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31 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (deuxième partie) : Zaza Fournier (et un peu Vianney)

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alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorLa deuxième journée d’Alors Chante ! (le 5 mai 2016) a vu arriver un public plus nombreux que la veille. Au programme de la soirée Vianney et Thomas Dutronc dans la salle Jean Moulin et Valerian Renault (remplaçant Maissiat qui n’est pas venue pour des raisons techniques) et la Grande Sophie sous le chapiteau.

Après avoir découvert Danny Buckton Trio et JB Notché et réapprécié à sa juste et énorme valeur la chanteuse K !, je suis allé à la rencontre de Zaza Fournier qui ouvre le spectacle de Vianney et Dutronc fils.

Petit aparté. Dans l’après-midi, j’ai croisé Vianney flânant au bord de la Garonne… et comme je le connais un peu, nous avons discuté… et posé comme deux touristes.

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Camille Fournier, alias Zaza, donc (mandorisée ici le 28 septembre 2008 lors des Muzik’Elles de Meaux). Elle est devenue chanteuse en cours de théâtre, improvisant au cours Florent sur le thème « Qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme ? ». Zaza Fournier, passée à l’accordéon sur le tard, mais à l’accordéon par le biais du rock. Pour son troisième album, Le Départ, elle a recruté le musicien et réalisateur britannique MaJiKer (qui avait produit Le Fil de Camille). Il l’a emmené vers un travail très ludique sur le rythme et la voix. Dans Le Départ, il est question de paupières closes et de nuits blanches, de sentiment d'imposture et de mensonge. Notamment.

alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorInterview :

Es-tu déjà venue à  Alors Chante ! ?

Oui, je suis venue à Montauban pour mon deuxième album.  Je ne te cache pas que j’en garde un souvenir mitigé. Cela avait été compliqué pour moi, parce que je n’avais pas la notion que c’était un concours. J’ai compris presque au dernier moment. Ai-je fait un déni ? Je ne sais pas. J’ai un rapport à la compétition un peu compliqué. Ça me tétanise et je ne sais pas pourquoi. A l’époque où je faisais des études de théâtre,  le conservatoire, les grandes écoles, c’était une période dure pour moi.

Tu es revenue l’année dernière pour participer à la soirée de soutien, ici.

Oui, comme j’avais été très déçue par ma participation à Montauban, j’étais ravie de revenir à Castelsarrasin pour la nouvelle vie d’Alors Chante !. Je trouve qu’il y a une vraie famille autour de ce nouveau festival.

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Quelques minutes avant l'interview...

Ton troisième album, Le départ, est dans la même veine que les deux précédents.alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandor

Je veux une cohérence dans ma discographie. A aucun moment, je n’ai décidé de switcher tout ça pour faire autre chose. Entre le premier album sorti en 2008 et celui-ci, 8 ans se sont écoulés. Je ne me sens pas la même personne et je trouve logique qu’il y ait une évolution, même si elle est discrète.

C’est difficile de durer dans ce métier?

La seule chose que j’ai compris, c’est qu’il n’y a pas de recettes, d’idées à comprendre pour faire en sorte de durer. Moi, je m’efforce de  faire que ce que j’ai envie de faire. Entre la première fois où je me suis mise à faire des chansons et aujourd’hui, je ne fais plus de compromis. Au début, je bossais avec un label, des collaborateurs, je ne comprenais rien à rien, je me laissais un peu diriger sans réfléchir. Aujourd’hui, je me force à écouter la petite voix intérieure… et ce, en toutes circonstances.

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Zaza Fournier sur scène avec son acolyte MaJiKer (piano Beatbox).

alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorA quand le quatrième album ?

Je suis en plein dedans. D’ailleurs, cette fois-ci, je ne pense pas en termes d’album. Ce schéma de fonctionnement m’a un peu fatigué. J’aime bien quand les gens partent de mes spectacles en se disant « je ne sais pas trop bien ce que j’ai vu ». Mon envie est d’aller plus loin dans cette idée-là et de monter un spectacle. Je suis en train de l’écrire et de réunir des gens pour le faire avec moi. Je pense que l’année prochaine, je proposerai ça. L’album viendra dans la foulée, mais ce n’est pas lui qui va tirer l’ensemble du projet.

Je te trouve à part des autres chanteuses.

Ce qui compte le plus au monde, pas qu’en musique d’ailleurs, c’est d’être au plus près de sa singularité. Par définition, nous sommes tous uniques. Ce qui nous tue est ce qu’on nous apprend à faire toute la journée. On nous explique comment être socialement acceptable et on nous demande d’être définissables. Ce qui m’angoisse le plus dans la vie, c’est d’avoir à me définir. Je ne le fais donc pas. C’est chiant pour les autres et pour moi-même, mais je me sens plus vivante et plus en mouvement comme ça.

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Zaza Fournier après l'interview.

En fin d'après-midi, un petit pot « à la bonne franquette » a été offert aux membres du jury et quelques professionnels présents. Au programme : saucisson, Saint Nectaire (le meilleur du monde ramené par un membre du jury) et quelques bouteilles de vins (de toutes les couleurs). Moment très convivial. 

Bref, la journée fut bonne...

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Benjamin Valentie, le rédacteur en chef de FrancoFans servant le directeur du festival de Pause Guitare sous l’œil amusé de Dominique Janin, présidente de l'association Chants Libres qui organise cette édition d'Alors Chante!.

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30 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (première partie) : Pierre Perret.

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(Photo : Rémy Gabalda (AFP) )

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretAlors... Chante ! nouvelle version a réussi son pari. Passé à la trappe en 2014 (pour d’obscures raisons pas toujours très belles, donc je les tais), ce festival que les amateurs de chansons françaises chérissaient tant, a fait un retour dans une nouvelle ville, Castelsarrasin. Un retour prudent. Cinq concerts ont été annulés pour ne pas déséquilibrer le budget (genre de nouvelle qui ne rassure pas, à priori).Mais bon, Pierre Perret, HF Thiéfaine, Yves Jamait, Thomas Dutronc, Vianney, Alexis HK, La Grande Sophie, Radio Elvis, Zaza Fournier, Debout sur le Zinc, Chloé Lacan et quelques autres étaient de la partie, c’est dire si je n’ai pas perdu mon temps. Au contraire.

Je ne vais pas revenir sur les invités, les concerts, l’ambiance, mes amis journalistes présents ont fait un sacré beau boulot (et ils semblaient plutôt enthousiastes!)

Voici notamment les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (, , et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

Alors Chante ! a réuni 5200 spectateurs. L'opération séduction de cette manifestation a pris timidement, mais sûrement. Au-delà des chiffres, cette édition restera celle d'un renouveau et laisse à penser que celle de 2016 sera prometteuse.

Ce que je peux dire, c’est que j’ai passé quatre jours exceptionnels. J’ai découvert de nombreux artistes « émergents » (qui chaque après-midi jouaient chacun durant 45 minutes). Du bon, du convenu, de l’original, du moderne, du classique… il y en avait pour tous les goûts.

Je ne fais jamais de « live report » n’étant pas très bon dans cet exercice. Raconter un concert, je n’y parviens pas. Un concert ne se raconte pas. Il se voit.  Je vais me contenter de mettre en ligne les différentes interviews réalisées sur place.

Avant cela, je voulais remercier Dominique Janin, la grande ordonnatrice de ce festival (présidente de l’association Chants Libres) qui a eu le courage de reprendre en main Alors Chante !. Je pense aussi à son équipe de bénévoles (seul, on ne fait rien) pour leur professionnalisme, leur engouement, leur accueil et leur amour de la chanson française. Je tire mon chapeau à ce beau monde, mais aussi à l'équipe d'Abacaba pour l'organisation et la programmation. Un grand merci aussi à Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse qui ont accédé à tous mes desiderata (raisonnables, je précise).

Première interview, Pierre Perret, l’enfant du pays. L’enfant de la ville, même.

Déjà, en septembre 2015, il était la tête d'affiche d'un concert de soutien et de préfiguration sur la place de la sous-préfecture. Le 4 mai, c’était donc son premier vrai concert à Castelsarrasin. Dans l’après-midi, il a reçu sur place le Grand Prix Chanson In Honorem de l'Académie Charles Cros.

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Le nouveau maire de la ville, Jean-Philippe Besiers, en a profité pour dévoiler le buste du chanteur signé du sculpteur toulousain Sébastien Langloïs (voir plus bas). L'œuvre sera exposée à la galerie municipale.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretLe soir, donc, une salle pleine à craquer par 800 personnes acquises à sa cause. Des guests, comme les Blankass, Alexis HK et Nolwenn Leroy l’ont accompagné. Pierre Perret au moment de quitter la scène est aux bords des larmes. Et le public en a eu pour son argent : des tubes, des chansons grivoises, des rires et des sourires… et beaucoup d’émotion. Perret a fait le tour de soixante ans de carrière, vertigineux retour en arrière dans les souvenirs de chacun.

Le lendemain du concert, le 5 mai, il a accepté de s’entretenir avec moi à son hôtel (Le Moulin à Moissac).

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Avant le concert, Pierre Perret accompagné notamment de Nolwenn Leroy et de Dominique Janin. 


alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretInterview :

Pierre Perret qui donne un vrai concert chez lui pour la première fois, après 60 ans de carrière, c’est un évènement que je suis fier d’avoir vu.

Et moi que je suis fier d’avoir enfin pu concrétiser. A cause du précédent maire qui ne m’aimait pas, je n’ai jamais pu chanter ici. C’est incompréhensible, car nous ne nous connaissions pas. C’était le fait du prince. C’est comme ça, c’est tout.

Il y a donc eu une charge émotionnelle supplémentaire de chanter hier à Castelsarrasin ?

Malgré moi, j’ai dit « enfin ! ». Vous l’avez vu vous-même, la salle était debout et très réceptive. C’était tellement magique que j’ai chanté 2 heures 20. On aurait pu continuer longtemps à « communier » ensemble.

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alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretDans l’après-midi, le nouveau maire a dévoilé un nouveau buste de vous. Ça vous a ému ?

Bien sûr. En plus, je n’étais pas au courant. On m’avait bien dit qu’il se préparait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. J’étais loin de m’imaginer une telle espièglerie (rire).

Aimez-vous les honneurs ?

Je ne suis pas d’une nature contrariante, mais je n’ai jamais rien demandé. La légion d’honneur, il faut la demander. Moi, je l’ai reçu sans rien demandé. C’est unique je crois. Un jour, mon copain Michel Rocard m’a dit « je te remets la légion d’honneur cette semaine, il n’y a pas à revenir là-dessus ».

Vous avez reçu toutes les récompenses possibles.

Du Grand Prix de la Sacem à l’Ordre du Mérite en passant par la Légion d’honneur. Ce qui m’a le plus touché, c’est la première école qui a porté mon nom. C’est un symbole magnifique. Aujourd’hui, il y en a plus de 30. C’est un record en France pour une personne vivante.

Il faut vous demander l’autorisation pour cela ?

Oui. Ils appellent et ma femme répond toujours que je serai très honoré. Ce qui est vrai. Je vais inaugurer chaque école sans exception et à chaque fois, il y a beaucoup d’émotion. Souvent, les enfants chantent « Mon p’tit loup », « Lili » ou « La cage aux oiseaux »… ça me fait pleurer.

Vos chansons fédèrent toutes les couches de notre société et tous les âges.

Même si les vieux schnocks comme moi m’aiment bien, ça me touche plus quand je sais que je suis apprécié  par les enfants. L’avenir de la France de demain, ce sont les enfants et j’aime l’idée que mes chansons fassent partie de leur vie, les accompagne. Bon, quand je vois arriver des enfants qui me disent « c’est ma grand-mère qui m’a appris tes chansons », ça m’énerve un peu (rire).

Je trouve que vous avez un public très respectueux et attentif quand vous chantez de nouvelles chansons. Ça vous fait plaisir que l’on ne s’attarde pas que sur vos succès ?

Quand je chante « Femme battue » qu’a chantée Nolwenn Leroy hier soir, ou « La femme grillagée », il y a un silence dans la salle et on sent le poids de l’émotion.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretNolwenn Leroy vous a rendu un hommage très émouvant.

Elle est mignonne et très gentille.

Debout sur le Zinc, les Blankass, Les Ogres de Barbak se revendiquent de vous. Ils sont fans de vous.

Les Têtes Raides aussi. Ces jeunots aiment mes chansons et ça me fait un plaisir inouï. Ça me touche infiniment d’être une sorte de modèle, même si je sais qu’ils ont d’autres références, je suis déjà bien heureux d’en être une parcelle.

Vous vous habituez au succès, aux salles remplies ?

Quand vous arrivez aux Vieilles Charrues devant 55 000 personnes, croyez-moi, vous recevez une dose d’amour incroyable. Jean-Philippe Quignon, le créateur des Vieilles Charrues, aujourd’hui décédé, a dit un jour à l’AFP que la plus grosse émotion qu’il a eue en 20 ans de Vieilles Charrues, c’était le concert de Pierre Perret et juste après celui de Manu Chao. Ce type de déclaration me conforte dans l’idée que j’ai raison de continuer à faire ce métier.

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Vous ne vous lassez jamais de la scène ?

Si je me lassais un quart de seconde sur scène, je partirais en courant. Je ne peux pas rentrer sur scène impavide, sans envie d’y être. Je fais trois pas sur scène et déjà on me dit qu’on m’aime. J’ai la faiblesse de suivre mon ego.

Vous faites tellement partie de nos vies depuis longtemps.

Il y a une histoire de partage entre le public et moi. De plus, je crois que les gens aiment mon intégrité. Ils savent que je me suis toujours investi tout seul dans ce que j’ai fait. J’ai chéri mon indépendance très tôt et je n’ai rien demandé à personne Je suis un franc-tireur total. Les Ogres de Barbak disent de moi que je suis le punk suprême (rire).

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Parfois, vous vous faites emmerder, notamment par le Nouvel Obs ou même par Guy Béart.

Ce sont des histoires de jalousies et de bêtises à l’état pur. Je ne suis envieux et jaloux de personne. Quelqu’un a du succès, je suis content pour lui.

Avez-vous eu la vie idéale ?

Il faut traverser la vie en vivant la passion qui vous anime… quand on en a une. Ce n’est pas anodin et ce n’est pas donné à n’importe qui. Il y a plein de gens qui s’emmerdent au quotidien à faire des choses qu’ils n’aiment pas faire. J’estime que j’ai eu une grande chance.

Avoir la responsabilité de rendre heureux les gens, c’est lourd à porter ?

Oui, parce qu’à chaque fois que je planche dans l’obscurité  pour écrire avec mon stylo sur mon cahier d’écolier, je me pose toujours la question de savoir si cela va être partagé, compris, apprécié. Parfois, je peux réfléchir à une chanson cinq ans avant d’en être satisfait, avant d’estimer qu’elle peut toucher le public

Vous avez été tricard dans les médias un moment.

Mais je le suis encore. Je suis tricard dans les médias depuis tout le temps, mais le public s’en fout. Les gens suivent les modes et moi, je n’ai jamais été à la mode, donc jamais démodés. J’ai toujours fait les chansons et la musique de mon cœur.

A part vous, qui peut chanter des chansons de cul sans choquer ?alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perret

J’ai fait beaucoup de chansons paillardes parce que je n’ai aucune inhibition. Vous savez, c’est très difficile d’aborder ces rivages-là. La chanson qui polarise ce type d’étiquette que je me suis collé, c’est « Le zizi ». C’est vraiment une chanson militante pour moi. Pour la première fois, une chanson évoque un sujet qui est complètement tabou. Je parle de sexe pendant 4 minutes. La seule certitude que j’avais, et là, je me trompais lourdement, c’était de penser que cela ne passerait jamais nulle part. C’était la douzième de l’album, c’est dire si j’y croyais. Europe 1 s’est emparé d’elle et la passait sur toutes les tranches horaires. J’ai vendu des millions de 45 tours. Ce sont les gosses qui ont fait acheter le disque et qui chantait ça à la récrée. Ça les faisait tellement rire de braver l’interdit. Pareil pour Tonton Cristobal. Un copain instituteur me disait qu’à l’école, les enfants chantaient « Il en a le cul cousu, il en a le cul cousu ».

Vous êtes un des chanteurs français les plus subversifs.

Oui, et la subversion a toujours dérangé. J’écris des chansons au cordeau. J’aime quand elles  provoquent des réactions et font réfléchir.  

La question qui tue : votre prochaine chanson choc qui pourrait devenir un standard, ce sera sur quel thème ?

Sur mon prochain album qui verra le jour dans quelques mois, j’ai déjà une chanson intitulée « Le pédophile ». On risque de beaucoup en parler…

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Le 5 mai, après l'interview.

29 mai 2016

Audrey Jougla : interview pour Profession : animal de laboratoire

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(Photo : Lou Sarda)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorAudrey Jougla est une femme de conviction sacrément courageuse. Elle force le respect. Après plusieurs années d'un engagement forcené aux côtés d’associations militant pour les droits des animaux, elle livre dans Profession : animal de laboratoire un récit sans concession sur l'enfer vécu par les animaux de laboratoire. Comme l’explique l’argumentaire de presse, « au risque de se mettre en danger, elle nous embarque en caméra cachée dans les sous-sols interdits des laboratoires publics et privés où se cache une réalité atroce : celle de l'expérimentation animale. Dans ces lieux surprotégés, se pratique une violence quotidienne et systématique souvent ignorée du grand public. Cette année, le débat sur la vivisection a enfin été relancé grâce à l’initiative citoyenne ICE qui a demandé officiellement à la commission européenne de mettre fin aux expérimentations animales en rendant obligatoires les méthodes substitutives qui obtiennent de meilleurs résultats sur l'homme. »

« En 2016, une prise de conscience sur le sujet encore tabou de la souffrance animale est plus que jamais nécessaire. Le citoyen du XXIe siècle ne peut plus ignorer les questions fondamentales de son rapport à l'animal, à la science et aux valeurs humanistes » explique Audrey Jougla

Le 27 avril dernier, Audrey Jougla est passé à Webedia pour une longue interview sur cet essai nourri d'une réflexion très documentée aux révélations impitoyables.

4e de couverture :audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

Pendant plus d'un an, Audrey Jougla a enquêté en caméra cachée dans les laboratoires publics et privés français pour comprendre la réalité de l'expérimentation animale.
Quels sont les tests pratiqués aujourd'hui ? Dans quel but ? En Europe, plus de 11,5 millions d'animaux subissent chaque année des tests, qui ne concernent pas seulement les rongeurs mais de nombreuses espèces familières comme les chats, les chiens, les chevaux ou les singes.
En poussant les portes de ces lieux interdits au grand public, où personne n'a encore pu accéder sans effraction, Audrey Jougla nous embarque dans le récit de son aventure aux côtés des militants de la cause animale.
Une enquête inédite et un récit saisissant sur la souffrance infligée aux animaux, qui interroge notre humanité face à l'absurdité de la violence.

L’auteur :

Diplômée de Sciences Po Paris, Audrey Jougla a été journaliste avant de reprendre ses études de philosophie. Passionnée d’éthique animale, elle obtient les félicitations du jury pour son mémoire de recherche sur la question de l’expérimentation animale comme « mal nécessaire ». Elle est co-auteur de Nourrir les hommes, Un dictionnaire (Atlande, 2009).

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(Photo : Romain Lutringer)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorInterview:

Ce qui m’a surpris, c’est que j’ai lu ton livre comme un thriller.

J’ai raconté simplement, chronologiquement l’enquête et toutes les phases par lesquelles je suis passée. Il ne s’agissait ni de faire quelque chose de théorique, ni quelque chose de journalistique. Je voulais qu’il y ait de l’émotion et que ce livre soit incarné.

Cette cause te touche-t-elle depuis longtemps ?

Je suis végétarienne depuis toute petite. Pendant longtemps, je n’ai rien fait pour les animaux, je faisais juste un chèque pour certaines associations. A 25 ans, je me suis dit qu’il fallait que je milite activement. J’ai commencé à tracter et  à manifester.

Tracter t’as apporté beaucoup ?

C’est une excellente formation. On apprend tout en tractant. On a très peu de temps et on est souvent face à des réactions épidermiques chez les gens. On constate les préjugés qui nous reviennent constamment.

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Tracter, défiler...

On vous reproche quoi le plus souvent ?audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

On nous demande souvent pourquoi on ne fait pas ça pour les humains.

Ça se tient comme argument, non ?

Non, chacun milite pour les causes qui leur semble les plus adaptés à son combat. Je défends les animaux, ce n’est pas pour autant que j’en n’ai rien à foutre des humains. C’est une question de sensibilité personnelle. Très souvent, les gens qui disent ça ne font pas forcément quelque chose pour les autres.

Te souviens-tu du déclic qui t’as incité à écrire ce livre ?

Oui. Je me suis rendue à une manifestation contre la vivisection organisée par plusieurs associations à Paris et j’ai été choquée par les images. Je n’en avais jamais vu autant et je me suis posée la question de leur véracité. Je me demandais si c’étaient des images d’aujourd’hui ou de vieilles archives. Enquêter pour savoir comment l’expérimentation animale se passait en France de nos jours m’a paru essentiel.

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Le 5 septembre 2015 à l’appel du CCE2A (Collectif Contre l’Expérimentation et l’Exploitation Animales) afin de dénoncer la barbarie de l’expérimentation animale et de mettre en avant les méthodes substitutives. Plus de 30 associations étaient représentées.

Il y a 12 millions d’animaux en Europe, toutes espèces confondues, qui ont été sacrifiés sur l’autel de la science chaque année, alors que tu expliques qu’il y a des solutions de remplacements pour éviter ces carnages.

En infiltrant ce milieu, j’ai assisté à des scènes de violences insoutenables et je n’ai rien pu faire ou dire par peur d’être démasquée. J’ai été révoltée en écoutant les argumentations et justifications à tous ses massacres. Je me suis vite rendu compte que les propos tenus ne tenaient pas la route. En gros, les gens qui expérimentent expliquent qu’ils font le sale boulot que la société ne veut pas faire. Ils disent qu’on ne change pas un protocole qui marche, qu’ils ont toujours fait ainsi… On ne peut pas justifier le mal avec ces arguments. Les laboratoires sont censés utiliser les méthodes alternatives, mais ils n’ont aucune contrainte et incitation à les chercher.

Tu as pris des risques en infiltrant les labos. C’est un vrai travail d’investigation. Tu n’as pas eu peur parfois ?

J’ai eu peur à la publication du livre. Au début, je voulais le publier sous pseudonyme, mais très vite j’ai considéré que ça allait à l’encontre du fait de dévoiler quelque chose. Si je ne mets pas mon nom, ça amoindrit l’impact. Tout ce que je dis est vrai et attesté. J’ai les sources de tout, comme les enregistrements par exemple. Ce qui est surprenant, c’est que j’ai eu une sorte de culpabilité par rapport aux gens à qui j’ai menti, même à ceux qui travaillent dans les labos. Cette sorte de trahison m’a longtemps habité.

Il faut préciser que tu as rencontré pas mal de personnes, parmi lesquelles des gens qui t’ont fait confiance.

Humainement, on noue des relations avec des gens qui ne sont ni des barbares, ni des sadiques. C’est très facile quand on est militant de les diaboliser, mais quand on les côtoie, ce n’est plus du tout pareil. Après, on se ressaisi en se rappelant que ce qu’ils font n’est pas justifiable.

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3 mois jour pour jour après le rejet de l’ICE Stop Vivisection, un happening d’envergure régionale réunissant une centaine de personnes a eu lieu à Lyon le 03 octobre 2015 pour maintenir la pression sur les autorités locales et nationales. Plusieurs stands de sensibilisation au véganisme et à l’expérimentation animale ont également eu lieu partout en France, avec la participation à plusieurs reprises d’Audrey Jougla.

Parfois, certains chercheurs des laboratoires t’ont impressionné, voire ont presque fait vaciller tes convictions.

L’autorité de la blouse blanche impressionne beaucoup. On est face à des « sachant », des gens qui ont une autorité, une expertise. Je me suis souvent demandée qui j’étais pour remettre leur propos en cause. Avec cette situation de messianisme scientifique, le débat est quasi inexistant et le grand public est tout le temps mis en défaut par rapport à ça. C’est détestable parce que l’on se rend compte que l’on confie l’autorité du jugement sur le débat à des gens qui sont juges et parties. Il y a donc très peu de débat public sur l’expérimentation animale parce que c’est très technique.

Qu’as-tu vu en pénétrant dans les laboratoires ?

J’ai vu des singes, des chiens, des chats, des rongeurs. Même si je suis très émotive, j’ai pu résister à la tentation de pleurer, vomir ou m’insurger… c’est l’utilité de ce que je faisais qui a pris le pas.

Tu expliques aussi que ces expériences sont parfois utiles. Ce que j’aime bien dans ton livre, c’est qu’il est très objectif.

La question de l’utilité des expériences est intéressante. Pour certaines expériences utiles et nécessaires à la santé humaine, il n’y a pas de méthodes alternatives, ça n’invalide pas la souffrance et le débat moral.

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Toujours expliquer son combat.

Tu cites des marques, des noms de laboratoires. Tu n’as pas eu de problèmes à la sortie de ton livre ?

Non, je n’ai pas reçu de menaces sur ma personne. Mais il y a eu beaucoup de pressions chez les médias pour ne pas m’inviter. Certains labos sont annonceurs dans certaines chaines de télé ou radio et dans certains magazines.

J’aime le fait que ton livre ne soit pas à charge. Ça le rend crédible.

Pour moi, c’était essentiel d’être le plus honnête possible par rapport à tous ce que j’avais pu entendre et ce que l’on m’avait dit. Ce qui est dramatique dans ce débat-là, c’est qu’il n’y a pas une vérité. Il y a des gens démunis qui travaillent dans des laboratoires qui disent « c’est terrible ce qu’il se passe, mais comment peut-on faire autrement ? » La législation oblige les tests sur les animaux avant de commercialiser les médicaments.

Tu t’es intéressée à la psychologie des gens qui font des expériences parce qu’on est quand même sur de la souffrance quotidienne et quasi permanente.

On entend souvent dire que ce sont des sadiques. Je pense en fait que tout est fait pour qu’il y ait une distance avec l’animal. Il est vraiment considéré comme du matériel.

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La place de la République était remplie de monde le 12 septembre 2015, lors de la journée organisée par la Fuda. Et Jeanne Mas et Raphael Mezrahi faisaient partie des militants présents

Les défenseurs de la cause animale, tes amis, ont fini par se méfier de toi lors de ton enquête.

Il y a eu un moment où c’était compliqué parce que je n’avais mis personne dans la confidence. Mes parents, mon ami, mes amis n’étaient pas au courant. Je me disais qu’ils allaient me décourager et qu’ils allaient avoir peur pour moi. Parmi les deux seuls militants de la cause animale qui étaient au courant, il y a un qui a considéré que j’étais passée de l’autre côté parce que je lui avais fait part de mes doutes. J’en étais arrivée à un point où je me demandais si les chercheurs n’avaient pas finalement raison. Je me suis ressaisie parce que la seule chose sur laquelle tout le monde est d’accord, c’est la souffrance des animaux.

Quelle est la conclusion de ton enquête ?

Sur un sujet comme celui-ci, on a trop tendance à évincer le débat sous prétexte que c’est médical et scientifique. On a tendance à penser que l’expérimentation animale est faite pour le bien être supérieur de l’humanité et on oublie la rentabilité. Les laboratoires ne sont pas des philanthropes, il y a des exigences derrière qui sont commerciales.

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Pendant l'interview...

Que peut-on faire ?

Mutualiser les résultats, créer une plateforme avec les méthodes alternatives en fonction des protocoles, avoir des subventions pour les méthodes sans animaux… Il y a plein de choses qui peuvent se faire.

Tes amis de la cause animale sont-ils rassurés sur tes convictions aujourd’hui ?

Ils m’avaient vu disparaitre pendant pas mal de temps. Le fait de pouvoir les retrouver, de revenir militer sur le terrain, avec le livre, c’est un soulagement. Ils ont compris mon absence et mon silence.

Les droits de ton livre sont versés à quatre associations.

Oui, le Collectif contre l'expérimentation et l'exploitation animale (CCE2A), International Campaigns, Antidote Europe et Pro Anima.

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Le 27 avril 2016, après l'interview.

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26 mai 2016

Damien Sargue et Olivier Dion : interview pour Les 3 Mousquetaires

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Le 14 avril dernier, je suis allé à la rencontre des deux protagonistes principaux de la comédie musicale événement, Les 3 Mousquetaires. Olivier Dion et Damien Sargue, respectivement D’Artagnan et Aramis m’ont donc donné rendez-vous à L’Avenue pour un petit déjeuner sous le signe d’Alexandre Dumas. Voici le fruit cette conversation pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mai 2016).

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Clip officiel de "Un jour" (Damien Sargue).

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Clip officiel de "Je t'aime, c'est tout" (Olivier Dion).

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Clip officiel de "De mes propres ailes" (Olivier Dion).

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Le show Case de Les 3 Mousquetaires au Comédia.

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Après l'interview, à L'Avenue, à gauche Damien Sargue (Aramis) et à droite Olivier Dion (D'Artagnan), le 14 avril 2016.

24 mai 2016

Emma Daumas : interview pour son roman Supernova et son EP Vivante

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(Photo : Serge Verglas)

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorEmma Daumas est une chanteuse. Mais plus uniquement. Elle est désormais également une auteure. Certes, ce qu’elle raconte dans Supernova (Editions Scrinéo) est proche d’une réalité qu’elle a côtoyée parfois de loin et souvent de très près, il n’en reste pas moins que l’on sent un souffle romanesque et un sens de la narration très prometteur.

J’avais déjà rencontré la chanteuse il y a 10 ans. L’éternelle histoire d’un journaliste qui interviewait une chanteuse de plus à son palmarès et d’une chanteuse qui répondait aux questions d’un énième journaliste. Il ne s’était rien passé humainement.

Et puis, récemment (en avril dernier) nous nous sommes retrouvés au 14e Salon du livre et de la chanson de Randan, tous les deux comme auteurs et pas franchement habitués à être de ce côté-là de la barrière. Une amitié immédiate est née.

Je l’ai donc revu le 29 avril dernier dans le salon du charmant Hôtel Joséphine, au pied de Montmartre, pour évoquer ce livre et son nouvel EP au nom merveilleusement bien choisi : Vivante.

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C’est l’histoire d’Annabelle, seize ans, une jolie petite chanteuse de province et de son avatar, Bella, créature née de sa participation à « Starcatcher », télé-crochet en vogue servant de fusée médiatique aux adolescents en quête de poussière d’étoiles.

Pas de suspense factice dans ce récit où l’extinction violente d’une gloire est programmée à sa naissance. Il est question ici de l’initiation d’une jeune fille à la vie des grands, sous sa forme la plus cynique et exaltante qui soit. Une formation accélérée qui entraîne inexorablement la mort des illusions.

Dans un monde de spectacle et d’exhibition, où l’on confond amour et séduction, narcissisme et respect de soi, comment Annabelle réussira-t-elle à retrouver le chemin vers la vraie lumière, sa lumière intérieure ?

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorL’auteure (photo : Eric Vernazobres) :

Après la Star Academy en 2002, trois albums chez Polydor, un livre-disque pour enfants, Emma Daumas finit par poser ses valises dans sa Provence natale pour y fonder une famille et peaufiner sa démarche d’auteure.

En 2012, elle entame l’écriture de nouvelles chansons sous le regard bienveillant de Maxime Le Forestier, qui lui donne de nombreuses clefs et la confiance qui lui manquaient pour pouvoir écrire, enfin seule. Elle navigue depuis entre la musique, l’écriture et des aventures artistiques en tous genres, notamment dans le monde de l’art contemporain. Du reste un EP (mini album de 6 titres) est prévu en mai 2016, et un album à suivre.

En 2014, sa rencontre avec l’éditeur Jean-Paul Arif lui donne l’élan pour entamer l’écriture d’un roman à partir de son expérience de téléréalité, un texte qui sommeillait en elle depuis longtemps. Supernova est le fruit d’une longue réflexion sur les effets de ce qui fut un grand bouleversement dans sa vie.

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emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorInterview :

Ecrire un premier livre, c’est compliqué ?

Ce n’est pas de tout repos. C’est l’éditeur Jean-Paul Arif qui m’a lancé ce challenge. Je lui avais fait lire des fables que j’écrivais et que je voulais publier dans son magazine L’éléphant. Il a aimé, mais mon parcours l’intéressait particulièrement. Il a préféré que j’écrive un roman.

Et tu t’es lancée directement ?

J’ai commencé à écrire sur des personnages et, très vite, j’ai eu ma trame. J’ai eu des visions de scènes importantes, comme des petits flashs. Deux mois plus tard, pour me rassurer, j’ai demandé à Jean-Paul de lire la première partie de mon livre. Il y a eu beaucoup d’évolution dans l’écriture entre le moment où j’ai commencé et celui où j’ai envoyé le résultat pour la première fois. Déjà, je suis passée de la troisième personne à la première. Je voulais l’identification du personnage pour qu’il soit au plus proche d’Annabelle et, ainsi, mieux rentrer dans les émotions. Il ne fallait pas que je craigne la confusion et la schizophrénie. Il y avait une ambiguïté, mais il fallait que je l’assume. En disant « je » et en lui faisant vivre des choses que je n’ai pas vécues, j’ai pu commencer à me détacher d’elle.  Dès que la première partie a été validée, que j’ai assumé et trouvé la forme, c’était parti. J’ai écrit une première version, puis une deuxième largement retravaillée. Il y a eu des suggestions et des discussions avec mon éditeur, puis j’ai pris un peu de recul. Je l’ai posé un petit mois et j’ai fait quelques ajustements. Ce livre m’a pris 14 mois. 

Ecrire un livre demande de la rigueur quotidienne. Tu y es parvenue ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Je t’avoue qu’il y a eu des moments où j’ai plus traîné la patte que d’autres, mais j’ai été sauvée par la discipline. Quand on est maman et qu’en plus on travaille sur de nouvelles chansons, c’est essentiel de s’imposer un cadre d’écriture très strict.

Est-ce que parfois, ça t’a remué de te replonger dans les souvenirs de cette période-là ?

La dynamique a pris le pas sur les émotions que je pouvais ressentir. Cette rigueur que je m’étais imposée m’a permis d’aller au bout sans trop être chamboulée.

Au-delà de l’histoire d’une jeune fille à la notoriété aussi soudaine que stupéfiante qui explose en pleine vol, il est aussi question d’amour, d’amitié, de relation sœur-sœur, fille-mère, fille-beau-père.

Il fallait qu’elle soit confrontée au maximum de problématiques. J’ai essayé d’être réaliste tout en inventant des choses. Il y de nombreuses scènes/évènements/situations vécus par moi, d’autres vus chez les autres.

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Starcatcher = StarAcademy (version 2002) : un peu, mais pas tout à fait. 

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorTu as été très méchante avec ton héroïne.

(Rire). Je ne lui ai rien épargné, je suis d’accord. C’était aussi ça, la jouissance de mon roman.

Le moment où on apprend qui est le beau-père d’Annabelle m’a glacé le sang. Je ne peux pas dire ici pourquoi, mais franchement, c’est très fort.

Quand elle apprend qui est son nouveau beau-père, elle, et les lecteurs, ont une réaction épidermique. Cette intrusion dans son cocon fait froid dans le dos à tout le monde. Dans le cas présent, l’humain reprend le pas sur le mythe. Voilà, je ne peux rien dire de plus pour ne pas spoiler mon propre livre.

Annabelle fait souvent les mauvais choix dans sa vie personnelle et personnelle…

Ce n’est pas un livre uniquement sur le système, mais aussi sur la personne elle-même. Souvent, Annabelle fait effectivement les mauvais choix. Je montre ce qu’une jeune fille est capable ou n’est pas capable de faire pour continuer à alimenter ce système et continuer à en faire partie. Quand tu es projetée dans un monde, un milieu aussi étincelant, et que tu en fais partie, ta seule crainte est de perdre ta place. Même si tu vois que tu n’es pas à la bonne place, même si tu vois que ça te fais du mal, que cela attise tes pulsions destructrices, il y a quand même quelque chose en toi qui t’incite à continuer à faire partie du jeu. Dans le roman, j’ai considéré qu’il fallait qu’elle tombe au plus bas, pour qu’elle puisse rebondir.

Ne m’en veut pas mais, même si j’ai bien compris que tu n’as pas raconté totalement ta propre histoire, quand j’ai lu le livre, je te voyais en Annabelle.

Tu n’es pas le seul à me l’avoir dit et cela m’embête un peu. Je ne peux pas lutter contre ça. Ce que j’ai vécu a été une richesse très importante pour la conception de ce roman. Mon travail a été de me détacher de moi le plus possible pour aller vers une jeune fille d’aujourd’hui, une petite ado très contemporaine, bien ancrée dans notre modernité. Je voulais faire d’Annabelle un personnage générique auquel toutes les adolescentes pouvaient s’identifier.

Tu viens d’un milieu différent que celui de ton héroïne.emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Nos vies n’ont rien à voir. Je viens d’un milieu particulièrement privilégié, un peu bourgeois. Mes parents m’ont désiré, ils m’ont hyper protégé et choyé. J’ai étudié dans une école catho… Lorsque j’écrivais, j’ai cherché à ce que l’on s’identifie à elle. Je ne suis pas elle et, surtout, je ne me sens pas comme elle.

Tu savais bien qu’on allait te questionner sur cette ambiguïté.

Oui, mais je ne pensais pas que l’on m’identifierait autant à elle. De toute manière, et je sais que tu le sais, certains médias n’entendent que ce qu’ils ont envie d’entendre.

J’imagine que les journalistes te demandent où est la part de réalité et celle du romanesque, non ?

Oui, mais je trouve que ce n’est pas ce qu’il y a d’intéressant dans ce projet. La télé-réalité pour moi, ça a été une expérience, mais c’est fini. A aucun moment, je n’ai eu envie d’écrire ma vie. Elle m’appartient. Mon intimité m’appartient et ce n’est pas ce que j’ai envie de communiquer aux gens. Je crois qu’il y a d’autres façons de parler de soi qui sont plus profondes et plus subtiles. Parler de soi en essayant de faire le pont avec les autres, c’est parler de soi et des autres en même temps.

Et quand on te pose la question avec insistance, tu réponds quoi  au final?

J’essaie de me dépatouiller en disant que tout est réaliste, mais tout n’est pas vrai. Il y a des choses à moi, d’autres aux autres. Je suis allée puiser dans mes bagages affectifs et émotionnels, mais en réalité c’est trouble et j’ai envie que cela le reste. Ce livre est un parcours initiatique, il raconte un cheminement. Il y a plusieurs niveaux de lecture. Ceux qui voudront y voir une autobiographie déguisée pourront le faire, moi, j’y vois des symboles qui représentent mon cheminement intérieur. Pour moi, ce cheminement est à la fois artistique et spirituel.

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorCe n’est pas un livre qui balance sur le métier, il n’élude rien de ce qu’il est, c’est tout.

Merci de le dire. Cette quête de célébrité et de gloire est très intemporelle. Depuis toujours, il y a eu des systèmes qui ont alimenté ce fantasme-là. Les télé-crochets et la télé-réalité sont des systèmes d’aujourd’hui. A l’époque de Star Academy, j’étais comme un cobaye qui vivait quelque chose qui le dépassait complètement. Cette expérience veut dire beaucoup sur les êtres humains et notre rapport à la célébrité, à la reconnaissance et à l’amour. En écrivant, j’avais l’impression de transcender cette expérience en quelque chose de positif. Je n’ai jamais eu la sensation de cracher dans la soupe ou de dénoncer des gens. Au fond, avec le recul, ce que j’ai vécu à la Star Academy est  un accélérateur de particule. Il faut juste puiser au fond de soi les forces nécessaires pour naviguer correctement dans ce milieu.

Je conseillerais aux jeunes artistes qui débutent et qui aimeraient passer dans ce genre d’émission de lire ce roman. Cela pourrait leur signaler deux trois choses…

Cela dit, les ados d’aujourd’hui ont ça dans les mœurs. Ils sont nés avec. Ils connaissent tous les codes de ce genre d’émission et les adoptent immédiatement sans aucun recul. Comme j’ai vécu le début de cette ère, je peux être lucide sur tout ceci. Mais je refuse de me placer dans la position de la moralisatrice. Je n’ai pas de conseils à donner. En plus, on n’a pas tous vécu cette aventure de la même façon. Ça dépend de la sensibilité et des armes que l’on a pour rentrer dans ce monde-là.

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Pendant l'interview... (1)

Ta démarche d’écrire sur cette période-là de ta vie fait-elle sens ?

Profondément. C’est ça « évoluer ». Te servir de ton bagage pour pouvoir naviguer dans d’autres mondes. Ça fait cinq ans que j’ai commencé à aborder le travail artistique de façon très différente. Je me suis beaucoup ouverte à des nouveaux médiums et à des nouveaux genres. Ça a éclaté toutes mes projections et mes codes habituels. Maintenant, je me sens capable de me lancer dans de nombreux projets artistiques différents. Aujourd’hui, je me sens artiste. Et ce livre a beaucoup participé à ce cheminement.

Le regard des gens du métier a-t-il changé envers toi ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

De façon notable. Aujourd’hui, je suis interviewée par Technikart (voir à droite) ou Le Grand Journal. Il y a quelques années, c’était inimaginable. Ca me montre que j’ai pris le bon chemin et ça m’encourage. Le regard des médias peut titiller mon ego, certes, mais aujourd’hui, je suis plus flattée que des artistes contemporains me fassent confiance sur des projets sur lesquels personne ne m’attend. Déjà avec Maxime Le Forestier, ça a été une étape. Quand un type comme ça pose les yeux sur ton travail, tu es obligée de prendre ce privilège au sérieux. Grâce à lui, j’ai commencé à être exigeante envers moi-même et à m’ouvrir à d’autres choses.

Le tome deux de Supernova sort l’année prochaine ?

(Rire) Non. Mais je suis en train de réfléchir à un  deuxième livre. J’ai déjà la trame. Les lecteurs de Supernova risquent d’être surpris. Mais, ce n’est pas une suite.

EPK de l'EP, Vivante.

Parlons de ce nouveau disque, Vivante, qui sort le 27 mai.

Le livre et le disque sont deux projets complémentaires. Ils ont été élaborés en même temps. Avec Maxime Le Forestier je m’étais ouverte à une approche beaucoup plus visuelle dans le texte, une approche avec beaucoup plus de contextualisation et moins d’abstraction, tout en gardant une forme de poésie. C’est cette façon d’aborder mes textes de chansons qui m’ont amené à écrire ce livre. Avec le livre, il a fallu que je développe complétement ce territoire visuel imaginaire.

Tu as beaucoup travaillé avec Maxime Le Forestier avant d’enregistrer cet EP.

Oui, et grâce à lui, j’ai pu écrire des textes qui tenaient la route. Il a fallu que je peaufine les musiques, les structures, et que je finisse les textes avec un peu plus de subtilités. On a fait quatre maquettes avec les musiciens de Maxime. Grâce à eux,  j’ai pu commencer à me faire une idée sur ce que je voulais. Mon but était de revenir sur scène avec des chansons qui me correspondent aujourd’hui.

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Pendant l'interview... (2)

Et puis tu as fini par rentrer en studio.

C’est à ce moment-là que Benjamin Constant est intervenu Il a une vision extrêmement visuelle et sensitive des chansons, cela a donc matché immédiatement entre nous. Ces chansons sont le reflet d’une période très vivante de ma vie, d’où le titre de l’EP.

Es-tu heureuse de ce renouveau médiatique ?

Il est fondamental qu’un projet ait de l’impact vers l’extérieur, mais j’ai écrit un livre sur les dangers de la surmédiatisation, alors j’essaie de contrôler le flux. Là, je suis dans une période où je commence à ressentir que je suis rentrée dans un truc hyper mécanique. A la force de parler de soi, très vite, tu peux te vider de ta substance. La promo, c’est un peu devenir le centre de ta vie. Là, cela fait un mois que je ne fais que ça et j’ai vraiment besoin de me ressourcer et de ne pas me nourrir que de moi-même.

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Après l'interview, le 29 avril 2016, à l'Hôtel Joséphine. 

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18 mai 2016

Festival Fnac Live 2016 : interview (très courte) de William Sheller

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festival fnac live 2016,william sheller,interview,mandorInstallé depuis 5 ans au cœur de la capitale, le festival Fnac Live est de retour pour une 6e édition qui aura lieu du 20 au 23 juillet prochain à l'hôtel de Ville de Paris. 31 artistes fouleront la grande scène du parvis et la scène "indoor" lors de ces 4 soirées. Le festival confirme sa volonté de proposer une programmation riche et éclectique en mettant à l’honneur les artistes confirmés et les dernières sensations du moment.

Devenu en quelques éditions le rendez-vous incontournable de l’été parisien, le Fnac Live a fait vibrer l’an dernier plus de 130 000 spectateurs.

Après Because Music l’an dernier, Le Fnac Live mettra à l’honneur les 20 ans du label tôt ou tard lors de la soirée du 21 juillet avec les noms qui ont fait son histoire (Yael Naim, Vincent Delerm) et ses nouveaux artistes (Vianney, A-Wa).

Pour le journal des abonnés de la FNAC, Contact (1 millions 500 000 exemplaires) daté du mois de mai 2016, j'ai interviewé William Sheller, l'un des invités majeurs de cette édition (certainement l'interview la plus courte de mon histoire d'intervieweur pour cause de pas bavard et de pas envie de répondre).

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Clip de "Les enfants du week-end".

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Le teaser du festival Fnac Live 2016.

16 mai 2016

Christophe Maé : interview pour L'attrape-Rêves

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Christophe Maé vient de fêter ses 40 ans. Et il les chante dans son nouvel album L’Attrape-rêves, qui est sorti ce vendredi. Il se livre sur son bonheur, ses fils, Jules et Marcel, et sa femme qu’il demande en mariage. Notamment.

Le 18 avril 2016, j’ai rencontré le chanteur pour la cinquième fois (mandorisation en 2007, , en 2010, ici, en 2011, , et en 2013, ici). L’interview s’est tenue dans un bar parisien (dont je tais le nom, car il s’agit de son QG). Toujours aussi sympathique et simple. Pas star du tout, lucide, voire franchement amical. 

Voici le fruit de notre conversation pour le magazine de la Fnac OPEN MAG (daté du mois de mai 2016).

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Clip officiel de "Il est où le bonheur".

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Le 18 avril, après l'interview...

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15 mai 2016

Jérôme Attal : interview pour Les Jonquilles de Green Park

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Cela fait 10 ans que je connais Jérôme Attal.  Depuis 2006, je l’ai mandorisé 12 fois. J’aime ce garçon raffiné, cultivé, drôle, élégant, qui porte en lui un discret vent de folie… je suis très attaché à ce garçon, mais également à son œuvre. A chaque sortie de livre, c’est un rite entre nous, il passe par mon micro. C’est immuable et ça nous fait plaisir.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol, pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, pour Le voyage près de chez moi, pour Presque la mer et enfin pour Aide-moi si tu peux)

Le 18 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Les jonquilles de Green Park.

jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorPrésentation de la maison d’édition :

« Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu'au mois d'avril. Pour voir, une fois encore, les jonquilles de Green Park. Elles se tiennent ensemble, chaque saison. Belles et fières dans le vent puissant et douloureux d'avril. Comme nous autres en ce moment. »
Septembre 1940. Tommy vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. C'est le début des bombardements allemands sur Londres. Ils se préparent tout de même à fêter Noël.
Tommy et ses copains se passionnent pour les super-héros : Superman, Buck Rogers et... Winston Churchill. L'aventure ne serait pas la même sans deux petites frappes : Nick Stonem et Drake Jacobson, aussi vilain que sa jumelle, Mila, est belle.
Dans un Londres en lambeaux, ces jeunes adolescents vont se créer leurs propres histoires et se perdre dans les brumes et le fracas d'une ville enflammée. Mais fêter Noël et revoir les jonquilles en avril restent la plus belle des résistances.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

L’auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de neuf romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket. Les Jonquilles de Green Park est son dixième roman.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorInterview :

L’action de ton livre se situe à Londres. Tu pars souvent dans cette ville ?

Oui. C’est mon seul luxe. Dès que j’ai un peu d’argent, je pars là-bas. En dessous de la Loire, j’ai tendance à déprimer (rire). J’adore cette ville. Je trouve que les gens sont plus polis et plus éduqués qu’à Paris. J’aime les grands parcs. Green Park est un des endroits où je me sens le mieux. J’aime regarder les écureuils… les canards sauvages aussi, c’est mon côté Michel Delpech (sourire). J’avais donc très envie d’écrire un livre ayant comme décor Londres. De plus, tu le sais, pour chaque livre, j’aime écrire des histoires différentes, dans des endroits différents.

Pourquoi avoir choisi les bombardements à Londres et pas dans une autre ville, voire un autre pays ?

A Londres, à cette époque, il y avait des gens de la trempe de Churchill qui donnaient beaucoup d’espoir à toute une population. Ils donnaient l’idée à ces gens qu’ils faisaient partie d’un destin commun. Enfin, les anglais ont une distance face à l’atrocité traversée. Je suis fan de l’humour anglais et plus généralement du comportement british.

Tu as quelque chose de british en toi. Je te l’ai souvent dit.

Oui, et tu n’es pas le seul. J’ai toujours été très attiré par Londres et j’ai toujours été très amoureux des anglaises.

Ton livre m’a fait penser aux nouvelles de Francis Scott Fitzgerald qui concernent la prime adolescence.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

J’ai beaucoup lu Fitzgerald, mais je sais que tu le sais puisque je t’en ai parlé souvent. J’écris toujours dans ce registre que j’aime.

Tommy, ton héros, à 13 ans.

Aujourd’hui, à 13 ans, les enfants sont plus adultes. Ils sont déjà un peu brutalisés par le monde. Mais je me souviens qu’à mon époque, quand j’avais cet âge, j’étais encore un peu bébé qui découvrait le vaste monde.

Mais Tommy est quand même pas mal brutalisé par le monde, parce qu’il est en pleine guerre et sous les bombardements. On peut difficilement faire pire.

Oui, mais il a sa famille et ses parents le protègent beaucoup. Il a ses amis, une fille dont il est amoureux et il tente de préserver sa vie de jeune adolescent.

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(Photo : Mathieu Zazzo).

Ses parents sont géniaux. Un père inventeur à la Géo Trouvetou qui pense toujours trouver l’invention du siècle et une maman qui travaille dans une usine d’ampoule.

Le père est un peu illuminé et j’ai trouvé ça marrant que la mère travaille dans une usine d’ampoule. Elle part en vélo tous les jours pour aller au travail. Elle prend tout en charge. Là, j’ai fait ressortir mon côté féministe.

Il est beaucoup question d’abris dans ton roman.

Les abris concrets tels que les abris Anderson, les abris que l’on construisait dans les jardins et les abris un peu métaphoriques, l’abri rêvé, celui que le père a envie de construire pour protéger sa famille. C’est un livre sur du « home » anglo-saxon, sur la maison. Qu’est-ce que fait que l’on se sent chez soi ? Un lieu, Green Park, le désir d’une amoureuse, la famille, la bande d’amis que l’on a ou tout ça à la fois ?

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Pendant l'interview.

Je t’aurais bien vu en Tommy.

C’est un enfant sage et moi, j’étais un enfant sage. C’est parce que je mets beaucoup de moi dans mes héros. J’ai besoin de me mettre complètement dans l’histoire à chaque fois. Bon, pour être sincère, j’aurais été moins téméraire que lui, je pense.

C’est vrai qu’il est gentil et courageux.

Moi, le seul cas de figure où je peux être courageux, c’est si j’ai des gens à protéger.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorBombardements à Londres.

"J'ai aperçu des foyers d'incendie dans la carcasse d'un immeuble, et j'ai repensé à l'image du buisson ardent dans la Bible. Sauf qu'ici, c'était un entrepôt de buissons ardents."

Dans ton livre on sourit et il y a de grands moments d’émotion.

Je ne voulais pas faire larmoyant, donner dans le pathos et surtout, j’aime bien faire des vannes dans mes livres. Il y a des choses très importantes, mais elles sont dites avec légèreté. J’ai une écriture assez simple, alors que je pourrais la rendre plus âpre et la travailler encore et encore, mais j’ai peur que cela finisse par devenir de la démonstration. Pour moi le style, c’est ce qu’on met de soi à l’intérieur du livre.

Et ton retour à la musique ?

Je vais revenir avec un nouveau disque. Il me reste deux, trois morceaux à écrire. On a repris les répétitions. Je vais certainement kisskissbankbanker, mais je n’en suis pas sûr, parce que je ne suis pas fan du crowdfunding. Des gens sont intéressés pour produire le disque. D’une manière ou d’une autre, en tout cas, je reviens avec un deuxième disque studio.

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Le 18 avril 2016, après l'interview...

14 mai 2016

Matthias Vincenot : interview pour Hors Cadre

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(Photo : David Desreumaux)

Le poète Matthias Vincenot m’impressionne. Il passe sa vie à défendre la langue française en général et la poésie en particulier à travers de nombreux projets (voir sa mini bio ci-dessous). Cette fois-ci, avec Etienne Champollion et l’ensemble DécOUVRIR, il propose un CD intitulé Hors Cadre dans lequel il réunit 21 textes à lui qu’il dit, trois chantés (par Antoine Coesens, Damien Roquetty et Emily Marsh) et un, où se succèdent les voix de 53 artistes : la « génération deux mille quoi ».

Voilà ce qu’en dit ma collègue (et amie), Stéphanie Berrebi dans le magazine FrancoFans.

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Ecouter l'album .

Pour sa troisième mandorisation (la première ici et la seconde), Matthias Vincenot est venu à Webedia le 5 avril dernier.

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorLe projet  Hors Cadre :

C’est tout d’abord une histoire d’une rencontre et d’une amitié longues depuis bientôt dix années entre le poète Matthias Vincenot et le musicien Etienne Champollion durant lesquelles les deux artistes collaborent lors de nombreux spectacles et du livre-disque L’âge de mes désirs paru en février 2011.

Hors Cadre, c’est du slam à sa façon, puisque le slam pur n’admet pas de musique. C’est hors catégorie.
De la poésie dite, mise en valeur par un bel habillage. C’est hors format.
Un prolongement de la tradition de l’oralité, dans un esprit de transmission. C’est d’aujourd’hui et de tout temps. C’est hors mode.
De la musique aux influences multiples par des musiciens hors pair.
Une formule singulière qu’on n’a pas l’habitude d’écouter.

C’est Hors cadre.

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(Photo :  Romain Jacquot)
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Les intervenants :

Matthias Vincenot (photo David Desreumaux):

Né en 1981, il a publié, depuis Un autre ailleurs (éditions Lettres du Monde, 1998), quatorze recueils, dont le plus récent, Génération deux mille quoi, est paru en 2015 aux éditions Fortuna. Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il a créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit. Il est également directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne. Il donne régulièrement des lectures ou des récitals, accompagné par des musiciens, le plus souvent par Etienne Champollion, et aussi avec l’Ensemble DécOUVRIR. Il organise régulièrement des événements autour de la poésie et de la chanson.

Étienne Champollion (photo Romain Jacquot):matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandor

Multi-instrumentiste, il est aussi compositeur et arrangeur. Naviguant de la musique classique à la chanson, il partage également la scène avec différents chanteurs et comédiens tels que Michael Lonsdale, Marie Christine Barrault, Bertrand Burgalat, Emilie Marsh ou Céline Caussimon.

En tant que compositeur, il a déjà rédigé plusieurs cycles de mélodies ainsi que des pièces variées, de l’instrument solo au grand orchestre, qu'il joue actuellement en concert, en Europe et en Amérique du Nord.

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorL'Ensemble DécOUVRIR (photo Romain Jacquot):

Né lors de la dixième édition du festival DécOUVRIR de Concèze, l’Ensemble DécOUVRIR a décidé de poursuivre avec joie l’aventure musicale au-delà de ce berceau.

L’Ensemble est composé de sept musiciens permanents dont un quintet à cordes, une clarinette et un piano. Il s’enrichit aussi de ses doubles instrumentistes, de son compositeur/arrangeur, de ses membres invités et des artistes qu’il accompagne. Il consiste surtout en la réunion de jeunes musiciens issus de géographie et de cultures musicales différentes. Ainsi, la spécificité de l’Ensemble est de proposer un répertoire et des interventions sur mesure à la rencontre des musiques actuelles et classiques. Il s'est retrouvé aux côtés d'artistes tels que Clarika, Michaël Lonsdale, Jean Fauque, Bertrand Burgalat, Benoit Carré...

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(Photo : David Desreumaux)

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorInterview :

Le concept de ce disque est simple : tu dis tes propres poèmes tirés de tes différents recueils.

Oui, dont certains tirés d’anciens recueils épuisés… et il y a aussi trois poèmes inédits, le tout sur des musiques d’Etienne Champollion. Ce musicien a un talent fou pour rentrer dans l’univers des gens qu’il accompagne. J’aime quand il joue avec moi car il rentre immédiatement dans l’esprit des textes. Cela fait 10 ans que je travaille avec lui et je le trouve toujours impressionnant.

As-tu choisi les textes aussi en fonction de ce que l’on pourrait en faire musicalement ?

J’ai choisi les poèmes que l’on fait déjà en récital avec Etienne et l’Ensemble DécCOUVRIR. Ce sont ceux que l’on aime le plus jouer. Mais pour garder une certaine cohérence, j’ai conçu ce disque comme un recueil. J’ai fait attention aux thématiques et à l’ordre des poèmes.

"Nous irons", extrait de l'album Hors Cadre.

Que l’on soit clair, ce n’est pas du slam.

Les gens qui ne connaissent pas bien la poésie ont tendance à penser que la poésie, c’est le slam. Non, le slam est une toute petite partie de la poésie d’aujourd’hui et elle est extrêmement inspirée de poésies anciennes. Le slam est la parole dite, nue et qui parle de la société. Le slam a permis de montrer qu’un texte dit, ça peut passer et intéresser.

Parfois, je suis agacé par le ton que prennent les slameurs.

Moi aussi. En fait, je n’aime pas quand ce ton devient une posture. Il y a des choses très bien dans le slam et des choses moins bien, comme dans tout. En plaisantant, Etienne dit que ce disque est du slam de chambre, parce qu’il y a un peu de musique de chambre.

Parle nous de ce poème interprété par 53 artistes, Génération deux mille quoi.

Ce poème était le premier tiré de mon recueil sorti en 2015 aux éditions Fortuna, Génération deux mille quoi. Il est dit par des artistes qui sont plus ou moins de cette génération. J’ai fait parler des artistes entre 30 et 40 ans de notre époque.

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(Photo : David Desreumaux)

Ce disque est aussi une façon de défendre la poésie ?

Pour moi, la poésie doit être partout. Faire des ponts artistiques est une des manières de faire entendre de la poésie. C’est difficile parce que cet art n’est pas à la mode. Avec ce disque, je veux aussi montrer que la poésie n’est pas forcément chiante. Ça ne l’est pas du tout, mais il faut se battre pour le prouver.

Ton disque s’appelle Hors Cadre. Cela correspond à ta personnalité, je trouve.

J’aime sortir des clous. Ce disque ne ressemble pas à ce qu’on entend habituellement. Déjà, la poésie est hors cadre par rapport à ce qu’on lit le plus aujourd’hui. Moi, je veux prouver qu’il s’est passé des choses depuis Victor Hugo. Il y a des centaines de poètes en France et personne ne les connait. Je me bats pour que l’on connaisse, voire reconnaisse ces poètes dans leur diversité.

"Question de voie", extrait de l'album Hors Cadre.

Ça se vend la poésie ?

En général, un poète va vendre tout au plus cinquante recueils en librairie et il sera content. C’est un micro monde, alors tout ce qui peut se passer autour, les rencontres, les festivals, les projets comme le mien, ça permet de montrer que la poésie est autre chose que l’idée que certains peuvent en avoir.

Tu es un garçon très actif. Je ne vais pas revenir sur tout ce que tu as fait et ce que tu prépares, mais quel est ton futur projet le plus important à tes yeux ?

Il y a un truc qui me ferait plaisir. Je ne sais pas si j’y arriverai, mais je vais tenter. J’ai publié mon premier recueil de poèmes le 6 février 1998, ça va donc faire 20 ans. J’adorerais réussir à sortir un livre ou un album le 6 février 2018. J’aime bien les symboles et les boucles bouclées.

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Après l'interview, le 5 avril 2016.

Dans le FrancoFans daté de l'été 2016.

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12 mai 2016

Sandrine Collette : Prix Landerneau polar 2016 pour Il reste la poussière

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sandrine collette,il reste la poussière,prix landerneau polar 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorAprès le Prix Landerneau Polar 2012, Caryl Ferey, pour Mapuche , le Prix Landerneau Polar 2013, Paul Colize, pour Un long moment de silence et le Prix Landerneau Polar 2014 d’Hervé Le Corre pour Après la guerre, voici le Prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette pour son admirable Il reste la poussière. (Mais le Prix Landerneau Polar 2015 alors ? Ben Fred Vargas pour Temps glaciaires n’a pas souhaité être interviewée…)

Deux heures avant la remise du prix, Sandrine Collette m’a donné rendez-vous dans un bar à proximité du lieu de la cérémonie. Voici le fruit de notre heure passée ensemble pour Le Magazine des Espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2016)

4e de couverture :

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?

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Après l'interview, le 15 avril 2016.