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10 février 2017

Julien Blanc-Gras : interview pour Briser la glace

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En quelques livres, Julien Blanc-Gras s’est imposé comme un écrivain-voyageur désinvolte, aux récits faussement naïfs. Je dis faussement naïfs parce que sous couvert d’humour, d’ironie mordante et d’élucubrations parfois surréalistes, il dit beaucoup, raconte avec une acuité impressionnante ce qu’il voit, témoigne de la réalité du pays qu’il visite. Les informations sont toutes  rigoureusement exactes. Il mélange les anecdotes personnelles, l’histoire et  la situation du pays avec un habile dosage qui force le respect. Je suis à deux doigts de vénérer Julien Blanc-Gras.

Cette fois, dans Briser la glace, comme l’écrit La Croix, « il traîne ses guêtres dans l’Arctique, explore le Groenland à la manière d’un Lévi-Strauss goguenard, muni de son sens de l’observation et de son humour en bandoulière. »

L’auteur, maintes fois mandorisés (La première fois en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, enfin la précédente en 2015.) est revenu me voir à l’agence, le 6 décembre 2016, pour évoquer cette expédition hors du commun.

briser%20la%20glace.jpg4e de couverture :

Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Des baleines paisibles. Des pêcheurs énervés. Du phoque au petit-déjeuner. Des frayeurs sur la mer. De l'or sous la terre. Des doigts gelés. Des soirées brûlantes. Un climat qui perd le Nord. Des Inuits déboussolés. Une aurore boréale. Les plus beaux paysages du monde. Le Groenland.

« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. »

Le ton est donné. Nouvel invité de la collection Démarches, Julien Blanc-Gras s'attaque au Grand Nord, et nous embarque dans un Arctique tragi-comique. julien blanc-gras,briser la glace,interview,mandor

L’auteur :

Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du "Prix du Premier Roman de Chambéry" pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l'adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015).

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Interview :

Tu as fait une légère infidélité à ta maison d’édition d’origine, Au Diable Vauvert.

Tout est parti d’une proposition des éditions Paulsen. On a discuté d’un projet commun et nous sommes tombés d’accord sur une expédition au Groenland. J’ai dit oui rapidement parce que l’occasion d’aller là-bas ne se présente pas tous les jours. Je ne connaissais pas du tout les univers polaires arctiques ou antarctiques. Ils m’ont proposé de participer à une expédition sur un petit voilier, donc de voyager dans cette région-là, pas très accessible, dans des conditions privilégiées.

C’était un voyage sacrément difficile si j’en juge ton livre.

Je ne dirais pas difficile, juste un peu plus aventureuse que si j’avais été sur un bateau de croisière.

Tu es modeste… tu ne connaissais ni la mer, ni la navigation.

C’était donc une expérience de plus à découvrir. Je me suis retrouvé à l’été 2015 à partir un mois au Groenland, dont une vingtaine de jours sur le bateau. C’est forcément un des plus beaux voyages que j’ai fait.

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Tu t’es préparé comment pour partir ?

J’ai acheté des moufles (rires). Avant de partir dans un pays, il y a toujours un travail de documentation au préalable. Mes voyages, c’est toujours un mélange de préparation et d’improvisation. De préparation, parce qu’il faut savoir où on arrive, savoir rencontrer les bonnes personnes aux bons moments, j’ai donc vu des politiques, des journalistes, des enseignants  pour avoir un tableau un peu global du pays. Et d’improvisation, parce que c’est ça qui fait le sel du voyage. C’est toujours ce qu’on n’attend pas qui se révèle le plus intéressant au final.

Tu as toujours une appréhension avant de partir dans un pays ?

La joie et l’excitation l’emportent toujours sur l’appréhension. Je ne suis pas un aventurier, mais j’ai un tempérament aventureux, il y a une légère nuance. Là, je ne suis pas parti naviguer, je suis incapable de le faire, mais je suis parti avec des gens qui sont doués pour cela. Ils se sont avérés à la fois très compétents, très sympathiques, très intéressants et très enrichissants.

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La classe absolue: une pleine page dans ELLE.

Tu étais avec trois bretons.

Sur le bateau, il y avait deux marins et un artiste peintre, Gildas Flahault, qui lui est aussi était là dans le but de faire un livre sur le Groenland, Le bal des glaces, (il vient de sortir chez Paulsen). Tout le monde était content d’être là et nous nous sommes parfaitement entendus.

C’était beau ?

C’est tout simplement les plus beaux paysages que j’ai vus de toute ma vie.

Le Groenland, c’est quatre fois la France, expliques-tu au début du livre.

Mais j’ajoute qu’il y a  moins de monde que dans l’agglomération de Bourg-en-Bresse. En tout, il y a 57 000 habitants. La population du Groenland tient dans un stade (rires). Cette particularité géographique fait que les foyers de population sont très éloignés les uns des autres. En gros, il y a trois ou quatre villes au Groenland et plein de petits villages qui ne sont pas reliés entre eux par des routes. Donc, la mobilité est très compliquée. Pour se déplacer, il faut prendre l’avion ou le bateau.

Du coup, les gens restent dans leur village avec des températures qui peuvent atteindre -30° en hiver.

Certains bougent, mais pour les catégories les plus défavorisés de la population, ce n’est pas possible. Les seules nouvelles personnes qu’ils voient sont ceux qui viennent à eux.

Toi, tu es parti en été. Tu n’as pas connu les -30° ?

En été, à Terre, il fait entre 0 et 10°.  Par contre, sur le bateau, quand on est en train de naviguer, il y a un peu de vent… il faut mettre sa petite laine (rires).

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La classe absolue (bis) : Un article très fouillé dans Le Canard Enchainé.

Le danger principal sur l’eau, ce sont les icebergs ?

C’est un danger permanent, mais comme sur une route où il y aurait des obstacles. Concernant les icebergs, le jour, par condition calme, tout va bien. Mais la nuit, dans des conditions agitées, il faut être d’une extrême vigilance. Une fois, nous avons eu un petit incident. Les fonds sont remontés brusquement et le bateau est resté coincé. On a réussi à le dégager assez rapidement, en 10 minutes, mais c’était la nuit, il ne faisait pas chaud, nous étions loin de la côte et des icebergs se déplaçaient un peu partout. Je ne te cache pas que nous avons quand même été un peu stressés. Juste après, j’ai levé la tête et j’ai vu ma première aurore boréale. C’était étrange ce moment de frayeur, puis ce spectacle exceptionnel qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. On se sent petit devant l’incroyable puissance et beauté de la nature.

Tu prends des photos de tout ça ?

Je prends des photos avec mon téléphone. Ce sont plus des pense-bêtes ou des souvenirs que des photos d’art. Je ne sais pas faire et de toute manière, ça me prendrait un peu de mon cerveau, or, mon cerveau, il est concentré à trouver des phrases pour décrire ce que je vois. 

Les autochtones des villages que tu traverses sont hospitaliers… ou pas.

C’est comme un peu partout dans le monde, il y a des gens sympas et d’autres moins. J’ai tout de même remarqué que plus les endroits sont petits et éloignés du tourisme de masse, plus les gens t’accueillent avec plaisir et sont contents de te voir.

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Tu es le seul écrivain voyageur à raconter avec humour tes pérégrinations, mais c’est une vraie enquête sur le pays traversé. On apprend beaucoup en s’amusant beaucoup.

C’est un récit avec des informations solides. Je fais en sorte que mon reportage ne soit pas assommant. Il faut trouver le bon équilibre pour faire passer les informations tout en maniant un peu l’humour. Je fais en sorte que cela se lise comme un roman et que le lecteur retienne deux, trois trucs…

L’humour, c’est ta force.

J’ai tenté d’écrire des choses sérieuses, mais je n’y parviens pas. Le petit recul ironique est ma façon d’envisager le monde. Etre dans l’ironie bienveillante sans basculer dans le sarcasme, c’est la limite que je me fixe.

Qu’est-ce qu’il te restera de ce voyage ?

Le choc esthétique de la glace. Et je trouve ce peuple admirable. Il a vécu des milliers et des milliers d’années dans un univers vraiment hostile, très froid et sans ressource. Il a survécu et fait vivre une culture qui nous a apporté le Kayak et l’anorak. C’est remarquable.  

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Pendant l'interview...

Est-ce que chaque voyage te change ?

Je ne change pas radicalement. Chaque être humain t’apporte quelque chose. Plus il est différent, plus il t’apprend. Après ces 15 années à voyager dans toutes les grandes régions du monde, je crois que cela me donne une vision de l’incroyable diversité de cette planète. Ça aide à prendre les choses avec un peu plus de recul.

Tu analyses mieux les gens que tu rencontres, tant tu en as vu ?

Le vécu accumulé te donne effectivement des armes pour comprendre les gens. Parfois, j’entends des conversations à table, au bistrot ou dans les journaux. Cela me fait soupirer… j’ai envie de dire aux gens d’aller vivre un peu ailleurs, de manière à ce qu’ils élargissent leur focal. Parfois, je trouve les débats un peu dérisoires. Je me demande si ce que je viens de dire n’est pas un peu prétentieux…

Ton prochain livre se déroulera dans quel pays ?

Dans la péninsule arabique et ses pétromonarchies. Il sortira en 2017 au Diable Vauvert. 

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Après l'interview, le 6 décembre 2016.

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