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27 octobre 2016

Les soeurs Boulay : interview pour l'album 4488 de l'Amour

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(Photo : Geneviève Charbonneau pour Elle Québec)

photo Jean-François Lemire, Shoot Studio.jpgPrésentation des personnages : La blonde, Stéphanie, incurable romantique, impulsive, gaffeuse à ses heures et assoiffée de vérité, et la brune, Mélanie, cadette lucide et éprise d'absolu, l'aventurière du duo (source : Elle Québec).

Les sœurs Boulay sont, parait-il, aux antipodes l'une de l'autre, pourtant leur symbiose vocale est parfaite. Depuis leur apparition dans le paysage musical québécois en 2012, tout est allé à la vitesse grand V pour les sœurs Boulay. Si bien qu'après leur première tournée, elles ont ressenti le besoin de reprendre leur souffle. Stéphanie en a profité pour écrire sous le soleil du Costa Rica, tandis que Mélanie est partie seule en Inde. Ainsi sont nées les chansons de 4488 de l'Amour, leur deuxième album.

Le 30 septembre dernier, de passage à Paris, elles m’ont donné rendez-vous dans leur hôtel situé à Pigalle. Une rencontre rafraichissante tant leur spontanéité et l’immense sympathie qu’elles dégagent sont grandes.

Biographie officielle :

Depuis plus de trois ans, Les sœurs Boulay font des dessins sur les cartes du Québec, mais aussi du Canada11954787_664238480345072_3142438145879557330_n.jpg et de l’Europe (France, Suisse). Leur premier album, Le poids des confettis, écoulé à plus de 55 000 exemplaires, les a portées dans les salles de spectacles et les festivals plus de 250 fois. Tout a commencé aux Francouvertes, concours de la relève à Montréal, qu’elles ont remporté sans s’y attendre un soir de fête de 2012. Depuis, nous les avons vues à l'ADISQ, où elles ont mis la main sur trois Félix dans les catégories Révélation de l'année et Album Folk de l'année en 2013 et Groupe de l’année en 2014. Elles ont aussi été lauréates aux prix GAMIQ, finalistes pour les prix Félix-Leclerc et SOCAN, sur la longue liste du prix Polaris et sacrées Entrées en scène Loto-Québec et Révélations Radio-Canada.  Entretemps, elles ont voyagé en Inde et au Costa Rica, notamment, ont encore souffert un peu du cœur, ont écrit des petites chansons, et tout ça les a menées au bricolage de ce deuxième disque, 4488 de l’Amour. Délicat, fleuri, exotique, mais aussi plus bouillant et assumé, plus dégourdi et dense que Le poids des confettis, l’album, encore une fois embelli par Philippe B, en est la suite logique. On y parle de maisons, de celle qu’on a, de celles qu’on cherche et de celles qui n’existent plus, mais aussi des gens qui y habitent. On y parle d’éloignement, de voyages trop longs, d’amitiés, d’amour idéaliste et d’amour déçu. Ce n’est pas plus mature, mais c’est plus honnête. Ce n’est pas plus sérieux, mais c’est plus lucide. Et c’est comme un petit refuge où c’est tout doux d’habiter, et ça se prendra aussi en take-out aux quatre coins de la province dans de belles salles de spectacles dès l’automne 2015.

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(Photo : Jeanne Joly et Eli Bissonnette)  

IMG_1445d.JPGInterview :

Avez-vous baigné dans une ambiance musicale toute votre jeunesse ?

Mélanie : Notre père est mélomane, mais on vient d’une toute petite région. Il n’y avait pas de magasin de disques, donc, la seule musique que l’on pouvait écouter c’était le répertoire des disques de notre père. Elvis, les Beatles, Cat Stevens, de la musique disco, de la country, du folk et puis du rock. C’était un mélange de disques qu’il avait accumulé au fil des années.

Pas trop de chansons francophones ?

Stéphanie : Non. Mais, comme on écoutait la radio, on avait accès à de la musique plus populaire, moderne et francophone.

Votre mère chantait dans une chorale. Le chant, c’est une histoire de famille on dirait.

Stéphanie : Moi aussi je chantais dans cette chorale. Puis Mélanie nous a suivies. Une professeure de l’école primaire a repéré ma sœur dans sa propre chorale. Elle a considéré qu’elle chantait exceptionnellement bien. Elle est venue nous le dire. A partir de ce moment-là, notre père a acheté un piano et a fait en sorte que l’on prenne des cours de chant.

Clip de "Jus de boussole", tiré de l'album 4488 de l'Amour.

Photo  2 Jeanne Joly et Eli Bissonnette.jpgDans cette chorale, vous chantiez quel répertoire ?

Stéphanie : C’était une chorale de village dont la moyenne d’âge était de 50 ans. On chantait du Félix Leclerc, du jazz et des chansons francophones dites classiques. Mais je tiens à dire que notre culture en matière de musique francophone, nous l’avons eu avec notre professeure de chant. Elle s’intéressait beaucoup à des artistes comme Brel, Brassens, Ferré…

Comme vous écrivez toutes les deux, ces « monstres sacrés » de la chanson ne vous ont-ils jamais mis de la pression?

Mélanie : Non, parce que la langue que nous employons n’est pas tout à fait la même que la leur. Je trouve que la langue québécoise est vraiment très colorée, très différente que la langue française de France. Nous on aime bien chanter notre pays. On chante donc comme on parle dans notre quotidien.

Stéphanie : On utilise des expressions très québécoises pour en fabriquer des images très poétiques. On est conscientes qu’il y a plein d’expressions que les français ne comprennent pas, mais sur scène, avant les chansons, on explique les expressions fondamentales pour que les gens puissent se rattacher à quelque chose.

Mélanie : On se pose peu de questions quand on écrit, on y va très instinctivement. On essaie de faire du ménage, mais après. Même pour les arrangements de voix, on reste dans l’instinct et la spontanéité.

Les réactions ne doivent pas être les mêmes chez vous que chez nous…

Mélanie : Chez nous, il y a certains bouts de phrase qui font réagir et en France non. Et vice versa. Les références culturelles sont différentes, nous essayons de nous adapter par rapport à ça. On apprend à connaitre le public français de concert en concert.

Lancement de 4488 de l'Amour du 15 octobre 2015 à Montréal.

Ici, vous repartez à zéro ?

Stéphanie : C’est l’impression que cela nous donne. Au Québec, les gens nous connaissent, donc ils nous attendent. Je ne veux pas dire que c’est acquis d’avance, parce que rien n’est jamais acquis, mais disons que comme le public connait nos chansons, le contact est immédiat. Ici, il faut un peu plus de temps pour se connecter. Ici, on a tout à retravailler. Mais ça nous amène à refaire des spectacles pour les bonnes raisons : partager avec les gens et communiquer les émotions.

Mélanie : Repartir à zéro, c’est parfait pour calmer l’ego. On a un amour profond pour ce métier-là. On ne le fait pas forcément pour être acclamé ou riche. On le fait pour partager l’amour de notre travail musical.

Vous jouez aussi dans des pays non-francophones. Est-ce à dire que les paroles, finalement, c’est secondaire ?

Stéphanie : Je crois que ce qui plait dans notre duo, hormis le fait que nous soyons sœurs, c’est notre harmonie vocale.

558143_329360700499520_1409563628_n.jpgLe poids des confettis, votre premier album, a cartonné chez vous. Presque 70 000 albums vendus, c’est énorme.

Mélanie : Je crois que le côté « famille » parle beaucoup au public québécois. Les gens aiment voir chanter deux sœurs ensemble, surtout si elles s’entendent bien, ce qui est notre cas. Ça doit leur rappeler ce qu’ils vivent dans leur propre famille. Je crois aussi que l’harmonie vocale que nous avons accroche facilement l’oreille. Je pense aussi que la simplicité de nos personnalités a plu et qu’elle est pour beaucoup dans notre succès.

Stéphanie : Souvent, les gens nous disent qu’ils aimeraient être nos amis. En fait, ils ne nous connaissent pas dans la vie. On peut être assez chiantes (rires). Sinon, le fait que l’on vienne d’une petite région, que nous soyons venues en ville et que nous ayons réussi participe à l’intérêt que les gens ont pour nous. Ça va chercher quelque chose dans la fibre québécoise.

Mélanie : C’est étrange parce qu’on n’a pas eu l’appui de la radio commerciale et on a fait peu de télé. Le bouche à oreille à fonctionné.

Les Sœurs Boulay chantent "Langue de bois", tiré de l'album 4488 de l'Amour, dans le cadre de l'émission spéciale En route vers l'ADISQ.

Sur un fond musical folk-country aux accents pop, voire électros, vous donnez aux filles de toute une génération le droit d'être à la fois imparfaites, vulnérables, conquérantes, désenchantées et pleines d'espoir, comme elles le sont elles-mêmes.

Stéphanie : Ces chansons représentent parfaitement nos personnalités.

Mélanie : nous avons aussi des chansons plus introspectives. Du coup, en spectacle, pour ne pas être lourdes entre deux chansons, on casse le rythme en faisant rire le public. Nous avons tendances à taquiner les gens, mais aussi à faire preuve d’auto-ironie.

Je vous vois un peu comme des aventurières.

Mélanie : Mais nous sommes exactement ça. On adore voyager, rencontrer des nouvelles personnes, découvrir plein de choses…

Accompagnées de Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, Les sœurs Boulay interprètent "Fais-moi un show de boucane", tiré de l'album 4488 de l'Amour.

Pour vos chansons, qu’est-ce qui vous inspire ?

Mélanie : Nos vies de jeunes femmes frisant la trentaine. On est de plus en plus conscientiser par notre rôle de femmes dans la société d’aujourd’hui.

Et la politique ?

La politique québécoise nous inspire aussi. On s’attaque désormais à des chansons qui revendiquent un peu plus.

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Une de ces trois femmes n'est pas une sœur Boulay, sachez la reconnaître.

Il me semble que vous défendez la cause des femmes.

Stéphanie : Ce n’était pas volontaire au départ, ce sont les gens qui nous l’on fait remarquer. On a toujours été féministes dans notre âme, mais on ne savait pas que notre art l’était aussi. De plus en plus, on a envie de parler des conditions de la femme, d’en présenter dans nos chansons qui sortent des schémas habituels, qui sont libérées, qui parlent de sensualité, voire de sexualité.

Parler de sexualité, alors que vous êtes deux sœurs, ce n’est pas gênant ?

Stéphanie : On habite ensemble et nous sommes très proches. Nous ne sommes pas le genre de sœurs à avoir des secrets l’une pour l’autre. Nous sommes donc très capables de chanter les histoires de l’autre.

Mélanie : Parfois, il y a des chansons qui correspondent plus à la vie de ma sœur, donc, dans ces cas-là, je suis plus un support musical et instrumental que chanteuse à part entière. Je m’efface, je l’accompagne discrètement. Quand une chanson parle de son histoire, quand on écrit, j’essaie d’avoir ses yeux à elle.

Lors des Francofolies 2016, les sœurs gaspésiennes envoûtent le Théâtre Maisonneuve avec leurs magnifiques voix croisées.

Pensez-vous à ce que vous pouvez apporter aux gens ?

Mélanie : On essaie de transmettre des messages positifs, de les sortir de leur vie, de les emmener ailleurs, de mettre un peu de soleil dans leur cœur, bref, de faire en sorte qu’ils oublient leurs problèmes.

Stéphanie : Au début, on ne s’aperçoit pas que l’on peut avoir ce « pouvoir-là ». Mais on se dit que les gens qui achètent des places pour notre spectacle, c’est peut-être le seul spectacle qu’ils voient dans l’année, qu’ils attendent ce moment depuis longtemps. On ne peut pas les décevoir en étant « normales ». On veut les honorer au maximum, alors, nous donnons le maximum de nous-mêmes.

Vous défendez l’environnement discrètement dans vos chansons et plus sérieusement dans la vie.

Mélanie : C’est la base de tout. En ce moment, on est en train de briser la planète. Il n’y aura bientôt plus de solutions si on ne s’y met pas tout de suite.

Stéphanie : Il serait bon que tout le monde voient le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Demain, sorti en 2015.

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Avec les sœurs Boulay, à l'issue de l'interview, le 30 septembre 2016.

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