métier principal. Cela me permet aussi de garder de la distance avec le milieu de la chanson qui me parait avoir des codes très restreints. Quand j’ai appris que j’étais demi-finalistes du Prix Georges Moustaki, je me suis pincée parce que cela me paraissait improbable. J’ai écouté les autres et je me suis demandé si le jury avait bien écouté ce que je faisais (rire). J’ai un bagage de cabaret, je suis quand même un peu « à côté ».

"Blumen Im Topf", le 16 février 2017 au Prix Georges Moustaki, capté par David Desreumaux/Hexagone. 

"Zozo Lala", le 16 février 2017 au Prix Georges Moustaki, capté par David Desreumaux/Hexagone. 

Vous êtes passée par La Nouvelle Star en 2014. Vous retirez quoi de cette expérience ?léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustaki

C’était compliqué. Je ne vais pas me plaindre, je suis allée dans cette émission de mon plein gré. Personne n’est venu me chercher. J’y suis allée pour régler un fantasme d’adolescente et passer à autre chose. Pour tout vous dire, cela faisait un an que j’étais à Paris et que je ne comprenais pas comment ça marchait, ce qu’il fallait faire pour se faire repérer. Je ne connaissais pas la Manufacture Chanson ou le Studio des Variétés. J’ai pensé que faire cette émission allait peut-être me permettre une meilleure visibilité. Bref, c’était un peu violent, j’ai cauchemardé quelques mois après, mais je suis content de l’avoir fait.

C’était si dur que cela ?

J’ai fait tous les castings, le théâtre, toutes sortes d’épreuves parfois improbables. Ils nous font rencontrer des psychologues jusqu’à 3 heures du matin, pour nous réveiller à 6 heures… nous étions tellement crevés qu’à la moindre petite contrariété, tout le monde se mettait à pleurer, le tout constamment sous l’œil des caméras. Ce n’est pas comme ça que j’envisageais le monde de la musique (rires).

Léopoldine HH chante "Le coup de soleil" à La Nouvelle Star en 2014. J'ai honte, mais c'est une de mes chansons (honteuses) préférées. 

La même émission, Léopoldine chante "Beat it".

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiParlons de votre disque. Vous avez mis en musique des écrivains sur des musiques parfois complètement barrées.

J’ai commencé avec Alain Cluzeau. On a fait un travail pédagogique au Studio des Variétés pour préparer les maquettes de l’album. Dans la trentaine de titres que j’avais, il m’a fait remarquer que j’avais deux ambiances : du cabaret spectacle et des chansons plus traditionnelles. Il fallait donc impérativement trouver une cohérence dans mon répertoire. Il y avait soudain quelque chose qui devenait scolaire dans quelque chose qui était pour moi mon espace de liberté. En même temps, c’était un passage obligé et je ne remercierai jamais assez Alain parce que ça m’a vraiment confronté à mon répertoire et la logique qu’il devait prendre.

Ce projet, vous le portez depuis 2009.

Oui, les premières chansons ont été composées en 2009. J’ai proposé un spectacle musical à un festival à Besançon dans lequel je travaillais. Ils ont accepté, mais m’ont demandé de mettre en musique les auteurs participant au festival. J’ai fait ça trois années consécutives. Au bout d’un moment, j’ai demandé si je pouvais ajouter aussi mes auteurs préférés.

Ma chanson préférée dans l'album, "Zozo Lala" dans sa version originale, d'après un texte de Roland Topor. 

Dans le disque, les textes choisis sont des textes qui vous ressemblent ?léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustaki

Je crois que oui. Ca forme une sorte de portrait de ce que je suis, avec toute la complexité que chaque être à en soi. C’est une sorte de cartographie. Gilles Deleuze dit que le visage d’une femme, c’est comme un paysage. J’aime bien l’idée que l’on peut explorer quelqu’un.

Vous êtes diplômée en musicologie, vous avez appris très tôt la musique… il faut connaître les bases musicales pour pouvoir en sortir ?

Ça a été compliqué. Même si a 18 ans, j’ai quitté Strasbourg, parce que j’allais au Conservatoire en pleurant, quand je suis arrivé à Besançon, je n’ai pas pu m’empêcher de m’inscrire quand même en musicologie, au Conservatoire. J’ai fini mes études de piano là-bas, j’ai eu mon diplôme. Quand je suis arrivée à l’école de Saint-Etienne, dès que j’avais cinq minutes, je faisais de la musique. La première chose qui m’a permis de me libérer de la partition et de quelque chose d’académique, ce sont les concerts de rues dans le Vieux Lyon que j’ai fait avec des copines pendant tout un été. On reprenait Michael Jackson, Serge Gainsbourg… et on jouait sans partition. C’est là que j’ai compris que je pouvais faire de la musique autrement, que je pouvais faire de la musique vraiment que pour le plaisir.

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Pendant l'interview...

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiParlez-nous de vos deux acolytes sur scène.

J’ai travaillé avec un bassiste et mon frère aux percussions pendant deux ans. J’avais envie de travailler avec d’autres musiciens. Je leur en ai parlé. J’ai fait une pause pour me recentrer, redéfinir ce que j’ai envie de faire. J’ai contacté Anne Pacéo, une percussionniste, et Maéva Lebert, une violoncelliste. Ce sont deux musiciennes que j’admire vraiment, mais nous n’avons pas pu travailler ensemble, car leurs emplois du temps respectifs étaient trop chargés. Du coup, j’ai demandé à deux amis comédiens avec lesquels je travaille depuis longtemps, Maxime Kerzanet et Charly Marty. Eux, ils ont des claviers, des machines. On a fait un premier concert à La Menuiserie ensemble. Ils ont proposé que je fasse une première partie où je suis seule au piano et une deuxième où ce serait un concert de Léopoldine 2.0, avec eux. On s’est tellement amusé à revisiter mes chansons que ça m’a fait un bien fou. Ça a donné un second souffle à des mélodies que j’avais composées, certaines il y a longtemps. Du coup, on a enregistré les maquettes de mon disque avec eux, mais aussi avec un ingé-son Flavien Van Landuyt, qui est allé encore plus loin dans le délire. On a commencé l’enregistrement comme à La Menuiserie, harpe voix, puis guitare voix, puis nous avons continué crescendo dans un truc démentiel…

Pourquoi ne pas écrire aussi vous-même ?

Je n’écris pas mes textes pour le moment parce que ce que j’écris me parait moins intéressant que ce que je lis. Je pense que je finirai par vouloir retravailler ce que j’ai déjà écrit et me lancer.

Léopoldine HH, c’est un personnage ?

C’est un surmoi. Quand je mets ma natte, tout est permis.

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Après l'interview... et l'ingurgitation du café, le 25 janvier 2017.

15 février 2017

Michèle Bernard : interview pour Tout'Manières...

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Michèle Bernard à la remise des Prix de l'Académie Charles Cros le 24 novembre 2016.

(Photo : Caroline Paux)

J’ai vu Michèle Bernard pour la première fois le 24 novembre dernier lors de la remise des Prix de l’Académie Charles Cros (Grand Prix du disque « chanson » pour son album Tout’Manières). C’est une honte pour un journaliste qui se prétend « spécialiste de la chanson française ». Comment être passé à côté de cette formidable chanteuse, aux textes lucides et puissants, drôles et émouvants et complètement dans l’air du temps ? Il n’en reste pas moins que Michèle Bernard n’est pas reconnue à sa juste valeur par l’ensemble de la profession… Heureusement, certains la réhabilitent comme il se doit (comme Télérama (Valérie Lehoux) et RFI (Patrice Demailly))

De mon côté, je suis allée la rejoindre dans un appartement parisien, le 25 novembre 2016 pour une première mandorisation (mon Dieu, j’ai honte).

michèle bernard, tout'manières, interview, EPM, mandoorArgumentaire de presse :

Michèle Bernard trace depuis longtemps son chemin d’humanité. Sur le fil d’une vive conscience du monde, de ses égarements et ses espérances, elle tricote des chansons lucides et tendres, des chansons d’alerte… Dans Tout’Manières, elle pose un regard vif et sans complaisance sur le monde et ses dérives, à travers ces petites choses de rien qui nous entourent : des brocs bleus, un savon d’Alep, une serpillère, des petites boites… Avec toujours cette force de vie qui fait qu’on continue à chanter, à lutter, à aimer en 14 chansons. 

Ce CD a obtenu 4 Clés Télérama.

Biographie :

Après le conservatoire d'Art dramatique de Lyon, suivi de quelques années de théâtre, Michèle Bernard choisit très vite LA CHANSON, d'abord comme interprète, puis comme auteur et compositeur. Elle est, depuis 1975, "sur ces routes grises", enchaînant tournées en France et dans le monde.
On lui demande parfois des musiques pour le cinéma, la télévision, le théâtre ou la danse.
Elle signe quelques mises en scène, écrit pour les enfants, et enchaîne les créations (Divas'Blues/ Voler/ Une fois qu'on s'est tout dit/ L'Oiseau Noir du Champ fauve, cantate pour Louise Michel/ le Nez en l'Air/ Dans le lit de l'eau/ Des Nuits Noires de monde/ Sens Dessus Dessous).
Interprète dans la comédie musicale d'Anne Sylvestre : Lala et le cirque du vent.

Elle intervient dans de nombreux stages et ateliers et organise, au sein de l'association « MUSIQUES A L'USINE » à Saint-Julien-Molin-Molette (42), toutes sortes de festivités autour de la chanson (Les Oiseaux Rares).

michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoorInterview :

Vous avez encore une fois été honorée par l’Académie Charles Cros.

Oui, et c’est la 5e fois. J’ai reçu ce  prix la première fois pour mon premier 33 tours, en 1978.  Symboliquement, le fait que je reçoive cette reconnaissance de la part de cette Académie m’incite à penser que je ne suis pas trop à côté de la plaque. Pour moi, c’est un prix particulier parce qu’il est délivré par des gens qui aiment la musique et qui savent de quoi ils parlent. C’est un prix loin du commercial.

Sans être très médiatisée, vous avez un large public qui se déplace dès que vous êtes sur scène.

C’est pour cela que je continue. Si je n’avais plus aucun écho dans ce que je fais, je m’arrêterais.

Votre public est très fidèle.

Il y a ceux qui m’ont découvert avec mon premier disque et qui continuent à me suivre. Et comme ces dernières années, j’ai  ouvert mes activités du côté des enfants, ça m’a fait accéder à un public plus jeune ainsi qu’à leurs parents. Désormais, je me demande ce que je peux écrire qui soit universel pour toucher à la fois les petits et les grands.

C’est plus difficile d’écrire pour les enfants ?michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoor

Je ne sais pas. Il faut retrouver le maximum de simplicité et d’authenticité. Cela dit, c’est la même démarche quand j’écris pour les adultes. L’exigence d’écriture est exactement la même. Il faut peut-être plus retrouver l’enfant qu’on a été pour regarder les choses avec une certaine fraicheur. La seule différence est au niveau des thèmes abordés.

Peut-on tout aborder avec les enfants ?

Je crois que oui. Les grands thèmes qui angoissent ou qui font plaisir sont les mêmes pour les adultes et les enfants.

Les artistes sont de grands enfants, j’ai l’impression.

Surement. Beaucoup d’artistes sont des gens qui essaient de régler des comptes positivement avec leur enfance. Personnellement, ce que j’ai pu ressentir pendant mon enfance et ma jeunesse est devenu mon moteur.

"Tout'Manières" extrait de l'album Tout'Manières.

michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoorVous étiez comédienne, et finalement, vous avez préféré embrasser la carrière de chanteuse. Pourquoi ?

Ça s’est fait petit à petit, mais tout naturellement. Quand j’étais ado, j’étais très attirée par le monde des artistes tout azimut. Je faisais de la peinture, je suis allée au conservatoire de théâtre à Lyon, je faisais du piano, puis je me suis mise à écrire des chansons. Je baignais dans une envie de choses artistiques. Pour être plus précise, j’ai commencé dans le théâtre pour enfants et comme il y a beaucoup de musique et de chants dans ce genre théâtral, je me suis achetée un petit accordéon et je me suis mise à chanter. Je me suis vite aperçue que la voix chantée me donnait beaucoup plus de plaisir, de liberté, d’aisance.

Vous chantiez quoi quand vous avez décidé de prendre cette voie ?

Je n’étais qu’interprète. Je chantais évidemment Anne Sylvestre, des chanteurs de la rive gauche, du Francis Blanche, du Jacques Debronckart, du Georges Brassens.

Que des auteurs exceptionnels !michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoor

J’ai chanté ces auteurs-là, je me suis imprégnée de leur manière d’écrire, mais sans me le formaliser. A un moment donné,  j’ai voulu raconter mes propres histoires. C’était un besoin d’expression qui s’imposait à moi. Mes premiers textes sont venus spontanément, parce que c’était des choses qui me brûlaient à l’intérieur. J’ai regardé comment les textes de ces auteurs fonctionnaient et, au début, je les imitais.

Dans votre chanson en duo avec Anne Sylvestre, vous dites beaucoup sur ce métier.

C’est un métier cruel. C’est la loi du marché, de la mode. Des gens comme moi font partie du petit peuple de la chanson. On parvient à vivre de la chanson, on se produit dans toute la France et parfois plus loin, mais on a une absence de notoriété médiatique abyssale.

Pour moi, Anne Sylvestre et vous êtes victimes de cette énorme injustice… mais les gens qui aiment la chanson vous célèbrent. Eux, ils savent ce que vous êtes.

C’est peut-être une médaille à la ténacité (rires). Mais vous savez, le milieu des amateurs de chansons françaises est finalement un petit milieu. Ce que je trouve difficile c’est l’idée que plein d’autres personnes, plus jeunes, pourraient apprécier, mais ne peuvent pas accéder à nous. Il me semble qu’Anne Sylvestre et moi sommes ringardisées par un certain langage médiatique. Ça fout les boules…

Clip de "Je clique", extrait de l'album Tout'Manières.

michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoorDans votre nouvel album, il y a des chansons très modernes et d’actualité. « Je clique », « Savons d’Alep »…

Ce ne sont pas des sujets de grand-mères (rires). J’évoque des sujets d’aujourd’hui.

S’il n’y a pas d’espace médiatique en France pour cette chanson-là, elle parvient tout de même à se faire écouter.

Il y a en France un réseau de salles, d’associations, d’individus qui se fédèrent pour inviter des spectacles. La chanson se diffuse, quoiqu’il arrive.  

C’est un combat ce métier ?

Là où j’en suis rendue, je ne suis plus dans le combat. Je continue tout en mesurant mon impuissance devant comment les choses fonctionnent dans la société. Le combat, c’est de continuer à proposer ce genre de chansons. Et en continuant, je me fais du bien aussi à moi-même. J’ai consacré ma vie à la chanson, donc je m’arrêterai quand je n’aurai plus la force de continuer.

Parfois, vous abordez des sujets graves, mais il y a toujours de l’espoir dans vos chansons…

Je ne peux pas faire des chansons plombantes complètement. Il me faut une petite lueur dans un coin, un pôle positif quelque part.

Allez-vous voir des jeunes sur scène ?

Etant en région lyonnaise, ce sont beaucoup des artistes de coin-là. Il y en a des très talentueux. Il y a une fille qui s’appelle Lily Lucas qui écrit des choses très finement, aussi drôles que pointues et sensibles. J’aime aussi beaucoup Fréderic Bobin. Il écrit avec son frère de magnifiques chansons. Enfin, j’ai envie de vous citer Jeanne Garraud et Claudine Lebègue, parmi les gens que je suis de près.

Vous avez toujours de l’inspiration où vous en trouvez quand il s’agit de faire un nouvel album ?

C’est un mélange des deux.  Tous les jours, je pense chanson. Dans ce que j’ai pu vivre, voir, entendre, je me demande toujours ce qui ferait une bonne chanson. Ce n’est pas pour autant que j’écris. Pour écrire vraiment, je m’enferme et je me consacre à cette activité. Il faut se concentrer pour bien prendre le temps de laisser remonter les choses.

Vous êtes exigeante avec vous-même ?michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoor

Je boucle rarement une chanson en une nuit. Il faut y revenir. C’est un peu comme une sculpture. On a une masse, on la sculpte, on l’affine, on remplace un mot par un autre. Ça peut prendre du temps…

C’est jubilatoire d’écrire ?

C’est jubilatoire d’avoir trouvé un super couplet. Souvent, je me dis que ce que j’écris est d’une platitude… c’est un passage douloureux. Alors quand j’arrive à trouver l’image, la manière d’exprimer une idée, à se faire rencontrer les mots de manière riche, j’en éprouve une grande satisfaction. Qu’est-ce qui va faire qu’une expression que l’on a trouvée va toucher ? Il y a quand même une part de mystère…

Un auteur n’est pas maître de tout ?

C’est bien de ne pas tout contrôler.

Y a –t-il des sujets que vous ne parvenez pas à aborder ?

J’ai un peu de mal à écrire des chansons d’amour. Il n’y en a pas dans ce dernier album. Il est plus dans le monde social et beaucoup dans l’amitié.

C’est parce que vous êtes pudique ?

Oui, un peu. C’est tout le paradoxe quand on fait un métier où on se met en avant.

Est-ce que vous ne craigniez pas d’avoir tout dit dans vos chansons ?

Ça ne veut pas dire grand-chose, « avoir tout dit ». Les thèmes des chansons se réduisent à quelques-uns. On parle tous de la même chose : l’amour, la mort, l’amitié… mais jamais de la même façon. C’est une question d’angle.

C’est quoi la fonction d’un ou une chanteuse ?

Brel disait : « imaginez les peuples sans musique ». La chanson, c’est frontal. On s’adresse directement au cœur des gens. C’est un impact qui trouve sa place dans le sensible et l’émotionnel. Il me semble que dans ce monde, c’est important que les artistes existent. On a besoin d’émotion, de divertissement…

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10 février 2017

Julien Blanc-Gras : interview pour Briser la glace

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En quelques livres, Julien Blanc-Gras s’est imposé comme un écrivain-voyageur désinvolte, aux récits faussement naïfs. Je dis faussement naïfs parce que sous couvert d’humour, d’ironie mordante et d’élucubrations parfois surréalistes, il dit beaucoup, raconte avec une acuité impressionnante ce qu’il voit, témoigne de la réalité du pays qu’il visite. Les informations sont toutes  rigoureusement exactes. Il mélange les anecdotes personnelles, l’histoire et  la situation du pays avec un habile dosage qui force le respect. Je suis à deux doigts de vénérer Julien Blanc-Gras.

Cette fois, dans Briser la glace, comme l’écrit La Croix, « il traîne ses guêtres dans l’Arctique, explore le Groenland à la manière d’un Lévi-Strauss goguenard, muni de son sens de l’observation et de son humour en bandoulière. »

L’auteur, maintes fois mandorisés (La première fois en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, enfin la précédente en 2015.) est revenu me voir à l’agence, le 6 décembre 2016, pour évoquer cette expédition hors du commun.

briser%20la%20glace.jpg4e de couverture :

Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Des baleines paisibles. Des pêcheurs énervés. Du phoque au petit-déjeuner. Des frayeurs sur la mer. De l'or sous la terre. Des doigts gelés. Des soirées brûlantes. Un climat qui perd le Nord. Des Inuits déboussolés. Une aurore boréale. Les plus beaux paysages du monde. Le Groenland.

« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. »

Le ton est donné. Nouvel invité de la collection Démarches, Julien Blanc-Gras s'attaque au Grand Nord, et nous embarque dans un Arctique tragi-comique. julien blanc-gras,briser la glace,interview,mandor

L’auteur :

Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du "Prix du Premier Roman de Chambéry" pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l'adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015).

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Interview :

Tu as fait une légère infidélité à ta maison d’édition d’origine, Au Diable Vauvert.

Tout est parti d’une proposition des éditions Paulsen. On a discuté d’un projet commun et nous sommes tombés d’accord sur une expédition au Groenland. J’ai dit oui rapidement parce que l’occasion d’aller là-bas ne se présente pas tous les jours. Je ne connaissais pas du tout les univers polaires arctiques ou antarctiques. Ils m’ont proposé de participer à une expédition sur un petit voilier, donc de voyager dans cette région-là, pas très accessible, dans des conditions privilégiées.

C’était un voyage sacrément difficile si j’en juge ton livre.

Je ne dirais pas difficile, juste un peu plus aventureuse que si j’avais été sur un bateau de croisière.

Tu es modeste… tu ne connaissais ni la mer, ni la navigation.

C’était donc une expérience de plus à découvrir. Je me suis retrouvé à l’été 2015 à partir un mois au Groenland, dont une vingtaine de jours sur le bateau. C’est forcément un des plus beaux voyages que j’ai fait.

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Tu t’es préparé comment pour partir ?

J’ai acheté des moufles (rires). Avant de partir dans un pays, il y a toujours un travail de documentation au préalable. Mes voyages, c’est toujours un mélange de préparation et d’improvisation. De préparation, parce qu’il faut savoir où on arrive, savoir rencontrer les bonnes personnes aux bons moments, j’ai donc vu des politiques, des journalistes, des enseignants  pour avoir un tableau un peu global du pays. Et d’improvisation, parce que c’est ça qui fait le sel du voyage. C’est toujours ce qu’on n’attend pas qui se révèle le plus intéressant au final.

Tu as toujours une appréhension avant de partir dans un pays ?

La joie et l’excitation l’emportent toujours sur l’appréhension. Je ne suis pas un aventurier, mais j’ai un tempérament aventureux, il y a une légère nuance. Là, je ne suis pas parti naviguer, je suis incapable de le faire, mais je suis parti avec des gens qui sont doués pour cela. Ils se sont avérés à la fois très compétents, très sympathiques, très intéressants et très enrichissants.

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La classe absolue: une pleine page dans ELLE.

Tu étais avec trois bretons.

Sur le bateau, il y avait deux marins et un artiste peintre, Gildas Flahault, qui lui est aussi était là dans le but de faire un livre sur le Groenland, Le bal des glaces, (il vient de sortir chez Paulsen). Tout le monde était content d’être là et nous nous sommes parfaitement entendus.

C’était beau ?

C’est tout simplement les plus beaux paysages que j’ai vus de toute ma vie.

Le Groenland, c’est quatre fois la France, expliques-tu au début du livre.

Mais j’ajoute qu’il y a  moins de monde que dans l’agglomération de Bourg-en-Bresse. En tout, il y a 57 000 habitants. La population du Groenland tient dans un stade (rires). Cette particularité géographique fait que les foyers de population sont très éloignés les uns des autres. En gros, il y a trois ou quatre villes au Groenland et plein de petits villages qui ne sont pas reliés entre eux par des routes. Donc, la mobilité est très compliquée. Pour se déplacer, il faut prendre l’avion ou le bateau.

Du coup, les gens restent dans leur village avec des températures qui peuvent atteindre -30° en hiver.

Certains bougent, mais pour les catégories les plus défavorisés de la population, ce n’est pas possible. Les seules nouvelles personnes qu’ils voient sont ceux qui viennent à eux.

Toi, tu es parti en été. Tu n’as pas connu les -30° ?

En été, à Terre, il fait entre 0 et 10°.  Par contre, sur le bateau, quand on est en train de naviguer, il y a un peu de vent… il faut mettre sa petite laine (rires).

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La classe absolue (bis) : Un article très fouillé dans Le Canard Enchainé.

Le danger principal sur l’eau, ce sont les icebergs ?

C’est un danger permanent, mais comme sur une route où il y aurait des obstacles. Concernant les icebergs, le jour, par condition calme, tout va bien. Mais la nuit, dans des conditions agitées, il faut être d’une extrême vigilance. Une fois, nous avons eu un petit incident. Les fonds sont remontés brusquement et le bateau est resté coincé. On a réussi à le dégager assez rapidement, en 10 minutes, mais c’était la nuit, il ne faisait pas chaud, nous étions loin de la côte et des icebergs se déplaçaient un peu partout. Je ne te cache pas que nous avons quand même été un peu stressés. Juste après, j’ai levé la tête et j’ai vu ma première aurore boréale. C’était étrange ce moment de frayeur, puis ce spectacle exceptionnel qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. On se sent petit devant l’incroyable puissance et beauté de la nature.

Tu prends des photos de tout ça ?

Je prends des photos avec mon téléphone. Ce sont plus des pense-bêtes ou des souvenirs que des photos d’art. Je ne sais pas faire et de toute manière, ça me prendrait un peu de mon cerveau, or, mon cerveau, il est concentré à trouver des phrases pour décrire ce que je vois. 

Les autochtones des villages que tu traverses sont hospitaliers… ou pas.

C’est comme un peu partout dans le monde, il y a des gens sympas et d’autres moins. J’ai tout de même remarqué que plus les endroits sont petits et éloignés du tourisme de masse, plus les gens t’accueillent avec plaisir et sont contents de te voir.

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Tu es le seul écrivain voyageur à raconter avec humour tes pérégrinations, mais c’est une vraie enquête sur le pays traversé. On apprend beaucoup en s’amusant beaucoup.

C’est un récit avec des informations solides. Je fais en sorte que mon reportage ne soit pas assommant. Il faut trouver le bon équilibre pour faire passer les informations tout en maniant un peu l’humour. Je fais en sorte que cela se lise comme un roman et que le lecteur retienne deux, trois trucs…

L’humour, c’est ta force.

J’ai tenté d’écrire des choses sérieuses, mais je n’y parviens pas. Le petit recul ironique est ma façon d’envisager le monde. Etre dans l’ironie bienveillante sans basculer dans le sarcasme, c’est la limite que je me fixe.

Qu’est-ce qu’il te restera de ce voyage ?

Le choc esthétique de la glace. Et je trouve ce peuple admirable. Il a vécu des milliers et des milliers d’années dans un univers vraiment hostile, très froid et sans ressource. Il a survécu et fait vivre une culture qui nous a apporté le Kayak et l’anorak. C’est remarquable.  

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Pendant l'interview...

Est-ce que chaque voyage te change ?

Je ne change pas radicalement. Chaque être humain t’apporte quelque chose. Plus il est différent, plus il t’apprend. Après ces 15 années à voyager dans toutes les grandes régions du monde, je crois que cela me donne une vision de l’incroyable diversité de cette planète. Ça aide à prendre les choses avec un peu plus de recul.

Tu analyses mieux les gens que tu rencontres, tant tu en as vu ?

Le vécu accumulé te donne effectivement des armes pour comprendre les gens. Parfois, j’entends des conversations à table, au bistrot ou dans les journaux. Cela me fait soupirer… j’ai envie de dire aux gens d’aller vivre un peu ailleurs, de manière à ce qu’ils élargissent leur focal. Parfois, je trouve les débats un peu dérisoires. Je me demande si ce que je viens de dire n’est pas un peu prétentieux…

Ton prochain livre se déroulera dans quel pays ?

Dans la péninsule arabique et ses pétromonarchies. Il sortira en 2017 au Diable Vauvert. 

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Après l'interview, le 6 décembre 2016.

04 février 2017

Laura Cahen, OUEST et Martin Luminet : interview pour Le Mégaphone Tour

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Cela fait longtemps que je voulais parler ici du Mégaphone Tour. Je suis très "fan" de cette opération concrète d’aide à l'émergence, de soutien, d’accompagnement et de développement par la scène des talents de demain.

Comme l'indique le site internet, chaque année, 12 auteurs-compositeurs-interprètes, préalablement sélectionnés, partent sur 4 tournées dans 4 grandes Régions de France (Sud Ouest, Sud Est, Nord Est, Nord Ouest), proposant ainsi un plateau découverte de 3 artistes en bas de chez vous ...

Chaque tournée est composée d’une dizaine de concerts sur trois semaines, dans des lieux de diffusion offrant des conditions professionnelles. Le dispositif permet une mise en lumière, tout au long de l’année, en proposant aux groupes de jouer dans des salles de concerts partenaires. A plus long terme, le Mégaphone Tour assurera sur des festivals une présence estivale pour les 12 artistes ou formations sélectionnés de l’année. Ces plateaux composés de 3 artistes, jouant chacun 30 min, permet d’offrir une diversité musicale et un plateau « découverte » au public, représentatif de la scène émergente. Le Mégaphone Tour propose un concert «chez les gens », cherchant la rencontre entre l’artiste et son public dans un rapport de proximité.

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Caroline Guaine, madame Mégaphone Tour, avec Martin Luminet, OUEST et Laura Cahen.

J’ai proposé à la directrice du Mégaphone Tour, Caroline Guaine, de rencontrer les artistes actuellement en tournée pour les faire témoigner. Je voulais notamment savoir comment ils vivaient cette expérience. Je suis allé rejoindre Laura Cahen, OUEST et Martin Luminet au Celtic de Tarbes, le 2 février dernier. Nous nous sommes enfermés dans un appartement au-dessus de la salle et je les ai « cuisinés ». 

Les forces en présence :

martin luminet,ouest,laura cahen,mégaphone tour,celtic,interview,mandorLaura Cahen (par Éric Reinhardt, écrivain):

"Elle se décrit comme une éponge à sentiments, se nourrissant de la vie des autres, de films et aussi de livres, qui peuvent connaître d’amples répercussions dans son monde intérieur, si elle est émue. Quand elle écrit, elle part d’un mot ou d’une image et déroule le fil de ses sensations jusqu’à écrire un texte entier, dont à la fin elle découvre stupéfaite qu’il parle avec netteté de ce qu’elle est en train de vivre, et d’elle : ainsi, pas intellectuelle pour deux sous mais plutôt sensitive, instinctive, inquiète et un peu animale, un animal inoffensif et un peu triste, Laura Cahen ne part jamais du sens mais y aboutit, dans la forme finale des chansons qu’elle a écrite. Et cette forme finale est souvent puissante, elle vous emporte dans ses élans comme si chacune était une promesse de libération et qu’au bout, au bout de la chanson, au bout du voyage mélodique, visuel et vocal, au dénouement des sensations qu’elle sait créer, l’auditeur enivré serait sauvé. Quand elle chante, la voix de Laura Cahen est singulière et attachante, avec une forte identité… Une voix claire, aigüe et haute, avec en même temps une profondeur cuivrée qui apparaît au fond de certains mots, une dimension organique de fanfare, avec des cuivres, des trompettes, une grosse caisse, des cymbales, en plein air, sous un ciel de printemps…"

Un premier album vient de sortir, Nord.

OUEST : Après avoir écumé les scènes de France, de Chine et du Québec, Jef Péculier, l’ex-guitariste de martin luminet,ouest,laura cahen,mégaphone tour,celtic,interview,mandorLa Casa, remonte en selle sous le nom de OUEST. Le projet voit le jour en Janvier 2014, OUEST écrit, compose, arrange et enregistre guitares, claviers et sample pour donner naissance à une folk-rock en français. Pour le live, il fait appel au bassiste Xavier Vadaine et au batteur Corentin Giret

Après une période de résidence au 6PAR4 à Laval au printemps 2015, une belle aventure débute et le projet prend forme après une quinzaine de concerts et un accueil très enthousiaste auprès du public et des professionnels. Un premier EP vient de sortir.

martin luminet,ouest,laura cahen,mégaphone tour,celtic,interview,mandorMartin Luminet :

Martin Luminet s’inscrit dans la lignée de ces chanteurs qu’on aime appeler « chanteurs à souhait », qui n’en font ni trop, ni pas trop trop.

On retrouve dans ses chansons de doux paradoxes et l’entêtante idée de pouvoir vivre avec des incohérences, des faiblesses, des aveux d’impuissance et des regrets paisibles. Dans ses chansons on a le droit d’être maladroit, de souffrir de jolies choses, d’être heureux de travers, d’aimer quelqu’un de loin, de faire des chansons tristes qui rendent heureux, bref, on a le droit d’être pas droit. Martin Luminet a le même âge que les garçons de 1989 et présente pour la première fois son projet le plus intime sous la forme d’une Pop Sensible qui s’évertuera à démontrer qu’il est possible de pleurer en dansant.

Un premier EP vient de sortir, Bande Annonce.

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Interview :

Vous connaissiez le Mégaphone Tour ?

Martin Luminet : Plusieurs personnes à Lyon m’en avaient parlé en me signifiant que ce serait une bonne idée que je me présente. Ils ont bien fait parce que je trouve cela remarquable.

Laura Cahen : J’en ai entendu parler depuis un moment parce que je connais des artistes qui sont passés par là. J’y participe parce que Caroline Guaine m’a appelé pour que je devienne la marraine de cette tournée dans le sud-ouest.  

OUEST : C’est mon manager qui m’a incité à me présenter. Il m’a parlé de ce dispositif. J’ai été auditionné, sélectionné et aujourd’hui, je suis sur le Mégaphone Tour. Et j’en suis très heureux.

L’idée de partir trois semaines sur la route avec d’autres artistes qu’on ne connait pas, c’est enthousiasmant ?

OUEST : C’est aussi le but de notre métier que de se retrouver sur scène avec d’autres artistes. En tout cas, entre nous, ça se passe très bien. C’est une vraie joie pour moi de tourner avec Laura et Martin. Il y a une vraie intimité qui se forme. Ça fait une semaine que nous sommes dans le même mini bus. On arrive dans des lieux différents, accueillis par des gens différents… c’est toujours un peu le suspens. Nous vivons la même chose, alors ça crée des liens.

Martin Luminet : Je pense que ceux qui nous sélectionnent prennent en compte l’humain. Caroline Guaine sait que nous partons quelques jours ensemble, je pense qu’elle doit veiller à mettre des artistes qui n’ont pas des caractères aux antipodes des uns des autres.

Laura Cahen : Oui, c’est sûr elle doit choisir en fonction des personnalités.

Laura Cahen : clip de "Froid".

Vous avez écouté ce que faisaient les autres avant de partir ?

Martin Luminet : Laura, je connaissais parce qu’elle est déjà un peu connue. J’aimais bien. Quant à OUEST, nous nous sommes rencontrés à la soirée d’inauguration. Nous savions que nous partions ensemble, nous nous sommes donc échangés nos CD. J’aime aussi ce qu’il fait. Et je ne dis pas cela par politesse.

Laura Cahen : Moi, je viens tout juste d’avoir les CD de mes « filleuls », je vais donc les écouter très vite. Mais, évidemment, je suis allée voir sur Internet ce qu’ils faisaient.

OUEST : J’ai écouté cet après-midi l‘EP de Laura, mais, moi aussi, je la connaissais d’avant. Martin, je suis allé voir sur Internet un clip de lui. Bien sûr, les artistes ont cette curiosité de savoir avec qui ils vont vivre une aventure commune.

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Pendant l'interview (1)

Ce qui est génial avec vous trois, c’est que vous avez des univers très différents. Ca ne déstabilise pas le public ?

Laura Cahen : Non, au contraire. Martin commence le spectacle, en douceur et humour. Les gens sont conquis. Ensuite, c’est moi, je ne peux pas trop en parler (rires).

OUEST : Elle charme le public immédiatement, elle irradie et rend radieux le public. Moi, je fini la soirée.

Laura Cahen : C’est le moment le plus rythmé. Il conclut en beauté.

Martin Luminet : Nous sommes sur des esthétiques différentes sur scène, mais nous avons remarqué que nous avons beaucoup de points communs, comme par exemple l’amour du français. Ce n’est pas parce qu’on a choisi de défendre une esthétique qu’on n’aime pas celle des autres.

OUEST : Clip de "Les aviateurs".

Ce soir, vous jouez dans un pub.

Laura Cahen : On joue dans toutes sortes de salles, c’est ça qui est bien. Depuis qu’on a commencé, on a joué dans une chapelle, dans un club et dans un bar.

Le Mégaphone Tour vous apporte quoi concrètement ?

Martin Luminet : Je cherche surtout à me connaître scéniquement. Savoir comment arriver le plus simplement devant le public, surtout dans une configuration où on n’est pas dans une salle plongée dans le noir, mais au milieu des personnes. J’essaie de trouver ce subtil équilibre entre le plateau et le public.

Laura Cahen : Pour moi, être seule avec ma guitare et un piano, c’est une belle expérience parce que je suis, la plupart du temps, avec trois autres musiciens. Là, je viens de faire 8 dates en solo. Ça me permet aussi d’aller dans des lieux où je n’ai jamais joué et de rencontrer probablement un nouveau public. Et puis, enchainer les dates, ça fait du bien.

OUEST : Nous avons une soif de faire des dates. C’est quelque chose qui nous nourrit. Quand on est un artiste en développement, il est difficile d’accéder aux SMAc (note de mandor : Le label SMAc est un dispositif créé et soutenu par le Ministère de la Culture, qui regroupe environ 150 divers lieux musicaux de petite et moyenne capacité, dédiés aux musiques actuelles/amplifiées), aux centres culturels, bref, aux grosses structures. Pour y accéder, il faut avoir beaucoup de notoriété, de la promotion, un tourneur. Avec le Mégaphone Tour, on est sur des petits lieux qui correspondent aux développements des artistes. Il en faudrait 12 000 des structures comme le Mégaphone Tour.

Laura Cahen : Personnellement, le fait de jouer 8 concerts en solo, ça m’aide à savoir comment je réagis dans des conditions différentes. Et comme Martin, ça me permet de me connaître mieux. Je vois ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je tente aussi des choses. Non, vraiment, je trouve ça très bien.

Martin Luminet : Et ça doit aussi te rassurer de constater que tu peux tenir la baraque seule.

Laura Cahen : Exactement.

Martin Luminet : "Pardonnez-moi" en version acoustique.

Il y a une envie de chacun de faire mieux que l’autre ?

Laura Cahen : On a juste envie d’être bons. Nous avons des univers tellement différents qu’on ne pense pas à une quelconque rivalité. On n’apporte pas du tout la même chose au public. Nous essayons de les emmener chacun dans notre monde.

Martin Luminet : Quand les gens viennent voir un triple plateau, j’ai l’impression que les gens jouent vraiment le jeu. Il y a beaucoup de respect et de curiosité de la part du public. C’est assez impressionnant.

OUEST : Ce qui est sympathique entre nous, c’est que nous avons eu les mêmes ressentis chaque soir. Il y a un soir où on a dit tous les trois que nous n’étions pas au meilleur de notre forme. Il y a eu un autre soir où c’était l’euphorie pour tous les trois.

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Pendant l'interview (2)

Vous avez tous les trois des disques très produits. Là, vous êtes sans grosses machines. Vous êtes tel que vous êtes. Ça aussi c’est un défi ?

Laura Cahen : Je construis mes morceaux en guitare voix, donc cette formule est l’essence de ma musique. Retrouver le guitare-voix me permet peut être de suspendre le temps, d’avoir un temps élastique. Ça m’intéresse pas mal.

OUEST : Moi, je suis un peu l’exception. La formule du Mégaphone Tour permet de partager le cachet avec un deuxième musicien si on en a envie. Du coup, j’ai décidé de partager la scène avec mon batteur qui, lui, est venu avec un tom basse et son sampler avec mes productions à l’intérieur. On emmène donc un peu plus de volume sonore, c’est la raison pour laquelle je termine le spectacle. Mais ça reste quand même une adaptation, une nouvelle création.

Martin Luminet : Moi aussi, mon EP est plutôt pop. Quand on arrive en studio, on a tous la tentation d’étoffer la musique qu’on a créée dans sa chambre. Comme ma participation au Mégaphone Tour se juxtapose avec un lancement de projet, j’avais besoin de présenter mes chansons nues. Je ne voulais pas essayer de séduire les gens par la forme, mais plus par ce que mes chansons racontent. Si ça marche, ça me donnera un peu de confiance et je saurai que je qu’elles valent la peine d’être jouées en groupe. Ce sont des propos et des thématiques assez intimistes, donc je pense que cette formule piano-voix, fragile, fébrile même, c’était l’idéal.

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Les artistes à la fin du spectacle. Au Celtic à Tarbes.

Vous vous mettez en danger ?

Laura Cahen : Oui. Ce n’est pas très naturel d’aller se mettre sur une scène et jouer des chansons devant des gens.

Martin Luminet : Ce qu’il y a de paradoxal là-dedans, c’est que ce sont souvent les plus timides qui se retrouvent sur scène. On a envie de se planquer, mais il n’y a pas d’autres moyens pour nous d’exprimer ce que nous avons à dire.

OUEST : Dans la vie, j’ai le verbe et la parole facile, mais à partir du moment où on est sur scène, il se passe plein de choses. Le regard et le jugement des gens, on se livre, on se met à nu.

Martin Luminet : Il y a des choses que l’on arrive à crier au public que l’on ne dirait pas à sa propre famille autour d’une table.

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Pendant l'interview (3)

Le Mégaphone Tour a ceci de particulier que les artistes jouent dans des petites salles, donc avec une réelle promiscuité avec les gens.

Laura Cahen : C’est très intime. J’aime bien être proche des gens. J’aime bien les sentir. J’ai du mal quand le public est loin parce que j’ai l’impression que je ne comprends pas ce qu’ils ressentent. Ça me gêne. Là, ils sont très proches, c’est assez magique.

Martin Luminet : Il y a des moments de silence et nous sommes tous les trois attachés à ça. La part de silence dans une chanson est un bon indicatif de comment se passe la soirée.

C’est un peu une colonie de vacances le Mégaphone Tour ?

Laura Cahen : Complètement.

OUEST : Mais c’est une colonie studieuse et organisée. C’est une colonie de vacances qui se mélange avec une sortie de classe, genre « sortie découverte ».

Martin Luminet : Le Mégaphone Tour n’est pas du genre : « montez dans le camion, on vous emmène ». Il y a aussi : « on vous montre comment marche une tournée », certainement pour nous responsabiliser.

Laura Cahen : Moi, j’avoue que je me laisse pas mal porter par le vent.

Martin Luminet : Mais tu n’es pas oisive et passive.

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Pendant l'interview (4)

Laura, tu as la marraine. Tu as un rôle précis à jouer ?

Laura Cahen : Je n’ai pas fait partie du dispositif de repérage. Pour le Mégaphone Tour, ce qui pourrait être bien dans les années à venir, c’est de créer un lien avec les filleuls. J’adore Martin et OUEST et je suis hyper contente d’être avec eux, mais c’est bizarre d’être la marraine de deux artistes avec lesquels je n’avais jamais parlé. Ce serait bien que les parrains voient qui sont les artistes et de les choisir. Tu t’imagines, si je n’aimais pas du tout OUEST et Martin ! Là, ça tombe bien en tout cas. Je les aime mes petits cocos (rires collégiales).

Ça fait une semaine que vous êtes ensemble, j’imagine que vous resterez en contact après cette aventure.

Martin Luminet : Ce qui est sûr, c’est que ça sème une petite graine. Moi, je sais qu’avec Laura et OUEST, j’aurais bien envie de partager des trucs. Les hasards de la vie feront que l’on se recroisera où pas.

Laura Cahen : Ce n’est pas rien de passer deux semaines ensemble, jour et nuit. On va rester en lien, c’est une certitude… et je vais suivre de très près leur parcours.

OUEST : Moi, je suis ravi du comportement humain de mes deux acolytes et j’adore ce qu’ils font. Je ne vais pas me priver de vanter leurs mérites à mon entourage.

Précisions : A la fin de l’entretien, j’ai interrogé ces trois artistes sur leur disque respectif. Mais, c’était si sommaire que j’ai pris la décision de les mandoriser tous les trois, en tête à tête, parce qu’ils valent vraiment le coup. Ils sont tous d’accord. Alors, à suivre …

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Après l'interview, de gauche à droite, Martin Luminet, OUEST, Laura Cahen et Mandor, le 2 février 2017.

Et ci dessous, un polaroïd signé "Le Celtic" avec à gauche, Marie du Mégaphone Tour. Merci à elle pour l'accueil et sa disponibilité. 

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03 février 2017

Klo Pelgag : interview pour la sortie L'étoile Thoracique

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6.jpgDe retour trois ans après le succès de son premier album L’alchimie des Monstres qui lui a valu maintes récompenses et une large reconnaissance au Canada et en France (sacrée Révélation de l’année au Gala de l’ADISQ 2014, en plus des Prix Barbara 2015 en France, Révélation chanson Radio-Canada 2014-15, Grand Prix de la francophonie de l’Académie Charles Cros 2014, Prix Miroir Célébration de la langue française au Festival d’été de Québec 2013…etc.), Klô Pelgag revient avec un nouveau disque toujours aussi créatif et surprenant, L’étoile Thoracique (sortie aujourd’hui). Elle profite des treize nouveaux titres, pour continuer son exploration d’une pop francophone ultra originale qui puise dans l’électro, le rock, et la musique contemporaine. Nous voilà de nouveau transporté dans un monde féérique qui embrasse différents thèmes comme l'amour, la liberté et la désillusion. La jeune femme sera en concert le 8 février au Café de la Danse à Paris. Elle est passée à l’agence le 12 décembre dernier pour sa deuxième mandorisation (la première est à lire ici).

Biographie officielle :15267773_1342101759156306_8289284588388489532_n.png

Trois ans après L'Alchimie des Monstres loué par la critique et le public, l'artiste québécoise Klô Pelgag revient avec L'Etoile Thoracique, nouvel album à l'originalité totale : une fresque surréaliste pleine de fougue et aux arrangements détonants qui propulse la pop de Klô Pelgag dans un monde créatif inédit.

Avec L'Etoile Thoracique, Klô Pelgag nous parle de la terre, des étoiles, du ciel et d'amour aussi. La musique inclassable de cette jeune artiste est une histoire de passion et de sensibilité. Tout au long des treize titres de l'album, Klô Pelgag ne ménage pas ses envolées vocales, sa folie et son imagination débordante. A la fois inspirée par la liberté, les fruits, les légumes, les grandes tragédies, les fleurs et les herbes, Klô Pelgag s’impose comme une sibylline bouffée d’air frais dans le paysage musical francophone. Dès son entrée en scène, il y a quelques cinq années, l’auteure-compositrice-interprète est devenue l’une des voix les plus probantes et singulières de sa génération. Portant sur son dos un univers chargé de chansons, de baroque, et d’absurde, la demoiselle séduit et déstabilise en déployant une musique finement concoctée et qui braque les feux sur un désir instinctif de la créatrice à confronter ses propres fins. En témoignent les 13 titres qui s’emboîtent sur L’Étoile Thoracique, fresque déliée sur laquelle l’artiste se donne des airs de concerto aux contours arachnéens.

Sa démesure n’a d’égal que la beauté et la poésie qui, au final, se déploient sous notre regard dans une fresque musicale, à mi-chemin entre la fanfare et la symphonie. Et c’est dans tout cet espace, cette zone obscure que la fougue et les délires de Klô Pelgag prennent tout leur sens.

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(Photo : Etienne Dufresne)

2.jpgInterview :

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, il y a deux ans, il s’est passé beaucoup de choses pour toi.

Après la sortie de L’alchimie des Monstres, j’ai fait 230 spectacles ici et au Québec. C’était difficile à ce moment-là d’écrire, mais ça me manquait énormément. Déjà que c’est difficile d’écrire et d’être en connexion avec soi-même dans le calme, alors, en pleine tournée... Mais j’avais tellement besoin d’être dans la création que, finalement, l’album est arrivé assez rapidement.

Tu places la musique au même niveau que les textes ?

Les deux ont autant d’importance. Dans ce deuxième album, je laisse encore plus de place à l’instrumental. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, par rapport au premier disque, les musiques sont plus dépouillées au niveau des arrangements.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup évolué entre les deux albums ?

J’ose espérer. Dire que j’ai progressé serait prétentieux, mais disons que mon objectif est de m’améliorer d’album en album.

Le doute doit être là pour ne pas se laisser aller à la facilité ?

Je pense que oui. On n’est moins dans la réinvention et le dépassement de soi si on est sûr de son talent. Je ne dis pas qu’il faut être stressé en permanence, mais il faut rester méfiant par rapport à ses capacités. Il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers intellectuellement et créativement.

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Clip de "Samedi soir à la violence", tiré de l'album L'étoile Thoracite

Tu chantes des histoires graves, mais on ne s’en rend pas compte tout de suite.5.jpg

La musique amène souvent un autre aspect aux mots. S’il y avait une musique plus lourde derrière, le texte prendrait un autre sens. Les deux s’influencent. J’aime quand les contraires s’alimentent.

Derrière ta folie, on décèle beaucoup de tristesses.

L’être humain est complexe. On n’est pas juste la joie ou la tristesse, on est plein de sentiments, plein de contradictions.

Que représente la scène pour toi ?

Sur scène, j’aime m’éclater, j’aime avoir du plaisir, j’aime surprendre, j’aime me surprendre aussi… Je parle beaucoup au public, mais je ne fais jamais les mêmes blagues et les mêmes interventions. Tous les soirs, j’improvise selon la salle, le public, mon humeur… ça me garde en vie. C’est hyper exigeant d’être en réaction totale avec une salle. Mais c’est de l’art vivant. J’ai besoin que tout change de soir en soir, sinon, ce métier me serait insupportable.

Les musiciens doivent te suivre…

Oui, mais ils aiment ça. Enfin, c’est ce qu’ils me disent (rires). Quand ils rient aux blagues, ils ne font pas semblant. Ils ne savent jamais ce que je vais faire… Parfois, je vais quand même très loin, mais comme ça amuse tout le monde, je continue le lendemain.

Clip de "Les ferrofluides-fleurs", tiré de l'album L'étoile Thoracique.

T4.jpgu portes des costumes délirants… te déguiser est-il un moyen de ne pas te montrer telle que tu es ?

Je n’aime pas me montrer comme je suis dans la vie, mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas moi. En règle général, je n’aime pas faire la promotion de moi-même, alors j’emploie des subterfuges visuels…

Il y a deux Klo Pelgag ?

Non. Je me sens très cohérente avec moi sur scène. Tout ce que je dis, je le pense. Sur scène, c’est moi, mais x10.

Tu montes sur scène, comme tu monterais sur un ring ?

Toujours. Quand je joue à Montréal, le public est déjà acquis, j’aime ça, mais il ne faut pas que je me sente trop bien, sinon, je ne suis pas au maximum de mes capacités. Il faut que je me sente en danger. Par exemple, en France, il m’arrive de jouer en province, dans des centres culturels ou personne ne me connait. Là, je dois tout donner pour convaincre. Si un public est mort, je me dois de le ranimer. J’aime bien faire face à ça.

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Pendant l'interview 1.

Tu fais ce métier pour la scène ?1.jpg

Non, je fais ce métier pour la création. J’aime écrire, mettre en musique mes textes, les enregistrer sur un disque et ensuite, faire des spectacles. C’est un tout.

Arrives-tu à canaliser ton univers si complexe et luxuriant.

Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas tout que mes textes ne veulent rien dire.

Je n’ai jamais dit ça !

Naturellement, je sais où je ne veux pas aller, dans le n’importe quoi par exemple. J’ai toujours une idée très précise de ce que je veux exprimer, de ce que j’aime et de ce que je veux faire. J’essaie de ne pas trop contrôler, car le contrôle est l’ennemi de la spontanéité.

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Pendant l'interview 2.

unspecified.jpgC’est fou, comme tu fais l’unanimité artistique.

Je ne pense pas plaire à tout le monde, mais je n’ai jamais eu de mauvaises critiques d’albums de la part des professionnels. On critique parfois mon comportement. Mon attitude n’est pas toujours comprise. Certaines personnes, quand ils m’entendent parler à la télévision, me prennent pour une dingue.

Ce que tu n’es pas !

Assurément (rires).

Aimes-tu la notoriété ?

Tout ce qui m’intéresse, c’est de jouer dans une salle et qu’il y ait du monde qui apprécie. Je n’ai pas d’autres ambitions. Autant je suis excentrique sur scène, autant dans la rue, je n’aime pas que l’on me reconnaisse et que l’on se retourne sur mon passage.

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Après  l'interview, le 12 décembre 2017.

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02 février 2017

Manon Tanguy : interview pour Parmi les crocodiles

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(Photo : Anna Delachaume)

Manon Tanguy, je ne peux pas bien expliquer pourquoi elle me touche, mais dès qu’elle chante j'écoute avec intérêt. Je suis aussi sensible à sa fragilité qu'à son impertinence, sa légèreté et sa gravité. Je l’ai vu pour la première fois au Pic d’Or en 2012, depuis, j’observe l’évolution de sa carrière et je la mandorise à chaque fois qu’elle sort un disque (voir ici et là). Pour la troisième fois, le 23 novembre 2016, la jeune chanteuse est venue à l’agence. Elle évoque ce troisième disque (un deuxième album), Parmi les crocodiles (sortie le 17 février prochain). Ce qui est certain, c’est que la jeune femme se bonifie avec l’âge. Je n’en dis pas plus puisque j’ai écrit une bafouille sur ce que je pensais d’elle à son manager Eddy Bonin. Du coup, ma « prose » s’est retrouvée sur un sticker, lui-même apposé sur les albums (avec mon autorisation… ça m’a flatté).

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manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interviewArgumentaire officiel :

La mutine Manon Tanguy revient avec un 2ème album Parmi les crocodiles. Chansons pop aux accents électro. Manon aborde des thèmes plus engagés que par le passé, comme « Le trouble » ou encore « La taille de sa jupe » qui traite du harcèlement de rue. Un engagement dans la vie comme à la scène. Masterisé à La Source – Murrayfield Paris, les arrangements artistiques et l'enregistrement studio ont été confiés à Nicolas Bonnière, guitariste de Romain Humeau et du groupe Eiffel et producteur de Manu (ex-Dolly), Calvin Russel, Manu Lanvin... Le batteur d'Eiffel, Nicolas Courret, a joué sur 3 titres. A noter également la participation de Delphine Coutant et Liz Cherhal, ainsi qu'un titre "Kérosène" dont les paroles ont été écrites spécialement par Nicolas Jules. Après plus de 200 concerts en France, Italie, Allemagne, dont les 1ères parties d'Amélie les Crayons, Laurent Voulzy, Dominique A, Sansévérino, Thomas Fersen, Olivia Ruiz, Ben Mazué, Les Ogres de Barback, Melissmell, Pierre Lapointe, Askehoug, Cali, Karpatt, Joyeux Urbains, Romain Humeau, Rover... le trio repart en tournée en 2017 avec un nouveau spectacle. Prix des internautes de l'Ampli Ouest France 2016.

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Laurent Duflanc, Manon Tanguy et Yannis Quillaud (photo : Anna Delachaume)

manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interviewInterview :

Il s’est passé deux ans entre la sortie du premier album, Somniloque, et la conception du deuxième. C’est le temps nécessaire pour retrouver l’inspiration ?

Il fallait laisser le premier album vivre et l’écriture revenir. C’est essentil pour raconter de nouvelles choses sans se répéter. Pour ne rien te cacher, j’avais hâte de passer à autre chose et que cet album sorte.

Il y a beaucoup plus d’instruments dans ce disque que sur les précédents.

Parce que dans le studio où nous avons enregistré, il y avait beaucoup d’instruments à notre disposition. J’ai eu le sentiment de participer à une récréation musicale. La musique s’est faite de manière très spontanée. On a vraiment redonné le sens initial à l’expression « jouer de la musique ».

Tu es auteur de tes chansons, mais les compositions se font à trois.

J’arrive avec mes mélodies, après, sans aucune contrainte, on habille le morceau tous ensemble, chacun lançant ses idées.

Ton disque est (enfin) plus rythmé.

Avec mes musiciens, Laurent Duflanc et Yannis Quillaud, on a beaucoup écouté Damon Albarn. J’aimais ses petites programmations electro. Du coup, on est parti vers ce genre de musique. Il faut du temps pour appréhender et assimiler ce que l’on veut faire. L’intérêt, c’est d’aller plus loin d’album en album. Je suis super fier de celui-ci et je l’assume complètement.

Manon Tanguy en résidence (décembre 2016) avec Laurent Duflanc (Pad) et Yannis Quillaud (Claviers).

C’est la première fois que tu es fière d’un album ?manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interview

C’est la première fois que j’assume musique et texte sans aucun bémol. Ça pourrait être mieux, certainemment, mais là, tout a du sens pour moi.

Tu parles beaucoup des femmes.

Oui, de la perception de la femme, du ressenti de la femme dans le rapport de force face à la religion, à la pensée commune qui est devenue une espèce de norme… et comment on se construit là-dedans. Je parle aussi de l’enfance, du contour des individus et de ce qu’ils sont réellement.

Tu écris toujours de manière automatique ?

Toujours. Et souvent, je me laisse surprendre par ce que j’écris. A chaque fois, je crois que je ne parle pas de moi et deux mois plus tard, je me rends compte que si. Le superficiel, le cru, le profond, le refoulé…

C’est l’inconscient qui te guide ?

Oui, et à chaque fois, je me fais avoir. Le conscient n’arrive toujours pas à prendre le contrôle là-dessus et c’est tant mieux. Ça peut paraître paradoxal, mais je me comprends mieux à travers ce que je peux écrire.

"Le trouble" (audio).

manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interview« Le trouble » est une chanson qui parle d’une femme qui embrasse une autre femme…

Oui, c’est une des chansons assez cyniques, j’espère qu’elle va être perçue comme telle.

Tu dis beaucoup de choses « mine de rien ». Tu es très subversive, mais gentiment et avec le sourire. Je trouve ça très rare.

Je sais que je renvoie l’image de quelqu’un d’assez lisse, mais ce n’est tellement pas moi à l’intérieur. J’aime l’idée que l’on ne s’attende pas à ce que je vais bien pouvoir dire. J’ai envie que cet album-là soit écouté, soit même décortiqué. Qu’il fasse sens chez les autres.

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Pendant l'interview...

Tu fais pas mal de premières parties en ce moment. Je sais que tu trouves que c’est de plus en plus difficile d’en faire.

C’est important que ce genre d’espace soit donné aux artistes émergents. C’est de moins en moins le cas parce qu’il y a de moins en moins de subventions et parce que les artistes d’aujourd’hui sont nombreux à vouloir garder la salle que pour eux. Ça n’a pas de sens.

(Note de Mandor : Je sais que c’est le cas de Vincent Delerm, Jeanne Cherhal et Thomas Fersen. Ce dernier m’a expliqué que son spectacle dépassant largement les deux heures, il craignait que le public ne soit pas attentif aussi longtemps si il y a une première partie.)

Le sens justement, tu en parles dans des ateliers avec des enfants.

Oui, c’est encore un  projet. Mais je veux aborder avec eux le sens, l’absence de sens, le sens propre, le sens figuré. Je suis en perpétuel recherche de sens dans la vie professionnelle et dans mes chansons.

Tu n’en as pas marre d’être toujours une artiste émergente ?

J’ai démarré jeune, j’avais donc une énorme marge de progression. J’espère qu’avec cet album, les choses vont évoluer plus vite. Il faut rester patient. Après tout, c’est bien que les choses arrivent progressivement. Ça me permet de vivre plein de choses en dehors et de m’éveiller à ce qui m’entoure.

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Après l'interview, le 23 novembre 2016.

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Pub dans le bimestriel FrancoFans:

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