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31 janvier 2017

Cyril Mokaiesh : interview pour Clôture

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Je suis le parcours de Cyril Mokaiesh depuis ses débuts, lorsqu’il était encore avec son groupe Mokaiesh. Ma première mandorisation date de 2008 (presque 10 ans) et la seconde de 2011. Aujourd’hui, à 31 ans, il sort  son 3e album solo, Clôture. Il concilie fond et forme, noirceur des textes et lumière pop-rock. L’originalité de ce disque, c’est qu’il dresse le portrait parallèle d’une rupture amoureuse et d’un pays en plein doute : peur des attentats terroristes, péril de l’extrême-droite au pouvoir, paupérisation croissante… Inutile de le nier, ce disque est très politique (et vous connaissez mon amour pour les textes engagés. Ironie). Mais il est beau, fort, puissant… et vrai. Sa souffrance devient notre souffrance, ses constats, nos constats, sa vie, nos vies. Un disque universel. Sacrément.

Le 12 décembre 2016, Cyril Mokaiesh m’a donné rendez-vous à l’Hôtel Amour (oui, oui) pour une troisième interview.

cover-cyrilmokaiesh_cloture.jpgArgumentaire de l’album :

Dans le nouvel album  de Mokaiesh, il y a le désamour, le vertige, l’insomnie, mais aussi l’élan, la solidarité, la tendresse, l’enfance, la bravoure, la fraternité. Et la saine colère contre l’ordre du monde dont on voudrait nous faire croire qu’il est juste.
La chanson « La Loi du marché » est un coup de poing – un coup de poing qui réveille. Cyril Mokaiesh l’a enregistrée avec Bernard Lavilliers. Stéphane Brizé a tourné le clip de la chanson, qui a repris le titre de son long métrage avec Vincent Lindon. Dans « Ici en France », dans « Houleux », dans « Novembre à Paris », Mokaiesh mesure les deuils, les résiliences, les défaites, les combats. Il ne distingue pas toujours entre l’intime et le politique, entre l’Histoire et nos histoires, puisque qu’au bout du compte ce sont les mêmes cœurs et les mêmes âmes qui dérouillent.

Cyril écrit dans la ville. Il marche des heures, s’arrête dans un bistrot pour laisser ses mots sur le papier, repart, s’attarde, revient, marche encore, écrit « comme un ogre, jusqu’à ce que je n’ai plus faim ». Il en résulte des textes qui foudroient et contemplent à la fois, qui ramassent en quelques vers les désarrois, les illusions et les désespoirs traversant les sociétés comme ils traversent chaque conscience.
Pour prendre la parole sur ce qui nous concerne tous, il a réuni ses compagnons de musique, pour certains fidèles depuis leurs vingt ans : Jan Pham Huu Tri aux guitares, Valentin Montu à la basse, Éric Langlois à la batterie, Laurent Manganas au piano. Élodie Frégé l’a rejoint au micro sur « Houleux » et l’actrice Mélanie Doutey, sur « Les Grands Soirs ». Et l’album s’est enregistré en cinq jours au studio ICP, à Bruxelles, dans la simplicité, l’urgence et la ferveur d’une production indépendante.

Après l’aventure de Naufragés, dans lequel il reprenait des titres des vaincus de l’histoire de la chanson française (Allain Leprest, Bernard Dimey, Daniel Darc, Jacques Debronckart…), Cyril Mokaiesh assume sa double allégeance à un romantisme assumé et à une combativité citoyenne. Il chante ses souffrances, « Blanc cassé » est une magnifique chanson de rupture. Il chante aussi des mots sublimes de droiture sur le sentiment paternel dans « 32 rue Buffault ». Et aussi la force de se relever et d’affronter le monde adverse. Et aussi l’amour qui reprend et ré-enivre…

Cyril Mokaiesh chante des instants d’une vie – la sienne ou chacune des nôtres. Et cela donne courage, et cela nous grandit forcément.

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IMG_0040.JPGInterview :

Ton nouveau disque mélange chansons engagées et chansons d’amour désabusées…

Parfois, les complications d’une vie peuvent amener à la création de chansons. Quand j’écoute une belle chanson de quelqu’un d’autre qui me raconte ma vie, ça peut parfois m’aider à me sentir moins seul ou à me faire du bien. J’espère que mes chansons procurent ce genre de sensation. Je t’avoue franchement qu’écrire a eu une fonction thérapeutique. Ça a fait sortir beaucoup de choses qui étaient en moi… et ça a sublimé le médiocre. Il y a des gens qui se font des tatouages, moi je fais des chansons.

Entre le moment où tu as écrit ces chansons et le moment où tu les présentes, il s’est passé du temps. Tu ne dois pas être dans le même état d’esprit.

C’est toujours comme ça. Quand on va en studio 4 mois après avoir écrit une chanson, on retrouve partiellement la vérité dans laquelle on l’a écrite, mais comme ce sont des chansons très instantanées, on ne ressent plus tout à fait la même chose en les chantant. On ne se remet pas dans le même état que quand on a vécu les choses.

Parlons de ce duo avec Bernard Lavilliers, « La loi du marché ».

J’avais envie de faire une chanson de cet ordre-là et j’étais sûr qu’en allant voir le film du même nom de Stéphane Brizé, ça allait m’inspirer. Je m’adresse aux grands patrons et aux politiques, à tous les gens qui exercent du pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.

Clip de "La loi du marché", tiré de l'album Clôture

Tu as toujours été indigné ?6601086_1-0-1012721115_1000x625.jpg

De plus en plus, en tout cas. Aujourd’hui, pour ne pas être indigné, il faut faire exprès de ne pas regarder le monde qui nous entoure. Tous les jours, il y a matière à nourrir une forme d’indignation. J’essaie d’en faire quelque chose pour m’éviter de péter les plombs. Parfois, j’ai des envies de renoncements ou pire… des envies de révoltes très concrètes.

Le monde te désespère ?

Oui, complètement. J’aimerais que l’on parvienne à la vraie relation à l’autre, qu’on enlève tous les masques, qu’on lutte contre l’engrenage dans lequel on a mis nos âmes, nos cœurs, nos conditions de vie, de travail… Ce que l’on nous inflige va à l’encontre de ce que doit vivre un être humain. Il y a la peur de ne plus faire partie du jeu et les politiques surfent là-dessus. Les puissants usent de cette menace perpétuelle. Il y a des tentatives d’étouffement de la révolte et de la culture. Tout va dans le sens de la médiocrité et du rétrécissement de l’âme. Ça ne fait pas des jolies choses. Il y a peu de lyrisme dans le monde d’aujourd’hui. Il n’y a plus qu’une règle : celle de faire de l’argent.

Tu te sens comme Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent ?

Un peu. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer, mais je ne vois pas d’autre issue que le chaos.

« Clôture » est le titre de ton album, mais c’est aussi la chanson finale. « C’est un mini testament qui n’a rien à léguer », dis-tu.

Ce texte spontané évoque l’état du monde. Il y a un plan large du monde qui se termine par un plan très serré sur ma vie, tout cela, sans changer de vocabulaire. Il y a des points communs entre l’humeur de l’époque et la mienne.

Clip de "Clôture", tiré de l'album "Clôture". 

16114169_10154916664294813_7801432177116984413_n.jpgDans « Ici en France », tu évoques le Front National.

Ce parti prend une place démente dans l’espace politique et dans les urnes. Ça fait peur. Il ne faut pas diaboliser les gens qui votent pour ce parti, mais j’ai envie de les raisonner.

Il y a une chanson qui s’intitule « Seul ». Te sens-tu seul dans ce monde ?

On a quelques magnifiques alliés qui nous accompagnent sur la route, mais on est tous seuls. Pour avancer, il faut être devant son propre chaos.

C’est la fameuse « ultra moderne solitude » de Souchon?

C’est exactement ça. On a beau être ultra connecté, je vois bien que depuis 10 ans, on est en train de s’isoler complètement. Regarde derrière toi. Toutes les personnes présentes ont les yeux rivés sur leurs  écrans. Cela me sidère.

Je suis pareil qu’eux. Toi, tu arrives à te déconnecter.

Oui, j’arrive à poser mon cerveau deux heures sur quelque chose de précis. Je me passe très bien d’éléments perturbateurs.

Tu parles des attentats parisiens dans « Novembre à Paris ». C’était difficile de ne pas écrire sur ce sujet ?

Difficile d’écrire dessus, difficile de ne pas écrire dessus… J’espère que « Novembre à Paris » est utile à ceux qui ont vécu quelque chose de très personnel avec cet évènement. C’est une chanson pour communier ensemble.

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13992256.jpgJ’aimerais que l’on évoque ton précédent album, « Naufragé ». Un hommage aux auteurs qui t’ont inspiré.

Cela a été un vrai bain de jouvence. Ça m’a fait replonger dans ces textes magnifiques. Pour moi, ce disque est comme un devoir de mémoire et de reconnaissance à tous ces auteurs qui m’ont beaucoup appris et apporté. J’ai beaucoup progressé en les écoutants.

Est-ce que tu penses avoir fait des progrès, textuellement et musicalement parlant ?

Je ne sais pas si je progresse, mais je sais au moins que j’évolue. Je n’écris, ni ne compose et chante de la même façon qu’avant. Techniquement, il y a des choses qui bougent et je trouve cela plutôt bien. J’ai commencé tard la musique, donc j’apprends toujours.

Ton métier, c’est un combat ?

C’est devenu ça, en effet. C’est très dur d’exister, de finir son mois, de pouvoir prévoir l’avenir… et plus généralement, c’est très dur pour la chanson. Nous ne sommes pas à l’heure de gloire de la chanson française.

Ce disque a été financé de manière difficile.

Je l’ai financé avec mon manager, jusqu’au moment où on a trouvé une distribution. C’est bien parfois d’être dos au mur. Les choses se font au forceps, mais dans la vérité de l’instant… qui peut faire de belles choses. Je suis très fier de ce disque.

Tu es qui, au fond ?

Un type un peu provocateur, mais aussi désabusé. Je me fous un peu de la gueule de la vie par moment.  Par contre, je ne suis pas cynique. J’ai horreur du cynisme.

Parfois, tu as envie de t’arrêter ?

Parfois, j’ai surtout envie de m’énerver. Comme je le dis dans le texte de "Clôture", je me demande combien de fois il faut mourir pour être audible.  

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Après l'interview, le 12 décembre 2016.

30 janvier 2017

Thomas Fersen : interview pour Un coup de queue de vache

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorAvec ses 25 ans de carrière et un univers poétique bien à lui, les inconditionnels de l’univers de Thomas Fersen vont être naturellement comblés par ce 10e album, Coup de queue de vache. Les profanes vont découvrir ce personnage chaleureux et généreux, véritable artisan des mots et ciseleur de rimes. Ce nouveau disque (réalisé pour la première fois en indépendant), hors du temps et des modes, en marge d'une industrie musicale dans laquelle le chanteur de 54 ans ne se reconnaît plus vraiment, est encore plus drôle, insolent et décalé que d’habitude. Accompagné d’un quatuor à cordes, d’un banjo et d’une mandoline, on y retrouve un nouveau bestiaire aux traits humains : Des coqs et des cochons, des lièvres et des biches… bref ça sent le terroir et la vie champêtre. L'oiseau rare de la chanson française m’a une nouvelle fois reçu très gentiment (la précédente mandorisation du poète chanteur, en 2013, est à lire ici). C’était le 13 décembre 2016, dans un café de la capitale... et il ne mâche pas ses mots et ses maux.

Argumentaire officiel :

Toutes les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et les bois qui l'entourent, mais aussi en ville où la nature s'est installée dans les vies tristes et sauvages, ou encore dans les baisers qu'une jeune fille reçoit de son amoureux au cou de chevreuil. Elles sont accompagnées par un quatuor à cordes, dans lequel s’est glissé un cinquième élément, un « intrus » selon Thomas Fersen - comme le renard rôdant dans la basse-cour - à cordes lui aussi mais issu de l'instrumentarium populaire (mandoline, banjo, ukulele, guitare), piano, contrebasse, batterie.

Ils en parlent...
 
"Ces petits airs content et comptent parmi les plus charmants, les plus cruels et les plus oniriques de la chanson francophone."
 
"Thomas Fersen fait de la langue française un festin"
 
"... L'enchanteur conteur qui nous régale... "

"Des cordes tour à tour harmonieuses et dissonantes, des mélodies pétillantes entraînantes..."
 
"Pourquoi on est fan ? Pour les arrangements soignés. Pour l'humour qui émaille
les paroles. Pour le mystère de la personne qui se cache derrière tout cela..."
 
"Joie des surprises, gourmandise des mots, Thomas Fersen régale son public avec un nouvel album"

"Osons le dire : ce dixième opus de Thomas Fersen est un bon coup !"

"D'intemporelles histoires d'animaux très humains et
des histoires d'humains, ces drôles d'animaux"
 
"11 chansons à l’écriture fine, aux vers ciselés, aux accompagnements
élaborés traversent cet album à l’évidente réussite"

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

 thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorInterview : 

A travers ton nouveau bestiaire, quel est le sujet principal de ton album ? 

Les histoires que je raconte à travers les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et la forêt qui l’entourent, et la mer car nous sommes en Bretagne. Et pourtant, par l’intermédiaire d’une jeune femme, nous sommes aussi en ville, où la nature s’est installée dans les vies tristes et sauvages, l’aventure, les vices et tous les instincts. Le sujet, c’est donc l’homme, secoué par " un coup de queue de vache ".

La chanson « Un coup de queue de vache » fait allusion aux attentats parisiens.

C’est une façon imagée de parler de quelqu’un qui se prend un grand coup dans la tronche, le coq étant le symbole de la nation… Tout le monde n’a pas saisi l’image, mais ce n’est pas grave. J’ai toujours écrit par image parce que je n’aime pas traiter les sujets directement. Cette chanson est aussi une allégorie sur la vie de chanteur.  Quand on est chanteur, on prend toujours des coups de queue, vous savez pourquoi ?

Non.

Parce que la voix résonne dans la tête, ça rend un peu moisi. Enfin, moisi, ce n’est pas gentil... disons que ça rend les chanteurs un peu cinglés.

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

Parfois, j’aime bien me laisser porter par tes textes, sans chercher à savoir ce qu’il se cache derrièrethomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor tes allégories. Je n’ai pas toujours envie de gratter sous tes couches successives… et puis parfois si.

Il y a beaucoup de densité dans mes disques parce qu’il y a plusieurs « moi-même ». J’ajoute des idées qui me viennent, sur des idées, sur des idées… Je sens que je fabrique des strates et le travail de Joseph Racaille vient en rajouter encore. J’aime l’idée qu’on puisse rentrer dans différents univers, dans différentes profondeurs dans un même disque. Je pense que ça permet à l’imaginaire de se mettre en route. J’aime donner de la matière. C’est peut-être anachronique avec notre époque qui veut que l’on ne passe pas du temps à écouter vraiment un album.

Tu as toujours été anachronique, non ?

Oui, mais je le suis de plus en plus. Le temps passe, moi, je ne change pas, c’est l’époque qui change.

Tu n’es plus chez TôtOuTard, tu es chez Believe, mais juste en distribution.

Oui, donc, je fais tout moi-même. Je passe maintenant 16 heures par jour derrière mon ordi, non pas à écrire des textes, mais à répondre aux mails et à gérer beaucoup de choses.

Ça parasite sacrément la création, non ?

J’ai toujours eu des moments sans création. Lors de l’enregistrement, de la préparation de sortie et exploitation de tous mes albums… et après, ça revient. En vieillissant, le temps se réduit, je n’ai pas envie de consacrer des mois comme ça à quelque chose qui n’est pas mon métier, que je fais par nécessité parce que l’industrie m’a poussé à devenir indépendant. Sinon, je n’avais pas ma liberté. Sinon, on tentait de me faire rentrer dans le rang.

Clip de "Encore cassé", tiré de l'album Un coup de queue de vache.

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorOn ne fait pas de Thomas Fersen ce que l’on veut.

Ce n’est pas ça. Ça ne m’intéressait plus de devoir me confronter aux désidératas de l’industrie. Je ne critique pas, elle a ses raisons de fonctionner ainsi, mais moi, je ne veux pas faire ce que l’on me demande de faire. Je veux juste écrire, composer et chanter ce qui m’intéresse.

Pourtant, te revoilà avec un nouvel album.

Que veux-tu, j’avais envie de refaire des chansons avec Joseph Racaille. C’est quelqu’un que j’adore. Il n’y a pas beaucoup de gens à qui je peux donner une carte blanche absolue. C’est même le seul. J’aime fréquenter cet homme. J’aime le voir, j’aime l’entendre, j’aime parler avec lui, j’aime sa conversation, j’aime ses idées, son humour, sa façon de s’amuser…

Tu as fait ce disque juste pour passer des moments avec lui.

Nous vieillissons tous. Je veux en profiter avant qu’il ne soit trop tard. La fête est courte (rires).

Tu n’aimes pas que l’on te dise que tu as encore fait du Fersen.

Non, je n’aime pas ça du tout. C’est me prendre pour un con. Croire que je vais refaire quelque chose que j’ai déjà fait, c’est me prendre pour un con. Mon album précédent, pour lequel nous nous étions vus chez moi, je l’avais confié à un groupe, les Ginger Accident. C’était un moyen que j’avais trouvé pour « changé ». Mais je ne veux plus avoir besoin de faire ce genre de chose pour enregistrer de nouveaux disques.

Parle-moi des monologues que tu clames sur scène dans ta tournée actuelle.

Ce sont des textes qui ne sont pas destinés à devenir des chansons. Déjà que je suis en marge dans ma façon d’écrire des chansons, si je chante mes monologues, on va finir par me regarder bizarrement. Alors, comme je ne veux pas brider mon écriture et que je veux continuer à m’amuser, ses monologues m’ouvrent des perspectives immenses.

Avant ses monologues, tu bridais ton écriture ?

Je faisais attention de ne pas partir trop loin. Toutes mes idées ne pouvaient pas rentrer dans mes chansons. Certains monologues sont très longs et ne peuvent pas se chanter.

Monologue de "Orléans".

Il n’y a que le spectacle vivant qui t’intéresse désormais?thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor

Exactement ! Toute ma vie, c’est ça. Tu m’as vu en spectacle ! Tu vois comment je me donne. Je fais des chansons qui sont destinées à être incarnées sur scène, pas pour faire un album destiné à l’industrie musicale. Je n’en ai rien à foutre de ça. Tu sais, ce disque-là est vraiment peut-être le dernier. Je suis mon propre producteur, mon propre promoteur, mon propre marketeur, mon propre tout. Si le sac que j’ai vidé ne se remplit pas, je n’y arriverai plus. Je ne dis pas ça pour faire pleurer ou que l’on s’apitoie sur mon sort, mais c’est ainsi.

Je te trouve un peu pessimiste aujourd’hui. Il y a plein de gens qui t’aiment et qui te suivent.

J’ai la prétention de ne pas en douter. Beaucoup viennent me voir en spectacle, je remplis les salles où je passe… mais les gens n’achètent plus de disques, même ceux qui me suivent depuis longtemps et qui apprécient mon travail.

Ça me rend un peu triste tout ça parce que j’aime depuis longtemps ce que tu fais.

Moi aussi, ça me rend triste, mais c’est mathématique. Si personne n’achète mon disque, je ne pourrai pas en refaire. Les disques m’ont apporté énormément de bonheur dans ma vie, de joie, de consolations à la dureté de la vie, mais malheureusement, la gratuité de la musique a fait que le disque c’est rationnalisé et a perdu de sa poésie pour être efficace. C’est une question de survie pour cette industrie. On a écarté tout ce qui était un peu étrange, fou et poétique. Je n’ai pas d’amertume parce que je le comprends, je n’ai juste plus rien à faire dans cette industrie-là.

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Après l'interview, le 13 décembre 2013.

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27 janvier 2017

Garner : interview pour l'EP En plein coeur

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Avec la sortie de cet EP, En plein cœur, Garner le magnifique persiste, signe et confirme. Sa mélancolique électro, ses magnifiques mélodies et ses textes puissants, voire poignants continuent à m’intriguer/charmer/subjuguer. En tout, 5 nouveaux titres qui prennent aux tripes. Le viril et tendre Garner dit tout sans détours, mais avec un amour infini. Le 12 décembre 2016, il est venu à l’agence, car je voulais en savoir plus sur lui. Le mystérieux Garner s’est un peu dévoilé. Pas trop quand même, l’homme est pudique.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorArgumentaire de l’album (signé Alexis Bernaut est vraiment très écourtée) :

Après la sortie de son album Bas les armes en juin 2015, Garner nous revient avec son dernier Ep En plein cœur, un 5 titres résolument pop électro réalisé et co-signé par son complice Philippe Balzé (Renan Luce, Thiéfaine, Bénabar, Miossec, Saez, Ludéal, Joseph d’Anvers, Jali, Le soldat rose, Maissiat…). La verve du chanteur n’a pas changé et si ce nouvel opus semble en apparence plus léger, il ne quitte pas sa délicieuse ambiguïté. De quoi nous parle-t-il ? D’amour beaucoup, pour ne pas dire essentiellement d’amour. Car en ces temps tumultueux, il était nécessaire d’en parler. Garner est toujours celui qui accepte que l’ailleurs absolu n’existe pas.

Si la part rock du précédent album s’est estompée au profit de l’électro, on y retrouve aussi des rythmiques presque « funky ». Funky, mais sombre. On ne rigole pas, mais ne nous prenons pas non plus au sérieux.

Garner nous invite à l’accompagner (et plus si affinités) dans l’équilibre mystérieux entre légèreté et inquiétude. Mais bien que profondément pudique, il ose aussi l’intime…

On va souffrir, c’est entendu, on finira seul c’est évident, mais il ne faudrait quand même pas que ça nous empêche de danser, ni de rêver… La vie est un sujet trop grave pour ne pas s’amuser.

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garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorInterview :

J’ai fait ta connaissance avec ton album Bas les armes il y a un an.

Et pourtant, j’avais 30 ans quand j’ai fait mon premier projet musical. J’ai ai 47 aujourd’hui. Cela fait donc 17 ans que je suis dans le métier.

Mais pas sous ton nom d’aujourd’hui.

J’avais deux autres projets sous d’autres noms, en effet. Le premier, Les buveurs de lune, dans une configuration, guitare-trombone-voix.  On a ajouté un clavier, une basse, une batterie, alors, comme on devenait plus rock que jazz, on a changé de nom, on est devenu Alias Nautilus. Après, comme j’ai pu avoir une prod, j’ai fidélisé des musiciens autour de moi et de mon projet aux couleurs plus electro. Je suis devenu Garner et je pense que ce projet-là, c’est celui que je garderai jusqu’au bout.

Clip de "Sirop de menthe", tiré de l'album Bas les armes.

On sent que tu aimes la chanson française.

Mes goûts ont évolué au fil du temps. J’ai écouté William Sheller en boucle à un moment de ma vie. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de mon quotidien, mais il continue à faire partie de mon ADN et de ma construction musicale. J’ai aussi beaucoup écouté Brel. Aujourd’hui, il me déprime profondément. Il y a un artiste qui résiste encore au temps, c’est Bashung. Il continue de me procurer des sensations dingues. L’album L’imprudence par exemple, il y a des trouvailles extraordinaires et le son est indémodable. Je ne suis pas du genre à être fan. Sauf pour Bashung. J’attendais le prochain album avec une impatience folle. Bashung, c’est la bande son de ma propre existence.

L’imprudence est un disque audacieux. Toi aussi tu vises l’audace ?

Je ne crois pas. Ma compagne me demande si je ne veux pas écrire des chansons plus accessibles, plus immédiates. Je ne me refuse pas à cela, mais je fais les choses telles que je les ressens. J’ai mis mes exigences dans les endroits qui ne sont pas les plus universelles, mais en tout cas, je ne veux pas être élitiste.

Clip de "Je finirai à Brest", tiré de l'album Bas les armes.

Je trouve que ce que tu fais est plutôt efficace. Ton album Bas les armes, c’était de la bonne popgarner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandor electro…

L’histoire de cet album est un peu particulière. Presque toutes les chansons existaient déjà en live, mais pour les besoins du disque, il a fallu que je rajoute des titres. On a tenté de trouver le trait d’union entre les deux. En créant les nouveaux morceaux, je sentais que je basculais vers quelque chose de plus pop electro, alors que les premiers étaient ancrés rock. On a cherché l’unité en tout cas.

Pourquoi as-tu pris cette direction pop electro ?

Je constate que dans ce que j’écoute aujourd’hui, dans ce qui me touche musicalement,  je suis tourné vers des choses plus pop electro que rock. Je me suis mis à écouter Jay Jay Johanson en boucle et moins Noir Désir, tout simplement. Je me suis aussi rendu compte, à force de pratique, que le champ sémantique et les mots qui sont les miens sont parfois un peu denses. La texture de l’electro collait mieux à mes mots... et elle n’est pas redondante là où le rock peut l’être.

Tu dois composer différemment aujourd’hui.

Avant je composais guitare-voix et après je rajoutais des choses. Maintenant, je fais mes accords guitare-voix, je les transforme en accord piano, puis ensuite, je décompose ces accords pour faire des lignes de basse, j’ajoute des boucles electro et ensuite, je travaille avec mon réalisateur Philippe Balzé. Il a vraiment sa part de créativité dans ce que je fais aujourd’hui.

Clip de "N'en abuse pas", tiré de l'EP En plein cœur.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorIl y a des français d’aujourd’hui que tu apprécies ?

Je trouve des choses excellentes chez Florent Marchet. Quand il est trop proche de Souchon, je suis moins fan, mais quand il s’en écarte, au niveau des arrangements et des mélodies, je trouve cela très fort. Son disque, Bambi Galaxy, par exemple est génial. Chez François and The Atlas Mountain, il y a des fulgurances. Chez Lescop aussi d’ailleurs. Mais pour ne rien te cacher, aujourd’hui, j’écoute principalement de la chanson anglophone.

C’est bien, tu chantes en français malgré tout !

Et ça ne me tente pas du tout de chanter en anglais. Je suis très amoureux de la chanson française. En plus j’aime écrire en français, cela me permet d’aller au fond des choses. Si la langue est peut-être moins riche en sonorité, elle offre un paquet de possibilités, d’altérations… on peut jouer avec la langue française. Mon projet est à 50-50 un travail d’auteur et le reste de composition et d’interprétation. Ma nécessité principale de création, c’est d’écrire des textes.

Tu écris autre chose que des chansons ?

Ça fait trois ans que je suis sur un scénario. J’en suis à la 8e version.

C’est vrai que tu as été comédien, mais pas que. Tu as un parcours atypique.

Je vais t’en faire une synthèse. J’ai fait des études d’économie d’abord, ensuite, j’ai été guide de rafting, j’ai fait du théâtre,  j’ai tourné dans des pubs, des films pour la télé, puis je suis retourné vers la chanson. C’est vraiment un résumé parce qu’en fait, ce n’est pas aussi simple que cela.

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Pendant l'interview...

Excuse-moi de parler de ton âge. A 47 ans, comment vis-tu la situation d’être considéré comme un artiste en développement ?

Il m’arrive de le vivre comme un handicap en me disant que j’arrive à un âge où normalement les artistes sont accomplis et ont déjà une belle carrière derrière eux… et, en même temps, c’est un âge où tu prends de la hauteur de vue, du recul, tu considères le chemin parcouru. Aujourd’hui, je ne rêve pas de gloire, de grands succès, juste d’arrêter de me poser la question de ma légitimité qui est propre à tous les artistes et trouver l’équilibre financier pour pouvoir me permettre de continuer de créer sans avoir les angoisses existentielles qui vont avec.

En écoutant tes chansons, je me suis dit que tu étais très complexe, très noir à l’intérieur.

Je pense surtout que je suis un grand mélancolique. Mais un mélancolique qui a réussi à dompter sa mélancolie pour la transcender. J’ai une vraie passion pour l’actualité, la géopolitique, la politique. Je dévore goulument chaque jour ce qui peut influencer mes humeurs et mon regard sur le monde. A l’intérieur de mes chansons, traine toujours une partie de cette obscurité du monde, mais j’essaie de révéler derrière la part de lumière qui existe.

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Le 12 décembre 2016, après l'interview.

22 janvier 2017

Mell : interview pour le double album Déprime et collation

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Déprime et collation est le 6e album de Mell. Ce double-album, en fait, est composé d'une vingtaine de titres en français où l'identité sonore mêle voyage musical et vibration rock. Un disque doux, tendre mélancolique et parfois en colère.

Uppercut garanti à l’écoute de ce  disque new wave-disco-blues-rock-punk-electro qui fait virevolter la tête et les jambes. Assurément l’un des grands albums français de l’année.

J’avais déjà reçu Mell à l’agence il y a trois ans pour son album Relation Cheap (voir ici). Le 25 novembre 2016, elle est revenue pour la deuxième fois… et c’était un pur bonheur.

mell,déprime et collation,interview,mandorArgumentaire de presse (un peu écourtée) :

C’est depuis Montréal que Mell nous livre son sixième album Déprime & Collation. Construit entre chansons et morceaux instrumentaux, ce double-album livre un réel parcours. L’hiver et les amours troubles planent sur un son lo-fi, l’univers reste espiègle et enlevé mais la composition nous plonge dans une nouvelle atmosphère.

Cet album ménage un espace où ambiances haletantes et passages plus méditatifs dansent une gigue tantôt langoureuse, tantôt sur un rythme tendu.

Déprime & Collation marque par la diversité de ses tonalités : la chaleur et la délicatesse côtoient l’amertume et le doute avec une certaine urgence – sans oublier l’ironie et l’insolence qui sont déjà la marque de fabrique de Mell.

L’outre-tombe et l’urgence de vivre s’effleurent dans un flirt risqué. Le versant tête brûlée de la musique de Mell est toujours au rendez-vous mais les mots, insolents, tremblent néanmoins. Les blessures ouvertes fréquentent l’autodérision, le jeu, pour un western émotif qui sait trouver son inquiétante étrangeté.

Mell propose un album audacieux, une expérience d’écoute riche et de belles promesses pour l’à-venir.

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Interview :

Pourquoi t’es-tu exilée à Montréal en 2014 ?

Je me suis rendue là-bas par amour. Il fallait aussi que je trouve des buts professionnels, sinon, ça n’avait pas de sens d’immigrer. Ça faisait longtemps que je voulais faire une école de son, je suis donc partie avec un visa étudiant.

Tu trouvais que tu avais des carences dans ce domaine ?

J’avais des connaissances empiriques assez floues. J’utilisais des logiciels, mais je faisais n’importe quoi. Je mettais beaucoup de temps pour faire sonner ma musique comme je l’entendais et je n’étais jamais vraiment contente. Ça me frustrait. J’ai voulu mettre de l’ordre dans ces connaissances-là. J’ai donc repris tout depuis le début.

Cette école de son était-elle difficile ?

Je ne sais pas. Il ne me semble pas. On m’a dit que j’ai eu les meilleurs résultats depuis que l’école existait.

Ton passé musical a dû t’aider, non ?

Je ne crois pas. J’ai surtout bossé comme une malade.

Clip de "Au cinéma".

Tu as donc appliqué ton nouveau savoir sur ton nouvel album ?

Oui. Pendant l’année, j’ai passé mon temps, soit à l’école qui possède plusieurs studios d’enregistrement, soit dans mon local de répétition. J’ai passé un an à enregistrer et mixer des morceaux pour mes copains ou pour moi, tout en composant.

Tu as même monté ton propre studio.

J’y ai enregistré tous les instrumentaux de mon disque et mixé la moitié.

Par contre, pour ta voix, tu n’as pas pu travailler seule ?

Non, c’est difficile de travailler sur sa voix, c’est même pour moi insupportable. Comme je ne me considère pas comme une bonne chanteuse, j’avais besoin de quelqu’un qui avait du recul. J’ai donc fait appel au réalisateur Laurent Lepagneau. Il me connait bien parce qu’il a déjà travaillé sur mon précédent album, Relation Cheap. C’est une des rares personnes à qui je peux envoyer des bouts d’embryons de chansons et qui est capable de me recadrer immédiatement. Il parvient à m’amener une vision plus large de ce que je propose à la base.

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A une époque où la majeure partie des artistes sortent des EP, toi, tu sors un double album…

Si personne ne va à l’encontre des règles du marché actuel, rien ne peux bouger. Pour moi, faire des EP, c’est se plier aux journalistes qui ne veulent pas écouter beaucoup de chansons, à la maison de disque qui ne veut pas prendre beaucoup de risques…

Oui, mais toi, tu as la chance d’avoir un label qui te soutient.

C’est vrai, j’en ai conscience. Il me fait confiance et il est ouvert. Mon disque n’est pas seulement un double, c’est un double dans lequel on s’est permis de l’expérimentation. Ca invite à prendre son temps et à penser l’album différemment.

Comme David Lynch, je suis certain que tu n’aimes pas que ton œuvre se comprenne comme une évidence.

C’est marrant, c’est la deuxième fois que l’on me parle de Lynch en deux jours. Ça me plait comme remarque en tout cas. David Lynch ou Jim Jarmusch, ce sont plus que des références. J’adore le mystère. J’aime bien qu’il y ait dans ce que je fais plusieurs lectures et dimensions. Que tout ne soit pas accessible à la première écoute.

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A quoi servent les instrumentaux qui figurent sur ton disque ?

Ça permet du relief et de la profondeur à la chanson précédente. Ça permet aussi de faire un break de paroles. Ce que l’artiste se doit d’incarner pour des gens qui travaillent dans des bureaux de 9 heures à 17 heures, c’est la liberté. Dans cet album, je prends clairement la liberté de faire ce que je veux.

Ce qui est bien avec toi, c’est que quand un nouveau Mell arrive, on sait que ce sera toujours différent du précédent.

(Rires) Mais du coup, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire pour le prochain. Pour être franche, je ne sais pas toujours où je vais.

En tout cas, tous les articles sur ce nouvel album sont dithyrambiques. On crie presque au génie.

Ça m’hallucine ! J’ai l’impression que les journalistes ont tous compris ce que je voulais faire. Presque mieux que moi.

J’ai lu dans le dossier de presse : « On s’imprègne d’une atmosphère plus apaisée mais aussi déroutante… Mell nous offre une plongée dans les eaux troubles et profondes de son âme. » Apaisée et eaux troubles de son âme… je trouve que ça ne va pas ensemble.

Tu peux être apaisée avec le trouble de ton âme. Apaisée, c’est faire la paix. Faire la paix avec qui tu es, avec tes fragilités et ta vulnérabilité. Je pense que cet album, c’est exactement ça. C’est un disque qui est sur le fil, qui est un peu fragile. Je me permets des choses, donc je me mets en danger. Je peux justement le faire parce que j’ai fait la paix avec mes eaux troubles. C’est de la philo (sourire).

Clip de "Ton corps j'ai crié".

J’ai lu quelque part que c’était un disque complet et complexe. C’est tellement ce que je pense…

Il faut prendre un moment pour rentrer dans mes chansons. Si quelques personnes prennent le temps de s’arrêter pour écouter, rentrer dans ce que je propose, se laisse aller, pour moi c’est gagné.

Tu trouves qu’il faut faire bouger les lignes bien tracées de la chanson française ?

Je ne réfléchis pas à ça quand je fais un disque. Je ne sais jamais ce qui va se passer quand je commence.

Tu aimes les interviews ?

Elles me permettent parfois de comprendre ce que je viens de faire. Si je ne devais pas répondre à des questions très précises, je n’y réfléchirais pas.

mell,déprime et collation,interview,mandorDésormais, tu es ingénieure du son. Tu gagnes ta vie ainsi à Montréal.

Ça me fait du bien d’être au service d’autres projets. Je travaille du son et ça me rend heureuse. J’adore ça. Je  peux passer des heures à explorer le son. Je me fais embarquer par ça. C’est mon vecteur, c’est ce qui m’attire. Je passe des heures et des heures sur mes logiciels, sur mes machines. Je suis un peu autiste. C’est un peu difficile pour la personne qui vit avec moi. Quand je fais de la musique instrumentale, je rentre dans un état second, je suis un peu en transe.

Tu rêves de quoi dans la musique ?

De faire des musiques de films par exemple. J’en ai déjà fait pour des documentaires et des pièces de théâtre. J’ai la vie devant moi pour atteindre les objectifs que je me suis fixée.

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Après l'interview, le 26 novembre 2016.

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21 janvier 2017

Virgule : interview pour l'EP Maelstrom

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virgule,maelstrom,interview,mandorMaelstrom  est le titre du nouvel EP de Virgule. Six morceaux soutenus par 150 personnes via un financement participatif. Ce disque est aussi mélancolique que vertigineux. On se perd dans les méandres de l’âme humaine et on est secoué par la puissance de la poésie dégagée par cette artiste si sensible.

Déjà mandorisée en 2012 pour son premier EP, Les Précieuses, qui avait déjà « le goût du tragique et de la puissance ». Virgule y dressait le portrait sombre d’une réalité cruelle.

Elle est venue une seconde fois à l’agence pour me parler de ses nouvelles chansons. Notamment. C’était le 14 novembre dernier. Et c’était bien.

Biographie officielle (un peu écourtée) :

La musique de Virgule se déploie telle une broderie où se tissent les contrastes d’une vie de souffles et devirgule,maelstrom,interview,mandor silences. 

En français et accompagnée de musiciens aériens et modernes, elle s’engage cette fois-ci sur des chemins plus apaisés mais tout aussi conscients. Il y a chez Virgule ce fragile équilibre qui surplombe le vide. Toute en délicatesse et en sincérité, elle pose sur l’universel un regard particulier, mûri par des chemins parcourus seule, à deux ou dans la foule. 

La musique apparaît alors comme une aventure partagée : pour Maelstrom, la fine équipe a travaillé deux ans. De parties de campagne pour arranger les chansons au mixage à Paris, après avoir enregistré à Liège sous la direction d'Emmanuel DelcourtMaelstrom  s’est peaufiné au fil des kilomètres, devenant un projet riche de rencontres et d’éclosions. L’art de Virgule se conçoit avec maturation et effervescence, où se rencontrent l’impulsion des instruments et la maitrise littéraire. Les mots gravitent dans des effluves aux milles époques, aux milles textures, aux milles références. On y croise des cordes teintées de lyrisme, des trompettes feutrées, une section rythmique acide ou enflammée, des mouvements perpétuels aux machines et aux guitares. Et puis au bout du chemin, la gravité des chœurs de Dimanche. Virgule construit des chansons marquées par les expériences où le maitre mot est l’indépendance. Musicale. Poétique. Humaine.

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virgule,maelstrom,interview,mandorInterview :

Que s’est-il passé après ton premier EP, Les Précieuses ?

Beaucoup de scènes, notamment à Paris, dans l’est et en région bordelaise. Deux ans après, j’ai eu envie de partir sur un autre disque. Mes nouvelles chansons ont été écrites entre 2014 et 2016. J’en avais beaucoup, mais évidemment les conditions financières et le temps font que j’ai dû faire des choix. On a donc enregistré 6 chansons.

Tu as fait ton disque grâce à un financement participatif.

A la base, c’est un moyen que je voulais éviter. Mais au final, je me suis rendu compte que je ne volais personne. On ne force pas les gens à donner. Ceux qui le font le font avec plaisir, c’est très agréable. C’est une histoire de don et de contre don. Cela créé quelque chose de beaucoup plus intime avec ceux qui donnent. Je remercie à nouveau les 150 personnes qui m’ont aidé à faire Maelstrom.

J’ai l’impression que ce disque est plus posé que le précédent.

Pour Les précieuses, je sortais de l’adolescence. J’avais des choses à régler et à dire. Maelstrom est plus rond, mais il dit beaucoup plus qui je suis. Il me ressemble plus musicalement et personnellement. J’ai bossé avec un réalisateur qui était un ami de lycée. Avec les musiciens et lui, on a beaucoup travaillé. Je tenais à ce que la musique et les textes forment un bloc. Je trouve qu’à ce niveau-là, c’est beaucoup plus équilibré sur Maelstrom que sur Les précieuses.

Le clip de "Autel du Nord".

Vous avez enregistré le disque à Liège en Belgique.

Oui dans un super studio. J’ai laissé mixer le réalisateur et l’ingénieur du son et quand je suis arrivée pour écouter les premiers mix, je n’ai pas reconnu les chansons. Ça a été très déroutant. Du coup, j’ai souhaité qu’il y ait un second mixage, auquel à participer Emmanuel Delcourt, le réalisateur. J’ai voulu garder la main sur mon disque et nous sommes arrivés à un compromis.

Un compromis ?

Oui, c’est mon projet, c’est moi qui le porte, mais je travaille avec des gens et parfois ils ne sont pas d’accord avec ce que je veux faire. Si tout le monde dit oui sauf moi, c’est qu’il y a une raison. Je ne travaille qu’avec des gens en qui j’ai confiance donc on arrive toujours à trouver une solution.

Tu écris facilement ?

En tout cas,  j’écris sans me poser aucune question. Ça vient ou ça ne vient pas. Souvent, le sens me vient après l’écriture et c’est souvent un sens précis. Au bout d’un moment, je finis par savoir exactement de quoi parlent toutes mes chansons. J’écris quand même de manière à ne pas perdre les gens. Il y a une vraie démarche de sincérité dans la musique et dans les paroles. Mais j’ai conscience d’avoir une écriture peut-être à plusieurs couches. La majorité des textes ne sont pas lisibles comme moi je les entends, mais ça, ce n’est pas grave.

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(Photo : Martin Tronquart).

Tu écris comment ?

J’écris toujours en même temps que je compose. La musique ne va pas sans le texte. Les deux viennent en même temps. En général, vient un début de chanson, couplet-refrain, par exemple, et après je décline. Il y a toujours une brèche qui s’ouvre dans laquelle je peux m’engouffrer. Si le voyage vaut le coup, j’y vais et ça fait une chanson.

Arrives-tu à t’écouter facilement ?

De plus en plus. Je suis plus libérée aujourd’hui. J’ai vraiment hâte de la suite parce que je sais que je progresse et que c’est constant.

Tu parles de toi dans tes chansons ?

Oui. Même si j’essaie de dire les choses avec pudeur, en vrai, ce sont des choses très impudiques que je dis.

Qu’est-ce qui anime ta vie ?

Les concerts, le studio, les répétitions, l’écriture, la musique, les compositions… il y a un an, j’ai quitté mon boulot pour vivre ça le plus intensément possible.

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Les avis semblent plutôt positifs, c’est bon signe.

Oui, mais avec ma situation personnelle actuelle, défendre ce disque sera un peu délicat. L’année qui arrive sera un peu différente que ce que j’avais imaginé.

Tu as accepté d’évoquer ton cancer du sein.

Quelque part, ça fait partie de la vie et il va falloir que je compose avec ça. Comme je ne sais pas du tout comment va se passer la suite pour moi, je ne peux pas me permettre de chercher des dates de concert, de me projeter dans un quelconque plan promo. C’est une sortie de disque vraiment étrange.

Quand tu as écrit tes textes, savais-tu que tu avais cette maladie ?

Non, le disque est sorti le 22 septembre et j’ai appris que j’avais un cancer le 4 octobre. J’ai dû annuler un concert et des interviews…

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Pendant l'interview...

Face à ta maladie, tu arrives tout de même à te concentrer pour créer ?

Pour l’instant, non. L’écriture d’une chanson va chercher trop loin. Je me laisse un peu de temps. J’ai plein d’autres envies. Je ne sais pas si elles aboutiront mais avoir des envies et des idées, ça me fait du bien. J’écrirais bien un livre.

Un recueil de nouvelles, un roman ?

Un livre pour raconter ce qu’il se passe pour moi en ce moment. Je vais en avoir besoin et d’ailleurs, ça commence à s’écrire dans ma tête. Je me découvre dans cette épreuve. Je ne pensais pas que j’aimais autant la vie.

Je trouve ça fou que ton album s’appelle Maelstrom, étant donné ce que tu vis.

Oui, je traverse au moins un tourbillon. C’était quasi prémonitoire.

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Après l'interview, le 14 novembre 2016.

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18 janvier 2017

Yucca : interview pour la sortie de l'EP Johnny pour la vie

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(Photo : Séverin)

Après avoir remporté le tremplin des jeunes talents Europe 1 en 2013, Yucca (à l’époque encore nommée Yucca Velux) avait dévoilé un premier EP, LOVE. Son répertoire d’alors était majoritairement en anglais. Heureusement,  trois ans plus tard, c’est en français que la chanteuse a décidé de se tourner (oui, j’avoue, j’aime quand les artistes français chantent dans leur langue. Parce que, comme le soulignait Balavoine, « le français est une langue qui résonne »). Bref, son second EP Johnny pour la vie est sorti le 7 octobre 2016 (et oui, je suis (très) en retard, mais si je n’étais pas en retard, je ne serais pas Mandor).

J’adore la voix de  Yucca : un timbre un peu  rétro, mais un phrasé moderne. Bref, une variété de qualité, moderne et sensible, portée par une excellente chanteuse et des musiciens à la hauteur.

Le 1er décembre 2016, Yucca est venu à l’agence. Et ça m’a bien fait plaisir.

Byucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandoriographie officielle (mais un chouia écourtée) :

Mais qui est Yucca ? Pas facile de décrire ce personnage décalé aux sentiments exacerbés. Une artiste, sans aucun doute. Une interprète hors pair, assurément.

Yucca veut chanter « Des Mots Légers », toucher en plein cœur ceux qui aiment la chanson pop, celle qui puise son essence dans les mélodies pour aller chercher la joie, la tristesse, les hauts, les bas, le rire et les larmes. Et si elle choisit de se livrer à cœur ouvert,  c’est parce qu'elle ne sait pas faire autrement.

Il y a, en ouverture, l’histoire de cette fille qui court après les garçons, une génération fantasmée avec Johnny pour symbole, ou encore Eddy et toute la clique. Un titre dans lequel elle revendique qu’une femme puisse évoquer ses multiples conquêtes et ses déboires amoureux comme un homme.

Au programme également, le pulsionnel et orientalisant « La Chaleur » qui évoque la moiteur des nuits yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandord’été, entre danse et mysticisme. Et puis, plus loin, on trouve « Le Diable au Corps » titre sulfureux et addictif, qui revisite les slows 50's américains avec des arrangements grandiloquents.

La piquante Yucca peaufine depuis quelques années un répertoire qui a débuté en anglais, sous le patronyme Yucca Velux, parce qu’il n'est pas simple d'assumer des textes en français quand on inscrit à son Panthéon l’écriture de Gainsbourg ou Brassens.

Voici donc une première collection de chansons, comme on pose son cœur sur la table.

Yucca écrit, compose, à la recherche de la mélodie qui va vous trotter dans la tête avec des harmonies déchirantes ! Des textes directs, entre plaisirs de la vie et tourments que l’on connaît tous.

Elle est une femme d’aujourd’hui qui a laissé son armure au placard, rien de tiède chez elle !

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yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandorInterview :

Pourquoi chantais-tu en anglais avant cet EP ? Moi, j’ai un peu de mal avec ça.

Moi aussi en fait. Ça m’agace de plus en plus. J’ai commencé à chanter en anglais parce que j’étais très influencé par ma culture et en particulier par les Beatles. C’était aussi une façon pour moi de masquer ma timidité et une formidable manière d'être quelqu'un d'autre en se déguisant.

En plus, je crois savoir que tu es une admiratrice des grands textes français.

C’est aussi pour cela que je n’osais pas écrire en français. Je ne me sentais pas à la hauteur. En français, même si tu chantes des bêtises, tu te dévoiles plus qu’en anglais. Il y a toutes les émotions liées à la langue, les névroses, ta structure psychique,  ton histoire personnelle, les intonations, les intentions, les doubles sens, les connotations, les mots… tout est plus ressenti et plus pulsionnel. Et quand on est interprète dans sa langue maternelle, une immense palette d’émotions s’imposent. Des émotions que l’on peut nuancer à l'infini.

Alors, pourquoi as-tu décidé de chanter en français aujourd’hui ?

Sur Internet, je suis tombée sous le charme d’une chanson  d’une fille qui s’appelle Sarah Hirschmuller. Du coup, je me suis intéressée à son travail. Je l’ai contacté pour qu’elle m’écrive des chansons. Elle m’a expliqué qu’avant de chanter en français, elle chantait en yiddish et en hébreu. Dès lors qu’elle a commencé à chanter dans la langue de Molière, elle a vécu cela comme une jouissance pas possible. C’est elle qui m’a incité à franchir le pas.

Et du coup, tu as dû apprendre à chanter différemment ?

C’est exactement ça. Au départ, j’étais mal à l’aise dans ma voix et dans mon corps, maintenant, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi,  j’adore ça.

Clip de "Johnny".

Tu es fille d’un père musicien. C’est ce qui t’a incité à suivre ce chemin ?

Il était compositeur et arrangeur professionnel. Aujourd’hui, il continue à jouer et il m’écrit des chansons.

Tu as toujours voulu être chanteuse ?

Oui,  mais je ne le disais à personne. J’ai fait mes études de psycho et en sortant de la fac, quand j’ai eu mon diplôme, j’ai pris la décision de faire de la musique sérieusement. Je chante depuis toujours et être chanteuse est mon rêve absolu.

Clip de "La chaleur".

As-tu pris des cours de chant ?

J’en ai pris il y a trois ans, mais j’ai arrêté. Je suis une autodidacte. J’ai chanté trois heures par jour toute ma vie.

Avant Yucca Velux, y-a-t-il eu un autre groupe ?

Oui. Avec un ami de la fac, nous avons The Rayees. C’était un groupe au style indescriptible. Il y avait des chansons folks, des chansons un peu hip hop, des trucs un peu bizarre à la CocoRosie, voire parfois à la Britney Spears. Ca partait dans tous les sens. Nous chantions à deux voix et en anglais.

"Le diable au corps", version acoustique.

Parlons de ce nouvel EP, Johnny pour la vie. On dirait un disque des années 50. Musicalement et l’imagerie proposée.

C’est ma période préférée. J’aime tout ce qui est vintage. Musicalement et esthétiquement. Cette période-là, très gaie et énergique, est phénoménale. Il y a une époque de ma vie où je n’écoutais que les Beatles. Du coup, tout ce qui a généré les Beatles, j’adore. La magie de cette période-là n’est plus. J’ai l’impression que tout est sombre aujourd’hui.

Ce que tu fais est populaire. C’est de la très bonne variété. Ce mot ne te choque pas ?

Mais pas du tout. Moi, j’aime de plus en plus Joe Dassin (rires). Je trouve que la chanson populaire à de la grâce.

Tu écris sur les musiques des autres. Pourquoi ?

Je ne suis pas très bonne compositrice, il me semble. Si on me propose des musiques que j’adore, je les prends. Je ne me pose plus de questions que cela.

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Pendant l'interview...

C’est dur ce métier ?

C’est super dur. Il faut convaincre. De plus en plus, j’aime les défis. C’est quasiment ce que je préfère. Réussir à rester allante et enthousiaste alors que le travail est difficile, cela me procure un immense plaisir. C’est dur, ça ne me rapporte pas d’argent, mais je suis libre. La liberté est une valeur qui m’est chère.

Tu aimes qui dans la chanson francophone actuelle ?

Je me sens proche de Lise. J’adore Stromae, ce n’est pas très original. Je trouve que c’est un génie. Il a des mélodies simples et populaires qui rentrent dans le crâne et qui n’en sortent pas. C’est exactement, ce que je cherche à faire.

Tu as beaucoup de chansons dans ta besace. Comment as-tu choisis les six chansons qui figurent sur cet EP ?

Ce n’est jamais simple de choisir... Mais j’ai comme projet de sortir deux EP par an, c’est-à-dire 12 chansons par an.

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A l'issue de l'interview, le 1er décembre 2016.

17 janvier 2017

L'Arthur : interview pour son premier EP.

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l'arthur,ep,interview,mandorAttention, artiste (exceptionnel) en devenir ! Je ne vois pas L’Arthur passer inaperçu encore bien longtemps. Je l’ai découvert avec sa reprise de « Mon amour, mon amie » de Marie Laforêt. Je suis resté KO ! Puis les 5 chansons originales suivantes ont fini de m’achever. En mélangeant production moderne et poésie réaliste, L’Arthur, 27 ans, signe un premier EP original et percutant… avec des chansons dans lesquelles les femmes n’ont pas le beau rôle. Elles sont généralement garces et infidèles. Cet EP est la preuve qu’un petit cœur blessé peut engendrer de grandes chansons universelles.

 

L’Arthur est venu m’expliquer tout ceci à l’agence le 29 novembre 2016.

Biographie officielle :

En 2014, il participe à On a les moyens de vous faire chanter, le radio crochetl'arthur,ep,interview,mandor de France Inter et fait partie des 6 finalistes. Il profite ensuite des retombées du concours pour se produire dans des lieux atypiques durant toute l’année 2014. Tout autant inspiré par les films de Marcel Carné, que par les affiches de mode qui tapissent le métro Parisien, L’Arthur enregistre son premier Ep à l’image d’un bouquet de fleurs dans lequel chaque titre a sa propre identité, sa couleur particulière, son odeur unique mais qui forme un ensemble original et harmonieux. A travers cet EP, il pose les premières bases de son identité artistique qui consiste à créer ce qu’il nomme des « mises en scènes musicales ». Partant d'un texte écrit, chaque chanson intègre un ou plusieurs personnages qui évoluent en fonction de l'environnement musical dans lequel ils se situent.

l'arthur,ep,interview,mandorInterview :

Ton père est le musicien Pierre Sangra. Il a travaillé avec des gens que j’adore comme Thomas Fersen et Vincent Delerm. Peut-on dire que tu es un enfant de la balle ?

J’ai des parents divorcés et j’ai grandi chez ma mère qui, elle, n’est pas musicienne. Elle écoutait un registre musical très populaire, la variété. Après, il ne faut pas s’étonner que je reprenne une chanson de Marie Laforêt.

Et quand, un week-end sur deux, tu allais chez ton père ?

J’écoutais et allais voir les artistes avec lesquels il travaillait, toute la génération du Label tôtOutard qui a explosé il y a 10, 15 ans. Mais, outre cela, il nous a biberonné, ma sœur et moi, au rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par les Pink Floyd.

Du coup, as-tu l’impression que ce que tu fais toi-même est un mélange de tout cela ?

Oui. Forcément, on prend de ce qu’on nous inculque quand on est enfant, mais on prend aussi ce que l’on va chercher. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dès mon arrivée au collège public, j’ai découvert le rap et j’ai adoré.

Quel genre de rap ?

Ma référence incontestable était MC Solaar. Les textes et la production me paraissaient incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté les deux premiers albums de Rohff, ceux de Disiz la Peste. J’aime le rap décalé, comme les Nèg’ Marrons ou plus récemment Vald.  Ça m’ennuie quand on me fait la morale. Le rap conscient, j’en écoute quand il est vraiment très bien fait.

"Burn out". Pour son premier clip, L'Arthur souhaitait un court-métrage musical plutôt qu’un clip illustratif d’un récit à la première personne. 
L'ambiance est sombre mais pas glauque. La voiture et la route bitumée exprime la vie d’avant, subie, non choisie, plongée dans la nuit. Le paysage sauvage, déchiré mais sublime, exprime à la fois la fuite mais aussi le renouveau, rempli de doute et de tourment. L'homme a pris sa vie en main. 
Le GPS, féminin, va vivre sa mue également. Cette femme, robotique et froide, autoritaire par définition, incarne la lueur d’espoir. Humaine, elle va décider d’accompagner cet homme en le laissant s’échapper vers le large…

Tu as commencé la musique très tard.

A la base, je viens du théâtre. J’ai fait un bac littéraire, option théâtre, puis le Conservatoire. Mais un jour, je me suis rendu compte qu’être comédien me saoulait, je préférais faire de la mise en scène. J’ai eu mon diplôme vers 22 ans et j’ai eu envie d’émancipation. Je suis donc allé vivre en Irlande pendant 8 mois.

C’est là que tu as commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours écrit des chansons, mais dans mon coin. C’est vrai qu’en Irlande, j’en ai écrit beaucoup. En revenant en France, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je me suis isolé et j’ai commencé quelques maquettes.


Radio Crochet Inter - L'Arthur, Passez par franceinter

Et en 2014, tu les proposes à un concours sur France Inter, On a les moyens de vous faire chanter.

C’est un ami qui m’a conseillé de participer. J’ai été auditionné aux Trois Baudets. Ça leur a plu et, du coup, j’ai joué à la maison de la radio. Je suis allé jusqu’en quart de finale.

Qu’as-tu fait après ?

Des petits concerts, à gauche, à droite pendant un an.

Sans l’idée de faire un EP ?

Au début non, puis, après, j’ai senti qu’il fallait que je me lance. Ce que j’ai fait et en totale indépendance. J’ai rencontré Valérie Suder, de la Teamzic. Elle aide aujourd'hui les artistes auto-produits à créer leur structure et à financer leurs projets. A la force de faire des dossiers, j’ai reçu des subventions pour pouvoir créer mon EP.

Clip de "Garce".

As-tu voulu t’affranchir du professionnel qu’est ton papa.

Pas vraiment puisqu’il a joué sur deux morceaux rock dont « L’hymne à la modération ». Mais je suis arrivé avec le matériel. Il a toujours été bienveillant envers mon travail et il m’a toujours encouragé.

Tu composes tout chez toi ?

Oui, et quand j’arrive en studio, je demande à mes musiciens de se caler sur mes lignes mélodiques. En fin de session de studio, je leur demandais, alors qu’ils maitrisaient parfaitement le morceau, de faire ce qu’ils voulaient avec. Je leur demandais ce qu’ils auraient à dire avec leur instrument. Ça me permet d’avoir de la matière et ça m’enrichit énormément.

Etre comédien, ça te sert quand tu montes sur scène ?

Non, cela m’a même desservi. Au concours de France Inter, on m’a reproché d’avoir été trop théâtral. Au début, je le prenais mal, et puis j’ai réfléchi. J’ai revu des vidéos… j’admets que j’en faisais trop. Il y a avait un manque manifeste de simplicité. Ça m’a un peu perdu, du coup, je travaille à être plus simple et plus direct.

Tes textes sont très ironiques, désabusés… et un peu comme Souchon, subversifs mine de rien.

Subversif, ça me va. Souchon aussi ça me va. Il a écrit une chanson que j’aurais aimé écrire : « La vie ne vaut rien ». La mélodie est sublime et le texte est un résumé de la vie que je trouve parfait.

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Le texte est primordial pour toi ?

C’est la base du travail. Pour cet EP, les textes étaient écrits avant les musiques. Je pars toujours sur un texte et je l’habille après.

Es-tu satisfait de ce premier disque ?

On sent encore quelques influences et pour le prochain, il faudra que je ressere l’étau. Je ne suis jamais content de moi, alors quand j’écoute cet EP, je lui vois plein de défauts.

Tu écris beaucoup ?

Tout le temps. Il n’y a que comme ça que je me sens vivre. Dans la création… Il n’y a que quand je crée que je me sens utile.

Tu fais des EP pour quoi ?

Pour bouffer de la scène, pour partir en tournée. D’ailleurs, il faudrait que je trouve un tourneur et un éditeur.

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Après l'interview le 29 novembre 2016.

11 janvier 2017

Sophie Barjac : invité avec moi dans le Koby Show sur Air Show.

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15871820_848112281995509_5248354056073956618_n.jpgRécemment, je vois sur Facebook Arno Koby annoncer qu’il reçoit la comédienne Sophie Barjac dans son émission le Koby Show sur Radio Air Show. Il y a quelques mois, il m’avait reçu très gentiment pour mon livre sur Louane et j’avais beaucoup apprécié sa façon de mener l’interview. Je lui envoie un message pour lui dire qu’il avait de la chance de rencontrer cette actrice et lui explique combien je l’ai apprécié quand j’étais ado. Je regardais le feuilleton quotidien Anne jour après jour. En tout, 55 épisodes de 14 minutes, créé d'après l’œuvre de Dominique Saint-Alban, réalisé par Bernard Toublanc-Michel et diffusé à partir du 23 septembre 1976 sur TF1. Ce feuilleton racontait la vie mouvementée d'Anne, jeune infirmière anglaise, quiAnne jour apres jour (2).jpg va, après une déception amoureuse, retrouver en France un père et un frère jusqu'alors inconnus. Je ne sais pas pourquoi, mais je regardais tous les soirs les aventures d’Anne. Peut-être n’étais-je pas insensible à la beauté de Sophie Barjac ? On l’a vu aussi en 1975 dans A nous les petites anglaises et en 1977 dans L’Hôtel de la plage, deux œuvres de Michel Lang et dans bien d’autres films et séries.

Arno me répond : « Super ! Pourquoi ne viendrais-tu pas pour ton actu ? » Je réponds que je n’en ai pas. Au final, nous décidons que je viendrai évoquer mon blog qui vient de fêter ses dix ans et que je poserai des questions à l’invitée d’honneur.

Ainsi, l’émission a eu lieu le 9 janvier 2017 (et c’était un délicieux moment).

Pour l'écouter en intégralité, il faut cliquer ici.

Merci à Arno Koby et à Sophie Barjac. Voici quelques photos...

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Arno Koby a extirpé de cette heure d'interview 5 minutes... les voici.


Live AIR SHOW - Sophie Barjac et François... par Airshowradio

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Après l'émission, le 9 janvier 2017, avec Sophie Barjac et Arno Koby.

08 janvier 2017

Charlotte Savreux : interview pour L'année du déclic

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Mon amie Corinne Daunay (ancienne attachée de presse, mais professionnellement bien plus) me dit un jour « tu devrais lire le livre de mon amie Charlotte Savreux, il est excellent ».  Habitué à ce que l’on me recommande tel ou tel artiste, je suis toujours dans la méfiance. Copinage, toussa toussa… sauf que Corinne Daunay, j’ai une confiance absolue en ses goûts. Je me renseigne sur ce livre qui « redonne le goût du « tout est possible » à 66 millions de Français ». Là encore, ce n’est pas le genre d’ouvrage dont je parle habituellement. Par amitié, je lis. Et j’ai fini par dévorer tant ces témoignages m’ont passionné, voire m’ont reboosté. Je suis dans une période où j’ai des choix professionnels à faire, des décisions à prendre, L’année du déclic est tombée à pic.

Le 28 décembre dernier, j’ai donc rencontré son auteure, Charlotte Savreux pour un long et savoureux entretien. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité que ce soit la première mandorisation de l’année. A ce propos… belle année à tous !

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorArgumentaire officiel:

50 personnalités ouvrent le champ des possibles à 66 millions de Français

Ce livre revient sur le parcours de personnalités dont on connaît la réussite, sans pour autant deviner le cheminement parfois complexe qui les a menées vers la lumière et qui rend leur victoire d’autant plus belle et exemplaire. Une réussite honorable et une réalisation personnelle admirables tant elles semblaient, a priori, improbables. Rien ne les prédestinait à… et pourtant leur histoire trompe toutes les attentes et prouve combien tout est possible et pour tout le monde. Ils ont connu des premiers pas dans la vie fragiles, chaotiques ou des réussites suivies de revers, quand la vie bascule pour voler en éclats; mais en quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, ils se sont offert une seconde chance, celle de réorienter leur trajectoire, de sublimer leur vie et de transcender leur destin. En partageant leur expérience et en suivant leurs conseils, tout devient possible ! En misant sur la dynamique de l’exemplarité et de la contagion sont réunies dans de ce livre cinquante personnalités : artistes, chefs d’entreprise, politiques, résolument optimistes, qui refusent de vivre dans une époque de déprimés. Leur enthousiasme et leur foi en la vie inébranlables vous offrent l’essence de leur expérience au tempo de leurs succès et de leurs épreuves, et les fils conducteurs qui ont guidé leur parcours, pour mieux vous permettre de décrocher votre victoire. Car une société plus forte, plus bienveillante, est aussi la somme des engagements individuels.

Retrouvez Zaz - Thierry Marx - Maud Fontenoy - Frédéric Lenoir - Fadela Amara - Yann Arthus-Bertrand - Marianne James - Philippe Croizon - Jean-Pierre Mocky - Florence Servan-Schreiber - Éric-Emmanuel Schmitt - André Comte-Sponville - James Dyson - Stephane Hessel - Roselyne Bachelot - Frédéric Lopez - Louise Del Busto Gomez - Didier van Cauwelaert - Nicole Castioni - Michel Pouzol - Hervé de la Martinière - Denys Chalumeau - Mireille Nègre - Dani - Jean-Marie Bigard - Alain Ducasse - Mohed Altrad - Rougui Dia - Memona Hintermann - Daniel Picouly - Malika Bellaribi - Guy Laliberté - Guy Martin - Philippe Bouvard - Orianne Garcia - Christian Estrosi - Jean-Michel Apathie - Clara Gaymard - Thierry Saussez - Véronique Jannot - Jacques-Antoine Granjon - Mercedes Erra - Patrick Poivre d’Arvor.

L’auteure (source Wikipédia) :charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après avoir travaillé pendant 3 ans comme journaliste dans la rédaction de France 3 Normandie, elle présente de 2005 à 2010 l'émission Bien-être sur Direct 8. Puis, elle rejoint France Télévisions pour y animer des émissions et des évènements exceptionnels comme La Nuit Blanche (6 heures de direct sur France 3) ou le Téléthon. À partir de 2012, elle rejoint France 5 pour y tourner une série documentaire Une Vie Ailleurs où elle part en immersion à la rencontre de communautés coupées du monde puis participe en septembre 2013 au lancement de l'émission La Quotidienne en y animant deux chroniques hebdomadaires sur la consommation.

Elle vient de publier: L'année du déclic - Et si c'était la vôtre...? Editions Balland.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorInterview :

Ce livre a une dimension personnelle et sociétale.

En 2017, les gens vont être dans l’espoir d’un changement politique. L’idée, c’est qu’on ne peut plus être en attente de tout et de tout le monde. On ne peut plus tout attendre d’un chef de l’état, de son employeur, de la sécurité sociale… à un moment, il faut aussi pourvoir à sa propre trajectoire. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, figée, enfermée, si soi-même on n’offre pas à sa vie cette bouffée d’oxygène dont on a besoin. Je pars du principe que c’est en se changeant individuellement et en étant dans une dynamique d’action qu’on pourra changer les choses. Mon leitmotiv c’est « espérer moins, agir plus ».

Pour toi, la société française est défaitiste ?

De manière collective, oui, mais individuellement, je rencontre des gens qui sont dans une dynamique d’action et qui veulent faire bouger les choses. De manière générale, on sent que les gens sont dans une forme de rétention aux autres ou par rapport à leur propre vie.

Les gens ne veulent pas sortir de leur « cadre » ?

Pas souvent. Ce cadre étriqué leur permet de se protéger, mais il en vient à brider leur potentiel et leur vie. Certains finissent par être enfermés dans leur bulle tellement ils ont peur de l’extérieur. Nous sommes plus dans une société de peur que dans une société d’actions et d’envies.

As-tu appris sur toi-même en écrivant ce livre ?

Il y a tellement de sujets potentiels d’écriture que quand tu choisis un angle, ce n’est jamais par hasard. charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Tu aimes faire bouger les choses, transmettre et permettre l’ouverture vers l’extérieur.

J’ai la curiosité de ce qu’il se passe dans mon environnement et surtout, j’aime ouvrir le champ d’horizon aux autres. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Si je veux permettre aux gens qu’ils soient acteurs de leur propre vie, je n’ai pas l’ambition d’imposer une manière de vivre ou une manière de penser. Je n’infantilise pas le lecteur. Si je peux faire en sorte que chacun aille au-delà d’un postulat de départ, ce sera déjà pas mal.

Ce livre est le cheminement logique de ce que tu as toujours fait à la télévision.

Pendant cinq ans, j’ai animé une émission de 52 mn en direct sur le bien-être. J’ai toujours considéré que la thématique du bien-être était sous-estimée. Pour moi, le développement personnel est un sujet de société. Cette société n’a d’ailleurs pas besoin d’un nouveau président de la République, mais d’une bonne psychanalyse. Dès lors que nous aurons déverrouillé les peurs,  là, on pourra se remettre dans une dynamique d’actions. Avec ce livre, j’essaie d’apporter le déclic qui te fait passer de l’intention à l’action, qui te fait transformer une épreuve en une expérience de vie et qui fait passer des « nons » successifs en un « oui ».

Que projettes-tu dans ce livre ?

D’être bien dans son histoire. A l’école, on apprend à compter, lire, écrire, mais pas à vivre. Toute notre vie, on apprend à bien vivre en relation avec la personne que l’on est. Je ne crois pas du tout au bonheur que l’on te vend à tout prix, il n’y a pas pire pour rendre les gens malheureux. L’essentiel est d’être dans l’histoire qui nous convient.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorLa société souffre d’un potentiel bridé ?

Oui, alors qu’on a tous un potentiel extraordinaire. Quand, soi-même, on n’a pas le courage d’aller exploiter le potentiel qui est le nôtre,  d’aller porter nos propres projets, la vie risque de s’en mêler en apportant des secousses sismiques. Je vais citer Albert Camus : « C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible été. »

Ton livre porte des valeurs dont la société a besoin.

Notre époque nous demande du courage, de la persévérance, du goût de l’effort et du sens de la responsabilité. Quelle plus belle victoire que celle qui nous a demandé du courage, de l’audace et de la persévérance ?  Je suis certaine qu’on ne peut pas avoir une grande réussite, sans avoir eu une prise de risque à un moment.

Notre vie est-elle jalonnée de déclics ?

Oui et c’est tant mieux, car les déclics c’est ce qui permet de rebattre les cartes du jeu de sa vie. La vie n’est pas une autoroute linéaire. Il y a des périodes où les choses sont limpides et fluides et puis d’autres où il y a des ronds-points, des départementales un peu plus en retrait et c’est bien aussi. Les gens veulent tellement être toujours rassurés qu’ils souhaitent voir les mêmes paysages. Mais la vie est une aventure, une salle de classe où on apprend tous les jours. Il ne faut pas avoir peur des virages et des changements, car ils sont une chance formidable d’avoir des tremplins sur lesquels s’élever et rebondir.

D’après ce que j’ai compris, le déclic ne vient jamais de l’extérieur.

Non, il ne vient pas d’un appel téléphonique ou d’une proposition quelconque, tu as raison. Il vient toujours de soi. C’est nous-mêmes qui osons faire le pas supplémentaire, et là, sur le cheminement, la vie s’en mêle, les opportunités apparaissent. Je peux dire qu’au moment du déclic, on est seul, mais pendant le cheminement, jamais.

Faut-il être ambitieux ?

Quelle plus belle ambition que de réussir sa vie et de mettre toute celle-cicharlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor à son  propre service ? Ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi et de sa vie. En mettant toute son énergie au service de sa trajectoire personnelle, cela permet aussi à notre lignée familiale de s’élever. Le but, c’est d’être meilleur que nos parents et que nos enfants soient meilleurs que nous. De plus, en servant notre propre trajectoire, on va pouvoir nourrir la société de valeurs beaucoup plus vertueuses que celles que l’on a aujourd’hui.

Tu dis qu’il faut prendre la vie comme un jeu plutôt qu’un enjeu.

Les gens ont tellement peur que tout est devenu grave. Il faut s’amuser des décisions à prendre et d’essayer les choses. Quand tu es dans cette posture-là, la vie te le rend au centuple. Une invité que j’ai reçu dans une de mes émissions m’a dit « quand tu fais un pas dans la vie, la vie en fait dix pour toi. »

Nous avons besoin de positif et de se requinquer.

On a aussi besoin d’être remué.

C’est ton premier livre. Es-tu émue ?

Pour moi, la plus belle aventure de cet ouvrage, ce n’est pas la sortie, c’est le cheminement qui m’a mené jusqu’à lui. Je me sens comme une passeuse. Ce livre ne m’appartient plus, il appartient au grand public.

Ce livre a été un vrai virage pour toi.

Un virage à 180°. Je suis passé d’un travail solitaire à un travail collectif. J’ai toujours participé aux projets des autres et c’était la première fois que j’écrivais pour un projet qui m’appartenait. C’était un peu mon objectif de cette fin d’année 2016.

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Après l'interview, le 28 décembre 2016.

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