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27 octobre 2016

Les soeurs Boulay : interview pour l'album 4488 de l'Amour

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(Photo : Geneviève Charbonneau pour Elle Québec)

photo Jean-François Lemire, Shoot Studio.jpgPrésentation des personnages : La blonde, Stéphanie, incurable romantique, impulsive, gaffeuse à ses heures et assoiffée de vérité, et la brune, Mélanie, cadette lucide et éprise d'absolu, l'aventurière du duo (source : Elle Québec).

Les sœurs Boulay sont, parait-il, aux antipodes l'une de l'autre, pourtant leur symbiose vocale est parfaite. Depuis leur apparition dans le paysage musical québécois en 2012, tout est allé à la vitesse grand V pour les sœurs Boulay. Si bien qu'après leur première tournée, elles ont ressenti le besoin de reprendre leur souffle. Stéphanie en a profité pour écrire sous le soleil du Costa Rica, tandis que Mélanie est partie seule en Inde. Ainsi sont nées les chansons de 4488 de l'Amour, leur deuxième album.

Le 30 septembre dernier, de passage à Paris, elles m’ont donné rendez-vous dans leur hôtel situé à Pigalle. Une rencontre rafraichissante tant leur spontanéité et l’immense sympathie qu’elles dégagent sont grandes.

Biographie officielle :

Depuis plus de trois ans, Les sœurs Boulay font des dessins sur les cartes du Québec, mais aussi du Canada11954787_664238480345072_3142438145879557330_n.jpg et de l’Europe (France, Suisse). Leur premier album, Le poids des confettis, écoulé à plus de 55 000 exemplaires, les a portées dans les salles de spectacles et les festivals plus de 250 fois. Tout a commencé aux Francouvertes, concours de la relève à Montréal, qu’elles ont remporté sans s’y attendre un soir de fête de 2012. Depuis, nous les avons vues à l'ADISQ, où elles ont mis la main sur trois Félix dans les catégories Révélation de l'année et Album Folk de l'année en 2013 et Groupe de l’année en 2014. Elles ont aussi été lauréates aux prix GAMIQ, finalistes pour les prix Félix-Leclerc et SOCAN, sur la longue liste du prix Polaris et sacrées Entrées en scène Loto-Québec et Révélations Radio-Canada.  Entretemps, elles ont voyagé en Inde et au Costa Rica, notamment, ont encore souffert un peu du cœur, ont écrit des petites chansons, et tout ça les a menées au bricolage de ce deuxième disque, 4488 de l’Amour. Délicat, fleuri, exotique, mais aussi plus bouillant et assumé, plus dégourdi et dense que Le poids des confettis, l’album, encore une fois embelli par Philippe B, en est la suite logique. On y parle de maisons, de celle qu’on a, de celles qu’on cherche et de celles qui n’existent plus, mais aussi des gens qui y habitent. On y parle d’éloignement, de voyages trop longs, d’amitiés, d’amour idéaliste et d’amour déçu. Ce n’est pas plus mature, mais c’est plus honnête. Ce n’est pas plus sérieux, mais c’est plus lucide. Et c’est comme un petit refuge où c’est tout doux d’habiter, et ça se prendra aussi en take-out aux quatre coins de la province dans de belles salles de spectacles dès l’automne 2015.

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(Photo : Jeanne Joly et Eli Bissonnette)  

IMG_1445d.JPGInterview :

Avez-vous baigné dans une ambiance musicale toute votre jeunesse ?

Mélanie : Notre père est mélomane, mais on vient d’une toute petite région. Il n’y avait pas de magasin de disques, donc, la seule musique que l’on pouvait écouter c’était le répertoire des disques de notre père. Elvis, les Beatles, Cat Stevens, de la musique disco, de la country, du folk et puis du rock. C’était un mélange de disques qu’il avait accumulé au fil des années.

Pas trop de chansons francophones ?

Stéphanie : Non. Mais, comme on écoutait la radio, on avait accès à de la musique plus populaire, moderne et francophone.

Votre mère chantait dans une chorale. Le chant, c’est une histoire de famille on dirait.

Stéphanie : Moi aussi je chantais dans cette chorale. Puis Mélanie nous a suivies. Une professeure de l’école primaire a repéré ma sœur dans sa propre chorale. Elle a considéré qu’elle chantait exceptionnellement bien. Elle est venue nous le dire. A partir de ce moment-là, notre père a acheté un piano et a fait en sorte que l’on prenne des cours de chant.

Clip de "Jus de boussole", tiré de l'album 4488 de l'Amour.

Photo  2 Jeanne Joly et Eli Bissonnette.jpgDans cette chorale, vous chantiez quel répertoire ?

Stéphanie : C’était une chorale de village dont la moyenne d’âge était de 50 ans. On chantait du Félix Leclerc, du jazz et des chansons francophones dites classiques. Mais je tiens à dire que notre culture en matière de musique francophone, nous l’avons eu avec notre professeure de chant. Elle s’intéressait beaucoup à des artistes comme Brel, Brassens, Ferré…

Comme vous écrivez toutes les deux, ces « monstres sacrés » de la chanson ne vous ont-ils jamais mis de la pression?

Mélanie : Non, parce que la langue que nous employons n’est pas tout à fait la même que la leur. Je trouve que la langue québécoise est vraiment très colorée, très différente que la langue française de France. Nous on aime bien chanter notre pays. On chante donc comme on parle dans notre quotidien.

Stéphanie : On utilise des expressions très québécoises pour en fabriquer des images très poétiques. On est conscientes qu’il y a plein d’expressions que les français ne comprennent pas, mais sur scène, avant les chansons, on explique les expressions fondamentales pour que les gens puissent se rattacher à quelque chose.

Mélanie : On se pose peu de questions quand on écrit, on y va très instinctivement. On essaie de faire du ménage, mais après. Même pour les arrangements de voix, on reste dans l’instinct et la spontanéité.

Les réactions ne doivent pas être les mêmes chez vous que chez nous…

Mélanie : Chez nous, il y a certains bouts de phrase qui font réagir et en France non. Et vice versa. Les références culturelles sont différentes, nous essayons de nous adapter par rapport à ça. On apprend à connaitre le public français de concert en concert.

Lancement de 4488 de l'Amour du 15 octobre 2015 à Montréal.

Ici, vous repartez à zéro ?

Stéphanie : C’est l’impression que cela nous donne. Au Québec, les gens nous connaissent, donc ils nous attendent. Je ne veux pas dire que c’est acquis d’avance, parce que rien n’est jamais acquis, mais disons que comme le public connait nos chansons, le contact est immédiat. Ici, il faut un peu plus de temps pour se connecter. Ici, on a tout à retravailler. Mais ça nous amène à refaire des spectacles pour les bonnes raisons : partager avec les gens et communiquer les émotions.

Mélanie : Repartir à zéro, c’est parfait pour calmer l’ego. On a un amour profond pour ce métier-là. On ne le fait pas forcément pour être acclamé ou riche. On le fait pour partager l’amour de notre travail musical.

Vous jouez aussi dans des pays non-francophones. Est-ce à dire que les paroles, finalement, c’est secondaire ?

Stéphanie : Je crois que ce qui plait dans notre duo, hormis le fait que nous soyons sœurs, c’est notre harmonie vocale.

558143_329360700499520_1409563628_n.jpgLe poids des confettis, votre premier album, a cartonné chez vous. Presque 70 000 albums vendus, c’est énorme.

Mélanie : Je crois que le côté « famille » parle beaucoup au public québécois. Les gens aiment voir chanter deux sœurs ensemble, surtout si elles s’entendent bien, ce qui est notre cas. Ça doit leur rappeler ce qu’ils vivent dans leur propre famille. Je crois aussi que l’harmonie vocale que nous avons accroche facilement l’oreille. Je pense aussi que la simplicité de nos personnalités a plu et qu’elle est pour beaucoup dans notre succès.

Stéphanie : Souvent, les gens nous disent qu’ils aimeraient être nos amis. En fait, ils ne nous connaissent pas dans la vie. On peut être assez chiantes (rires). Sinon, le fait que l’on vienne d’une petite région, que nous soyons venues en ville et que nous ayons réussi participe à l’intérêt que les gens ont pour nous. Ça va chercher quelque chose dans la fibre québécoise.

Mélanie : C’est étrange parce qu’on n’a pas eu l’appui de la radio commerciale et on a fait peu de télé. Le bouche à oreille à fonctionné.

Les Sœurs Boulay chantent "Langue de bois", tiré de l'album 4488 de l'Amour, dans le cadre de l'émission spéciale En route vers l'ADISQ.

Sur un fond musical folk-country aux accents pop, voire électros, vous donnez aux filles de toute une génération le droit d'être à la fois imparfaites, vulnérables, conquérantes, désenchantées et pleines d'espoir, comme elles le sont elles-mêmes.

Stéphanie : Ces chansons représentent parfaitement nos personnalités.

Mélanie : nous avons aussi des chansons plus introspectives. Du coup, en spectacle, pour ne pas être lourdes entre deux chansons, on casse le rythme en faisant rire le public. Nous avons tendances à taquiner les gens, mais aussi à faire preuve d’auto-ironie.

Je vous vois un peu comme des aventurières.

Mélanie : Mais nous sommes exactement ça. On adore voyager, rencontrer des nouvelles personnes, découvrir plein de choses…

Accompagnées de Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, Les sœurs Boulay interprètent "Fais-moi un show de boucane", tiré de l'album 4488 de l'Amour.

Pour vos chansons, qu’est-ce qui vous inspire ?

Mélanie : Nos vies de jeunes femmes frisant la trentaine. On est de plus en plus conscientiser par notre rôle de femmes dans la société d’aujourd’hui.

Et la politique ?

La politique québécoise nous inspire aussi. On s’attaque désormais à des chansons qui revendiquent un peu plus.

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Une de ces trois femmes n'est pas une sœur Boulay, sachez la reconnaître.

Il me semble que vous défendez la cause des femmes.

Stéphanie : Ce n’était pas volontaire au départ, ce sont les gens qui nous l’on fait remarquer. On a toujours été féministes dans notre âme, mais on ne savait pas que notre art l’était aussi. De plus en plus, on a envie de parler des conditions de la femme, d’en présenter dans nos chansons qui sortent des schémas habituels, qui sont libérées, qui parlent de sensualité, voire de sexualité.

Parler de sexualité, alors que vous êtes deux sœurs, ce n’est pas gênant ?

Stéphanie : On habite ensemble et nous sommes très proches. Nous ne sommes pas le genre de sœurs à avoir des secrets l’une pour l’autre. Nous sommes donc très capables de chanter les histoires de l’autre.

Mélanie : Parfois, il y a des chansons qui correspondent plus à la vie de ma sœur, donc, dans ces cas-là, je suis plus un support musical et instrumental que chanteuse à part entière. Je m’efface, je l’accompagne discrètement. Quand une chanson parle de son histoire, quand on écrit, j’essaie d’avoir ses yeux à elle.

Lors des Francofolies 2016, les sœurs gaspésiennes envoûtent le Théâtre Maisonneuve avec leurs magnifiques voix croisées.

Pensez-vous à ce que vous pouvez apporter aux gens ?

Mélanie : On essaie de transmettre des messages positifs, de les sortir de leur vie, de les emmener ailleurs, de mettre un peu de soleil dans leur cœur, bref, de faire en sorte qu’ils oublient leurs problèmes.

Stéphanie : Au début, on ne s’aperçoit pas que l’on peut avoir ce « pouvoir-là ». Mais on se dit que les gens qui achètent des places pour notre spectacle, c’est peut-être le seul spectacle qu’ils voient dans l’année, qu’ils attendent ce moment depuis longtemps. On ne peut pas les décevoir en étant « normales ». On veut les honorer au maximum, alors, nous donnons le maximum de nous-mêmes.

Vous défendez l’environnement discrètement dans vos chansons et plus sérieusement dans la vie.

Mélanie : C’est la base de tout. En ce moment, on est en train de briser la planète. Il n’y aura bientôt plus de solutions si on ne s’y met pas tout de suite.

Stéphanie : Il serait bon que tout le monde voient le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Demain, sorti en 2015.

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Avec les sœurs Boulay, à l'issue de l'interview, le 30 septembre 2016.

26 octobre 2016

Romain Humeau : interview pour Mousquetaire#1

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Profitant d'une (longue) pause dans la discographie d'Eiffel, Romain Humeau balance la sauce en solo pour deux albums, Mousquetaire#1 (qui vient de sortir) et Mousquetaire#2 (que l’on devrait voir sur le marché l’année prochaine), qu'il a enregistré depuis la fin de la tournée Foule Monstre en décembre 2012.  Il a écrit, composé et arrangé ces albums dans son studio perso, près de la gare de Bordeaux, sollicitant juste Nicolas Bonnière pour le coup de patte final. 30 morceaux se sont imposés au fil de l'actualité et des rencontres. Dans ses textes, il laisse aux gens la liberté de remplir les blancs. Son langage imagé fonctionne avec des ellipses, parfois des références (nombreuses en fait), si on cherche un peu.

Mousquetaire#1 est un des albums français majeurs de 2017. Il restera dans les annales du rock (mais aussi dans les annales de la pop et de la chanson) hexagonal.

Le 29 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un hôtel de la capitale.

romain humeau,mousquetaire#1,eiffel,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album (très écourtée) :

Depuis le premier album d’Oobik & the Pucks, en 1996, Romain Humeau est demeuré fidèle à la ligne qu’il s’était fixé : celle d’une exigence sans concession. C’est elle qui lui a permis de traverser les projets avec autant de soin que de fraîcheur. L’homme a été capable de se remettre en question et de se réinventer régulièrement au cours de ces deux dernières décennies. La dernière de ses incarnations n’est pas la moins fascinante. Ce premier volume de Mousquetaire, nouvel album solo du musicien, montre les ressources inouïes dont dispose cet artisan. Après plus de 900 concerts, cinq albums d’Eiffel écoulés à plus de 200 000 exemplaires et le succès de A tout moment, disque d’or, il a investi son studio pour y confectionner un album aux accents pop. Avec un seul mot d’ordre : explorer de nouveaux territoires. Dans l’intervalle, séparant les prémisses de ce disque et sa sortie, Romain Humeau s’est employé à multiplier les collaborations. On lui doit la réalisation de deux disques de Bernard Lavilliers : l’album original Baron Samedi, en 2013, sur lequel il compose 3 titres et le recueil Acoustique, l’année suivante. On lui doit également la composition de la musique d’une adaptation de Vendredi ou les limbes du Pacifique de
Michel Tournier
avec Denis Lavant en récitant. Dans le passé, Romain avait déjà contribué avec bonheurromain humeau,mousquetaire#1,eiffel,interview,mandor à des arrangements des morceaux de Noir Désir, Têtes Raides, Dominique A ou The Divine Comedy. Projet aux accents délibérément pop, Mousquetaire prolonge une des obsessions du compositeur depuis ses débuts : jeter un pont entre vocabulaire musical anglo-saxon et culture de l’écrit en langue française. Pour l’occasion, l’homme a renoué avec le pan le plus britannique de ses influences : l’écriture de Lennon-McCartney, de Bowie, d’Andy Partridge (XTC) et de Damon Albarn. Sur Mousquetaire, le chanteur s’est autorisé à chanter dans la langue des Beatles, pour la première fois depuis bien longtemps. Romain Humeau a veillé à développer un thème particulier sur chacune des chansons de Mousquetaire. En plus du chant, il a joué la grande majorité des parties instrumentales du disque, passant avec aisance de la batterie à la guitare avec des détours par la basse ou à toutes sortes de claviers. Frais et érudit à la fois, Mousquetaire constitue une des plus belles réussites d’un surdoué qui se réinvente avec beaucoup de finesse. Le deuxième volume de Mousquetaire d’une part (30 titres ont été enregistrés), mais aussi un nouvel album d’Eiffel, déjà écrit, qui comblera les ahuris, communauté de fans à la ferveur impressionnante.

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(Photo : Rebecca Dautremer au Studio des Romanos.)

romain humeau,mousquetaire#1,eiffel,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta carrière en 1996 avec le groupe Oobik & the Pucks… cela fait donc 20 ans. Tu n’as pas fêté cela ?

Avant 1996, j’avais sorti des cassettes. Des cassettes commercialisées. Pour répondre à ta question, on aimerait faire une reformation d’Oobick qui ne serait finalement qu’une reformation d’Eiffel avec d’autres musiciens. Je songe à refaire un concert, comme ça, pour rigoler. Pour l’anniversaire de la fondation d’Eiffel, ce sera en 2018. Là, je pense qu’on va marquer le coup un peu plus officiellement.

As-tu vu  le temps passer ?

Non. On a dû faire plus de 800 concerts. Je conçois que tu me poses cette question. J’ai 45 ans et 20 ans de carrière. Les années ont passé et j’ai une sérieuse tendance à ne pas me soucier de ce qui a été fait. J’ai plus le souci de ce qu’il y a devant moi.

Mousquetaire#1 et #2, c’est combien d’années de ta vie ?

J’ai pris un an effectif, 12 heures par jour, sans week-end. J’ai besoin de ce temps-là pour chercher. Je suis un chercheur. J’essaie de trouver de nouvelles pistes musicales non empruntées par d’autres, sans me soucier de savoir si ça va plaire ou pas.

Clip officiel de "Amour", tiré de l'album Mousquetaire#1.

Tu ne penses pas au public quand tu travailles à un nouvel album ?

Au tout début de ma carrière, je n’y pensais pas. Mais pour le premier album d’Eiffel, je me suis rendu compte qu’il fallait que je fasse gaffe, qu’il fallait penser aux médias et au public. Mais quand tu as dépassé la quarantaine, ce qui est génial, c’est que tu t’en fous. Ce qui m’importe, c’est d’acquérir l’adhésion de ceux qui ont écouté le disque.

Tu ne suis jamais la mode. Pourquoi ?

Quand on veut créer, il ne faut pas se soucier des modes. David Bowie a utilisé la mode, mais il ne s’en est pas soucié, il l’a pervertie. Tu sais, parfois j’utilise même des éléments que je n’aime pas dans ma musique. Comme dans un film, il faut qu’il y ait le méchant. Par exemple, j’ai utilisé parfois le vocoder autotune pour avoir des voix robotiques, parce que ça raconte les choses poétiquement, mais encore une fois, ce n’est pas ce que j’aime.

Il y a de l’autotune ? Je ne l’ai pas remarqué.

Je l’ai plus utilisé dans Mousquetaire#2. J’ai pas mal trafiqué, mais pas sur la voix principale. En fait, j’ai fait plein d’autres voix parce que j’adore la multidimensionnalité vocale pour éclairer le sujet.

Clip officiel de "Struggle Inside", tiré de l'album Mousquetaire#1.

On joue quand on fait un disque ?

Oui, notamment pour ce disque-là. Je me suis amusé à glisser plein d’évocations artistiques, de clins d’œil.

A qui ?

Je suis un observateur à la manière de Walt Disney, Charlie Chaplin, Terry Gilliam, Fellini, Boris Vian, la Cour des miracles, Chapi-Chapo, Emile Zola, Babar… Du haut de ma petite colline imaginaire, j’observe le monde par de multiples angles artistiques. Je peux être aussi bien le Petit Nicolas que le diable…

Un artiste peut tout être finalement.

Je le crois sincèrement, surtout si l’artiste travail sérieusement, méticuleusement. En arabe, il n’y a pas de différence entre la définition d’artiste et d’artisan.

Que pensent tes parents de l’œuvre de leurs fils ?

Mon père qui est facteur de clavecins a souvent tendance à me dire : « depuis que tu es dans le business de la musique, tu fais des choses plus simples ». Les médias, eux, trouvent que mon travail est hermétique et compliqué.

Clip officiel de "Paris", tiré de l'album Mousquetaire#1.

Je suis sûr que tu as voulu faire de la musique pour impressionner tes parents ?

Entre autres. C’est vrai que mon père est un énorme improvisateur, pourtant, c’est un autodidacte. Ils jouent de tous les instruments. Quand il prend la guitare avec ses gros doigts de mec qui bosse le bois, il joue et chante le blues comme personne. J’aimerais bien faire un disque avec lui. Mon père est un libre penseur, il a des choses à dire. Mais pour être sincère, si j’ai voulu faire de la musique, c’était surtout pour impressionner les gens de mon âge quand j’avais 14 ans. J’aurais adoré être étymologiste ou rugbyman, mais j’ai vite compris qu’avec la musique, on peut séduire un peu, j’ai utilisé ça.

C’est presque cliché ça. Commencer la guitare pour plaire aux filles !

C’est ce que je me disais en te le disant (rires).

On a catalogué ta musique dans la case « rock », mais tu apprécies beaucoup d’autres genres de musique.

Je n’ai aucun problème de chapelle. J’aimerais sortir des albums de tous les genres musicaux. Par exemple, du free pop avec des jazz men. Un disque de salsa et de bossa m’intéresserait aussi.

Tu as déjà fait ça avec Lavilliers !

Un peu, mais Bernard, c’est de la variété. Quand je dis variété, je ne dis pas variétoche. J’ai beaucoup d’affection pour la variété. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, mes goûts sont très éclectiques.

Medley de l'album Mousquetaire#1.

Musicalement, j’ai l’impression que tu veux utiliser le passé de manière la plus moderne possible…

Dans Les yeux ouverts, une interview de Marguerite Yourcenar  de 400 pages, elle dit sensiblement : « si je veux être bien avec moi-même et être dans une idée de bien-être physique et mental, il faut que je vive au présent ». Le présent n’est constitué que d’éléments du passé, donc il me faut connaitre le passé. Moi, je ne le connais pas, je suis un inculte. J’ai juste conscience qu’il faudrait que je le connaisse. L’histoire des hommes, l’histoire des hommes à travers la musique, à travers les mouvements migratoires, à travers les guerres, les grandes invasions, à travers les grands penseurs, les tueuses en série comme la religion… A ce propos, je pense que connaître toutes les religions est capital. Je ne les connais pas bien.

Est-ce qu’un chanteur doit être en permanence dans la séduction avec son public ?

A un moment, je l’ai pensé. Mais j’ai toujours essayé de ne pas être trop dans la pose, de garder une forme d’humour et de dérision sur moi-même. J’ai toujours recherché l’honnêteté envers mon public. Parfois, en voulant être trop honnête, on est trop vibrant, trop pathos. En fait, j’ai constaté qu’il ne fallait pas trop se donner. Il faut respecter les émotions que le public a besoin d’avoir et pas les lui imposer.

Je sais que tu détestes demander sur scène : « est-ce que vous êtes là ce soir ? »

Le salon de l’agriculture, je ne suis pas trop fan. Quand j’ai vu ça chez les autres artistes, j’ai toujours rêvé que la salle réponde : « non, on n’est pas là, connard ! »

Es-tu satisfait de ta notoriété ?

Elle n’est pas grande, j’en ai conscience. Ce n’est pas grave, je le vis très bien. Il y a une dizaine d’année, je voulais qu’elle soit plus forte  pour des tas de mauvaises raisons, aujourd’hui, je suis très content que ce ne soit pas arrivé. Pour moi, le narcissisme est une maladie. Attention, j’ai moi aussi certainement beaucoup d’ego, mais pour tout ce qui est en rapport avec la musique. Je suis pénible au travail, je ne dors pas beaucoup, donc il faut que l’on me suive à des heures pas possibles. Je m’inscris dans une longévité et non pas dans une ponctualité stratégique.

Eiffel en live joue "A tout moment la rue" au Printemps de Bourges 2010.

Penses-tu être parvenu à tes fins concernant ton métier dans la musique ?

Même si c’est arrogant de le dire, mais il me semble que oui. J’ai gagné depuis un moment. Je fais ce que je fais comme je veux et personne ne m’emmerde.

Et tu ne joues pas le jeu du marketing depuis longtemps.

On me reproche d’être un peu grande gueule, de dire ce que je pense. J’ai dit des choses que je ne pense plus maintenant. Je ne sais pas me taire de toute façon.

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J’ai beaucoup aimé ta façon de chanter dans cet album. Ta voix est sublimée.

90% des voix sont les premières voix que j’ai faites. J’ai chanté comme si je chantais sur mon dictaphone. C’est le seul album pour lequel je n’ai pas fait de démos. Je suis parti en guitare-voix en me disant qu’à la fin je rechanterais plus puissamment, ce que j’ai fait. Ça m’a pris des plombes, mais j’ai tout effacé. Finalement, je n’ai gardé que le premier jet.  

Faire un disque, pour toi, ça représente quoi ?

C’est énormément de travail dans un plaisir absolu. Pour Mousquetaire#1 et Mousquetaire#2, c’était le bonheur. J’ai cherché à créer la tension la plus prégnante que j’ai pu proposer jusqu’alors, mais dans un climat enfantin. Enfantin comme dans « L’automne à Pékin » de Boris Vian ou dans « Julia » de John Lennon sur le double blanc.

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Pendant l'interview...

C’est quoi le pire dans une chanson ?

Sans hésitation, le néoréalisme. Parler de son quotidien, de manière classique. Pour moi, c’est la petite mort, une forme de fascisme même.

Une bonne mélodie, c’est difficile à trouver ?

C’est mathématique. Les mathématiques, c’est de la poésie, c’est l’art de mettre en schéma le monde. L’art n’est-il pas le fait de transcender la vie ? Il y a la vie et moi, je la parabolise avec mon bordel intérieur. J’ai à ma disposition une équation, les abscisses, les ordonnées et éventuellement le « y » pour la profondeur. La mélodie, c’est ce qui est soumis au temps, donc ce sont les abscisses et l’harmonie, c’est ce qui n’est pas soumis au temps. Ça se passe à l’instant T. On plaque quatre notes, elles sont jouées en même temps. Pardon, c’est compliqué tout ce que je dis, c’est même peut-être chiant non ?

Je m’accroche parce que j’ai toujours été nul en math. Tu écris pour quoi ?

Pas pour faire des albums en tout cas. J’écris parce que j’écris. Je travaille tout le temps un petit peu. Je traverse ma vie en faisant ça et c’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’essaie d’en vivre. Ceux qui aiment bien mon travail sont des gens qui défendent les indéfendables, mais je sais que je n’aurai jamais l’adhésion des amateurs de « mainstream ».

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Après l'interview, le 29 septembre 2016.

24 octobre 2016

Dick Annegarn : interview pour Twist

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Dick Annegarn sublime son retour au disque avec Twist. Un opus à l'humeur légère. Face à la terreur ambiante que traverse notre monde d’aujourd’hui, il répond par la pop, une poésie espiègle et lumineuse et des chansons gorgées de soleil, pour rire, danser, chanter en chœur, tout simplement. Bonne idée !

Je m’étonne que nos chemins ne se soient pas croisés plus tôt. Mais enfin, la rencontre fut belle, l’interview parfois surréaliste. Il est parfois un peu provocateur, ne réponds pas toujours aux questions et j’aime ça. Un doux qui joue au dur.

Le 28 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un hôtel parisien. En terrasse, à la fraiche.

Mini bio officielle :

Des années 70 qui ont vu ses débuts, Benedictus Albertus Annegarn, dit Dick, réinvente le meilleur : les musiques qui font l’amour pas la guerre, les mots-sésames, les frontières ouvertes aux esprits assortis. C’est tout lui - voix nomade, éclusier européen, citoyen libertaire du monde. Pendant que les enfants d’hier apprennent aux enfants de demain Ubu et Bébé éléphant, lui poursuit ses voyages de port gascon en oasis marocaine, balisant son parcours de chansons magiciennes. Sorcier, sourcier.

dick annegarn,twist,interview,mandorArgumentaire officiel :

Dick est twist. Dick est allègre, festif, gourmand.

Cela fait belle lurette que Dick Annegarn n’avait pas livré un album aussi radieux. « Un disque du matin », dit-il. Le matin pour l’élan, le souffle, l’envie, le grand « allons-y » de la joie. Car Twist ne se cache pas d’avoir voulu dire autre chose que ce que soufflent les vents du moment.

Ses nouvelles chansons ont l’humeur légère. Même quand il évoque une noirceur, les pieds bougent et le corps vibre. C’est une affaire de pulsion ; de pulsion de vie.

Certains vous diront « la vie continue » avec un sourire malheureux. Dick Annegarn, quant à lui, fait continuer la vie. Il sait la valeur de la légèreté, du plaisir, de l’ivresse. Quand il parle de cultiver son jardin, ce n’est pas en égoïste derrière une haute haie, mais parce que la paix se construit par la culture, parce que la terreur vise d’abord la légèreté, l’ivresse, le plaisir. Alors il a cultivé une douzaine de chansons qui sentent le soleil et le partage.

Oui, il a choisi de répondre par la pop, par le sourire, par l’envie primale d’un bonheur qui se chante. Il confesse avoir été bouleversé par le « Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris après le 13 novembre, et il a voulu qu’ils n’aient pas non plus son angoisse, son stress, sa rage. À la place, ce sera Twist, l’album le plus souriant de sa carrière.

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dick annegarn,twist,interview,mandorInterview :

Vous venez de découvrir à l’instant, devant moi, votre nouveau disque en physique… Au bout de 22 disques et 43 ans de carrière, c’est toujours un moment émouvant ?

Non. Je suis juste curieux de voir ce que donne la photo. Je trouve que le moment le plus émouvant quand on travaille sur un nouveau disque, c’est quand on sort de la cabine d’enregistrement pour aller dans la cabine du technicien. C’est là que l’on va décider des arrangements, de ce qui va rester ou disparaitre. 5 mois après, la pochette, ça ne me fait pas grand-chose. Je sais ce qu’il y a dans le disque…

Vous avez aimé tous vos disques avec la même intensité ?

Pas du tout. Certains de mes disques, j’aurais même préféré qu’ils ne sortent pas. Je ne m’émerveille pas à dick annegarn,twist,interview,mandorchacune de mes productions. Celui-ci, je l’aime beaucoup. Presque autant que Soleil du soir qui est le seul disque que j’écoute avec bonheur plusieurs fois.

En écoutant ces deux albums, vous arrivez à oublier que c’est vous le chanteur ?

Oui. « Je est un autre », comme dirait Rimbaud. Quand j’écoute Soleil du soir et Twist, j’entends beaucoup de choses. Quand on met une émotion dans une chanson, on la retrouve éternellement.

Sur la pochette, on voit un magnifique sourire de vous et vos dernières chansons sont lumineuses… En ces temps troublés, on a l’impression que c’est pour faire un pied de nez au malheur.

Je tends vers la lumière. Je me lève très tôt le matin pour voir la lumière arriver. Tous les soirs, à 21h30, je suis au lit. Quand la vraie lumière s’éteint, je retrouve une autre lumière, j’aime bien rêver aussi.

Vous ne répondez pas à ma question.

C’est ma réponse.

Une chanson comme « Roule ma poule », qui raconte l’histoire d’un couple qui n’a pas d’argent pour se marier, est musicalement enjoué, mais le texte est terrible.

C’est une vraie catastrophe. Un mariage, ça coûte une blinde. Si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas te marier. Dans ce nouveau disque, je raconte l’histoire du monde entier en version tragi-comique. Je ris du malheur des autres. Dans Les Temps Modernes, quand Chaplin est coincé dans la machine, tout le monde rit. Un rire exaspéré ou désespéré. Moi, je suis comme ça. J’ai le rire mélancolique, un mélange d’amusement et de tristesse.

dick annegarn,twist,interview,mandorVous vous considérez comme un amuseur ?

Les artistes sont des bouffons. Des bouffons du roi. Et le roi a besoin de nous. Et parfois, ils gênent. Coluche, par exemple, est un bouffon qu’on a probablement aidé à disparaitre.

Ah bon ? Vous êtes convaincu qu’on l’a tué ?

Oui. A mon avis, les rois ont intérêt à ce que certains bouffons disparaissent.

Vos chansons peuvent paraître anodines, mais en fait, elles ont beaucoup de fond.

Toutes mes chansons ne sont pas lourdes de sens, parfois, elles ne sont que cartes postales et paysages. Je n’écris pas des chansons vérités.

Si parfois. Mais bref, quelles genres de chansons vous souhaitez écrire ?

J’aimerais écrire un « Joyeux anniversaire » ou un « Au clair de la lune » 2.0. Je parle sérieusement. Il faut que l’on écrive des chansons qui accompagnent la vie et qui soient inoubliables, c’est ça notre travail. C’est facile d’être imbitable. C’est facile d’être un poète obscur.

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Vous vous situez où dans tout ça ?

Dans la pénombre (rires)… encore à 64 ans, j’essaie de sortir de l’ombre, j’essaie d’approcher la lumière.

Vous essayez de devenir « commercial ».      

Oui, je suis même une pute commerciale ratée. J’aurais voulu mieux vendre, être plus chanté par les autres.

Vous n’avez pas l’impression d’être reconnu à votre juste valeur ?

C’est la réalité. Ce sont mes chansons qui sont reconnues, moi moins.

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dick annegarn,twist,interview,mandorEn 22 albums, a-t-on fait le tour des sujets ?

L’autobiographie ne me suffit pas en tout cas. Je ne suis pas avec un thermomètre dans le cul pour savoir si j’ai chaud ou si j’ai froid. Ce n’est pas moi le sujet. Il faut que je voyage, il faut que je marche. Je parle aussi de voyage intérieur à travers les rêves. J’écris en dormant.

Comment cela ?

Je m’oblige à rêver la même chose plusieurs fois. Le matin, quand je me réveille, il me reste des choses.

Pour cet album, enregistré en quasi live en 10 jours au studio Ferber, il n’y a pas d’arrangeur, ni de réalisateur.

Mon premier disque a été enregistré en trois jours. Je n’aime pas trop le studio, c’est une espèce de centrale nucléaire avec des portes blindées. Un concentré de musique en 10 jours, ce n’est pas la vie. C’est un tue l’amour un studio, ce n’est pas très sexy.

Raphael chante un duo avec vous dans votre album.dick annegarn,twist,interview,mandor

Il n’est pas qu’un chanteur à minettes. Il a une culture pop terrible. Il vous chante « Cortez The Killer » de Neil Young par cœur. Lui, comme Christophe, ne fait plus de concessions dans leurs albums. Je respecte beaucoup cela.

Quand vous n’écrivez pas, ne composez pas, ne chantez pas, que faites-vous ?

Je gère ma page Facebook, mon site perso, j’ai trois numéros Siret à moi tout seul, j’ai une association, j’ai 14 hectares avec un tracteur, je fais le ménage, les courses, la vaisselle… je ne suis pas désœuvré. Poète ne veux pas dire être inspiré du matin au soir. D’ailleurs, je jette très peu de choses. J’écris 10 chansons pour en sortir 12 (rires). Je ne suis pas si prolixe que cela.

Pourquoi avoir changé de label ?

Parce que TôtOuTard était plutôt tard que tôt. Mais notre séparation s’est faite à l’amiable. Les gens du label et moi, nous nous revoyions de temps en temps.

Un concert, c’est du pur plaisir ?

Quand je franchis le rideau, je suis dans un état second. Quand je suis à la maison, je tire la chasse et c’est fini. Je n’ai pas le trac et ne crains pas le public. Soyons prétentieux. Souvent, le public n’est pas à la hauteur. Il ne suffit pas d’applaudir. Je demande un public qui rit, qui se manifeste, qui participe… Le public étant exigeant avec moi, je suis exigeant avec le public, c’est logique. Si le public n’est pas bon, nous non plus et vice versa. C’est comme en amour, il faut se stimuler mutuellement. Je vous rassure, la plupart du temps, le public est bon.

Et le public, généralement, veut écouter les tubes. Vous ne devez pas échapper à « Ubu », « Bruxelles », « Sacré géranium », « Mireille »…

Le public qui souhaite que je repeigne le même tableau, il a le même tableau en moins bien. Le côté revival, vintage, nostalgique, remember… m’emmerde.

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Le 28 septembre 2016, après l'interview.

22 octobre 2016

Louis Arlette : interview pour la sortie de son album eponyme

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louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorLouis Arlette vient de sortir un premier EP, sorte de « chanson française électro à tendance industrielle ». Le disque propose cinq titres aux textes soignés, évoluant au sein d’une instrumentation vintage, mais résolument moderne On navigue entre pop, indus et quelque chose de slave qui remonte aux origines de l’artiste. Son monde est assez dark mais fascinant. Ce nouveau prodige (qui est loin d’être un débutant) a tout d’un grand.

Le 27 septembre dernier, Louis Arlette est venu à l’agence pour sa première mandorisation… d’un assez haut niveau.

Biographie officielle (signé Christian Eudeline), mais largement écourtée (par moi) :

30 ans à peine, mais déjà une bonne dizaine d’années au service de la musique. Voire plus, car Louis est d’abord un musicien. Après des années passées au Conservatoire, section violon et piano, à 17 ans, il intègre un orchestre qui désire constituer un répertoire allant des grands compositeurs classiques à la musique issue des folklores du Caucase. Etudiant à la faculté de Paris 8 en musicologie, la découverte de la création électro-acoustique sera révélatrice, Louis commence à se monter son propre studio d’enregistrement. Il a 18 ans. Puis il s’inscrit dans une école d’ingénieur du son, la SAE. Au bout de six mois, le Directeur contacté par l’agent du groupe Air à la recherche du meilleur élève de sa promotion lui propose un stage. Au début il était l’assistant, sur les sessions de Love 2 tout d’abord, puis il a mixé le suivant Le Voyage Dans La Lune. Dix ans plus tard, Louis accompagne toujours Nicolas Godin et a mixé récemment son disque solo Contrepoint sorti l’année dernière.

Entre temps, il a aussi travaillé sur de nombreuses publicités avec Jean-Paul Goude, pour Chanel, Kenzo,louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor H&M, plusieurs défilés de mode…

En parallèle de ce travail que l’on imagine extrêmement prenant avec Air, d’homme assez talentueux pour tout faire, Louis Arlette commence à composer pour lui. En fait il l’a toujours fait, mais hésite encore sur la forme. Au début, il a commencé en anglais avec un groupe, mais ce n’était pas son truc. C’était une souffrance de chanter en anglais, ce n’est pas sa langue natale…Rien à voir avec cette musique qu’il nous livre désormais. Une musique picturale, déclinée en français.

La pop de Louis est un mélange de deux mondes, celui d’un savoir-faire vintage, il s’accompagne d’un matériel d’époque, un authentique Rhodes de 1979, mais définitivement ancré dans son époque par ces habillages électroniques qu’il envoie entre deux phrases. Des bidouillages qui éclairent ces chansons d’une lueur sombre mais profondément éblouissante.

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louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorInterview :

As-tu été élevé dans un environnement où la musique a été importante ?

Mes parents ne sont pas musiciens, mais j’ai des souvenirs liés à la musique quand j’étais très jeune. Ma mère avait une collection assez restreinte de vinyle. J’ai appris bien plus tard que c’était des mecs qui lui offraient pour la draguer. Elle était étudiante, agrégée de Lettres. Bref, dans ces vinyles-là, il y avait Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et Wish You Were Here des Pink Floyd. Je me souviens très clairement de la sensation que j’ai ressentie quand j’ai écouté ces espèces de chocs musicaux. Il s’est passé quelque chose en moi que je n’arrive pas à expliquer. J’ai été happé sans pouvoir lutter. J’avais la tête qui arrivait à la hauteur de la platine, mais j’avais déjà compris l’importance qu’allait prendre la musique dans ma vie.

A l’âge de 11 ans, ta maman t’a ramené une machine très curieuse avec plein de boutons…

C’était une machine qui permettait de faire des sons. Quand je me suis aperçu de tous ceux que l’on pouvait faire avec, violons, orgues, boite à rythme, je me suis mis à tourner sur moi-même dans ma chambre. De bonheur. A ce moment-là, j’ai été heureux comme jamais. Aujourd’hui, j’essaie toujours de me rapprocher le plus possible de cette sensation-là.

Cela t’a donné des perspectives d’avenir ?

Inconsciemment. C’est la première fois de ma vie que j’ai été confronté à la notion de bonheur. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de machines autour de moi. Aujourd’hui, je ne peux pas passer trop de temps en dehors d’un studio.

Ce sont tes parents qui t’ont encouragé à te mettre à la musique, à l’éveil musical. louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Ils m’ont aussi encouragé à rentrer au Conservatoire. J’y ai étudié le piano, le violon et le chant. Après, j’ai eu la chance de rencontrer un prof de violon qui était arménien. Il m’a beaucoup appris sur la discipline et la rigueur. C’était quelqu’un de très exigeant.

Le Conservatoire, tu as aimé ?

Il peut être non seulement conventionnel et parfois même assez médiocre. L’enseignement de la musique au Conservatoire n’est pas très exigeant. Le petit Conservatoire de commune avec le petit professeur qui est rigide dans sa façon de faire, qui n’a pas d’ambition, qui n’a pas d’oreilles musicales et qui s’emmerde avec ses élèves, on en croise assez souvent.  Le professeur arménien dont je te parle était presque une exception.

Tu as vite souhaité sortir des chemins bien balisés de la musique…

J’ai fait un peu de jazz à 16 ans et un jour, j’ai vu Didier Lockwood. Ses prestations m’ont fasciné. Je suis donc passé au violon électrique. J’ai découvert les effets et la réverbération. J’ai trouvé ça génial et j’ai compris que ça m’ouvrait le champ du possible musicalement.

Tu as fait des études de musicologie à Paris VIII.

Un super souvenir.

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Si je comprends ton parcours, tu as souhaité tout maitriser de la musique pour, ensuite, en faire ce que tu voulais ?

Je suis très touché par cette remarque parce que c’est exactement ça. Je ne prétends pas avoir la connaissance globale de la musique, mais mon souhait est de comprendre cet art le mieux possible. L’enregistrement, la sensation, l’émotion, tout me fascine dans la musique. J’ai besoin de tout pouvoir saisir et maitriser… Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé 10 ans avec d’autres artistes en studio avant de me sentir prêt à aborder mon projet solo.

Tu t’es fait remarquer alors que tu faisais des études dans une école d’ingénieur du son, dans laquelle tu étais le meilleur de ta promo.

C’est la première fois de ma vie que j’étais fasciné par les études. J’ai toujours été studieux, mais jamais passionné. Là, j’aimais aller en cours. Il y a des compositeurs qui venaient, qui nous faisaient écouter leurs œuvres et après, nous commentions. C’était génial.

Mais toi, ton truc, c’était les synthétiseurs.

 Oui. Et j’étais authentiquement fasciné par l’univers des studios, les professeurs s’en sont vite rendu compte. Quand Air a contacté l’école pour chercher un nouvel assistant, ils m’ont proposé. C’est aussi simple que cela.

Tu aimais bien Air ?

Très honnêtement, je ne connaissais pas à fond. J’avais beaucoup aimé la BO de The Virgin Suicides. Ce disque m’avait interrogé. Je le trouvais étrange. Quand j’ai écouté l’album Moon Safari, là, j’ai été pris par la magie. Quand j’ai rencontré Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel pour la première fois, j’étais très anxieux. Je savais que c’était important. Très vite, je suis devenu leur ingénieur du son.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorTu es devenu l’assistant sur l’album Love 2. Cela consistait en quoi ?

Dès le premier jour, j’ai placé les micros, j’ai enregistré et j’ai eu carte blanche. Cela m’avait étonné. J’étais un stagiaire, disons efficace.

Tu es resté pour le suivant.

On s’était bien entendu à plein de niveaux. Quand on passe autant de temps en studio avec les mêmes personnes, il y a forcément des accointances. Mais j’ai aussi assisté à des tensions et des frictions. Ce n’est pas un scoop, sur Le voyage dans la lune, le duo a eu de sérieuses engueulades, au point que Jean-Benoît nous a laissé terminer le disque avec Nicolas. On a mixé cet album tous les deux.

Tu débutes avec un duo de légende, tu t’en rends compte à ce moment-là?louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Oui, bien sûr. Je l’ai toujours pris comme un cadeau de la vie. Je me suis tellement senti à ma place le premier jour où je suis arrivé au studio que je ne me suis posé aucune question. Je savais l’importance de ce duo.  Je voyais les journalistes défiler, la maison de disque aussi,  avec le champagne, mais je m’en moquais. Pour le coup, moi, je ne me sentais pas très à l’aise dans cet élément-là plus lié à l’industrie musicale qu’à la musique elle-même.  

Tu participais à des concerts ?

On préparait les concerts en studio, mais je n’ai jamais fait de tournée avec eux. Par contre aujourd’hui, j’accompagne Nicolas sur scène. Je m’occupe de tous les sons synthétiques. J’ai beaucoup travaillé avec lui sur son album solo Contrepoint. J’ai « assisté » Air pendant huit louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorans, je commence à bien le connaître. J’ai pris des habitudes et on savait de quoi on parlait.

Que représentent pour toi les machines ?

Elles me permettent de résumer ma démarche musicale, un mélange de musique électronique et de musique acoustique. Les machines sont une extension de mon corps. Nous, êtres humains, on a des mains, des pieds, mais on peut les étendre.

On va revenir à tes débuts à toi en solo. Tu as commencé avec un projet en langue anglaise. Je ne te félicite pas.

(Rires) C’était une torture absolue à tous les niveaux. J’ai commencé à chanter en anglais dans un groupe, je ne sais même pas pourquoi… un réflexe masochiste. Je ne m’exprimais pas personnellement, je passais des messages qui n’étaient pas les miens, que je ne ressentais pas. Je ne retrouvais aucune sincérité dans ce que je faisais, alors que c’est primordial quand on fait de la musique.

Pour toi, tout part du texte.

Oui, j’ai un message à faire passer. C’est pour cela que je me revendique de la chanson française. Je place le son en fonction du texte. Si je veux parler de la rivière, de l’or et de la mort, le texte autour de moi doit m’entourer, me submerger, faire des vagues autour de moi…

Clip officiel de "Jeux d'or".

Cet amour que tu as des beaux textes ne viendrait-il pas de ta maman, professeur de Lettres louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorAnciennes ? Et je vais plus loin… As-tu quelque chose à prouver à tes parents en voulant toujours toucher l’excellence musicalement et textuellement ?

On a toujours quelque chose à prouver à ses parents. Je ne vais pas approfondir la question. J’ai aussi à me prouver à moi-même, mais c’est les parents qui transmettent cette envie de se prouver les choses. Jeune, ma mère m’a fait découvrir beaucoup d’auteurs classiques et cela m’est resté. J’ai toujours eu une fascination pour les auteurs classiques.

Qui ?

Proust est un auteur qui m’écrase de son génie. Je ne trouverais pas ça scandaleux de ne lire que son œuvre  jusqu’à la fin de ma vie.

A chaque lecture de Proust, tu trouves quelque chose de non explorée dans la lecture précédente ?

Tout à fait. Ça parle de tout. C’est à la fois une réflexion sur une société, sur l’art, sur l’amour, sur ce que l’on a au plus profond de soi. Il est capable d’étendre dans le temps une sensation qu’il a eu et de l’approfondir jusqu’à l’essence même que l’on retrouve nulle part ailleurs.

Proust n’arrivait pas à s’exprimer à la première personne. Tu aimais bien son narrateur ?

Mais, je m’identifie tellement, et humblement, à ce narrateur. Il se voudrait artiste, mais il sent qu’il n’est pas prêt. Il se sent écrasé par les artistes géniaux qu’il apprécie. Il réussit à la fin à comprendre qu’il a le droit d’exprimer sa personnalité à partir du moment où il le fait sincèrement. Chacun a le droit de s’exprimer et l’art est le seul moyen d’expression qui permet de le faire. Il ne faut surtout pas s’en priver.

"L'avalanche", version live en avril 2016.

Les auteurs de chansons te fascinent moins que les auteurs de romans ?

La new wave de The Cure et Depeche Mode m’a beaucoup influencé. La pop des Beatles et de Radiohead aussi. Je suis un fan de la musique industrielle. Des groupes les plus connus à ceux nettement plus confidentiels.

(Là, j’avoue, Louis Arlette m’a donné des noms, tous à consonances germaniques assez compliquées et à rallonge. J’ai renoncé à faire des recherches sur le net pour les orthographier correctement. Pardon.)

Et dans la pop francophone ?

J’adore Indochine, les Rita Mitsouko, Taxi Girl, Etienne Daho.

Et dans les classiques ?

Brel, Brassens, Gainsbourg, Vian. Et puis, j’ai une tendresse pour Henri Salvador et Yves Duteil. Ma maman me faisait écouter leurs chansons le soir, avant de m’endormir.

Quand j’entends ta musique, j’entends aussi un peu le Christophe d’aujourd’hui.

Nous avons effectivement la même démarche. C’est drôle parce que, récemment, je lisais une interview de lui dans laquelle il disait que son souhait serait de collaborer avec Trent Reznor, le chanteur de Nine Inch Nails. Donc, il est proche de la mouvance  musique industrielle. Là où on diffère, c’est qu’il a aussi dit qu’il considérait sa voix comme du son. Il chante comme s’il jouait d’un synthétiseur. Personnellement, je me considère comme chanteur. Lui, il se considère comme un instrument, une expérimentation.

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Pendant l'interview...

Comment as-tu sélectionné les 4 titres de ton EP ?

C’était les morceaux tout à fait prêts, présentables, digérés. C’est un point de départ qui  formait un ensemble, une belle cohérence. Il y a suffisamment de matière dans ces 4 titres pour résumer l’essentiel de la démarche de mon projet

Que pensent tes parents de ces chansons ? (Je l’agace).

(Rire gêné). Je ne sais pas ce qu’ils pensent exactement. Je ne suis pas dans leur tête. Rilke disait qu’il fallait se situer de façon assez distante par rapport à ses parents et ne pas trop leur demander de soutien. J’essaie de vivre ma vie en coupant le cordon. J’ai envie de croire qu’ils sont fiers, d’une certaine façon.

Et Nicolas Godin ?

Nicolas a 20 ans derrière lui, il a des millions d’albums vendus, je ne veux pas tout mélanger pour ne pas tomber dans un schéma un peu compliqué. En tant qu’artiste en développement, je ne voulais pas avoir l’air de quémander quoi que ce soit. Je me suis contenté de me nourrir de ce que l’on pouvait vivre ensemble professionnellement. Il a écouté le disque à sa sortie. Il a été très encourageant et très bienveillant. Il m’a encouragé à continuer en me disant notamment que cela ne faisait aucun doute qu’il fallait que cela sorte. J’ai beaucoup apprécié, parce que c’est quelqu’un qui n’a pas de mal à dire « arrête ». Comme toi, il a salué l’identité et la personnalité artistique et ça, ça me touche beaucoup.

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Après l'interview, le 27 septembre 2016.

21 octobre 2016

François Staal : interview pour la sortie de L'incertain et pour son Trianon

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorPour fêter son 5e album L’Incertain, qui vient de sortir, François Staal (déjà mandorisé ici en compagnie de Jean Fauque) donnera un concert exceptionnel au Trianon le 23 Octobre 2016 (ce dimanche, donc). Il proposera un spectacle inédit dans lequel il dévoilera la majeure partie de ce nouvel album et d’autres chansons de son répertoire. Elles sont profondes, graves, mais jamais plombantes. La lueur d’espoir est visible, au loin, mais elle est là.

Le 5 octobre, ce brillant artiste, encore trop méconnu, est venu une nouvelle fois à ma rencontre, à l’agence.

Biographie officielle :

L’univers de François Staal, «rockeur à texte» en français s’apparente à celui  de Gérard Manset, Alain BashungArno, CharlÉlie CoutureJacques DutroncHubert-Félix Thiéfaine, Dominique A, Rodolphe Burger... Jean Fauque (Bashung) et CharlElie Couture ont collaboré avec lui dans le cadre de ses albums.

Au travers de ces compositions on retrouve cette ambiance sensuelle, irrespectueuse, ronde, exaltée, ces invitations au voyage, raffinées, de la poésie rock française. C’est sur une musique plutôt anglo-saxonne, qu’il écrit ses textes en cherchant une «certaine abstraction» et un sens ouvert à l’auditeur. 

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

Depuis ses débuts en cabaret Montmartrois, jusqu’à L’Olympia, il aime autant donner des concerts dans les petits lieux intimes que dans les larges salles, l’extérieur, l’intérieur comme le théâtre à l’italienne ou les salles modernes.

Notez enfin que François Staal a composé plus de 60 musiques de films et téléfilms sans compter les musiques de documentaires, pubs et court métrages notamment pour Arte.
Il a écrit pour le cinéma et pour toutes les chaînes. Il collabore principalement avec Laurent Jaoui, Didier Le pêcheur, Laurent Dussaux, Arnaud Sélignac, Luc Berault, Phillipe Triboit, Gabriel Aghion pour ne citer qu’eux...

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorInterview :

Je suis épaté par les initiatives très risquées financièrement que tu prends pour te faire connaître. Tu as loué deux fois l’Olympia et une fois le Trianon qui sont des salles réservées habituellement aux artistes à « forte » notoriété.

Pour être tout à fait franc, je me considère comme un résistant comme en 39-45. Mon but est de faire vivre ma musique, alors j’emploie les gros moyens. J’ai de bonnes critiques, mais les portes ne s’ouvrent pas, alors, je me débrouille tout seul. Je pense qu’il y a une raison à ça. Je suis un artiste underground, j’ai volontairement des choix artistiques qui ne sont pas « mainstream ». Je fais de la musique de film, alors, si je voulais proposer des chansons qui sont évidentes du premier coup, voire populaires, je pourrais le faire. Comme je trouve que tout est un peu trop formaté, j’essaie de proposer un travail propre, original, sans concession. Que me reste-t-il à faire ? Comme un résistant, j’ai mon réseau et je mène des opérations « coups de poing » pour exister.

Nouvel album de François Staal, L'incertain - Teaser officiel - Concert au Trianon.

Le premier Olympia s’était monté au début des réseaux sociaux.

A l’époque, demander de l’aide financière aux internautes, ça n’existait pas, j’étais précurseur. Aujourd’hui avec les sites participatifs, c’est devenu courant.

Ton deuxième Olympia, c’était différent.

Quand j’ai sorti mon deuxième album, je me suis dit que ce serait bien de récidiver dans cette salle. J’ai contacté l’Olympia qui s’est montré de nouveau intéressé. Un peu plus tard, j’ai considéré que c’était trop risqué, trop gros. J’ai rappelé pour annuler. Ils m’ont répondu que ça les embêtaient, qu’ils allaient m’estampiller « coup de cœur », du coup, j’ai eu des conditions qu’ils n’ont jamais fait pour personne et dont je n’ai pas le droit de parler plus en détail.

Et le Trianon ?

J’ai obtenu enfin une subvention de la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France) et de la Sacem. Je suis donc dans une situation où le risque est artistique, mais pas financier. Avec les ventes de places que j’ai aujourd’hui, on est déjà rentré dans nos frais.

François Staal & Emilie Marsh - "Sur un trapèze" (Cover Alain Bashung/ Gaëtan Roussel)

Au Trianon, il y aura Emilie Marsh en première partie. Pourquoi elle ?

Je veux travailler avec des gens qui ont du talent, qui chantent en français sur des textes qui tiennent la route, qui sont un peu rock et rebelles… et qui sont sympas. Emilie réunit tout ça. Elle est une fille formidable. Elle va jouer 40 minutes.

Tu t’estimes « underground », mais ta musique n’est pas éloignée de celles de Bashung, Thiéfaine, Nick Cave et autre Couture. Eux ne sont pas « mainstream », mais ils ont vendu pas mal de disques et remplissaient les salles.

En France, contrairement à d’autres pays, on est catégorisé. C’est très franco-français de penser qu’un artiste ne sait faire qu’une seule chose. Si tu composes de la musique de film, tu ne fais pas de chanson, si tu fais de la chanson, tu ne composes pas de musique de film. Il y a une autre différence avec ceux que tu cites dans ta question… je n’ai pas fait un tube. Même si aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose, à leur époque, ça voulait dire beaucoup. Et puis, je peux aussi me dire que je n’ai pas le talent suffisant pour devenir aussi populaire qu’eux. Il faut bien aussi se remettre en question.

François Staal - "Où Que J'aille" [Clip officiel]

Cela dit, tu n’es jamais allé voir une maison de disque.

Je n’ai pas envie. J’aime mon métier à un point tel que je ne peux pas concevoir de ne pas le faire comme je l’entends complètement. Si je fais des concessions, je perds ma raison de vivre et je me perds moi-même. C’est peut-être excessif ce que je te dis là, mais c’est la pure réalité. J’ai la volonté de proposer autre chose musicalement. Rien que ça, c’est un succès d’y parvenir… c’est une résistance.

Souffres-tu de ce manque de reconnaissance ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas du tout pour mon ego. J’ai vécu beaucoup de choses avec mes musiques de films, je n’ai donc aucune frustration. Le manque de reconnaissance pour la chanson, j’en souffre pour une raison. Mes amis musiciens, techniciens qui se donnent à fond en m’accompagnant, j’aimerais pouvoir les rémunérer correctement. Là, je suis juste dans un système d’échange avec eux. Je n’ai pas les moyens de faire plus.

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Pendant l'interview...

Tu te décrètes « poète rock ». Tu n’as pas peur que cela fasse prétentieux ?

A un moment donné, j’ai décidé d’assumer le fait d’être un poète. Parfois, je sens bien qu’on me trouve prétentieux, mais je m’en moque. Je suis un poète parce que j’écris de la poésie. Je n’ai pas dit que j’étais un bon poète, mais je suis poète. Il n’y a pas à y revenir.

Ce qui est sûr, c’est que tes textes ne sont pas frontaux.

Je n’aime pas ça chez moi. J’aime ça chez les autres comme Brassens ou Brel. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec les chansons trop directes. J’aime la poésie baudelairienne. C’est une manière de transposer les choses métaphoriquement. J’apprécie que les gens puissent s’approprier le sens de mes chansons. A la base, il y a toujours un sens précis, mais je m’arrange pour qu’il ne soit pas compris clairement. Pour être honnête, dans mes écrits, je laisse aussi une part de mon inconscient. Parfois, je pars dans un sens qui ne m’est même pas complètement ouvert.

François Staal - "Arctic Bay" [Clip officiel]

Considères-tu écrire des chansons subversives ?

Oui, justement pour la raison qu’on ne comprend pas forcément du premier coup ce que j’ai voulu dire. Il y a des sens cachés qui dissimulent des propos pas toujours lisses en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

L’incertain est un album magnifique.

Merci de me le dire, j’ai souvent plein de doutes et ça fait du bien de se l’entendre dire…

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

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18 octobre 2016

Julien Doré : Interview pour &

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Quatrième mandorisation de Julien Doré (voir les autres là en 2009, là en 2011 et aussi là en 2013). Cette fois-ci, je l’ai rejoint dans un hôtel de la capitale pour parler avec lui de son nouvel album &. Notamment.

Voici le fruit de notre conversation pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2016) + un minuscule bonus.

 

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Le clip de "Le lac".

julien doré,&,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorPetit bonus mandorien:

Je sais que tu as du mal à parler d’un nouveau disque, qu’il te faut du temps pour l’assimiler.

Ce qui est certain, c’est que quand je finis le disque, je n’ai aucun mot qui sort sur ce que j’ai fait. Je ne peux l’expliquer à personne, puisque que moi-même, je ne me l’explique pas. C’est comme si j’étais stupide par rapport à ma propre cohérence. Evidemment, ces chansons, elles ont un sens et une raison d’être, mais ils m’échappent.

Avec le recul, est-ce que tu finis par comprendre ton œuvre ?

(Rires) Déjà, le jour où un artiste arrive à prononcer le mot « œuvre » en parlant de ses propres chansons, c’est qu’il n’est guère modeste. Mes chansons, c’est un parcours, du travail, des choses digérées qui deviennent une matière à chaque fois différente. Le recul est extrêmement difficile à avoir. J’adore écrire, j’adore poser des mots, mais je trouve que ma bouche est bien plus maladroite que mes mains. J’ai toujours l’impression de pouvoir faire des phrases très simples, mais je complexifie systématiquement parce que j’en mets quatre à la fois dans ma tête au lieu d’une. Je suis compliqué dans ma tête.

Pendant la promo, il faut donc synthétiser toutes les informations que tu as en toi.

Pour moi, c’est délicat, parce que c’est très difficile de résumer. Donc ça se fait sur l’instant, comme je sens les choses. Mais très franchement, j’ai l’impression que mes chansons parlent mieux que moi.

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Le 22 septembre 2016, après l'interview.

15 octobre 2016

Fabrice Pichon : interview pour plusdeprobleme.com

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Depuis quelques mois, je voyais le nom et le visage de Fabrice Pichon très souvent sur mon mur Facebook. Nous avons des amis communs (bizarrement, tous auteurs de polars). Je n’en entendais que du bien, humainement et littérairement aussi. Au bout d’un moment, la curiosité finit par l’emporter. J’ai fait en sorte de recevoir plusdeprobleme.com. J’ai lu et j’ai été convaincu. Comment diable suis-je passé à côté de cet écrivain de polar ? Avant celui-ci, j’en ai laissé quatre me passer sous le nez.

plusdeprobleme.com flirte entre le roman policier, le roman social et le thriller. Vous ouvrez ce livre, il est extrêmement difficile de le refermer. Un véritable page turner.

Pour le recevoir, il a fallu qu’un Dijon-Paris se présente. Le 26 septembre dernier, nous nous sommes donc donné rendez-vous dans un bar à proximité de l’agence. Une première mandorisation qui ne sera sans doute fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpas la dernière.

4e de couverture :

C’est la curieuse histoire d’un cadre criblé de dettes, harcelé par ses créanciers, humilié par le juge du surendettement, méprisé par sa famille mais chéri par sa maîtresse, qui se décide à se lancer dans l’élimination de ses semblables…

C’est aussi la drôle d’enquête d’un commissaire qui, traquant un immonde pourvoyeur de chair fraîche, croise la route d’un insaisissable tueur à gages… C’est donc, mais pas que, l’histoire de Sylvie, Marc, Marie et… Walter.

plusdeprobleme.com est un roman haletant, diablement bien construit et bigrement original. Les héros ? Le narrateur (un sacré schizo, grand amateur de whisky), le commissaire (une jeune femme, branchée demoiselle) et une ribambelle de seconds couteaux qui mènent l’enquête à un train d’enfer…

L’auteur :

Fabrice Pichon est né à Besançon.

C’est après de brèves études de droit qu’il se lance dans l’écriture, se souvenant des encouragements de l’un de ses professeurs de français. En 2000 il remporte un concours littéraire et voit son premier roman publié sous forme de feuilleton, six mois durant, dans Le Bien Public. Ce grand amateur de polars vit à Dijon. plusdeprobleme.com est son cinquième roman.

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fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorInterview :

C’est vraiment une prof qui t’a encouragé à écrire en 5?

En cours de français, je finissais toujours en premier, alors je lisais. Un jour, j’avais le livre de la collection Les Anti Gang de Georges Pierquin sous la table. La prof me voit le lire discrètement. Je pense immédiatement que je vais passer un sale quart d’heure. En fait, elle me fait un grand sourire en me disant qu’elle connait bien ce livre-là. Elle me montre la dédicace du livre. Je découvre avec stupeur qu’elle lui est adressée. Pierquin est un copain à elle. Du coup, elle m’a conseillé d’essayer d’écrire. C’était il y a 35 ans et elle s’appelait madame Richard.

Tu as donc écrit des premiers textes ?

C’était des petits romans de SF. J’étais survitaminé aux BD, aux DC Comics, Pif, le Journal de Mickey, Batman, Strange… alors il y avait des influences de tout ça.

Mais tu étais aussi un grand consommateur de livres.

Je passais mon temps à ça. On a découvert ma myopie à 12 ans. Mon père ne comprenait pas qu’en voiture je bouquine au lieu de regarder le paysage. Je ne voyais pas de loin. Ça tient à peu de choses l’intérêt pour la lecture (rires).

Quand t’es-tu dis que tu allais écrire sérieusement ?

En 1996, j’ai écrit un roman dont j’étais persuadé que c’était un chef d’œuvre. Je l’ai envoyé à de grosses maisons d’édition, j’ai rapidement compris que tel n’était pas le cas. En 2000, j’ai remporté un concours régional pour le journal Le Bien Public. J’ai écrit un feuilleton qui parlait d’une chasse au trésor en Bourgogne. Ça m’a un peu redonné envie de continuer…

Mais ?

Mais j’ai eu soudain d’autres priorités personnelles et professionnelles. En 2010, j’ai changé de territoire professionnel. Dans mon nouveau boulot, j’ai fait la connaissance d’une collègue. Quand je l’ai vu, je me suis dit que j’allais me servir d’elle pour créer mon personnage féminin, le commissaire Nicole Desvignes. C’est à ce moment que j’ai pu écrire mon premier roman, Vengeance sans visage, qui est sorti en 2012.

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Après en 2013, il y a eu Le complexe du prisme, en 2014, Le mémorial des anges et en 2016, Le sang du  fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpassé.

Le sang du passé est le texte retravaillé du concours que j’avais gagné en 2000.

Tes enquêtes sont toujours menées pas des flics femmes, pourquoi ?

Les mecs ne m’inspirent pas. Il y a tellement de stéréotypes de flics hommes dans ce genre de littérature que je ne saurais quoi apporter de neuf. Marianne Bracq, que j’ai fait vivre deux fois dans mes romans, je me demande si je n’en suis pas frappadingue. Je n’en ai pas fait un fantasme, mais une femme crédible. La représentation d’une femme moderne.

Plusdeprobleme.com n’est pas qu’un roman policier.

Il s’attaque à un problème de société, le surendettement. Ce souci a touché mon héros Marc. C’est un type lambda, cadre moyen dans une boite, monsieur tout le monde en quelque sorte, mais qui est pris à la gorge financièrement. Il vit une véritable descente aux enfers et ne sait pas quoi faire. Petit à petit, il va essayer de trouver un moyen pour s’en sortir. Il finira par devenir schizophrène. Son autre lui, Walter, est celui qui est fort, qui peut aller jusqu’au bout, qui peut même aller très loin.

Ce qui intéressant, c’est que l’on peut faire le parallèle avec la vraie vie. C’est facile de tomber dans le côté obscur de soi-même, de basculer du mauvais côté de la loi et de la morale.

Poussé à bout, n’importe qui peut, à un moment donné, péter les plombs.

Est-ce que parfois, tes personnages te dépassent ?

Oui. Avant d’écrire ce livre-là, j’avais le sujet, le héros du livre était clairement déterminé, j’avais une vague idée des autres personnages. Je suis nul pour faire un plan, je pars donc sur une idée et les choses se mettent en place au fur et à mesure de l’écriture. Après, il y a un grand travail de réécriture afin d’avoir quelque chose de cohérent au final. L’imagination me fait partir dans des terrains inconnus. C’est génial de voir les choses prendre corps presque malgré soi.

Personne n’est manichéen dans ton roman.

Dans aucun de mes romans tu ne trouveras un personnage tout blanc ou tout noir. Personne ne l’est dans la vie. On a tous nos côtés sombres, qu’on ne montre pas forcément. Je te rappel que j’ai été influencé par les Comics. Regarde Batman, il a deux personnalités qui s’opposent…

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Fabrice Pichon cette année au premier salon du livre de Nemours avec Jacques Saussey, Franck Thilliez, Olivier Norek, Claire Favan, Armelle Carbonel et Sandra Martineau.

Ce livre est celui dont tu es le plus fier ?

Oui, sans conteste. Parce que j’ai enquêté à fond. Je suis allé voir comment cela se passait au tribunal d’instance, je me suis mis dans la tête de mon personnage principal, je me suis donné à fond. Ma femme me trouvait fourbu comme jamais je ne l’avais été après chaque longue séance d’écriture. En plus, c’était la première fois que j’employais la première personne et ça, ça implique l’auteur d’une manière incroyable.

Je crois que tu écris au minimum deux heures par jour.

Selon les périodes, mais le plus souvent, en effet. Je peux même écrire deux livres en même temps jusqu’aux dix premiers chapitres, après, il y en a un qui prédomine. Quand je suis en panne sur l’un, je relis ce que j’ai écrit pour l’autre et le mécanisme se remet en place. C’est curieux.

fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorTu sors le 27 janvier prochain un nouveau livre, Retours amers, avec une préface de Danielle Thiery.

J’adore ses bouquins et je regardais ses séries pour la télé. De salon en salon s’est créé entre nous une espèce de connivence. Je lui ai demandé de lire Retours amers avant tout le monde afin que l’on puisse faire un bandeau. Elle a accepté de le lire, elle m’a donné des conseils et au final, plutôt qu’un bandeau, elle m’a proposé d’écrire la préface parce qu’elle a trouvé ce livre « super bon ». J’ai été touché et je suis fort honoré.

Tu fais beaucoup de salons du polar. Tu te situes où dans ce milieu ?

Je me situe à ma place. Je fais mon petit bonhomme de chemin tranquillement. Ce que je peux dire, c’est qu’à force de faire des salons, on se crée des affinités. Il y a même des auteurs que je lisais avec assiduité qui sont devenus des amis. Jean-Hugues Oppel par exemple. Romain Slocombe aussi (dans la première sélection du Prix Goncourt 2016). C’est un régal de rencontrer des gens que l’on admire dans un contexte où nous sommes à peu près d’égal à égal.

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Le 26 septembre 2016, après l'interview.

13 octobre 2016

Scotch&Sofa : interview pour Ailleurs

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(Photo : Lisa Roze)

Formé il y a un peu plus de dix ans, le duo montpelliérain Scotch&Sofa publie un deuxième disque, Ailleurs. Romain Preuss (Scotch) et Chloé Monin (Sofa) ont clairement pris un chemin électro-pop. Pour les textes, le duo fait appel à des paroliers peu connus du grand public, comme Fabien Boeuf, Brazùk ou leur indispensable Céline Righi. Il est beaucoup question d'amour et de ses conséquences, mais rassurez-vous, ils sont très forts,  ils ne tombent jamais dans la guimauve. Il y a même beaucoup de profondeur. Sachez lire entre les lignes et découvrir les différentes strates textuelles et musicales.

Le 15 octobre, Scotch&Sofa seront au Divan du Monde pour la soirée de lancement de leur album.

Le 14 septembre dernier, j’ai reçu pour la seconde fois à l'agence (voir la première mandorisation là) ces deux artistes aussi talentueux que sympathiques.

scotch et sofa, ailleurs, romain preuss, chloé monin, interview, mandorBiographie officielle :

Après Par petits bouts, premier album raffiné qui posait les bases de leur univers, le duo Scotch&Sofa revient avec un disque aux allures d’invitation.

Invitation à découvrir ce genre de lieux qu’on aime garder précieusement secrets, autant qu’on souhaite les partager fièrement avec le plus grand nombre.

Réalisé par le duo et mixé par Yann Arnaud (Air, Syd Matters, Micky Green), Ailleurs se fraye de nouveau un chemin vers une pop élégante, luxuriante et immédiate.

Affranchi des formats traditionnels, le deuxième album de Scotch&Sofa ose les espaces instrumentaux épiques, et propose des textes explorateurs, aux niveaux de lecture multiples, ludiques ou poétiques, mais toujours touchants.

Producteur de ses albums, gourmand de rencontres avec le public (au travers notamment de passages répétés sur de grandes scènes : Muzik’elles de Meaux, Francofolies de la Rochelle, etc.), le duo montpelliérain est toujours resté attentif au sens de sa démarche musicale.scotch et sofa, ailleurs, romain preuss, chloé monin, interview, mandor

Il s’est également construit une famille artistique ; On y retrouve Ours, Ben Mazué, Pauline Croze, Fabien Boeuf ou encore Nathanaël Coste, réalisateur engagé du docu-phénomène En quête de sens (plus de 100.000 entrées du seul fait d’un bouche-à-oreille enthousiaste) dont la musique de Scotch&Sofa illumine la bande-son.

L’Ailleurs, titre de ce nouvel album, c’est la poésie, l’amour, ces choses fugitives et éphémères comme des petits paradis encore préservés, à une époque où tout s’achète et se vend.

Cet Ailleurs, c’est une suggestion et peut-être un repaire.

Et c’est surtout un album sincère et accessible, qui devrait permettre au duo Scotch&Sofa de toucher un très large public.

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scotch et sofa,ailleurs,romain preuss,chloé monin,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus pour la première fois pour le premier album, il y a quatre ans.

Scotch : J’ai l’impression que nous n’avons pas chômé en quatre ans.

Sofa : Nous sommes souvent en tournée. Par moment, ça s’arrête, puis nous reprenons. Dans les moments creux, nous créons nos chansons, nous les pré-produisons, on les passe en studio, on les mixe, on les masterise, il faut qu’on trouve les gens qui fassent la pochette, le clip… bref, il faut bien toutes ces années entre deux albums.

Selon l’argumentaire de presse, vous avez 10 ans de carrière. Vous ne le fêtez pas ?

Scotch : Je pense que cela fait plus de 10 ans. Ca fait quelques années que l’on dit 10 ans. Une sorte de coquetterie.

Sofa : En vrai, cela fait13 ans. On a commencé, j’avais 20 ans. J’en ai 33 aujourd’hui.

Le temps est vite passé ?

Scotch : Je me souviens de tout et de rien à la fois. Mais, j’ai l’impression qu’on est toujours dans la même humeur. On aime ce que l’on fait, on aime le faire et on a toujours cette niaque de groupe en développement… que nous sommes encore.

C’est difficile de sortir de cet état de « groupe en développement » ?scotch et sofa,ailleurs,romain preuss,chloé monin,interview,mandor

Sofa : On fait notre métier, même si nous n’avons pas le succès d’un Stromae  ou de Christine & The Queens. Depuis plus de dix ans, on ne fait que ça.

Scotch : On a beaucoup de chance. On joue de la musique toute la journée et c’est le projet que nous avons choisi. Je n’ai pas grand-chose de plus à vouloir.

Sofa : Je sais aussi qu’il y a plein de gens qui ne pourraient pas faire ce que l’on fait parce qu’on n’a pas la sécurité de l’emploi. Il y a un côté excitant à ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Vous avez vécu plein d’expériences passionnantes et vous allez en vivre encore beaucoup.

Sofa : Grace au premier album, on avait pu rencontrer de nombreuses personnalités géniales du monde de la musique, quelques-unes que l’on écoutait à la radio ou à la télé. Rien que de faire la première partie de Pauline Croze, c’était déjà énorme. Rencontrer des gens comme Renan Luce, Oxmo Puccino, Ours et qui deviennent des amis après, c’est extraordinaire. Et que notre chanson « Je glisse » soit intégré au film documentaire « En quête de sens »  nous a permis de jouer au Cabaret Sauvage avec Mathieu Chédid, d’être en première partie de Zaz sur certains Zénith et à l’Olympia… A chaque fois qu’il se passe quelque chose d’important musicalement, nous sommes toujours surpris.

Quand vous jouez en première partie de stars françaises, vous ressentez quoi ?

Scotch : Depuis le temps, nous sommes habitués à ce grand huit. On peut jouer devant 6000 personnes un mardi et le mercredi devant 92. Moi, j’ai toujours plus peur de jouer devant mes potes ou en appartement que devant une foule énorme.

Sofa : Chaque version est enrichissante pour nous.

Vous apprenez des autres ?

Sofa : On apprend tout le temps et de chaque artiste. Ca ne s’arrête jamais. Je ne me lasserai jamais d’être invité pour faire des premières parties. C’est toujours enrichissant et nourrissant que ce soit musicalement ou humainement.

Scotch : On adore ce format. On joue 30 minutes. On est dans une situation d’outsider et il faut convaincre.

Sofa : On a  le challenge de se mettre le public dans la poche alors qu’il ne vient pas pour nous. Le public des autres et souvent bienveillant avec nous.  

Clip officiel de "Ca ne m'amuse pas", extrait de l'album Ailleurs.

Il y a une sacrée belle évolution musicale dans ce deuxième album. Vous allez désormais vers une pop électro très élégante.

Scotch : C’est un chemin prit naturellement en composant tous les deux et moi en arrangeant. Avant j’écoutais beaucoup de jazz soul hip-hop avec un peu de chanson. Aujourd’hui, c’est toujours un peu de chanson avec beaucoup de pop.

Sofa : Il y a nos nouvelles influences, mais il y avait aussi l’envie d’ouvrir  notre univers. On nous disait qu’il était très intimiste et on ne le sentait pas comme ça. Aujourd’hui, on a grandi, évolué, on a envie de plus se lâcher sur scène. Certaines de nos nouvelles chansons permettent de le faire. On s’est aperçu que le public peut désormais aussi danser lorsqu’il vient nous voir.

Scotch : Je crois véritablement que l’on ne choisit pas ce que l’on fait.

Extrait de "Je, tu, il" filmé par Lisa Roze, tiré de l'album Ailleurs.

Sofa, tu t’es essayée aux textes pour la première fois.

Sofa : J’ai co-écrit avec Céline Righi certaines chansons. Je pense que je m’y mettrai encore plus pour les suivants.

Fabien Bœuf fait un duo avec vous, « Tu es le roi » et a écrit des textes.

Sofa : Cela fait huit ans qu’on le connait. Dans les auteurs français, je n’avais pas beaucoup de coups de cœur, il en a fait partie, même s’il n’est pas très connu du grand public. Et puis, humainement, nous sommes sur la même longueur d’onde.

Scotch : J’aime la manière dont il mène sa carrière. Il habite à la campagne, il est simple et sympathique. C’est marrant, je pensais à lui et je me disais que c’était un garçon qui ne se regarde pas écrire. Il ne va jamais chercher un effet. Ce n’est pas prétentieux. Il n’y a pas de narcisse dans son écriture. Il va droit au but.

Clip officiel de "Qui fait ça?", extrait de l'album Ailleurs.

Dans ce deuxième album, on sent déjà qu’il y a une patte Scotch&Sofa.

Sofa : Ce nouveau disque est différent et, en même temps, il reste nous, même si je le trouve plus abouti.

Scotch : J’ai l’impression que ce qui nous a aidé à faire ce disque, c’est de se détacher du bizness de la musique au moment où on le faisait. Ça m’a fait du bien de mettre le milieu de la musique un peu de côté.

Vous savez quand une chanson est terminée ?

Scotch : On n’y arrive jamais, mais j’ai l’impression qu’on y arrive de plus en plus.

Sofa : C’est un peu moins douloureux pour moi que pour Romain de dire « là, c’est bon, stop, c’est fini, on n’en fait pas une énième version ».

Scotch : Je me suis calmé par rapport à avant.

Sofa : Oui, c’est vrai. Il lâche du lest. Sur le premier, j’étais obligé de prendre la décision d’arrêter sinon, on pouvait y rester 15 ans et demi.

Scotch : Pour le premier disque, on y a passé 7 ans (rires). Sur celui-là, tout est allé dans le même et bon sens. On avait de la pression, mais on la mise de côté. On a enregistré à la campagne dans un très joli endroit avec des amis. Un truc un peu famille, calme, lumière du jour, cool.

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Pendant l''interview...

Le lieu influe vraiment l’ambiance dans laquelle on travaille ?

Sofa : Je le ressens. On l’a vécu.

Scotch : Je l’ai senti physiquement. On a eu beaucoup de préparation, il a fallu « timé » plein de choses, pousser les pré-productions à fond pour essayer de perdre le moins de temps possible en studio donc j’étais très tendu des mois avant. Je suis arrivé en studio, mon dos s’est débloqué en une heure.

Sofa : Avec Romain, je sais qu’il faut se ménager de vraies pauses. Donc, on cuisinait pour se faire plaisir. On mangeait de bonnes choses. On pouvait aussi faire des petites marches dehors…

Scotch : On a fait un album de babas-cool en fait (rires).

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(Photo : Lisa Roze)

Quel a été le rôle de Yann Arnaud sur cet album ?

Scotch : Il a mixé le disque. On l’a sollicité pour avoir une lecture supplémentaire quand le disque était fini. Il a « lu » ce disque de façon merveilleuse. Je l’ai encore appelé récemment pour le remercier tant nous sommes ravis de son travail. Il sait faire de la pop un peu chic. Lui et son matériel sont impressionnants.

Sofa : Moi, au début, j’étais fermée. J’avais la peur du changement. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je m’ouvre et je ne le regrette pas. Yann avait raison très souvent. C’est sain d’avoir un regard extérieur.

Ce deuxième disque est-il pop comme « populaire » ?

Sofa : On ne sait pas, mais si les gens considèrent qu’il l’est tant mieux. Peut-être que nous allons élargir notre auditoire.

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Le 14 septembre 2016, après l'interview.

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01 octobre 2016

Deborah Elina : interview pour la sortie de Les bruits du cœur

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(Gianni Soglia)

La première fois que j’ai vu Deborah Elina, je m’en souviens parfaitement, c’était le 19 mai 2016. J’étais dans le train Paris-Tarbes. Je me rendais au Pic d’Or. Elle aussi. La jeune femme comme artiste se présentant à ce tremplin, moi comme membre du jury. Me sustentant au bar TGV (déjà occupé par un groupe de « chanteurs amateurs » bien alcoolisé), je la vois arriver avec une guitare. Je me doutais que c’était une concurrente du Pic d’Or. Sa tête me rappelait quelque chose. Elle s’est mise à chanter. Et a calmé tout le monde. Je me suis fait la réflexion qu’elle avait une sacrée personnalité. Je l’ai observée quelques minutes et je suis retourné à ma place. Je l’ai donc revue le lendemain lors des auditions. Elle est arrivée jusqu'en finale, mais est repartie bredouille, certes, (le niveau de cette année était particulièrement élevé) mais a convaincu plusieurs membres du jury. Moi en particulier.

Elle m’a envoyé son premier album, Les bruits du cœur. Des chansons diablement efficaces, une bonne dose de sensualité, de jolies mélodies et une voix séduisante. Le 12 août dernier, Deborah Elina est venue à l’agence pour sa première mandorisation.

Biographie officielle (raccourcie) :

C’est un album de chanson française, aux sonorités pop, intenses et colorées, parfois mélancoliques, que Deborah Elina a écrit et composé. Mêlant force et douceur, profondeur mais légèreté, elle nous présente des chansons pleines de relief et d’émotions. Déjà reconnue pour son talent d’écriture et la singularité de sa voix douce, unique, qui a attiré plusieurs artistes (On peut l’entendre dans les albums de Marc Lavoine et Gérard Darmon), elle nous touche par la justesse de ses propos et la force de son interprétation. 

Le théâtre et le cinéma est aussi source d’inspiration. Formée à Londres puis aux cours Florent à Paris, elle découvre la richesse des différentes formes d’écritures et commence à écrire ses premières chansons.

Artiste incontestable, elle est sélectionnée par Voix du Sud en 2014, pour participer aux 39e rencontres d’Astaffort (Voix du Sud), sous la direction de Francis Cabrel.

Le titre « Laquelle est-ce » y est créé lors d’une séance de travail, avec Pierre Riess et Pierre Souchon pour déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorla composition. Trois mois après, elle rencontre Greg Parys (qui a collaboré entre autre, avec Zaho, Willy William, DJ Assad, Davidson, Red One). L’entente est immédiate. Convaincu par sa différence et son talent, par le charme et l’authenticité de ses chansons, il décide de produire son album.

L’album :

Dix titres qui laissent parler le cœur et qui écoutent ses moindres bruits. Un album d’amour aux allures cinématographiques dans lequel chaque chanson éveille nos sens en plusieurs dimensions. A travers des thèmes forts qui lui sont chers, Deborah Elina nous livre un message d’amour charnel et sensuel. Elle dit avec élégance ce que les autres ne disent pas, et nous ouvre une porte vers le chemin du désir et de l’apaisement.

NB: Toutes les photos qui ornent cette mandorisation (sauf celles à l'agence) sont de Gianni Soglia.

Le visuel de l'album est signé Jean-Lionel Dias et Maïtéa Moraglia.

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déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorInterview :

En quoi te démarques-tu de tes consœurs chanteuses ?

Difficile de répondre à cette question. J’ai juste envie de me ressembler. J’ai longtemps été dans une direction très acoustique. J’ai été inspirée par de grandes chanteuses telles que Piaf et Barbara. Ce sont des artistes qui mettent leur Etre au service de la musique. Avant, je n'arrivais pas à défendre mes chansons sur scène. Je sentais que ce n'était pas complètement moi et ne comprenais pas pourquoi. Je suis moins mélancolique qu'avant, j'avais besoin d'arrangements qui reflètent mon côté acoustique, mais qui traduisent également ma joie de vivre. Un directeur artistique m’a dit un jour : « c’est étrange parce que, quand on te voit dans la vie tu es quelqu’un d’hyper dynamique, souriant, drôle et quand on écoute tes chansons, tu n’es pas la même femme. J’ai compris avec le temps que cette personne avait raison.

Aujourd’hui, tu te sens plus en phase avec toi-même ?

Oui, c’est une question de temps et de rencontre. Mais je me suis fait violence pour aussi changer ma direction artistique.

Tu donnes tout de toi dans cet album ?

Je ne sais pas si l'on peut tout donner de soi, mais j'ai donné beaucoup pour cet album. Ca a été plus de 3 ans de travail. J'ai appris à mettre mes peurs de côté, mais je me souci des limites que je peux ou ne dois pas dépasser. Finalement, c’est quand même dans mes chansons que je me dévoile le plus.

Le premier clip officiel de l'album : "Les bruits du cœur" (avec la participation exceptionnelle de Michel Cymes). 

Tu racontes des moments de ta vie intime, voire amoureuse. Mais avec une écriture très personnelle.déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandor

Ce que j’écris aujourd’hui est très différent de ce que j’écrivais au tout début. Je m‘autorise plus de choses. J'assume de raconter ce qui m'anime, mais j'essaye toujours de trouver un rapport équilibré entre l'intimité silencieuse et la parole publique. En ce qui concerne l'écriture, j'ai commencé par faire du théâtre. J’ai pris conscience de l’écriture grâce aux auteurs de théâtre. J’ai lu tous les auteurs français. Il y a une richesse d’écriture impressionnante. J’étais évidemment complexée, mais grâce aux artistes comme Keren Ann, je me suis dit que c’était possible.

Je t’ai connu au Pic d’Or. Fais-tu souvent des tremplins ?

Très peu. Mais ce projet est une renaissance artistique pour moi. C’est le premier avec lequel je me sens bien, avec moi, dans mon temps. J’ai su que je pouvais me présenter avec ces chansons, car elles me représentent parfaitement. Elles sont comme je suis. Avant je n’étais pas prête à encaisser des réflexions qui pouvaient éventuellement me faire du mal. Je voulais déjà faire le Pic d’Or l’année d’avant, mais je n’avais pas osé. Cette année, je me suis bousculée.

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Deborah Elina au Pic d'Or 2016 (photo Nöt)

déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorPourquoi ce tremplin-là ?

Parce qu’il m’a semblé qu’il y avait un côté « famille ». Les artistes sont ensemble plusieurs jours au même endroit. Cela crée des liens et c’est quelque chose de rassurant.

Tu es aussi passée par les Rencontres d’Astaffort.

C'est une très belle expérience. Très enrichissante et aussi très troublante. Il faut accepter les mots des autres, accepter d’aller dans des endroits de soi vers lesquels je ne serais pas allée seule. Je n’avais pas l’habitude de travailler avec les autres. C’était une première de co-composer et coécrire. J’en ai gardé une chanson, « Laquelle est-ce ? » C’est comme dans la vie, il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres, il faut être bien avec soi pour être bien avec les autres… artistiquement, c’est la même chose.

Tu connais bien les hôpitaux… pour des raisons professionnelles que je ne vais pas développer ici. Mais, toi, es-tu dans l’urgence professionnelle?

Je suis dans l’urgence, mais je ne suis pas pressée. Etre dans l’urgence signifie avoir du sang froid, prendre des décisions  immédiates et avoir un certain bon sens. Quand tu es pressée, tu te disperses, tu fais tout et n’importe quoi. C’est moins précis et moins concis.

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Pendant l''interview...

Je trouve que tu vas loin dans tes chansons… surtout quand tu parles d’amour.déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandor

J’ai toujours parlé d’amour dans mes chansons. Je n’ai plus envie de parler des choses de manière aseptisée. Dans la vie, je suis quelqu’un qui dit les choses. Je ne veux plus me cacher. Ne pas oser dire, ce sont des peurs.

J’ai rarement écouté un disque où il était autant question de désir.

Je suis quelqu’un de vivant, de tous mes sens. Le désir est le thème fort de l'album en effet, mais toujours avec un sujet différent, parfois plus léger, parfois plus dur. Le mot Désir est un mot magnifique et vivant. A trop l'enfouir, on ne le ressent plus.

Reprise de Barbara : "Gare de Lyon" par Deborah Elina.

déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorIl y a un duo avec un artiste que j’aime beaucoup : Bertrand Louis (mandorisé là).

Ce texte de Baudelaire qui traite du désir était déjà présent dans mon premier projet. Un jour, je tombe sur un article de Bertrand qui parle de son futur projet d’album. Il va mettre en musique et interpréter des textes Baudelaire. Tout de suite, ça me parle. Je l’ai contacté sur Facebook. Nous nous sommes rencontrés. Il était assez agréablement surpris de cette démarche, et curieux. Il voulait savoir de quel poème il s’agissait. Il m’a répondu qu’il acceptait ce duo s’il se retrouvait dans la mélodie que j’allais composer. Je suis très heureuse de cette collaboration.

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Pendant l'interview (2).

Tes chansons sont, mélodiquement, d’une redoutable efficacité.

J'ai toujours été très à l'écoute des autres et de la nature. Je fais attention au temps qui passe, à l’environnement musical, à l’attente des gens (le public ou les professionnels). J’ai essayé de tout prendre en considération. Si je n’avais pas eu cette écoute, certaines chansons auraient différentes. J’ai essayé de répondre à toutes les exigences tout en étant fidèle à moi-même.

Ton disque est-il féministe ?

Non. Je ne suis pas dans la revendication. Pour moi, c’est un album féminin, mais pour les femmes et pour les hommes.

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Après l'interview, le 12 août 2016.