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30 novembre 2016

Laurent Kebous : interview pour le premier album du groupe Télégram

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Vous connaissez certainement Les Hurlements d'Léo, le groupe de Laurent Kebous (déjà mandorisé là il y a un an). Télégram est son nouveau projet. Une nouvelle aventure  pour cet artiste qui tourne depuis vingt ans déjà.  Il est accompagné de sa femme Chloé Legrand à la guitare électrique, de Julien Perugini à la contrebasse et aux stomps, de Vincent Serrano aux instruments du monde (oud, kora, saxophone, clavier…).

« Télégram est un jeune groupe sur le fil de l’émotion -stop- qu’elle vienne de l’énergie d’une résistance –stop- de la beauté du sentiment –stop- de la douceur d’une mélodie. Un petit monde ouvert sur le grand –stop- à savourer non-stop. »

Le 18 octobre, c’est un Laurent Kebous essoufflé par la vie parisienne qui m’attend dans un bar pour me parler de ce beau projet.

e9c1cf_1efe157ac0044be6bc98c1e240633b5f.jpgBiographie officielle :

Voix, textes, poésie crue et lucide, c’est ce qu’offre TÉLÉGRAM. TÉLÉGRAM, c’est aussi une rencontre, celle d’une bande de musiciens, tous passionnés, tous différents, aux expériences musicales passées multiples, qui s’accordent pour vous offrir une nouvelle rencontre musicale au fil d’arrangements à la fois dépouillés et sincères, où les climats différents s’enchainent, se heurtent et se rencontrent. Ce mélange est rythmé par les instruments aussi multiples que les atmosphères qu’ils créent, guitare folk, violon, oud, Steel guitare, guitare électrique, contrebasse, stomp, et bien sûr voix donnent aux mots de TÉLÉGRAM une musicalité toute particulière qui charme celui qui l’écoute comme un serpent… Mais rien à craindre, ce charmeur, composé de Laurent Kebous des « Hurlements d’Léo », de son comparse Vincent Serrano, lui aussi « Hurlements d’Léo », Chloé Legrand de « La Cafetera Roja » et Julien Perrugini de « Damage Case », vous veut du bien et vous emmène au fil de ses mélodies nouvelles et inconnues, mais aussi au fil de chansons plus connues qu’ils sauront vous faire redécouvrir comme celles de Mano Solo, de Léonard Cohen ou même de Serge Gainsbourg. Et nul doute que ce « TÉLÉGRAM sera la plus beau de tous les télégrammes que vous recevrez jamais. »

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IMG_1619.JPGInterview :

Tu aimes beaucoup les projets parallèles dis donc !

J’aime beaucoup les projets. Ils ne sont pas parallèles. Sur cet album de Télégram, je me retrouve avec des gens que j’ai croisés lors de mon hommage à Mano Solo. Sans cet album, je ne sais pas si Télégram existerait.

Comment est né Télégram ?

Je donne un concert des Hurlements d’Léo le 12 décembre 2012, donc le 12.12.12. Au lieu de la fin du monde, c’est plutôt la naissance d’une histoire entre un homme et une femme, c’est-à-dire, Chloé Legrand, qui joue dans un groupe domicilié à Barcelone qui s’appelle La Cafetera Roja et moi, Laurent. La Cafetera Roja et les Hurlements d’Léo jouent dans cette ville sur la même scène… et nous tombons amoureux.

Ensuite, Chloé vient habiter en France avec toi, à côté de Bordeaux.

Oui. Et on fait de la musique chez nous. On voulait faire des morceaux folks qui tiennent debout en guitare voix. On commence à avoir quelques chansons et on se dit que ce serait bien si on en faisait quelque chose, donc on les enregistre. J’ai demandé à mes copains de route, Vincent Serrano qui est multi-instrumentiste et Julien Perrugini qui est contrebassiste, de venir nous rejoindre. Télégram commence à voir le jour. On va en studio, on enregistre les morceaux. Je veux faire un duo avec Arno Future, le chanteur des Sales Majestés. Il vient donc avec plaisir et il repart avec les morceaux chez lui. Il fait écouter ça à un directeur d’une maison de disque. Il trouve le projet intéressant donc on se met en relation. Il accepte de sortir notre album. Je parle de ça à mon tourneur et il accepte de me monter une tournée. Les choses se sont faites en un an et demi, c’est donc un projet tout neuf. On a l’impression de recommencer comme au début. On joue dans des clubs, on fait des premières parties. Tout cela s’est fait par enchantement.

"Houmama", avec la participation d'Aurélia CAMPIONE de La Cafetera Roja (voix féminine)

Tu es en tournée avec ta petite amie. C’est bien ?14089234_1165769876827543_8734552721315777193_n.jpg

Ouais (rires). C’est très bien. Ce sont des heureux hasards qui ont fait boule de neige, du coup, on se retrouve à être en tournée aujourd’hui pour un long moment.

Musicalement, ça n’a rien à voir avec ce que tu fais avec Les Hurlements d’Léo.

Pour résumé, c’est un mix de chansons et de musiques du monde. Mais évidemment, ce n’est pas aussi simple que cela.

Il y a des chansons comme « Tainted Love »… j’ai l’impression que vous vous êtes bien amusés à faire ce disque.

Nous nous sommes poilés. C’est super important d’avoir cette soupape-là.

Il y a moins de chansons engagées dans ce groupe, non ?

C’est effectivement beaucoup plus imagé. Mais par exemple « Houmama » est une critique sur la société de consommation dans laquelle on est. Je fais plus attention aux mots que j’utilise pour noyer le poisson. J’ai envie d’avoir une écriture un peu plus poétique et littéraire. « Moins qu’un chien » évoque l’exil, la traversée des frontières, l’accueil sordide qu’on réserve à ceux qui fuient leur pays. On ne peut pas dire que ce soit une chanson légère, même si on peut l’écouter ce cette manière.

"Moins qu'un chien".

Tu chantes aussi en anglais dans ce disque. De ta part, j’ai trouvé ça surprenant.

J’estime avoir correctement servi et défendu la chanson française, je m’autorise des incursions dans cette autre langue. Et puis tu sais, j’ai commencé à chanter en reprenant des standards de Dr Feelgood. Je n’avais pas le bon accent, mais ça n’avait pas d’importance.

Le public qui vient voir Télégram, c’est un peu le public qui te connait, toi et Les Hurlements d’Léo, non ?

Il y a un peu de ça. Comme nous ne sommes pas dans une major avec un budget de plusieurs millions de dollars, ça ne nous dérange pas que les gens sachent qu’il y a derrière ce groupe des artistes qui tournent depuis longtemps. Mais la musique de Télégram, du blues un peu rythmé, est assez loin de ce que l’on peut faire dans nos groupes respectifs.

Ça fait du bien de se diversifier ?

Ça fait du bien de ne pas être identifié qu’à un seul projet. Toi, je sais que tu fais plein de choses, j’imagine que tu n’aimerais pas être catalogué juste « chroniqueur » pour tes magazines… On a tous pleins d’activités qui nous permettent de nous servir de l’art et de la culture pour pouvoir dire des choses et c’est bien comme ça.

Clip officiel de "L'amour à vif".

Tu partages en permanence et tu es toujours à l’origine de multiples projets. Il y a une raison précise à cela ?

J’apprécie beaucoup ça parce que, longtemps, je n’ai pas su comment me placer. Je propose des choses, des gens suivent, d’autres pas. Ceux qui suivent ne sont pas des « suiveurs » au sens péjoratif du terme, ils participent à quelque chose.

Est-ce qu’il t’arrive d’être découragé par ce métier ?

Parfois oui. Je me considère plutôt comme un artisan que comme un artiste, parce qu’il y a un amour du travail bien fait. Mais quand je vois comment on considère les intermittents du spectacle, je suis outré. Nous ne sommes pas des cancrelats. Je suis déçu de la tournure que prennent les choses. J’ai l’impression que nous sommes dans une idiocratie où on tire tout vers le bas. Les artistes qui vont rester, je ne sais pas si ce seront les meilleurs pour notre intellect.

J’imagine que tu apprécies une chanson comme « Belinda » de Claude François reprise par M Pokora.

Claude François était un chanteur de variété très honorable, tout comme Joe Dassin. N’importe qui ne peut pas reprendre n’importe quoi. « Belinda » dans la bouche d’M Pokora, c’est un peu fadasse. Ce que l’on nous vend et ce que l’on nous oblige à écouter, ce n’est pas de la culture de terrain, c’est un peu le carnaval.

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(Photo : Sud Ouest)

Ça doit te faire du bien de savoir que tu es reconnu par tes pairs.

C’est toujours agréable de rencontrer des gens que tu as apprécié, comme Miossec, et de bien s’entendre avec eux. C’est bon de sentir que l’on fait partie de la même famille d’artiste. J’ai passé une semaine à Astaffort avec Jean Fauque, l’un des paroliers de Bashung. Je me suis retrouvé à gratter avec lui. En ce moment, nous sommes en train de co-écrire deux chansons. Je vais te dire un truc. Mon rêve actuel serait d’arriver à écrire des chansons pour d’autres et être moins sur la route.

D’ailleurs, j’ai l’impression que tu passes ta vie sur la route.

Oui, mais j’ai trouvé un équilibre ainsi. Le temps que j’ai pour moi, je le consacre à mes filles de  7 et 10 ans. Du dimanche au jeudi, je suis avec elles, sinon, je suis sur la route. Elles ont toujours été habituées comme ça et je crois même qu’elles ne souhaitent pas que cela change.

Tu as une volonté de laisser une trace derrière toi ?

La trace, je l’ai déjà laissé. J’ai sorti 20 disques.

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Laurent Kebous aux Rencontres d'Astaffort en 2016 avec les autres élèves.

Aux Rencontres d’Astaffort, qu’es-tu allé faire ?

D’abord, je tiens à préciser que j’y suis allé comme stagiaire, pas comme intervenant. Tous les jours, un artiste, même un artiste qui a fait 20 disques, doit se remettre en question. Il doit surprendre et aller là où on ne l’attend pas. Je suis donc allé à la rencontre des jeunes artistes que je ne connaissais absolument pas et qui ne me connaissais pas non plus. J’aurais été con de me priver de cet enrichissement. J’ai par exemple rencontré un auteur fabuleux qui s’appelle Sancho, du coup, on écrit des chansons ensemble en ce moment pour le prochain album des Hurlements d’Léo qui sortira pour nos 20 ans d’existence en janvier 2018. Moi aussi, j’ai besoin de renouveler ce que je dis et la façon dont je le dis.

C’est intéressant cette lucidité de te dire que tu as besoin d’aide.

Ça ne m’a jamais dérangé de tendre la main à quelqu’un pour qu’il la prenne et qu’on avance ensemble.

Pourquoi un artiste est fragile ?

Parce qu’il se met en danger. C’est dangereux de se montrer sur scène, d’avoir des succès, de ne pas en avoir, c’est dangereux d’avoir des déceptions, des échecs, c’est dangereux de recevoir autant d’amour d’un coup, c’est dangereux aussi d’en recevoir beaucoup moins. Ce yoyo permanent peut déstabiliser un homme.

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Le 18 octobre 2016, après l'interview.

29 novembre 2016

K! : interview pour le Fantastik Show

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(Photo : Alain Fretet).

J’ai connu K ! au Pic d’Or en 2014. Elle y a remporté le Pic d’Argent. Depuis, je la suis et vais la voir sur scène régulièrement. Elle y est seule avec son clavier et son ordinateur. Seule ? Non, pas tout à fait. Dans son jardin extraordinaire on y trouve… Non, je préfère me taire. Enfin, au moins un monde envoûtant… à la fois onirique, mystérieux, étrange, parfois déroutant et inquiétant, mais toujours doux et poétique.

Dans le Fantastik Show de K!, les « freaks », c’est chic.

Le 18 novembre dernier, la dame est venue à l’agence répondre à mes questions (et m’assassiner à la fin de l’entretien.) (Et ça, c’est pas chic)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorBiographie officielle :

Autodidacte, Karina s'entoure de claviers, tablettes et ordinateur encastrés dans un décor baroque pour donner corps à son univers délirant et décalé. Depuis 2012 le projet a plusieurs fois évolué. Initialement accompagnée d'un guitariste, puis d'un pianiste, elle est aujourd'hui seule sur scène au milieu des machines. Dans la chanson française contemporaine, K ! propose un univers et un son nouveau mâtiné de pop synthétique.

Sa voix puissante, sait, au service de l’interprétation se faire murmure et nous bercer. Son imagination n’a pas de frontières. Sa parole est farouchement authentique surtout s’il s’agit de braver ses propres démons que sont ses émotions de femme. Assurément comédienne, elle prend à bras le corps la scène, comme elle empoigne l’amour pour le tordre, le distordre et lui faire rendre l’âme.

Après quatre années d'existence ponctuées de récompenses et de reconnaissances professionnelles, elle offre aujourd'hui un show « seule en scène ». Un univers singulier peuplé de personnages étranges et fantastiques. Petite cousine inavouée de Tim Burton, maniant un humour - "nonsense" - à la Terry Gilliam, K ! nous invite dans les limbes d'un conte musical pour enfant punk avec le plaisir d'emmener le public au milieu du pays des rêves. A moins qu'il ne s'agisse de celui des cauchemars. Fantastik !

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(Photo : Thomas Bader)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorInterview :

A la base, c’était mal parti pour que tu te lances dans la musique, non ?

Disons que la musique n’était pas un métier pour des gens comme nous. J’habitais à la campagne, mes parents étaient ouvriers. Pour eux, ce domaine appartenait à une intelligentsia qui ne venait pas du fin fond de la Sarthe. Pour eux, devenir musicien était de l’ordre de l’utopie.

Mais, tu as eu envie très tôt de faire de la musique.

Oui, mais on m’avait tellement gavé le crâne que je n’y arriverais pas que je n’y croyais pas vraiment. Du coup, c’est arrivé presque par hasard.

Comment est-ce arrivé alors ?

Il y a 20 ans, j’étais bibliothécaire dans un collège. Mon mari d’alors était tatoueur. Il a tatoué un type qui était musicien. Ce dernier lui dit qu’il a concert dans trois semaines et que le chanteur l’a lâché. Mon ex-mari lui parle de moi et je suis prise à l’essai. Je fais le concert et c’est une catastrophe. On faisait des reprises de morceaux rock. Le bassiste me dit que le groupe de bal dans lequel il joue cherche une chanteuse. Je passe les sélections et je suis prise. En trois mois, je deviens chanteuse professionnelle.

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(Photo : Annie Claire Hilga)

De fil en aiguille, tu chantes dans les bals pendant 15 ans.

C’est une sacrée bonne école, mais il faut en sortir à un moment parce que sinon on est absorbé par ceux que l’on interprète. On devient vite une sous Céline Dion ou une sous qui tu veux.

Et les concerts sont très longs.

Oui, on chante pendant 7 heures. Avec trois ou quatre  heures de montage et autant de démontage.

Ce que je vois sur scène de toi aujourd’hui est expliqué par ce que tu me racontes. Tu as une étendue vocale extraordinaire.

Dans les bals, on est obligé de bosser toutes les tonalités, ça forge les cordes vocales.

On est tenté d’imiter ceux que l’on chante ?

On est plus que tenté. C’est un jeu.

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(Photo : David Didier)

Finalement, tu as réussi à te sortir des bals ?

Parce que j’étais trop rock’n’roll, trop anticonformiste. J’avais des groupes à côté, j’écrivais des textes en anglais. Je préférais aller chanter dans les caves pour 20 personnes bourrées que faire du bal. J’ai commencé à m’absenter, j’ai changé d’orchestre…

Petit à petit, tu t’es éloignée de ça.

Oui, jusqu’à la cassure. Je commençais à comprendre que j’étais en train de me pervertir. Je ne vivais plus pour la musique, mais je faisais de la musique pour vivre.

Que se passe-t-il quand tu arrêtes les bals réellement ?

Je me dis que je vais travailler dans autre chose et que la musique deviendra juste un plaisir.

Ça ne s’est pas passé du tout ainsi.

A l’époque je travaillais avec un guitariste, Elie Gaulin. On a des chansons un peu pop avec des textes en Français. Lui compose. C’est con, mais à la mort de mon père, je prends conscience qu’on va tous mourir un jour. Je ne peux plus attendre. Il y a 7 ans, je monte donc à Paris pour tenter le tout pour le tout. J’ai des entrées dans un studio, je trouve des dates, mais finalement, Elie ne souhaite pas me rejoindre à Paris. Il arrête. Je me retrouve seule dans la capitale. J’habite sur un petit bateau, il n’y a pas d’eau chaude, peu d’électricité, j’ai laissé mes enfants en région centre... Je me dis que j’ai fait tout ça pour rien et c’est la catastrophe.

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(Photo : Alex Monville).

Et que se passe-t-il ?

Un jour, quelqu’un toque sur ma coque de bateau. Je vois un jeune homme qui s’est trompé de quai. En fait, c’est le destin qui frappe ma porte. Je lui raconte mon histoire et, quelques jours plus tard,  je me réveille et j’ai un piano sur le bateau avec un petit mot qui explique que maintenant je n’ai plus le choix. Cet homme va devenir mon mari.

Belle preuve d’amour, en effet. Mais tu savais jouer du piano ?

Non. Je m’enferme et j’apprends. Les premières mélodies et les premières chansons arrivent. En même temps, je continue à faire la serveuse pour gagner ma vie à Montreuil. Là, je rencontre Freddy Cats, un homme qui organise des soirées dans les lofts. Il me propose de chanter. Je n’avais que quatre chansons, mais il m’a permis de les interpréter. Ce soir-là, il y a le frère de Sophie Bellet, Xavier. Sophie travaille au Studio des Variétés et elle est, à l’époque, manageuse de Bertrand Belin. Après l’avoir supplié 15 fois de venir à un concert, elle finit par obtempérer. Là, ça s’enchaîne hyper vite. Je rentre aux studios de Variétés, je fais des formations, je rencontre plein de gens… ça bouge rapidement et des portes s’ouvrent… qui  en ouvrent d’autres.

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(Photo : Annie-Claire Hilga)

Un jour, tu joues dans un endroit improbable : un café Turc.

Oui, et le mec qui me fait le son s’appelle Jérémie Kokot. Il tombe amoureux du projet et on décide de bosser ensemble. Il y a 6 ans, c’est ainsi que naît K ! C’était un duo. Jérémie m‘a emmené vers la musique assistée par ordinateur. Moi, j’avais envie de ça depuis longtemps, mais je n’avais jamais osé franchir le pas.

Ce duo était proche de ce que tu fais aujourd’hui ?

Oui. L’univers était déjà complètement barré. Je n’étais pas encore satisfaite. Ça n’allait pas jusqu’où je voulais aller. J’ai passé deux ans avec Jérémie. J’ai appris plein de choses. J’étais un peu le moteur de ce projet, parfois ça le gavait. Il est ingénieur du son confirmé et aime son travail. Il sent que ça va se bousculer au portillon et qu’il ne pourra plus faire son boulot et le projet comme il le souhaite, donc, en 2014, on décide d’arrêter de bosser ensemble.

Là, tu comprends qu’il faut que tu te prennes en main.

Oui. Ça tombe bien. Je pars seule en tournée avec le Mégaphone Tour, cela me permet de roder la formule en solo.

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(Photo : David Didier)

Ton projet K ! existe depuis plus de deux ans.

C’est un cabaret electro un peu chaotique. Les gens ne sont pas habitués à voir le cabaret sous un format « chansons ». C’est pour ça qu’il ne s’impose pas facilement.

Moi, dès que je t’ai vu la première fois, je suis tombé raide dingue de ta performance. C’était en 2014 au Pic d’Or. Tu as remporté le Pic d’Argent. Je t’ai revu l’année suivante au Prix Georges Moustaki. C’est un passage obligé les tremplins ?

C’est une très belle vitrine, mais il faut choisir ses tremplins. Des gens qui s’occupent de tremplins comme le Mégaphone Tour, le Pic d’Or ou le Prix Georges Moustaki, ce sont plus que des professionnels, ce sont des partenaires. Des gens bienveillants, des gens qui passent beaucoup de temps, de manière gratuite, à soutenir la chanson. Ces tremplins-là n’ont pas la même démarche que Ricard ou Emergenza.

Présente nous le Fantastik Show, ton conte musical pour enfant punk,  que tu présentes sur la Scène du Canal jusqu’en décembre.

Il y a de la magie, des effets spéciaux, de la rêverie, de la poésie. Les chansons que j’interprète ont été écrites sur trois ans, donc elles font partie de mon parcours de vie.

Cela ne t’a pas échappé que l’on compare ton univers à celui de Tim Burton.

J’ai un souvenir mémorable d’Edward aux mains d’argent. C’est la première fois que je voyais un mec faire des films d’horreur pour les mômes. Mais, déjà toute petite, cet univers m’intéressait. J’avais un imaginaire incroyable qui touchait autant à l’enfance qu’à l’adulte.

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(Pendant l'interview).

On ne lâche jamais tous les monstres qu’on a dans notre tête quand on est petit, n'est-ce pas?

On apprend en grandissant que ceux que l’on va rencontrer seront largement pires que ceux dont on avait peur et qui étaient censés être planqués dans nos placards. Cela dit, aujourd’hui encore, quand je m’endors la nuit, s’il y a une chaise avec un manteau, je peux le transformer en vieux monsieur qui essaie de s’accrocher à mon lit.

Et plus généralement, l’imaginaire est-il en danger ?

Je le pense vraiment. Les enfants grandissent trop vite. On ne leur laisse plus le temps d’être des enfants. On est dans une société qui est remplie de désillusions. Quand il n’y a plus d’illusion, il n’y a plus de magie.

Un album arrive au printemps 2017 et tu le feras en indé. Tu es fière d’être indépendante ?

Oui, vraiment beaucoup même. Ce n’est pas facile de l’être, mais c’est une belle famille. Il faut vraiment que les artistes indépendants soient fiers de l’être. Il faut qu’on arrête de pleurer parce qu’on n’a pas de papiers dans Libé ou Télérama. Il faut que nous soyons fiers d’être dans FrancoFans, Hexagone ou chez Mandor. On doit tous se soutenir dans cette famille.

Ce métier t’aide à fuir la réalité ou c’est l’envie que les gens fuient la réalité à travers toi.

J’espère que c’est la dernière partie de ta phrase. Un jour, quelqu’un du métier qui est très importante pour moi m’a demandé pourquoi je voulais faire ce métier. Après une nuit de réflexion, j’ai enfin trouvé la réponse : je veux faire ce métier pour émerveiller les gens.

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A l'issue de l'interview, un indice (discret) me montre que K! était moyennement contente des questions posées...

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22 novembre 2016

Minou : interview pour l'album Vesperal

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Minou est un nouveau duo electro pop. Je l'ai découvert sur scène lors de la dernière édition d’Alors Chante. Sonorité eighties, chant aérien, textes ciselés et sensibles. Sous le charme…

Un peu plus tard, j’ai reçu leur premier disque, Vesperal. Sous le charme (bis)…

Le 21 octobre, je suis allé à la rencontre de Sabine Stenkors et Pierre Simon dans les locaux de leur label, Cinq7 pour essayer de comprendre qui se cachait derrière ce duo.

minou, vesperal, interview, point éphémère, mandorBiographie officielle (un peu écourtée):

Minou est un groupe, un duo qui ne fait qu’un, complice et complexe, qui donne naissance ou renaissance à une chanson pop-électro décomplexée. Tellement décomplexée que cet album, chanté tout en français, n’a rien à envier dans ses sonorités à nos amis Anglo-Saxons. Minou nous rappelle la new wave des années 80, l’indie d’outre-atlantique mais aussi ce que la pop française a de meilleur. Minou s’écoute, Minou se danse. C’est normal car leurs Rolling Stones à eux s’appellent les Daft Punk, première claque reçue, premières envies, émotions. Territoires nouveaux à explorer, la magie d’un monde à réinventer pour une génération qui a grandi et s’est libérée sur les textes de Daho ou la musique de MGMT. Ce nouveau langage, Pierre Simon et Sabine Stenkors le précise depuis leur rencontre au lycée. Plusieurs groupes et bientôt 10 ans plus tard, ce langage est devenu commun, mélange de leurs expériences et collaborations issues de cette période. Un mélange savant aussi bien organique qu’électronique, décoction curieuse et ambitieuse des genres et deux voix qui n’en font qu’une. Sonorités rêveuses, fausse naïveté et refrains tenaces, voilà une partie des éléments qui composent l’élixir de Minou et nous obligent à tomber immédiatement sous leur charme. Minou c’est un vaisseau spatial piloté, mixé, réalisé par Julien Delfaud (Phoenix, Superdiscount, Benjamin Biolay, Woodkid) qui atterrit en douceur sur un volcan synthétique cracheur de riffs, d’amour et d’espoirs. France Inter ne s’y est pas trompé en les sélectionnant pour « La Relève », prix dont Minou furent les heureux gagnants en 2015.

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minou,vesperal,interview,point éphémère,mandorInterview :

Vous venez de familles de musiciens ?

Pierre : On n’a pas de parent musicien, mais il y avait beaucoup de musiques chez moi ou chez Sabine, c’est ce qui a constitué notre culture musicale et notre première approche à la musique. Par contre nous n’avons pas été éduqués musicalement de la même manière. En tout cas, tous les deux, nous avons des parents assez intelligents pour nous avoir laissé persévérer dans ce domaine.

Je ne peux pas ne pas vous demander comment vous vous êtes connus ?

Sabine : Tout simplement au lycée. Il y avait une salle qui était dédiée à la musique et nous y passions beaucoup de temps. Nous avions 16 ans, on écoutait du rock comme les Smashing Pumpkins.

Pierre : Moi, je te filais des CDs de truc zarbis, du rock electro progressif. Soit j’écoutais du punk rock, soit de la new wave ou des musiques expérimentales électroniques. J’ai eu une approche de la musique électronique très jeune. Mes premiers CDs étaient ceux de Queen, Alan Parson Project et Daft Punk. Quand j’étais môme, je les mettais dans mon baladeur et j’allais à l’école en écoutant ça. J’étais en décalage avec mes potes qui, eux, écoutaient tout le mouvement rap et hip-hop de ces années-là.

Clip de "Hélicoptères".

Quand vous vous êtes réunis pour faire de la musique, vous avez commencé par quel genre ?

Pierre : On a pas mal tâtonné. Sabine est bassiste, moi je suis guitariste, en plus, on a commencé avec un batteur, ça faisait plutôt un combo rock. Petit à petit, on a commencé à inclure des synthés… On a appris de nouvelles façons de composer avec de nouveaux outils. Aujourd’hui, on se sert autant de nos instruments de prédilections que des machines. Sur scène, aujourd’hui, je fais moitié clavier, moitié guitare.

Il y a un côté bidouille, sampling dans votre musique.

Pierre : Dans les machines, il y a déjà de la musique. Quand on branche un synthé, on peut avoir immédiatement une atmosphère, on peut inventer plus de choses. Aujourd’hui, pour nos chansons, on part d’une compo d’arrangement de clavier et les guitares arrivent après.

Quel est le rôle de chacun ?

Sabine : Généralement Pierre écrit les textes et nous nous occupons de la musique ensemble.

Pierre : On fonctionne un peu en ping-pong. Sabine peut être plus inspirée sur un titre et moi sur un autre… et quand ça plait à tous les deux, on garde.

Clip de "Alphalove".

Quand avez-vous décidé de vous lancer dans la musique sérieusement ?

Sabine : Je faisais des études de graphisme, mais je ne me voyais pas faire ce métier, passer ma vie dans un bureau devant un ordinateur. J’ai arrêté, puis j’ai fait des petits boulots pour me payer mes premiers instruments.

Pierre : Pour tout jeune artiste, c’est un espèce  de Graal de signer dans un label et d’être accompagné dans l’enregistrement d’un album. Avant Minou, on était déjà dans un groupe, à Tours, avec deux autres personnes. On a fait pas mal de concerts, on a récupéré un peu d’argent et on a enregistré un 6 titres.

Sabine : Ce qui était le plus important pour nous, c’était de faire de la scène. On a beaucoup bossé le live.

Quand vous avez créé Minou, du coup, vous deviez déjà avoir un réseau.

Pierre : Oui, et on l’a bien utilisé. On a pu faire des concerts tout de suite. Dès la première année, on faisait des premières parties dans des Zénith, le lendemain, on se retrouvait dans un bar. Cela dit, parfois, on passe un excellent concert devant 30 personnes qui sont là pour nous et parfois, dans une première partie devant énormément de monde, ça peut être très froid, rien ne se passe. Il n’y a pas de règles. C’est important de continuer à jouer dans les petits lieux. On est là pour donner notre musique, peu importe combien de gens la reçoive.

Live de "Montréal" à la Flèche d'Or.

On apprend en faisant des premières parties ?

Pierre : Beaucoup. C’est un peu comme quand tu fais un show case à Paris devant des pros. On ne peut pas juste prendre et s’imprégner de la musique, il faut aussi analyser ce que l’on fait. On apprend par exemple à gérer une set list le plus intelligemment possible.

Vous êtes chez Cinq7 aujourd’hui. Vous connaissiez ce label ?

Oui, et nous voulions vraiment que ce soit ce label qui nous signe. On adore leurs artistes et on trouve qu’ils les développent super bien.

Ils vous ont repéré comment ?

Pierre : Grâce au concours « La relève » de France Inter. Quand on a gagné ce tremplin, j’ai pleuré. Je n’ai pas pu me contrôler. J’étais persuadé que ce n’était pas pour nous tant les artistes qui étaient présents étaient talentueux.

Sabine : Je crois qu’ils ont aimé notre sens des mélodies et de la ritournelle.

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Si le son est très années 80, il y a derrière une modernité.

Pierre : Le son très moderne provient du travail de Sabine.

Sabine : C’est vrai que si je t’écoutais, nous ferions du 100% années 80 (rires).

Pierre : Je l’assume complètement. Mais c’est aussi pour cela que nous avons choisi Julien Delfaud comme réalisateur. C’est quelqu’un qui a l’habitude de travailler avec « des groupes à synthés », mais de manière très moderne. C’est fou comme il sait tirer la musique vers le haut!

La musique est plutôt « enjouée » et les textes assez sombres.

Pierre : Ce sont des chansons qui peuvent évoquer des choses tristes, mais il y a toujours beaucoup d’espoir. Effectivement, la musique permet d’amoindrir le côté noir du propos

Comment vivez-vous cette période où le public découvre votre disque ?

Sabine : C’est très flippant et excitant. C’est vraiment l’ascenseur émotionnel.

Pierre : Ça fait 12 ans que nous jouons ensemble avec Sabine et on avait toujours en tête de sortir un album. Il est là aujourd’hui. C’est à la fois une sensation bizarre et effrayante. Je suis fier de cet album. Je suis content des chansons, de la manière dont elles sonnent, mais je ne sûr de rien et encore moins de comment l’album va  être accueilli.

J’ai l’impression qu’il y a une nouvelle vague de groupes qui se remettent à faire de la musique pop électronique comme celle des années 80.

Pierre : C’est vrai, mais personne n’essaie de faire du Daho ou du Niagara 2016, car on a digéré ces artistes… et ça ressort d’une autre manière. On aime bien Fishbach et Minuit par exemple. Je trouve qu’il y a une vraie effervescence autour de la pop française.

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Pendant l'interview...

Le concert du 22 novembre prochain au Point Ephémère sera un peu particulier.

Pierre : C’est le concert de présentation de l’album. Nous allons le jouer en intégralité et c’est la première fois. On a préparé des trucs sympas, vous verrez.

Pour finir, Pierre, qu’admires-tu chez Sabine ?

Pierre : J’admire son immédiateté et son sens de l’arrangement. Elle a une vision qui est plus moderne que la mienne et ça me fait du bien de travailler avec elle. Elle est plus courageuse que moi aussi.

Comment cela ?

Pierre : Moi, je suis optimiste et Sabine est courageuse. Dans le doute, elle fonce quand même.

Et toi Sabine, qu’admires-tu chez Pierre ?

Sabine : Sa capacité à écrire des textes rapidement. Cela m’aide à avancer. Je suis pessimiste et il me rassure tout le temps. Il est patient avec moi. Je ne pourrais pas être avec quelqu’un comme moi (rires).

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A la fin de l'interview, le 21 octobre 2016.

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21 novembre 2016

Karine Tuil : Prix Landerneau des lecteurs 2016 pour L'insouciance

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Le jury du Prix Landerneau des lecteurs a décerné sa première récompense de la saison, le mercredi 5 octobre  dernier, à Karine Tuil pour son roman L’Insouciance, paru le 18 août chez Gallimard. Créé en 2008 par Michel-Edouard Leclerc, le prix Landerneau était jusqu'ici décerné par un jury de libraires. Mais, ce nouveau prix Landerneau des lecteurs a fait appel à un jury de 200 lecteurs sélectionnés dans toute la France (présidé par Philippe Claudel, mandorisé ici pour l’occasion), associés aux choix littéraires de 1170 libraires des Espaces culturels de l’enseigne. Le lendemain de la remise du prix, Karine Tuil a répondu à mes questions pour le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Novembre 2016). Et hop! Du bonus pour ce blog si passionnant.  

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karine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Vous décrivez une société où l'image prédomine, où la communication est reine, où le pouvoir se gagne et se perd en un rien de temps sur le terrain médiatique, où les apparences comptent plus que le mérite. Comment avez-vous enquêté sur tous ces sujets ?

J’ai à la fois lu des documents, des témoignages, vu des films, des documentaires et rencontré des spécialistes du milieu militaire, des soldats, des personnalités du monde économique, mais également des conseillers et des plumes qui ont travaillé avec des présidents de la république. Le monde politique est un monde qui me fascine, j’avais donc envie d’en raconter les coulisses, ce que j’ai fait à travers l’ascension d’un jeune homme politique issu d’une minorité qui devient une valeur montante au lendemain des émeutes de 2005. C’était vraiment dans la continuité du travail que j’avais commencé avec mon précédent roman, L’invention de nos vies.

Vous mettez en scène également le pouvoir de l’attraction sexuelle. La volonté de s’y plier  ou de s’en détacher. Les deux personnages s’interrogent sur l’utilité d’une liaison uniquement portée sur le sexe, même s’il y a de l’amour entre eux.

Je voulais montrer que l’amour et le désir étaient les derniers espaces de la perte de contrôle, les derniers espaces ou les individus devenaient enfin eux-mêmes. On voit Marion et Romain se reconstruire, dans un premier temps par le désir et l’acte sexuel et peu à peu, à travers une véritable histoire d’amour qui se construit malgré le chaos environnant. Les liens affectifs, sentimentaux, permettent à mes personnages de supporter les épreuves auxquelles ils vont être confrontés. 

Peut-on dire que L’insouciance est un roman à clef ? On reconnait des personnalités, mais ce ne sontkarine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor pas vraiment eux…

Les personnages ne sont pas identifiés car j’ai tenu à ce que ce livre reste un roman, mais j’aime beaucoup m’inspirer d’éléments issus de la réalité ou de propos que j’ai entendus. Mêler la fiction et la réalité est extrêmement intéressant du point de vue romanesque ; cela permet d’aborder avec précisions des sujets de société tout en conservant un souffle, une densité, et surtout une liberté que seuls autorisent la fiction.

L’état du monde vous démoralise-t-il ?

Malgré les difficultés, il faut rester combatif. C’est le rôle des écrivains d’être des passeurs, de transmettre leur vision du monde à leurs lecteurs, qu’elle soit optimiste ou pessimiste. Il faut que le livre soit l’espace du questionnement, de la réparation, voire de la consolation.

J’ai lu que ce livre était si précis sur le 21ème siècle qu'il risque d'en devenir un témoignage de référence pour les générations à venir. Je suppose que ce commentaire vous fait plaisir.

Oui, bien sûr.  Quand on écrit, il y a une forme d’inconscience. On écrit sur ses obsessions, mais on ne sait absolument pas où le livre va nous mener, quelle va être la réaction des lecteurs. Il y a un moment où le texte vous échappe. Le livre me permet de circonscrire le territoire de mes propres angoisses, de mes peurs et je suis très touchée quand les gens me disent qu’ils y ont trouvé un écho à leur propre vie, à leurs propres peurs et interrogations.

Skarine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorelon vous, L’insouciance est-il votre plus grand livre ?

Mon dernier livre est toujours le texte qui est le plus important pour moi, celui qui correspond le mieux à mon projet littéraire. Et puis ce livre est très particulier pour moi parce qu’il aborde des questions qui touchent à la condition humaine.

Avec tout ce qu’il se passe autour de L’insouciance, êtes-vous une auteure heureuse ?

Je suis très heureuse de l’accueil que mon livre a reçu, en effet, mais il faut savoir aussi que le doute fait partie inhérente du travail d’écriture. On crée avec pour seul matériau, le mot. Il y a une vulnérabilité constitutive de l’écrivain qui fait qu’il n’est jamais totalement léger et insouciant. L’écrivain Orhan Pamuk dit d’ailleurs qu’il écrit pour être heureux. En tout cas, être lauréate du prix Landerneau est une très grande chance et je remercie tous ceux qui ont lu et aimé mon livre.

20 novembre 2016

Vincent Scalera : interview pour sa web série, En fait...

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vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorLéa Camilleri et Vincent Scalera sont les héros d'une toute nouvelle websérie, En Fait. Elle raconte les aléas d'un couple, mais de manière énergique, moderne et décalée. Ils jouent un couple moderne, où amour et passion ne sont pas forcément les maîtres mots. Le couple n’est pas un couple complètement dans la normalité (mais qu’est-ce que la normalité dans un couple ? répondit l’écho). Les personnages sont hauts en couleurs, à l'opposé des clichés des comédies romantiques. J’adore !

Le comédien, scénariste et réalisateur Vincent Scalera, à qui l'on doit ce beau projet, travaille dessus dans les locaux où moi-même je travaille. Donc, je le vois tous les jours. Ayant beaucoup aimé le premier épisode, je ne cesse de l’importuner pour connaître la suite et pour voir les nouveaux épisodes avant tout le monde. L’homme est sympathique, passionné et il bosse comme un fou. C’est simple, je ne l’ai jamais vu ne pas travailler.

Comme j’aime sa série, il y a trois semaines, j’ai soudain ressenti l’irrépressible envie de le mandoriser, ce qu’il a accepté immédiatement.

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Description de la chaîne qui publie En fait…:

Wooshes est une chaine youtube caritative où chacun des nouveaux abonnés seront reversés à une association humanitaire pour la sauvegarde des fabricants de bretzel.

100% des bénéfices faits sur cette chaine seront également déposés sur un compte offshore aux pays bas dans le but d'acheter une villa avec piscine à ma mère.

Sinon à part ça,  vous pouvez regarder la série En Fait... saison 1 : RDV tous les 15 jours : le jeudi (parce que le jeudi j'ai pas sport du coup je peux uploader mes vidéos, sinon ça voudrait dire qu'il faudrait que j'aille au sport le jeudi et non le mardi pour mettre en ligne les nouveaux épisodes le mardi, puis le vendredi c'est pas possible non plus car j'ai souvent mon pote Kaza qui passe chez moi, le lundi je suis trop crevé du Weekend donc j'ai la flemme, et pour finir le mercredi j'oublie toujours ce que je dois faire).

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vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta carrière comme comédien, mais aujourd’hui, tu es devenu un vrai couteau Suisse.

J’écris, je joue, je réalise, je produis. J’aime toucher à tout, mais il est vrai que je me passionne de plus en plus à la réalisation, à la mise en scène et à l’acting.

Comment t’es venu l’idée de devenir comédien un jour ?

Quand j’étais petit, j’étais totalement fan de Jean-Claude Van Damme et de Bruce Lee. Je regardais les films d’action avec une envie forte de faire la même chose, du coup, j’ai fait des arts martiaux. J’espérais que cela me serve un jour…

Vers 20 ans, tu t’es rendu compte qu’il fallait te professionnaliser.

Oui, je sentais que c’était un poids pour moi de ne pas être comédien, mais je  n’arrivais pas à franchir le pas, je ne sais pas trop pourquoi. C’est à 23 ans que j’ai finalement fait mon premier casting. Je l’ai parfaitement foiré.

Après t’être rétamé, que se passe-t-il ?

J’étais un peu perdu. En fait, je ne savais pas par où commencer. J’envoyais des lettres, des CV, je n’obtenais pas de réponse. J’en ai eu marre. Je suis parti à Tahiti, puis en Nouvelle-Zélande, puis en Nouvelle-Calédonie. Curieusement, alors que j’étais parti pour m’éloigner de tout ça, c’est à Nouméa, en 2011, que j’ai été casté pour la série de France 2, Foudre. J’ai eu un petit rôle avec les acteurs principaux. C’est comme ça que j’ai commencé le métier.

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(En 2011, sur le tournage de Foudre pour France 2.)

Tu sympathises avec les gens de l’équipe, dont l’acteur principal David Tournay, le réalisateur et le producteur de la série.

Oui. Comme ils étaient satisfaits de mon travail, ils m’ont conseillé d’aller voir le studio Pygmalion le jour où je me décide de rentrer à Paris. Ce que j’ai fini par faire. J’ai passé des tests, puis ils m’ont intégré. Ils m’ont formé comme comédien.

Que se passe-t-il quand tu sors de là ?

Je fais de la figuration, des silhouettes… mais je trouvais que les choses n’allaient pas assez vite. J’ai créé une boite de production avec des potes. On tournait nos propres courts métrages. Je n’ai jamais aimé attendre que l’on vienne me chercher. Je trouve cette position très inconfortable et elle ne convient pas à mon état d’esprit.

Tu as un profil physique intéressant. Beau et musclé, ça t’a ouvert des portes ?

J’avais des capacités pour la cascade, du coup, ça m’a aidé à décrocher des rôles « physiques » un peu dangereux. J’ai vite tourné dans des séries comme Engrenages ou Braquo. Après on m’a recruté pour faire des films qui montraient par exemple des interventions du GIGN. C’était mon rêve de gosse de faire des films d’action, mais au final, j’estime que je n’avais pas grand-chose à défendre, je voulais des propos, un enjeu…

Demo Vincent Scalera from vincent scalera on Vimeo.

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Aujourd’hui en 2016, tu viens de créer la série En fait… sur YouTube. vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandor

J’ai toujours eu l’habitude de travailler à mon compte, de tout gérer, faute de budget conséquent. Donc, je travaille pour le moment avec une équipe réduite, mais efficace. Je fais tout moi-même, mais à long terme, je ne pourrai continuer ainsi, c’est extrêmement compliqué. Je dirige les comédiens, je réalise, je dois me concentrer aussi sur mon propre jeu…

Raconte-moi ce qu’est ta série.

En fait… met en scène un couple au début de leur histoire. Le terme « En fait », c’est la seconde que l’on prend pour réfléchir avant de donner une réponse dans une situation que l’on gère mal. On peut tous péter un plomb dans la tête, mais ce que l’on pense vraiment ne passe pas la bouche parce que socialement, ça ne se fait pas. Du coup, je métaphorise des émotions. On voit ce qu’il se passe dans la tête du couple, on rentre dans leur monde intérieur… mais ce n’est pas la réalité de ce qu’ils disent au final. Je voulais montrer que dans la vie, on met des masques. On ne dit pas jamais la vérité.

La bande annonce de "En fait..."

Quand je regarde En fait…, ce qui me fascine, c’est que j’ai l’impression de regarder un dessin animé de Tex Avery.

Depuis tout petit, je suis fan de dessins animés. Leurs scénarisations est souvent géniales. Je m’en suis inspiré. Quand je veux raconter une histoire que j’ai dans la tête, les images qui arrivent dans ma tête ressemblent à un dessin animé.

vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorTu t’inspires aussi de certains réalisateurs de cinéma.

Oui, comme Guy Ritchie. Arnaques, Crimes et Botanique et Snatch, pour moi, ce sont des chefs d’œuvres ! Il a réinventé la façon de réaliser et je m’en inspire aussi beaucoup. Pour moi, c’est un génie. Tarantino aussi m’a inspiré sur différents points comme la violence, mais la violence ridiculisée. Il y a une scène où je tue ma honte et ma honte me tue, c’est très tarantisnesque.

Je trouve que tu révolutionnes les séries sur YouTube. C’est beaucoup plus énergique et moderne.

Sur Internet on peut faire ce que l’on veut. Je n’ai pas la prétention de dire que je vais révolutionner quoi que ce soit ou que je donne un coup de pied dans la fourmilière, j’ai juste eu envie de faire un truc qui me correspond et qui me plait. Je fais cette série avec amour, c’est pour cela que ce projet me ressemble.

Tu te donnes combien de temps pour estimer que ta série marche ?

Je ne me mets pas la pression avec les objectifs. Il faut au moins 6 mois pour qu’une chaîne commence à décoller. Tant mieux si ça arrive plus vite  avec une vidéo tous les 15 jours. Mais puisqu’il faut que je réponde à ta question, je me laisse un an pour voir si les gens accrochent au concept.

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Pendant l'interview...

vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorParlons de Léa Camilleri. Comment l’as-tu choisi pour être ton « amoureuse » ?

J’étais auteur pour Le Latte Chaud à l’époque où elle faisait partie de l’équipe. J’ai pu l’observer jouer. Elle a un naturel de jeu que j’apprécie beaucoup. Elle a un côté un peu réservé et drôle en même temps. Dans la série, quand on rentre dans sa tête, il y a un décalage complet entre ce qu’elle est et ce qu’elle joue. Je suis sûr que parfois, quand elle tourne certaines scènes, elle se demande pourquoi elle est là, pourquoi elle a accepté de participer à cette aventure (rires). Depuis qu’elle a dû simuler un orgasme, ça a débloqué beaucoup de choses entre nous. On n’a plus peur de rien.

Comment es-tu sur un plateau ?

J’essaie d’être très cool avec tout le monde et de ne pas transmettre mes angoisses. En tant que chef d’orchestre, il est important de disséminer une bonne ambiance.

Tu t’inspires de ce que tu as vécu toi-même dans cette série ?

Il n’y a pas longtemps, je me suis aperçu que tous mes scénarios étaient des choses qui m’étaient arrivées. J’étais persuadé que c’était juste le fruit de mon imagination… mais non… en fait.

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Avec Vincent Scalera, après l'interview.

Pour terminer, voici les quatre premiers épisodes de En fait...

19 novembre 2016

Fred Rollat (auteur et chanteur de Karpatt) : interview pour Angora

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Malgré leurs 22 années d’existence, les trois membres de Karpatt ont gardé une fougue communicative de partager de la bonne humeur, des bons mots et des explosions d’émotions. Le trio parisien revendique une identité scénique farouche imprégnée de jazz manouche et de chanson française. Leur musique métissée, reggae, java ou rythmes cajuns et leur humour suscitent une énergie et un enthousiasme communicatifs!  Cinq ans après Sur le Quai, les revoici avec Angora. Le 4 octobre dernier, le chanteur du groupe, Fred Rollat, est venu à l’agence pour évoquer ce disque… et un peu plus.

12801400_10153597095024234_5586982112957979125_n.jpgArgumentaire de presse signé Stéphanie Berrebi (un tout petit peu raccourcie, mais pas beaucoup quand même):

Déjà vingt ans que Karpatt sème ses chansons, dans les bars et salles de France mais aussi à travers le monde. Le sixième album s’appelle Angora, titre hautement symbolique pour le trio. L’Angora, c’est le nom du lieu parisien où les chansons de ce disque sont nées.

Depuis les “chansons roots” de l’album À l’Ombre du Ficus, Karpatt aura fait un sacré chemin, de bars en salles de concerts, de Paris à l’Amérique Centrale en passant par l’Europe de l’Est et l’Indonésie. Une route ponctuée de titres devenus cultes pour son public fidèle. « Soulève ta jupe », « Fan de maman », « Le fil », « Léon », « Lino » ou plus récemment « Palais Royal », dédié à Mano Solo (sûrement le premier “fan” du groupe), ou « Un jeu » qu’ils se sont amusés à remixer sur ce dernier album. Autant de refrains qui ont marqué quelques milliers d’esprits ces vingt dernières années. Avec légèreté et simplicité, avec des émotions sur le fil ou avec humour, Karpatt a construit une relation complice avec un public qui a suivi le trio dans toutes ses aventures, dans toutes ses orientations musicales.

Chanson française, jazz manouche, rock, et aujourd’hui explorant les rythmiques sud-américaines, ajoutant Karpatt-Frigos-56-SITE-611x449.jpgdes petites touches électro çà et là, il n’y a pas de frontières dans les musiques créées par le guitariste Gaëtan Lerat , le contrebassiste Hervé Jégousso et le chanteur Fred Rollat, qui composent au gré des envies, mais aussi au gré des voyages et des rencontres ayant ponctué la vie de ces musiciens curieux, guidés surtout par l’envie de partager des émotions, d’emmener l’auditeur ailleurs.

Un désir que l’on ressent également à travers la plume de Fred Rollat. Toujours sincères, ses histoires nous touchent, qu’il s’agisse de textes intimistes (« Partage »), ou d’observation d’un monde qui part à vau-l’eau (« Moulinette », « Encombrants »). Tel un peintre en sentiments, ce fin observateur trouve toujours les mots pour nous faire sourire, avec parfois un soupçon de nostalgie (« Un jeu », « Amours d’été »). La portée de ses histoires souvent vécues, ses mots simples et ses refrains entêtants est universelle.

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IMG_1502.JPGInterview :

Karpatt a déjà 22 ans d’existence. Pourquoi n’avez-vous rien fait pour vos 20 ans ?

On ne fête pas les anniversaires. Ainsi, on a l’impression que le temps passe moins vite. On vit la musique de façon atypique. On tourne constamment, du coup notre vie est une longue ligne droite où le temps n’a pas sa place.

Vous avez fait juste un petit break avant cet album, je crois.

Effectivement, nous nous sommes miss un peu sur le bord de la route. Ça nous a fait du bien parce que nous avons des enfants. Et puis j’écris les textes du groupe, du coup j’avais envie de ne pas avoir la sensation de me répéter.

C’est dur de ne pas se répéter pendant 22 ans ?

Oui. Je vais piocher souvent dans mes souvenirs d’enfance pour me nourrir de ça. Quand j’aborde des sujets de société, j’essaie de décaler le sujet pour que cela soit plus digeste.  C’est ce que j’ai fait dans ce nouvel album sur les chansons « Un jeu » ou « Les encombrants ». Cela me permet d’assumer le fait de dire des choses sociétales. Je ne veux pas être donneur de leçon. Je n’aime pas m’exprimer de manière frontale. Je me sens à côté de la plaque si je le fais. Ça doit venir de mon éducation. Chez moi on écoutait du Brassens, mes parents me faisaient lire les fables de Jean de La Fontaine. Il y avait toujours du décalage, toujours une histoire banale, mais derrière, toujours une idée forte. Tu rentres dans une jolie image, tu regardes et là tu prends une claque. C’est plus fort que des textes écrits au premier degré.

Audio : "Les amours d'été" extrait de l'album Angora.

Est-ce que ton écriture continue à évoluer d’album en album ?

En 20 ans, nous avons vécu beaucoup de choses sur la route et dans nos vies personnelles. Nos vies sont différentes, donc j’écris différemment. Quand on me demande de jouer des anciennes chansons, j’aime bien. Je me rends compte qu’il y avait des maladresses, mais il y avait aussi beaucoup de spontanéités. C’est touchant. Aujourd’hui, au détriment de cette spontanéité, j’écris peut-être des textes un peu plus ciselés. Cependant, aavec le temps, je pense qu’on perd en énergie brut.

Tu aimes bien que le public gratte derrière tes mots pour découvrir le sens réel de tes chansons ?

J’adore ça. J’attends ça. Mais il y a des chansons qui ne le demandent pas. Dans ce disque, « Péniche » raconte un camarade qui est parti. Je ne lui ai pas dit au revoir, donc j’ai ressenti le besoin de lui dire dans un texte. Ça a été un exutoire. Je ne m’attends pas à ce que les gens grattent derrière, elle est suffisamment claire. Je ne fais pas trop de chansons comme ça parce que, même si ça va toucher des gens, j’ai l’impression d’être extrêmement impudique. D’ailleurs, je ne chante pas cette chanson dans les gros concerts, je préfère les petits lieux. Ils s’y prêtent plus.

Tu écris d’une manière particulière ?

Je prends des petites notes à droite, à gauche. En voyage, il m’arrive d’être dans des endroits inspirants, cela me donne des idées que j’écris sur un carnet de voyage, mais je ne sais jamais si ça va finir en chanson ou pas.  Un jour, je prends tout ça et j’essaie de jouer avec les sonorités. Je rentre dans la chanson comme ça. J’essaie de faire rebondir les mots entre eux et les rendre musicaux.

Le son des mots est pour toi comme un instrument de musique, c’est ça ?

Exactement. J’essaie de voir s’il se passe quelque chose dans les sonorités sans réfléchir au sens. Une fois que j’ai ces musiques de mots, j’essaie d’en faire sortir un sens.

Version acoustique de "Partage", extrait de l'album Angora.

Tu sais quand un texte est fini ?

Oui, par la force des choses et parce qu’il faut bien terminer l’enregistrement… mais j’aime faire évoluer une chanson en concert. Par exemple, dans ce disque, il y a une chanson qui s’appelle « Partage » et dans laquelle je raconte l’arrivée d’une petite fille au sein d’un couple. En live, j’ajoute un couplet. En studio, j’ai eu la sensation qu’il manquait quelque chose…

A la base, la musique de Karpatt c’est jazz manouche/chanson française, après, vous l’alimentez avec les musiques des pays que vous avez traversés, c’est ça ?

A l’origine des Karpatt, on était trois et nous jouions avec une contrebasse et deux guitares, c’était pratique de faire du jazz manouche. C’était sonore et puissant, on chantait avec trois voix et nous parvenions à défendre nos textes ainsi, de façon simple. Au bout d’un moment, nous nous sommes lassés et on a voulu ajouter autre chose.

Mais la priorité, c’est de défendre vos textes.

Oui, alors je prends ma guitare et comme je ne connais pas 10 000 accords, ma main droite essaie de changer le rythme. J’aime bien explorer tout ce qui existe, notamment l’univers rock et folk.

Audio : "Salvador" extrait de l'album  Angora.

Vous êtes toujours dans un mode acoustique en tout cas.

C’est notre marque de fabrique, même si dans cet album, il y a des pointes d’electro. Avec parcimonie pour ne pas se perdre là-dedans.

Votre public est fidèle. Et dans le monde entier.

On véhicule une bonne dose de bonne humeur, de dynamisme et d’énergie. On transpire, on va les défendre nos chansons. Ce n’est pas un ring de boxe, mais on y va physiquement. A l’étranger, si les gens ne comprennent pas tout ce que l’on dit, ils ressentent l’envie de mouiller la chemise et de partager.

On en revient à « faire sonner les mots musicalement », du coup, ça devient universel.

Tu as raison, je n’y avais pas pensé. Sinon, j’ajoute que je fais l’effort de dire des mots dans la langue du pays qui nous reçoit. La musique est un prétexte à la rencontre. En règle générale, je suis en concert comme si j’étais chez des amis. Je leur raconte ce que je suis en train de vivre.

Karpatt à Quetzaltenango au Guatemala.

Se produire à l’étranger, ça change quoi ?

La première fois que nous avons chanté à l’étranger, c’était à Venise, lors du Carnaval. J’avais bossé « Bella ciao » pour avoir au moins une chanson en italien. Nous sommes montés sur scène avec la pétoche. On s’est vite rendus compte que la barrière de la langue n’était pas un problème si le reste suivait. Les valeurs qu’il y a derrière nos concerts passent aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde.

Plus on fait des concerts, meilleur on est sur scène ?

L’expérience fait surtout que tu arrives à capter le public qui est devant toi. Il y a plein de cas de figures qu’avec le temps, nous avons croisé. Si le public est constitué d’abonnés de salles et qu’il ne nous connait pas, on ne va jamais brusquer les choses. Nous allons prendre notre temps pour que le public comprenne notre univers. Si on arrive à le choper sur un détail, ensuite, on les capte pour tout le reste.

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Pendant l'interview...

Après 22  ans, qu’est-ce qu’on attend encore de ce métier ?

J’aime l’idée de faire des disques pour laisser quelque chose derrière moi, une petite trace par exemple. J’aime l’idée que certaines chansons soient susceptibles de rester dans l’histoire de certaines personnes. J’aime l’idée de ne pas être juste passé.

Je te verrais bien écrire des romans ?

Les livres, je laisse cela à mon père. Il est journaliste politique (note de Mandor : Alain Rollat, effectivement brillant journaliste). Il écrit des livres historiques. Peut-être par contradiction, j’ai choisi d’écrire dans un petit format. Je me suis toujours senti un peu trop petit pour me lancer dans la littérature. Une chanson d’une cinquantaine de vers me convient parfaitement. Mon père me dit d’ailleurs que ce serait compliqué pour lui de raconter une histoire en si peu de mots.

Il est admiratif de son fiston ?

Je crois, oui. Il aime bien. Comme tout papa, je ne sais pas s’il est super objectif. Pour mon père, il faut que l’acte d’écrire soit engagé, donc il aime bien que j’évoque des choses sociales avec un prisme original.

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Après l'interview, le 4 octobre 2016.

15 novembre 2016

Patricia Kaas : interview pour son nouvel album éponyme

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Aujourd'hui, je vous propose l'interview de Patricia Kaas pour le magazine de la Fnac, "Open Mag" (daté du mois de novembre 2016), à l'occasion de la sortie de son nouvel album. Elle s'est tenue le 3 octobre dans une caravane/loge entre deux enregistrements d'émissions de télévision. 

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A l'issue de l'entretien le 3 octobre 2016. 

Pour terminer, voici le clip de "Madame Tout Le Monde" tiré de ce nouvel album.

11 novembre 2016

Arnold Turboust : interview pour son cinquième album Arnold Turboust

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(Photo Lionel Montagnier)
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Arnold Turboust est un ami. Je ne vais pas le cacher. Je l’ai rencontré pour la première fois en 2012, lors de ma première participation au Pic d’Or (voir photo à gauche). Il était (et est toujours) le président du jury de ce tremplin musical dont je suis membre. Evidemment, je le connaissais de réputation (tous les plus gros tubes de Daho dans les années 80 et le fameux « Adélaïde »). Il a contribué à la création d’une pop à la française, élégante et efficace. J’avais donc déjà beaucoup de respect professionnel pour lui. Dès notre première rencontre, j’ai su que j’allais aimer l’animal pour toujours. J’ai aussi pour lui beaucoup de respect pour l’homme qu’il est.

Cerise sur le gâteau, son nouveau disque est un joyau pop. Un immense Turboust. Le 19 octobre dernier, il est venu à l’agence pour sa première mandorisation… histoire d’évoquer avec lui l’ensemble de sa carrière et ce cinquième disque.

Le nouveau disque par Arnold Turboust lui-même :arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Fin 2012 début des travaux nous décidons Rico Conning et moi-même d'écrire ensemble un nouveau chapitre 25 ans après Let's go à Goa mon premier album et Pop Satori de qui vous savez !

Pour ce faire Rico habitant à Los Angeles et moi quelque part dans la campagne d'Ile de France nous avons utilisé un site Ftp. Ainsi grâce à ce système nous avons établi une correspondance régulière où nous n'avons eu de cesse dans les mois, les années, qui suivirent de corriger d'améliorer de gommer de refaire de s'interroger et encore de refaire.

Cet album au titre éponyme est en quelque sorte un quatre mains et c'est le cinquième de ma collection, la couleur est plutôt électronique saveur Pop, sung in French j'ai écrit les textes et nous avons élaboré les musiques ensemble.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orArnold Turboust :

"Tombé pour la France", "Epaule Tatoo", "Mon manège à moi"... Ces tubes d'Etienne Daho qui ont enchanté les années 80, on les doit à Arnold Turboust. De même, qui ne se souvient pas d' « Adelaïde » duo avec Zabou Breitmann qui a marqué à jamais son époque.

Auteur, compositeur, arrangeur, chanteur et musicien, celui dont Françoise Sagan a salué « l'humour sans cynisme et la diversité musicale » a travaillé également avec Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine, Barbara Carlotti ou Jacno..... Et publié quatre albums en solo, dont les deux derniers, Toute sortie est définitive en 2007 et Démodé, trois ans plus tard, ont été applaudis par la critique. Le nouvel album au titre éponyme est dans les bacs et sur toutes les plateformes.

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(Photo : Ronan Guennou).

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orInterview :

Je ne sais rien de ce que tu as fait  avant ta participation au groupe Marquis de Sade qui est ton début officiel dans le monde de la musique. Peux-tu m’en dire plus ?

J’habitais dans un petit bled à la campagne, Torigni-sur-Vire (50). Je m’arrangeais pour jouer avec des copains partout où c’était possible, à l’église, dans les kermesses, vraiment n’importe où. En terminale, j’avais un pote, Éric Morinière, qui était un excellent batteur, donc tous les midis, on jouait ensemble. Un jour, je suis parti au Havre, lui à Rennes. Il a rejoint Marquis de Sade. Peu de temps après, il m’a appelé pour rejoindre le groupe.

Tu as eu une éducation musicale par tes parents ?

Ma mère a fait 12 ans de violon, mais je ne l’ai jamais entendu en jouer. Quant à mon père, même s’il ne savait pas en faire, sa passion était la musique. On avait toujours des instruments à la maison, des petits orgues… Même mon grand-père avait l’oreille musicale. Il accordait à l’oreille les pianos. Tout ça fait que je baignais dans la musique. D’ailleurs, à l’âge de 7 ans, ma mère m’a dit que j’allais en faire. Elle m’a fait prendre des cours de piano. Je ne te cache pas que ça me pesait. Quand je prenais mes cours, je voyais par la fenêtre, les autres enfants jouer au foot. Mais au bout d’un moment, j’y ai pris goût.

Tu as aussi participé à une fanfare.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui. Là, j’ai retrouvé tous mes copains. Je jouais du trombone. Mais pour cela, il a fallu que je me retape deux ans de solfège, que je connaissais déjà. Mon père m’a fait rencontrer à 13 ans, un organiste belge qui jouait merveilleusement bien. Ce qui m’intéressait le plus dans la musique, c’était l’harmonie. Et lui m’a beaucoup appris sur la question. Il m’a expliqué pourquoi après tel accord, on pouvait utiliser celui-ci… il m’expliquait comment une chanson, était faite.  C’est à ce moment que la passion est arrivée en moi. Avant je n’étais que sur partition, il m’a aidé à en sortir. Je n’ai jamais essayé d’être un super virtuose, je suis plutôt quelqu’un qui s’intéresse au mode harmonique, aux couleurs.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orRevenons à Marquis de Sade. Cela t’es tombé dessus sans que tu réfléchisses.

Tout à fait. Je n’étais pas parti pour faire de la musique, mais une école de commerce. J’en avais intégré une au Havre. Avec Marquis de Sade, soudain, j’ai découvert tout un monde musical.

Après tu participes à d’autres groupes comme Private Jokes, Octobre…

Oui, mais mes parents ne voulaient absolument pas que j’arrête l’école, ils m’ont donc inscrit dans une école privée à Nantes parce que j’y avais de la famille. Là-bas, j’ai rencontré d’autres musiciens avec lesquels on a formé le groupe Private Jokes. Nous avions la côte dans la région. On a donc joué dans pas mal d’endroits, dont les Trans. Nous avons fait plein de premières parties à Paris soutenu par le magazine Actuel.

Private Jokes, "Bangkok" (1981).

Un jour, vous rencontrez Jean-Jacques Burnel, le leader des Stranglers.

Il voulait que l’on vienne avec lui en Angleterre enregistrer un disque. C’était devenu compliqué parce que le bassiste nous avait quittés. On s’est retrouvé à quatre. Parallèlement à ça, Franck Darcel, qui faisait partie de Marquis de Sade me dit qu’il arrête le groupe pour en monter un autre, Octobre. Il me demande de venir avec lui. J’ai accepté. Ce fut une courte expérience.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orPuis, il y a la rencontre avec Etienne Daho, un autre rennais d’adoption.

Quand j’ai intégré Marquis de Sade, immédiatement j’ai rencontré tous les musiciens de la région, y compris Etienne. A cette époque-là, il n’avait encore rien fait. Il me disait qu’il voulait être chanteur. Il faisait des petites maquettes. Je le trouvais très sympa, il parlait toujours de Françoise Hardy, c’était son grand truc. Je lui ai proposé de lui écrire des chansons. Il a accepté.

Ta première collaboration avec lui, c’est en 1982. Dans l’album La Notte, La Notte produit par Frank Darcel. Tu composes « Signé Kiko », « Poppy Gene Tierney » et « St-Lunaire, dimanche matin ». Tu es aussi aux claviers et à la programmation.

A la même époque, j’ai aussi composé pour lui « Swinging London ». C’était ma première chanson pour lui. On retrouve cette chanson en face B du Maxi 45t de « Le grand sommeil ».

Daholympia en 1992. "Saint-Lunaire dimanche matin" (avec Arnold Turboust).

Il y avait une fierté d’entendre tes chansons chantées par lui ?

Avec Private Jokes, il y avait plein de labels qui voulaient nous signer, mais ils voulaient que l’on change trop de choses dans notre musique. Nous, nous ne voulions pas faire de concessions. Avec Etienne, les petites  mélodies que j’ai composées devenaient populaires. Pour moi, c’était incroyable.  

Certaines chansons que tu as composées pour Daho comme « Tombé pour la France » ou « Epaule Tatoo » sont devenues cultes, tu t’en rends compte ?

Depuis quelques temps, je me rends compte qu’elles sont devenues incontournables. A l’époque, pour moi, c’étaient des petites chansons faites comme ça.

Clip de "Tombé pour la France".

Clip de "Epaule Tatoo".

En 1986, tu chantes pour la première fois. C’est un duo avec Zabou, « Adelaïde ». Immense carton !

Dans la démo, je voulais mêler un côté un peu « classique » avec du violon et une rythmique de l’époque. Pendant l’enregistrement, c’est passé à autre chose, je n’ai pas pu contrôler grand chose. Mais au final, ça a bien marché.

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(Photo : Youri Lenquette).

Le fait de chanter toi aussi, c’est parce que tu voulais ta part de gâteau en  matière de notoriété ?

Non. A l’époque d’ « Adélaïde », j’étais en plein dans la conception de l’album d’Etienne, Pop Satori. J’ai donc enregistré cette chanson entre Noël et le jour de l’An, quand j’avais le temps. Je l’avais proposé à d’autres interprètes, mais je n’ai pas eu trop de retour. Je me disais que c’était idiot qu’elle n’existe pas, donc, je l’ai chantée moi-même. Mon éditeur est passé chez moi pour écouter de nouveaux titres pour Etienne dont j’étais assez fier et il me dit « tu n’as que ça ? ». Je lui dis que j’ai aussi fait une chanson pour moi. Il l’écoute et  me lance : « Mais c’est celle-là que tu aurais dû me faire écouter dès le début ». Un label a bien voulu de cette chanson et voilà.

Mais devenir chanteur, ce n’était pas, à priori, dans tes projets.

C’était une progression assez logique. J’ai commencé comme musicien, ensuite compositeur, arrangeur… il me manquait le chant. « Adélaïde », c’était la première fois que je chantais. J’ai pris des cours qui m’ont fait sentir l’extrême petitesse de ma voix (rires).

 "Adelaïde" en live avec Zabou sur France 3 en 1986.

Quand tu t’écoutais, tu pensais quoi ?

Je détestais. En plus, dans cette chanson, il y avait un problème de tonalité de voix entre la voix masculine et la voix féminine. J’étais obligé de chanter assez haut et ce n’était pas ma spécialité. En entendant le résultat, je me suis demandé dans quoi je m’étais lancé. Et je me disais que ce n’était pas grave parce qu’il y avait une forte probabilité qu’on ne l’entende pas beaucoup à la radio. J’ai eu tort.

Pourquoi as-tu choisi une comédienne ?

Je connaissais Zabou. On se rencontrait souvent et je l’aimais bien. Elle était super drôle et elle avait du peps. Je savais qu’elle avait déjà chanté dans un film de Gérard Mordillat et qu’elle allait pouvoir chanter dans ma chanson. J’étais content que ce soit elle, car j’aimais beaucoup cette personne.

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Zabou et Arnold Turboust.

Tu te retrouves donc à la tête d’un 45 tours qui cartonne. As-tu imaginé que ta carrière solo était sur de bons rails ?

Un jour, mon label m’appelle et me demande d’aller faire un gros plateau organisé par FR3 dans le sud. J’y vais tout seul, sans Zabou. Il y avait tout de même 3000 personnes. J’étais persuadé que j’allais me faire jeter. Et là, le truc de dingue. Tous les gens chantent la chanson à fond. Pour répondre plus précisément à ta question, je ne me suis pas dit que j’allais faire une grande carrière en solo. Je pensais plus que c’était un cheminement assez logique par rapport à tout ce que j’allais faire plus tard.

En 1988, tu enregistres ton premier album Let’s Go à Goa, mais avant, en 1987, tu sors un 45 tours que j’adorais « Les envahisseurs ». Il ne figure sur aucun album.

J’avais cette musique, mais je n’arrivais pas à y coller un texte. C’est donc le parolier belge Jacques Duvall qui a écrit cette chanson. C’est quelqu’un que j’admire énormément.

"Les envahisseurs".

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Arnold Turboust et Rico Conning pendant l'enregistrement de Let's Go à Goa.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orLes Envahisseurs » puis ton album Let’s Go à Goa marchent raisonnablement, mais ne font pas le même carton qu’« Adélaïde ».

Je m’aperçois à ce moment-là que pour continuer une carrière d’interprète, il manque une flèche à mon arc. Il faut que j’écrive les textes. Je commence donc à m’y mettre à ce moment-là, mais à fond.

Très vite, tu fais des arrangements ou des compositions pour pas mal d’artistes.

Je n’ai travaillé qu’avec des gens avec lesquels j’avais des affinités. J’ai refusé pas mal de choses qui ne me correspondaient absolument pas.

"Francine song" extrait de "Let's Go à Goa".

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Arnold Turboust et Etienne Daho, époque Pop Satori (photo : Arlette Kotchounian)

Tu n’abandonnes pas Daho pour autant.

Non, je continue à écrire des chansons. Il y a un trou avec Etienne qui correspond entre mon premier et mon deuxième album, ce qui correspond à cinq ans.

Tu fais « Mon manège à moi » en 1993.

C’est encore un carton monumental.

Clip de "Mon manège à moi".

Mais, tu ne dis pas qu’il faut que tu travailles avec lui tout le temps parce qu’à chaque fois, vous faites des tubes incontournables ?

Notre association est bonne, je l’ai toujours dit.

Clip de "Mes amis et moi".

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn tout cas, tu ne renonces pas à une carrière d’interprète puisque tu sors dans le même temps l’album Mes amis et moi, chez Barclay.

Cet album a eu un bon succès d’estime. Certaines radios l’ont joué, donc j’étais assez content. C’est parce qu’Etienne a beaucoup aimé cet album qu’on a recommencé à travailler ensemble.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui, et cela a donné l’un des plus beaux albums de Daho, Eden, en 1996.

On a vraiment fait cet album à deux. Nous sommes partis en Angleterre, on a géré les studios, les ingénieurs du son, les musiciens et le style. On s’est imprégnés de ce qu’il se passait à cette époque-là à Londres. Je suis très fier de ce disque.

Tu as bossé aussi avec Jacno.

Il voulait absolument que je lui fasse son album. Je n’avais pas le temps parce que justement je bossais avec Etienne. Je lui ai fait deux chansons dont une qui s’intitulait « Je vous salue Marie ». C’était bien Jacno, ça…

Jacno "Je vous salue Marie".

Il y a eu aussi Brigitte Fontaine, Sylvie Vartan… tu n’avais pas peur du grand écart ! 

La musique m’a toujours mené par le bout du nez. Je faisais ce qu’elle voulait. Je n’ai jamais voulu dessiner une carrière en me projetant. Je laisse venir à moi les choses.

Revenons à Brigitte Fontaine.

On a produit cinq titres pour elle avec Etienne, dont le fameux, « Conne ».

Et Sylvie Vartan ?

C’était à l’époque où elle jouait dans un film de Jean-Claude Brisseau qui s’appelait L’ange noir. On avait fait une chanson avec Etienne, « Le premier de nous deux » en pensant qu’elle serait la chanson de ce film. Ça ne s’est pas fait. C’était pourtant une très bonne chanson.

Clip de "Hillary" extrait de Toute sortie est définitive.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn 2007, tu sors ton album Toute sortie est définitive.

J’aurais dû le sortir en 2001, mais il se trouve que la personne avec qui je travaillais toujours, Jacques Bali, est décédée.  Je me suis retrouvé du jour au lendemain tout seul. J’avais perdu une part de moi-même. Nous étions amis, associés et inséparables. J’étais bouleversé et je ne savais plus quoi faire. A cette époque, j’ai décidé d’arrêter mon côté interprète et j’ai travaillé sur des habillages télé, radio.

C’est toi qui a fait le générique de la météo de TF1 que l’on entend depuis des années, par exemple.

Oui, j’aime beaucoup faire ce genre de travail.

Générique de la météo de TF1.

En tout cas, Toute sortie est définitive a reçu un bel accueil.

La presse a bien relayé cette sortie et les critiques étaient positives.

Clip de "Démodé", tiré de Démodé.

L’album Démodé sort en 2010.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Il est sorti dans le label que venait de monter Marc Toesca. Par l’intermédiaire d’un ami qui a toujours été là dans les moments clefs de ma vie, Stéphane Loisy. J’avais 6 mois pour faire ce disque, je l’ai fait en un an. Démodé est un peu passé à l’as et ça m’a donné un sentiment d’inachevé… Ça m’a même démoralisé. A bien y réfléchir, le titre du disque correspondait à ce que je pensais que j’étais devenu. A cette période, je dois reconnaitre que j’étais un peu négatif.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orParlons de ton nouvel album. Je considère que c’est un bijou pop d’une élégance rare. La flamme est revenue et elle brille de 1000 feux.

Merci. Ça me touche. Après Démodé, Rico Conning de passage à Paris m’appelle et me demande si on peut se voir. On se rencontre, on discute et il me dit qu’il a adoré la chanson « Démodé ». Cela l’incite à me proposer de faire un album avec lui. Comme il habite à l’autre bout du monde, j’ai trouvé ça un peu compliqué, mais j’ai accepté. Je me suis remis à travailler avec une discipline quotidienne. Les mélodies et les textes sont venus petit à petit. Je me suis remis à faire des arrangements. On a tellement travaillé ensemble que je savais qu’il allait faire de mon travail quelque chose de magnifique.

Cet album est du Turboust d’hier, le faiseur de tubes, mais avec le son et la modernité d’aujourd’hui.

Ces nouvelles chansons sont ce que je suis aujourd’hui. Je me suis occupé des arrangements, il sonne donc comme je ressens la musique aujourd’hui.

Tu as fait de très belles mélodies.

Les mélodies, c’est ce qui me touche le plus.

Es-tu objectif sur ton propre travail ?

Jamais. Enfin si, quelquefois. Je trouve par exemple que cet album est assez réussi. Nous avons pris notre temps et c’est très important. J’ai commencé ce disque fin 2012 et nous l’avons terminé fin 2015.

J’imagine que Rico et toi êtes deux pointilleux… ça devait être dur de s’avoir s’arrêter, non ?

Selon les titres, c’était lui ou moi qui avions du mal. Mais j’avoue que je suis assez emmerdant et que je ne laisse pas passer beaucoup de choses. J’ai toujours été comme ça. Je suis constamment dans le doute, mais le doute te fait toujours avancer. Sur cet album, j’ai laissé beaucoup de doutes.

Pourquoi as-tu choisi « Souffler n’est pas jouer » comme premier single, alors que « La danseuse » me parait plus « populaire » ?

Je l’ai appris au cours de ma vie musicale. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Plutôt que de me voir attribuer des titres que je ne voudrais pas défendre, je choisis toujours le premier single. Si je me trompe, ce n’est pas grave. Et je ne crois pas m’être trompé pour ce disque. « Souffler n’est pas jouer » représente bien l’album. J’ai écouté toutes mes chansons de nombreuses fois et c’est celle dont je me suis le moins lassé.

Clip de "Souffler n'est pas jouer".

Ton disque est classieux, comme disait Gainsbourg… et je ne parle même pas de ton clip. Sobre, élégant. La grande classe comme le dandy que tu es.

C’est mon ami Jean Bocheux qui l’a réalisé. Il était déjà à l’origine du clip de « Mes amis et moi ». Il a beaucoup de talent. Il sait faire une belle lumière. C’est lui qui a eu l’idée de faire ça en noir et blanc. Il y a un côté londonien qui me va bien. J’aime la musique anglo-saxonne.

Ça n’a échappé à personne. Es-tu né dans le bon pays et à la bonne époque ?

Oui. J’aime beaucoup la langue française, sa poésie… J’ai eu quelques opportunités pour aller en Angleterre. Quand on a bossé avec Etienne sur Pop Satori, je suis devenu copain avec William Orbit. Il m’a proposé de venir avec lui en Angleterre pour travailler. Il voulait que j’écrive des chansons. D’autres personnes me l’ont proposé aussi, mais j’avais des enfants, c’était un peu compliqué. J’ai parfois un peu loupé le coche.  Si de nouvelles occasions se présentaient aujourd’hui, je pense que je serais capable de partir là-bas.

"Que la fête commence" tiré du nouvel album d'Arnold Turboust.

Je reviens à Daho. Tout ce que vous avez fait ensemble a été un immense succès. Je ne comprends pas pourquoi vous ne bossez plus ensemble.

Nous devions faire son dernier album ensemble. Un jour il me laisse un message pour me demander si j’accepte de faire un nouvel album avec lui. Evidemment, j’accepte. J’ai toujours aimé travailler avec lui. Avec Etienne, je sais que la chose qui va être mis en avant, c’est l’artistique… c’est exactement ce qui me convient. L’association avec Etienne, c’est deux personnes qui se confortent dans leurs choix. On s’est toujours appuyés l’un sur l’autre. Mais il me rappelle un jour en me disant qu’il est trop engagé avec d’autres personnes… je comprends très bien cela, donc je n’insiste pas.

Tu es remonté sur scène avec lui à la cité de la Musique le 14 février 2014. Arnold Turboust

Quel succès ! C’était le délire total. J’ai juste fait la fermeture du concert Pop Satori. Les gens étaient tellement contents de nous voir ensemble que ça m’a touché énormément. Ce soir-là, il n’a joué que cet album et le public était en transe. Je pense pouvoir affirmer qu’Etienne pourrait faire une tournée avec uniquement les chansons de Pop Satori, ce serait un délire. Quand je vois des journalistes qui me disent : « vous vous rendez compte de ce que vous avez fait en France musicalement ? », ça me fait réfléchir.

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Daho et Turboust à la Cité de la Musique. 

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orJ’ai l’impression que tu ne te rends pas compte de ce que tu représentes.

Moi, j’avance, je ne regarde jamais derrière. Ce que je représente est loin d’être mon moteur.

Quand on te parle de Daho et d’ « Adélaïde » en interview, ça te gonfle ?

Non, c’est ce qui fait qu’on s’intéresse à mon travail aujourd’hui. Et peut-être que dans dix ans, on dira que mon album d’aujourd’hui est fantastique.

Tu es dans quel état d’esprit ?

Je suis en attente. J’ai envie que ce disque soit partagé par le plus grand nombre et surtout qu’il soit apprécié.

Arnold Turboust - Bubble Gum Remix (2017) deuxième single de l'album "Arnold Turboust".
Clip réalisé par WHAT (Guillaume Allantaz/Jérôme Masi/Wilfried Forestier)

Et la scène ?

Comme tu me connais, je révise mon pas de danse.

Oui, c’est ça ! Tu es plus un homme de studio que de scène.

Je souhaiterais faire un récital à l’anglaise. Je vais commencer à mettre les choses en place. Je veux voir avec Rico comment on peut redonner l’ambiance du disque en concert.

Tu n’as jamais fait de scène en tant qu’Arnold Turboust interprète.

Tu as raison. J’étais juste musicien dans différents groupes et j’ai fait deux tournées avec Etienne. Dans la tournée « pop Satori », je chantais même « Adelaïde ». C’était quelque chose.

Que puis-je te souhaiter ?

Que mon disque plaise au plus grand nombre.

Bonus : Un reportage de France 3 Normandie, "Retour aux sources pour Arnold Turboust" (octobre 2016).

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

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10 novembre 2016

Serge Lama : interview pour Où sont passés nos rêves

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Je n'avais encore jamais interviewé ce grand de la chanson française. J'ai pourtant beaucoup d'admiration pour Serge Lama depuis quelques décennies. Voilà qui est enfin fait à l'occasion de la sortie de son nouveau disque Où sont passés nos rêves. Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2016), voici la synthèse de notre demi-heure de conversation téléphonique qui s'est tenue le 17 octobre dernier.

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Clip de "Les Muses", réalisé par Igreco pour Hi Five Productions.

04 novembre 2016

Le mook Hexagone : interview de David Desreumaux, Garance et Valentin Vander

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Je le fais rarement, voire jamais. Parler d’un magazine qui sort. Mais là, je ne pouvais passer sous silence cette arrivée fracassante dans le monde des magazines consacrés à la chanson (si peu nombreux). Depuis la mort de Chorus, on attendait une revue trimestrielle similaire, sorte de bible de la chanson d’aujourd’hui. Heureusement, il y a aussi FrancoFans, le bimestriel indé de la scène francophone, (dont je suis absolument fan et qui défend à merveille ce même petit monde). Mais c’est tout. FrancoFans était seul, voici un grand frère différent, mais complémentaire.

David Desreumaux, le boss d’Hexagone (puisqu’il s’agit de ce magazine), Garance (déjà mandorisée ici en 2012) et Valentin Vander, deux des artistes qu’il a mis en avant dans le numéro 1, sont venus me voir le 3 octobre dernier à l'agence pour parler de ce « mook » et de... chansons françaises.

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone (expliqué par Hexagone) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

Pour s'abonner à Hexagone (un tour ici!) et (dernière minute!) pour recevoir le n°0 (collector de chez collector), cliquez là!

Les forces en présence :

David Desreumaux : Fondateur et rédacteur en chef du mook Hexagone et du webzine hexagone.me consacrés à la chanson.

Garance : Chanteuse fort talentueuse, très récompensée par divers tremplins, et qui pose avec Anne Sylvestre sur la couverture du n°1 d’Hexagone.

Valentin Vander : Chanteur ironique et tendre, qui part souvent en goguette, et qui s’est vu attribué un long portrait de 6 pages dans le n°1 d’Hexagone.

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hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorInterview :         

David, ce magazine est tout simplement la continuité de ton travail autour de la chanson française commencé il y a longtemps. 

David : Je suis parti de mon site consacré à la chanson lancé en 2014. Hexagone m’a permis de conjuguer mes différentes passions : le journalisme, l’écriture, la chanson et la photo.

C’est d’ailleurs un retour à tes premiers amours puisque tu avais créé en 2000 un des sites pionniers autour de la chanson, du rock et de la culture alternative, L’art-scène.

Oui, mais cette activité s’est interrompue au bout d’un moment par la force des choses. Pour faire des enfants et fabriquer une maison, par exemple. A un moment, tu te fais toujours rattraper par ton virus/ta passion. Je souhaitais reprendre une parole dans le secteur de la chanson, car cela me manquait terriblement.

C’était un manque personnel, mais aussi un manque tout court d’organe de presse spécialisé dans la chanson française, non ?

David : Il faut bien reconnaître qu’il y a peu de médias qui relatent l’activité chanson. A Hexagone, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la chanson qui est sous les feux de la rampe, mais l’autre, « la chanson d’art et d’essai », comme l’a dit Jean-Claude Barens. Aujourd’hui, nous sommes peu de combattants à parler des artistes qui font partie de cette branche-là. Sur le net  il y a Nos Enchanteurs, Chanter, c’est lancer des balles et toi avec Mandor… nous ne sommes pas nombreux. Sur papier, il y a FrancoFans, Vinyl et point barre. Donc, je me suis dis : "merde, il faut s’y coller !" J’ai décidé de faire cette revue, avec ma couleur assez singulière et ma patte qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je traite cette actualité spécifique avec une fausse désinvolture et de l’humour. Je veux vraiment déringardiser la chanson. La chanson est mal vue, passe pour être ringarde, mais c’est tellement l’inverse que j’ai pour ambition de le prouver.

Valentin : C’est vrai que la présentation du mook donne un aspect très moderne au contenu traité. C’est valorisant pour nous, jeunes artistes qui nous adonnons à la chanson.

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Garance (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorJe m’adresse à vous deux, Garance et Valentin. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de médias qui parlent de vous ?

Garance : Clairement. Même France Inter a arrêté de défendre la chanson comme cette radio publique le faisait avant. Ils ont enlevé toutes les émissions consacrées à elle. Nous n’avons plus aucune passerelle pour venir présenter notre travail. Et au niveau papier, il n’y effectivement plus que FrancoFans et aujourd’hui Hexagone qui propose autre chose. Je trouve que les articles de ce magazine sont longs, denses et fournis comme rarement. J’ai l’impression d’apprendre des choses sur les artistes. Moi, je lis ce « mook » comme un livre. Je ne parle même pas des photos qui sont magnifiques. Ca fait une semaine qu’il est posé chez moi sur une table basse, tous les potes qui passent sont impressionnés par la beauté de ce magazine.

En plus, toi tu es sur la couverture du n°1 avec Anne Sylvestre (mandorisée là). Mais la classe, quoi !

Garance : Tu m’étonnes. Je n’avais pas vu le résultat de la séance photos avec Anne Sylvestre avant de découvrir la couverture à la cérémonie de lancement au Forum Léo Ferré. Quand je l’ai vu, j’ai été immensément émue. Déjà, je me demandais quelle était ma légitimité à être en couverture du numéro 1, mais en plus avec Anne Sylvestre… le rêve absolu. Je suis tellement admirative de cette grande dame de la chanson !

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Autoportrait de David Desreumaux.

(Ironique.) Je suis censé être un spécialiste de la chanson française et, pourtant, quand je lis hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone, j’ai l’impression de ne connaître pas grand monde. Toi Valentin, par exemple, je ne te connaissais pas et tu as le droit à 6 pages. Mazette !

Valentin : Comme tu dis. Ca me parait complètement impossible que l’on parle de moi dans un journal comme celui-ci, sur 6 pages en plus. Je suis plus habitué à avoir des entrefilets dans des bulletins associatifs ou des journaux locaux. Quand David et Flavie (note de Mandor : la femme de David, sans qui pas grand-chose ne serait possible) m’ont invité pour faire cette interview, j’étais surpris et très ému de constater que l’on pouvait s’intéresser à mon travail et le comprendre si justement. Je n’avais jamais connu ça.

David, c’est ça qui est intéressant. Tu mets en avant des artistes comme Melissmell, Emilie Marsh, Agnès Bihl, Klo Pelgag aussi bien que des artistes moins réputés tel que Chouf, Jack Simard, Govrache et Valentin…

David : C’est un choix éditorial. Il y a plusieurs critères. Un des premiers est d’essayer de couvrir le plus largement possible les différents aspects de la chanson. Nous essayons de ne laisser personne sur le carreau dans le genre qu’il représente. Il faut aussi que nous jouions sur les aspects de notoriété. Pour susciter un intérêt, on a besoin de parler d’artistes qui ont un peu ou beaucoup de notoriété, comme Anne Sylvestre. Cela permet de déclencher l’envie du lecteur. Je rappelle que l’objet de l’association qui est déposée en préfecture, c’est de favoriser la découverte des artistes émergents. C’est ce que nous faisons. Les artistes présents dans Hexagone ont tous une légitimité à y figurer… par leur talent et leur œuvre.

Nous sommes dans une société qui réclame de la chanson française et j’ai l’impression que personne ne l’écoute…

David : Je pense qu’il y a des responsabilités à trouver chez chacun : les médias, les artistes, les programmateurs, le public…

Tu reproches quoi aux artistes ?

David : Rien. Chacun doit rester comme il veut, comme il le sent. Mais si je dois te donner une réponse je dirais que, globalement, il y a une image pas très « sexy » qui est véhiculée autour de la chanson. Peut-être à tort, mais c’est l’image qu’elle a.

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Valentin Vander (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorNe faut-il pas aussi susciter de la curiosité chez le spectateur en dépoussiérant son répertoire ?

David : Si, bien sûr. Mais, sur l’échelle des responsabilités, je mettrais les médias en premier. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’exposer les artistes. Les médias « grand public » ne font pas grand chose pour la chanson.

Garance : Clémence Mèche dans l’article avec Anne Sylvestre dit à un moment : « Si Anne n’est pas connue du grand public, c’est peut-être parce que le grand public n’est pas au bon endroit. » Quand je vais dans des petits villages, dans de petits lieux, je me rends compte que les gens sont contents d’entendre des chansons comme les nôtres.  Ils nous le disent. Ils aiment cette chanson que nous défendons, mais ne savent pas qu’elle existe car elle est peu ou pas médiatisée. Quand je dis à des personnes que je rencontre le métier que je fais, souvent, ils me demandent si j’en vis. Comme ce que je fais n’est pas exposé, pour eux, ça n’existe pas.

Valentin : Avant, il y avait des structures de salles, de lieux et de réseaux qui accueillaient des artistes comme nous, ce qui permettait d’agrandir leur public beaucoup plus facilement qu’aujourd’hui.

David : Ça passait aussi par le biais de producteurs, de directeurs artistiques qui faisaient un vrai travail de découverte. Il y avait différents intervenants à différents stades de la création. Les grands d’hier étaient suivis par des gens comme Jacques Canetti. Aujourd’hui, les artistes se retrouvent seuls et ne savent pas toujours comment procéder pour se faire connaître.

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De gauche à droite : Valentin Vander, Garance et David Desreumaux.

David, tu vas aimer cette question. Qu’aimes-tu chez Garance et chez Valentin ?

David : Leur regard sur la chanson et leur façon de l’aborder. Ils ont su déclencher l’étincelle pour que je m’intéresse à eux.  Ce qui m’intéresse dans la chanson, c’est la façon dont on la regarde et on la considère. Selon le cantologue, Stéphane Hirschi, « la chanson, c’est l’art de fixer le temps. » La chanson doit signifier quelque chose et s’inscrire dans notre histoire commune. Les chansons de Garance et de Valentin me procurent de réelles émotions.

Garance et Valentin, faire votre métier, c’est un combat ?

Valentin : C’est dur, mais je ne le perçois pas du tout ainsi. Je suis hyper content de ce que je fais et de ce que j’arrive à faire. Je m’en sors parce que j’ai plein de projets différents, du coup, tout ça accumulé, je peux en vivre.

Tu mets le doigt sur quelque chose d’important. Pour s’en sortir, il faut avoir plusieurs projets.

Valentin : C’est comme ça que je m’en sors et que je suis libre.

Garance : Moi aussi, je fais des spectacles pour enfants à côté. Ce métier, je ne le vois pas non plus comme un combat, j’ai peur de faire un peu trop militant. Evidemment que c’est dur. Le statut d’intermittent, tu ne l’as pas la première année. Tu as de bonnes années de galères avant. Le combat, c’est plus de se motiver tous les jours. Je me dis souvent : « Je suis toute seule. Si je m’arrête, personne ne va venir me chercher. » C’est toujours à moi de nourrir le feu. Les artistes comme nous avancent au jour le jour en déposant des pierres.

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(Pendant l'interview...)

David, parlons de la viabilité de ton mook. On se souvient de l’expérience de la revue de Didier Varrod, Serge, qui n’a pas duré longtemps…

David : La question est au centre du problème. Le financement est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, nous n’avons quasiment pas de visibilité. On est sur du court terme. On sait juste que la sortie papier du numéro 2 est assurée. Au-delà, on ne sait pas.

Tu m’impressionnes réellement, car tu portes plusieurs casquettes. Lesquelles précisément ?

David : Celle de journaliste, celle du type qui vient faire sa promo (rires), celle de photographe, celle de chercheur d’abonnés et d’annonceurs. S’il n’y pas de pépettes qui rentrent, il n’y pas de revue qui sort.

Tu remercieras Flavie, ta femme, pour la maquette de cette revue !

David : Tous les deux, on essaie de faire le plus de choses possible nous-mêmes. Notre économie fragile ne nous permet pas d’embaucher quiconque. On est tous bénévoles. Il y a juste l’impression et les envois qui sont à payer pour le moment.

David, dis-moi franchement, tires-tu une certaine fierté à sortir ce mook, à avoir ta petite réputation dans le milieu ?

David : Oui, j’en tire une fierté, sans que cela soit de l’orgueil. Ce serait de la fausse modestie que de dire que je m’en fous. Je suis content que notre travail soit salué. Ça veut dire que nous ne nous sommes pas trop trompés. Encore une fois, nous sommes lucides. Nous savons que ce projet audacieux peut ne pas durer, ça nous rend humble. Ce qui est certain, c’est que la chanson que nous défendons mérite que l’on tente cette aventure. Je suis fier d’en être l’instigateur, mais derrière, je suis dans un collectif. Je pense aux journalistes qui collaborent au mook, aux artistes dont nous parlons, puis, plus globalement, le monde de la chanson. Je souhaite encore longtemps fédérer un maximum de personnes, de toutes sensibilités de la chanson.

Quand sort le prochain Hexagone ?

Le 20 décembre. Nous travaillons dessus déjà depuis quelques semaines.

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Le 3 octobre 2016, après l'interview.