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11 novembre 2016

Arnold Turboust : interview pour son cinquième album Arnold Turboust

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(Photo Lionel Montagnier)
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Arnold Turboust est un ami. Je ne vais pas le cacher. Je l’ai rencontré pour la première fois en 2012, lors de ma première participation au Pic d’Or (voir photo à gauche). Il était (et est toujours) le président du jury de ce tremplin musical dont je suis membre. Evidemment, je le connaissais de réputation (tous les plus gros tubes de Daho dans les années 80 et le fameux « Adélaïde »). Il a contribué à la création d’une pop à la française, élégante et efficace. J’avais donc déjà beaucoup de respect professionnel pour lui. Dès notre première rencontre, j’ai su que j’allais aimer l’animal pour toujours. J’ai aussi pour lui beaucoup de respect pour l’homme qu’il est.

Cerise sur le gâteau, son nouveau disque est un joyau pop. Un immense Turboust. Le 19 octobre dernier, il est venu à l’agence pour sa première mandorisation… histoire d’évoquer avec lui l’ensemble de sa carrière et ce cinquième disque.

Le nouveau disque par Arnold Turboust lui-même :arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Fin 2012 début des travaux nous décidons Rico Conning et moi-même d'écrire ensemble un nouveau chapitre 25 ans après Let's go à Goa mon premier album et Pop Satori de qui vous savez !

Pour ce faire Rico habitant à Los Angeles et moi quelque part dans la campagne d'Ile de France nous avons utilisé un site Ftp. Ainsi grâce à ce système nous avons établi une correspondance régulière où nous n'avons eu de cesse dans les mois, les années, qui suivirent de corriger d'améliorer de gommer de refaire de s'interroger et encore de refaire.

Cet album au titre éponyme est en quelque sorte un quatre mains et c'est le cinquième de ma collection, la couleur est plutôt électronique saveur Pop, sung in French j'ai écrit les textes et nous avons élaboré les musiques ensemble.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orArnold Turboust :

"Tombé pour la France", "Epaule Tatoo", "Mon manège à moi"... Ces tubes d'Etienne Daho qui ont enchanté les années 80, on les doit à Arnold Turboust. De même, qui ne se souvient pas d' « Adelaïde » duo avec Zabou Breitmann qui a marqué à jamais son époque.

Auteur, compositeur, arrangeur, chanteur et musicien, celui dont Françoise Sagan a salué « l'humour sans cynisme et la diversité musicale » a travaillé également avec Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine, Barbara Carlotti ou Jacno..... Et publié quatre albums en solo, dont les deux derniers, Toute sortie est définitive en 2007 et Démodé, trois ans plus tard, ont été applaudis par la critique. Le nouvel album au titre éponyme est dans les bacs et sur toutes les plateformes.

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(Photo : Ronan Guennou).

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orInterview :

Je ne sais rien de ce que tu as fait  avant ta participation au groupe Marquis de Sade qui est ton début officiel dans le monde de la musique. Peux-tu m’en dire plus ?

J’habitais dans un petit bled à la campagne, Torigni-sur-Vire (50). Je m’arrangeais pour jouer avec des copains partout où c’était possible, à l’église, dans les kermesses, vraiment n’importe où. En terminale, j’avais un pote, Éric Morinière, qui était un excellent batteur, donc tous les midis, on jouait ensemble. Un jour, je suis parti au Havre, lui à Rennes. Il a rejoint Marquis de Sade. Peu de temps après, il m’a appelé pour rejoindre le groupe.

Tu as eu une éducation musicale par tes parents ?

Ma mère a fait 12 ans de violon, mais je ne l’ai jamais entendu en jouer. Quant à mon père, même s’il ne savait pas en faire, sa passion était la musique. On avait toujours des instruments à la maison, des petits orgues… Même mon grand-père avait l’oreille musicale. Il accordait à l’oreille les pianos. Tout ça fait que je baignais dans la musique. D’ailleurs, à l’âge de 7 ans, ma mère m’a dit que j’allais en faire. Elle m’a fait prendre des cours de piano. Je ne te cache pas que ça me pesait. Quand je prenais mes cours, je voyais par la fenêtre, les autres enfants jouer au foot. Mais au bout d’un moment, j’y ai pris goût.

Tu as aussi participé à une fanfare.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui. Là, j’ai retrouvé tous mes copains. Je jouais du trombone. Mais pour cela, il a fallu que je me retape deux ans de solfège, que je connaissais déjà. Mon père m’a fait rencontrer à 13 ans, un organiste belge qui jouait merveilleusement bien. Ce qui m’intéressait le plus dans la musique, c’était l’harmonie. Et lui m’a beaucoup appris sur la question. Il m’a expliqué pourquoi après tel accord, on pouvait utiliser celui-ci… il m’expliquait comment une chanson, était faite.  C’est à ce moment que la passion est arrivée en moi. Avant je n’étais que sur partition, il m’a aidé à en sortir. Je n’ai jamais essayé d’être un super virtuose, je suis plutôt quelqu’un qui s’intéresse au mode harmonique, aux couleurs.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orRevenons à Marquis de Sade. Cela t’es tombé dessus sans que tu réfléchisses.

Tout à fait. Je n’étais pas parti pour faire de la musique, mais une école de commerce. J’en avais intégré une au Havre. Avec Marquis de Sade, soudain, j’ai découvert tout un monde musical.

Après tu participes à d’autres groupes comme Private Jokes, Octobre…

Oui, mais mes parents ne voulaient absolument pas que j’arrête l’école, ils m’ont donc inscrit dans une école privée à Nantes parce que j’y avais de la famille. Là-bas, j’ai rencontré d’autres musiciens avec lesquels on a formé le groupe Private Jokes. Nous avions la côte dans la région. On a donc joué dans pas mal d’endroits, dont les Trans. Nous avons fait plein de premières parties à Paris soutenu par le magazine Actuel.

Private Jokes, "Bangkok" (1981).

Un jour, vous rencontrez Jean-Jacques Burnel, le leader des Stranglers.

Il voulait que l’on vienne avec lui en Angleterre enregistrer un disque. C’était devenu compliqué parce que le bassiste nous avait quittés. On s’est retrouvé à quatre. Parallèlement à ça, Franck Darcel, qui faisait partie de Marquis de Sade me dit qu’il arrête le groupe pour en monter un autre, Octobre. Il me demande de venir avec lui. J’ai accepté. Ce fut une courte expérience.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orPuis, il y a la rencontre avec Etienne Daho, un autre rennais d’adoption.

Quand j’ai intégré Marquis de Sade, immédiatement j’ai rencontré tous les musiciens de la région, y compris Etienne. A cette époque-là, il n’avait encore rien fait. Il me disait qu’il voulait être chanteur. Il faisait des petites maquettes. Je le trouvais très sympa, il parlait toujours de Françoise Hardy, c’était son grand truc. Je lui ai proposé de lui écrire des chansons. Il a accepté.

Ta première collaboration avec lui, c’est en 1982. Dans l’album La Notte, La Notte produit par Frank Darcel. Tu composes « Signé Kiko », « Poppy Gene Tierney » et « St-Lunaire, dimanche matin ». Tu es aussi aux claviers et à la programmation.

A la même époque, j’ai aussi composé pour lui « Swinging London ». C’était ma première chanson pour lui. On retrouve cette chanson en face B du Maxi 45t de « Le grand sommeil ».

Daholympia en 1992. "Saint-Lunaire dimanche matin" (avec Arnold Turboust).

Il y avait une fierté d’entendre tes chansons chantées par lui ?

Avec Private Jokes, il y avait plein de labels qui voulaient nous signer, mais ils voulaient que l’on change trop de choses dans notre musique. Nous, nous ne voulions pas faire de concessions. Avec Etienne, les petites  mélodies que j’ai composées devenaient populaires. Pour moi, c’était incroyable.  

Certaines chansons que tu as composées pour Daho comme « Tombé pour la France » ou « Epaule Tatoo » sont devenues cultes, tu t’en rends compte ?

Depuis quelques temps, je me rends compte qu’elles sont devenues incontournables. A l’époque, pour moi, c’étaient des petites chansons faites comme ça.

Clip de "Tombé pour la France".

Clip de "Epaule Tatoo".

En 1986, tu chantes pour la première fois. C’est un duo avec Zabou, « Adelaïde ». Immense carton !

Dans la démo, je voulais mêler un côté un peu « classique » avec du violon et une rythmique de l’époque. Pendant l’enregistrement, c’est passé à autre chose, je n’ai pas pu contrôler grand chose. Mais au final, ça a bien marché.

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(Photo : Youri Lenquette).

Le fait de chanter toi aussi, c’est parce que tu voulais ta part de gâteau en  matière de notoriété ?

Non. A l’époque d’ « Adélaïde », j’étais en plein dans la conception de l’album d’Etienne, Pop Satori. J’ai donc enregistré cette chanson entre Noël et le jour de l’An, quand j’avais le temps. Je l’avais proposé à d’autres interprètes, mais je n’ai pas eu trop de retour. Je me disais que c’était idiot qu’elle n’existe pas, donc, je l’ai chantée moi-même. Mon éditeur est passé chez moi pour écouter de nouveaux titres pour Etienne dont j’étais assez fier et il me dit « tu n’as que ça ? ». Je lui dis que j’ai aussi fait une chanson pour moi. Il l’écoute et  me lance : « Mais c’est celle-là que tu aurais dû me faire écouter dès le début ». Un label a bien voulu de cette chanson et voilà.

Mais devenir chanteur, ce n’était pas, à priori, dans tes projets.

C’était une progression assez logique. J’ai commencé comme musicien, ensuite compositeur, arrangeur… il me manquait le chant. « Adélaïde », c’était la première fois que je chantais. J’ai pris des cours qui m’ont fait sentir l’extrême petitesse de ma voix (rires).

Clip de "Adélaïde".

Quand tu t’écoutais, tu pensais quoi ?

Je détestais. En plus, dans cette chanson, il y avait un problème de tonalité de voix entre la voix masculine et la voix féminine. J’étais obligé de chanter assez haut et ce n’était pas ma spécialité. En entendant le résultat, je me suis demandé dans quoi je m’étais lancé. Et je me disais que ce n’était pas grave parce qu’il y avait une forte probabilité qu’on ne l’entende pas beaucoup à la radio. J’ai eu tort.

Pourquoi as-tu choisi une comédienne ?

Je connaissais Zabou. On se rencontrait souvent et je l’aimais bien. Elle était super drôle et elle avait du peps. Je savais qu’elle avait déjà chanté dans un film de Gérard Mordillat et qu’elle allait pouvoir chanter dans ma chanson. J’étais content que ce soit elle, car j’aimais beaucoup cette personne.

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Zabou et Arnold Turboust.

Tu te retrouves donc à la tête d’un 45 tours qui cartonne. As-tu imaginé que ta carrière solo était sur de bons rails ?

Un jour, mon label m’appelle et me demande d’aller faire un gros plateau organisé par FR3 dans le sud. J’y vais tout seul, sans Zabou. Il y avait tout de même 3000 personnes. J’étais persuadé que j’allais me faire jeter. Et là, le truc de dingue. Tous les gens chantent la chanson à fond. Pour répondre plus précisément à ta question, je ne me suis pas dit que j’allais faire une grande carrière en solo. Je pensais plus que c’était un cheminement assez logique par rapport à tout ce que j’allais faire plus tard.

En 1988, tu enregistres ton premier album Let’s Go à Goa, mais avant, en 1987, tu sors un 45 tours que j’adorais « Les envahisseurs ». Il ne figure sur aucun album.

J’avais cette musique, mais je n’arrivais pas à y coller un texte. C’est donc le parolier belge Jacques Duvall qui a écrit cette chanson. C’est quelqu’un que j’admire énormément.

"Les envahisseurs".

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Arnold Turboust et Rico Conning pendant l'enregistrement de Let's Go à Goa.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orLes Envahisseurs » puis ton album Let’s Go à Goa marchent raisonnablement, mais ne font pas le même carton qu’« Adélaïde ».

Je m’aperçois à ce moment-là que pour continuer une carrière d’interprète, il manque une flèche à mon arc. Il faut que j’écrive les textes. Je commence donc à m’y mettre à ce moment-là, mais à fond.

Très vite, tu fais des arrangements ou des compositions pour pas mal d’artistes.

Je n’ai travaillé qu’avec des gens avec lesquels j’avais des affinités. J’ai refusé pas mal de choses qui ne me correspondaient absolument pas.

"Francine song" extrait de "Let's Go à Goa".

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Arnold Turboust et Etienne Daho, époque Pop Satori (photo : Arlette Kotchounian)

Tu n’abandonnes pas Daho pour autant.

Non, je continue à écrire des chansons. Il y a un trou avec Etienne qui correspond entre mon premier et mon deuxième album, ce qui correspond à cinq ans.

Tu fais « Mon manège à moi » en 1993.

C’est encore un carton monumental.

Clip de "Mon manège à moi".

Mais, tu ne dis pas qu’il faut que tu travailles avec lui tout le temps parce qu’à chaque fois, vous faites des tubes incontournables ?

Notre association est bonne, je l’ai toujours dit.

Clip de "Mes amis et moi".

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn tout cas, tu ne renonces pas à une carrière d’interprète puisque tu sors dans le même temps l’album Mes amis et moi, chez Barclay.

Cet album a eu un bon succès d’estime. Certaines radios l’ont joué, donc j’étais assez content. C’est parce qu’Etienne a beaucoup aimé cet album qu’on a recommencé à travailler ensemble.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui, et cela a donné l’un des plus beaux albums de Daho, Eden, en 1996.

On a vraiment fait cet album à deux. Nous sommes partis en Angleterre, on a géré les studios, les ingénieurs du son, les musiciens et le style. On s’est imprégnés de ce qu’il se passait à cette époque-là à Londres. Je suis très fier de ce disque.

Tu as bossé aussi avec Jacno.

Il voulait absolument que je lui fasse son album. Je n’avais pas le temps parce que justement je bossais avec Etienne. Je lui ai fait deux chansons dont une qui s’intitulait « Je vous salue Marie ». C’était bien Jacno, ça…

Jacno "Je vous salue Marie".

Il y a eu aussi Brigitte Fontaine, Sylvie Vartan… tu n’avais pas peur du grand écart ! 

La musique m’a toujours mené par le bout du nez. Je faisais ce qu’elle voulait. Je n’ai jamais voulu dessiner une carrière en me projetant. Je laisse venir à moi les choses.

Revenons à Brigitte Fontaine.

On a produit cinq titres pour elle avec Etienne, dont le fameux, « Conne ».

Brigitte Fontaine dans "Conne".

Et Sylvie Vartan ?

C’était à l’époque où elle jouait dans un film de Jean-Claude Brisseau qui s’appelait L’ange noir. On avait fait une chanson avec Etienne, « Le premier de nous deux » en pensant qu’elle serait la chanson de ce film. Ça ne s’est pas fait. C’était pourtant une très bonne chanson.

Clip de "Hillary" extrait de Toute sortie est définitive.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn 2007, tu sors ton album Toute sortie est définitive.

J’aurais dû le sortir en 2001, mais il se trouve que la personne avec qui je travaillais toujours, Jacques Bali, est décédée.  Je me suis retrouvé du jour au lendemain tout seul. J’avais perdu une part de moi-même. Nous étions amis, associés et inséparables. J’étais bouleversé et je ne savais plus quoi faire. A cette époque, j’ai décidé d’arrêter mon côté interprète et j’ai travaillé sur des habillages télé, radio.

C’est toi qui a fait le générique de la météo de TF1 que l’on entend depuis des années, par exemple.

Oui, j’aime beaucoup faire ce genre de travail.

Générique de la météo de TF1.

En tout cas, Toute sortie est définitive a reçu un bel accueil.

La presse a bien relayé cette sortie et les critiques étaient positives.

Clip de "Démodé", tiré de Démodé.

L’album Démodé sort en 2010.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Il est sorti dans le label que venait de monter Marc Toesca. Par l’intermédiaire d’un ami qui a toujours été là dans les moments clefs de ma vie, Stéphane Loisy. J’avais 6 mois pour faire ce disque, je l’ai fait en un an. Démodé est un peu passé à l’as et ça m’a donné un sentiment d’inachevé… Ça m’a même démoralisé. A bien y réfléchir, le titre du disque correspondait à ce que je pensais que j’étais devenu. A cette période, je dois reconnaitre que j’étais un peu négatif.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orParlons de ton nouvel album. Je considère que c’est un bijou pop d’une élégance rare. La flamme est revenue et elle brille de 1000 feux.

Merci. Ça me touche. Après Démodé, Rico Conning de passage à Paris m’appelle et me demande si on peut se voir. On se rencontre, on discute et il me dit qu’il a adoré la chanson « Démodé ». Cela l’incite à me proposer de faire un album avec lui. Comme il habite à l’autre bout du monde, j’ai trouvé ça un peu compliqué, mais j’ai accepté. Je me suis remis à travailler avec une discipline quotidienne. Les mélodies et les textes sont venus petit à petit. Je me suis remis à faire des arrangements. On a tellement travaillé ensemble que je savais qu’il allait faire de mon travail quelque chose de magnifique.

Cet album est du Turboust d’hier, le faiseur de tubes, mais avec le son et la modernité d’aujourd’hui.

Ces nouvelles chansons sont ce que je suis aujourd’hui. Je me suis occupé des arrangements, il sonne donc comme je ressens la musique aujourd’hui.

Tu as fait de très belles mélodies.

Les mélodies, c’est ce qui me touche le plus.

Es-tu objectif sur ton propre travail ?

Jamais. Enfin si, quelquefois. Je trouve par exemple que cet album est assez réussi. Nous avons pris notre temps et c’est très important. J’ai commencé ce disque fin 2012 et nous l’avons terminé fin 2015.

J’imagine que Rico et toi êtes deux pointilleux… ça devait être dur de s’avoir s’arrêter, non ?

Selon les titres, c’était lui ou moi qui avions du mal. Mais j’avoue que je suis assez emmerdant et que je ne laisse pas passer beaucoup de choses. J’ai toujours été comme ça. Je suis constamment dans le doute, mais le doute te fait toujours avancer. Sur cet album, j’ai laissé beaucoup de doutes.

Pourquoi as-tu choisi « Souffler n’est pas jouer » comme premier single, alors que « La danseuse » me parait plus « populaire » ?

Je l’ai appris au cours de ma vie musicale. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Plutôt que de me voir attribuer des titres que je ne voudrais pas défendre, je choisis toujours le premier single. Si je me trompe, ce n’est pas grave. Et je ne crois pas m’être trompé pour ce disque. « Souffler n’est pas jouer » représente bien l’album. J’ai écouté toutes mes chansons de nombreuses fois et c’est celle dont je me suis le moins lassé.

Clip de "Souffler n'est pas jouer".

Ton disque est classieux, comme disait Gainsbourg… et je ne parle même pas de ton clip. Sobre, élégant. La grande classe comme le dandy que tu es.

C’est mon ami Jean Bocheux qui l’a réalisé. Il était déjà à l’origine du clip de « Mes amis et moi ». Il a beaucoup de talent. Il sait faire une belle lumière. C’est lui qui a eu l’idée de faire ça en noir et blanc. Il y a un côté londonien qui me va bien. J’aime la musique anglo-saxonne.

Ça n’a échappé à personne. Es-tu né dans le bon pays et à la bonne époque ?

Oui. J’aime beaucoup la langue française, sa poésie… J’ai eu quelques opportunités pour aller en Angleterre. Quand on a bossé avec Etienne sur Pop Satori, je suis devenu copain avec William Orbit. Il m’a proposé de venir avec lui en Angleterre pour travailler. Il voulait que j’écrive des chansons. D’autres personnes me l’ont proposé aussi, mais j’avais des enfants, c’était un peu compliqué. J’ai parfois un peu loupé le coche.  Si de nouvelles occasions se présentaient aujourd’hui, je pense que je serais capable de partir là-bas.

"Que la fête commence" tiré du nouvel album d'Arnold Turboust.

Je reviens à Daho. Tout ce que vous avez fait ensemble a été un immense succès. Je ne comprends pas pourquoi vous ne bossez plus ensemble.

Nous devions faire son dernier album ensemble. Un jour il me laisse un message pour me demander si j’accepte de faire un nouvel album avec lui. Evidemment, j’accepte. J’ai toujours aimé travailler avec lui. Avec Etienne, je sais que la chose qui va être mis en avant, c’est l’artistique… c’est exactement ce qui me convient. L’association avec Etienne, c’est deux personnes qui se confortent dans leurs choix. On s’est toujours appuyés l’un sur l’autre. Mais il me rappelle un jour en me disant qu’il est trop engagé avec d’autres personnes… je comprends très bien cela, donc je n’insiste pas.

Tu es remonté sur scène avec lui à la cité de la Musique le 14 février 2014. Arnold Turboust

Quel succès ! C’était le délire total. J’ai juste fait la fermeture du concert Pop Satori. Les gens étaient tellement contents de nous voir ensemble que ça m’a touché énormément. Ce soir-là, il n’a joué que cet album et le public était en transe. Je pense pouvoir affirmer qu’Etienne pourrait faire une tournée avec uniquement les chansons de Pop Satori, ce serait un délire. Quand je vois des journalistes qui me disent : « vous vous rendez compte de ce que vous avez fait en France musicalement ? », ça me fait réfléchir.

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Daho et Turboust à la Cité de la Musique. 

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orJ’ai l’impression que tu ne te rends pas compte de ce que tu représentes.

Moi, j’avance, je ne regarde jamais derrière. Ce que je représente est loin d’être mon moteur.

Quand on te parle de Daho et d’ « Adélaïde » en interview, ça te gonfle ?

Non, c’est ce qui fait qu’on s’intéresse à mon travail aujourd’hui. Et peut-être que dans dix ans, on dira que mon album d’aujourd’hui est fantastique.

Tu es dans quel état d’esprit ?

Je suis en attente. J’ai envie que ce disque soit partagé par le plus grand nombre et surtout qu’il soit apprécié.

Et la scène ?

Comme tu me connais, je révise mon pas de danse.

Oui, c’est ça ! Tu es plus un homme de studio que de scène.

Je souhaiterais faire un récital à l’anglaise. Je vais commencer à mettre les choses en place. Je veux voir avec Rico comment on peut redonner l’ambiance du disque en concert.

Tu n’as jamais fait de scène en tant qu’Arnold Turboust interprète.

Tu as raison. J’étais juste musicien dans différents groupes et j’ai fait deux tournées avec Etienne. Dans la tournée « pop Satori », je chantais même « Adelaïde ». C’était quelque chose.

Que puis-je te souhaiter ?

Que mon disque plaise au plus grand nombre.

Bonus : Un reportage de France 3 Normandie, "Retour aux sources pour Arnold Turboust" (octobre 2016).

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

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