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30 novembre 2016

Laurent Kebous : interview pour le premier album du groupe Télégram

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Vous connaissez certainement Les Hurlements d'Léo, le groupe de Laurent Kebous (déjà mandorisé là il y a un an). Télégram est son nouveau projet. Une nouvelle aventure  pour cet artiste qui tourne depuis vingt ans déjà.  Il est accompagné de sa femme Chloé Legrand à la guitare électrique, de Julien Perugini à la contrebasse et aux stomps, de Vincent Serrano aux instruments du monde (oud, kora, saxophone, clavier…).

« Télégram est un jeune groupe sur le fil de l’émotion -stop- qu’elle vienne de l’énergie d’une résistance –stop- de la beauté du sentiment –stop- de la douceur d’une mélodie. Un petit monde ouvert sur le grand –stop- à savourer non-stop. »

Le 18 octobre, c’est un Laurent Kebous essoufflé par la vie parisienne qui m’attend dans un bar pour me parler de ce beau projet.

e9c1cf_1efe157ac0044be6bc98c1e240633b5f.jpgBiographie officielle :

Voix, textes, poésie crue et lucide, c’est ce qu’offre TÉLÉGRAM. TÉLÉGRAM, c’est aussi une rencontre, celle d’une bande de musiciens, tous passionnés, tous différents, aux expériences musicales passées multiples, qui s’accordent pour vous offrir une nouvelle rencontre musicale au fil d’arrangements à la fois dépouillés et sincères, où les climats différents s’enchainent, se heurtent et se rencontrent. Ce mélange est rythmé par les instruments aussi multiples que les atmosphères qu’ils créent, guitare folk, violon, oud, Steel guitare, guitare électrique, contrebasse, stomp, et bien sûr voix donnent aux mots de TÉLÉGRAM une musicalité toute particulière qui charme celui qui l’écoute comme un serpent… Mais rien à craindre, ce charmeur, composé de Laurent Kebous des « Hurlements d’Léo », de son comparse Vincent Serrano, lui aussi « Hurlements d’Léo », Chloé Legrand de « La Cafetera Roja » et Julien Perrugini de « Damage Case », vous veut du bien et vous emmène au fil de ses mélodies nouvelles et inconnues, mais aussi au fil de chansons plus connues qu’ils sauront vous faire redécouvrir comme celles de Mano Solo, de Léonard Cohen ou même de Serge Gainsbourg. Et nul doute que ce « TÉLÉGRAM sera la plus beau de tous les télégrammes que vous recevrez jamais. »

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IMG_1619.JPGInterview :

Tu aimes beaucoup les projets parallèles dis donc !

J’aime beaucoup les projets. Ils ne sont pas parallèles. Sur cet album de Télégram, je me retrouve avec des gens que j’ai croisés lors de mon hommage à Mano Solo. Sans cet album, je ne sais pas si Télégram existerait.

Comment est né Télégram ?

Je donne un concert des Hurlements d’Léo le 12 décembre 2012, donc le 12.12.12. Au lieu de la fin du monde, c’est plutôt la naissance d’une histoire entre un homme et une femme, c’est-à-dire, Chloé Legrand, qui joue dans un groupe domicilié à Barcelone qui s’appelle La Cafetera Roja et moi, Laurent. La Cafetera Roja et les Hurlements d’Léo jouent dans cette ville sur la même scène… et nous tombons amoureux.

Ensuite, Chloé vient habiter en France avec toi, à côté de Bordeaux.

Oui. Et on fait de la musique chez nous. On voulait faire des morceaux folks qui tiennent debout en guitare voix. On commence à avoir quelques chansons et on se dit que ce serait bien si on en faisait quelque chose, donc on les enregistre. J’ai demandé à mes copains de route, Vincent Serrano qui est multi-instrumentiste et Julien Perrugini qui est contrebassiste, de venir nous rejoindre. Télégram commence à voir le jour. On va en studio, on enregistre les morceaux. Je veux faire un duo avec Arno Future, le chanteur des Sales Majestés. Il vient donc avec plaisir et il repart avec les morceaux chez lui. Il fait écouter ça à un directeur d’une maison de disque. Il trouve le projet intéressant donc on se met en relation. Il accepte de sortir notre album. Je parle de ça à mon tourneur et il accepte de me monter une tournée. Les choses se sont faites en un an et demi, c’est donc un projet tout neuf. On a l’impression de recommencer comme au début. On joue dans des clubs, on fait des premières parties. Tout cela s’est fait par enchantement.

"Houmama", avec la participation d'Aurélia CAMPIONE de La Cafetera Roja (voix féminine)

Tu es en tournée avec ta petite amie. C’est bien ?14089234_1165769876827543_8734552721315777193_n.jpg

Ouais (rires). C’est très bien. Ce sont des heureux hasards qui ont fait boule de neige, du coup, on se retrouve à être en tournée aujourd’hui pour un long moment.

Musicalement, ça n’a rien à voir avec ce que tu fais avec Les Hurlements d’Léo.

Pour résumé, c’est un mix de chansons et de musiques du monde. Mais évidemment, ce n’est pas aussi simple que cela.

Il y a des chansons comme « Tainted Love »… j’ai l’impression que vous vous êtes bien amusés à faire ce disque.

Nous nous sommes poilés. C’est super important d’avoir cette soupape-là.

Il y a moins de chansons engagées dans ce groupe, non ?

C’est effectivement beaucoup plus imagé. Mais par exemple « Houmama » est une critique sur la société de consommation dans laquelle on est. Je fais plus attention aux mots que j’utilise pour noyer le poisson. J’ai envie d’avoir une écriture un peu plus poétique et littéraire. « Moins qu’un chien » évoque l’exil, la traversée des frontières, l’accueil sordide qu’on réserve à ceux qui fuient leur pays. On ne peut pas dire que ce soit une chanson légère, même si on peut l’écouter ce cette manière.

"Moins qu'un chien".

Tu chantes aussi en anglais dans ce disque. De ta part, j’ai trouvé ça surprenant.

J’estime avoir correctement servi et défendu la chanson française, je m’autorise des incursions dans cette autre langue. Et puis tu sais, j’ai commencé à chanter en reprenant des standards de Dr Feelgood. Je n’avais pas le bon accent, mais ça n’avait pas d’importance.

Le public qui vient voir Télégram, c’est un peu le public qui te connait, toi et Les Hurlements d’Léo, non ?

Il y a un peu de ça. Comme nous ne sommes pas dans une major avec un budget de plusieurs millions de dollars, ça ne nous dérange pas que les gens sachent qu’il y a derrière ce groupe des artistes qui tournent depuis longtemps. Mais la musique de Télégram, du blues un peu rythmé, est assez loin de ce que l’on peut faire dans nos groupes respectifs.

Ça fait du bien de se diversifier ?

Ça fait du bien de ne pas être identifié qu’à un seul projet. Toi, je sais que tu fais plein de choses, j’imagine que tu n’aimerais pas être catalogué juste « chroniqueur » pour tes magazines… On a tous pleins d’activités qui nous permettent de nous servir de l’art et de la culture pour pouvoir dire des choses et c’est bien comme ça.

Clip officiel de "L'amour à vif".

Tu partages en permanence et tu es toujours à l’origine de multiples projets. Il y a une raison précise à cela ?

J’apprécie beaucoup ça parce que, longtemps, je n’ai pas su comment me placer. Je propose des choses, des gens suivent, d’autres pas. Ceux qui suivent ne sont pas des « suiveurs » au sens péjoratif du terme, ils participent à quelque chose.

Est-ce qu’il t’arrive d’être découragé par ce métier ?

Parfois oui. Je me considère plutôt comme un artisan que comme un artiste, parce qu’il y a un amour du travail bien fait. Mais quand je vois comment on considère les intermittents du spectacle, je suis outré. Nous ne sommes pas des cancrelats. Je suis déçu de la tournure que prennent les choses. J’ai l’impression que nous sommes dans une idiocratie où on tire tout vers le bas. Les artistes qui vont rester, je ne sais pas si ce seront les meilleurs pour notre intellect.

J’imagine que tu apprécies une chanson comme « Belinda » de Claude François reprise par M Pokora.

Claude François était un chanteur de variété très honorable, tout comme Joe Dassin. N’importe qui ne peut pas reprendre n’importe quoi. « Belinda » dans la bouche d’M Pokora, c’est un peu fadasse. Ce que l’on nous vend et ce que l’on nous oblige à écouter, ce n’est pas de la culture de terrain, c’est un peu le carnaval.

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(Photo : Sud Ouest)

Ça doit te faire du bien de savoir que tu es reconnu par tes pairs.

C’est toujours agréable de rencontrer des gens que tu as apprécié, comme Miossec, et de bien s’entendre avec eux. C’est bon de sentir que l’on fait partie de la même famille d’artiste. J’ai passé une semaine à Astaffort avec Jean Fauque, l’un des paroliers de Bashung. Je me suis retrouvé à gratter avec lui. En ce moment, nous sommes en train de co-écrire deux chansons. Je vais te dire un truc. Mon rêve actuel serait d’arriver à écrire des chansons pour d’autres et être moins sur la route.

D’ailleurs, j’ai l’impression que tu passes ta vie sur la route.

Oui, mais j’ai trouvé un équilibre ainsi. Le temps que j’ai pour moi, je le consacre à mes filles de  7 et 10 ans. Du dimanche au jeudi, je suis avec elles, sinon, je suis sur la route. Elles ont toujours été habituées comme ça et je crois même qu’elles ne souhaitent pas que cela change.

Tu as une volonté de laisser une trace derrière toi ?

La trace, je l’ai déjà laissé. J’ai sorti 20 disques.

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Laurent Kebous aux Rencontres d'Astaffort en 2016 avec les autres élèves.

Aux Rencontres d’Astaffort, qu’es-tu allé faire ?

D’abord, je tiens à préciser que j’y suis allé comme stagiaire, pas comme intervenant. Tous les jours, un artiste, même un artiste qui a fait 20 disques, doit se remettre en question. Il doit surprendre et aller là où on ne l’attend pas. Je suis donc allé à la rencontre des jeunes artistes que je ne connaissais absolument pas et qui ne me connaissais pas non plus. J’aurais été con de me priver de cet enrichissement. J’ai par exemple rencontré un auteur fabuleux qui s’appelle Sancho, du coup, on écrit des chansons ensemble en ce moment pour le prochain album des Hurlements d’Léo qui sortira pour nos 20 ans d’existence en janvier 2018. Moi aussi, j’ai besoin de renouveler ce que je dis et la façon dont je le dis.

C’est intéressant cette lucidité de te dire que tu as besoin d’aide.

Ça ne m’a jamais dérangé de tendre la main à quelqu’un pour qu’il la prenne et qu’on avance ensemble.

Pourquoi un artiste est fragile ?

Parce qu’il se met en danger. C’est dangereux de se montrer sur scène, d’avoir des succès, de ne pas en avoir, c’est dangereux d’avoir des déceptions, des échecs, c’est dangereux de recevoir autant d’amour d’un coup, c’est dangereux aussi d’en recevoir beaucoup moins. Ce yoyo permanent peut déstabiliser un homme.

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Le 18 octobre 2016, après l'interview.

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