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02 novembre 2016

Marjolaine Piémont : interview pour son EP "Presqu'un animal"

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Le premier EP de Marjolaine Piémont,  Presqu'un animal est maintenant disponible. Un EP sensuel, espiègle, voire sexy. Le premier extrait « A quoi ça sert » est désinvolte, hyper addictif et entêtant.

La première fois que j’ai remarqué cette chanteuse, c’était à un concert de Vincent Baguian à la Java le 1er décembre 2010. Dans une mandorisation de ce dernier, j’avais écrit concernant ce spectacle, « il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont ». Sept ans plus tard, elle est restée la même.

Le 30 septembre dernier, nous nous sommes rencontrés à l’agence. Enfin.

Bmarjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandoriographie officielle (sensiblement écourtée) :

Un matin de janvier 1994. Strasbourg, rue Gounod. Une affiche de Barbara en concert. Et c’est un hurlement qui retentit dans une voiture. Oui, c’est Marjolaine qui a crié de joie, son père qui a pilé et de peu, l’accident est évité. Mais dans les yeux de Marjolaine, des étoiles ont brillé.

Enfin, elle va pouvoir découvrir cette femme qui l’émeut profondément par ses chansons et sa voix de cristal. Barbara lui donne envie de faire des infidélités à Purcell et Schubert. Car Marjolaine Piémont prend des cours de chant au Conservatoire. Elle chante très aigu, se passionne pour ces héroïnes créées de toutes pièces par des hommes Carmen, la Reine de la Nuit, Norma,… Mais c’est décidé, Marjolaine Piémont ne chantera plus que des chansons. Des chansons de femme. En langue française. Cette chanson qui a bien plus d’un tour dans son disque, qui nourrit, submerge, apaise et laisse dans son sillon les empreintes du rapport entre les hommes et les femmes.

Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint Germain des Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose de chanter lors de la tournée Hit Songs des chansons françaises.

D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou Mozart l’Opéra Rock.

De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine accompagnée par le groupe Zago, va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals « Muzik’Elles », « Le Mans cité Chansons », Les fils de Georges », « Changez d’air » ou encore « le Tremplin de Poupet ». En octobre 2016 sort son premier EP  Presqu’un animal.

Argumentaire officiel de l’EP Presqu’un animal : marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Marjolaine Piémont porte le prénom d’une herbe aromatique et démontre avec humour qu’elle n’a rien d’une plante verte. Elle se définit dans ce premier EP comme étant Presqu’un animal. Elle ne griffe pas, juste égratigne en douceur. Un premier EP à découvrir sur toutes les plateformes! 

Marjolaine livre avec élégance ses textes mordants. D’une voix duveteuse, elle pique avec désinvolture et n’hésite pas à appeler un chat un chat. Venez découvrir sa patte sur le premier single de cet EP « A quoi ça sert ». Même si des instruments soufflent des vents contraires, Marjolaine Piémont s’érige et porte haut la parole d’une femme qui petite, disait « Quand je serai grande, je serai…. Un homme » !

Ses chansons sont mises sur un piédestal grâce à Edith Fambuena et William Rousseau qui confèrent à cet opus des reflets cuivrés, des boucles et des refrains entêtants.

Presqu’un animal, c’est de la chanson française féminine piquante comme les poils d’un homme. Et elle s'apprête à le présenter en tournée dans toute la France.

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marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que vos deux parents jouent du piano.

Ma mère est aussi violoniste, mais mes parents n’en ont pas fait leur métier. Donc j’écoutais Schubert, Rachmaninoff, Liszt. Je n’écoutais quasiment que de la musique classique, baroque, romantique…  enfin, toute la musique française de la fin du 19e, début 20e,  m’a nourri. J’ai été aussi bercée aux sons des orgues d’églises. Je suis une grande fan de Gabriel Fauré. Je le place au panthéon des compositeurs.

Et Barbara, dans tout ça ?

C’est ma maman qui l’écoutait beaucoup. A l’adolescence, ses textes m’ont beaucoup parlé. Une chanson comme « Le mal de vivre » m’a touché. A cet âge-là, on se cherche beaucoup et j’avais l’impression qu’elle exprimait précisément ce que je ressentais. Je m’étais fait la promesse de la voir un jour sur scène.

Et vous l’avez vu ?marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Oui. En 1994, trois ans avant son décès. J’ai un peu désobéi à mes parents pour y aller. 

Son répertoire était très grave, il me semble.

Pas seulement. Elle elle reprenait aussi toutes les chansons d’Yvette Guilbert…  des frasques un peu érotiques et ça m’amusait beaucoup. En fait, c’est grâce à ce genre de chansons que Barbara a été découverte dans les cabarets, notamment à L’Ecluse. Vous savez, il y a beaucoup de légèretés dans certaines de ses chansons personnelles comme « Joyeux Noël ». Elle avait une très grande liberté de ton.

Ce sont vos parents qui vous ont poussé à aller à Paris tenter votre chance.

Mes parents sont médecins, ce qui ne les empêche pas d’avoir une grande ouverture d’esprit. Ils m’ont encouragé à continuer sur la voie de mon choix.

marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorA l’origine, ce n’est pas pour la musique que vous êtes partie à Paris.

J’avais réalisé un court-métrage qui a reçu un prix, j’ai donc décidé de faire une école de cinéma. Un jour, j’ai croisé le chemin d’Alain Robbe-Grillet, un drôle de personnage... et j’ai travaillé comme assistante  à la réalisation, puis à la production. Je voulais écrire des histoires et on me demandait de booker des comédiens.

Et comme ça ne vous plaisait pas, vous avez décidé de tout arrêter.

J’ai réalisé que mes premiers amours artistiques étaient le chant, la danse et le théâtre. Comme je ne voulais pas demander de l’argent à mes parents, j’ai dû trouver du boulot dans ces milieux-là. Un jour, à pôle emploi, j’ai trouvé une annonce qui disait « recherche chanteuse pour le nouvel an chez Maxim’s, audition pour Pierre Cardin ». J’ai postulé. Pierre Cardin m’a regardé chanter des chansons de Barbara. Il m’a demandé si je n’avais pas des chansons plus gaies. Du coup, j’ai chanté des chansons plus légères de femmes. Ça ne me plaisait pas trop, mais il fallait bien que je gagne ma vie. Pierre Cardin m’a choisi. C’était mon premier contrat de chanteuse.

A partir de ce moment-là, vous chantez partout dans Paris.

Oui, j’ai même joué dans des « bars à putes ». J’étais obligée de préciser que je n’étais pas une prostituée, mais juste la chanteuse. C’était drôle. Je suis une passionnée de l’œuvre d’Emile Zola. Il ne jugeait pas et donnait la parole au peuple. Il dépeignait ce qu’il se passait, même dans les endroits interlopes. J’ai toujours fait comme lui. Je regarde, j’essaie de comprendre et je ne porte pas de jugement. Bien sûr, j’ai mes avis féministes, mais ce n’est pas l’endroit pour les exprimer.

Ce sont des années formatrices. Le public ne vient pas pour vous écouter, il faut tenter de les captiver.marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

En plus, on ne choisit pas forcément son répertoire. On me demandait de chanter beaucoup de chansons, dans beaucoup de langues. En tout cas, j’ai une très bonne culture de chanson française tellement j’ai l’impression d’avoir tout chanté.

J’espère que vous aimez la chanson française, alors ?

Mais j’aime la chanson française plus que tout. Pour moi, c’est un témoin historique. J’ai toujours été passionnée d’histoire et de littérature. La chanson raconte notre histoire de France.

Vous avez participé à Mozart, l’opéra rock.

Oui, même si la comédie musicale, ce n’est pas mon truc. Mais celle-ci a sauvé ma vie. Cette opportunité est arrivée peu après un drame familial qui m’a empêché d’écrire pendant pas mal de temps. C’était une aventure incroyable. On a fait 1 million 400 spectateurs.

Mais vous aviez déjà goûté aux salles pleines un an plus tôt, en 2008.

Oui, j’ai fait une tournée de 22 dates au Japon dans des salles de 3000 à 5000 places. Je chantais notamment du Piaf avec « L'hymne à l'amour », mais aussi du Lucienne Boyer avec « Parlez-moi d’amour ».

"Parlez-moi d'amour" et "L''hymne à l'amour" au Shinjuku Bunka Center lors de la tournée Japan Hit Songs en juillet 2008.

Quand on interprète les autres depuis des années, j’imagine que l’on a envie d’être repéré aussi pour ses propres chansons.

Quand on est interprète, on est un peu comédien. On montre une facette de soi, mais pas tout. Dans l’écriture, on se cache toujours un peu, mais je crois qu’on est obligé inconsciemment de se dévoiler beaucoup plus.

Dans cet EP, c’est le cas ?

Ce sont des chansons de femmes qui égratignent les hommes. Je les aime beaucoup et, vous le savez, « qui aime bien, châtie bien ! » J’ai voulu que ma plume serve la cause des femmes d’aujourd’hui.

Des femmes comme vous, libres et libérées… comme vous les représentez dans vos chansons.

Des femmes émancipées aussi. Je chante des chansons de femmes qui s’affranchissent de la tutelle des hommes.

Clip de "A quoi ça sert", tiré de l'EP Presqu'un animal.

William Rousseau, que j’adore (et mandorisé ici), participe à votre album.

Il signe trois arrangements et deux mélodies sur l’EP. Pour moi c’est un technicien de la voix et il a une précision rythmique hors du commun. Il est extraordinaire.

Il y a la participation d’Edith Fambuena, de Vincent Baguian et d'Aldebert.

Avec Edith, on a travaillé sur « La Sol Do Mi » et sur d’autres chansons qui seront sur l’album à venir. J’aime bien ses choix bruts et comment elle rend les univers des artistes avec lesquels elle travaille. Vincent Baguian a créé la mélodie  de "C'est beau un homme à poils" et Aldebert, "Femme mais pas d'un homme". 

Cet EP est une carte de visite.

Oui, car ces chansons me ressemblent beaucoup… en tout cas, elles ne sont pas éloignées de ce que je suis.

Selon vous, on naît artiste où on le devient ?

Moi, j’ai l’impression que tout le monde est artiste au fond de son cœur. Il y en a qui ne le voient pas et qui font d’autres métiers. Pour ma part, quand j’étais petite, je voulais faire du « pestacle ». Ca a toujours été en moi. Aujourd’hui, plus qu’artiste, j’ai l’impression d’être artisan. J’aime ce métier profondément car il me permet aussi de rencontrer les gens et de m’enrichir auprès d’eux.

Vous faites pas mal de premières parties de Zazie.

C’est une artiste que j’aime beaucoup. Je suis très fière de la confiance qu’elle me donne. C’est une des plus grandes artistes féminines françaises d’aujourd’hui.

Etre artiste aujourd’hui, c’est compliqué ?

Quand je parle avec des gens qui ont d’autres métiers, je me demande si ce n’est pas plus difficile. Notamment parce qu’il faut supporter son travail, ses supérieurs… Je crois que tous les métiers sont compliqués.

Je parlais plutôt de la difficulté d’obtenir de la reconnaissance du public ?

Pour moi, le plus important, c’est l’aboutissement. Fixer mes chansons sur un enregistrement, qu’elles vivent et qu’elles prennent leur chemin.

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Le 30 septembre 2016, après l'interview.

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