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21 octobre 2016

François Staal : interview pour la sortie de L'incertain et pour son Trianon

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorPour fêter son 5e album L’Incertain, qui vient de sortir, François Staal (déjà mandorisé ici en compagnie de Jean Fauque) donnera un concert exceptionnel au Trianon le 23 Octobre 2016 (ce dimanche, donc). Il proposera un spectacle inédit dans lequel il dévoilera la majeure partie de ce nouvel album et d’autres chansons de son répertoire. Elles sont profondes, graves, mais jamais plombantes. La lueur d’espoir est visible, au loin, mais elle est là.

Le 5 octobre, ce brillant artiste, encore trop méconnu, est venu une nouvelle fois à ma rencontre, à l’agence.

Biographie officielle :

L’univers de François Staal, «rockeur à texte» en français s’apparente à celui  de Gérard Manset, Alain BashungArno, CharlÉlie CoutureJacques DutroncHubert-Félix Thiéfaine, Dominique A, Rodolphe Burger... Jean Fauque (Bashung) et CharlElie Couture ont collaboré avec lui dans le cadre de ses albums.

Au travers de ces compositions on retrouve cette ambiance sensuelle, irrespectueuse, ronde, exaltée, ces invitations au voyage, raffinées, de la poésie rock française. C’est sur une musique plutôt anglo-saxonne, qu’il écrit ses textes en cherchant une «certaine abstraction» et un sens ouvert à l’auditeur. 

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

Depuis ses débuts en cabaret Montmartrois, jusqu’à L’Olympia, il aime autant donner des concerts dans les petits lieux intimes que dans les larges salles, l’extérieur, l’intérieur comme le théâtre à l’italienne ou les salles modernes.

Notez enfin que François Staal a composé plus de 60 musiques de films et téléfilms sans compter les musiques de documentaires, pubs et court métrages notamment pour Arte.
Il a écrit pour le cinéma et pour toutes les chaînes. Il collabore principalement avec Laurent Jaoui, Didier Le pêcheur, Laurent Dussaux, Arnaud Sélignac, Luc Berault, Phillipe Triboit, Gabriel Aghion pour ne citer qu’eux...

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorInterview :

Je suis épaté par les initiatives très risquées financièrement que tu prends pour te faire connaître. Tu as loué deux fois l’Olympia et une fois le Trianon qui sont des salles réservées habituellement aux artistes à « forte » notoriété.

Pour être tout à fait franc, je me considère comme un résistant comme en 39-45. Mon but est de faire vivre ma musique, alors j’emploie les gros moyens. J’ai de bonnes critiques, mais les portes ne s’ouvrent pas, alors, je me débrouille tout seul. Je pense qu’il y a une raison à ça. Je suis un artiste underground, j’ai volontairement des choix artistiques qui ne sont pas « mainstream ». Je fais de la musique de film, alors, si je voulais proposer des chansons qui sont évidentes du premier coup, voire populaires, je pourrais le faire. Comme je trouve que tout est un peu trop formaté, j’essaie de proposer un travail propre, original, sans concession. Que me reste-t-il à faire ? Comme un résistant, j’ai mon réseau et je mène des opérations « coups de poing » pour exister.

Nouvel album de François Staal, L'incertain - Teaser officiel - Concert au Trianon.

Le premier Olympia s’était monté au début des réseaux sociaux.

A l’époque, demander de l’aide financière aux internautes, ça n’existait pas, j’étais précurseur. Aujourd’hui avec les sites participatifs, c’est devenu courant.

Ton deuxième Olympia, c’était différent.

Quand j’ai sorti mon deuxième album, je me suis dit que ce serait bien de récidiver dans cette salle. J’ai contacté l’Olympia qui s’est montré de nouveau intéressé. Un peu plus tard, j’ai considéré que c’était trop risqué, trop gros. J’ai rappelé pour annuler. Ils m’ont répondu que ça les embêtaient, qu’ils allaient m’estampiller « coup de cœur », du coup, j’ai eu des conditions qu’ils n’ont jamais fait pour personne et dont je n’ai pas le droit de parler plus en détail.

Et le Trianon ?

J’ai obtenu enfin une subvention de la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France) et de la Sacem. Je suis donc dans une situation où le risque est artistique, mais pas financier. Avec les ventes de places que j’ai aujourd’hui, on est déjà rentré dans nos frais.

François Staal & Emilie Marsh - "Sur un trapèze" (Cover Alain Bashung/ Gaëtan Roussel)

Au Trianon, il y aura Emilie Marsh en première partie. Pourquoi elle ?

Je veux travailler avec des gens qui ont du talent, qui chantent en français sur des textes qui tiennent la route, qui sont un peu rock et rebelles… et qui sont sympas. Emilie réunit tout ça. Elle est une fille formidable. Elle va jouer 40 minutes.

Tu t’estimes « underground », mais ta musique n’est pas éloignée de celles de Bashung, Thiéfaine, Nick Cave et autre Couture. Eux ne sont pas « mainstream », mais ils ont vendu pas mal de disques et remplissaient les salles.

En France, contrairement à d’autres pays, on est catégorisé. C’est très franco-français de penser qu’un artiste ne sait faire qu’une seule chose. Si tu composes de la musique de film, tu ne fais pas de chanson, si tu fais de la chanson, tu ne composes pas de musique de film. Il y a une autre différence avec ceux que tu cites dans ta question… je n’ai pas fait un tube. Même si aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose, à leur époque, ça voulait dire beaucoup. Et puis, je peux aussi me dire que je n’ai pas le talent suffisant pour devenir aussi populaire qu’eux. Il faut bien aussi se remettre en question.

François Staal - "Où Que J'aille" [Clip officiel]

Cela dit, tu n’es jamais allé voir une maison de disque.

Je n’ai pas envie. J’aime mon métier à un point tel que je ne peux pas concevoir de ne pas le faire comme je l’entends complètement. Si je fais des concessions, je perds ma raison de vivre et je me perds moi-même. C’est peut-être excessif ce que je te dis là, mais c’est la pure réalité. J’ai la volonté de proposer autre chose musicalement. Rien que ça, c’est un succès d’y parvenir… c’est une résistance.

Souffres-tu de ce manque de reconnaissance ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas du tout pour mon ego. J’ai vécu beaucoup de choses avec mes musiques de films, je n’ai donc aucune frustration. Le manque de reconnaissance pour la chanson, j’en souffre pour une raison. Mes amis musiciens, techniciens qui se donnent à fond en m’accompagnant, j’aimerais pouvoir les rémunérer correctement. Là, je suis juste dans un système d’échange avec eux. Je n’ai pas les moyens de faire plus.

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Pendant l'interview...

Tu te décrètes « poète rock ». Tu n’as pas peur que cela fasse prétentieux ?

A un moment donné, j’ai décidé d’assumer le fait d’être un poète. Parfois, je sens bien qu’on me trouve prétentieux, mais je m’en moque. Je suis un poète parce que j’écris de la poésie. Je n’ai pas dit que j’étais un bon poète, mais je suis poète. Il n’y a pas à y revenir.

Ce qui est sûr, c’est que tes textes ne sont pas frontaux.

Je n’aime pas ça chez moi. J’aime ça chez les autres comme Brassens ou Brel. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec les chansons trop directes. J’aime la poésie baudelairienne. C’est une manière de transposer les choses métaphoriquement. J’apprécie que les gens puissent s’approprier le sens de mes chansons. A la base, il y a toujours un sens précis, mais je m’arrange pour qu’il ne soit pas compris clairement. Pour être honnête, dans mes écrits, je laisse aussi une part de mon inconscient. Parfois, je pars dans un sens qui ne m’est même pas complètement ouvert.

François Staal - "Arctic Bay" [Clip officiel]

Considères-tu écrire des chansons subversives ?

Oui, justement pour la raison qu’on ne comprend pas forcément du premier coup ce que j’ai voulu dire. Il y a des sens cachés qui dissimulent des propos pas toujours lisses en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

L’incertain est un album magnifique.

Merci de me le dire, j’ai souvent plein de doutes et ça fait du bien de se l’entendre dire…

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

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