Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Alors Chante! 30e édition (troisième partie) : Hubert-Félix Thiéfaine et Pomme | Page d'accueil | Jil is Lucky : interview pour Manon »

07 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (quatrième et dernière partie) : Yves Jamait et Tony Melvil

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

(Photo : MaxPPP)

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandorDernière partie de ma vision de cette édition 2016 d’Alors Chante ! à Castelsarrasin. Sur ce blog, vous le savez, je raconte les festivals à travers ce que je vis et les rencontres que j’y fais.

Pour lire de vrais comptes rendus, je vous propose de nouveau de lire ces liens :

Les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (,  et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

L’après-midi commence (comme de coutume) avec les artistes « découvertes », en l’occurrence, ce jour-là, le groupe La Goutte (mandorisé là) qui offre de belles chansons sociétales de facture traditionnelles, Denis K, chanteur rock’n’romantique qui propose des chansons d’amour (un peu trop bluettes pour moi) et Tony Melvil (mandorisé ici), artiste iconoclaste aussi touchant que cynique. Il a interprété une bonne partie de son troisième et nouvel EP, Plein jour, sorti chez AT(h)ome. Sept titres enthousiasmants qui regorgent d’énergie et d’humour décalé, plus visible sur scène que sur disque.

A l’issue de ces prestations, les membres du jury d’Alors Chante ! se sont réunis pour décerner les différents « Bravos ». Voici quelques photos des délibérations.

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

Parfois, les débats continuent après les délibérations. Ici, Corinne Labat, la présidente du Pic d’Or en pleine conversation avec Philippe Albaret, le directeur du Studio des Variétés.

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

Une heure plus tard, tout le monde est réuni sous le chapiteau pour la proclamation des résultats. 

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

Et le résultat est :

Bravos du Public : Gatshens
Prix des CCAS : 
NORD
Bravos des professionnels : 
Tony Melvil

Les remerciements de Tony Melvil ravi d’avoir remporté le prix du jury (fort mérité).

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandor

J’ai interviewé cet artiste quelques jours après Alors Chante !, le 13 mai dernier, quelques heures avant son passage au Limonaire.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

J’ai suivi ta prestation à Alors Chante ! avec pas mal de journalistes et tu nous as bluffés. Tu as un énorme potentiel. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que ton EP ne transmet pas l’énergie que tu as sur scène et ton côté pince sans rire.

Ce n’est pas agréable à entendre parce que lorsqu’on fait un disque on fait en sorte qu’il soit le mieux possible. Mais je comprends ce que tu me dis. J’ai conscience, par exemple, d’avoir du mal à reproduire mon côté humour noir, ironique.

De manière générale, je crois qu’on ne peut pas retranscrire sur disque ce que l’on fait sur scène. C’est presque une lapalissade ce que je dis là.

Il y a pourtant des gens pour lesquels c’est l’inverse. Il est difficile d’être bon dans les deux cas. Comme je ne suisalors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor pas un grand chanteur à voix, c’est compliqué d’atteindre le même niveau sur disque que sur scène. La scène, je maîtrise depuis longtemps et j’ai tendance à être porté par pas mal de paramètres, parmi lesquels le public et l’ambiance. En concert, je suis tranchant, cohérent et je ne fais aucun compromis. En tout cas, en faisant abstraction de mon cas personnel, je trouve ça dingue que les mêmes chansons sur disque ou sur scène ne procurent pas les mêmes sensations. Ce sont des phénomènes psycho-acoustiques que je ne m’explique pas.

Tu bosses sur un premier album actuellement ?

Oui, du coup, avec ce que tu me dis, je ne sais pas trop comment faire pour éviter cette embûche-là. Il va falloir que je fasse tout pour me libérer. C’est une histoire de confiance en moi et le prix que j’ai reçu à Alors Chante ! est hyper important pour cela. Je me dis que je ne suis pas là par hasard et qu’il y a une possibilité que cela dure.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Tu es le premier primé de la nouvelle version d’Alors Chante !

C’est amusant parce que Thibault Defever (Presque Oui, mandorisé là) avec lequel je travaille depuis le début et qui m’a pris sous son aile, a gagné le même prix en 2008 je crois. J’aime ce genre de symbole.

As-tu eu des répercussions immédiates après le prix ?

Oui, quelques programmateurs m’ont appelé. Il y a des dates qui sont en train de se caler pour la saison prochaine. Ca remotive toute mon équipe. C’est compliqué les projets au long cours. Mes musiciens, mon manager, ma maison de disque ont besoin de récompenses de cette nature. Ça rassure tout le monde.

C’est quoi, pour toi, une bonne chanson?

Je ne connais malheureusement pas la recette précise (rire). Pour moi, c’est quand je parviens à dire des choses sans être trop pesant sur des thèmes qui peuvent être lourds.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorTu fais des spectacles jeunes publics (« Quand je serai petit » avec Usmar). Ça t’apporte beaucoup ?

Je me sens bien dans cette mission-là. Le jeune public est franc et tu ne peux pas les gruger avec des artifices. Si tes chansons ne leur plait pas, en trente secondes ils ne t’écoutent plus. On est dans une situation de vérité.

Comment aimerais-tu qu’évolue ta carrière ?

Artistiquement, il faut que je sois vraiment bon. Je veux aller vers des projets de qualité et essayer d’être accepté par tous les publics, même les plus exigeants. Honnêtement, je n’en ai rien à branler de la notoriété, mais je ne fais pas ce métier pour rester dans ma chambre. Je demande juste qu’on me donne les moyens de continuer à jouer sur scène dans des conditions honorables.

Sur scène, tu t’es créé un personnage. Peux-tu nous le décrire ?

J’ai grossi le trait de mon caractère, de mon tempérament. Il y a des trucs punk en moi que je ne montre pas et que je n’ai pas besoin de livrer dans la vie courante puisque je la livre sur scène… c’est aussi une libération pour moi.

A chacune de tes entrées sur scène, je me dis qu’il faut oser faire ce que tu fais.

Il faut le comprendre comme un questionnement : « qu’est-ce que mon rapport au monde ? » Je me sens désarmé, parfois agressif par rapport à la société et au monde que l’on nous propose, alors je dis : « n’attendez-pas de recevoir de ma part ce que vous attendez de moi ! ». Je laisse beaucoup de silence, c’est très désarçonnant parce que normalement, je devrais plutôt occuper l’espace. Le rien que je propose a une signification forte. Ça me fait du bien de sortir tout ce que j’ai en moi sur scène.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Après la proclamation des résultats, la présidente de Chants Libres, Dominique Janin, a réuni quelques journalistes pour une mini conférence de presse bilan.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

« Dans les conditions où nous l'avons conçue et mise en place, c'est une magnifique édition. Une page est tournée, nous sommes aujourd'hui à Castelsarrasin, accueillie par une ville qui a mis tout en œuvre pour faire renaître le festival. Nous avons bien sûr des ajustements à faire, des enseignements à tirer mais la dynamique est là. Faire vivre Alors chante! dans les salles et chapiteaux mais aussi dans la ville: c'est le défi désormais à relever, après cette édition d'installation" dixit Dominique Janin.

Quelques chiffres :

En tout, 5200 spectateurs, avec des concerts jeune public à succès (1000 personnes dont 500 scolaires) chaque matin.

Dans la salle Jean-Moulin, 800 personnes à Pierre Perret, même affluence pour Vianney  (mandorisé là) et Thomas Dutronc. A la soirée Thiéfaine, on a relevé 600 personnes. Le soir sous le chapiteau, la soirée La Belle Bleue, Chloé Lacan (mandorisé ici) et Yves Jamait n’a pas dépassé 300 personnes. Les quatre après-midis "Découvertes" ont rassemblé à chaque fois une centaine de spectateurs, professionnels et grand public réunis.

En fin d’après-midi, je suis allé à la rencontre d’Yves Jamait (mandorisé là)

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Yves Jamait et un de ses musiciens (échange de couvre-chef). 

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

Alors, ravi de retrouver ce festival ?

J’aime bien l’idée que l’on reprenne ce cépage. Pour moi Alors Chante ! est un cépage. Maintenant, il s’agit de le planter où il faut pour avoir un même bon vin. Ce sera différent, mais il va falloir accepter cette différence. Ce cépage, cela aurait été dommage qu’il crève et qu’on l’oublie. Je n’ai pas du tout envie de comparer avec l’ancien festival, c’est juste une continuité.

Symboliquement, c’était important que vous soyez là pour le retour de ce festival ?

Je suis déjà venu l’année dernière quand ils ont fait la soirée de présentation. Je défends la chanson qu’ils défendent, alors, je me sens bien ici. Être là, c’est une forme de militantisme, mais c’est surtout beaucoup de joie et de plaisir.

A part de la chanson française, vous écoutez quoi comme musique ?alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Je ne peux donc pas vous dire que j’écoute pas mal Babx et son Cristal automatique, alors (rire). Sinon, hors hexagone, j’écoute beaucoup Paolo Conte. Je ne suis pas trop anglo-saxon. C’est une histoire de sonorité de langue. J’en ai tellement qui  m’arrive spontanément que je n’ai pas envie de chercher de ce côté-là.  Mais, bon, il m’arrive d’écouter JJ Cale, Léonard Cohen ou Tom Waits. Je ne suis pas très Beatles par exemple. C’est joli, mignon, mais ça ne me touche pas. Je me suis aperçu que ce qui me procurait le plus d’émotion, c’était des chansons françaises.

Vous êtes dans la case « chanson française traditionnelle ». Trouvez-vous que cela est réducteur ?

J’ai une casquette irlandaise, mais j’ai le droit au nom de Gavroche à tire-larigot. Je souffre quand même d’un manque de culture de certains journalistes. Je suis en costume tout le temps, Gavroche alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorn’a jamais été en costume. J’ai 50 balais, Gavroche a donc pris un coup dans la gueule. On me dit que j’ai de la gouaille. Rien n’est plus faux. Il y a des observateurs de cette chanson qui la haïssent et qui, du coup, la travestissent. Si j’étais une autre personne et que je tombais sur un papier sur moi, je n’irais pas me voir. Je me dirais « ça y est, il va nous sortir sa sérénade sous Renaud ». Je suis victime de gros clichetons de bistrot. Il m’arrive de parler de bistrots dans mes chansons, mais j’ai la sensation d’avoir cherché ailleurs. Je trouve qu’on m’enferme dans une caricature dans laquelle je ne parviens pas à sortir. J’en ai marre que l’on dise de moi que je fais de la chanson néo réaliste tendance rock musette. Un peu d’imagination que diable !

En France, il est vrai que les étiquettes sont dures à décoller.

Ça reste. Mon disque a été passé à Didier Varrod à France Inter. Sans l’écouter, il a dit que ce n’était pas pour lui. Si je passais à l’electro, si je me mettais une plume dans le cul, beaucoup continueraient à ne pas le remarquer. Heureusement, mes salles sont pleines, j’ai fait 50 dates depuis le mois de novembre. Je ne fais pas de la chanson pour des gens de la culture tout comme les charcutiers ne font pas de la charcuterie pour les charcutiers. J’ai la chance d’avoir un public qui se retrouve dans une certaine universalité d’émotion que j’essaie de transmettre.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Voilà, c'est fini.

Merci à Dominique Janin et tous les bénévoles de l'association Chants Libres pour l'organisation sans faille et pour l'accueil chaleureux. Merci à Danièle Molko et toute la sympathique équipe d'Abacaba et enfin merci à Patricia Teglia et Julie Papaye (Aoura, relations presse), les attachées de presse du festival, d'une redoutable efficacité.

A l'année prochaine?

Les commentaires sont fermés.