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31 août 2016

Leïla Ssina : interview pour l'album Sympa

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Voilà déjà dix ans que Leïla Ssina, née de parents algériens, sillonne la France avec son groupe. Elle vient de sortir son tout premier album Sympa. Elle y évoque à travers des textes poignants, bourrés d’ironie et d’humour, les travers de notre société actuelle de consommation, où l’argent est roi, mais aussi les rapports hommes/femmes. Sa musique pop entraînante se mêle aisément à sa voix pleine de charme, douce et jazzy. Je mandorise une deuxième fois Leïla Ssina (la première mandorisation est ici), car je lui trouve un talent conséquent et une forte originalité (pour découvrir un peu de sa musique). J’ai du mal à comprendre le silence de mes confrères…

Dans ce milieu de la chanson française, le soleil, le groove, la funk, n’a pas bonne presse. Mettons là à l’honneur.

Sa page sur ITunes.

Le 12 août dernier, la chanteuse est venue à l’agence…

Bleïla ssina,sympa,interview,mandoriographie officielle :

Cette auteure, mélodiste et interprète a suivi un cursus professionnalisant de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’expression scénique, d’écriture, etc...Mais, au-delà de la formation, cette école lui apportera un élément essentiel : les rencontres, avec des artistes venus d’horizons musicaux divers, qui vont lui permettre d’enrichir son propre univers.

Dans ce domaine, LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme sur disque (EP éponyme paru le 27 février 2014 et l'album Sympa dont la sortie est prévue pour le 27 mai 2016).

De coups de griffes en coups du sort, de coups de gueule en coups de soleil, Leïla Ssina nous croque le tableau sans fards de sa vie et de son univers, avec ses beautés et ses travers. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à ce monde perturbé : rester soi-même, avec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, et en français dans le texte. Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Laurent Avenard-Kohler à la guitare et Jalil Kherbachy à la basse) qui posent le cadre mouvant de cet univers de travers, Leïla Ssina joue franc jeu avec une énergie brute et magnétique.

Le jury du Pic d’Or ne s’y est pas trompé, et lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prix ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il l’a sélectionnée pour participer au tremplin en 2014 et lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène Zebrock pour la dernière édition de la fête de l’Humanité. Les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits du premier EP de Leïla Ssina ont été respectivement classé « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorInterview :

Depuis notre première rencontre il y a trois ans, que s’est-il passé pour toi, professionnellement ?

J’ai beaucoup travaillé pour cet album qui vient de sortir et j’ai fait beaucoup de tremplins pour continuer à me faire connaître.

A ce propos, tu as remporté notamment le prix France Bleu lors du tremplin le Grand Zebrock. Tu aurais dû, grâce à ce prix, être diffusée sur le réseau France Bleu… il n’en a rien été.

J’ai fait quelques interviews, des émissions live, mais au moment de la sortie de l’album, plus rien. Je leur ai donc demandé en quoi consistait notre partenariat. Je n’ai pas eu de réponse claire, ils m’ont juste demandé d’estampiller leur logo sur mon album.

Ce que tu as fait ?

Oui. Mais ça n’a rien changé. On m’a expliqué que comme France Bleu est connecté à 143 réseaux dans toute la France, c’était un peu compliqué. J’ai répondu que justement, cela aurait été pour moi une belle opportunité de me faire entendre. On parle de problèmes dans les radios avec le quota français, je suis donc étonnée.

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Ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne fais pas la même musique que la plupart de tes consœurs. C’est groove, funky, soul à fond. Peut-être que cette radio est frileuse pour tenter la différence.

Ce n’est pas uniquement cette radio, c’est vraiment un état d’esprit général. Avant je me cachais derrière l’excuse que je n’avais qu’un EP et que les radios ne diffusaient pas d’EP. Là, je me suis donné les moyens de sortir un album et il y a eu zéro prise de risque des médias. Je ne corresponds pas aux critères et à la mode musicale actuelle, j’en ai conscience. Je veux me démarquer, mais cela me joue des tours puisque aucun média ne tente de sortir du carcan habituel. Je considère que c’est anti artistique de faire quelque chose pour plaire. Je ne me préoccupe donc plus de ça.

Tu parviens à vivre de ta musique ?

Non, toujours pas, mais j’ai réussi à sortir ce disque sans avoir dépensé un centime de ma poche. Pour moi, c’est déjà franchir une belle étape.

Comment as-tu fait pour financer ton disque alors ?

J’ai eu une très belle subvention de la SCPP (la Société civile des Producteurs Phonographiques) et j’ai gagné pas mal de tremplins. Ça m’a permis de sortir cet album et de me payer une attachée de presse et de louer les Trois Baudets pour mon concert de lancement du disque.

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C’est compliqué la vie d’artiste aujourd’hui. Quelles armes on prend pour se battre ?

On prend l’amour qu’on a pour la musique. Et aujourd’hui, j’ai une manageuse, alors quand je n’y crois plus, elle y croit encore. Ce métier, c’est une sorte de montagne russe permanente. Un jour, tu es au fond du trou, tu ne vois plus d’issue, tu te dis que tu vas faire autre chose parce que tu sais que ça te grise beaucoup trop. Un autre jour, quelque chose te tombe du ciel et cette chose te dit que tu es sur la bonne voie. Il faut juste s’accrocher. On est dans une époque très compliquée pour développer des projets musicaux, parce que les maisons de disque ne jouent plus le jeu et que certains médias jouent le jeu des maisons de disques. C’est le serpent qui se mord la queue. Soit tu laisses faire les choses comme ça, soit tu t’enveloppes dans une sorte de militantisme qui t’incite à continuer à exister malgré cela… et advienne que pourra. Il faut savoir déceler les signaux qui te prouvent que tu ne t’es pas trompé.

Tu as un problème avec l’image ?

Non. Pourquoi me demandes-tu cela ?

Parce que tu ne fais pas beaucoup de clips.

C’est parce que je n’ai pas trouvé le partenaire idéal pour transposer ma musique en images. Je vois beaucoup de camarades artistes qui sortent des clips à la pelle, mais sans intérêt. Sortir un clip pour sortir un clip, ça ne m’intéresse pas. Je vais en faire un, mais je vais prendre le temps pour le faire bien. Tout le monde te met une pression insupportable pour que tout aille très vite et que l’emballage soit plus important que le contenu. Moi, j’ai l’impression de me trahir si je pars dans cet esprit-là et si je participe à cette dictature-là. Pour moi, le contenu est le plus important. Une fois que le contenu me satisfait, je peux passer à autre chose.

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Il y a deux ans, à la Fête de l'Humanité (Marylène Eytier).

Tu as testé certaines chansons de ton album sur scène ?

Oui. Le public sert à m’influencer, mais pas à me guider. Par exemple, j’avais hésité à mettre ma chanson « Touché coulé » parce que j’estimais qu’elle était un peu trop personnelle, mais le public l’a tant apprécié que, du coup, il n’était pas question que je ne la mette pas.

Tu es insolente, irrévérencieuse sur certaines chansons. Tu pointes du doigt les travers de la société et déglingues parfois les relations hommes/femmes.

Je me moque de tout le monde et des choses graves, mais avec le sourire. Et puis, j’ai un côté « j’vais te casser la gueule avec mon stylo ».

Ta musique te ressemble-t-elle ?

Je ne vois pas comment on peut faire de la musique autrement. Je fais celle qui me correspond, qui me ressemble, que j’ai envie d’entendre, le tout en langue française. Je me fiche si elle plaira aux Inrocks ou à Télérama, contrairement à certains de mes confrères chanteurs.

Si on écoute cet album, connaît-on mieux Leïla Ssina ?

Oui, je peux dire que c’est une belle biographie chantée. Contrairement à l’EP, dans cet album, il y a beaucoup de textes personnels. Je parle un peu plus de moi.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorTu n’es pas la même dans la vie que sur scène, je présume ?

Les trois quarts des artistes que je connais sont des gens soit timides, soit réservés, mais quand tu les vois sur scène, ils sont transcendés. Je pense que chaque artiste à des choses à régler avec lui-même. J’avais lu une interview de Vincent Baguian dans laquelle il disait que depuis 10 ans qu’il travaille avec gens sur des cours d’écriture, il n’avait jamais vu un élève qui allait bien dans sa tête. Il a conclu à la fin de l’interview que quand tu vas bien, tu n’as pas besoin de te faire applaudir.

Tu es d’accord avec ça ?

Oui, je me sens appartenir à cette catégorie-là.

Chanter, c’est un médicament ?

C’est une thérapie. Je pense qu’on ne chante pas tous pour les mêmes raisons, mais qu’au final, c’est un besoin de reconnaissance et un besoin de partager quelque chose.

Te sens-tu artiste ?

Je me sens plus artiste qu’autre chose. Aujourd’hui, on est obligé de tout faire plus ou moins: artiste, manager, attachée de presse… je me sens plus artiste que tout ce que l’on me demande d’être.

Et qu’est-ce qui détermine qu’on est artiste ou pas ?

C’est d’avoir des choses à dire et d’arriver à en faire des œuvres. Ça peut être des livres, des films, ou dans mon cas, des chansons. Tout le monde à une histoire et des choses à dire, mais tout le monde n’a pas les armes pour en faire quelque chose.

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Pendant l'interview...

As-tu toujours voulu être chanteuse ?

Oui, depuis que je suis toute petite. Je n’ai jamais voulu faire autre chose. Il m’est arrivé de travailler pour gagner ma vie, mais je ne me sentais pas à ma place. Un jour, j’ai quitté mon boulot pour sauter dans le vide et sans filet. Aujourd’hui, je ne le regrette et je suis persuadée que j’ai bien fait de tout arrêter pour la musique. J’ai eu le déclic quand mon frère est décédé à 37 ans. J’ai compris que la vie passait beaucoup trop vite et qu’il ne fallait pas passer à côté de ses envies et de ses rêves.

Tu écris parfois pour les autres il me semble.

Je travaille pour des artistes groove qui chantent en anglais et qui souhaitent chanter en français, mais qui ne savent pas écrire dans cette langue.

C’est difficile de coller des mots français sur du groove ?

Je ne trouve pas. Véronique Sanson le fait parfaitement. Les titres de France Gall des années 70 et 80, ça groove à mort. Je ne sais pas pourquoi, après Michel Berger, plus personne n’a groové dans la chanson française. Moi, j’essaie et j’y mets tout mon cœur.

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Après l'interview, le 12 août 2016.

 

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Commentaires

Voilà de bonnes questions ! Merci, c'est un entretien qui rassure et confirme certaines choses
(je suis une artiste aussi, "en pause pour cause loyer", et nous avons au moins donc deux points communs...)
Je trouve super de percevérer quand les conditions sont finalement là. Je peux te dire que si déjà tu as pu avoir accès, au minimum, aux auditions pour montrer ton talent et ta passion évidente, puis à cette subvention pour ton album, alors pour au moins celles et ceux pour qui ce n'est pas le cas ;) Il faut en effet y aller ! :) T'as le groove cocotte, et t'as un je ne sais quoi de Amy...

Ps : "dans des chiottes d'une salle de répète, ton autocollant était déchiré de manière à cacher ton visage..., dessus un groupe de métal avec un logo très original et très différent de ce qui se fait (ironique) a rajouté le sien de manière à ce que cela puisse se voir. Ils avaient la place de le mettre à côté...
Du coup, depuis, il n'y en plus aucun ;)"
Signée: "Robine des chiottes"

Écrit par : Idem Wallou | 17 septembre 2016

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