Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Virgule : interview pour l'EP Maelstrom | Page d'accueil | Garner : interview pour l'EP En plein coeur »

22 janvier 2017

Mell : interview pour le double album Déprime et collation

mell,déprime et collation,interview,mandor

Déprime et collation est le 6e album de Mell. Ce double-album, en fait, est composé d'une vingtaine de titres en français où l'identité sonore mêle voyage musical et vibration rock. Un disque doux, tendre mélancolique et parfois en colère.

Uppercut garanti à l’écoute de ce  disque new wave-disco-blues-rock-punk-electro qui fait virevolter la tête et les jambes. Assurément l’un des grands albums français de l’année.

J’avais déjà reçu Mell à l’agence il y a trois ans pour son album Relation Cheap (voir ici). Le 25 novembre 2016, elle est revenue pour la deuxième fois… et c’était un pur bonheur.

mell,déprime et collation,interview,mandorArgumentaire de presse (un peu écourtée) :

C’est depuis Montréal que Mell nous livre son sixième album Déprime & Collation. Construit entre chansons et morceaux instrumentaux, ce double-album livre un réel parcours. L’hiver et les amours troubles planent sur un son lo-fi, l’univers reste espiègle et enlevé mais la composition nous plonge dans une nouvelle atmosphère.

Cet album ménage un espace où ambiances haletantes et passages plus méditatifs dansent une gigue tantôt langoureuse, tantôt sur un rythme tendu.

Déprime & Collation marque par la diversité de ses tonalités : la chaleur et la délicatesse côtoient l’amertume et le doute avec une certaine urgence – sans oublier l’ironie et l’insolence qui sont déjà la marque de fabrique de Mell.

L’outre-tombe et l’urgence de vivre s’effleurent dans un flirt risqué. Le versant tête brûlée de la musique de Mell est toujours au rendez-vous mais les mots, insolents, tremblent néanmoins. Les blessures ouvertes fréquentent l’autodérision, le jeu, pour un western émotif qui sait trouver son inquiétante étrangeté.

Mell propose un album audacieux, une expérience d’écoute riche et de belles promesses pour l’à-venir.

mell,déprime et collation,interview,mandor

Interview :

Pourquoi t’es-tu exilée à Montréal en 2014 ?

Je me suis rendue là-bas par amour. Il fallait aussi que je trouve des buts professionnels, sinon, ça n’avait pas de sens d’immigrer. Ça faisait longtemps que je voulais faire une école de son, je suis donc partie avec un visa étudiant.

Tu trouvais que tu avais des carences dans ce domaine ?

J’avais des connaissances empiriques assez floues. J’utilisais des logiciels, mais je faisais n’importe quoi. Je mettais beaucoup de temps pour faire sonner ma musique comme je l’entendais et je n’étais jamais vraiment contente. Ça me frustrait. J’ai voulu mettre de l’ordre dans ces connaissances-là. J’ai donc repris tout depuis le début.

Cette école de son était-elle difficile ?

Je ne sais pas. Il ne me semble pas. On m’a dit que j’ai eu les meilleurs résultats depuis que l’école existait.

Ton passé musical a dû t’aider, non ?

Je ne crois pas. J’ai surtout bossé comme une malade.

Clip de "Au cinéma".

Tu as donc appliqué ton nouveau savoir sur ton nouvel album ?

Oui. Pendant l’année, j’ai passé mon temps, soit à l’école qui possède plusieurs studios d’enregistrement, soit dans mon local de répétition. J’ai passé un an à enregistrer et mixer des morceaux pour mes copains ou pour moi, tout en composant.

Tu as même monté ton propre studio.

J’y ai enregistré tous les instrumentaux de mon disque et mixé la moitié.

Par contre, pour ta voix, tu n’as pas pu travailler seule ?

Non, c’est difficile de travailler sur sa voix, c’est même pour moi insupportable. Comme je ne me considère pas comme une bonne chanteuse, j’avais besoin de quelqu’un qui avait du recul. J’ai donc fait appel au réalisateur Laurent Lepagneau. Il me connait bien parce qu’il a déjà travaillé sur mon précédent album, Relation Cheap. C’est une des rares personnes à qui je peux envoyer des bouts d’embryons de chansons et qui est capable de me recadrer immédiatement. Il parvient à m’amener une vision plus large de ce que je propose à la base.

mell,déprime et collation,interview,mandor

A une époque où la majeure partie des artistes sortent des EP, toi, tu sors un double album…

Si personne ne va à l’encontre des règles du marché actuel, rien ne peux bouger. Pour moi, faire des EP, c’est se plier aux journalistes qui ne veulent pas écouter beaucoup de chansons, à la maison de disque qui ne veut pas prendre beaucoup de risques…

Oui, mais toi, tu as la chance d’avoir un label qui te soutient.

C’est vrai, j’en ai conscience. Il me fait confiance et il est ouvert. Mon disque n’est pas seulement un double, c’est un double dans lequel on s’est permis de l’expérimentation. Ca invite à prendre son temps et à penser l’album différemment.

Comme David Lynch, je suis certain que tu n’aimes pas que ton œuvre se comprenne comme une évidence.

C’est marrant, c’est la deuxième fois que l’on me parle de Lynch en deux jours. Ça me plait comme remarque en tout cas. David Lynch ou Jim Jarmusch, ce sont plus que des références. J’adore le mystère. J’aime bien qu’il y ait dans ce que je fais plusieurs lectures et dimensions. Que tout ne soit pas accessible à la première écoute.

mell,déprime et collation,interview,mandor

A quoi servent les instrumentaux qui figurent sur ton disque ?

Ça permet du relief et de la profondeur à la chanson précédente. Ça permet aussi de faire un break de paroles. Ce que l’artiste se doit d’incarner pour des gens qui travaillent dans des bureaux de 9 heures à 17 heures, c’est la liberté. Dans cet album, je prends clairement la liberté de faire ce que je veux.

Ce qui est bien avec toi, c’est que quand un nouveau Mell arrive, on sait que ce sera toujours différent du précédent.

(Rires) Mais du coup, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire pour le prochain. Pour être franche, je ne sais pas toujours où je vais.

En tout cas, tous les articles sur ce nouvel album sont dithyrambiques. On crie presque au génie.

Ça m’hallucine ! J’ai l’impression que les journalistes ont tous compris ce que je voulais faire. Presque mieux que moi.

J’ai lu dans le dossier de presse : « On s’imprègne d’une atmosphère plus apaisée mais aussi déroutante… Mell nous offre une plongée dans les eaux troubles et profondes de son âme. » Apaisée et eaux troubles de son âme… je trouve que ça ne va pas ensemble.

Tu peux être apaisée avec le trouble de ton âme. Apaisée, c’est faire la paix. Faire la paix avec qui tu es, avec tes fragilités et ta vulnérabilité. Je pense que cet album, c’est exactement ça. C’est un disque qui est sur le fil, qui est un peu fragile. Je me permets des choses, donc je me mets en danger. Je peux justement le faire parce que j’ai fait la paix avec mes eaux troubles. C’est de la philo (sourire).

Clip de "Ton corps j'ai crié".

J’ai lu quelque part que c’était un disque complet et complexe. C’est tellement ce que je pense…

Il faut prendre un moment pour rentrer dans mes chansons. Si quelques personnes prennent le temps de s’arrêter pour écouter, rentrer dans ce que je propose, se laisse aller, pour moi c’est gagné.

Tu trouves qu’il faut faire bouger les lignes bien tracées de la chanson française ?

Je ne réfléchis pas à ça quand je fais un disque. Je ne sais jamais ce qui va se passer quand je commence.

Tu aimes les interviews ?

Elles me permettent parfois de comprendre ce que je viens de faire. Si je ne devais pas répondre à des questions très précises, je n’y réfléchirais pas.

mell,déprime et collation,interview,mandorDésormais, tu es ingénieure du son. Tu gagnes ta vie ainsi à Montréal.

Ça me fait du bien d’être au service d’autres projets. Je travaille du son et ça me rend heureuse. J’adore ça. Je  peux passer des heures à explorer le son. Je me fais embarquer par ça. C’est mon vecteur, c’est ce qui m’attire. Je passe des heures et des heures sur mes logiciels, sur mes machines. Je suis un peu autiste. C’est un peu difficile pour la personne qui vit avec moi. Quand je fais de la musique instrumentale, je rentre dans un état second, je suis un peu en transe.

Tu rêves de quoi dans la musique ?

De faire des musiques de films par exemple. J’en ai déjà fait pour des documentaires et des pièces de théâtre. J’ai la vie devant moi pour atteindre les objectifs que je me suis fixée.

mell,déprime et collation,interview,mandor

Après l'interview, le 26 novembre 2016.

mell,déprime et collation,interview,mandor

Les commentaires sont fermés.