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19 novembre 2016

Fred Rollat (auteur et chanteur de Karpatt) : interview pour Angora

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Malgré leurs 22 années d’existence, les trois membres de Karpatt ont gardé une fougue communicative de partager de la bonne humeur, des bons mots et des explosions d’émotions. Le trio parisien revendique une identité scénique farouche imprégnée de jazz manouche et de chanson française. Leur musique métissée, reggae, java ou rythmes cajuns et leur humour suscitent une énergie et un enthousiasme communicatifs!  Cinq ans après Sur le Quai, les revoici avec Angora. Le 4 octobre dernier, le chanteur du groupe, Fred Rollat, est venu à l’agence pour évoquer ce disque… et un peu plus.

12801400_10153597095024234_5586982112957979125_n.jpgArgumentaire de presse signé Stéphanie Berrebi (un tout petit peu raccourcie, mais pas beaucoup quand même):

Déjà vingt ans que Karpatt sème ses chansons, dans les bars et salles de France mais aussi à travers le monde. Le sixième album s’appelle Angora, titre hautement symbolique pour le trio. L’Angora, c’est le nom du lieu parisien où les chansons de ce disque sont nées.

Depuis les “chansons roots” de l’album À l’Ombre du Ficus, Karpatt aura fait un sacré chemin, de bars en salles de concerts, de Paris à l’Amérique Centrale en passant par l’Europe de l’Est et l’Indonésie. Une route ponctuée de titres devenus cultes pour son public fidèle. « Soulève ta jupe », « Fan de maman », « Le fil », « Léon », « Lino » ou plus récemment « Palais Royal », dédié à Mano Solo (sûrement le premier “fan” du groupe), ou « Un jeu » qu’ils se sont amusés à remixer sur ce dernier album. Autant de refrains qui ont marqué quelques milliers d’esprits ces vingt dernières années. Avec légèreté et simplicité, avec des émotions sur le fil ou avec humour, Karpatt a construit une relation complice avec un public qui a suivi le trio dans toutes ses aventures, dans toutes ses orientations musicales.

Chanson française, jazz manouche, rock, et aujourd’hui explorant les rythmiques sud-américaines, ajoutant Karpatt-Frigos-56-SITE-611x449.jpgdes petites touches électro çà et là, il n’y a pas de frontières dans les musiques créées par le guitariste Gaëtan Lerat , le contrebassiste Hervé Jégousso et le chanteur Fred Rollat, qui composent au gré des envies, mais aussi au gré des voyages et des rencontres ayant ponctué la vie de ces musiciens curieux, guidés surtout par l’envie de partager des émotions, d’emmener l’auditeur ailleurs.

Un désir que l’on ressent également à travers la plume de Fred Rollat. Toujours sincères, ses histoires nous touchent, qu’il s’agisse de textes intimistes (« Partage »), ou d’observation d’un monde qui part à vau-l’eau (« Moulinette », « Encombrants »). Tel un peintre en sentiments, ce fin observateur trouve toujours les mots pour nous faire sourire, avec parfois un soupçon de nostalgie (« Un jeu », « Amours d’été »). La portée de ses histoires souvent vécues, ses mots simples et ses refrains entêtants est universelle.

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IMG_1502.JPGInterview :

Karpatt a déjà 22 ans d’existence. Pourquoi n’avez-vous rien fait pour vos 20 ans ?

On ne fête pas les anniversaires. Ainsi, on a l’impression que le temps passe moins vite. On vit la musique de façon atypique. On tourne constamment, du coup notre vie est une longue ligne droite où le temps n’a pas sa place.

Vous avez fait juste un petit break avant cet album, je crois.

Effectivement, nous nous sommes miss un peu sur le bord de la route. Ça nous a fait du bien parce que nous avons des enfants. Et puis j’écris les textes du groupe, du coup j’avais envie de ne pas avoir la sensation de me répéter.

C’est dur de ne pas se répéter pendant 22 ans ?

Oui. Je vais piocher souvent dans mes souvenirs d’enfance pour me nourrir de ça. Quand j’aborde des sujets de société, j’essaie de décaler le sujet pour que cela soit plus digeste.  C’est ce que j’ai fait dans ce nouvel album sur les chansons « Un jeu » ou « Les encombrants ». Cela me permet d’assumer le fait de dire des choses sociétales. Je ne veux pas être donneur de leçon. Je n’aime pas m’exprimer de manière frontale. Je me sens à côté de la plaque si je le fais. Ça doit venir de mon éducation. Chez moi on écoutait du Brassens, mes parents me faisaient lire les fables de Jean de La Fontaine. Il y avait toujours du décalage, toujours une histoire banale, mais derrière, toujours une idée forte. Tu rentres dans une jolie image, tu regardes et là tu prends une claque. C’est plus fort que des textes écrits au premier degré.

Audio : "Les amours d'été" extrait de l'album Angora.

Est-ce que ton écriture continue à évoluer d’album en album ?

En 20 ans, nous avons vécu beaucoup de choses sur la route et dans nos vies personnelles. Nos vies sont différentes, donc j’écris différemment. Quand on me demande de jouer des anciennes chansons, j’aime bien. Je me rends compte qu’il y avait des maladresses, mais il y avait aussi beaucoup de spontanéités. C’est touchant. Aujourd’hui, au détriment de cette spontanéité, j’écris peut-être des textes un peu plus ciselés. Cependant, aavec le temps, je pense qu’on perd en énergie brut.

Tu aimes bien que le public gratte derrière tes mots pour découvrir le sens réel de tes chansons ?

J’adore ça. J’attends ça. Mais il y a des chansons qui ne le demandent pas. Dans ce disque, « Péniche » raconte un camarade qui est parti. Je ne lui ai pas dit au revoir, donc j’ai ressenti le besoin de lui dire dans un texte. Ça a été un exutoire. Je ne m’attends pas à ce que les gens grattent derrière, elle est suffisamment claire. Je ne fais pas trop de chansons comme ça parce que, même si ça va toucher des gens, j’ai l’impression d’être extrêmement impudique. D’ailleurs, je ne chante pas cette chanson dans les gros concerts, je préfère les petits lieux. Ils s’y prêtent plus.

Tu écris d’une manière particulière ?

Je prends des petites notes à droite, à gauche. En voyage, il m’arrive d’être dans des endroits inspirants, cela me donne des idées que j’écris sur un carnet de voyage, mais je ne sais jamais si ça va finir en chanson ou pas.  Un jour, je prends tout ça et j’essaie de jouer avec les sonorités. Je rentre dans la chanson comme ça. J’essaie de faire rebondir les mots entre eux et les rendre musicaux.

Le son des mots est pour toi comme un instrument de musique, c’est ça ?

Exactement. J’essaie de voir s’il se passe quelque chose dans les sonorités sans réfléchir au sens. Une fois que j’ai ces musiques de mots, j’essaie d’en faire sortir un sens.

Version acoustique de "Partage", extrait de l'album Angora.

Tu sais quand un texte est fini ?

Oui, par la force des choses et parce qu’il faut bien terminer l’enregistrement… mais j’aime faire évoluer une chanson en concert. Par exemple, dans ce disque, il y a une chanson qui s’appelle « Partage » et dans laquelle je raconte l’arrivée d’une petite fille au sein d’un couple. En live, j’ajoute un couplet. En studio, j’ai eu la sensation qu’il manquait quelque chose…

A la base, la musique de Karpatt c’est jazz manouche/chanson française, après, vous l’alimentez avec les musiques des pays que vous avez traversés, c’est ça ?

A l’origine des Karpatt, on était trois et nous jouions avec une contrebasse et deux guitares, c’était pratique de faire du jazz manouche. C’était sonore et puissant, on chantait avec trois voix et nous parvenions à défendre nos textes ainsi, de façon simple. Au bout d’un moment, nous nous sommes lassés et on a voulu ajouter autre chose.

Mais la priorité, c’est de défendre vos textes.

Oui, alors je prends ma guitare et comme je ne connais pas 10 000 accords, ma main droite essaie de changer le rythme. J’aime bien explorer tout ce qui existe, notamment l’univers rock et folk.

Audio : "Salvador" extrait de l'album  Angora.

Vous êtes toujours dans un mode acoustique en tout cas.

C’est notre marque de fabrique, même si dans cet album, il y a des pointes d’electro. Avec parcimonie pour ne pas se perdre là-dedans.

Votre public est fidèle. Et dans le monde entier.

On véhicule une bonne dose de bonne humeur, de dynamisme et d’énergie. On transpire, on va les défendre nos chansons. Ce n’est pas un ring de boxe, mais on y va physiquement. A l’étranger, si les gens ne comprennent pas tout ce que l’on dit, ils ressentent l’envie de mouiller la chemise et de partager.

On en revient à « faire sonner les mots musicalement », du coup, ça devient universel.

Tu as raison, je n’y avais pas pensé. Sinon, j’ajoute que je fais l’effort de dire des mots dans la langue du pays qui nous reçoit. La musique est un prétexte à la rencontre. En règle générale, je suis en concert comme si j’étais chez des amis. Je leur raconte ce que je suis en train de vivre.

Karpatt à Quetzaltenango au Guatemala.

Se produire à l’étranger, ça change quoi ?

La première fois que nous avons chanté à l’étranger, c’était à Venise, lors du Carnaval. J’avais bossé « Bella ciao » pour avoir au moins une chanson en italien. Nous sommes montés sur scène avec la pétoche. On s’est vite rendus compte que la barrière de la langue n’était pas un problème si le reste suivait. Les valeurs qu’il y a derrière nos concerts passent aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde.

Plus on fait des concerts, meilleur on est sur scène ?

L’expérience fait surtout que tu arrives à capter le public qui est devant toi. Il y a plein de cas de figures qu’avec le temps, nous avons croisé. Si le public est constitué d’abonnés de salles et qu’il ne nous connait pas, on ne va jamais brusquer les choses. Nous allons prendre notre temps pour que le public comprenne notre univers. Si on arrive à le choper sur un détail, ensuite, on les capte pour tout le reste.

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Pendant l'interview...

Après 22  ans, qu’est-ce qu’on attend encore de ce métier ?

J’aime l’idée de faire des disques pour laisser quelque chose derrière moi, une petite trace par exemple. J’aime l’idée que certaines chansons soient susceptibles de rester dans l’histoire de certaines personnes. J’aime l’idée de ne pas être juste passé.

Je te verrais bien écrire des romans ?

Les livres, je laisse cela à mon père. Il est journaliste politique (note de Mandor : Alain Rollat, effectivement brillant journaliste). Il écrit des livres historiques. Peut-être par contradiction, j’ai choisi d’écrire dans un petit format. Je me suis toujours senti un peu trop petit pour me lancer dans la littérature. Une chanson d’une cinquantaine de vers me convient parfaitement. Mon père me dit d’ailleurs que ce serait compliqué pour lui de raconter une histoire en si peu de mots.

Il est admiratif de son fiston ?

Je crois, oui. Il aime bien. Comme tout papa, je ne sais pas s’il est super objectif. Pour mon père, il faut que l’acte d’écrire soit engagé, donc il aime bien que j’évoque des choses sociales avec un prisme original.

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Après l'interview, le 4 octobre 2016.

Commentaires

Je confirme ce que Fred dit à la fin de l'interview: oui, son papa est "admiratif de son fiston". Je suis admiratif de ses talents d'auteur-compositeur, de son indépendance d'esprit, de la finesse de son écriture, de sa persévérance de troubadour des temps modernes, de l'énergie qu'il offre en scène à tous les publics en compagnie de ses deux potes, Hervé et Gaétan, admiratif de tout ce qui fait aujourd'hui de Karpatt un groupe dont certaines chansons ont déjà fait plusieurs fois, discrètement, le tour du monde. Dis-je cela en toute "objectivité"? Sûrement pas. Mais comme cela fait 50 ans que j'écris des textes, que j'en lis et en corrige souvent, il me semble avoir, en ce genre d'expertise, un honnête recul par rapport à ma subjectivité. Et je suis d'autant plus fier de l'apport de Karpatt à l'univers de la chanson française que Fred et ses copains ont tracé leur sillon hors des sentiers de la connivence... Merci à vous, Mandor, de m'avoir donné ici l'occasion inattendue de pouvoir le dire... A.R.

Écrit par : Alain Rollat | 21 novembre 2016

TOUT A FAIT D'ACCORD AVEC ALAIN ROLLAT.

Écrit par : Nicole Chaslin | 22 novembre 2016

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