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31 août 2016

Leïla Ssina : interview pour l'album Sympa

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Voilà déjà dix ans que Leïla Ssina, née de parents algériens, sillonne la France avec son groupe. Elle vient de sortir son tout premier album Sympa. Elle y évoque à travers des textes poignants, bourrés d’ironie et d’humour, les travers de notre société actuelle de consommation, où l’argent est roi, mais aussi les rapports hommes/femmes. Sa musique pop entraînante se mêle aisément à sa voix pleine de charme, douce et jazzy. Je mandorise une deuxième fois Leïla Ssina (la première mandorisation est ici), car je lui trouve un talent conséquent et une forte originalité (pour découvrir un peu de sa musique). J’ai du mal à comprendre le silence de mes confrères…

Dans ce milieu de la chanson française, le soleil, le groove, la funk, n’a pas bonne presse. Mettons là à l’honneur.

Sa page sur ITunes.

Le 12 août dernier, la chanteuse est venue à l’agence…

Bleïla ssina,sympa,interview,mandoriographie officielle :

Cette auteure, mélodiste et interprète a suivi un cursus professionnalisant de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’expression scénique, d’écriture, etc...Mais, au-delà de la formation, cette école lui apportera un élément essentiel : les rencontres, avec des artistes venus d’horizons musicaux divers, qui vont lui permettre d’enrichir son propre univers.

Dans ce domaine, LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme sur disque (EP éponyme paru le 27 février 2014 et l'album Sympa dont la sortie est prévue pour le 27 mai 2016).

De coups de griffes en coups du sort, de coups de gueule en coups de soleil, Leïla Ssina nous croque le tableau sans fards de sa vie et de son univers, avec ses beautés et ses travers. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à ce monde perturbé : rester soi-même, avec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, et en français dans le texte. Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Laurent Avenard-Kohler à la guitare et Jalil Kherbachy à la basse) qui posent le cadre mouvant de cet univers de travers, Leïla Ssina joue franc jeu avec une énergie brute et magnétique.

Le jury du Pic d’Or ne s’y est pas trompé, et lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prix ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il l’a sélectionnée pour participer au tremplin en 2014 et lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène Zebrock pour la dernière édition de la fête de l’Humanité. Les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits du premier EP de Leïla Ssina ont été respectivement classé « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorInterview :

Depuis notre première rencontre il y a trois ans, que s’est-il passé pour toi, professionnellement ?

J’ai beaucoup travaillé pour cet album qui vient de sortir et j’ai fait beaucoup de tremplins pour continuer à me faire connaître.

A ce propos, tu as remporté notamment le prix France Bleu lors du tremplin le Grand Zebrock. Tu aurais dû, grâce à ce prix, être diffusée sur le réseau France Bleu… il n’en a rien été.

J’ai fait quelques interviews, des émissions live, mais au moment de la sortie de l’album, plus rien. Je leur ai donc demandé en quoi consistait notre partenariat. Je n’ai pas eu de réponse claire, ils m’ont juste demandé d’estampiller leur logo sur mon album.

Ce que tu as fait ?

Oui. Mais ça n’a rien changé. On m’a expliqué que comme France Bleu est connecté à 143 réseaux dans toute la France, c’était un peu compliqué. J’ai répondu que justement, cela aurait été pour moi une belle opportunité de me faire entendre. On parle de problèmes dans les radios avec le quota français, je suis donc étonnée.

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Ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne fais pas la même musique que la plupart de tes consœurs. C’est groove, funky, soul à fond. Peut-être que cette radio est frileuse pour tenter la différence.

Ce n’est pas uniquement cette radio, c’est vraiment un état d’esprit général. Avant je me cachais derrière l’excuse que je n’avais qu’un EP et que les radios ne diffusaient pas d’EP. Là, je me suis donné les moyens de sortir un album et il y a eu zéro prise de risque des médias. Je ne corresponds pas aux critères et à la mode musicale actuelle, j’en ai conscience. Je veux me démarquer, mais cela me joue des tours puisque aucun média ne tente de sortir du carcan habituel. Je considère que c’est anti artistique de faire quelque chose pour plaire. Je ne me préoccupe donc plus de ça.

Tu parviens à vivre de ta musique ?

Non, toujours pas, mais j’ai réussi à sortir ce disque sans avoir dépensé un centime de ma poche. Pour moi, c’est déjà franchir une belle étape.

Comment as-tu fait pour financer ton disque alors ?

J’ai eu une très belle subvention de la SCPP (la Société civile des Producteurs Phonographiques) et j’ai gagné pas mal de tremplins. Ça m’a permis de sortir cet album et de me payer une attachée de presse et de louer les Trois Baudets pour mon concert de lancement du disque.

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C’est compliqué la vie d’artiste aujourd’hui. Quelles armes on prend pour se battre ?

On prend l’amour qu’on a pour la musique. Et aujourd’hui, j’ai une manageuse, alors quand je n’y crois plus, elle y croit encore. Ce métier, c’est une sorte de montagne russe permanente. Un jour, tu es au fond du trou, tu ne vois plus d’issue, tu te dis que tu vas faire autre chose parce que tu sais que ça te grise beaucoup trop. Un autre jour, quelque chose te tombe du ciel et cette chose te dit que tu es sur la bonne voie. Il faut juste s’accrocher. On est dans une époque très compliquée pour développer des projets musicaux, parce que les maisons de disque ne jouent plus le jeu et que certains médias jouent le jeu des maisons de disques. C’est le serpent qui se mord la queue. Soit tu laisses faire les choses comme ça, soit tu t’enveloppes dans une sorte de militantisme qui t’incite à continuer à exister malgré cela… et advienne que pourra. Il faut savoir déceler les signaux qui te prouvent que tu ne t’es pas trompé.

Tu as un problème avec l’image ?

Non. Pourquoi me demandes-tu cela ?

Parce que tu ne fais pas beaucoup de clips.

C’est parce que je n’ai pas trouvé le partenaire idéal pour transposer ma musique en images. Je vois beaucoup de camarades artistes qui sortent des clips à la pelle, mais sans intérêt. Sortir un clip pour sortir un clip, ça ne m’intéresse pas. Je vais en faire un, mais je vais prendre le temps pour le faire bien. Tout le monde te met une pression insupportable pour que tout aille très vite et que l’emballage soit plus important que le contenu. Moi, j’ai l’impression de me trahir si je pars dans cet esprit-là et si je participe à cette dictature-là. Pour moi, le contenu est le plus important. Une fois que le contenu me satisfait, je peux passer à autre chose.

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Il y a deux ans, à la Fête de l'Humanité (Marylène Eytier).

Tu as testé certaines chansons de ton album sur scène ?

Oui. Le public sert à m’influencer, mais pas à me guider. Par exemple, j’avais hésité à mettre ma chanson « Touché coulé » parce que j’estimais qu’elle était un peu trop personnelle, mais le public l’a tant apprécié que, du coup, il n’était pas question que je ne la mette pas.

Tu es insolente, irrévérencieuse sur certaines chansons. Tu pointes du doigt les travers de la société et déglingues parfois les relations hommes/femmes.

Je me moque de tout le monde et des choses graves, mais avec le sourire. Et puis, j’ai un côté « j’vais te casser la gueule avec mon stylo ».

Ta musique te ressemble-t-elle ?

Je ne vois pas comment on peut faire de la musique autrement. Je fais celle qui me correspond, qui me ressemble, que j’ai envie d’entendre, le tout en langue française. Je me fiche si elle plaira aux Inrocks ou à Télérama, contrairement à certains de mes confrères chanteurs.

Si on écoute cet album, connaît-on mieux Leïla Ssina ?

Oui, je peux dire que c’est une belle biographie chantée. Contrairement à l’EP, dans cet album, il y a beaucoup de textes personnels. Je parle un peu plus de moi.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorTu n’es pas la même dans la vie que sur scène, je présume ?

Les trois quarts des artistes que je connais sont des gens soit timides, soit réservés, mais quand tu les vois sur scène, ils sont transcendés. Je pense que chaque artiste à des choses à régler avec lui-même. J’avais lu une interview de Vincent Baguian dans laquelle il disait que depuis 10 ans qu’il travaille avec gens sur des cours d’écriture, il n’avait jamais vu un élève qui allait bien dans sa tête. Il a conclu à la fin de l’interview que quand tu vas bien, tu n’as pas besoin de te faire applaudir.

Tu es d’accord avec ça ?

Oui, je me sens appartenir à cette catégorie-là.

Chanter, c’est un médicament ?

C’est une thérapie. Je pense qu’on ne chante pas tous pour les mêmes raisons, mais qu’au final, c’est un besoin de reconnaissance et un besoin de partager quelque chose.

Te sens-tu artiste ?

Je me sens plus artiste qu’autre chose. Aujourd’hui, on est obligé de tout faire plus ou moins: artiste, manager, attachée de presse… je me sens plus artiste que tout ce que l’on me demande d’être.

Et qu’est-ce qui détermine qu’on est artiste ou pas ?

C’est d’avoir des choses à dire et d’arriver à en faire des œuvres. Ça peut être des livres, des films, ou dans mon cas, des chansons. Tout le monde à une histoire et des choses à dire, mais tout le monde n’a pas les armes pour en faire quelque chose.

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Pendant l'interview...

As-tu toujours voulu être chanteuse ?

Oui, depuis que je suis toute petite. Je n’ai jamais voulu faire autre chose. Il m’est arrivé de travailler pour gagner ma vie, mais je ne me sentais pas à ma place. Un jour, j’ai quitté mon boulot pour sauter dans le vide et sans filet. Aujourd’hui, je ne le regrette et je suis persuadée que j’ai bien fait de tout arrêter pour la musique. J’ai eu le déclic quand mon frère est décédé à 37 ans. J’ai compris que la vie passait beaucoup trop vite et qu’il ne fallait pas passer à côté de ses envies et de ses rêves.

Tu écris parfois pour les autres il me semble.

Je travaille pour des artistes groove qui chantent en anglais et qui souhaitent chanter en français, mais qui ne savent pas écrire dans cette langue.

C’est difficile de coller des mots français sur du groove ?

Je ne trouve pas. Véronique Sanson le fait parfaitement. Les titres de France Gall des années 70 et 80, ça groove à mort. Je ne sais pas pourquoi, après Michel Berger, plus personne n’a groové dans la chanson française. Moi, j’essaie et j’y mets tout mon cœur.

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Après l'interview, le 12 août 2016.

 

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29 août 2016

Lise Martin : interview pour son double album Déments songes

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(Photo : Lucille Chauchat)

Lise Martin occupe une place à part dans la scène française actuelle. Elle écrit, compose et interprète des chansons graves, intelligentes, justes, parfois sombres… et exigeantes. Paradoxalement, elles sont toutes abordables tant les sujets traités concernent tout le monde. « Dans ses chansons », comme l’explique le site Hexagone (qui a fait un sacré dossier sur elle), « elle traque les illusions sur l’amour naissant et qui vont se briser au fur et à mesure… La voix de Lise résonne comme un appel à la liberté, à une libération d’une parole trop longtemps murée dans le silence. Le propos n’est pas d’une gaieté absolue mais le bonheur sied-il à la chanson ? »

lise maartin,déments songes,interview,mandorJudicieuse question.

J’ai rencontré Lise Martin pour la première fois, un beau soir de l’année dernière. J’étais avec mon ami Fabien Martin (je souligne la coïncidence patronymique) aux Trois Baudets,  quand elle s’est présentée à nous. Je suis reparti avec son double album dans les mains. J’ai attendu quelques mois pour la mandoriser. Pourquoi ? Je ne sais pas. Acte manqué.

Le 22 juillet dernier, elle est passée à l’agence et nous avons longuement discuté.

Biographie officielle :

Lise Martin est une jeune auteur-compositeur-interprète, accompagnée de quatre talentueux musiciens.lise maartin,déments songes,interview,mandor

Dans un style folk "à la française", la voix vibrante et singulière de la chanteuse, soutenue par la puissance et la subtilité des instruments à cordes (guitare, violon, violoncelle) et de la percussion, porte des textes particulièrement profonds et poétiques.

Lauréate de la Finale Nationale de la Chanson Francophone 2011 organisée par la CSO, elle fut sélectionnée au Grand Zebrock 2012, puis reçut ex-æquo le Prix spécial du Jury au Tremplin Chanson Reims-Oreille 2013. En juin, elle s’est vu remettre le 1er prix de la catégorie Auteur-Compositeur-Interprète du concours Love Music 2013, et a remporté, lors de la 19e édition du Tremplin Vive la reprise, le Grand Prix du Centre de la Chanson, le Prix du Public, ainsi que les prix Ecoutez-voir (Belgique) et Chanson de Parole (Barjac).

Après un premier EP, Gare des Silences, Lise Martin a sorti son premier album (un double), Déments Songes, en 2014.

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(Photo : Lucille Chauchat)

lise maartin,déments songes,interview,mandorInterview :

Tu as évolué, grâce à tes parents dans un univers très chanson française. Ils écoutaient les grands classiques.

J’ai su parler assez tôt. Les mots et le langage me plaisaient. Les chansons m’intéressaient donc, car je comprenais les paroles. Dès que j’ai su lire, j’ai lu les textes de chansons dans les disques. Moustaki, Le Forestier par exemple.

Tu essayais de comprendre ce qu’ils chantaient ?

Oui, et c’est quelque chose que je continue toujours aujourd’hui. Quand j’écoute une chanson pour la première fois, je prends toujours le temps d’en comprendre le sens. Je me pose du début à la fin pour saisir le sens précis. Quand je m’aperçois au final qu’une chanson à des beaux mots, mais qu’elle ne veut rien dire, je suis très triste (rires). Pour moi, c’est important d’analyser ce qui est en train d’entrer dans mon cerveau.

Quand tu écoutes une chanson, tu ne peux donc pas t’abandonner directement ?

Je peux m’abandonner à la musique parce que je suis en train de faire autre chose, du coup mon attention ne peut pas se fixer sur les paroles, mais à un moment, je sais que je vais réécouter la chanson ou chercher les paroles sur Internet.

Mais chez quelqu’un comme Bashung, tu n’as pas toujours une compréhension directe du texte…

Bashung, j’ai lu, relu, rerelu, réécouté… il fait partie des rares artistes qui m’incitent à tirer des histoires personnelles de ses textes. Donc, j’y trouve un sens. Ferré avec « La mémoire et la mer » me procure la même chose. Comme il y a plusieurs lectures possibles, il y a de nombreuses possibilités de s’approprier ces textes-là.

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(Photo : Lucille Chauchat)

Quand j’interviewe un artiste, je n’aime pas trop parler de ses textes, même si je le fais parfois… J’aime bien l’idée que les gens découvrent et se les approprient de manière « vierge ».

Moi, je n’aime pas trop parler de mes chansons. Ça me gêne parce que j’ai envie de laisser de l’espace à chaque personne pour qu’il se l’approprie. Une chanson sublime un événement plus ou moins douloureux ou violent qui s’est inscrit dans le quotidien. Je n’ai pas envie de raconter le pourquoi du comment de sa création. J’ai peur que cela la « désacralise », terme que j’emploie avec des gros guillemets.

Certaines de tes chansons parlent clairement de toi. Fais-tu en sorte de « généraliser » l’histoire pour que tout le monde se sente concerné ?

Il y a absolument cette volonté. Je ne veux pas que mes chansons soient marquées dans le temps, parce que les œuvres phares de ma vie sont souvent intemporelles. Mes chansons partent toujours de quelque chose que j’ai vécue, mais je pousse toujours plus loin. Par exemple, après une rupture, je souffre. Je retranscris donc ce que je traverse comme état émotionnel. J’adore décortiquer les sentiments et les émotions. La meilleure manière de le faire est d’écrire une chanson. Mes chansons sont des investigations, donc je peux les partager avec les autres. Il n’y aucune solution dedans, juste des pistes de réflexions. Cela dit, ce n’est jamais complètement ma vie, jamais complètement ce que j’ai vécue. Ce que je vis donne juste le départ, une phrase ou deux. Après, l’idée se déroule jusqu’à la chute. Parfois, une chanson me dépasse, elle peut aller là où je ne m’attendais pas. Les mystères de la création…

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(Photo : Lucille Chauchat)

Tu dis à Hexagone que tu chantes « pour faire taire le silence car tu ne l’interprètes pas favorablement ». C’est un tel chaos en toi qu’il faut l’expulser ? 

Je chante pour faire taire le silence, c’est vrai, mais c’est aussi pour attendrir le cri. Je n’aime pas les cris, ni la violence, ni le silence. Quand les mots sont chantés, c’est plus doux que les cris et pourtant, ça sort quand même…

C’est vital pour toi d’écrire alors ?

Si je n’avais pas ça, peut-être que je hurlerais, peut-être que je me tairais, mais aucune de ces deux solutions ne me convient… donc j’écris et je chante ce que j’écris.

C’est une façon de ne pas craquer ?

Il y a tellement de choses que je ne comprends pas dans ce monde. Du coup, je cherche des solutions pour vivre ici et maintenant le mieux possible. J’aime profondément la vie, donc je veux trouver comment je peux faire le plus de bien possible… ou le moins de mal possible.

Tu fais du bien puisque c’est le rôle d’un artiste : divertir l’âme et le cœur des autres.

J’en ai conscience parce que moi aussi je suis auditrice et qu’il y a des chansons qui m’accompagnent, me soignent, me font du bien. La musique des autres à une place prépondérante dans ma vie.

lise maartin,déments songes,interview,mandorNous nous sommes croisés au Festival Pause Guitare d’Albi. Tu es allée voir Joan Baez. Elle fait partie des socles de ta culture musicale ?

Ma mère écoutait aussi Joan Baez, Cat Stevens et léonard Cohen. Ce sont des immenses sources d’inspiration. Musicalement, je pense que je m’inspire plus de la folk anglo-américaine que de la chanson française, dont le point fort est plus souvent le texte que la musique.

Tu tentes de te situer où dans la musique ?

C’est compliqué. J’observe ce qu’il y a autour de moi pour voir où je veux aller. Il y en a qui se compose un personnage et d’autres qui sont comme dans la vie. J’essaie de faire partie de la deuxième catégorie. En voyant Joan Baez sur scène, j’ai pu constater à quel point elle est sincère et elle-même. Une guitare, sa voix… et elle te transporte avec des chansons qui disent des choses importantes.

Il y a eu Sanseverino après Joan Baez. Lui aussi est quelqu’un de sincère.

Je suis d’accord avec toi. Il est dans l’instant. Son spectacle est travaillé, mais tout n’est pas écrit de A à Z. Il y a de la place pour de l’improvisation, pour être dans le présent. C’est un peu ça ma quête : être dans le présent le plus possible dans la vie et sur scène.

Avec le genre de chanson que tu fais, tu sais que tu n’es pas prête de passer à la radio ou à la télé.

Je décèle l’ironie dans ta question… Pour moi, actuellement, il y a un lien qui n’est pas fait entre les artistes et le public. Les médias, notamment la télévision, devrait remplir ce trou, mais ils ne le font pas. Comme nous, à priori, nous ne sommes pas censés rapporter beaucoup d’argent, ça n’a pas d’intérêt de faire de la pub pour notre travail.

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(Photo : Lucille Chauchat)

La chanson fait pourtant partie de la vie de tout le monde.

Oui, même si les gens ne s’en rendent pas compte. Si un soir, par hasard, ils se retrouvent à un concert, souvent, ils vont être troublés et ça va provoquer chez eux des émotions qu’à mon avis, Christophe Maé ne provoque pas. Je ne sais pas quel degré de sincérité à ce garçon, mais je ne suis pas du tout touchée par ce qu’il fait.

Je comprends ce que tu me dis, mais Maé, que je connais un peu, est le chanteur le plus lucide et gentil de ce milieu.

Je le cite lui, mais je ne le connais pas. Mais « Il est où le bonheur », vraiment, je ne peux pas. 

Pourtant ça marche et ça touche beaucoup de personnes. Comment peux-tu l’expliquer ?

Il a des mélodies efficaces et on retient facilement ses refrains, qui sont d’ailleurs fait pour ça. Mais en plus, on l’entend à la télé et à la radio toute la journée. Si on proposait aussi d’autres artistes, je suis sûr que les gens aimeraient aussi. Là, je pense à ma copine Garance par exemple. Je suis sûr que si elle était diffusée de temps en temps, ses albums se vendraient beaucoup.

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Garance et Lise Martin au Limonaire, le soir de l'entretien.

La façon dont tu vis ton métier actuellement te convient-elle ?

Je souhaite faire plus de concerts. J’ai vraiment envie de voyager avec la musique. J’ai d’ailleurs un projet avec Garance. Au mois de septembre 2017, nous aimerions partir sur les routes de France pendant un an. On a envie de faire des concerts dans les milieux associatifs, des concerts à domicile aussi. Puisque le relais n’est pas fait entre les artistes et le public, on a décidé d’aller vers les gens nous-mêmes. Après, j’aurais une idée plus précise de pourquoi les choses sont compliquées pour des artistes comme nous.

Quand tu as commencé la chanson, il n’y avait pas beaucoup de chanteuses dans le circuit. Aujourd’hui, vous êtes très nombreuses.  

Dans mes moments de désespoirs (rires), ça pourrait m’embêter, mais quand je suis lucide, je sais bien qu’il y a de la place pour tout le monde. Si on était moins, ça ne marcherait pas forcément plus pour moi.

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Pendant l'interview...

lise maartin,déments songes,interview,mandorTu as fait la une d’Hexagone, tu as de nombreux papiers hyper positifs dans la presse spécialisée… ça t’encourage ?

Ça m’incite à pener que je ne me suis pas trompée de métier et ça me donne du courage pour continuer à me battre. J’ai l’impression que je fais tout ça pour quelque chose. Je détesterais faire quelque chose d’inutile. Quand j’ai des retours de gens qui sont touchés, ça me donne envie de continuer. Si je me retourne en arrière, je vois que je suis dans la progression, même si elle est lente.

As-tu peur de basculer dans l’aigreur si ça ne fonctionne pas plus que cela ?

Aujourd’hui, ça ne pourrait plus m’arriver. J’ai muri et je suis beaucoup plus détendue sur plein de choses, notamment sur la notion d’échec et de réussite. Parfois, je croise des artistes qui sont amers, mais je peux les comprendre. Moi, j’aimerais arrêter avant de le devenir. Il y a tellement de choses qui me passionnent que je pense que cela se ferait tout seul. Je n’ai pas envie de m’accrocher éternellement.

Tu prépares un album que tu espères sortir au printemps 2017.

Depuis mon précédent double album en 2014, j’ai beaucoup évolué et beaucoup de choses se sont passées dans ma vie. Je veux raconter d’autres histoires. Les chansons sont quasiment toutes finies, mais sortir un album est long à mettre en place.

Ce sera un album simple ?

Oui, et il y aura moins de cordes qu’auparavant. Je vais me recentrer sur un disque plus guitare-voix avec un son très travaillé et des chansons plus légères. Je reviens vers quelque chose de sobre et essentiel… et je l’espère, qui devrait toucher.

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Après l'interview, le 22 juillet 2016.

22 août 2016

Festival Pause Guitare 2016 : Bilan, interviews, photos...

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pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorPause Guitare a fêté cette année sa 20e édition, à Albi. C'est le premier événement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine. Précisons que c'est l'association Arpèges et Trémolos, dirigé par Alain Navarro, qui organise cet événement.

Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Elton John, John Baez, Francis Cabrel, Mika, Dionysos, The Avener, Michel Fugain, Dionysos, Louane.... Ils ont été plus de 70 artistes en 2016 à venir à Pause Guitare pour plus de 80 concerts, répartis sur les 7 scènes de l'événement (dont 4 gratuites). Avec 4 artistes par soir sur la grande scène, la programmation a été éclectique et pointue, proposant tantôt des artistes ayant marqué l'Histoire de la musique, tantôt de jeunes pousses prometteuses. Le festival, c'est du rock, de la pop... mais aussi de la chanson, car Pause Guitare, c'est aussi des scènes découvertes avec des artistes internationaux, où le Canada francophone tient la dragée haute ! Accélérateur de talents, le festival albigeois travaille activement à l'émergence et à l'accompagnement de nouveaux artistes. Enfin, avec ses 4 scènes gratuites, dont 1 soirée dans les bars d'Albi, Pause Guitare se voulait être un événement populaire et accessible, avec une programmation néanmoins hypra-qualitative !

Cette année (et ce pour la deuxième fois consécutive, la première est là) je vous raconte "mon" Pause Guitare avec "mon"regard personnel... très subjectif. Ce que j'ai vu, ce que j'ai fait, ceux que j'ai interviewés... le tout enrichi de photos des concerts (merci aux photographes du festival). 

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(Sinon, voilà le compte rendu de Longueur d'Ondes, celui d'Hexagone et tous les articles de La Dépêche sur Pause Guitare 2016)

Zapping du mercredi :

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A peine arrivé, le jeudi 7 juillet, je déjeune notamment avec Barcella, le musicien des mots, le comédien des notes, pour lequel j’ai une grande admiration. La veille, il présentait son premier conte musical pour enfant à l’Athanor, Tournepouce. L’occasion pour moi de lui poser des questions à la fin de nos agapes.

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Pourquoi te lances-tu dans le spectacle pour enfant ?

Il m’a fallu une pause dans mes différentes tournées pour m’octroyer cette jolie parenthèse. J’ai monté beaucoup d’ateliers « chansons » dans ma ville de Reims. Je fabrique des chansons avec des écoles, des collèges, des lycées, parfois avec des prisons, des maisons de retraites… mais les petits ont un imaginaire très fécond, une espèce d’innocence qui me plait par-dessus tout. Avec leur insouciance, ils verront toujours une fabrique à nuages plutôt qu’une centrale nucléaire. La poésie qui est en eux m’a donné envie d’écrire un spectacle qui leur est destiné.

Le thème principal de cette fresque enchanteresse poétique est  la solitude.

Oui, quand on est petit, on a tendance inconsciemment à se refermer sur soi-même. Je raconte l’histoire d’un jeune orphelin qui vit en haut d’une montagne, sur les nuages, et qui fabrique des chapeaux pour protéger ses rêves. Son premier réconfort, son premier refuge puisqu’il est seul, c’est de rêver en se tournant les pouces. Il passe ses journées à somnoler, nourrissant son imaginaire d’épopées fantaisistes pour lutter contre l’ennui. Un jour, sur les conseils du vent (qui fait office de voix intérieure), il va redescendre sous les nuages pour retrouver sa communauté. La communauté des enfants réels. Tout le chemin de ce conte, c’est finalement d’expliquer aux plus petits qu’on ne peut pas vivre seul. Le rêve, cette capacité à inventer le monde dans sa tête, se doit d’être au service de l’humanité. Il va donc franchir la mystérieuse barrière de nuages, et donc s’affranchir de cette seconde peau qui l’étouffe un peu.

Je comprends l’image. Les nuages nous empêchent de voir ce qu’’il y a devant nous.

Exactement ! Devant nous, c’est l’ouverture vers les autres. Tournepouce va donc s’ouvrir et découvrir que ses parents ne l’ont peut-être pas laissé là-haut par hasard. Sortir de son nuage, c’est accepter de grandir, c’est comprendre qu’on ne peut pas avancer seul. Tout ce qu’un enfant sait au fond de lui, mais ne sait pas dire. Les adultes aussi oublient un peu cela. Parce que la société, les rythmes que l’on a nous obligent à construire des couches. On s’éloigne et nous devenons durs avec le temps. En voyant ce spectacle, l’adulte comprend très bien que c’est un chemin que l’on doit réapprendre.

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Ecrit-on différemment pour les enfants que pour les adultes ?

Personnellement, je n’ai pas eu envie d’adapter mon langage. Il y a une adaptation simplement dans la densité du texte. Je ne donne pas trop d’informations. J’ai choisi de faire un spectacle pour les petits qui reste exigeant. J’emploie des mots un peu surannés comme « tarabiscoté », « capilotracté »… J’aime faire vivre ce genre de mots qui sont agréables à la prononciation. L’inconscient des enfants comprend. Même s’ils passent à côté d’une phrase ou deux, entre l’image, les dessins qui viennent servir l’image, ils finissent par saisir le propos. Si un mot les a heurtés, ils arriveront en classe et demanderont à leur professeur ce qu’il veut dire. Plus tard, ils auront une seconde lecture de ce conte, un peu comme on peut nous en avoir de Peter Pan aujourd’hui.

As-tu gardé ton âme d’enfant ?

Je pense que je me nourris encore énormément de mon âme d’enfant, mais je suis complètement adulte. Je ne me sens pas du tout enfant au sens « infantilisé ». Je suis absolument autonome. Mon projet emploie huit personnes, j’ai monté un festival… je suis tout à fait terre à terre par rapport à la vie. Je valorise l’idée de l’entreprise, je suis pour la solidarité et l’entraide, mais l’assistanat systématique est quelque chose qui n’encourage pas l’entreprise. Il faut se lever le matin et se donner les moyens de réaliser ses rêves. Par contre, je me bats pour conserver mon regard d’enfant  sur le monde qui m’entoure, c’est-à-dire à m’émerveiller des choses, parce que c’est là que l’on trouve la poésie. Il faut rester attentif au monde qui nous entoure et l’écouter.

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Comment fais-tu, toi, pour rester attentif au monde ?

Pour moi, ça a commencé avec des choses très simples. Ça fait 10 ans que je n’ai plus de télé. Je marche très souvent en montagne, de ce fait, je rencontre spontanément des gens à qui j’ai envie de parler. Par mon métier aussi, beaucoup de gens viennent vers moi et j’adore les écouter. C’est vrai que les yeux ne voient pas, c’est le cœur qui sent les choses. Pour en revenir à Peter Pan, l’histoire explique qu’il faut accepter de grandir. Il ne s’agit pas du tout d’enterrer l’enfant, mais d’avancer avec en le regardant comme ce qu’il a été et ce qu’il nous aide à être aujourd’hui.

Ta carrière a démarré en 2004. Es-tu content de sa progression et de son cheminement ?

Je sens bien que j’ai la satisfaction de mes pairs. J’ai reçu le 3e prix Barbara du ministère de la Culture et de la Communication, j’ai été récompensé trois fois par l’Académie Charles Cros, mon album La boite à musique a été décerné « album de l’année » par FrancoFans en 2010, le Prix Jacques Brel de Vesoul en 2009… Faire partie de ce paysage de la chanson française et des amoureux des mots, oui, ça me fait très plaisir. La chanson a encore parfois, malheureusement, une image poussiéreuse. On a de moins en moins de créneau pour parler de notre travail. L’émission de Thierry Lecamp sur Europe 1 n’existe plus, sur France Inter n’en parlons pas. Tout se réduit pour nous. La culture anglophone a pris une place très forte.

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De quoi es-tu le plus fier ?

Ma première fierté et d’avoir un public sur quatre générations. Avoir majoritairement des gens de mon âge à mes concerts fait qu’ils viennent avec leurs enfants, voire avec leurs parents. Ca me touche beaucoup. Et je suis fier de rencontrer différentes familles de chansons. Très souvent, on nous classe dans une catégorie de chansons. Moi, je ne suis pas d’une famille, je suis de l’humanité. Aujourd’hui, je vis une aventure avec le collectif 13 comprenant des membres de Tryo, la Rue Kétanou, Le pied de pompe… cette famille de chansons alternatives, je suis ravi d’y appartenir, moi qui vient de la famille de la chanson un peu théâtralisée, comme Emily Loizeau. Parfois, je fais un détour par ma famille pop, urbaine, et par ma famille festive, comme Aldebert, Debout sur le Zinc…  Je croise tous ses artistes assez souvent et j’ai le sentiment d’être de tous ces horizons-là. Pour moi, ça n’a jamais posé de problème, par contre, ça peut en poser à un journaliste spécialisé. On s’abreuve de ce qu’il y a autour de nous, ensuite, il faut construire son chemin. Les médias m’identifie, non pas comme un ovni, mais comme un artiste singulier. Cela me convient totalement.

Rougis-tu en écoutant tes vieux albums ?

Oui. J’ai commencé avec une voix qui n’était pas la mienne, j’avais des costumes en queue de pie… on va dire que je cachais ma pudeur derrière des artifices, mais tant mieux, c’est mon chemin. Aujourd’hui, je commence à trouver ma voix. Elle est beaucoup plus naturelle. Ma voix restera toujours mon complexe. J’écris, je compose, mais j’interprète par défaut. Ma voix ne me fait rien, elle est très commune. Mais ce que je raconte, je sais que cela peut rencontrer la sensibilité des gens au-delà de mon complexe.

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Ce que tu racontes et la façon de raconter sont pour beaucoup dans ton originalité.

Ça vient de ma maman, prof de Lettres. Elle m’a appris à savourer les mots et à ne pas les dire par hasard. Le mot a évidemment une vibration, mais aussi un gout. Je m’emploie à révéler le gout des mots.

Tu travailles beaucoup, à tel point que tu viens de faire un burn-out.

J’écris pour d’autres, je travaille pour des collectifs, j’ai la chanson pour enfants, j’ai mon projet personnel assez piquant et introspectif, j’avais une émission sur France Bleue, j’ai monté mon premier festival L’estival du Charabia à Reims, j’ai une vie de famille … tout cela m’épanouit, mais a fini par me terrasser. Il y a un mois, comme tu viens de le dire, j’ai fait un burn-out. Un burn-out pas moral, mais physique. Mon corps m’a dit « stop ». Je suis en train de m’en remettre doucement, c’est pour cela que je ne bois plus. Au final, je considère que c’était un très bon signal. Ça me dit : « si tu veux continuer à bien voyager, ménage ta monture ». Aujourd’hui, je me recentre.

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Coffee time with Barcella.

Allez, on démarre l'aventure Pause Guitare 2016...

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Soyons franc, je n'ai assisté quasiment qu'aux concert qui se sont tenus sur la Grande Scène de Pratgraussals (à quelques exceptions près que j'évoquerai plus bas).

JainCette graphiste, chanteuse, auteur, compositeur  a sorti son premier album, Zanaka (enfant en malgache) qui contient 10 titres éclectiques qui oscillent entre world music, electro, reggae, soul, hip-hop, indie et pop... Elle a passé son enfance à sillonner l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient pour suivre son père, ses influences musicales s’en ressentent et rendent son style unique. Seule sur scène (mais accompagnée de quelques machines), elle occupe parfaitement l'espace et est très à l'aise avec le public. Franchement, on aimerait la voir avec des musiciens, mais elle a tout de même assuré le show. 

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Louane : Que dire de cette demoiselle? (Personnellement, j'ai déjà tellement tout dit sur elle, que je n'ai plus rien à ajouter). La chanteuse comédienne la plus populaire du moment a fait une prestation quelconque. On sentait qu'elle était fatiguée, il faut dire qu'elle était quasiment à la fin de sa tournée. Les 8-12 ans ont visiblement apprécié. Quant aux autres, je n'ai pas décelé chez eux une ferveur incommensurable. 

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Louise Attaque : Formé en 1994, ce groupe de rock a vendu près de 3 millions de copies de son premier album éponyme. Le 4e album met fin à une pause démarrée en 2007. Gaëtan Roussel (chant, guitare), accompagné d’Arnaud Samuel et Robin Feix ont repris à trois le chemin de la création pour ce disque enregistré entre le sud de la France, Londres et Berlin. Louise Attaque a interprété sur scène quelques morceaux de ce dernier opus, sans oublier tous leurs tubes (nombreux). Prestation exceptionnelle qui m'a fait prendre conscience que j'aimais  vraiment beaucoup l'oeuvre de ce groupe. 

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Il y avait du monde...

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Beaucoup de monde même!

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The AvenerCe DJ compose, mais il déambule aussi dans les allées secrètes de sa mémoire : il reprend Sixto Rodriguez, John Lee Hooker, Mazzy Star, The Be Good Tanyas, Andy Bey, Adam Cohen. Nous sommes ici dans le blues séminal, le folk underground, la pop nocturne, le rock iconique et il rend hommage à quelques artistes oubliés des années 70 et 80… The Avener est le chaînon manquant entre l’émotion harmonique et la pulsion de danse. Voilà pour les compliments. Passons à sa prestation. Je n'ai rien contre l'artiste (comme vous venez certainement de le comprendre), mais voir un type derrière une console gigoter en faisant semblant de pousser ou baisser des cursers, lever les bras, haranguer la foule, alors que tout est préenregistré... j'ai un peu de mal. Le cinéma des DJs me gonfle au plus haut point. A mon avis, ce genre d'artiste n'a rien à faire dans un festival de ce genre. Place aux vrais musiciens qui jouent en live. 

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(Photo : Marylène Eytier)

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(Photo : La Dépêche)

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(Photo : Sylvie Bosc)

Zapping du jeudi.

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Boulevard des Airs:  Avec déjà plus de 60 000 albums vendus, le dernier album de la formation tarbaise est certifié disque d’or depuis déjà un bout de temps. Pour fêter l’événement, il est même ressorti dans une nouvelle édition comprenant 7 titres bonus dont « Emmène-moi » feat. L.E.J, quelques morceaux en live (« Demain de bon matin », « Tu danses et puis tout va »), des remix (« Ce gamin-là » et « Bruxelles ») et deux versions acoustiques (« Bruxelles » et « Cielo ciego »). Le groupe interprète des mélodies solaires, imparables avec une touche de modernité. Boulevard des Airs, parcourt les routes depuis 10 ans, c'est dire s'ils savent maîtriser la scène. Je ne les avais encore jamais vu sur scène, mais alors, ils m'ont bluffé. Quelle pêche! Ces transmetteurs de bonne humeur mettent une ambiance de feu de Dieu!

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Après le concert, je suis allé leur faire un petit coucou dans les coulisses. Mais pas seul. Le maire de Tarbes, Gérard Trémège et son directeur de cabinet, Michel Garnier (dont l'un de ses enfants est membre de Boulevard des Airs), avaient fait le déplacement pour soutenir une nouvelle fois ce groupe tarbais qui devient de plus en plus populaire dans l'Europe entière. Accompagné par la directrice du Pic d'Or, Corinne Labat, nous avons fait une photo souvenir.  

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Bigflo & Oli Florian 23 et Olivier 19 ans, d’origine argentine et algérienne, ont sorti leur premier album l'année dernière. Il en dit long sur le chemin parcouru par ces deux frères toulousains, adeptes d’un rap qui ne se la pète pas. Ce premier opus, enregistré entre Toulouse, Paris et New York, alterne titres sombres et plus légers. Ils ont entièrement écrits les textes des 18 titres et composé tous les instrumentaux. Ils ont ensuite été retravaillés avec Animalsons, un "beatmaker" qui a notamment collaboré avec le rappeur Booba. Drôles et humains, techniques et dotés d’une sacrée écriture, Big Flo & Oli créent la bonne surprise du moment. Leur prestation nous l'ont prouvé, ils ont déjà la force et la puissance des plus grands, et du talent à revendre. Pas de doute, Big Flo & Oli font leur entrée par la grande porte.

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Alain Navarro, le boss de Pause Guitare, m'a permis de jeter un coup d’œil sur le concert directement d'un côté de la scène.  

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Kendji GiracFort du million de ventes de son premier album, Kendji est revenu sans perdre trop de temps avec un second disque bien produit et accrocheur.  L’artiste, qui a conservé son âme gipsy, a une seconde fois cartonné, grâce à ses chansons dans lesquelles ont été intégrées des titres pop et variétés, voire funk et R'n'B​​LE phénomène de l'année 2015 a lui aussi rempli son contrat à Albi. Il n'économise pas son énergie et  joue de la guitare comme personne. Ses musiciens ne sont pas manchots eux non plus. Bref, pas pour moi, mais efficace pour son public, hyper nombreux ce soir-là.

(Je vous invite à lire l'excellent et drôle compte-rendu de Patrice Demailly sur ce concert pour le site d'RFI.)

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Toujours sur la scène, je constate qu'avec Kendji, le festival porte bien son nom : Pause Guitare.

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Mika : Avec des millions d'albums vendus dans le monde, Mika est une star internationale applaudie par des foules de fans pour ses chansons pop, parfois très acidulées. Il est aussi l'un des jurys de The Voice depuis 4 ans, rôle qu'il tient à merveille et qui lui a donné en France un regain de notoriété. Son show est d'une redoutable efficacité. Là encore, en regardant sa prestation, je me suis rendu compte que ce showman emmagasinait des tubes par dizaines et qu'il savait les mettre en valeur. C'est parfois kitsch et excessif, mais force est de constater que le kitsch et l'excessif, en ces temps perturbés, on aime s'y plonger. Plouf!

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Coulisses au clando (lieu tenu secret, hum hum, dans l'espace VIP, par les bénévoles pour les bénévoles, où l'on peut boire pour pas cher et surtout s'amuser avec des jeunes positifs et enthousiastes). Ce soir-là, après les concerts, nous avons formé une équipe d'amis pour participer à un blind test. Le prix : une bouteille de Mojito. Qui a gagné, selon vous?

(Nous étions plus nombreux, mais seuls figurent sur cette photo de gauche à droite, Corinne Labat (présidente du Pic d'Or), Dominique Janin (présidente d'Alors Chante!), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), Florence Cortes (cabinet Vox Scriba et Pic d'Or), moi (Mandor) et notre "trophée".)

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Zapping du vendredi.

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Le samedi 9 juillet, dans l'après-midi, Emilie Marsh a remporté le tremplin de Pause Guitare, les « Découvertes Chanson » dont le principe est simple : cinq artistes issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L’ordre de passage est effectué par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite : les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l’issue des délibérations, chaque jury délivrera sa propre récompense : un accompagnement d’Arpèges et Trémolos de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du Midi et un prix de 1000 euros offert par La Poste pour le vote du public.

Voici les différents concurrents :

Léon : Issu de l’école rock indé Leon nous propose une musique entre Mathias Malzieu et -M-, une alchimie bien dosée de pop à l’anglaise et de textes en français, et nous offre des compositions typées, riches et touchantes, fédératrices et intimes à la fois.

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Simon Daniel : Simon Daniel, auteur-compositeur-interprète, fraye son chemin dans la relève musicale acadienne. Originaire de Dieppe au Nouveau-Brunswick, ce jeune autodidacte se démarque par sa voix puissante et son timbre unique. Son style d’écriture original et éclectique s’inspire du folk, du jazz et du rock progressif.

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Zob : Ne vous y trompez pas : l’univers de zoB’ ne se réduit pas à son pseudonyme. Il y a dans l’apparente provocation une élégante manière de lutter contre le désenchantement, la léthargie et autre politesse totalitaire dont joue ce poète invertébré version Cyrano : «toujours avec panache».

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Sages comme des Sauvages : Ava Carrère et Ismaël Colombani sont Sages Comme des Sauvages, un duo franco-américano-greco-corso-bruxellois. De l’Île de la Réunion à celle de Cythère, ils récoltent des chansons et des instruments qu’ils mêlent à leurs propres compositions. Sages Comme Des Sauvages est lauréat de la biennale de la chanson française de Belgique 2014.

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Emilie Marsh : Poésie dans les mots, rock n’roll dans l’attitude. Sensible et sauvage. Emilie Marsh c’est la douceur d’une voix mêlée à l’énergie scénique d’une GuitarHeroin. Une chanson qui parcourt l’échine comme une décharge électrique et qui sait rendre hommage à ses icônes féminines (Virginia Woolf, Patti Smith...).

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(Photo : Marylène Eytier)

A l'issue de la prestation des artistes, Alain Navarro et Lilian Goldstein (de la Sacem) annoncent les résultats.

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(Photo: Marylène Eytier)

Photo de famille avec la lauréate, Emilie Marsh et aussi Annie Navarro, Alain Navarro, Zob et Dominique Janin (Alors Chante!)

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(Photo : Hexagone)

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview d’Emilie Marsh (au Clando):

Tu viens de gagner le concours « Découverte Chanson ». Bravo !

Je suis toujours surprise de gagner. Pour moi, ce sont surtout des prestations scéniques. Bien sûr que l’on pense à l’enjeu. Je prends cela comme une bonne récompense pour beaucoup de travail. Ce qui est important pour moi quand je fais un tremplin, c’est de montrer ce que je fais aujourd’hui. Je veux montrer mon évolution, car la musique que je joue aujourd’hui n’a rien à voir avec celle que je faisais quand j’ai commencé.

On sait que les artistes doutent beaucoup. Les tremplins, ça sert aussi à se rassurer ?

Je le répète, c’est surtout une reconnaissance du travail effectué, mais c’est aussi une visibilité supplémentaire. Les pros et le public saluent l’évolution de mon projet et j’en suis ravie. Mon principe c’est qu’un artiste doit être toujours en mouvement, alors le fait qu’on me dise que j’évolue fait plaisir à entendre. Je  ne veux surtout pas rester figée.

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Avant tu étais plus dans la chanson française traditionnelle, ces dernières années, tu as pris un virage rock. Pourquoi ?

Parce que c’est ce qui me plait aujourd’hui. Je me sens bien dans ce répertoire-là. Tous les artistes commencent par se chercher et, à un moment donné, ils finissent par se trouver. Moi, j’ai mis un peu de temps à trouver mon chemin, mais là, j’ai vraiment trouvé la couleur et le style de ce que je veux jouer. Il n’en reste pas moins que, pour moi, un artiste est toujours en évolution. C’est du temps, du travail et de la recherche.

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Pourquoi prends-tu autant de temps à sortir ton deuxième album.

Je cherchais l’équipe idéale avec laquelle j’avais envie de faire mon disque. Je l’ai enfin trouvé et donc, la machine est en route. Par contre, comme ce n’est pas signé, je préfère ne pas te donner encore les noms de mes trois réalisateurs. En tout cas, tous les albums qu’ils ont faits m’ont plu. Ils ont un côté efficace, trip-hop et très subtil. Avec eux, je sais que je suis dans la bonne direction. J’ai commencé et je pense qu’il sera terminé à l’automne.

Tu as hâte de l’avoir en main ?

J’ai super hâte. J’ai hâte aussi de continuer les enregistrements. Maintenant je suis prête.

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Après l'interview.

Emilie Marsh (Pic d'Or 2015) en compagnie de K! (Pic d'Argent au Pic d'Or 2014) qui avait été récompensée l'année dernière lors du tremplin 2015, ce qui lui a permis de venir jouer cette année en tant qu'artiste invité. A noter que, visiblement, le Pic d'Or porte chance à ses artistes récompensés car Jesers (présent cette année, mais en tant que spectateur privilégié), le Pic d'Argent et Prix du public 2013 a été, lui aussi, le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Le contraire est aussi exact. Pause Guitare porte chance aux artistes puisque la lauréate de l'année dernière, Barbara Weldens, est la gagnante du Pic d'Or de cette année. Comme quoi!

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Les mêmes avec Corinne Labat (présidente du Pic d'Or).

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Moment de détente avant les premiers concert. De gauche à droite, Éric Kieser (Pic d'Or), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), JB Bullet (chanteur) et Caroline Guaine (Mégaphone Tour).

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Plus tard, dans la soirée, toujours au Clando, Corinne Labat a tenté de réunir les membres du jury du Pic d'Or ainsi que des bénévoles et quelques artistes ayant participé à ce tremplin (en guest, Dominique Janin, la grande prêtresse d'Alors Chante!)

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Vianney : Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick musical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre. Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. Par contre, sur scène, l'homme est seul avec sa guitare. Et ça marche. Le public aime, applaudit et en redemande. Vianney parle à son public, le titille gentiment... et surtout le transporte dans son monde. Vianney est là pour longtemps. (Lire sa mandorisation).

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Francis Cabrel : Après 7 longues années d'absence, la figure incontournable de la chanson française retrouve son fidèle public. "L'encre de tes yeux", "Je l'aime à mourir", "La dame de Haute-Savoie", "Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai", "La corrida", "La cabane du pêcheur"... autant de mélodies et de refrains qui font partie désormais du patrimoine musical hexagonal. D'album en album, Francis Cabrel inspire, enchante et dénonce avec intelligence et finesse les injustices. Ce soir-là, il a chanté quelques chansons de son dernier album In Extremis (lire sa mandorisation ici à propos de ce disque) et ses plus grands tubes (sus cités).

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Joan Baez : Cette artiste légendaire symbolise à elle toute seule une génération d'artistes politiquement engagés. Elle est une icône de la contestation et de la protestation. Joan Baez trouve dans la folk un moyen d'exprimer sa critique sociale. Pendant cinq décennies, en tant que chanteuse, activiste, et ambassadrice de bonne volonté, Joan Baez a chanté avec le même état d'esprit. Sur scène, elle a été lumineuse, généreuse, émouvante. Une vraie claque émotionnelle! Chapeau madame!

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SanseverinoL'année dernière, Sanseverino a dévoilé Papillon sur lequel il revisite en chansons le roman du même nom d’Henri Charrière, vendu à plus d’1 million d’exemplaires. Depuis la sortie de son album Les Sénégalaises en février 2004, l'artiste est sur scène sans discontinuer. Aujourd'hui, le swing est toujours présent, même si les guitares ont laissé place à d’autres instruments : piano, cuivres, xylophone... Une formation de jazz qui illustre l’évolution de l’artiste, vers davantage de musique improvisée. Entouré de musiciens de talent, le guitariste chanteur continue de jouer avec le public, n’hésitant pas à reprendre certains standards de la chanson française.

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Le zapping du samedi (qui n'est pas visible sur YouTube).

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Le dimanche 10 juillet, Zaza Fournier et La Maison Tellier étaient programmés au Grand Théâtre d’Albi. Ayant interviewé récemment Zaza Fournier lors du festival Alors Chante, j’ai préféré aller à la rencontre de La Maison Tellier dont je suis très amateur (et que j’ai déjà mandorisé là en 2014 et ici en avril 2016).

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(Photo : Marylène Eytier)

La Maison Tellier : Dès le premier titre La Maison Tellier donne le ton de ce nouvel album : « Cinq est le numéro parfait ». Cinq musiciens à l’heure de leur cinquième album. Le précédent glorifiait le combat pour la beauté. Celui-ci témoigne d’une quête. Une quête vers la joie. Comme certains sont en quête de la foi. Une quête semée d’embûches, de doutes et d’angoisses

Rendez-vous, tôt le matin, au Grand Théâtre avec Yannick Marais dit Helmut Tellier (chant et guitare) et Sébastien Miel dit Raoul Tellier (guitare, clavier et banjo).

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Le public et les médias ont été beaucoup plus nombreux à vous découvrir grâce à vos deux derniers albums. Vous vous rendez compte que quelque chose a changé depuis Beauté pour tous ?

Raoul Tellier : Oui, bien sûr. Ça a même été assez radical. C’était notre espoir. Chaque nouvel album est le plus important, mais celui-ci était un disque où on s’est révélés, frottés à nous-mêmes. Le disque qui nous intéressait, pas celui qu’on pouvait attendre de nous. On a désormais une image plus positive dans les médias et le public nous perçoit autrement. Je crois que les gens aiment l’idée de cinq mecs qui font de la musique ensemble et qui ne vendent jamais autre chose que cela.

Dans Avalanche, votre dernier album, il y a une chanson, « Cinq est le numéro parfait »  qui vous présente comme cinq chevaliers qui partent à la conquête. Mais à la conquête de quoi ?

Helmut Tellier : A la conquête de la beauté et du futile.

Raoul Tellier : C’est une manière comme une autre de donner un sens à une vie. Il y a des gens à qui ça fait plaisir d’écouter notre musique, et c’est ultra touchant de les entendre nous le dire.

Helmut Tellier : C’est un peu un moyen d’assouvir notre envie d’exister.

Raoul Tellier : Quand on a enregistré Beauté pour tous, c’était aussi un moyen de laver tout un tas de péchés originels.

Helmut Tellier : On a donné à entendre plus clairement ce que des gens percevaient déjà en nous dans nos embryons précédents. On a resserré les boulons et pris des directions plus claires.

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Vous aviez l’impression d’aller dans toutes les directions ?

Helmut Tellier : Au début oui. Sur L’art de la fugue, ça partait vraiment dans tous les sens. Ça manquait d’un gouvernail sérieux.

Raoul Tellier : Ce n’était pas forcément intelligible alors que sur Beauté pour tous, vraiment on a tout fait pour se faire comprendre enfin. Ça s’est traduit par plus de reconnaissances, de notoriétés ou de côtes de sympathie.

La formule que vous avez trouvée pour Beauté pour tous, vous l’avez appliqué pour le suivant, Avalanche ?

Helmut Tellier : Le champ du possible est gigantesque, si on a choisi  un chemin, autant l’emprunter le mieux possible.

Si vous n’êtes pas populaires, au sens large du terme, je trouve que vous avancez lentement, mais sûrement.

Helmut Tellier : Ce projet de vie ne cesse d’avancer à son rythme. La force tranquille que nous avons à un côté rassurant pour nous. C’est limite à contre-courant de l’air du temps.

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Cet après-midi, ce sera la première fois que je vous verrai en concert. J’imagine que les chansons de vos deux derniers albums seront un peu plus rocks sur scène…

Raoul Tellier : Oui. C’est un peu comme quand tu achètes de nouveaux habits. Tu les admires dans la vitrine. Après, tu les portes. Ton habit va s’adapter à ton corps. On a enregistré nos nouvelles chansons il y a pile un an. Il y en avait plein que l’on n’avait jamais joué. Là, on en est à notre quarantième concert et j’ai l’impression que l’on est bien dans nos chaussons. Nos chansons sont différentes puisque maintenant elles sont bien portées.

Vous faites des disques pour faire de la scène ?

Raoul Tellier : Je ne vois pas les choses ainsi. Nous, on a la culture de l’album. On a aimé la musique en écoutant des albums. Personnellement, j’ai le format album inscrit dans mon ADN. Je pense que l’on fait des disques surtout pour exister en tant qu’artiste. Après, pour pouvoir vivre en tant qu’artiste, il faut faire de la scène.

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Qu’est-ce qu’il faudrait pour que tout soit parfait dans votre carrière ?

Raoul Tellier : Moi, ce que j’aimerais, c’est collaborer avec d’autres artistes. J’ai atteint un stade où j’en ai un réel besoin.

Helmut Tellier : On se rend compte que c’est ultra cloisonné de travailler pour les autres. C’est un monde timoré qui a du mal à accepter de changer des règles, un monde qui avance très prudemment. La musique devrait être un champ d’expérimentation musical. Nous, on est à la croisée des chemins du commercial et de l’éthique. On a la réputation d’avoir un son très typé. On ne veut pas non plus se tirer une balle dans le pied. C’est un juste équilibre à trouver.

Raoul, tu as pourtant composé une grande partie des chansons du nouvel album de Clarika.

Raoul Tellier : J’ai adoré faire ça. Je suis allé chercher des trucs que je n’exploite pas dans La Maison Tellier. C’était libérateur et j’ai fortement envie de recommencer.

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Après l'interview dans les loges du Grand Théâtre, avec Raoul et Helmut Tellier. 

Vers midi, je suis allé à la conférence de presse « bilan » de cette 20e édition.

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Voici quelques morceaux choisis du directeur de Pause Guitare d’Alain Navarro :

« La 20e édition est allée bien au-delà de nos espérances et de nos prévisionnelles. C’est le record absolu. On sait que l’équilibre financier est atteint depuis trois semaines. On est autour de 50 000 entrées pour les sites payants. On était à 38 000 l’année dernière.  Concernant le off, il y aurait à peu près 25 000 personnes qui y auraient participé. C’est bien d’être dans cette situation pour l’avenir du festival. Il y aura forcément une 21e et une 22e édition. » 

« Les français ont subi une forme de maltraitance psychique. Je n’ai jamais autant ressenti leur besoin de vivre des moments de soleil autour d’une manifestation comme notre festival. Nous avons vérifié que les gens ont besoin d’être bien dans leur peau. La politique et les médias doivent entendre qu’il y a un ras le bol des français. »

« Il n’y a aucun mépris dans la manière d’aborder la programmation. J’ai vu quelques professionnels qui avaient quelque doutes par rapport à des choix artistiques me dire, une fois qu’ils sont dans le vécu sur le site, « je comprends mieux ta démarche ». C’est presque un acte militant que de faire en sorte que cette magie de rencontres entre tous les publics se fasse. Ça donne envie aux individus d’être dans le partage et la tolérance. »

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Pendant la conférence de presse.

« Ce que je programme n’est pas du tout ce que j’écoute. L’idée n’est pas de me retrouver avec moi-même. Je n’en ai rien à foutre. Si je veux un peu m’enrichir dans la vie, c’est en allant vers les autres, pas en allant vers moi. »

 « Les bénévoles sont l’âme du festival. Quand j’arrive sur le site, j’essaie de faire le maximum de bises tous les jours parce que je ne sais jamais comment remercier toutes ces personnes qui sont là. Sans elles, l’histoire n’existerait pas. On voit bien que le moindre espace est travaillé, le moindre espace est pensé. Il n’est pas pensé par moi. Mon boulot à moi est une somme d’incompétences. Je n’ai pas 20% des qualités de mes collaborateurs. Je ne sais pas faire leur boulot. Je suis admiratif d’eux. »

« On est chaque année selon un sondage du public à 95% de satisfaction et 5% d’insatisfaction. Il faut continuer à travailler pour rester au moins à ce niveau. »

« On s’intègre complètement dans les futurs projets de la ville. Ils vont nous emmener quelques belles perspectives de développement sur les deux ans à venir. 

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Avec mon ami et collègue, Patrice Demailly (Libération, RFI...), on a été sage et attentif (photo : Patricia Téglia).

Jeanne AddedBe Sensational, son premier album a imposé la jeune femme parmi les plus belles révélations musicales de l'année 2015. Auteure, compositrice et interprète, cette native de Reims est passée habilement du jazz, dans lequel elle s'est illustrée pendant quelques années, à un rock électro érudit et excitant à la fois. Sous une chaleur infernale, la chanteuse musicienne n'a rien perdu de sa superbe. 

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Feu! ChattertonLes cinq musiciens parisiens se sont exilés en Suède pour accoucher d’un album riche, envoûtant, complexe, alliant post-rock et musiques électroniques sur des textes littéraires évoquant la poésie française comme le romain noir américain. Feu! Chatterton s’impose aujourd’hui comme la relève moderne et élégante du rock français. Au programme : électricité, romantisme et vertige. 

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Elton John : Figure emblé­ma­tique de la pop inter­na­tio­nale, le chanteur, pianiste et compositeur britannique de génie, Elton John, est un faiseur de tubes depuis près de 50 ans. "Your Song", "I’m Still Standing", "Don’t Go Breaking My Heart", "Sorry Seems To Be The Hardest Word"... Aujourd'hui, il continue ses concerts dans le monde entier et reste une référence et une inspiration pour toute une nouvelle génération d’artistes. Un chouia énervé par son piano, selon lui pas parfaitement accordé, il a eu quelques accès d'humeur. Il a joué beaucoup de titres que le public ne connaissaient pas, du coup, beaucoup ont été déçu. C'est lors du dernier quart du concert qu'il a enfin aligné les tubes. Dommage. Personnellement, j'ai quand même beaucoup apprécié sir Elton John, remarquable musicien, entouré d'autres remarquables musiciens.

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Pour finir, je voudrais remercier tous les bénévoles pour leur gentillesse et leur efficacité, Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse du festival, et surtout Alain et Annie Navarro, qui ont œuvré une nouvelle fois pour que cette nouvelle édition de leur festival soit une parfaite réussite humaine et musicale. Annie et Alain, vous êtes formidables (ce ne sont pas vos bénévoles qui diront le contraire).

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09 août 2016

Radio Elvis : interview pour leur premier album

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Un des plaisirs de ce métier est de suivre un artiste que l’on a connu aux prémices de sa carrière et de le voir s’envoler. Il y a deux ans, Pierre Guénard, le leader de Radio Elvis, était venu me voir à l’agence pour une première mandorisation (il y en a eu une seconde l’année dernière). Il avait à l’époque une notoriété toute relative. Très peu de temps après, avec ses deux acolytes Colin Russeil et Manu Ralambo, il a explosé. Deux EP et un album plus tard, Radio Elvis (Pic d'Or 2014) est le groupe pop rock dont tout le monde parle. Le 27 juin dernier, je suis allé à leur rencontre dans un bar parisien. Juste comme ça, pour prendre de leurs nouvelles.

radio elvis,album,interview,pierre guénard,colin russeil,manu ralambo,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Pierre Guénard, auteur chanteur, slameur par le passé, Colin Russeil, batteur et clavier, rencontré au lycée, et Manu Ralambo, guitariste embarqué plus tard, se sont soudés il y a trois ans autour de leur projet Radio Elvis. Après deux EP, ils sortent leur premier album Les Conquêtes, réalisé par Antoine Gaillet (Arman Méliès, Julien Doré). Une bonne centaine de concerts à leur actif, repérés par le FAIR et le printemps de Bourges en 2015. Ils ont composé ensemble, arrangé sur scène, et peaufiné leurs chansons en studio, et ils voient avec émotion ce premier opus arriver dans les bacs. Des sons de guitare puissants et variés qui sont venus à Manu naturellement au gré des mots écrits par Pierre. Une logique pour affirmer une envie frénétique de partir ailleurs. Des guitares pleines de force, de mélodies et d’aspérités. Les tempos ne sont jamais les mêmes. Colin, à la batterie et aux claviers, propose une multitude de contraste comme les lumières changeantes de leurs pays imaginaires. Cet album tient en éveil. Nul repos possible au cours du voyage, mais l’envie perpétuelle de l’écouter sans arrêt. Toutes les chansons sont essentielles. Les conquêtes sont des aventures qui entrainent sur les chemins de l’errance, les sens en alerte, au gré du vent, du sable, du soleil… Métaphores amoureuses, aventureuses, exploration de soi ou quête spirituelle, chacun y trouvera sa propre conquête.

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Interview :

C’est notre premier rendez-vous fixé par une attachée de presse. C’est anecdotique, mais c’est aussi la preuve que le groupe évolue et que vous ne pouvez plus gérer tout seul quoi que ce soit.

Pierre : Nous ne sommes plus maîtres de nos emplois du temps et c’est plutôt agréable. Si nous nous occupions du planning promo, ce serait un sacré bazar, je t’assure.

Colin : Cela dit, nous restons maîtres de ce qui nous intéresse et c’est le principal. A part nous, personne ne touche aux textes et à la musique. Les histoires de planning ne nous passionnent pas forcément, alors il y a désormais des personnes qui s’occupent de ça.

Vous revenez d’une tournée récente aux Etats-Unis et au Canada. Racontez-moi comment cela s’est passé.

Pierre : On a fait une date à New York et après, nous sommes allés au Canada dans la cadre du Festival Franco Ontarien. Nous nous sommes produits à Québec, à Montréal, à Toronto et à Ottawa devant des publics anglophones et francophones selon les régions. C’était une superbe expérience parce que, la plupart du temps, c’était sur de grosses scènes. Nous étions contents car notre musique a bien été accueillie bien que nous chantions en français. Ça nous rassure de constater que nous ne sommes pas qu’un groupe de chansons à textes.

Clip de "Au loin les pyramides".

Je me suis laissé dire qu’il y avait au Québec, un public différent de celui d’ici.

Manu : J’ai l’impression qu’il y a une autre manière de consommer la musique. Le public est plus en mode Entertainment, plus dans le divertissement. Il danse plus facilement par exemple. On a fait la première partie de Louise Attaque. Pendant notre session, il y avait des barmans qui passaient dans le public pour servir des bières. Le public est très vivant, il n’est pas seulement dans l’écoute.

Pierre : A New York, c’était aussi un peu ça. L’ambiance est moins cérémonieuse qu’en France.

Je vous ai vu sur scène plusieurs fois et à chaque concert, j’ai vu dans gens danser.

Pierre : Je persiste à dire qu’en France, le public est plus souvent assis. Les gens sont beaucoup plus dans le silence parce que dans l’écoute. Au Canada, le public est plus dans l’instant, dans le rock. Ils ne sont pas forcément attentifs aux textes. Ils viennent voir un groupe et pas un chanteur qui chantent des textes.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de La Rochelle (photo : Loll Willems).

Au Canada, les journalistes qui vous interviewent vous parlent de quoi ?

Pierre : Dans le métier, j’ai remarqué qu’il ne faut jamais foirer la première interview du pays dans lequel tu vas, car elle est reprise par tout le monde (rires). Les journalistes ont répété tout ce que j’ai raconté lors de mon premier phoner au Québec. J’ai dit qu’on était un groupe de rock symboliste, ils nous l’ont tous ressorti. En revanche, j’ai trouvé qu’ils s’adressaient plus à Colin et Manu pour parler aussi musique, ce qui est moins fréquent chez les journalistes français. Les journalistes québécois sont plus dans la globalité. Ils ne séparent pas le chanteur des musiciens.

Colin et Manu, vous vivez comment le fait d’être mis un peu de côté en France ?

Colin : Je le vis très bien.

Manu : D’abord, je ne trouve pas qu’il y ait un écart si important entre nous, mais c’est le projet de Pierre, je trouve normal qu’il en parle plus que nous. De plus, on n’a pas tous le même répondant en interview. Pierre est le plus doué.

Clip de "Les moissons".

Tu aimes bien les interviews Pierre ?

Pierre : Oui, ça me permet de réfléchir à ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on joue. Cela force la réflexion.

Et si on te demande d’expliquer tel ou tel texte ?

Pierre : Je ne le fais pas. Je peux en parler sans les démystifier. Je parle des textes comme Colin et Manu pourraient parler de la musique. Ce qui me pose problème, c’est que l’on met toujours l’écriture en avant, comme si la musique était un art un peu plus évident. On a l’impression que c’est plus noble d’écrire des textes.  Tu sais, je n’écris que pour Radio Elvis. Sans Radio Elvis, je n’écrirais pas ce que j’écris là. Sans le groupe, mes textes n’auraient rien à voir. La musique que jouent Colin et Manu m’inspirent des mots. C’est une question de rythme, de structure, d’ambiance… C’est vraiment un travail collectif et complémentaire.

Manu : Je crois que pour les journalistes, c’est plus simple de se référer au mot qu’au ressenti de la musique. Une musique c’est hyper personnelle. On ne peut pas dire « vous avez écrit celle mélodie-là en mineur qui monte vers le sol pour exprimer le voyage… » Personne ne va te raconter ça. C’est compliqué d’expliquer ou d’analyser la technique musicale.

Pierre : Je dis toujours que mon texte, c’est mon instrument. Ce n’est pas supérieur à la batterie ou à la guitare. C’est juste ma partie.

Ta voix est aussi un instrument.

Pierre : Quand dans la voix il y a les mots.

Radio Elvis, c’est une fusion de trois personnes ?

Pierre : L’histoire de notre groupe s’écrit en avançant. Plus le temps passe, plus on sent que l’on devient une hydre à trois têtes.

Radio Elvis prend « La Route » en exclusivité pour Figaro TV.

Cet album a été accueilli de manière dithyrambique.

Colin : En tout cas, ceux qui n’aiment pas ne se sont pas exprimés.

Pierre : On ne s’est pas fait tirer dessus, c’est vrai. Nous sommes un groupe dont on parle, mais discrètement, ce qui nous permet d’avancer tranquillement, sûrement et très sereinement. On aimerait parfois que cela aille un peu plus vite, mais en même temps, tout se fait sur des bases saines.

Moi, j’ai l’impression  que les choses vont vite, que vous êtes plutôt bien médiatisés.

Pierre : Nous n’en sommes qu’au début. Il fallait confirmer quelque chose. Non, il fallait affirmer quelque chose plutôt. Après nos EP, tout le monde attendait d’écouter la suite. Entre le premier et le deuxième, il y a une direction inattendue en termes de productions et de compositions. On a bien senti que les gens étaient curieux de voir la tournure qu’allait prendre notre premier album.

Vous vous êtes complètement trouvés ?

Pierre : Non, on se cherche encore beaucoup… et heureusement.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de la Rochelle (photo : Loll Willems)

Vous avez un caractère similaire tous les trois ? Faut-il se ressembler pour s’assembler ?

Manu : On est très différents dans nos vies, dans nos références et dans nos façons de composer, mais à mon avis, c’est pour cela que ça marche.

Pierre : On se complète tous beaucoup. On a tous un rôle que l’on tient, que l’on a plus ou moins compris.

Ce triangle équilatéral permet-il de vivre les événements de manière sereine et de rester raisonnable ?

Les trois, de concert : Faut-il rester raisonnable ?

Manu : Ce serait d‘un ennui terrible.

"Les Moissons", le 17 juillet 2016 aux Francofolies de La Rochelle.

Cet été, lors d'un festival de chanson française, je vous ai vu jouer devant 80 personnes, tandis qu'aux Francofolies de La Rochelle, vous avez joué devant 16 000 personnes C’est curieux de passer de l’un à l’autre ?

Colin: C’est essentiel de ne jamais s’installer dans un confort ou dans la routine. Je détesterais ne faire que des Zéniths dans ma vie.

La notion de danger est-elle essentielle dans une carrière ?

Pierre : Un concert sans danger, c’est souvent un concert chiant. L’année dernière, on a fait 98 dates et on avait toujours l’impression de faire la même setlist, alors que ce n’était pas le cas. On savait que nous devions passer un cap parce que nous étions arrivés au bout d’un truc. On avait l’impression d’être un peu des fonctionnaires.

Comment chasse-t-on la routine ?

Pierre : Nous réfléchissons à changer notre attitude scénique, à modifier notre façon d’aborder la scène… bref, justement, nous prenons des risques. On essaie des choses. On a envie de donner des concerts subversifs, des concerts un peu durs, un peu brutes.

Je comprends le subversif dans le texte, mais pas dans la musique.

Manu : Faire de la musique plus « sale ».

Pierre : Je trouve que la guitare de Manu est transgressive, inédite, osée et inattendue. On essaie de faire en sorte que Radio Elvis soit également tout cela.

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Après l'interview, le 27 juin 2016.