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29 septembre 2016

Hildebrandt : interview pour Les Animals

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Des chansons électro pop dance, certaines hypnotiques, côtoient des ballades aux mélodies d’une redoutable efficacité.  … un brin mélancolique, mais jamais désenchantée, ce premier disque d’Hildebrandt est remarquable. Musicalement et textuellement, une bonne claque dans la fourmilière « chanson française » (il n’est pas le seul en ce moment, mais ils sont tout de même rares à dépoussiérer avec vigueur ce milieu…)

Comme l’indique le dossier de presse : « A chacun de l’écouter, de le vivre, de s’y projeter en imaginant peut-être Les Animals en concept album : comme une longue marche depuis la rupture vers la nouvelle rencontre : la rencontre de son propre corps "animal". Vers la rencontre de soi ! »

Pour ma part, j’ai rencontré Wilfried Hildebrandt dans un bar de la capitale le 13 septembre dernier.

hildebrandt,les animals,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie) :

Il a longtemps roulé sa bosse un peu planqué derrière une formation dans laquelle il n‘était que Wilfried. Quatre albums à tendance chanson française. Et puis il est passé à l’acte. En solo, après une vie de groupe, comme s’il fallait à un moment de sa vie se dévoiler, assumer ce qui ne vient que de soi. Parce que le temps presse… certainement.

Mais il aura pris son temps. Le temps de construire son monde personnel, de composer en miniature, dans une écriture plus intime, où les mots pèsent moins quand l’espace sonore s’enrichit de couleurs feutrées, de tonalités mineures, de terres sèches et de vapeurs électroniques. Les premières pierres angulaires de son répertoire, « Vos Gueules », « C’est jamais loin », « Déjà », « Coup d’Caillou » et « L’Essentiel à t’apprendre », ont été sculptées avec ses anciens comparses (Nicolas Barbaud et Pierre-Philippe Dangaly). Hildebrandt les a emportées dans son baluchon de voyageur solitaire, et les voici remodelées par les pattes félines de Lucas Thiéfaine et Dominique Ledudal.

Hildebrandt vogue au large, il s'est éloigné des rives de la chanson française et cela s’entend. Parce que les mots ne sont plus chez lui soutenus par la musique mais qu’ils s’insèrent comme une deuxième musique dans le décor orchestral. Comme un acteur se fond dans la scène, Hildebrandt chante dans l’écrin sonore, et il y mène un jeu de rôle avec les instruments au service du tableau final. Là où il n’est souvent question que d’espace, il crée le volume : voilà la force de son album Les Animals.

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hildebrandt,les animals,interview,mandorInterview :

Est-ce que dans ta famille on écoutait beaucoup de musique ?

Mes parents viennent d’un milieu très ouvrier. A la maison, il n’y avait pas énormément de place pour la culture. Nous n’étions penchés ni vers la littérature, ni vers la musique. Ma mère avait gardé quelques 45 tours de l’époque yéyé. Il y a avait aussi une compilation d’Elvis. Ce disque doit être une de mes premières émotions musicales. Mais surtout, un jour, mon cousin a oublié une cassette des Beatles et j’ai passé une grosse partie de mon adolescence à écouter ce groupe. Si je fais de la musique aujourd’hui, c’est parce que, vraiment, j’ai beaucoup écouté les Beatles.

Tu as commencé la musique assez tard.

Effectivement,  j’ai commencé la guitare à 18 ans.

Et tu es venu à la chanson à 20 ans.

Oui, parce que ma chérie d’alors, qui est ma femme aujourd’hui, a grandi dans la chanson. Je me suis mis sérieusement à la chanson, alors que ma culture musicale était plus de la pop. Cela dit, j’avais l’impression de découvrir quelque chose que j’avais ignoré pendant des années. Chanter en Français m’a permis enfin de me raconter. Je me suis rendu compte que la langue française m’autorisait à chanter des choses intimes… et ça m’a donné l’impression d’exister aux yeux des autres.

Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?

Je n’ai pas décidé, cela s’est imposé. A l’époque, il y a une quinzaine d’années, je bossais dans l’éducation nationale, j’étais aide-éducateur. On avait déjà beaucoup d’activités avec mon groupe, Coup d’Marron, et à un moment, on a tous décidé d’arrêter nos activités respectives pour essayer de devenir intermittents du spectacle et de continuer plus activement la musique via ce groupe-là.

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Tu as commencé par la chanson française dite « traditionnelle », puis aujourd’hui, tu es revenu à tes premiers amours, la pop. Tu as fait les choses à l’envers.

Je suis toujours à la bourre (rires). Le fait d’approcher la quarantaine fait que j’ai voulu assumer ce pour quoi j’ai voulu faire de la musique quand j’étais plus jeune. Je m’amuse et m’assume plus aujourd’hui qu’hier. J’ai concilié tous mes élans mélancoliques qui font que je suis rêveur depuis que je suis né. En même temps, j’ai des envies de légèreté et de danse. J’ai envie de danser sur scène, de parler de ce que cela évoque. La musique que je joue maintenant me permet de concilier tout ça.

Le fait d’être dans un groupe bride un peu ?

Je ne me sentais pas bridé du tout, je n’avais tout simplement pas conscience de ce que je voulais. Personnellement, je sais que ce qui a changé ma vision des choses dans la vie et dans la musique, c’est la paternité. Le fait d’avoir des enfants fait que je joue ce que je joue aujourd’hui.

Pourquoi avoir quitté le groupe ?

J’ai pris la décision de quitter le groupe et de repartir sous mon nom parce que nous étions arrivés à un stade où on avait encore envie de vivre des choses ensemble, mais pas de la même manière, ni sous le même nom, ni sous la même forme artistique. Comme les choses tournaient beaucoup autour de moi, ça m’a paru naturel de repartir sur une histoire solo. Les autres membres voulant se dédouaner d’une responsabilité de groupe, ils ont accepté de me suivre.

Clip de "J'ai plein de pas".

Encore, une fois, tu as fait les choses à l‘envers. Hildebrandt a commencé par l’enregistrement d’un album… qui n’est pas sorti.

Oui, mais on a retiré quatre chansons de cet album pour en faire un EP il y a trois ans.

Et elles sont de nouveau dans l’album.

Je ne tourne pas les pages facilement. C’est valable aussi dans mes constructions du quotidien, mes amitiés et en amour. J’ai besoin de longueur de temps. J’avais enregistré ces chansons-là, mais je voulais les assumer encore parce que je les aimais et que je ne m’en lassais pas. Et comme l’EP était resté confidentiel, j’ai voulu leur redonner une vie honorable.

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Hildebrandt a reçu le Grand Prix Découverte 2016 de l'Académie Charles Cros. I was here. 

On a l’impression que tu prends ton temps pour tout.

Je milite pour les constructions lentes, mais qui durent. Pour moi, il n’y a pas de fulgurances. Quand j’étais petit, je jouais au légo. Là, c’est pareil, j’ajoute une pièce, puis une autre… Comme ça fait longtemps que je construis cet album, j’aimerais qu’il trouve un écho favorable.

Ton album est moderne, si ce n’est novateur. Ça fait du bien.

Ça fait partie de moi et de ma volonté d’aller dans des directions pop moderne. J’ai voulu sortir du carcan inusable de la chanson française, mais je n’avais pas l’ambition de révolutionner la chanson. J’avais vraiment envie de concilier ce qui me touche au quotidien et la vision de ce qui me plait dans la musique.

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Tu te sens ancré dans ton époque ?

Oui, parce que je suis sensible à ce qu’il se passe au quotidien et je suis critique et lucide sur ma manière d’accueillir ce qu’il se passe au quotidien. J’enfonce des portes ouvertes, mais il faut être le plus sincère possible.

Tu as fait de nombreux teasers dans lesquels tu apparais mouillé et pas au meilleur de toi.

Il y a beaucoup d’autodérision. J’aime bien paraître beau et moche à la fois. J’aime bien quand le corps est mis dans une situation à laquelle on ne s’attend pas. Qu’il soit déstabilisé, maladroit, adroit, sale, vivant, ou dans la survie, qu’il se démène pour avancer. Le corps dans l’eau est renvoyé à ce qu’il est : un corps animal. C’est pour ça que j’ai appelé cet album Les Animals.

Le clip de "Les Animals".

C’est quoi être un artiste ?

Pour moi, c’est une impression d’exister explosive. Ça me permet d’être dans ma bulle chez moi et d’être plus ouvert avec les autres.

Et c’est quoi faire de l’art ?

C’est une production humaine qui n’a qu’un seul but : être esthétique. Etre artiste, c’est donner de l’esthétique aux gens en espérant que cela leur procure des émotions.

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Un artiste est un être à part, j’ose dire « différent ».

J’ai toujours peur d’être prétentieux, alors je tente de rester humble. C’est une question que j’aborde parfois avec mon copain Lescop. Je me pose trop de questions sur l’humilité et lui, ça l’exaspère. On se rejoint sur la fonction de l’artiste. C’est un métier et nous devons l’assumer. Moi, je suis peut-être un peu trop dans la retenue. Être expansif ne fait pas partie de ma personnalité. Mes parents sont des ouvriers complexés, j’ai donc encore ça en moi.

Tu as analysé le fait de vouloir être sous la lumière?

Il y a forcément du narcissisme là-dessous. Je me rends compte que j’ai beaucoup d’ego, alors j’essaie de le canaliser.

L’esthétique a une importance dans ton « œuvre » ?

Avant, je me disais que je ne savais pas faire et que je n’avais pas les moyens. Maintenant, je me rends compte que je sais un peu faire et que même sans beaucoup de moyens, on peut avancer. Avec mon nouveau label AtHome, j’ai plus de moyens.

As-tu besoin de la rencontre avec toutes formes d’arts.

J’aime la pluridisciplinarité, la rencontre entre la musique, le théâtre et la danse. Ces derniers mois, je me suis beaucoup intéressé à tout cela. J’ai besoin de diversité artistique pour avancer.

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Pendant l'interview...

Qui aimes-tu dans la chanson française ?

Je suis très admiratif de la carrière de Bashung. Pour ce qu’il a fait au tout début, les risques qu’il a pris pendant des années et ce qu’il a fait à la fin… qui est majestueux. Je suis fasciné par la constance et l’honnêteté d’un Christian Olivier, alors que les derniers concerts de lui que j’ai vu, il y avait peu de monde dans la salle. J’en ai chialé.

Vraiment ?

Oui. J’en ai chialé parce que ça me renvoyait à mes premiers émois devant mes premiers concerts de Têtes Raides. De voir que cette poésie-là, cette honnêteté artistique, cette présence sur scène ne fédéraient plus, ça m’a foutu en colère.

Tu l’as senti touché ?

Non. Il continue son bonhomme de chemin. J’admire ce mec. J’admire son œuvre. Il ne le sait pas, mais si j’ai commencé à faire de la chanson, c’est suite à une rencontre avec Têtes Raides. Une semaine avant d’aller les voir à un concert, on avait monté mon groupe. Cela nous a donné des ailes.

D’autres artistes encore ?

Oui. Imbert Imbert. J’adore ce qu’il dégage, j’adore la mélancolie et la fragilité qu’il cultive. Sans concession. Je reste aussi fan de Miossec.

Je t’ai vu chanter du Bowie. Tu es capable d’avoir une voix de tête, ce que je ne savais pas.

Quand tu chantes du Bowie, tu peux te permettre des choses que tu ne peux pas te permettre dans la chanson française. Pour tous, la chanson française, c’est plus la voix de Brel que celle de Goldman. Les voix aiguës et androgynes amènent quelque chose de plus érotique qui nous éloigne de cet héritage des troubadours qu’on a dans la chanson. Mais, j’ai pour ambition prochaine de concilier la voix de tête sur de la pop française…

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Après l'interview, le 13 septembre 2016.

Bonus : Tous les teasers...

...mouillés.

...et en studio.

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