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29 août 2016

Lise Martin : interview pour son double album Déments songes

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(Photo : Lucille Chauchat)

Lise Martin occupe une place à part dans la scène française actuelle. Elle écrit, compose et interprète des chansons graves, intelligentes, justes, parfois sombres… et exigeantes. Paradoxalement, elles sont toutes abordables tant les sujets traités concernent tout le monde. « Dans ses chansons », comme l’explique le site Hexagone (qui a fait un sacré dossier sur elle), « elle traque les illusions sur l’amour naissant et qui vont se briser au fur et à mesure… La voix de Lise résonne comme un appel à la liberté, à une libération d’une parole trop longtemps murée dans le silence. Le propos n’est pas d’une gaieté absolue mais le bonheur sied-il à la chanson ? »

lise maartin,déments songes,interview,mandorJudicieuse question.

J’ai rencontré Lise Martin pour la première fois, un beau soir de l’année dernière. J’étais avec mon ami Fabien Martin (je souligne la coïncidence patronymique) aux Trois Baudets,  quand elle s’est présentée à nous. Je suis reparti avec son double album dans les mains. J’ai attendu quelques mois pour la mandoriser. Pourquoi ? Je ne sais pas. Acte manqué.

Le 22 juillet dernier, elle est passée à l’agence et nous avons longuement discuté.

Biographie officielle :

Lise Martin est une jeune auteur-compositeur-interprète, accompagnée de quatre talentueux musiciens.lise maartin,déments songes,interview,mandor

Dans un style folk "à la française", la voix vibrante et singulière de la chanteuse, soutenue par la puissance et la subtilité des instruments à cordes (guitare, violon, violoncelle) et de la percussion, porte des textes particulièrement profonds et poétiques.

Lauréate de la Finale Nationale de la Chanson Francophone 2011 organisée par la CSO, elle fut sélectionnée au Grand Zebrock 2012, puis reçut ex-æquo le Prix spécial du Jury au Tremplin Chanson Reims-Oreille 2013. En juin, elle s’est vu remettre le 1er prix de la catégorie Auteur-Compositeur-Interprète du concours Love Music 2013, et a remporté, lors de la 19e édition du Tremplin Vive la reprise, le Grand Prix du Centre de la Chanson, le Prix du Public, ainsi que les prix Ecoutez-voir (Belgique) et Chanson de Parole (Barjac).

Après un premier EP, Gare des Silences, Lise Martin a sorti son premier album (un double), Déments Songes, en 2014.

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(Photo : Lucille Chauchat)

lise maartin,déments songes,interview,mandorInterview :

Tu as évolué, grâce à tes parents dans un univers très chanson française. Ils écoutaient les grands classiques.

J’ai su parler assez tôt. Les mots et le langage me plaisaient. Les chansons m’intéressaient donc, car je comprenais les paroles. Dès que j’ai su lire, j’ai lu les textes de chansons dans les disques. Moustaki, Le Forestier par exemple.

Tu essayais de comprendre ce qu’ils chantaient ?

Oui, et c’est quelque chose que je continue toujours aujourd’hui. Quand j’écoute une chanson pour la première fois, je prends toujours le temps d’en comprendre le sens. Je me pose du début à la fin pour saisir le sens précis. Quand je m’aperçois au final qu’une chanson à des beaux mots, mais qu’elle ne veut rien dire, je suis très triste (rires). Pour moi, c’est important d’analyser ce qui est en train d’entrer dans mon cerveau.

Quand tu écoutes une chanson, tu ne peux donc pas t’abandonner directement ?

Je peux m’abandonner à la musique parce que je suis en train de faire autre chose, du coup mon attention ne peut pas se fixer sur les paroles, mais à un moment, je sais que je vais réécouter la chanson ou chercher les paroles sur Internet.

Mais chez quelqu’un comme Bashung, tu n’as pas toujours une compréhension directe du texte…

Bashung, j’ai lu, relu, rerelu, réécouté… il fait partie des rares artistes qui m’incitent à tirer des histoires personnelles de ses textes. Donc, j’y trouve un sens. Ferré avec « La mémoire et la mer » me procure la même chose. Comme il y a plusieurs lectures possibles, il y a de nombreuses possibilités de s’approprier ces textes-là.

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(Photo : Lucille Chauchat)

Quand j’interviewe un artiste, je n’aime pas trop parler de ses textes, même si je le fais parfois… J’aime bien l’idée que les gens découvrent et se les approprient de manière « vierge ».

Moi, je n’aime pas trop parler de mes chansons. Ça me gêne parce que j’ai envie de laisser de l’espace à chaque personne pour qu’il se l’approprie. Une chanson sublime un événement plus ou moins douloureux ou violent qui s’est inscrit dans le quotidien. Je n’ai pas envie de raconter le pourquoi du comment de sa création. J’ai peur que cela la « désacralise », terme que j’emploie avec des gros guillemets.

Certaines de tes chansons parlent clairement de toi. Fais-tu en sorte de « généraliser » l’histoire pour que tout le monde se sente concerné ?

Il y a absolument cette volonté. Je ne veux pas que mes chansons soient marquées dans le temps, parce que les œuvres phares de ma vie sont souvent intemporelles. Mes chansons partent toujours de quelque chose que j’ai vécue, mais je pousse toujours plus loin. Par exemple, après une rupture, je souffre. Je retranscris donc ce que je traverse comme état émotionnel. J’adore décortiquer les sentiments et les émotions. La meilleure manière de le faire est d’écrire une chanson. Mes chansons sont des investigations, donc je peux les partager avec les autres. Il n’y aucune solution dedans, juste des pistes de réflexions. Cela dit, ce n’est jamais complètement ma vie, jamais complètement ce que j’ai vécue. Ce que je vis donne juste le départ, une phrase ou deux. Après, l’idée se déroule jusqu’à la chute. Parfois, une chanson me dépasse, elle peut aller là où je ne m’attendais pas. Les mystères de la création…

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(Photo : Lucille Chauchat)

Tu dis à Hexagone que tu chantes « pour faire taire le silence car tu ne l’interprètes pas favorablement ». C’est un tel chaos en toi qu’il faut l’expulser ? 

Je chante pour faire taire le silence, c’est vrai, mais c’est aussi pour attendrir le cri. Je n’aime pas les cris, ni la violence, ni le silence. Quand les mots sont chantés, c’est plus doux que les cris et pourtant, ça sort quand même…

C’est vital pour toi d’écrire alors ?

Si je n’avais pas ça, peut-être que je hurlerais, peut-être que je me tairais, mais aucune de ces deux solutions ne me convient… donc j’écris et je chante ce que j’écris.

C’est une façon de ne pas craquer ?

Il y a tellement de choses que je ne comprends pas dans ce monde. Du coup, je cherche des solutions pour vivre ici et maintenant le mieux possible. J’aime profondément la vie, donc je veux trouver comment je peux faire le plus de bien possible… ou le moins de mal possible.

Tu fais du bien puisque c’est le rôle d’un artiste : divertir l’âme et le cœur des autres.

J’en ai conscience parce que moi aussi je suis auditrice et qu’il y a des chansons qui m’accompagnent, me soignent, me font du bien. La musique des autres à une place prépondérante dans ma vie.

lise maartin,déments songes,interview,mandorNous nous sommes croisés au Festival Pause Guitare d’Albi. Tu es allée voir Joan Baez. Elle fait partie des socles de ta culture musicale ?

Ma mère écoutait aussi Joan Baez, Cat Stevens et léonard Cohen. Ce sont des immenses sources d’inspiration. Musicalement, je pense que je m’inspire plus de la folk anglo-américaine que de la chanson française, dont le point fort est plus souvent le texte que la musique.

Tu tentes de te situer où dans la musique ?

C’est compliqué. J’observe ce qu’il y a autour de moi pour voir où je veux aller. Il y en a qui se compose un personnage et d’autres qui sont comme dans la vie. J’essaie de faire partie de la deuxième catégorie. En voyant Joan Baez sur scène, j’ai pu constater à quel point elle est sincère et elle-même. Une guitare, sa voix… et elle te transporte avec des chansons qui disent des choses importantes.

Il y a eu Sanseverino après Joan Baez. Lui aussi est quelqu’un de sincère.

Je suis d’accord avec toi. Il est dans l’instant. Son spectacle est travaillé, mais tout n’est pas écrit de A à Z. Il y a de la place pour de l’improvisation, pour être dans le présent. C’est un peu ça ma quête : être dans le présent le plus possible dans la vie et sur scène.

Avec le genre de chanson que tu fais, tu sais que tu n’es pas prête de passer à la radio ou à la télé.

Je décèle l’ironie dans ta question… Pour moi, actuellement, il y a un lien qui n’est pas fait entre les artistes et le public. Les médias, notamment la télévision, devrait remplir ce trou, mais ils ne le font pas. Comme nous, à priori, nous ne sommes pas censés rapporter beaucoup d’argent, ça n’a pas d’intérêt de faire de la pub pour notre travail.

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(Photo : Lucille Chauchat)

La chanson fait pourtant partie de la vie de tout le monde.

Oui, même si les gens ne s’en rendent pas compte. Si un soir, par hasard, ils se retrouvent à un concert, souvent, ils vont être troublés et ça va provoquer chez eux des émotions qu’à mon avis, Christophe Maé ne provoque pas. Je ne sais pas quel degré de sincérité à ce garçon, mais je ne suis pas du tout touchée par ce qu’il fait.

Je comprends ce que tu me dis, mais Maé, que je connais un peu, est le chanteur le plus lucide et gentil de ce milieu.

Je le cite lui, mais je ne le connais pas. Mais « Il est où le bonheur », vraiment, je ne peux pas. 

Pourtant ça marche et ça touche beaucoup de personnes. Comment peux-tu l’expliquer ?

Il a des mélodies efficaces et on retient facilement ses refrains, qui sont d’ailleurs fait pour ça. Mais en plus, on l’entend à la télé et à la radio toute la journée. Si on proposait aussi d’autres artistes, je suis sûr que les gens aimeraient aussi. Là, je pense à ma copine Garance par exemple. Je suis sûr que si elle était diffusée de temps en temps, ses albums se vendraient beaucoup.

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Garance et Lise Martin au Limonaire, le soir de l'entretien.

La façon dont tu vis ton métier actuellement te convient-elle ?

Je souhaite faire plus de concerts. J’ai vraiment envie de voyager avec la musique. J’ai d’ailleurs un projet avec Garance. Au mois de septembre 2017, nous aimerions partir sur les routes de France pendant un an. On a envie de faire des concerts dans les milieux associatifs, des concerts à domicile aussi. Puisque le relais n’est pas fait entre les artistes et le public, on a décidé d’aller vers les gens nous-mêmes. Après, j’aurais une idée plus précise de pourquoi les choses sont compliquées pour des artistes comme nous.

Quand tu as commencé la chanson, il n’y avait pas beaucoup de chanteuses dans le circuit. Aujourd’hui, vous êtes très nombreuses.  

Dans mes moments de désespoirs (rires), ça pourrait m’embêter, mais quand je suis lucide, je sais bien qu’il y a de la place pour tout le monde. Si on était moins, ça ne marcherait pas forcément plus pour moi.

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Pendant l'interview...

lise maartin,déments songes,interview,mandorTu as fait la une d’Hexagone, tu as de nombreux papiers hyper positifs dans la presse spécialisée… ça t’encourage ?

Ça m’incite à pener que je ne me suis pas trompée de métier et ça me donne du courage pour continuer à me battre. J’ai l’impression que je fais tout ça pour quelque chose. Je détesterais faire quelque chose d’inutile. Quand j’ai des retours de gens qui sont touchés, ça me donne envie de continuer. Si je me retourne en arrière, je vois que je suis dans la progression, même si elle est lente.

As-tu peur de basculer dans l’aigreur si ça ne fonctionne pas plus que cela ?

Aujourd’hui, ça ne pourrait plus m’arriver. J’ai muri et je suis beaucoup plus détendue sur plein de choses, notamment sur la notion d’échec et de réussite. Parfois, je croise des artistes qui sont amers, mais je peux les comprendre. Moi, j’aimerais arrêter avant de le devenir. Il y a tellement de choses qui me passionnent que je pense que cela se ferait tout seul. Je n’ai pas envie de m’accrocher éternellement.

Tu prépares un album que tu espères sortir au printemps 2017.

Depuis mon précédent double album en 2014, j’ai beaucoup évolué et beaucoup de choses se sont passées dans ma vie. Je veux raconter d’autres histoires. Les chansons sont quasiment toutes finies, mais sortir un album est long à mettre en place.

Ce sera un album simple ?

Oui, et il y aura moins de cordes qu’auparavant. Je vais me recentrer sur un disque plus guitare-voix avec un son très travaillé et des chansons plus légères. Je reviens vers quelque chose de sobre et essentiel… et je l’espère, qui devrait toucher.

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Après l'interview, le 22 juillet 2016.

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