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27 juin 2016

Solidays 2016 : Live report d'une soirée...

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(Photo: Matthieu Foucher)

solidays 2016,live report,clara matteraCette année, le festival Solidays s’est tenu du 24 au 26 juin 2016. Sur cinq scènes différentes plusieurs dizaines de têtes d’affiches et de nouveaux talents dont le but sera de faire rimer musique avec solidarité. Au programme de cette 18ème édition : Louise Attaque, Louane, Cypress Hill, M83, Selah Sue, Ibrahim Maalouf, Rover, The Shoes, Mr Oizo, The Avener, Bloc Party, Naive New Beaters, Kezia Jones, Patrice, Oxmo Puccino, Bigflo & Oli, Tiken Jah Fakoly, Jain, Flume, Naâman, Synapson… de quoi attirer quelques milliers de nouveaux festivaliers, collecter des fonds pour la recherche contre le Sida, et rappeler que cette maladie est toujours et malheureusement d’actualité.

Toutes les photos sont ici.

Cette année fut un cru admirable selon le communiqué officiel de Solidays :

Solidays plus « of Love » que jamais !

Il y a à peine quelques jours, Solidarité Sida et toutes ses forces vives ont ouvert à Paris une belle fenêtre musicale et solidaire. Sur scène comme dans les allées de Longchamp, les sourires ont été nombreux et les rencontres toujours fécondes. Les retours des artistes, bénévoles, militants associatifs, partenaires, techniciens et festivaliers rencontrés sont unanimes.

Cette 18ème édition a été exceptionnelle. Même le soleil s’est octroyé l’un des premiers rôles et a permis de booster l’enthousiasme d’un public fidèle.

Durant 3 jours, les concerts, témoignages, conférences et expositions se sont enchainés à un rythme effréné. Une fois de plus, Solidays a fait résonner avec succès les valeurs qui ont motivé sa création.

Pour cette 18ème édition, plus « of Love » que jamais, le record de fréquentation de 2015 a été battu avec 202 786 festivaliers au compteur. Une bonne nouvelle pour toutes les associations que Solidarité Sida accompagne au quotidien de Lomé à Bombay ou de Marseille à Bobigny.

À Solidays, chacun donne le meilleur. Ce n’est pas une promesse. C’est une réalité. Année après année, vous en faites la preuve. Grâce à vous, « notre » festival est unique et précieux.

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(Photo : Marylène Eytier)

solidays 2016,live report,clara matteraN’ayant pu m’y rendre, ne serait-ce qu’une journée, j’ai demandé à une « envoyée spéciale », Clara Mattera (à gauche), presque 20 ans, étudiante en communication (accompagnée d’une amie à elle) d’y aller à ma place. Le deal était qu’elle m’écrive ensuite un petit « live report ».

Le voici :

C’est le vendredi 24 juin, sous un soleil éclatant, que le festival Solidays a ouvert leurs portes cette année. Solidays, c’est 50 hectares, 5 scènes, 75 artistes et plus de 200 000 festivaliers. Nous vous présentons nos plus gros coups de cœur.

Naâman : Cette année c’est le reggaeman Naâman qui ouvre le bal des concerts des Solidays, un premier concert où tous les festivaliers se rendent pour entamer les festivités. Avec ses influences reggae, rap, mais aussi dub et électro ainsi que ses paroles engagées, le jeune français a su enflammer son public. En interprétant ses classiques comme « House of Love » ou « Rebel for life », Naâman crée un concert participatif où des milliers de festivaliers chantent avec lui sourire aux lèvres, et ça on adore.

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Naâman, le 24 juin 2016 à Solidays (Photo : David Gallard/CLACK)

Patrice : Patrice, de son vrai nom Patrice Bart-Williams, accompagné de ses trois musiciens a su se démarquer lors de cette première soirée des Solidays. Dès les premières notes le chanteur fait sauter son public, danser, chanter, crier, tout en offrant sur scène une performance incroyable. Des jeux de lumières et de sons l’accompagnent sur la scène, sa voix nous transporte, et ses rythmes reggae / pop / rock nous font danser jusqu’à la dernière seconde de concert.

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Patrice, le 24 juin 2016 à Solidays

Flume : Flume c’était le rendez-vous électro de ce vendredi soir. Le jeune dj australien était très attendu, et on a pas été déçu ! De « Say it » à « Never be like you » en passant par « Take a chance », Flume a enflammé la scène du début à la fin, pour le plus grand plaisir de son public. Le dj a su adapter ses morceaux plutôt doux à la scène en ajustant les basses, et ainsi faire danser les Solidays.

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Flume le 24 juin 2016 (Photo : Lise Olsen/Soundofbrit)

Salut C’est Cool : De la même façon que la soirée a été très bien ouverte avec Naâman, elle a été parfaitement clôturée avec Salut C’est Cool. Des rythmes techno entraînants, des paroles complètement barrées et quatre artistes déjantés pour faire danser le public de Solidays une dernière fois. Le quatuor a mis le feu à la scène avec un show aussi fou qu’eux et des prestations qui leur sont propres, tout en rappelant la raison de notre présence à tous, la lutte contre le Sida. Et ça, c’est cool!

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Ça C'est Cool, le 24 juin 2016 à Solidays

Bien que nous ayons choisi ces quatre artistes, bien d'autres méritaient leur place dans cet article. Pouvoir Magique, Louisaaaah!!!, Vandal... la plupart des concerts ont été très convaincants, comme l’ensemble du festival qui offrait aussi des manèges, des stands et l’incontournable Green Room ou des DJ set tournaient jour et nuit.

Reportage : Clara Mattera.

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20 juin 2016

Les Escrocs : interview pour le best of Plages privées

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Éric Toulis, Hervé Koury et Didier Morel sont Les Escrocs. Ils se retrouvent sur scène et sur disque avec Plages privées. Une compilation d'anciens morceaux remastérisés, extraits de leurs trois albums (Faites-vous des amis !, C'est dimanche..., Six pieds sur terre) avec, en prime des inédits & lives. Ils chantent « la douceur de vivre dans les îles aux frais de la société, la drague en mobylette, la monotonie des dimanches à Paris tout en regrettant le temps des troubadours ».

Au programme: du hip-hop à la valse-musette en passant par la java, le reggae ou les mélodies arabisantes. Les fidèles seraient bien inspirés d’être au rendez-vous à l'Européen le 23 juin pour célébrer la sortie officielle (le 24 juin) de ce best of.  Des retrouvailles scéniques qui promettent d'être réjouissantes.

Le 12 mai dernier, les Escrocs sont venus à Webedia pour cette première mandorisation. Merci à eux!

les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorBiographie officielle (signée Benoît Gaudibert):

" Faites-vous des amis !", clamaient les Escrocs sur la pochette de leur premier forfait. Répondant à l'invitation, les amateurs de - bonne - chanson française s'étaient pris de sympathie pour ces trois gaillards multi instrumentistes capables d'épouser tous les styles. Deux décennies plus tard, leur regard plein d'acuité reste plus que jamais d'actualité. D'"Assedic" à Je suis speed " ou "Loukoum et camembert", les rimes et les mélodies joliment troussées des Escrocs sonnent comme si elles avaient été écrites aujourd'hui, et balaient avec humour, swing et humanité les petits alèas du quotidien et les chausse-trappes de la société française. 

Si les artistes ont emprunté des chemins différents ces dernières années, la musique ne les a jamais quittés. Éric Toulis poursuivant sa voie en solo pendant que le professeur Koury prêtait ses talents à Bénabar, à Adamo et d'autres, et que le Dr Morel voguait vers l'Amérique du Sud approfondir sa science infuse des percussions, Les voici de nouveau réunis. En bons vivants qu'ils seront toujours, ils nous offrent aujourd'hui une compilation remastérisée avec des inédits à la clé, et, bien sûr, des concerts, tout un pacifique arsenal taillé pour allonger la liste de leurs très amicales et consentantes victimes.
 

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les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorInterview :

Avant vos retrouvailles officielles, vous étiez restés en relation ?

Éric Toulis : Oui, notre relation va au-delà de la musique. Toutes ces années, nous nous sommes vus beaucoup.

Et vous jouiez de temps en temps ensemble ?

Éric Toulis : Cela arrivait, mais pas sous ce nom-là. Pour les 20 ans des Escrocs, on s’est dit qu’on allait marquer le coup.

Hervé Koury : Chacun de notre côté, nous avons eu nos expériences musicales, mais on a toujours aimé se retrouver. Il y a 4 ans on a joué quelques morceaux comme ça, pour rien et on a aimé ça. Bon, pour les 20 ans, en effet, cela s’imposait que nous retrouvions officiellement.

Didier Morel : On avait un petit trésor de guerre, il aurait été dommage de ne pas l’exploiter.

Clip de "Assedic".

Les Escrocs ont duré 10 ans. Ce n’est pas rien.les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandor

Éric Toulis : On est tombé dans la bande de Gaza, à la fin du succès de l’alternatif, auquel on a beaucoup été assimilé, et le début de la nouvelle chanson et la vague hip hop. Disons que nous ne sommes pas arrivés au meilleur moment, mais nous nous sommes tout de même bien amusés.

Hervé Koury : Les « alternatifs », Tryo, Louise Attaque, les Têtes Raides, c’était nos potes, mais on ne se sentait pas de cette famille. Nous, on adorait le reggae, la java, la Motown,…  On faisait presque de la musique du monde. Il y avait de l’oriental, de la biguine, du swing manouche… Notre cuisine était très riche.

J’ai réécouté vos chansons et certaines sont encore bien d’actualité.

Hervé Koury : On aimait soulever quelques lièvres, quelques cailloux liés à la société dans laquelle nous vivions. Cette société ne s’est pas arrangée avec le temps.

"Loukoum et camenbert" en live en février 2016 au FGO-Barbara.

les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorPour faire cette compilation, vous avez procédé comment ?

Didier Morel : On a tout réécouté ensemble.

Éric Toulis : Comme on avait plus le nez dedans, on avait du recul et du coup, de l’objectivité pour mieux juger nos chansons. Il y en a que nous n’avons pas mises, car elles n’ont pas supporté l’épreuve du temps. Il y a des chansons qui n’ont pas été des singles qu’on a trouvés très honorables.

Hervé Koury : Basiquement, on n’a pas fait ça dans la souffrance, on était souvent d’accord, il y a eu même beaucoup d’évidences. On a gardé aussi celles dont nous avions des souvenirs flamboyants sur scène.

Il y a donc des chansons qui vous ont paru obsolètes aujourd’hui ?

Hervé Koury : Je vous donne un exemple. « Vigilance » est une chanson que l’on adore tous les trois, sauf que nous l’avons créé au milieu des années 90. Clairement, on visait les gens qui votaient FN. A cette époque, les choses étaient clivées entre les méchants qui votaient FN et les gentils qui étaient « Touche pas à mon pote ». Aujourd’hui, il y a un flou artistique sur tout ça. Je connais des gens qui vont voter Marine Lepen, qui sont un peu perdus, mais qui sont très gentils. Avant les gens choisissaient leur camp, aujourd'hui, c’est plus nuancé.

Didier Morel : On le dirait d’une autre manière maintenant, même si le fond correspond à nos idées.

Clip de "Mobylette". 

Éric, je me suis laissé dire que sur scène tu laisses la place plus souvent à Hervé en tant que chanteur.les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandor

Éric Toulis : Je suis plus partageur aujourd’hui (rires). Hervé, avec ses différentes expériences, s’est mis à chanter, à écrire et composer beaucoup, donc ça change la donne et je trouve ça super. Du coup, nous avons de nouvelles épices à incorporer dans le show… et c’est super intéressant.

Ce best of est-il aussi conçu pour préparer le terrain à un nouvel album inédit ?

Hervé Koury : Il est en gestation. Nous n’avons pas envie de nous reposer sur notre passé.  Mais, encore une fois, ce disque était un moyen de fêter nos 20 ans. C’est une pierre posée par rapport au fait que nous recommençons.

Éric Toulis : Nous voulions que ceux qui ne nous connaissent pas puissent balayer notre « œuvre » facilement.

C’est bizarre de se glisser de nouveau dans la peau d’un Escroc ?

Éric Toulis : C’est marrant parce que l’on reprend vite sa place et ses marques. Les choses se sont faites naturellement. La seule différence, c’est qu’on a plus d’expérience.

Hervé Koury  : Il faut laisser parler le côté naturel de ce que l’on sait faire. Il n’y a aucune démarche intellectuelle. L’expérience doit rester en toile de fond, mais elle va nous servir à ne pas refaire les erreurs du passé.

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Pendant l'interview (photo : Cathy Baumerder)

Si vous dites souvent des choses fortes, vous n’avez jamais été moralisateurs, c’est ce que j’ai toujours apprécié chez vous.

Hervé Kouris : On propose notre point de vue et les gens prennent ce qu’ils veulent, ce qui ne nous empêchent pas de dire des choses qui nous dérangent.

Et vous maniez l’autodérision comme personne.

Hervé Kouris : C’est la base.

Éric Toulis : C’est le maitre-mot de l’humour. On ne peut se moquer des autres uniquement si on sait se moquer de soi-même.

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Après l'interview, le 12 mai 2016, sur la terrasse de Webedia (photo : Cathy Baumerder).

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16 juin 2016

François Bernheim : interview pour l'ensemble de sa carrière

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7492_108490756197683_6572886381044119432_n.jpgL’auteur-compositeur-interprète François Bernheim est un découvreur de talents comme les Poppys, Louis Chedid (mandorisés et ), Renaud (mandorisé ), Patricia Kaas… faiseurs de tubes comme « Non, non, rien n’a changé », « Mon mec à moi », « Il mio rifugio »… Compositeur de nombreuses musiques de films, il réunit parfois quelques amis musiciens, afin de chanter lui-même les chansons qu’il a écrites et qui sont devenues des succès par la voix des autres. Et si certains de ces autres le croisent dans les parages, François les invite à monter sur scène et à chanter avec lui. Les 22 et 23 juin prochains, François Bernheim et ses amis seront sur la scène du Rond-Point pour deux concerts exceptionnels. Attention, un nouvel album et quelques jeunes talents pourraient bien se mêler à cette fête, où Radio Piiaf sera de la partie.

Les invités : Dani, Benoît Dorémus (mandorisés ici), Anne Etchegoyen, Alexandra KazanIsabelle Nanty, Pierre Palmade…

Les musiciens :

Guitare : Bruno Polius, Romain Roussouliere

Percussions et claviers : Jean-Marie Leau (mandorisé )

Percussions : Marc Chantereau

Chœurs et chant : Marie-Camille Soyer

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond Point où se déroulent les soirées François Bernheim & friends les 22 et 23 juin 2016.

bernheim-infrarouge-783x520.jpgInterview :

Quand on épluche votre CV, on constate que votre première expérience musicale est la formation d’un groupe avec les sœurs Sanson, Violaine et Véronique. Musicalement, il n’y a rien avant ?

Je suis catholique, mes parents m’ont fait aller à la messe de façon forcenée. J’ai participé à la chorale et j’y ai pris un goût énorme. C’est là que j’ai appris à l’oreille les harmonies. Je suis un autodidacte total et un instinctif. Je suis devenu Chanteur à la Croix de Bois à 10 ans et c’est là que tout a démarré.

A 10 ans, vous êtes-vous dit que c’était le métier que vous vouliez faire ?

Non, je suis né d’une famille extrêmement simple, ruiné moralement et financièrement par la guerre. Mes parents étaient fonctionnaires et ils ont tout misé sur moi. Ce n’est pas une pression énorme, mais je sais que je suis la chance de la famille de faire quelque chose. Loin de nous l’idée de faire carrière dans la musique. J’ai donc fait des études normales.

Vous étiez en seconde avec Dominique Blanc Francart, je crois.

Oui. Lui avait déjà un groupe et moi, j’en formais un. On a été virés tous les deux pour indiscipline.Ca créé des liens. Je l’ai retrouvé 15 ans après professionnellement.

Au lycée, vous commenciez à être très branché musique.

J’écoutais beaucoup de rock’n’roll et donc j’ai formé un groupe dans le garage de mes parents. C’est banal. Le rock, c’est joyeux. On s’amuse, on n’est pas à l’âge où on parle de la guerre tout de suite. On a fait des petites soirées dans des bars et des clubs de la banlieue ouest.

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Et après ?

J’ai eu une mononucléose, donc j’ai loupé une année scolaire. Pendant cette année-là, j’ai écouté beaucoup de disques et je n’ai pas travaillé du tout. Deuxième chose, j’ai eu un accident très très grave à la suite d’une course poursuite (il me raconte le pourquoi du comment de cette histoire hallucinante… mais il me demande de la taire) qui m’a cloué au lit pendant pas mal de temps et là, on m’a offert une guitare. J’ai encore cette guitare. Mes parents m’ont amené l’année suivante en Espagne en vacances. Là, sur une plage, je suis tombé sur deux jeunes filles superbes, que je ne connaissais pas et qui avaient 16 et 13 ans. La première s’appelle Violaine, la seconde Véronique. Les sœurs Sanson avaient des parents aisés et étaient donc dans un superbe hôtel. Après avoir fait connaissance, très vite, on fait des chansons autour de piano de l’hôtel. Pour la faire courte, nous nous revoyons à Paris. Je découvre ainsi le milieu de la haute bourgeoisie. La maman de Violaine et Véro organise un goûter dans la demeure familiale. Moi, j’ai 17 ans, Véro en a 14. On joue des morceaux tranquillement et un type que nous n’avions pas remarqué, car il était dans le fond du salon, vient nous voir pour nous demander de venir à son bureau le lendemain. C'était le directeur des éditions Pathé Marconi. Le lendemain, on croise Tino Rossi, Henri Tachan et Julien Clerc dans les couloirs et dans le bureau, il y a un jeune mec qui s’appelle Michel Berger, un autre qui s’appelle Claude-Michel Schoenberg et un troisième qui s’appelle Jacques Sclingan. Le rendez-vous se passe magnifiquement et les trois directeurs artistiques nous demandent de venir au studio le lendemain. Là, c’est Gilbert Bécaud que l’on croise, nous sommes émerveillés. On enregistre une quinzaine de titres très maladroitement. Berger et Schoenberg nous font signer un contrat sous le nom de Les Roche Martin. On ne sait même pas pourquoi ce nom.

Les Roche Martin: "Miss Gaffe", maquette studio de 1967 (paroles et musique : François Bernheim). Le trio est composé de Violaine Sanson, Véronique Sanson et François Bernheim.

230291624971.jpgCombien de temps a duré l’aventure Roche Martin ?

Deux ans. Le temps de faire deux Super 45 tours (4 titres chacun). Nous n’avons quasiment rien vendu, mais il est resté dans la mémoire collective comme les débuts de Véronique Sanson. C’était assez nouveau dans les mélanges de voix. Rétrospectivement, je trouve que c’était pas mal. Après le deuxième 45 tours, je me suis fâché avec tout le monde. Je crois que j’étais dépité par la romance qui commençait entre Michel Berger et Véronique Sanson. Il faisait un peu bande à part et ça me mettait hors de moi. J’ai même dit que je m’opposais à la sortie de ce deuxième disque. J’étais susceptible à l’époque, c’était juste un mouvement d’humeur.

C’est à cause de vous que le groupe s’est arrêté ?

Non, ça devait s’arrêter de toute manière. Je le sentais. Violaine m’a suivi, car elle était ma petite amie à l’époque et Véro est restée avec Michel Berger. Ils ont fait une sublime carrière ensemble.

Aujourd’hui, vous êtes encore ami avec les sœurs Sanson ?

Bien sûr. Quand je fais un spectacle, elles viennent souvent. On refait les Roche Martin pour rigoler.

Après, vous êtes rentré chez Barclay.

Quand le groupe explose, je ne sais plus par quel miracle, la secrétaire d’Eddy Barclay m’appelle, alors que j’avais repris mes études à la fac. Il me reçoit à son bureau et on commence à boire du Bordeaux à 11 heures du matin. Il me demande ce que je fais. Je lui réponds que je viens d’accepter un boulot à mi-temps pour payer mes études. Il me demande combien je gagne. Je lui réponds 1500 francs par mois. Il me dit qu’il m’offre la même chose, mais à temps complet, pour devenir son assistant. Il m’a donné 5 minutes pour accepter ou refuser. J’ai dit oui tout de suite, sans prendre le temps de réfléchir. Pour lui, être assistant, c’est être disponible tout le temps. Il aimait me montrer pour dire qu’il avait un assistant. J’ai passé une année à ne rien faire, mais j’ai essayé d’apprendre mon métier.

Et soudain, il vous propose de vous occuper d’une artiste.

Oui… et c’est Brigitte Bardot. Je deviens son directeur artistique. Elle avait 38 ans et elle venait d’arrêter le cinéma. Je suis devenu très pote avec elle. Elle a été très gentille avec moi. Je n’avais pas de sous, elle m’invitait tout le temps et on a beaucoup voyagé tous les deux. Je précise que je n’ai pas eu d’aventure avec elle. Je le dis, parce que c’est rare. Elle n’était pas nympho, mais elle aimait les mecs.

"C'est une bossa Nova", une chanson de François Bernheim pour Brigitte Bardot.

En studio, elle était comment ?R-1658380-1394398906-8972.jpeg.jpg

Extrêmement docile. Dans le choix des chansons et dans la façon de travailler, ça se passait toujours bien. Elle avait le sens de la mesure, elle chantait juste. Elle n’avait aucun caprice. Il n’y a jamais eu aucun problème avec elle.

Diriger Bardot, pour un jeune homme comme vous, ça n’a pas dû être facile.

Il faut être le patron. Comme un directeur d’acteur, un metteur en scène, c’est moi qui disais « c’est bien », « c’est pas bien », « il faut chanter autrement »… Même si je n’étais pas sûr de moi tout le temps, je faisais semblant de l’être. Les artistes ont besoin de ça.

Barclay a voulu vous virer.

Il était en cessation de paiement. Dans les couloirs, on voyait passer des mec avec des attachés-case. Ça ne sentait pas bon, il y avait des audits partout. Et puis, un jour, avec une autre directrice artistique, Jacqueline Herrenschmidt, nous avons décidé de faire chanter l’actualité par des enfants. Je suis parti à fond la caisse dans cette idée. En une heure, j’ai écrit deux chansons, « Noel 70 » et « Non, non, je ne veux pas faire la guerre ». Nous avons eu la chance de tomber sur la chorale d’Asnières. On a sélectionné 17 mômes qu’on a appelé Les Poppys. En 5 ans, on a vendu 5 millions de disques. Pour Eddy Barclay, soudain, avec Jacqueline Herrenschmidt, nous sommes devenus Dieu. On a sauvé sa maison.

Clip des Poppys, "Non, non, rien n'a changé".

114108119.jpgVous avez porté d’autres tubes pour Barclay.

Michel Delpech avec « Whight is whight » et “Pour un flirt”, Nino Ferrer avec “La maison près de la fontaine”, Léo Ferré avec « C’est extra », Esther Galil avec « Le jour se lève », Patrick Juvet avec « la Musica ».

Je crois que Barclay n’aimait pas trop Juvet.

Il me disait qu’il ne voulait pas le garder sous le prétexte que « les français n’aiment pas les pédés ».

On vous a laissé signer des jeunes comme Louis Chédid.

Je le trouvais extraordinaire. Un ovni dans ce paysage. Je l’ai connu, il était chef monteur aux actualités Gaumont. Un copain commun me le présente. Il me fait écouter des maquettes. J’adore sa poésie et sa sorte de folie. On a signé un album, Balbutiements, et il n’a eu aucun succès. Mais c’était la première marche de sa carrière.

Un extrait de l'album de Louis Chédid, Balbutiements, "Enchanté".

Avec Jacqueline Herrenschmidt, du coup, vous avez quitté Barclay.

On a donné notre démission. Nous avions trop donné sans recevoir en retour. Barclay nous a fait un pont d’or pour que nous changions d’avis, mais nous nous sommes drapés dans notre dignité. C’était un homme d’affaire avant tout.

Vous avez monté la société HB. Herrenschmidt Bernheim Productions.

Oui, nous voulions produire en toute indépendance. Grâce à Coluche, on a vu Renaud au Caf’ Conc. Il faisait sa première partie. Nous avons tellement aimé que le lendemain, on le reçoit dans notre bureau. Il est arrivé en poulbot, c’était génial. A ce moment-là, Paul Lederman voulait le signer, mais il a refusé. Par contre, il a signé avec nous. On n’a pas compris pourquoi il nous avait choisis. Amoureux de Paname est sorti en mars 1975 et contient des chansons comme « Hexagone » ou « Société, tu m'auras pas ». La fille qui a accueilli Renaud pour la première fois, c’est Danièle Gilbert. 

Première prestation télévisuelle de Renaud : "Camarade bourgeois" à Midi Première.

Et pas de chance, votre boite a coulé à cause d’un escroc.

Oui, nous avions confié les finances à quelqu’un qui nous a trompés. Il est parti avec l’argent. Il a foutu la merde dans la vie de Jacqueline et dans la mienne d’une façon incroyable. On a été obligé de céder Renaud, alors qu’il commençait à avoir du succès. Pour être honnête avec vous, je peux dire que Renaud a servi à payer nos dettes. Il a fallu 7 ans pour que l’on se remette de ça. Nous vivions dans une honnêteté totale, mais dans une naïveté idiote.

Ça vous a écœuré du métier ?

Un peu évidemment, mais il faut se battre. Avec Jacqueline, nous nous sommes séparés. Il y a eu dans ma vie un long moment de flottement.

Et Phonogram vous appelle.

Le président de cette maison de disque me demande si je suis intéressé pour aller faire une étude au Brésil. J’ai accepté et ça m’a fait un bien fou. Je suis allé essayer de comprendre pourquoi aucun des artistes brésiliens fort talentueux n’arrivaient pas à vendre en dehors de leur pays. Je me suis retrouvé tout seul à Rio et j’ai rencontré des tas d’artistes magnifiques.

Quand vous êtes rentré, on vous a demandé de faire du disco.

Oui, c’était la mode, mais je ne suis pas quelqu’un qui fait danser les autres. J’ai quand même dit que j’avais quatre idées d’albums. J’ai donc monté quatre groupes fictifs avec des chanteurs et des musiciens de studio, ensuite, je suis allé mixer à New York. Je travaillais avec Jean-Pierre Lang pour faire les chansons et les textes étaient signés Boris Bergman. Ces albums ont marchoté.

Vous avez passé un an à New York puis vous revenez vivre à Paris.

Oui, à l’époque, je vivais avec Agathe Godard, journaliste de Paris Match avec laquelle je suis resté 7 ans. Un jour elle m’annonce qu’elle va interviewer Gérard Depardieu. Elle me demande de venir avec elle et j’accepte. On se retrouve à Bougival pour déjeuner. Il y avait Elisabeth Depardieu et ça a été le début d’une amitié de 35 ans.

Elisabeth Depardieu chante "Les hommes de ma vie", extrait de l'album "A Barbara quand j'ai froid" (1983).
Paroles: Elisabeth Depardieu et François Bernheim.

Vous avez travaillé avec elle.

Je lui ai fait deux albums, dont un dirigé par Barbara. Cette dernière était très désagréable avec moi parce qu’elle était jalouse de la relation que j’avais avec Elisabeth. De son côté Elisabeth me fait des chansons pour mes propres albums, mais ils ne marchent absolument pas. C’est normal, en tant que chanteur, je n’ai jamais marché (rires).

Et puis, un jour, Patricia Kaas apparaît dans votre vie.

Un copain artiste, Joël Cartigny, me demande de le rejoindre pour regarder une artiste en vidéo. Plan fixe sur un cabaret de Sarrebruck, le « Rumpelkammer Club », puis arrive une fille de 16 ans qui chante comme personne. J’appelle. Je tombe sur sa mère qui ne parle qu’allemand, je ne parle pas cette langue, mais on arrive à se comprendre. Le lendemain, la petite Patricia fait un concert à la fête de la bière de je ne sais plus trop quelle localité. Je m’y rends et je la vois chanter des chansons comme New York, New York devant 700 personnes alcoolisés. Plus personne ne bronchait. Je l’ai ramené à Paris et je l’ai présenté à Elisabeth Depardieu. Nous décidons de produire le premier album de Patricia Kaas dans la société d’Elisabeth.

Ce premier disque, La musique de la forêt noire, ne fonctionne pas. Moi-même, je n’en ai jamais entendu parler.

Pour les radios, Kaas, ça a été un rejet total. Elisabeth libère Patricia, mais moi, je garde contact avec elle. Je fais écouter ce qu’on a fait à Bertrand de Labbey (qui dirige aujourd’hui la première agence artistique européenne, Artmédia) et il me conseille d’aller voir Didier Barbelivien. Ce que je fais. Il apprécie la voix de la chanteuse et me demande de revenir une semaine plus tard. Le jour J, à l’arrache, il me chante « Mademoiselle chante le blues ». Je me dis immédiatement que c’est génial pour elle. C’est exactement le genre de chanson qu’il lui faut. Cette chanson avait été refusée par Nicoletta et Nicole Croisille. Elle n’a donc pas été écrite pour Patricia. On lui fait signer un contrat chez Polydor et ça été le début de son immense succès. Je lui ai composé « Mon mec à moi », « D’Allemagne », « Les hommes qui passent », « Entrer dans la lumière »…

Clip de Patrica Kaas : "Les hommes qui passent".

Après Patricia Kaas, il se passe quoi pour vous ?

Tout et n’importe quoi. J’ai écrit pour plein de monde. Quand j’y repense, j’ai passé mon temps à faire des trucs très branchouilles ou des trucs très populaires. J’aime me diversifier et être là où on ne m’attend pas forcément.

guillaume-depardieu-post-mortem-album-critique-avis-le-bric.jpgTerminons avec un disque dont vous êtes à l’origine et que j’aime beaucoup : le seul disque de Guillaume Depardieu (mandorisé ), Post Mortem.

Affectivement, c’est une de mes expériences les plus intenses. Les autres artistes que j’ai produits, je ne les ai pas connus quand ils avaient 6 ans. J’avais une relation très tendre avec lui et depuis très longtemps. Il y avait un amour énorme entre nous. J’avais une écoute artistique et sensible différente de celle de son papa et je l’ai toujours suivi dans ces études musicales classiques, dans ses démarches punk ou hip hop. Il allait dans plein de directions, mais il revenait toujours vers moi pour me demander mon avis.

L’intérêt était-il réciproque ?

Oui, il s’intéressait beaucoup à moi et à ce que je faisais artistiquement. Nous nous chambrions beaucoup, mais c’était bon enfant. Nous avions une forte complicité.

Qui a décidé de faire ce disque ?

Un jour, il vient chez moi et me donne des textes. Il repart aussi sec. Je comprends qu’il a  peur de savoir ce que j’en pense. Je trouve ça fort, violent, poétique. Une semaine après il m’appelle pour avoir ma réaction. Je lui dis mon sentiment, mais je le sens déçu. Il finit par me dire : « mais tu n’as rien fait ? ». Il voulait que j’écrive la musique, mais il ne me l’avait pas demandé. Je suis rentré en studio et j’ai fait 11 maquettes. Je lui ai envoyé avec ma voix. Lors de l’enregistrement, il l’a chanté avec ma tonalité. Il n’a rien changé. Il a été d’une fidélité totale à mon travail. On a tout enregistré en deux après-midi. Je n’avais rien à diriger tant il était parfait.

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Guillaume Depardieu et François Bernheim sur la même scène, peu de temps avant le départ du comédien chanteur. 

Comment ont réagi les maisons de disques ?

Chez AZ, Valéry Zeitoun, a été subjugué par le résultat. Mais après trois semaines d’attente, il a fini par dire non parce que son équipe ne voulait pas. Chez Sony, Valérie Michelin écoute 15 secondes et elle me dit : « pourquoi tu me fais écouter des trucs pornos ? » Je suis sorti de ce rendez-vous assez écœuré. Chez Atmosphériques, Marc Thonon, a été subjugué lui aussi. Il le signe, malgré les difficultés financières qu’il traverse. Et Guillaume part tourner un film en Roumanie, L’enfance d’Icare. Là-bas, il contracte une pneumonie et une nouvelle infection à un staphylocoque doré, résistant à la méticilline, qui l'oblige à être rapatrié à l'hôpital de Garches. Il y meurt le 13 octobre 2008.

Clip officiel de "Je mets les voiles".

Comment réagissez-vous ?

Je suis effondré, évidemment. Pas pour le projet, parce qu’il était comme un « fils » pour moi. Et puis ce mort dont l’artistique m’appartenait, je ne savais plus quoi en faire. Il fallait qu’il revienne à sa sœur Julie. Ils étaient fâchés et n’étaient pas réconcilés avant sa mort. Elle a écouté le disque et elle est devenue folle. Dans le sens, folle d’émotion. Elle a développé une parano et une culpabilité totale et infernale et elle a voulu tout prendre en main. J’ai traversé cinq années complètement idiotes et décousues. J’étais rejeté du projet alors que Guillaume avait validé mon travail. Julie, elle, a considéré que je n’étais pas de la bonne génération. Pour elle, il fallait aller voir des gens « branchouilles », comme Benjamin Biolay, auxquels Guillaume n’aurait jamais pensé, évidemment. Tous ont décliné parce que ce n’était pas leur truc ou que certains me connaissaient et ne comprenaient pas pourquoi ce n’était pas moi qui portait ce projet jusqu’au bout. Julie m’a sous-estimée et je suis rentré dans un conflit très dur avec elle. Je ne supporte pas que mon œuvre arrive aux oreilles de tout le monde sans que j’en aie donné l’autorisation. Une tierce personne a débloqué la situation en trouvant une solution commune qui était celle de travailler avec Renaud Létang. Ne voulant pas trop discuter longtemps, je voulais que ce disque finisse par sortir, j’ai donné mon accord. J’ai posé une condition, que ce soit un double album. Un CD du travail que Guillaume avait validé avec moi et un CD de la version de Julie.

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Pendant l'interview...

Quelle histoire !

D’autant qu’il a fallu faire la promo. Elle l’a faite de son côté et moi du mien. Jamais ensemble.

J’ai l’impression que cela vous a blessé.

D’abord la disparition de Guillaume, puis ce que ce projet est devenu. Pour couronner le tout, j’ai sorti un livre avec Sylvie Matton, intitulé Guillaume Depardieu, bande originale dans lequel je racontais notamment l’aventure de ce disque. Ce que j’estime être un beau bouquin a été désavoué complètement par la famille. Je voulais rendre hommage au travail de Guillaume et à l’homme que j’ai connu. Visiblement, ce mort appartient aux autres.

Aujourd’hui, vous travaillez sur quoi ?

Je travaille de nouveau pour Patricia Kaas. Je souhaiterais qu’elle revienne au top de la chanson française.

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Après l'interview, au Café de Flore.

14 juin 2016

Superbus : interview de Jennifer Ayache pour Sixtape

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Superbus revient après une tentative solo de Jennifer Ayache (qui n’a pas rencontré le succès escompté). Ce n’est pas ma première rencontre avec la chanteuse du groupe (voir une première mandorisation là pour fêter les 10 ans de Superbus). Nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale pour une longue interview. En voici la substantifique moelle pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juin 2016).

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Clip officiel de "Strong & Beautiful" (avec la participation de Natoo). 

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Après l'interview, le 9 mai 2016.

08 juin 2016

Jil is Lucky : interview pour Manon

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jil is lucky,manon,interview roy musicAprès le succès rencontré sur ses deux premiers albums (grâce notamment au titre « The Wanderer » - hymne officiel de Flower by Kenzo -) et de nombreuses tournées en France (Cigale et Casino de Paris sold-out) et dans toute l'Europe, Jil is Lucky se renouvelle en chantant pour la première fois en français. Il a composant un concept-album ambitieux autour d’une rencontre poétique et destructive entre le narrateur et une jeune djette franco japonaise, "Manon". Jeune, blonde, environ 1 mètre 60.

Le concept-album s’impose mais le chanteur tenait aussi à ce que chaque chanson ait son identité et son indépendance. Manon s’écoute comme on regarderait un film. Les titres sont autant de scènes : de la rencontre à la rupture en passant par la passion, la jalousie et les regrets.

La qualité de l’album tient beaucoup aux trouvailles d’écriture de son auteur mais aussi à son ambiance électro pop qui marque un tournant dans la carrière de l’artiste.

Jil is Lucky est venu à Webedia le 12 avril dernier pour me présenter ce nouveau projet.

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jil is lucky,manon,interview roy musicInterview :

Pourquoi avoir choisi la langue française pour ce projet ?

J’ai toujours écrit pour moi de la poésie en français, mais je n’avais jamais passé le cap de notre langue dans les chansons. Je voulais réussir à allier des formes très traditionnelles de poésie comme l’alexandrin, l’octosyllabe à l’ancienne, un langage très parlé, très direct et mélanger tout ça. J’ai écrit deux alexandrins qui sont devenus l’ouverture de l’album. Ca racontait une histoire : « Ça fait des mois que je n’ai plus de nouvelles d’elle, signalement petite blonde un soixante et quelques ». Ça m’a beaucoup inspiré. Qui est cette fille ? Que pouvais-je inventer autour d’elle ?

Ta voix est mixée dans la musique, c’est un procédé plutôt rare en France.

Je viens de l’easy pop. J’ai appliqué les codes de la musique anglaise ç un album en français.

C’est un disque conceptuel.

Je raconte une histoire d’amour, tout ce qu’il y a de plus banal en soi, les prémices, le développement et la rupture. Il est préférable d’écouter l’album dans sa continuité, mais j’ai fait en sorte que chacune des chansons puissent être écoutées indépendamment les unes des autres. C’est un album hors format par rapport à ce qu’il se fait aujourd’hui, je le concède. Il doit s’écouter en prenant son temps. Il n’est pas immédiat. Il a une certaine prétention à vouloir jouer la carte de la profondeur, à jouer sur la réécoute et la durée. Je ne pensais pas qu’on allait pouvoir en retirer un single et pourtant « Le goût de l’aventure » et « A l’envers » sont déjà joués en radio.

Clip de "le goût de l'aventure".

Faire un tel disque, n’est-ce pas une sacrée prise de risque financière ?

Si on sait quelque chose sur les disques conceptuels, c’est que c’est le four assuré (rire). J’ai la chance d’être dans un label indé, Roy Music, qui me suit depuis le premier album. Ils ont confiance en moi, même en sachant que chaque album est à chaque fois radicalement différent. Je suis entièrement libre, ce qui me permet d’aller au bout de mes envies… sans frein.

Comment garde-t-on sa fan base en agissant ainsi ?

On ne la garde pas. Le premier album était très folk, voire tsigane, le deuxième, In the Tiger’s Bed, était beaucoup plus pop, ultra produit et le troisième est en français avec une écriture moderne… ma façon d’envisager ma carrière est anti marketing. Je m’en moque,  à chaque nouveau disque, il y a toujours des nouvelles personnes qui découvrent mon travail.

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Est-ce un besoin vital de ne jamais faire la même chose ?

Ma seule hantise artistique, c’est de me répéter. Ce serait terrible pour moi de resservir deux fois les mêmes formules. J’ai une vision de l’art en perpétuelle mutation, en mouvement constant. Je suis méticuleux, je travaille énormément, dix heures par jour au minimum.

Ce disque permet d’évoquer les facettes les moins reluisantes de l’amour?

Je parle des facettes de l’amour et de la douleur. Ce qui m’intéressait, c’était ce côté irrationnel et passionnel quand on rencontre une lolita. Quand on plonge à corps perdu dans une histoire, on sait très bien, dès les premières minutes, qu’on va morfler. Ce que je voulais faire ressentir dans le ton de la narration, c’était ce côté désabusé du type qui sent qu’il est cuit parce qu’il est face à une gamine qui va le prendre, puis le broyer et le jeter à la poubelle. J’ai voulu faire passer le décalage entre la profondeur des sentiments et le côté ultra superficiel de la gamine.

Manon- VR 360 - The movie (court métrage tourné à 360° et son multidirectionnel.  

Tu as passé deux ans dans ton bureau à décrire Manon. As-tu hésité à lui donner vie ?

Avec mon label, c’est la question que nous nous sommes très vite posés : est-ce que qu’on cherche une fille qui pourrait être elle ? Le but des chansons, au-delà de l’histoire, c’était de ramener chaque personne qui écoute ce disque à sa Manon. On en a tous une. On a tous morflé avec une gonzesse.

Et finalement, vous en avez cherché une.

On a cherché assez longtemps notre Manon quand deux personnes du milieu de la nuit nous ont demandé si on allait prendre Moon pour personnaliser ce projet. On est allé voir sur Instagram et bingo ! C’était bien la fille idéale pour endosser ce rôle. Elle était dans tous les clubs branchés. A la base, elle est directrice artistique, mais elle fait aussi de la sculpture, du dessin… c’est une artiste pure et dure. Elle a une beauté tellement singulière qu’elle fait du mannequinat malgré elle. La première fois qu’on l’a vu dans les bureaux du label, le souffle de tout le monde a été coupé. On s’est dit : « Il y a Manon qui vient d’arriver en personne ».

C’est bizarre de créer un personnage et de trouver sa parfaite représentation ?

C’est le fantasme de pygmalion absolu. Pour un artiste, c’est fantastique. A partir du moment où on a vu cette fille à l’image si forte, on a décidé de décliner le projet en différents clips et un film en 360°.

Clip de "A l'envers".

Moon a accepté facilement de devenir Manon ?

Elle a demandé à écouter les chansons et, après écoute, elle a dit qu’elle voulait être Manon. On l’a prévenu qu’elle allait être très mise en avant dans la presse, sur la pochette. Elle a acquiescé à tout.

Tu es précurseur et c’est bien de l’être, mais tu n’as pas peur que cette histoire de lunettes effraye les gens ?

Comme je ne suis pas du tout dans le circuit mainstream, je peux me permettre à peu près ce que je veux. Je vois ça comme un « goodies » (un objet promotionnel, un cadeau). Je sais que ceux qui s’intéressent à mes disques et à ma musique sont souvent des curieux. Je suis sûr que l’expérience les tentera. Mais l’essence du projet reste le disque. Les films, les lunettes, ce sont des gadgets.

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Pendant l'interview...

jil is lucky,manon,interview roy musicTu as un frère qui est chanteur lui aussi, Bensé. La musique est-elle une histoire de famille ?

Notre oncle avait une radio dans le sud. Il ne passait que de la musique des années 60 et 70. Nous ingurgitions tous ses vinyles comme des biberons. Il nous a appris à jouer de la guitare de la basse et de la batterie. On mettait du Led Zep, Pink Floyd, Hendrix et on jouait là-dessus. Nous sommes partis jouer dans les clubs, les bars toutes les semaines. Mon frère avait 16 ans et moi 12. A 22 ans, j’ai décidé d’arrêter mes études pour faire de la musique avec Julien (prénom de Bensé). Je l’ai accompagné à la basse, mais parallèlement, j’ai écrit des chansons et j’ai eu la chance de signer tout de suite. Aujourd’hui, nous avons nos carrières et nos tournées respectives, mais nous sommes souvent ensemble.

Outre la musique, tu t’adonnes à d’autres activités artistiques. Lesquelles ?

Je suis aussi peintre et sculpteur. En ce moment, je peins des aquarelles. J’ai besoin de varier mes activités artistiques pour trouver un semblant d’équilibre.

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Le 12 avril 2016, après l'interview.

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07 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (quatrième et dernière partie) : Yves Jamait et Tony Melvil

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(Photo : MaxPPP)

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandorDernière partie de ma vision de cette édition 2016 d’Alors Chante ! à Castelsarrasin. Sur ce blog, vous le savez, je raconte les festivals à travers ce que je vis et les rencontres que j’y fais.

Pour lire de vrais comptes rendus, je vous propose de nouveau de lire ces liens :

Les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (,  et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

L’après-midi commence (comme de coutume) avec les artistes « découvertes », en l’occurrence, ce jour-là, le groupe La Goutte (mandorisé là) qui offre de belles chansons sociétales de facture traditionnelles, Denis K, chanteur rock’n’romantique qui propose des chansons d’amour (un peu trop bluettes pour moi) et Tony Melvil (mandorisé ici), artiste iconoclaste aussi touchant que cynique. Il a interprété une bonne partie de son troisième et nouvel EP, Plein jour, sorti chez AT(h)ome. Sept titres enthousiasmants qui regorgent d’énergie et d’humour décalé, plus visible sur scène que sur disque.

A l’issue de ces prestations, les membres du jury d’Alors Chante ! se sont réunis pour décerner les différents « Bravos ». Voici quelques photos des délibérations.

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Parfois, les débats continuent après les délibérations. Ici, Corinne Labat, la présidente du Pic d’Or en pleine conversation avec Philippe Albaret, le directeur du Studio des Variétés.

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Une heure plus tard, tout le monde est réuni sous le chapiteau pour la proclamation des résultats. 

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Et le résultat est :

Bravos du Public : Gatshens
Prix des CCAS : 
NORD
Bravos des professionnels : 
Tony Melvil

Les remerciements de Tony Melvil ravi d’avoir remporté le prix du jury (fort mérité).

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J’ai interviewé cet artiste quelques jours après Alors Chante !, le 13 mai dernier, quelques heures avant son passage au Limonaire.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

J’ai suivi ta prestation à Alors Chante ! avec pas mal de journalistes et tu nous as bluffés. Tu as un énorme potentiel. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que ton EP ne transmet pas l’énergie que tu as sur scène et ton côté pince sans rire.

Ce n’est pas agréable à entendre parce que lorsqu’on fait un disque on fait en sorte qu’il soit le mieux possible. Mais je comprends ce que tu me dis. J’ai conscience, par exemple, d’avoir du mal à reproduire mon côté humour noir, ironique.

De manière générale, je crois qu’on ne peut pas retranscrire sur disque ce que l’on fait sur scène. C’est presque une lapalissade ce que je dis là.

Il y a pourtant des gens pour lesquels c’est l’inverse. Il est difficile d’être bon dans les deux cas. Comme je ne suisalors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor pas un grand chanteur à voix, c’est compliqué d’atteindre le même niveau sur disque que sur scène. La scène, je maîtrise depuis longtemps et j’ai tendance à être porté par pas mal de paramètres, parmi lesquels le public et l’ambiance. En concert, je suis tranchant, cohérent et je ne fais aucun compromis. En tout cas, en faisant abstraction de mon cas personnel, je trouve ça dingue que les mêmes chansons sur disque ou sur scène ne procurent pas les mêmes sensations. Ce sont des phénomènes psycho-acoustiques que je ne m’explique pas.

Tu bosses sur un premier album actuellement ?

Oui, du coup, avec ce que tu me dis, je ne sais pas trop comment faire pour éviter cette embûche-là. Il va falloir que je fasse tout pour me libérer. C’est une histoire de confiance en moi et le prix que j’ai reçu à Alors Chante ! est hyper important pour cela. Je me dis que je ne suis pas là par hasard et qu’il y a une possibilité que cela dure.

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Tu es le premier primé de la nouvelle version d’Alors Chante !

C’est amusant parce que Thibault Defever (Presque Oui, mandorisé là) avec lequel je travaille depuis le début et qui m’a pris sous son aile, a gagné le même prix en 2008 je crois. J’aime ce genre de symbole.

As-tu eu des répercussions immédiates après le prix ?

Oui, quelques programmateurs m’ont appelé. Il y a des dates qui sont en train de se caler pour la saison prochaine. Ca remotive toute mon équipe. C’est compliqué les projets au long cours. Mes musiciens, mon manager, ma maison de disque ont besoin de récompenses de cette nature. Ça rassure tout le monde.

C’est quoi, pour toi, une bonne chanson?

Je ne connais malheureusement pas la recette précise (rire). Pour moi, c’est quand je parviens à dire des choses sans être trop pesant sur des thèmes qui peuvent être lourds.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorTu fais des spectacles jeunes publics (« Quand je serai petit » avec Usmar). Ça t’apporte beaucoup ?

Je me sens bien dans cette mission-là. Le jeune public est franc et tu ne peux pas les gruger avec des artifices. Si tes chansons ne leur plait pas, en trente secondes ils ne t’écoutent plus. On est dans une situation de vérité.

Comment aimerais-tu qu’évolue ta carrière ?

Artistiquement, il faut que je sois vraiment bon. Je veux aller vers des projets de qualité et essayer d’être accepté par tous les publics, même les plus exigeants. Honnêtement, je n’en ai rien à branler de la notoriété, mais je ne fais pas ce métier pour rester dans ma chambre. Je demande juste qu’on me donne les moyens de continuer à jouer sur scène dans des conditions honorables.

Sur scène, tu t’es créé un personnage. Peux-tu nous le décrire ?

J’ai grossi le trait de mon caractère, de mon tempérament. Il y a des trucs punk en moi que je ne montre pas et que je n’ai pas besoin de livrer dans la vie courante puisque je la livre sur scène… c’est aussi une libération pour moi.

A chacune de tes entrées sur scène, je me dis qu’il faut oser faire ce que tu fais.

Il faut le comprendre comme un questionnement : « qu’est-ce que mon rapport au monde ? » Je me sens désarmé, parfois agressif par rapport à la société et au monde que l’on nous propose, alors je dis : « n’attendez-pas de recevoir de ma part ce que vous attendez de moi ! ». Je laisse beaucoup de silence, c’est très désarçonnant parce que normalement, je devrais plutôt occuper l’espace. Le rien que je propose a une signification forte. Ça me fait du bien de sortir tout ce que j’ai en moi sur scène.

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Après la proclamation des résultats, la présidente de Chants Libres, Dominique Janin, a réuni quelques journalistes pour une mini conférence de presse bilan.

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« Dans les conditions où nous l'avons conçue et mise en place, c'est une magnifique édition. Une page est tournée, nous sommes aujourd'hui à Castelsarrasin, accueillie par une ville qui a mis tout en œuvre pour faire renaître le festival. Nous avons bien sûr des ajustements à faire, des enseignements à tirer mais la dynamique est là. Faire vivre Alors chante! dans les salles et chapiteaux mais aussi dans la ville: c'est le défi désormais à relever, après cette édition d'installation" dixit Dominique Janin.

Quelques chiffres :

En tout, 5200 spectateurs, avec des concerts jeune public à succès (1000 personnes dont 500 scolaires) chaque matin.

Dans la salle Jean-Moulin, 800 personnes à Pierre Perret, même affluence pour Vianney  (mandorisé là) et Thomas Dutronc. A la soirée Thiéfaine, on a relevé 600 personnes. Le soir sous le chapiteau, la soirée La Belle Bleue, Chloé Lacan (mandorisé ici) et Yves Jamait n’a pas dépassé 300 personnes. Les quatre après-midis "Découvertes" ont rassemblé à chaque fois une centaine de spectateurs, professionnels et grand public réunis.

En fin d’après-midi, je suis allé à la rencontre d’Yves Jamait (mandorisé là)

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Yves Jamait et un de ses musiciens (échange de couvre-chef). 

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

Alors, ravi de retrouver ce festival ?

J’aime bien l’idée que l’on reprenne ce cépage. Pour moi Alors Chante ! est un cépage. Maintenant, il s’agit de le planter où il faut pour avoir un même bon vin. Ce sera différent, mais il va falloir accepter cette différence. Ce cépage, cela aurait été dommage qu’il crève et qu’on l’oublie. Je n’ai pas du tout envie de comparer avec l’ancien festival, c’est juste une continuité.

Symboliquement, c’était important que vous soyez là pour le retour de ce festival ?

Je suis déjà venu l’année dernière quand ils ont fait la soirée de présentation. Je défends la chanson qu’ils défendent, alors, je me sens bien ici. Être là, c’est une forme de militantisme, mais c’est surtout beaucoup de joie et de plaisir.

A part de la chanson française, vous écoutez quoi comme musique ?alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Je ne peux donc pas vous dire que j’écoute pas mal Babx et son Cristal automatique, alors (rire). Sinon, hors hexagone, j’écoute beaucoup Paolo Conte. Je ne suis pas trop anglo-saxon. C’est une histoire de sonorité de langue. J’en ai tellement qui  m’arrive spontanément que je n’ai pas envie de chercher de ce côté-là.  Mais, bon, il m’arrive d’écouter JJ Cale, Léonard Cohen ou Tom Waits. Je ne suis pas très Beatles par exemple. C’est joli, mignon, mais ça ne me touche pas. Je me suis aperçu que ce qui me procurait le plus d’émotion, c’était des chansons françaises.

Vous êtes dans la case « chanson française traditionnelle ». Trouvez-vous que cela est réducteur ?

J’ai une casquette irlandaise, mais j’ai le droit au nom de Gavroche à tire-larigot. Je souffre quand même d’un manque de culture de certains journalistes. Je suis en costume tout le temps, Gavroche alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorn’a jamais été en costume. J’ai 50 balais, Gavroche a donc pris un coup dans la gueule. On me dit que j’ai de la gouaille. Rien n’est plus faux. Il y a des observateurs de cette chanson qui la haïssent et qui, du coup, la travestissent. Si j’étais une autre personne et que je tombais sur un papier sur moi, je n’irais pas me voir. Je me dirais « ça y est, il va nous sortir sa sérénade sous Renaud ». Je suis victime de gros clichetons de bistrot. Il m’arrive de parler de bistrots dans mes chansons, mais j’ai la sensation d’avoir cherché ailleurs. Je trouve qu’on m’enferme dans une caricature dans laquelle je ne parviens pas à sortir. J’en ai marre que l’on dise de moi que je fais de la chanson néo réaliste tendance rock musette. Un peu d’imagination que diable !

En France, il est vrai que les étiquettes sont dures à décoller.

Ça reste. Mon disque a été passé à Didier Varrod à France Inter. Sans l’écouter, il a dit que ce n’était pas pour lui. Si je passais à l’electro, si je me mettais une plume dans le cul, beaucoup continueraient à ne pas le remarquer. Heureusement, mes salles sont pleines, j’ai fait 50 dates depuis le mois de novembre. Je ne fais pas de la chanson pour des gens de la culture tout comme les charcutiers ne font pas de la charcuterie pour les charcutiers. J’ai la chance d’avoir un public qui se retrouve dans une certaine universalité d’émotion que j’essaie de transmettre.

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Voilà, c'est fini.

Merci à Dominique Janin et tous les bénévoles de l'association Chants Libres pour l'organisation sans faille et pour l'accueil chaleureux. Merci à Danièle Molko et toute la sympathique équipe d'Abacaba et enfin merci à Patricia Teglia et Julie Papaye (Aoura, relations presse), les attachées de presse du festival, d'une redoutable efficacité.

A l'année prochaine?

03 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (troisième partie) : Hubert-Félix Thiéfaine et Pomme

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorLe vendredi 6 mai 2016, toujours sous le soleil de Castelsarrasin, Alors Chante ! continue de plus belle sa nouvelle trajectoire, telle une étoile (qui ne sera pas filante) (dites-moi si j’en fais trop !) Dans l’après-midi, les artistes de la scène « découvertes » montrent l’étendue de leur talent. Gatchen’s, Pomme et Minou. Le premier (groupe) propose un voyage en Afrique (magnifique), la seconde (chanteuse) une folk honorable (mais je ne peux pas utiliser un adjectif plus fort, tant le réalisateur personnel de la chanteuse n’a pas été à la hauteur de la situation… la musique s’est parfois transformée en « bruit cacophonique », dommage, car la voix et les textes de la jeune femme semblaient prometteurs), et le troisième (groupe) une pop electro bien ficelé (mais 1000 fois entendues).

J’ai interviewé la jeune Pomme parce que, malgré la difficulté à apprécier son répertoire dans ce contexte-là, j’ai décelé un petit quelque chose qui m’incite à penser qu’elle peut faire un bout de chemin dans le monde de la chanson française.

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alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Comment en es-tu venue à faire de la musique ?

Par mes parents qui m'avaient inscrit, ainsi que mes frères et sœurs, au solfège et qui nous ont poussés à jouer d'un instrument de musique. Au départ ce n'était donc pas un choix, mais lorsque mes frères et sœurs ont décidé d'arrêter, de mon côté j'ai souhaité continuer. Au départ c'était vraiment une corvée mais ensuite je me suis rendue compte que j'aimais chanter et jouer des instruments...

C’est important de participer à une scène découverte quand on est un artiste « émergent » ?

Pour moi, c’est une énorme opportunité. Les concerts, c’est ma promotion. Je n’ai aucune radio nationale sur mon projet, donc les concerts, c’est un moyen extraordinaire d’aller voir les gens. C’est intéressant de se mesurer au public et de jouer devant des gens qui ne me connaissent pas. Je suis très fière de participer à ce festival-là, car il est très attaché à la chanson et aux textes.

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(Photo : David Torres)

D’accord, il y avait du public, mais surtout pas mal de personnes du métier.  Programmateurs, directeurs de salles, journalistes… C’est un peu curieux de chanter en sachant que l’on est jugé professionnellement.

J’ai réalisé qu’il y avait des professionnels dans la salle en sortant de scène. Je n’avais pas compris que c’était un concours, donc je n’étais pas dans la compétition. Je suis contente de ne pas l’avoir su avant, ainsi, j’ai pu être zen et chanter comme d’habitude.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorTu as sorti récemment un EP de quatre titres chez Polydor.

En fait, mon parcours est long. Je ne débarque pas chez Universal par hasard, à 19 ans. En réalité, j’ai commencé les concerts à 14 ans dans des bars lyonnais pendant 3 ans. Je faisais des reprises des Cranberries ou de Dolly Parton, notamment. Les gens ne venaient pas pour m'écouter et j'étais payée en bières (rires), c'était particulier. Un jour, j’ai rencontré le chanteur Matthieu Mendes avec lequel j’ai fait un duo, « Okay ». Il s’est avéré être le single de son album. Beaucoup de gens ont entendu cette chanson et le monde de la musique étant un petit milieu, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à avoir un rendez-vous chez Polydor. Avant ce duo, j’écrivais déjà des chansons en français, alors j’ai pu enregistrer cet EP très rapidement.

Si tu écris et composes, tu as aussi des chansons signées Vianney ou Ben Mazué… Pas mal pour un alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandordébut !

J’avoue, je suis gâtée. Ces chansons sont dans mon répertoire parce qu’elles sont bonnes. Je travaille mon écriture, mais cela ne me dérange pas de chanter les textes des autres quand ils sont meilleurs que les miens et qu’ils me ressemblent et me concernent. Pour dire la vérité, je pourrai faire un album de chansons exclusivement composées et écrites par moi, mais il sortirait dans 5 ou 6 ans. Il faudrait que je sois plus patiente, mais aujourd’hui j’ai envie de vivre mon aventure, alors j’accepte de chanter des chansons que des talentueuses personnes écrivent pour mon projet.

Tu tournes beaucoup en ce moment. Tu fais la première partie de Louane dans les Zénith de France depuis quelques jours. C’est dur de chanter devant des gens qui ne viennent pas pour toi ?

Oui, mais c’est une magnifique expérience. Il faut savoir capter le public avec un univers qui n’a rien à voir avec celui de Louane. Les premières parties, c’est toujours une espèce de défi, mais ce qui est bizarre, c’est que cela me stresse moins que lors de mes propres concerts où les gens ont payé leur place pour me voir… ça me met une pression supplémentaire.

Tu es confiante en ton avenir professionnel?

Non, pas vraiment (gros éclat de rire !) J’ai l’air confiant sur scène, mais en vrai, je suis pleine de doute. J’ai arrêté la fac il y a trois mois pour me consacrer  à la musique, je culpabilise à fond. Je ne sais en aucun cas si ça va durer, si je vais gagner ma vie durablement. Je le fais quand même parce que je trouve que le jeu en vaut la chandelle. C’est un métier hyper incertain.

Ce que j’aime dans ce genre de festival, c’est que nous croisons les artistes du soir, détendus et profitant du temps et du calme régnant. Les Zoufris Maracas, Jules et le Vilain Orchestra, Marcie… et, comme là, les Debout sur le Zinc (bon, ils se font shooter...)

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Après la prestation des jeunes artistes en devenir, une petite cérémonie a été organisée pour remettre le grand prix de l’Académie Charles-Cros à l’immense Hubert-Félix Thiéfaine (le soir, il se produit dans la salle Jean Moulin).

"Quand j'étais jeune, le grand prix de l'Académie Charles-Cros, c'était quelque chose. Il était plus ouvert et des artistes anglo-saxons pouvaient le remporter. Je l'ai eu pour la première fois il y a 20 ans pour "La tentation du bonheur", et j'étais très ému. Je ne savais pas qu'on pouvait l'avoir deux fois!" a dit un Hubert-Félix Thiéfaine, certainement ému, mais qui n’a pas pour habitude de montrer ses sentiments. Ce prix salue son dernier album studio Stratégie de l'inespoir.

Voici quelques photos de la cérémonie…

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A l’issue de cette cérémonie, HF Thiéfaine a bien voulu répondre à mes questions. Et une interview de Thiéfaine n’est jamais très commune.

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Vous avez été honoré il y a quelques minutes. Est-ce que cela vous touche ?

Il n’y a pas de quoi pavoiser quand on est chanteur, mais bon l’Académie Charles Cros, c’est tout à fait respectable. Elle fait un travail formidable. Depuis l’âge de 15 ans, je suis ceux qu’elle récompense. Mes chanteurs préférés ont tous reçu le Prix de l’Académie Charles Cros.

Votre carrière est extraordinaire. Sans média, vous avez toujours rempli les salles de concert et vendu beaucoup de disques. Etes-vous content de votre sort ?

En règle générale, non. La vie est tellement absurde que c’est difficile de s’en contenter et d’être heureux. Mais quand je me souviens de ma situation quand j’avais 18 ans, avec mes rêves, mes envies, mes premières chansons, je ne pensais pas être là encore aujourd’hui. D’abord, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Je pensais que j’allais avoir une gloire posthume. Ce n’est plus possible aujourd’hui parce qu’on sait que le monde va s’arrêter avec nous.

Vous êtes très optimiste, dites-moi !

On est au bord là ! On ne finit pas le siècle, je vous assure. Autant qu’on le dise aux gens, qu’on les prépare un peu mentalement. Pour revenir à votre dernière question, je me dis, à de rare moment, que j’ai bien bossé… mais je vous rassure, ça me passe très vite.

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Quand vous dites que vous ne pensiez pas vivre longtemps, est-ce que, du coup, chaque jour passé est du bonus ?

C’est un choix pour moi. C’est ma liberté de savoir si je suis vivant ou mort. J’ai choisi de vivre parce que la mort ne m’appartient pas, elle fait ce qu’elle veut. Elle viendra quand elle viendra. Je n’ai pas arrêté mon côté suicidaire, car ça, c’est intrinsèque, mais je le contrôle un peu plus.

Ça veut dire que vous avez acquis une certaine sagesse ?

Non, ça veut dire que je vis pour d’autres, pas pour moi. Plus précisément, j’ai choisi de vivre pour certains autres, pas tous les autres.  Je n’ai pas le cœur assez grand pour accueillir tout le monde dans mon cœur et dans mon âme (rire).

Il y a désormais plusieurs générations qui viennent vous voir et qui vous portent de l’admiration.

Ca me touche terriblement. Pendant toute cette tournée, cela se termine par un standing ovation. Il se passe quelque chose de très fort tous les soirs. Je gémis toujours un peu par rapport aux kilomètres à faire, mais quand je suis arrivé sur le lieu du concert je suis heureux. Je n’échangerais contre rien au monde ce que je ressens quand je suis sur scène.

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(Photo : Francis Vernhet)

Si je vous dis que vous êtes devenu un chanteur populaire, cela vous heurte les oreilles ?

Non, je l’ai toujours été par rapport à mon public. Les jeunes qui viennent parfois avec leurs parents, voire leurs grands-parents, ils ont été bercés par mes chansons. Comme moi j’ai appris les chansons de Berthe Silva quand j’avais trois ans, eux sont tombés dans le Thiéfaine.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorVous détestez parler de vos chansons. C’est parce qu’elles ne s’expliquent pas ?

J’essaie de mettre en musique ce que je ressens. Ce n’est pas très rationnel, c’est pour ça que j’utilise des chansons. On n’est pas obligé d’être rationnel pour communiquer avec les autres. Le public qui connait par cœur mes textes sait que j’ai choisi les vrais bons mots pour définir les choses dont on ne peut pas parler rationnellement. Ces bons mots, il faut parfois les chercher très profondément en soi. C’est la raison pour laquelle je refuse de parler de mes chansons. Je casserais ce que j’ai réussi à faire avec le texte.

Sortir un album live, ça ne vous gêne pas ?

Si, ça me gêne parce que les maisons de disque deviennent de plus en plus dures avec les artistes. On n’a pas vraiment le choix.

Finalement, vous êtes rentré dans le système ?

Je l’ai toujours été. J’ai toujours vendu mes disques dans de grosses maisons de disques. Par contre, au niveau scène, j’ai ma propre société de production. J’ai trouvé un bon équilibre… au moins dans ma vie professionnelle.

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