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17 février 2017

Léopoldine HH : interview pour Blumen Im Topf

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Léopoldine HH est apparu avec un premier EP (paru en 2014 – Le Mini Cédé de Léopoldine).  La pétillante chanteuse originaire d'Alsace revient avec son premier album Blumen Im Topf . Un chef d’œuvre d'humour et de poésie. Quatorze chansons en français, allemand et alsacien qui s'écoutent sans modération.
Hier soir, la chanteuse littéraire a remporté haut la main les deux prix principaux du Prix Georges Moustaki, celui du public et celui du jury. Fondé en 2011 pour récompenser l’artiste indépendant et/ou autoproduit, ce prix mobilise les professionnels de la chanson mais aussi le public qui est appelé à voter. (On en profite pour saluer le REMARQUABLE travail de Thierry Cadet et Matthias Vincenot, sans oublier Amélie Dumas et tous les bénévoles). Rappelons que Léopoldine HH avaient déjà attiré l’attention de la SACEM qui avait accordé au projet une bourse à l’autoproduction.

La chanteuse est venue à l’agence le 25 janvier dernier. Ce fut un réel plaisir tant la jeune femme est talentueuse et sympathique.

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiArgumentaire officiel :

En 2016, Blumen im Topf (fleur en pot, en Allemand), premier album, accentue (puissance mille) les optiques du précédent EP. En treize titres (et une « chanson cache-cache »), Léopoldine s’accapare les mots de ses écrivains fétiches (Gwenaëlle Aubry, Gilles Granouillet toujours, Roland Topor, Olivier Cadiot). Entourée des musiciens et comédiens et complices de longue date Maxime Kerzanet et Charly Marty, de l’ingé-son Flavien Van Landuyt ('rencontre magique' dit-elle), et des choeurs du… collège Diderot à Besançon sous la houlette de Lise Lartot, Léopoldine multiplie les instruments : piano, accordéon, clavier, mini-harpe, ukulélé (et une boite à meuh). La voix, de son côté, s’affirme comme l’une des plus complexes et vertigineuses du moment, jonglant ici entre Français, Allemand, Anglais et comptine alsacienne.

Comédienne de nature (de nombreux spectacles de textes du répertoire ou sur Godard, Manset, Sylvia Plath), jamais Léopoldine HH n’interprète les textes de son album. Pas plus qu’elle ne cherche à les tirer vers le souci de la performance. Elle s’y coule, elle les chante comme si elle extirpait une partie de son âme. Il s'agit de se trouver soi-même via les mots choisis. De la même façon, il est possible d’analyser Blumen im Topf comme un hommage à la littérature, comme un merci aux nombreux écrivains ayant jalonné l’existence de Léopoldine.

On a vu passer cette tête blonde couronnée d’une tresse à la télé, furtivement, dans l’émission Nouvelle Star. Elle a laissé dans nos esprits son sourire et sa folie, et puis des prestations « zozo lala ». Le temps aide à faire les bons choix, voilà son premier album Blumen Im Topf!

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Léopoldine HHMaxime Kerzanet et Charly Marty au Prix Georges Moustaki, le 16 février 2017.

(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiInterview :

Votre formation professionnelle a été comédienne.

J’ai fait une école de théâtre qui est professionnalisante, l’Ecole Supérieure de la Comédie de Saint-Etienne. C’est une des neuf écoles supérieures qui permet d’avoir un diplôme de comédien.

Pourquoi le théâtre ? Vos parents sont pourtant musiciens.

J’ai beaucoup travaillé avec eux adolescente. J’ai donc eu une formation musicale classique obligatoire : piano, chant, flute traversière. J’ai un peu souffert de ce travail de Conservatoire, très académique. Avec eux, nous sortions beaucoup au théâtre. Du coup, au lycée, j’ai commencé à m’intéresser au théâtre. J’ai intégré une classe un peu particulière option lourde de théâtre, affiliée au TNS (Théâtre Nationale de Strasbourg). J’ai vu des pièces de théâtre incroyables. Ça m’a donné le virus de la scène.

Vous étiez à l’aise tout de suite sur scène ?

Ma mère est chanteuse, mon père est pianiste. Quand mes parents partaient en tournée, ils nous emmenaient. A  partir de 14 ans, je suis montée sur scène avec eux pour faire les doubles voix et de l’accordéon. Par contre, au théâtre, ça m’impressionnait énormément de monter sur scène et d’improviser. J’avais à la fois très envie d’y être, mais je n’avais pas du tout envie que l’on me voit. Cela a provoqué une tension qui m’a accompagné quelques années. La scène, c’est un endroit de désir et de danger. Pour moi, c’était un apprentissage de vie. Jusqu’à 25 ans, j’ai l’impression d’avoir un parcours plutôt en observation du monde, même dans ma vie privée. Je suis vraiment rentré sur scène et dans la vie de manière active à cet âge-là.

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(Avec une des choristes de l'album. Photo : Patrice Forsans)

Je reviens à vos parents. Ils faisaient quel genre de spectacle ?

Du cabaret littéraire. Ils ont toujours un rapport historique à la musique. Ils ont fait un spectacle sur 1936, sur Saint-Germain-des-Prés, sur Queneau, sur le dadaïsme… ils ont un répertoire franco-allemand. C’est marrant, on a fait un gros concert en janvier au Théâtre de l’Opprimé, j’ai demandé à mes parents de chanter une chanson à la fin du concert. Les spectateurs, à la fin, m’ont dit : « Ok ! On comprend d’où tu viens ! »

Vous voulez rester comédienne ?

Mais, c’est mon métier principal. Cela me permet aussi de garder de la distance avec le milieu de la chanson qui me parait avoir des codes très restreints. Quand j’ai appris que j’étais demi-finalistes du Prix Georges Moustaki, je me suis pincée parce que cela me paraissait improbable. J’ai écouté les autres et je me suis demandé si le jury avait bien écouté ce que je faisais (rire). J’ai un bagage de cabaret, je suis quand même un peu « à côté ».

"Blumen Im Topf", le 16 février 2017 au Prix Georges Moustaki, capté par David Desreumaux/Hexagone. 

"Zozo Lala", le 16 février 2017 au Prix Georges Moustaki, capté par David Desreumaux/Hexagone. 

Vous êtes passée par La Nouvelle Star en 2014. Vous retirez quoi de cette expérience ?léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustaki

C’était compliqué. Je ne vais pas me plaindre, je suis allée dans cette émission de mon plein gré. Personne n’est venu me chercher. J’y suis allée pour régler un fantasme d’adolescente et passer à autre chose. Pour tout vous dire, cela faisait un an que j’étais à Paris et que je ne comprenais pas comment ça marchait, ce qu’il fallait faire pour se faire repérer. Je ne connaissais pas la Manufacture Chanson ou le Studio des Variétés. J’ai pensé que faire cette émission allait peut-être me permettre une meilleure visibilité. Bref, c’était un peu violent, j’ai cauchemardé quelques mois après, mais je suis content de l’avoir fait.

C’était si dur que cela ?

J’ai fait tous les castings, le théâtre, toutes sortes d’épreuves parfois improbables. Ils nous font rencontrer des psychologues jusqu’à 3 heures du matin, pour nous réveiller à 6 heures… nous étions tellement crevés qu’à la moindre petite contrariété, tout le monde se mettait à pleurer, le tout constamment sous l’œil des caméras. Ce n’est pas comme ça que j’envisageais le monde de la musique (rires).

Léopoldine HH chante "Le coup de soleil" à La Nouvelle Star en 2014. J'ai honte, mais c'est une de mes chansons (honteuses) préférées. 

La même émission, Léopoldine chante "Beat it".

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiParlons de votre disque. Vous avez mis en musique des écrivains sur des musiques parfois complètement barrées.

J’ai commencé avec Alain Cluzeau. On a fait un travail pédagogique au Studio des Variétés pour préparer les maquettes de l’album. Dans la trentaine de titres que j’avais, il m’a fait remarquer que j’avais deux ambiances : du cabaret spectacle et des chansons plus traditionnelles. Il fallait donc impérativement trouver une cohérence dans mon répertoire. Il y avait soudain quelque chose qui devenait scolaire dans quelque chose qui était pour moi mon espace de liberté. En même temps, c’était un passage obligé et je ne remercierai jamais assez Alain parce que ça m’a vraiment confronté à mon répertoire et la logique qu’il devait prendre.

Ce projet, vous le portez depuis 2009.

Oui, les premières chansons ont été composées en 2009. J’ai proposé un spectacle musical à un festival à Besançon dans lequel je travaillais. Ils ont accepté, mais m’ont demandé de mettre en musique les auteurs participant au festival. J’ai fait ça trois années consécutives. Au bout d’un moment, j’ai demandé si je pouvais ajouter aussi mes auteurs préférés.

Ma chanson préférée dans l'album, "Zozo Lala" dans sa version originale, d'après un texte de Roland Topor. 

Dans le disque, les textes choisis sont des textes qui vous ressemblent ?léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustaki

Je crois que oui. Ca forme une sorte de portrait de ce que je suis, avec toute la complexité que chaque être à en soi. C’est une sorte de cartographie. Gilles Deleuze dit que le visage d’une femme, c’est comme un paysage. J’aime bien l’idée que l’on peut explorer quelqu’un.

Vous êtes diplômée en musicologie, vous avez appris très tôt la musique… il faut connaître les bases musicales pour pouvoir en sortir ?

Ça a été compliqué. Même si a 18 ans, j’ai quitté Strasbourg, parce que j’allais au Conservatoire en pleurant, quand je suis arrivé à Besançon, je n’ai pas pu m’empêcher de m’inscrire quand même en musicologie, au Conservatoire. J’ai fini mes études de piano là-bas, j’ai eu mon diplôme. Quand je suis arrivée à l’école de Saint-Etienne, dès que j’avais cinq minutes, je faisais de la musique. La première chose qui m’a permis de me libérer de la partition et de quelque chose d’académique, ce sont les concerts de rues dans le Vieux Lyon que j’ai fait avec des copines pendant tout un été. On reprenait Michael Jackson, Serge Gainsbourg… et on jouait sans partition. C’est là que j’ai compris que je pouvais faire de la musique autrement, que je pouvais faire de la musique vraiment que pour le plaisir.

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Pendant l'interview...

léopoldine hh,léopoldine hummel,blumen im topf,interview,mandor,prix georges moustakiParlez-nous de vos deux acolytes sur scène.

J’ai travaillé avec un bassiste et mon frère aux percussions pendant deux ans. J’avais envie de travailler avec d’autres musiciens. Je leur en ai parlé. J’ai fait une pause pour me recentrer, redéfinir ce que j’ai envie de faire. J’ai contacté Anne Pacéo, une percussionniste, et Maéva Lebert, une violoncelliste. Ce sont deux musiciennes que j’admire vraiment, mais nous n’avons pas pu travailler ensemble, car leurs emplois du temps respectifs étaient trop chargés. Du coup, j’ai demandé à deux amis comédiens avec lesquels je travaille depuis longtemps, Maxime Kerzanet et Charly Marty. Eux, ils ont des claviers, des machines. On a fait un premier concert à La Menuiserie ensemble. Ils ont proposé que je fasse une première partie où je suis seule au piano et une deuxième où ce serait un concert de Léopoldine 2.0, avec eux. On s’est tellement amusé à revisiter mes chansons que ça m’a fait un bien fou. Ça a donné un second souffle à des mélodies que j’avais composées, certaines il y a longtemps. Du coup, on a enregistré les maquettes de mon disque avec eux, mais aussi avec un ingé-son Flavien Van Landuyt, qui est allé encore plus loin dans le délire. On a commencé l’enregistrement comme à La Menuiserie, harpe voix, puis guitare voix, puis nous avons continué crescendo dans un truc démentiel…

Pourquoi ne pas écrire aussi vous-même ?

Je n’écris pas mes textes pour le moment parce que ce que j’écris me parait moins intéressant que ce que je lis. Je pense que je finirai par vouloir retravailler ce que j’ai déjà écrit et me lancer.

Léopoldine HH, c’est un personnage ?

C’est un surmoi. Quand je mets ma natte, tout est permis.

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Après l'interview... et l'ingurgitation du café, le 25 janvier 2017.

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