Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Jules et son Vilain Orchestra : interview pour l'EP Nos vedettes | Page d'accueil | Donoré : interview pour L'amour en deux »

02 décembre 2016

Batlik : interview pour XI Lieux

batlik,11 lieux,interview,mandor

(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorBatlik est un artiste sans compromis, authentique au timbre unique, sensible et puissant. 12 ans maintenant qu'il martèle sa guitare et écrit ses textes avec la même énergie, restant fidèle à son art et son indépendance ainsi qu'au public. Après avoir exploré les mauvais sentiments (voir précédente mandorisation de l’artiste) et après avoir pris la casquette de producteur pour Sages Comme des Sauvages, Batlik revient avec un album charmant et profond, XI Lieux.

Le 4 octobre, ce brillant et ténébreux artiste est venu à l’agence m’en parler.

Photo en concert ci-dessus : David Desreumaux/Hexagone.

Celles en studio (qui ornent avec majesté cette chronique): Toine.

Celle à l'agence (tout en bas): Marie Britsch.

Argumentaire (officiel) du disque :

Batlik est devenu musicien à presque 30 ans, sans jamais y avoir songé avant. Est-ce pour rattraper ce batlik,11 lieux,interview,mandorretard qu'il a depuis une décennie enregistré un album par an? 

Suivre son parcours musical revient à feuilleter un album photo. Les thèmes, l'écriture et l'orchestration ont muri avec l'artiste, lentement, pas à pas, mais avec une rare persévérance. La chanson, d'abord réaliste ou militante, soutenue par une voix et un jeu de guitare scandés et percussifs a progressivement cédé la place à une musicalité plus dense, une interprétation plus ample autour de thèmes et d'une écriture toujours plus chargés de poésie. 

Il s'agit de faire de la musique comme on respire, toujours, tout le temps, mais en s'en rendant compte, sans oublier que cela nous fait vivre.

Ce 11ème album, XI LIEUX est l'occasion de revenir à une orchestration épurée guitare/voix, et pour la première fois Batlik s'accompagne de subtiles touches de sample, qui apportent modernité et fraicheur à cet album concept. Batlik a pris en charge l'écriture, la composition, la réalisation, l'enregistrement et le mixage, conférant à ces 11 titres une définition toute particulière.

batlik,11 lieux,interview,mandor

(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorInterview :

XI Lieux, c’est pour signifier que c’est le 11e disque ?

11 lieux, 11 albums. Et dans chaque morceau, on retrouve un lieu. Parfois, il est vrai que pour voir le rapport avec un lieu, il faut chercher un peu parce que ce ne sont pas que des lieux géographiques. Par contre, chaque titre est un lieu.

J’adore ton écriture et nous sommes nombreux dans ce cas.

Je la maîtrise pourtant de moins en moins. Je pense que la place que je prends par rapport à l’écriture a changé. Pendant longtemps, j’utilisais l’écriture et j’avais l’impression de la maîtriser pour faire passer un discours. Mes premiers textes étaient d’ailleurs de l’ordre d’un discours, un discours d’homme politique ou un discours de marketing.  Et de plus en plus, comme l’écriture est devenue quelque chose d’important au fil des années, je me rends compte que c’est une idée bien prétentieuse que de s’imaginer qu’on va pouvoir maîtriser les mots. En fait, ce sont eux qui te maîtrisent. Aujourd’hui, j’ai un rapport à l’écriture qui est beaucoup plus humble, voire même soumis. La pire des choses que tu puisses faire avec l’écriture, c’est justement de la maîtriser.

Désormais, ton écriture te surprend toi-même ?

C’est absolument ça.  En écrivant un texte, j’ai l’impression de voir un semblant de sens, mais c’est comme si ce n’était pas moi qui l’avait trouvé. C’est l’écriture qui me l’apporte. Maintenant, j’ai beaucoup de mal à écouter des artistes, à lire des auteurs qui utilisent l’écriture pour arriver à discourir avec.  Je trouve ça trop réducteur. Et,  je le répète, je l’ai fait pendant des années. L’espèce d’ouverture que me procure le fait de ne plus utiliser l’écriture, mais de se laisser utiliser par elle, est insondable. Ça ouvre de très nombreuses perspectives nouvelles.

Quand on n’a plus le contrôle, du coup, c’est plus facile d’écrire ?batlik,11 lieux,interview,mandor

La peur par rapport à l’écriture reste la même. Justement parce que tu sais qu’elle te maîtrise et que du coup, tu ne sais pas non plus ce que cela va engendrer. Mais je pense que je suis plus à l’aise dans la place du contrôlé que celle du contrôlant, du soumis que celle du maître. J’ai désormais une certaine candeur.

Que s’est-il passé pour qu’il y ait eu chez toi cette réflexion sur l’écriture ?

C’est grâce à ma femme qui est psy. Elle ne savait pas que j’étais musicien quand nous nous sommes rencontrés et quand elle l’a su, ça ne l’a pas intéressé plus que ça. Un jour, je lui ai demandé de me dire ce qu’elle pensait de mon travail. Elle m’a dit qu’elle n’appréciait guère l’écriture que j’avais.

Ça t’a vexé un peu ?

Bien sûr. Enfin, ça m’a touché. En même temps, je sentais qu’elle mettait le doigt sur quelque chose que je n’avais pas formulé, mais que je savais déjà. Je me suis rendu compte que, pendant très longtemps, je prenais de haut le métier que je faisais. Mon épouse, qui justement utilise le langage, m’a dit qu’on n’utilisait pas le langage. On croit qu’on peut l’utiliser, mais c’est une erreur. Désormais, j’apprécie les artistes qui ne sont pas maîtres de leur art et qui ne s’en servent pas. On doit être au service de son art, mais on ne doit pas l’utiliser. Aujourd’hui, je suis plus heureux parce que les choses se sont inversées, comme dans un miroir. Je suis devenu le reflet du musicien que j’étais avant.

Clip de "Ailleurs", tiré de l'album XI Lieux.

batlik,11 lieux,interview,mandorCe positionnement par rapport à l’écriture te positionne-t-il différemment par rapport à la musique ?

Certainement. J’avais envie de faire une tournée seul et c’est la tournée qui m’a dicté comment faire ce nouveau disque. J’avais envie de faire des chansons en guitare-voix. Finalement, je n’ai pas été si courageux. J’ai ajouté d’autres instruments.

Mais avec parcimonie.

Il n’y a pas la section rythmique, par exemple. J’ai passé beaucoup de temps sur ce disque-là. Je l’ai écrit, enregistré et mixé tout seul. Il n’y a plus de contrainte et qui dit « plus de contrainte » dit « la plus grande de toutes les contraintes ». Il n’y a pas de choix plus terrible que d’avoir tous les choix. C’était un peu comme d’apprendre une autre langue. Au début, je ne comprenais foutrement rien et au bout de 4 mois, j’ai commencé à m’en sortir.

Tu te sentais seul ?

Oui. C’était éprouvant. J’étais de très mauvaise humeur. J’avais vraiment des crises d’angoisse et de panique. A l’arrivée ça donne un disque qui est étrangement mixé, mais il fallait que je fasse comme ça pour envisager les prochains disques. Ça m’a donné une vision sur ce qu’était le travail de mixeur. Pour les prochains albums, j’aurai vraiment acquis ce petit plus de savoir qui me permettra d’emmerder davantage le type qui mixera le disque.

Clip de "Dans le maintenant", tiré de l'album XI Lieux.

Tu as la réputation d’être quelqu’un d’un peu dur quand tu enregistres, t’es-tu radouci ?

Malheureusement pas. Je continue  m’embrouiller systématiquement avec les gens avec lesquels je travaille. Il y a un moment où je perds le contrôle et où je casse la relation. Les seules personnes avec lesquelles ça dure depuis très longtemps, ce sont des personnes qui n’ont pas accès au langage, ceux qui ne parlent pas. Quand je ne connais pas les gens, je suis quelqu’un de très cordial, mais dès qu’il y a un niveau d’intimité qui s’installe, je n’arrive pas à le gérer. Je n’arrive pas à gérer le rapprochement.

Ta femme ne t’explique pas pourquoi ? C’est pourtant son métier…

C’est son métier, mais je ne suis pas son patient. Cela dit, elle mène ce combat-là aussi. Je me rends compte que tous les gens que je côtoie sont confrontés à ça. A un moment, j’ai considéré que la musique pouvait être de l’ordre de la thérapie, mais non. Ça ne fonctionne pas non plus. Il faut que je trouve autre chose. L’Autre m’énerve, car j’ai la sensation qu’il m’envahit.

"Saint-Nazaire" en acoustique avec Sages comme des sauvages (morceau original sur l'album XI Lieux).

Puisque c’est ta femme qui est à l’origine de ton changement d’écriture. Que pense-t-elle du Batlik nouveau ?

Elle aime beaucoup plus ce que je fais aujourd’hui. Comme dans la vie de tous les jours je suis quand même un enfoiré, il faut que je me rattrape sur ce que je fais pour séduire ma femme. Je me rends compte qu’elle m’inspire énormément. Récemment, je regardais les séminaires qu’elle avait faits ses dernières années et les textes que j’avais écrits. Je suis obligé de constater qu’il y a une espèce de calque. Je lui dis souvent qu’un jour, il faudrait faire des choses ensemble. Il faudrait que ses paroles à elle et mes chansons à moi se croisent. J’espère que ça se fera un jour.

Ton épouse est ta muse ?

J’espère bien. C’est la base. Les gens qui écrivent, écrivent tout le temps pour quelqu’un. L’écriture est forcément un rapport à l’autre. Au début, j’ai écouté Duras dire qu’on écrivait par vengeance, à l’époque ça m’avait beaucoup parlé. Je découvre depuis quelques années, que tu peux aussi écrire par séduction. On écrit pour avoir un pouvoir sur l’Autre. Mais l’autre, ça devient moi. Ça ne veut pas dire que ça devient vraiment moi, ça veut dire que j’ai de plus en plus de facilité à faire de moi un autre. Et ça, je crois que ça plait à ma femme (sourire).

"Paradis" en version acoustique (morceau original sur l'album XI Lieux).

Regrettes-tu que certaines anciennes chansons existent ?

Je regrette toutes mes chansons d’avant l’album de 2012, Le poids du superflu. Je crois que j’ai commencé à écrire depuis ce disque-là. Ceux d’avant, je n’écrivais, je discourais. Et comme je te l’ai dit tout à l’heure, discourir n’est pas écrire.

Te moques-tu de ce que l’on pense de toi et de ton œuvre ?

Je ne m’en moque pas. Ça n’a rien à voir avec moi, c’est tout. Il y a des chansons que les gens adorent et que je déteste et vice versa. Il n’y a pas de jugement de valeur à avoir. C’est comme c’est.

Tu as écrit une chanson sur les attentats du 13 novembre en France, « Barbarie ». Tu t’es demandé s’il fallait traiter ce sujet étant donné que beaucoup d’artistes l’ont fait aussi ?

C’est la chanson la plus difficile que j’ai eu à écrire parce qu’effectivement, le discours existait. Alors comment faire quand on veut s’extraire du discours mais que l’idée est déjà là ? J’ai écrit la chanson maintes fois et quand je la relisais, je me voyais parler. A un moment, enfin, le mot barbarie est sorti. Je me suis mis à tourner autour de ce mot-là.

batlik,11 lieux,interview,mandor

A l'issue de l'interview, le 4 octobre 2016.

batlik,11 lieux,interview,mandor

Écrire un commentaire