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06 juillet 2016

Nicolas Séguy : interview pour Equilibre Instable

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Nicolas Séguy, pianiste de Kery James, compositeur pour le théâtre et le cinéma, et pilier de l'album Midi 20 de Grand Corps Malade en 2006, a sorti il y a 4 mois son troisième album Equilibre instable, un petit bijou inclassable entre slam, musique classique, rap et chanson française.  Antérieurement connu dans les années 2000 sous le sobriquet de S Petit Nico, l’artiste de 33 ans qui qualifie sa musique de hip-hop pianistique. «Entre les arpèges de Frédéric Chopin et les rythmes de Quest Love, entre le groove de DJ Premier et l'audace d'Erik Satie», explique-t-il malicieusement. A travers ses textes, l’auteur nous fait découvrir son monde intérieur dans lequel se côtoient les souvenirs passé, les interrogations du présent et la crainte de l’avenir. Il évoque la paternité, l'amour de sa compagne, les inquiétudes sur les montées des extrémismes dans nos sociétés. Résolument contemporain, Nicolas Seguy balaie les grandes questions qui bousculent sa génération. Cet album est certainement le tremplin qui fera passer Nicolas Séguy de l’ombre des grands à la lumière des nouvelles révélations.

Le 19 avril, l’artiste est venu discuter avec moi sur la terrasse du 5e étage de Webedia pour évoquer son parcours, sa conception de la vie, son nouveau disque, Equilibre Instable, et ses projets. Rien que ça !

nicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interviewBio officielle :

Marqué par la culture Hip-Hop et la musique classique, Nicolas Séguy déclame ses textes en faisant chanter son piano. Entre héritage et transmission, entre la nature et le béton, il s’engage sans choisir de camp.

Riche de ses collaborations avec Grand Corps Malade et Kery James, l’auteur affirme une écriture directe, naïve et sans illusion. Ses textes évoquent la quête d’équilibre dans un monde qui s’effondre, la naissance et le deuil, les rêves réalisés.

Ses compositions pour le Théâtre et le Cinéma l’ont ramené à son piano, un véritable confident qui tient son propre discours. Une batterie poétique et une contrebasse rugueuse accompagnent l’auditeur sur un terrain brut et plein de reliefs.

« Entre Cabrel et Kery, entre le 16ème et Saint-Denis », Nicolas Séguy affronte les genres et les barrières entre les gens.

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Inicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interviewnterview :

Pourquoi as-tu repris ta véritable identité ?

C’est une façon de signifier que je repars un peu à zéro. Ma quête musicale est étroitement liée à ma quête personnelle. En abandonnant S Petit Nico, je reviens à qui je suis. C’est comme si je refaisais ce que j’ai toujours fait et ce que j'ai toujours été. Ecrire, c’est ma façon de me sentir à ma place. Je suis quelqu’un qui porte un vrai regard sur le monde qui l’entoure.

De par ton passé musical et tes multiples expériences, tu as prouvé que tu savais tout faire, tout jouer. Dans ce nouvel album, tu reviens au piano de manière plutôt sobre.

Je continue à tout faire, mais avec très peu d’instruments. Avec mon piano, je m’amuse à fouiller le plus loin possible. Après 10 ans de vie professionnelle musicale, je commence seulement à vraiment apprendre. Je n’avais jamais appris l’écriture, ni l’harmonie, j’ai toujours fonctionné au ressenti. C’est d’ailleurs toujours le cas, mais j’ai envie de creuser tout au fond de mes possibilités.

Clip de "J'cogite, j'gamberge", extrait de Equilibre Instable.

Avant tes collaborations avec Grand Corps Malade et Kery James, c’était quoi ton parcours. Je n’ai rien lu nulle part sur la question.

J’ai eu la chance d’être tombé sur une famille qui m’a enveloppé de musique depuis tout petit. J’ai appris le piano et le violon. Mes parents sont profs de math, mais ils sont issus de familles très artistes. Ma mère est bonne pianiste, mon grand-père maternel a séduit ma grand-mère en jouant du Rachmaninov. Du côté de mon père, c’était plus des artistes « picturaux ». J’étais dans un terreau favorable au fait de ne pas trop se poser de question pour faire les choses.

Dans ta jeunesse, ton rock à toi, c’était le hip hop.

J’ai baigné dans cette culture-là. J’ai même taggué le gymnase d’à côté de là où j’habitais, mes parents n’en ont jamais rien su. J’ai découvert plein de gens supers intéressants à l’époque. A l’âge de 14, 15 ans, j’ai commencé à faire de la scène avec des potes. Je faisais partie du  duo Face Caché, puis d’un groupe qui s’appelait Energumène Possy. J’ai vécu des moments extraordinaires à l’époque. La bien-pensance et la norme voulaient que le rap soit de la sous musique, donc quand j’étais gamin, j’y croyais un peu. Mais un jour, j’ai fait un BTS audiovisuel de son pour devenir ingénieur du son et là, j’ai rencontré des mecs qui faisaient du blues, du rock… et je me suis rendu compte que je pouvais quand même communiquer avec eux. Ça m’a conforté dans l’idée folle que je faisais de la musique et que le rap, c’était vraiment de la musique. Ensuite, je suis allé dans plein de directions différentes. Dès 2001, j’ai commencé à composer des pièces pour une compagnie de théâtre. Ca fait plus de 10 ans que je travaille avec eux, on a fait 6 pièces. J’ai aussi composé des musiques de films… Aujourd’hui, ma quête est de chercher des projets qui me donnent envie de créer, de faire, de rencontrer des gens.

Clip de "Ressens", extrait de Equilibre Instable.

Pendant longtemps, tu n’as pas eu confiance en toi…

Oui, c’est vrai… Pour croire un peu plus en moi, cela s’est passé en plusieurs étapes. Les concerts avec Fabien (Grand Corps Malade) qui m’ont vacciné de la peur du piano, le fait de travailler avec Kery James, mon Michael Jordan quand j’étais petit. Que ce grand monsieur de la musique me demande de l’accompagner et de chanter avec lui, m’a beaucoup impressionné et rassuré sur mon talent.

Tu as fait un premier EP sous le nom de S Petit Nico en 2008, qui a donné lieu à un premier album en 2011.

Avant cela, j’ai fait un premier album qui s’appelait S. J’ai dû en vendre 500 de la main à la main. Au final Equilibre Instable est mon troisième album, mais, encore une fois, c’est le premier car le premier sous mon vrai nom.

C’est évidemment ton album le plus personnel. Quand on écoute cet album, on connait bien Nicolas Séguy ?

C’était en tout cas l’objectif. J’ai fait 12 chansons différentes, mais elles ont deux points communs : je dis qui je suis et je m’intéresse au monde dans lequel je vis.

"La Mélodie parfaite", extrait de l'album Equilibre Instable.

Dans « J’ai grandi », tu dis qu’il faut rester soi même.

Il faut assumer qui on est et être soi-même. Ma vie a fait que j’ai fréquenté des milieux extrêmement différents et j’explique dans cette chanson que je suis le fruit de moult environnements.

« Ce que je te dois » est une chanson pour ta compagne ?

C’est une chanson où je parle de nous, mais à la base, ce n’était pas une chanson pour elle. C’était une chanson pour moi et d’autres gars que je connais. Autour de moi, je vois plein de couples qui se séparent, donc je sais que je ne serai jamais à l’abri. Cette chanson, c’est un peu une manière de me dire : « fais gaffe, l’amour ne dure pas forcément toujours, fais attention à savoir le préserver. »

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Tu te remets en question dans ce titre. Tu dis qu’il faut que tu recentres tes centres d’intérêts.

Je me vois, je suis lucide, je fais mille choses à la fois. Je ne suis pas toujours disponible comme je devrais l’être pour les gens que j’aime. Je ne prends jamais le temps parce que je n’ai pas trouvé comment m’organiser. Je suis en permanence dans une course à vouloir toujours plus. Je me rends compte que, du coup, je suis assez nerveux. Ce ne doit pas toujours être agréable pour ma famille ou mes proches.

Cette chanson a-t-elle remplacé une bonne séance de psychothérapie ?

Je sais juste que le chemin musical que j’emprunte depuis des années m’oblige à avancer humainement. Ce métier m’incite à me regarder dans la glace, bien en face. Je ne veux pas lâcher la quête de la perfection et j’accepte enfin de prendre position. Ce que je fais me permet d’être plus ouvert et d’apprendre qui je suis. Bon, je l’admets, mon métier, mes chansons, c’est un peu thérapeutique.

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Tu as des invités comme Ben Mazué et Gaël Faye. Mais il y a aussi Kery James et Grand Corps Malade. C’était symbolique qu’ils soient présents dans le premier album de Nicolas Séguy?

J’aurais pu les inviter plus tôt dans mes précédents albums, mais il n’y avait pas le sens. Avec Fabien (Grand Corps Malade), on attendait le bon moment, le bon texte. Avec Kerry, nous avions très envie de travailler ensemble pour moi. C’est fait.

Dans « Terroriste », tu ne freines pas ce que tu as à dire, j’ai l’impression.

Une vie humaine, c’est une vie humaine. Chaque mort à un poids pour moi. J’ai écrit cette chanson suite au massacre à Charlie Hebdo. J’ai entendu la semaine suivante les gens parler. Je me suis senti extrêmement mal. J’entendais des choses qui étaient en train de recréer des attentats. Claude Guéant qui parle de « choc de civilisation » avec des mots très durs. Il y avait beaucoup de certitudes et pas beaucoup de remises en question dans les discours ambiants. La violence emmène la violence. On est sur un terreau explosif et j’aimerais bien savoir comment on peut faire pour arrêter ce processus. Ce que je dis, je le dis en tant qu’artiste, je ne suis pas géopoliticien, donc je ne dis pas que ce que je chante est la vérité. C’est ma vérité. Je dois juste respecter ce que je ressens. C’est mon travail d’agir ainsi.

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Après l'interview, le 19 avril 2016.

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