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24 octobre 2016

Dick Annegarn : interview pour Twist

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Dick Annegarn sublime son retour au disque avec Twist. Un opus à l'humeur légère. Face à la terreur ambiante que traverse notre monde d’aujourd’hui, il répond par la pop, une poésie espiègle et lumineuse et des chansons gorgées de soleil, pour rire, danser, chanter en chœur, tout simplement. Bonne idée !

Je m’étonne que nos chemins ne se soient pas croisés plus tôt. Mais enfin, la rencontre fut belle, l’interview parfois surréaliste. Il est parfois un peu provocateur, ne réponds pas toujours aux questions et j’aime ça. Un doux qui joue au dur.

Le 28 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un hôtel parisien. En terrasse, à la fraiche.

Mini bio officielle :

Des années 70 qui ont vu ses débuts, Benedictus Albertus Annegarn, dit Dick, réinvente le meilleur : les musiques qui font l’amour pas la guerre, les mots-sésames, les frontières ouvertes aux esprits assortis. C’est tout lui - voix nomade, éclusier européen, citoyen libertaire du monde. Pendant que les enfants d’hier apprennent aux enfants de demain Ubu et Bébé éléphant, lui poursuit ses voyages de port gascon en oasis marocaine, balisant son parcours de chansons magiciennes. Sorcier, sourcier.

dick annegarn,twist,interview,mandorArgumentaire officiel :

Dick est twist. Dick est allègre, festif, gourmand.

Cela fait belle lurette que Dick Annegarn n’avait pas livré un album aussi radieux. « Un disque du matin », dit-il. Le matin pour l’élan, le souffle, l’envie, le grand « allons-y » de la joie. Car Twist ne se cache pas d’avoir voulu dire autre chose que ce que soufflent les vents du moment.

Ses nouvelles chansons ont l’humeur légère. Même quand il évoque une noirceur, les pieds bougent et le corps vibre. C’est une affaire de pulsion ; de pulsion de vie.

Certains vous diront « la vie continue » avec un sourire malheureux. Dick Annegarn, quant à lui, fait continuer la vie. Il sait la valeur de la légèreté, du plaisir, de l’ivresse. Quand il parle de cultiver son jardin, ce n’est pas en égoïste derrière une haute haie, mais parce que la paix se construit par la culture, parce que la terreur vise d’abord la légèreté, l’ivresse, le plaisir. Alors il a cultivé une douzaine de chansons qui sentent le soleil et le partage.

Oui, il a choisi de répondre par la pop, par le sourire, par l’envie primale d’un bonheur qui se chante. Il confesse avoir été bouleversé par le « Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris après le 13 novembre, et il a voulu qu’ils n’aient pas non plus son angoisse, son stress, sa rage. À la place, ce sera Twist, l’album le plus souriant de sa carrière.

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dick annegarn,twist,interview,mandorInterview :

Vous venez de découvrir à l’instant, devant moi, votre nouveau disque en physique… Au bout de 22 disques et 43 ans de carrière, c’est toujours un moment émouvant ?

Non. Je suis juste curieux de voir ce que donne la photo. Je trouve que le moment le plus émouvant quand on travaille sur un nouveau disque, c’est quand on sort de la cabine d’enregistrement pour aller dans la cabine du technicien. C’est là que l’on va décider des arrangements, de ce qui va rester ou disparaitre. 5 mois après, la pochette, ça ne me fait pas grand-chose. Je sais ce qu’il y a dans le disque…

Vous avez aimé tous vos disques avec la même intensité ?

Pas du tout. Certains de mes disques, j’aurais même préféré qu’ils ne sortent pas. Je ne m’émerveille pas à dick annegarn,twist,interview,mandorchacune de mes productions. Celui-ci, je l’aime beaucoup. Presque autant que Soleil du soir qui est le seul disque que j’écoute avec bonheur plusieurs fois.

En écoutant ces deux albums, vous arrivez à oublier que c’est vous le chanteur ?

Oui. « Je est un autre », comme dirait Rimbaud. Quand j’écoute Soleil du soir et Twist, j’entends beaucoup de choses. Quand on met une émotion dans une chanson, on la retrouve éternellement.

Sur la pochette, on voit un magnifique sourire de vous et vos dernières chansons sont lumineuses… En ces temps troublés, on a l’impression que c’est pour faire un pied de nez au malheur.

Je tends vers la lumière. Je me lève très tôt le matin pour voir la lumière arriver. Tous les soirs, à 21h30, je suis au lit. Quand la vraie lumière s’éteint, je retrouve une autre lumière, j’aime bien rêver aussi.

Vous ne répondez pas à ma question.

C’est ma réponse.

Une chanson comme « Roule ma poule », qui raconte l’histoire d’un couple qui n’a pas d’argent pour se marier, est musicalement enjoué, mais le texte est terrible.

C’est une vraie catastrophe. Un mariage, ça coûte une blinde. Si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas te marier. Dans ce nouveau disque, je raconte l’histoire du monde entier en version tragi-comique. Je ris du malheur des autres. Dans Les Temps Modernes, quand Chaplin est coincé dans la machine, tout le monde rit. Un rire exaspéré ou désespéré. Moi, je suis comme ça. J’ai le rire mélancolique, un mélange d’amusement et de tristesse.

dick annegarn,twist,interview,mandorVous vous considérez comme un amuseur ?

Les artistes sont des bouffons. Des bouffons du roi. Et le roi a besoin de nous. Et parfois, ils gênent. Coluche, par exemple, est un bouffon qu’on a probablement aidé à disparaitre.

Ah bon ? Vous êtes convaincu qu’on l’a tué ?

Oui. A mon avis, les rois ont intérêt à ce que certains bouffons disparaissent.

Vos chansons peuvent paraître anodines, mais en fait, elles ont beaucoup de fond.

Toutes mes chansons ne sont pas lourdes de sens, parfois, elles ne sont que cartes postales et paysages. Je n’écris pas des chansons vérités.

Si parfois. Mais bref, quelles genres de chansons vous souhaitez écrire ?

J’aimerais écrire un « Joyeux anniversaire » ou un « Au clair de la lune » 2.0. Je parle sérieusement. Il faut que l’on écrive des chansons qui accompagnent la vie et qui soient inoubliables, c’est ça notre travail. C’est facile d’être imbitable. C’est facile d’être un poète obscur.

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Vous vous situez où dans tout ça ?

Dans la pénombre (rires)… encore à 64 ans, j’essaie de sortir de l’ombre, j’essaie d’approcher la lumière.

Vous essayez de devenir « commercial ».      

Oui, je suis même une pute commerciale ratée. J’aurais voulu mieux vendre, être plus chanté par les autres.

Vous n’avez pas l’impression d’être reconnu à votre juste valeur ?

C’est la réalité. Ce sont mes chansons qui sont reconnues, moi moins.

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dick annegarn,twist,interview,mandorEn 22 albums, a-t-on fait le tour des sujets ?

L’autobiographie ne me suffit pas en tout cas. Je ne suis pas avec un thermomètre dans le cul pour savoir si j’ai chaud ou si j’ai froid. Ce n’est pas moi le sujet. Il faut que je voyage, il faut que je marche. Je parle aussi de voyage intérieur à travers les rêves. J’écris en dormant.

Comment cela ?

Je m’oblige à rêver la même chose plusieurs fois. Le matin, quand je me réveille, il me reste des choses.

Pour cet album, enregistré en quasi live en 10 jours au studio Ferber, il n’y a pas d’arrangeur, ni de réalisateur.

Mon premier disque a été enregistré en trois jours. Je n’aime pas trop le studio, c’est une espèce de centrale nucléaire avec des portes blindées. Un concentré de musique en 10 jours, ce n’est pas la vie. C’est un tue l’amour un studio, ce n’est pas très sexy.

Raphael chante un duo avec vous dans votre album.dick annegarn,twist,interview,mandor

Il n’est pas qu’un chanteur à minettes. Il a une culture pop terrible. Il vous chante « Cortez The Killer » de Neil Young par cœur. Lui, comme Christophe, ne fait plus de concessions dans leurs albums. Je respecte beaucoup cela.

Quand vous n’écrivez pas, ne composez pas, ne chantez pas, que faites-vous ?

Je gère ma page Facebook, mon site perso, j’ai trois numéros Siret à moi tout seul, j’ai une association, j’ai 14 hectares avec un tracteur, je fais le ménage, les courses, la vaisselle… je ne suis pas désœuvré. Poète ne veux pas dire être inspiré du matin au soir. D’ailleurs, je jette très peu de choses. J’écris 10 chansons pour en sortir 12 (rires). Je ne suis pas si prolixe que cela.

Pourquoi avoir changé de label ?

Parce que TôtOuTard était plutôt tard que tôt. Mais notre séparation s’est faite à l’amiable. Les gens du label et moi, nous nous revoyions de temps en temps.

Un concert, c’est du pur plaisir ?

Quand je franchis le rideau, je suis dans un état second. Quand je suis à la maison, je tire la chasse et c’est fini. Je n’ai pas le trac et ne crains pas le public. Soyons prétentieux. Souvent, le public n’est pas à la hauteur. Il ne suffit pas d’applaudir. Je demande un public qui rit, qui se manifeste, qui participe… Le public étant exigeant avec moi, je suis exigeant avec le public, c’est logique. Si le public n’est pas bon, nous non plus et vice versa. C’est comme en amour, il faut se stimuler mutuellement. Je vous rassure, la plupart du temps, le public est bon.

Et le public, généralement, veut écouter les tubes. Vous ne devez pas échapper à « Ubu », « Bruxelles », « Sacré géranium », « Mireille »…

Le public qui souhaite que je repeigne le même tableau, il a le même tableau en moins bien. Le côté revival, vintage, nostalgique, remember… m’emmerde.

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Le 28 septembre 2016, après l'interview.

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