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20 juillet 2016

Imbert Imbert : interview pour Viande d'amour

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(Photo : Thibaut Derien)

Viande d'amour, le quatrième album d’Imbert Imbert est, de loin, je trouve, son meilleur album. Imbert Imbert a su s’entourer pour échapper à la solitude qui finissait par le faire, je trouve encore, tourner un peu en rond (mais avec un sacré talent tout de même). Ainsi, son acolyte de scène Stephen Harrison (contrebasse, banjo), Grégoire Gensse échappé du Cirque Plume (piano, trompette, chant, guimbarde vietnamienne) et le batteur Denis Charolles (Arthur H et Brigitte Fontaine) ont participé à cette aventure discographique. L’énergie n’est pas feinte, on est proche d’un concert live.
J’applaudis un changement notable dans l’œuvre d’Imbert Imbert. S’il poursuit sa contemplation du déclin de la société et que l’on est souvent proche de l’abîme, il parvient avec brio à se raccrocher aux petits bonheurs de l'existence, voire à nous insuffler quelques notes d’espoir. Oui, oui, vous ne rêvez pas, je parle bien d’Imbert Imbert (mandorisé il y a 9 ans)

Le 1er juin, Imbert Imbert est venu  à ma rencontre à Webedia… ça tombe bien, j’avais beaucoup de choses à lui demander.

500x500.jpgViande d’amour par Imbert Imbert :

La viande, ou ce qu'il reste d'un corps quand on lui retire la vie. L'amour, ou ce qu'il reste de vie quand on lui retire un corps. La viande, ou le muscle de la mort. Et de l'amour aussi. Les mots sont des amis inconnus. Ils ne sont ni tout à fait de mon avis ni tout à fait opposés, ils se livrent avec bienveillance et me surprennent. Je n'ai pas d'arme contre eux. Parfois ils me font un peu mal mais ils le font avec tellement d'innocence que je ne peux pas leur en vouloir. Ils sont mignons tout plein. Ils ont la liberté désordonnée des enfants. Dieu que le désordre est beau ! Diable ! Mais que dire de la liberté ! J'écris ce que je ne sais pas dire. Je donne aux mots la charge de tout ce que je ne sais pas que je suis. Je me divertis de moi-même. Je me confonds à l'homme, à l'humain, celui qui n'est pas une part de I'humanité mais I'humanité elle-même. J'ai les salauds en moi, j'ai les sages et les fous, j'ai les vivants, j'ai les morts, j'ai la matière, j'ai le néant, j'ai l'infini. Putain que c'est bon ! Viande d'Amour, qu’avec la musique qui m'anime, les mots qui se précisent, les chansons qui s'écrivent, la matière se dilue dans le mystère de la vie, les corps se fondent aux âmes et la chair se fait sentimentale. Pour illustrer cette sensibilité crue, j’ai voulu enregistrer cet album de la plus simple des manières, quelques jours de studio seulement, pour prendre le son d'un moment qui passe, avec ses erreurs, ses imprécisions, ses fragilités, pourvu que se perçoive la puissance de ces musiciens qui ne sont que des hommes. Et quels hommes ! Grégoire Gensse, au piano, est un musicien total, compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste, il a la jeunesse bouillonnante. Denis Charolles, à la batterie, est également compositeur, arrangeur, il a la folie fondatrice. Stephen Harrison, à la contrebasse et au banjo, qui m'accompagne sur scène, a un groove inégalable. Tous trois ont ce point en commun : ils jouent avec leur cœur, leur corps, leur viande... d'Amour s'il-vous-plait !

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 (Photo : Thibaut Derien  #sur scène dans une minute – Imbert Ibert avec Stephen Harrison) 


13315728_10153940009484270_166655288463675738_n.jpgInterview :

Sur la pochette de ton nouveau disque (signé Thibaut Derien), on te voit replié sur toi-même. Y a-t-il un message caché ?

Dans la vie, je ne suis pas replié sur moi-même, mais j’ai tendance à la solitude. La plupart des personnes qui écrivent, en général, font un travail d’introspection, au moins à un moment donné. Le travail de l’instrument ou de l’écriture, c’est complètement solitaire.

Un artiste est seul pour créer et très entouré pour jouer sa musique sur scène. Schizophrénie mon amour ?

Tu as raison, il y a sans doute un peu de schizophrénie chez un artiste, je ne m’étais jamais posé cette question. Je passe beaucoup de temps à être seul et j’aime ça. L’introspection que je fais est  une passion. Je réfléchis en permanence sur la vie.

C’est là que tu trouves les sujets de tes chansons.

Peut-être, je ne me rends pas bien compte. En fait, je crois que je fais toujours la même chanson, mais avec un angle de vue différent à chaque fois.

Clip non officiel de "Le cancer des gens soumis", version 2015.

Moi, j’ai écouté l’album de quelqu’un qui n’est pas content de la société dans laquelle il vit et qui, a 12360100_10153594292164270_3209989306479785765_n.jpg
priori, n’aime pas ce que sont les gens. Dans « Le cancer des gens soumis », par exemple, tu vas très loin pour dénoncer la connerie humaine.

J’ai écrit cette chanson après les élections où le FN a fait un score impressionnant. J’étais une fois de plus affligé. Je crois que les gens sont autant vilains que profondément bons. On a tous des choses noires en nous, après on le contrôle plus ou moins bien. Il y a des moments où ils ne contrôlent plus.  Nous avons tous une sale bête en nous.

Tu fais quoi, toi, pour lutter contre cette sale bête ?

Je travaille beaucoup. Je fais en sorte que la sale bête laisse plus de place à la gentille bête.

La chanson est donc un bon moyen pour l’extirper de toi ?

En tout cas, créer des chansons, c’est du bon temps que je prends pour soigner les belles choses que j’ai en moi.

Clip de "A la gorge du temps".

(Photo ci dessous, Stéphane Mommey.)

stephane Mommey.jpgParfois, tes textes sont au premier degré, parfois, il faut un peu plus gratter pour comprendre.

Il y a des moments où les choses que je veux dire sont plus claires dans ma tête que d’autres moments. J’essaie de mettre des mots sur le grand mystère de la vie, mais de temps en temps, ce sont les mots qui me les expliquent. La poésie, ça sert à ça. Je ne comprends pas forcément les choses consciemment.

12 jours de répétitions et 4 jours d’enregistrement studio pour un album joué quasiment live, c’est la première fois que tu procèdes ainsi ?

Oui. On a joué live et c’est une superbe expérience. On entend bien que ce sont des hommes qui sont en train de jouer de la musique… et pas des machines. C’est vivant !

C’était bien de travailler dans l’urgence ?

C’était un plaisir, mais si on avait eu 4 jours de plus, on n’aurait pas dit non (rires).

Parfois, vous êtes parti en free jazz, comme dans « L’ado le sent ».

Oui, je me suis régalé à jouer cette chanson. Je ne pense pas que ce soit celle qui va le plus marquer le grand public (rires). Au départ, j’ai écrit d’abord la ligne de basse, puis la chanson ensuite. Denis Charolle a préféré partir avec de la batterie. Cela a modifié la structure du titre, mais c’était génial. Contrairement à mes trois précédents que j’avais hyper contrôlés, dans cet album, j’avais envie de faire participer les gens. Bien sûr, je suis arrivé avec mes chansons finies, mais ouvertes à toutes possibilités. Ce disque est habité par ces musiciens-là. De plus Grégoire Gensse, le pianiste, est mort depuis. Je suis content d’entendre sa marque puissante.

Tu n’as pas eu peur de trop t’éloigner musicalement de ce que tu faisais avant, au risque de dérouter ton public ?

Non, parce que j’avais une totale confiance en mes musiciens. Le risque, en musique, de toute manière, il est permanent.

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(Photo : Sylvie Bosc)

C’est le quatrième album en 11 ans de carrière.

J’en sors un tous les trois ans. C’est un bon rythme. Pendant les trois ans de battement entre deux albums, c’est une course. La scène, mes autres projets, la création… un artiste n’arrête jamais en fait.

Ensuite, il faut se poser un peu pour écrire de nouvelles chansons.

Oui, c’est un sacré boulot de faire un disque. Ecrire des chansons qui m’aillent, c’est difficile. J’essaie d’écrire en permanence, mais je peux revenir sans cesse sur l’une et y passer trois ans. Une chanson, c’est vivant. On peut ne jamais s’arrêter de l’écrire.

Le titre de ton album, Viande d’amour, est un peu déroutant.

J’ai mis un mot censé ne pas être beau avec un autre mot censé l’être, c’est le Yin en le Yang. C’est un peu la panoplie d’Imbert Imbert. J’écris souvent ainsi sans vraiment le vouloir. Je mets des choses laides dans des textes que j’espère beaux. J’ai envie de faire ressortir les reliefs.

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Pendant l'interview...

Il y a dix ans, j’étais venu te voir au Zèbre de Belleville et tu parlais pas mal entre les chansons. Tub784d3666d6c22ac2d84a0b185de85db.jpg lançais des messages politiques. Je me souviens que tu avais dit : « Si des gens votent Sarkozy, je ne les retiens pas », ou un truc comme ça. Ça m’avait choqué.

Je me souviens avoir dit ça, mais je ne le ferai plus. Aujourd’hui, j’ai changé. Que ceux qui votent Sarkozy viennent me voir, nous allons parler. J’ai plus envie de ça maintenant. Je dis pareil pour les gens qui votent Marine Lepen. Je préfère le dialogue à la fermeture d’esprit.

Tu as changé, dis donc.

Je suis devenu plus tolérant aujourd’hui.

Tu ne t’es quand même pas adouci ?

(Rires) Je ne sais pas.

1654324_10153463636749270_3159288802590093263_n.jpgQuand on vieillit, on devient plus sage ?

Je ne sais pas si c’est de la sagesse. J’ai envie de pardonner aux humains. J’ai envie de les soigner plutôt que de leur mettre des tartes.

Un artiste, ça peut être un médicament, en effet.

La poésie, c’est prendre soin des autres.

Dans tes chansons, avant cet album, je te trouvais un peu trop radical, alors que dans Viande d’amour, l’espoir est là.

Je m’applique depuis 37 ans à vivre et je crois que je commence à apprendre à y arriver un peu mieux. Je fais des progrès tous les jours.

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Après l'interview, le 1er juin 2016.

Commentaires

Ca fait con de dire, en public, qu'on est fier de son fils, de ses mots et de ses mélodies -
mais je prends le risque : je suis con et fier.
dominique imbert

Écrit par : dominique imbert | 21 novembre 2016

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