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08 juin 2016

Jil is Lucky : interview pour Manon

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jil is lucky,manon,interview roy musicAprès le succès rencontré sur ses deux premiers albums (grâce notamment au titre « The Wanderer » - hymne officiel de Flower by Kenzo -) et de nombreuses tournées en France (Cigale et Casino de Paris sold-out) et dans toute l'Europe, Jil is Lucky se renouvelle en chantant pour la première fois en français. Il a composant un concept-album ambitieux autour d’une rencontre poétique et destructive entre le narrateur et une jeune djette franco japonaise, "Manon". Jeune, blonde, environ 1 mètre 60.

Le concept-album s’impose mais le chanteur tenait aussi à ce que chaque chanson ait son identité et son indépendance. Manon s’écoute comme on regarderait un film. Les titres sont autant de scènes : de la rencontre à la rupture en passant par la passion, la jalousie et les regrets.

La qualité de l’album tient beaucoup aux trouvailles d’écriture de son auteur mais aussi à son ambiance électro pop qui marque un tournant dans la carrière de l’artiste.

Jil is Lucky est venu à Webedia le 12 avril dernier pour me présenter ce nouveau projet.

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jil is lucky,manon,interview roy musicInterview :

Pourquoi avoir choisi la langue française pour ce projet ?

J’ai toujours écrit pour moi de la poésie en français, mais je n’avais jamais passé le cap de notre langue dans les chansons. Je voulais réussir à allier des formes très traditionnelles de poésie comme l’alexandrin, l’octosyllabe à l’ancienne, un langage très parlé, très direct et mélanger tout ça. J’ai écrit deux alexandrins qui sont devenus l’ouverture de l’album. Ca racontait une histoire : « Ça fait des mois que je n’ai plus de nouvelles d’elle, signalement petite blonde un soixante et quelques ». Ça m’a beaucoup inspiré. Qui est cette fille ? Que pouvais-je inventer autour d’elle ?

Ta voix est mixée dans la musique, c’est un procédé plutôt rare en France.

Je viens de l’easy pop. J’ai appliqué les codes de la musique anglaise ç un album en français.

C’est un disque conceptuel.

Je raconte une histoire d’amour, tout ce qu’il y a de plus banal en soi, les prémices, le développement et la rupture. Il est préférable d’écouter l’album dans sa continuité, mais j’ai fait en sorte que chacune des chansons puissent être écoutées indépendamment les unes des autres. C’est un album hors format par rapport à ce qu’il se fait aujourd’hui, je le concède. Il doit s’écouter en prenant son temps. Il n’est pas immédiat. Il a une certaine prétention à vouloir jouer la carte de la profondeur, à jouer sur la réécoute et la durée. Je ne pensais pas qu’on allait pouvoir en retirer un single et pourtant « Le goût de l’aventure » et « A l’envers » sont déjà joués en radio.

Clip de "le goût de l'aventure".

Faire un tel disque, n’est-ce pas une sacrée prise de risque financière ?

Si on sait quelque chose sur les disques conceptuels, c’est que c’est le four assuré (rire). J’ai la chance d’être dans un label indé, Roy Music, qui me suit depuis le premier album. Ils ont confiance en moi, même en sachant que chaque album est à chaque fois radicalement différent. Je suis entièrement libre, ce qui me permet d’aller au bout de mes envies… sans frein.

Comment garde-t-on sa fan base en agissant ainsi ?

On ne la garde pas. Le premier album était très folk, voire tsigane, le deuxième, In the Tiger’s Bed, était beaucoup plus pop, ultra produit et le troisième est en français avec une écriture moderne… ma façon d’envisager ma carrière est anti marketing. Je m’en moque,  à chaque nouveau disque, il y a toujours des nouvelles personnes qui découvrent mon travail.

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Est-ce un besoin vital de ne jamais faire la même chose ?

Ma seule hantise artistique, c’est de me répéter. Ce serait terrible pour moi de resservir deux fois les mêmes formules. J’ai une vision de l’art en perpétuelle mutation, en mouvement constant. Je suis méticuleux, je travaille énormément, dix heures par jour au minimum.

Ce disque permet d’évoquer les facettes les moins reluisantes de l’amour?

Je parle des facettes de l’amour et de la douleur. Ce qui m’intéressait, c’était ce côté irrationnel et passionnel quand on rencontre une lolita. Quand on plonge à corps perdu dans une histoire, on sait très bien, dès les premières minutes, qu’on va morfler. Ce que je voulais faire ressentir dans le ton de la narration, c’était ce côté désabusé du type qui sent qu’il est cuit parce qu’il est face à une gamine qui va le prendre, puis le broyer et le jeter à la poubelle. J’ai voulu faire passer le décalage entre la profondeur des sentiments et le côté ultra superficiel de la gamine.

Manon- VR 360 - The movie (court métrage tourné à 360° et son multidirectionnel.  

Tu as passé deux ans dans ton bureau à décrire Manon. As-tu hésité à lui donner vie ?

Avec mon label, c’est la question que nous nous sommes très vite posés : est-ce que qu’on cherche une fille qui pourrait être elle ? Le but des chansons, au-delà de l’histoire, c’était de ramener chaque personne qui écoute ce disque à sa Manon. On en a tous une. On a tous morflé avec une gonzesse.

Et finalement, vous en avez cherché une.

On a cherché assez longtemps notre Manon quand deux personnes du milieu de la nuit nous ont demandé si on allait prendre Moon pour personnaliser ce projet. On est allé voir sur Instagram et bingo ! C’était bien la fille idéale pour endosser ce rôle. Elle était dans tous les clubs branchés. A la base, elle est directrice artistique, mais elle fait aussi de la sculpture, du dessin… c’est une artiste pure et dure. Elle a une beauté tellement singulière qu’elle fait du mannequinat malgré elle. La première fois qu’on l’a vu dans les bureaux du label, le souffle de tout le monde a été coupé. On s’est dit : « Il y a Manon qui vient d’arriver en personne ».

C’est bizarre de créer un personnage et de trouver sa parfaite représentation ?

C’est le fantasme de pygmalion absolu. Pour un artiste, c’est fantastique. A partir du moment où on a vu cette fille à l’image si forte, on a décidé de décliner le projet en différents clips et un film en 360°.

Clip de "A l'envers".

Moon a accepté facilement de devenir Manon ?

Elle a demandé à écouter les chansons et, après écoute, elle a dit qu’elle voulait être Manon. On l’a prévenu qu’elle allait être très mise en avant dans la presse, sur la pochette. Elle a acquiescé à tout.

Tu es précurseur et c’est bien de l’être, mais tu n’as pas peur que cette histoire de lunettes effraye les gens ?

Comme je ne suis pas du tout dans le circuit mainstream, je peux me permettre à peu près ce que je veux. Je vois ça comme un « goodies » (un objet promotionnel, un cadeau). Je sais que ceux qui s’intéressent à mes disques et à ma musique sont souvent des curieux. Je suis sûr que l’expérience les tentera. Mais l’essence du projet reste le disque. Les films, les lunettes, ce sont des gadgets.

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Pendant l'interview...

jil is lucky,manon,interview roy musicTu as un frère qui est chanteur lui aussi, Bensé. La musique est-elle une histoire de famille ?

Notre oncle avait une radio dans le sud. Il ne passait que de la musique des années 60 et 70. Nous ingurgitions tous ses vinyles comme des biberons. Il nous a appris à jouer de la guitare de la basse et de la batterie. On mettait du Led Zep, Pink Floyd, Hendrix et on jouait là-dessus. Nous sommes partis jouer dans les clubs, les bars toutes les semaines. Mon frère avait 16 ans et moi 12. A 22 ans, j’ai décidé d’arrêter mes études pour faire de la musique avec Julien (prénom de Bensé). Je l’ai accompagné à la basse, mais parallèlement, j’ai écrit des chansons et j’ai eu la chance de signer tout de suite. Aujourd’hui, nous avons nos carrières et nos tournées respectives, mais nous sommes souvent ensemble.

Outre la musique, tu t’adonnes à d’autres activités artistiques. Lesquelles ?

Je suis aussi peintre et sculpteur. En ce moment, je peins des aquarelles. J’ai besoin de varier mes activités artistiques pour trouver un semblant d’équilibre.

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Le 12 avril 2016, après l'interview.

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