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02 septembre 2016

Louis-Jean Cormier : interview pour Les grandes artères

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Les Grandes Artères est le deuxième album solo de Louis-Jean Cormier. Il est disponible en France depuis le 26 août. S'il peut encore se promener incognito en France, ce n'est absolument pas le cas au Québec où il est une véritable star. Avant de lancer en 2012 sa carrière en solo, il était le chanteur du groupe Karkwa, méga populaire de l'autre côté de l'Atlantique. L’homme collectionne une impressionnante série de prix et de distinctions, comme par exemple les Felix (qui ne sont autre que les équivalents canadiens des Victoires de la Musique). En tout, avec son groupe et son dernier album, il en compte déjà 17. Dans son nouveau disque, le trentenaire nous fait vibrer avec des textes magnifiques sur la séparation, l'amour ou encore l'engagement citoyen.

Du 13 au 22 octobre, Louis-Jean Cormier se produira avec son groupe dans six villes, dont Paris, Bruxelles, Nantes et Lyon. Une deuxième tournée sur "le Vieux Continent" est également en chantier et devrait avoir lieu au printemps.

Le 24 août dernier, rencontre dans un petit studio parisien avec celui qui devient peu à peu un monument de la chanson francophone. Mine de rien, il marque toute une génération québécoise depuis une décennie.

Biographie officielle :louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

De ses années d'études dans une école musicale de Sept-Îles à ses premiers pas comme chanteur à l'adolescence sans oublier les étés passés au Festival en chanson de Petite-Vallée, la vocation d'auteur-compositeur-interprète de Louis-Jean Cormier remonte à loin. Arrivé à Montréal à 17 ans pour étudier la musique au cégep, il se lie d'amitié avec quatre musiciens qui formeront avec lui Karkwa, un groupe qui se fait vite remarquer. En l'espace de quatre albums qui rallient la critique et les foules, Karkwa devient l'un des groupes phare du rock indépendant québécois et la première formation francophone à remporter le Prix Polaris pour Les chemins de verre (2010). Parallèlement à son rôle de chanteur-guitariste, Louis-Jean devient l'un des 12 hommes rapaillés, un projet d'envergure inspiré par la poésie de Gaston Miron dont il signe la réalisation et les arrangements. Il réalise les premiers albums de Marie-Pierre Arthur (mandorisée là), David Marin, Lisa LeBlanc et accepte la chaise de coach à La voix le temps d'une saison. Auteur-compositeur prolifique, il écrit dans ses temps libres des chansons plus personnelles. Une voix et une sensibilité s'affirment; un premier album à son nom paraît en 2012, Le treizième étage (Félix de l'Auteur ou Compositeur, Album rock et Choix de la critique) suivi en 2015 (au Québec) d'un deuxième intitulé Les grandes artères.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaLes Grandes Artères vu par:

Longueurs d’Ondes.

La poésie de Miron n’aurait pas à rougir de celle déployée avec panache et simplicité sur cet album. On retrouve un auteur sensible qui construit des moments d’intensité et de rêveries sombres, mais toujours en partant du cœur. Musicalement, il nous berce dans un mouvement orchestral, côtoyant le folk, le rock sauce Karkwa ou psychédélique, les moments symphoniques et des ambiances plus douces, parfois même pop. Une grande légèreté se déploie sous la voix douce de Louis-Jean Cormier qui berce l’auditeur dans un tableau onirique poignant, à la fois subtil et sublime.

Télérama (TTT):

Voilà belle lurette que la chanson québécoise francophone ne se résume plus à un concours de décibels vocaux et qu'elle marie, souvent plus que les Français, sonorités américaines et souci du texte. Karkwa, par exemple. C'est justement son chanteur qui le prouve ici, dans un deuxième album solo - le premier avait été couvert de prix chez lui. Soyons francs : son atout majeur reste sa musicalité, pop-rock mélodique aux sons clairs, aux lignes fluides soutenues à la fois par des guitares old school et des programmations très tendance. Quant aux textes, s'ils sont naïfs quand ils sont amoureux – malheureux -, ils attirent l'attention lorsqu'ils évoquent les aspirations d'une génération qui réclame son droit au rêve (« La Fanfare ») ou ses envies d'échappées belles : « Tête première », au fort parfum d'évasion ; « Complot d'enfants », linéaire et entraînant comme un chant d'espoir ; « Deux saisons trois quarts », à l'esprit road movie. Jolies chansons, qui prennent le large et nous invitent à les suivre.

Valérie Lehoux

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(Photo : Longueur d'Ondes)

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaInterview :

Qu’elle est ta culture musicale ?

Je viens d’une famille de musiciens, de chefs de cœur, de mélomanes, mon frère est premier violon à l’orchestre symphonique du Québec. J’ai passé ma jeunesse à écouter de la musique classique. Le rock n’roll est entré dans ma vie alors que j’étais ado par le biais des Beatles. D’ailleurs, on dit souvent que je suis un mélange de Gilles Vigneault et des Beatles. Ensuite, j’ai été happé par le jazz, j’ai même fait des études de jazz à Montréal. J’ai fini par créer le groupe Karkwa avec lequel je suis resté quinze années complètement folles. Aujourd’hui, je continue à peaufiner mon métier d’auteur compositeur, de songwriter. Je suis arrivé à un moment de ma vie où je m’amuse vraiment. J’ai l’impression d’avoir enfin trouvé mon identité.

Karkwa : clip de "Pyromane" (2010).

Quand tu as quitté Kwarka, ton premier album solo a cartonné immédiatement.louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

Les planètes ne pouvaient pas être plus alignées que cela. S’affranchir de Karkwa a été essentiel. J’ai voulu être seul pour entamer une nouvelle démarche artistique et retrouver mon identité musicale. Peu importe ce que l’artiste peut avoir comme vision de son art, de sa création, il a toujours besoin de se définir pour que les gens puissent l’identifier facilement. Il est beau de se renouveler et aller ailleurs tout en restant reconnaissable, comme l’a fait David Bowie tout au long de sa carrière.

T’es-tu trouvé alors ?

Oui. J’ai réussi à sortir ce qui devait sortir de moi.

Tu sens l’enthousiasme du public français et des gens du métier envers toi ?

J’ai toujours été sous une bonne étoile. Au Québec, les gens du métier ont toujours été magnanimes et gentils envers mon travail et envers moi. J’ai l’impression qu’ici, c’est la même chose.

Tu viens en France pour quoi ?

J’ai une carrière qui marche très bien chez moi. J’entrevois la commercialisation à l’étranger avec amusement et comme un défi. J’ai l’impression que ceux qui connaissent mes chansons ici les aiment bien, ce qui m’encourage à espérer.

Clip de "Traverser les travaux", chanson tirée de Les Grandes Artères.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaTu es une vraie star au Québec. Ici, tu peux marcher tranquillement dans la rue, personne ne te reconnait… c’est déroutant ?

C’est plaisant. On dirait un retour à la case départ avec un rictus en coin. L’expérience que j’ai me permet d’éviter les erreurs que j’ai faites dans le passé. J’ai essuyé des revers et j’ai souvent donné des coups d’épée dans l’eau. Aujourd’hui, je suis dans une démarche zen et relax. Je pense que c’est dans cette attitude-là que finalement les choses se passent au mieux.

Ta machine est huilée de toute façon.

En France, en octobre, je vais jouer avec des musiciens avec lesquels j’ai fait plus de 500 spectacles. Je repars à zéro, mais avec un aplomb que je n’avais pas au départ.

Tout est pensé dans ton disque Les grandes artères ?

Oui, je voulais embarquer les gens comme dans un bon livre ou un bon film. J’aime les arrangements qui ont de l’amplitude, parfois escarpés. J’aime les cassures. Je passe d’une chanson très rock, avec parfois des cuivres, et ensuite, il y a une chanson guitare-voix. Ça donne du mouvement, mais je fais en sorte qu’il y ait un fil conducteur.

Clip de "Si tu reviens", chanson tirée de Les Grandes Artères.

En France, il y a beaucoup de chanteurs talentueux, mais peu apportent un son nouveau, un stylelouis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa original, comme l'apportent des gens comme Ariane Moffatt, Pierre Lapointe ou toi, tous québécois.

Je ne sais pas pourquoi. J’ai la sensation que ce qui impressionne ici, c’est la façon dont on chante en français dans un habitacle plutôt américain ou anglo-saxon. Ce que j’aime de la France, c’est la vague gainsbourienne, représentée par des gens comme Benjamin Biolay ou Bertrand Belin. J’ai longtemps déploré qu’il y ait au Québec comme en France des gens qui chantaient en anglais avec des textes qui n’étaient pas élaborés comme s’ils les avaient écrits en français.

Pourquoi chantes-tu en français ?

Parce que c’est la langue que je maîtrise le mieux. J’aime la poésie d’un texte, ses jeux de mots, ses doubles sens, sa complexité.

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louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaPasses-tu du temps à écrire un texte ?

Pas tant que ça. Des images poétiques me viennent de manière fulgurante. J’écris instinctivement. J’aime beaucoup voir un disque comme étant une œuvre en soi, passée au peigne fin. Il n’y a rien qui est laissé à la légère. Un disque, c’est un casse-tête qu’il faut résoudre le plus poétiquement possible.

Parfois, te demandes-tu d’où te vient ton inspiration ?

Le meilleur de ce que je sors me donne l’impression que c’est sorti de quelqu’un d’autre. C’est une question de pulsion créative. Parfois, j’ai l’impression d’être un charlatan devant les journalistes quand je dis que cette chanson-là veut dire telle ou telle chose. Je colle une explication après coup, parce que quand c’est sorti, c’était très abstrait.

Psychologiquement, tu règles tes problèmes par le biais de tes chansons ?

Mais tu as raison. Quand je faisais la campagne promo pour ce disque au Québec, je disais haut et fort que ce n’était pas tant que ça autobiographique, que c’était aussi la vie des autres. Aujourd’hui, je me rends compte, en analysant tout ce qui est arrivé dans ma vie pendant et par la suite, que c’était vraiment autobiographique. Il est difficile de s’extirper de son œuvre.

Clip de "Saint-Michel", chanson tirée de Les Grandes Artères.

Je suis fou de ta chanson "Saint-Michel".louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

C’est la chanson qui était censé donner le ton au disque. Quand je suis arrivé au studio, j’avais vraiment envie de faire un disque de rock progressif. Saint-Michel collait parfaitement à ce que je voulais faire. Puis me sont venues des chansons de réflexions amoureuses, de questionnements sur la liberté, du coup, je ne pouvais pas leur mettre ce genre de musique. Le banjo est sorti tout seul de son coffre, Ennio Morricone est arrivé, Debussy est passé nous voir… (rires). Inconsciemment, j’ai fait du folk orchestral cinématographique. C’est la première fois de ma vie qu’une direction artistique s’impose d’elle-même. Les chansons ont décidé de la direction musicale, ce n’est pas moi, ni le réalisateur.

Fais-tu partie d’une « école » musicale ?

Je fais partie d’une communauté. Je croyais que c’était un truc générationnel, finalement en faisant des projets collectifs, ils se sont avérés intergénérationnels. J’ai l’impression de faire partie d’une communauté d’artistes qui vivent de leur musique malgré la métamorphose du marché et la descente aux enfers de l’industrie de la musique.

Qui fait partie de cette communauté d’artistes dont tu me parles?

Galaxie, Ariane Mofatt, Marie-Pierre Arthur, avec lesquels j’étais à l’école. Il y a aussi Martin Léon, Patrice Michaud, Klo Pelgag, Philippe Brach, Pierre Lapointe… ce sont des gens que je croise souvent, étant donné la petitesse du marché. On sent qu’il y a l’esprit de communion entre nous. Les uns invitent les autres dans leurs spectacles respectifs et nous avons beaucoup de respects les uns envers les autres.

Des artistes come Félix Leclerc ou Gilles Vigneault ont compté pour toi ?

Ce n’est pas qu’ils ont compté, c’est qu’ils sont à l’intérieur de moi, de par mon foyer familial et de par la vision de la chanson.

Extraits des Francofolies de Montréal, cet été.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaToi-même, tu deviens une référence.

Parfois, des jeunes sortent des disques au Québec et j’entends qu’on les compare à Karkwa ou à moi, en cela je deviens une référence. J’ai le sentiment d’être accepté autant par mes compatriotes que par la presse et les médias. Quand j’étais coach à The Voice (La Voix au Québec), ça a été comme une explosion de notoriété. Je me suis retrouvé à faire tous les talk-shows qui ne m’avaient jamais invités avant. Je suis arrivé avec mon discours de petit créateur et ça a secoué les gens. J’aime aller dans le moule et le casser de l’intérieur.

En écoutant ton album, j’ai ressenti un homme tourmenté. Dans la vie, tu es toujours souriant et volubile. Qui est le vrai Louis-Jean Cormier ?

Je ne le sais pas moi-même. En tout cas, j’aime beaucoup la notion de mélancolie dans la vie. Victor Hugo disait de la mélancolie que c’était « le bonheur d’être triste ».

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Le 24 août 2016, après l'interview.

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