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27 septembre 2016

Nina Bouraoui : interview pour Beaux rivages

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(Photo : Raphaël Devynck Sauvilliers)

Le sujet de la rupture amoureuse et du chagrin d'amour en littérature a été ausculté sous toutes les formes depuis des siècles, et ce, par une multitude d'auteurs. Aborder de nouveau ce sujet sans souffrir de la comparaison, sans ressentir du déjà lu, était une véritable gageure. Dans Beaux rivages, Nina Bouraoui a gagné son pari. On plonge dans les eaux de la souffrance intérieure que chacun de nous a déjà connue. Son écriture lumineuse et subtile nous emporte au tréfonds de l’âme humaine. Nina Bouraoui est venue à l’agence le 23 mars dernier pour nous parler de son livre, de la vie, de l’amour… et de musique. Voici le résultat de cette heure passée ensemble pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de septembre et octobre 2016) + un bonus mandorien.

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nina bouraoui,beaux rivages,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien:

A. et Adrian habitent loin l’un de l’autre, est-ce aussi une des raisons de la fin de leur histoire ?

Non, je ne pense pas que leur échec vienne de la distance. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas dans deux lieux géographiques identiques qu’ils se quittent. Dans cette distance, il y avait un contrat de confiance : on est loin, mais on se fait confiance. C’est un peu la double peine.  Pour l’avoir vécu, un amour à distance c’est difficile. Les trains, les avions, la peur, la frustration de ne pas avoir l’autre tout de suite, près de soi. Si on est bien organisé, ça peut marcher (rires). A. et Adrien ont tenu huit ans en s’aimant comme des fous. Leur rupture vient simplement d’une troisième personne.

Cette troisième personne est d’ailleurs très méchante et Adrian ne veut pas s’en rendre compte.

Elle tient un blog où elle s’adresse par images à la femme abandonnée. Elle va la harceler. De son côté, Adrian ne veut pas mesurer la toxicité de cette femme pour laquelle il abandonne A. Il ne veut pas se dire qu’il l’a quitté pour une femme aussi perverse.

A. ne peut pas s’empêcher d’aller consulter ce blog alors qu’elle sait que cela va la faire souffrir. A l’heure des réseaux sociaux, on n’a pas le droit de ne pas savoir ce que fait l’autre.

On n’a plus le droit à l’oubli, au silence, à l’indifférence… C’est si humain d’être tenté de savoir ce que fait la personne qui est partie, ce qu’elle devient. C’est une addiction masochiste qui fait mal. A. ne peut absolument pas s’en passer. Elle va vivre par le prisme de ce blog, l’autre le sait et va en abuser. D’ailleurs, je tiens à dire que j’ai minimisé les actes de cette femme par rapport à la réalité. Ce qui m’intéressait aussi, c’était de démontrer que les réseaux sociaux, donc l’irréel, sont devenus presque plus fort que le réel. C’est aussi effrayant que subjuguant. Ils ont dématérialisé ce que nous sommes.

Adrian est juste tombé amoureux d’une autre femme. Au fond il n’y peut rien.

On a le droit de tomber amoureux d’une autre personne. C’est la loi de l’amour. Elle fait mal. Elle est cruelle, terrible, mais il faut l’accepter. C’est le jeu. Adrian n’est pas un monstre, j’ai beaucoup de tendresse pour lui. C’est un gentleman un peu bourru. C’est très masculin d’être maladroit.

Quand on a un chagrin d’amour, on est très seul. On est incapable d’avoir une vie sociale.nina bouraoui,beaux rivages,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

C’est vrai. Et on n’écoute pas les conseils des autres. On dit oui, mais on ne les applique pas. Rien ne peut guérir cette peine et chaque seconde est vouée à la cruauté. Quand on a un chagrin d’amour, on ne pense qu’à ça.

Avez-vous traversé des chagrins d’amour ?

Oui… et des épouvantables. J’étais à terre et j’avais l’impression que le ciel allait s’effondrer. Vous savez, les amoureux éconduits forment une belle communauté.

Votre écriture est extrêmement ciselée, comme toujours.

J’ai essayé d’écrire un livre très lisible, mais quand même poétique. Quand j’écris, je chante en même temps. La musicalité est toujours au centre de mon travail. Je ne dis pas que je suis à la recherche de l’hyper style, mais je suis à la recherche de la vérité dans une forme d’esthétisme pure. Je suis obsédée par la pureté dans l’écriture.

Vous écrivez souvent ?

J’ai des phases de non écriture, mais qui font partie de la phase d’écriture. Mes temps d’écriture durent un mois. Ensuite, il y a quatre ou cinq mois de latence, puis un mois de construction et enfin cinq mois d’écriture intense.

Quand on écrit sur un chagrin d’amour, on n’a pas peur de tomber dans les clichés ?

Oui, j’ai craint de me vautrer dans un romantisme souffreteux ou dans quelque chose de larmoyant. Raconter une rupture amoureuse, c’est le truc le plus banal du monde, alors il fallait que je trouve les mots justes.

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Pendant l'interview...

J’aimerais aborder un côté de vous que les gens ne connaissent pas beaucoup. Vous écrivez des chansons pour certains artistes.

J’en suis très fière. C’est fabuleux d’écrire des textes portés par quelqu’un d’autre. Je suis en retrait, je n’existe pas et j’adore ça.

Vous avez écrit pour qui ?

Notamment pour Céline Dion et pour deux de ses albums. J’ai écrit « Immensité », « Celle qui m’a tout appris » et « Les paradis ». En 2012, je l'ai vu chanter à Bercy deux de mes chansons, c’était un truc de fou. J’ai vu 15 000 personnes reprendre « Immensité ».

Clip de "Immensité".

Comment vous êtes-vous retrouvée à écrire pour la plus grande chanteuse du monde ?

Après mon prix Renaudot, j’ai été invitée dans une émission de Guillaume Durand. Jean-Jacques Goldman regardait l’émission. A l’époque, Céline Dion ne cherchait que des auteurs féminins pour son album D’elles. Goldman appelle mon éditeur Jean-Marc Roberts. Il lui demande si j’ai déjà écrit des chansons, Jean-Marc dit oui, alors qu’il savait que je n’en avais jamais écrit. Le chanteur m’a envoyé un fax et j’ai accepté le pari. Du coup, il a écrit à Céline Dion au sujet de mes textes. Pendant un mois, je me suis pris la tête. Je me suis rendu compte que c’était compliqué d’écrire une chanson.

Vous avez écrit pour qui encore ?

« Une  arrière-saison » pour Johnny Hallyday, mais la chanson est restée dans un tiroir. Finalement, c’est Sheila qui l’a interprété. J’ai écrit aussi pour Garou et pour Chimène Badi… et là, je viens d’écrire 6 textes pour un grand chanteur français. Je croise les doigts…

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Le 23 mars 2016, après l'interview. 

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