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05 décembre 2016

Romain Didier : interview pour Dans ce piano noir

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Artiste discret, Romain Didier est l’un des auteurs compositeurs les plus prolifiques de la chanson française, comme en atteste la richesse de sa discographie. Chanteur au style sobre et au talent intemporel, attiré aussi bien par le piano-voix, le jazz ou le symphonique, il nous offre un répertoire teinté de poésie et d’humanisme. Dans ce nouveau disque, Dans ce piano noir, tel un concerto en trois mouvements, il retrace le parcours intime et sans escale de son univers d’auteur-compositeur entouré des mélodies qui l’ont nourri.

C’est ma deuxième rencontre avec Romain Didier. La première s’est tenue le 10 novembre 2005. Il était accompagné de son alter ego, Allain Leprest. J’en garde un riche souvenir que je raconte là.

Le 22 novembre dernier, j’ai eu l’honneur de le recevoir à l’agence. Nous avons parlé de son nouvel album et de son rapport à la musique en général.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album:

« Quand on fait du piano-voix, on ne le fait pas par défaut ni par manque de moyen, mais par envie. Pour moi, le piano-voix, c’est le fusain ou le crayon par rapport à la peinture. On va à l’essentiel, c’est le plaisir de la ligne droite.  On ne peut pas tricher, c’est un jeu de la vérité » explique Romain Didier.

Dans ce piano tout noir, il y a les chansons de Romain qu’il nous distille sur le ton de la confidence avec en guise d’intermèdes musicaux les perles du répertoire de la chanson francophone: Aznavour, Barbara, Ferré, Lemarque...

Dans ce piano tout noir, il y a les souvenirs, les beaux échos et le temps qui passe, la mémoire sépia parfois, il y a les chansons de toutes ces années qui se répondent.

Dans ce piano tout noir, il y a l’opéra de sa vie... toute l’âme de Romain Didier.

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(Photo : ChanTal Bou Hanna)

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorInterview :

D’où vous est venu l’idée de faire ce disque piano-voix?

J’avais envie de réunir toutes les chansons de mon répertoire dont j’ai écrit les paroles et composé la musique. Je ressentais le besoin de retrouver mes outils d’artisan que j’ai commencé à utiliser il y a une trentaine d’années et que je continue à manier aujourd’hui. C’est quand je suis au piano que je me sens le mieux. Je m’y sens en état d’équilibre. C’est au piano que je me sens le plus moi, parce que le plus nu, le plus vrai. J’avais aussi envie d’emmener les gens dans un voyage et d’enchaîner les chansons, un peu comme la vie s’enchaîne.

Il y a aussi des extraits de chansons qui ne vous appartiennent pas, mais qui font le lien avec les histoires que vous racontez.

L’extrait, pour ce qui est de la mémoire collective, pour ce qui excite les sens, c’est suffisant. 10 secondes de « Pour un flirt » suffisent à ramener quelqu’un à une époque, à des souvenirs.

Telles que vous interprétez ces chansons, cela donne l’impression qu’elles sont de vous ? C’est très fort.

C’est parce que tout passe par mon filtre. Le danger, c’est que l’on puisse dire que je m’approprie des chansons qui ne sont pas de moi. C’est pour ça que, dans le livret, je crédite les auteurs que je chante. L’avantage du piano-voix, c’est que cela ramène tout à un coté complètement intemporel.

Les chansons des autres que vous avez choisi, sont-elles celles que vous auriez aimé écrire vous-même ?

J’aurais adoré écrire toutes les bonnes chansons. En tout cas, ma démarche n’a pas été de rendre hommage. J’ai pris des chansons qui faisaient miroir avec ce que j’évoque dans les miennes.

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Vous avez sélectionné facilement les chansons de votre répertoire ?

Ça n’a pas été facile. J’ai finalement choisi les chansons avec des sujets qui mettent en valeur une vie qui avance.

Avez-vous tout dit de vous dans vos chansons ?

Est-ce que c’est « tout dire de soi » ou est-ce que c’est « tout dire des autres à travers soi » ? A mon avis, une vie ne suffit pas à faire une œuvre. A moins d’avoir une vie exceptionnelle, une vie amoureuse très dense, sa vie à soi n’a pas grand intérêt. Pour moi, une chanson doit contenir en trois minutes quelque chose qui touche un maximum de monde. Une chanson qui ne réussirait pas à faire en sorte que les autres se reconnaissent dedans serait une chanson loupée. 

A-t-on le droit de faire une chanson uniquement pour soi ?

Je ne vois pas comment faire une bonne chanson sans laisser un peu de part au rêve. Je pars du principe que tout ce que j’ai vécu, tout le monde l’a vécu. La question est : comment faire pour que ce que j’ai vécu puisse devenir universel?

Vous savez que vous êtes une référence pour beaucoup d’autres artistes ?

Il y  a parfois des gens qui me communiquent leur affection et qui me disent que je leur apporte quelque chose. On est tous des maillons et des passeurs de quelque chose, donc je suis content de rentrer dans cette chaine-là. Je suis content de savoir que de jeunes artistes se sont nourris de mes chansons. Mais je n’en tire aucune gloire.

Vous arrive-t-il d’aller voir des concerts de jeunes artistes ?

Très peu. J’écoute beaucoup de musiques classiques, je fais moi-même beaucoup de musiques, j’ai toujours des projets de créations à droite, à gauche. Ca n’arrête pas, alors j’ai peu de disponibilité pour écouter autre chose.

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On peut dire que vous êtes un musicien d’origine « classique » ?

Oui. Mes parents étaient tous les deux des musiciens « classiques », plutôt savants. Mon père a été Prix de Rome de composition, il a dirigé l’Ecole Normale de Musique à Paris et l’Orchestre de chambre de l’ORTF. Il a fait beaucoup de conférences aussi. Ma mère, elle, était cantatrice à l’Opéra de Paris. Je suis né de tout ça. J’ai rattrapé au vol tout ce que je pouvais.

Quand vos parents ont vu et entendu ce vers quoi vous vous dirigiez, la chanson, ils l’ont bien pris ?

J’ai la chance d’avoir eu des parents qui pensaient qu’il n’y avait que de la bonne ou de la mauvaise musique. Ils aimaient bien ce que je faisais, il me semble.

Ce disque que vous sortez, est-ce aussi un moyen pour que l’on redécouvre votre œuvre ?

Avant de réécrire un nouvel album, j’avais juste envie de poser quelque chose. J’ai la chance inouïe de faire ce métier dans des conditions qui ont évolué depuis mes débuts en 1981. J’ai eu la chance inouïe d’avoir rencontré Allain Leprest et d’avoir eu une collaboration de 26 ans avec lui. A sa disparition, il y a 5 ans, je me suis retrouvé légitimement a beaucoup d’hommages. Aujourd’hui, j’ai voulu rappeler que j’étais aussi auteur.

Depuis la disparition d’Allain Leprest, vous vous sentez seul ?

Ce qu’il a écrit était fulgurant et magnifique, mais c’est surtout l’ami qui me manque.

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Pendant l'interview.

Vous écrivez pour d’autres, c’est plus simple pour vous ?

Oui. Il n’y a pas le même  enjeu et le champ du possible est sans limite. Quand on écrit sur soi, on est ce que l’on écrit, avec toute l’impudeur que cela peut représenter. Pour moi, plus ça va, plus c’est difficile d’écrire. J’ai l’impression d’avoir déjà tout raconté.

Les artistes écrivent tous sur les mêmes sujets, non ?

On écrit sur la nostalgie, l’amour, les disparitions, la mort, la vie, les femmes, les enfants, la société… il faut juste éclairer ces thèmes avec sa caméra à soi.

Le monde vit quelques bouleversements assez tragiques depuis quelques mois. Êtes-vous tenté d'évoquer l’actualité immédiate ?

Tout ce qu’il se passe me touche, me bouleverse. Mais il faut que je digère de façon très organique. Une fois que c’est digéré, je peux commencer à entrevoir l’espoir d’en faire une chanson. Le sens de la formule, chez moi, ça se travaille. L’écriture de texte me demande beaucoup plus de temps et de réflexion que l’écriture de la musique qui, elle, est beaucoup plus instinctive. C’est pour ça que c’était bien de travailler avec Leprest. Il avait en permanence une hémorragie de textes et moi de musique. On pouvait faire trois chansons dans la journée.

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Après l'interview, le 22 novembre 2016.

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