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26 avril 2016

Armelle Dumoulin : interview pour T'avoir Connu

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Armelle Dumoulin est comédienne, auteure de chansons et de pièces de théâtre. Avec T'avoir connu, elle signe un album original, mélange de chansons parfois traditionnelles et souvent très singulières et rock. Elle projette sa voix vers des zones où elle peut se mettre en danger. Armelle Dumoulin a fait des études de littérature et raffole de poésie, à commencer par Henri Michaux. 

Le 14 mars dernier, l’artiste est venue me voir à Webedia, pour une toute première mandorisation.

Armelle-Dumoulin-Simulation-Sticker1.jpgBiographie officielle :

Armelle Dumoulin commence à dire voire jeter ses textes sur scène à Paris vers 2000.
Evoluant entre les univers de la musique et du théâtre, elle multiplie les projets: les Plombiers du réel (Antoine Sahler, Alexandre Leïtao, Michel Taieb, Éric Mouchot) avec lesquels elle fait un 1er album : Est-ce nous ? (2009) ; les Sœurs Sisters, créations de divers spectacles, dont Les magnifiques et Eloge du réel ; l’écriture d’un feuilleton de 10 épisodes pour France Culture ( La vésicule merveilleuse ) avec Benjamin Abitan, Wladimir Anselme et Nicolas Flesch ; la sortie du double album Les magnifiques avec Christian Paccoud et les Sœurs Sisters ; la pièce Le curé de Camaret de Noël Tuot, joué avec Benjamin Abitan et qui tourne à travers la France…
Chanteuse rock et décalée dans la lignée des Rita Mitsouko ou de Brigitte Fontaine, Armelle Dumoulin développe un univers personnel et poétique à travers ses 2 premiers albums, dont le second est coup de cœur du Centre de la Chanson et demi-finaliste du Prix Georges Moustaki. Pour ce 3e album, elle continue son dessein exigeant, portée par une écriture à la fois littéraire et lapidaire et son chant sanguin, intime et balancé. 
Elle invite Yolande Moreau et Bertrand Belin à partager son univers singulièrement familier.

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P1000578.JPGInterview :

Tu as commencé sur scène en disant tes textes plutôt qu’en les chantant.

Je viens de la littérature, j’ai notamment une Maîtrise de Lettres. Quand j’étais petite je voulais devenir écrivain. Alors, effectivement, j’ai commencé au Limonaire en disant mes textes. C’était de la prose, pas des chansons. Peu de temps après, comme je voyais beaucoup de chanteurs et de chanteuses passer, j’ai commencé à chanter a cappella. Je me suis mise à écrire des chansons et, au fil des rencontres, je me suis lancée un peu plus sérieusement. Cela dit, même aujourd’hui, je garde des textes sans musique. Pendant que je m’accorde, j’aime bien dire des poèmes des autres, comme Antonin Artaud par exemple.

Tu aimes chanter ?

Oui, je trouve que la forme de la chanson est hyper dense. J’aime à la fois la contrainte des rimes et de la concision. J’ai une forte exigence dans l’écriture. De plus, je bégaye énormément, je mange facilement mes mots, et la chanson m’a obligé à poser les mots sur les syllabes et sur les notes.

Tu as pris des cours ?

J’ai fait Musique-Etude quand j’étais petite. J’ai fait du solfège pendant 15 ans, beaucoup de hautbois, de musique classique et de chorale. J’ai eu une maîtrise au Conservatoire. J’ai tellement étudié qu’à 22 ans, j’ai décidé d’arrêter de prendre des cours, donc ma voix est naturelle et pas du tout travaillée.

"Honneur" un morceau d'Armelle Dumoulin extrait de l'album "T'avoir connu" (Le Furieux / Musicast)
Réalisation Armel Hostiou / Production Bocalupo Films / avec le soutien du FCM

Ce disque te ressemble-t-il ?

Avec mon équipe de trois personnes, on a pris plus de temps pour cet album. On a beaucoup répété ensemble avant d’enregistrer. Je voulais un disque très épuré, très sobre, un son brut qui va avec ma voix, un album de face et profond. J’apprends la simplicité dans l’écriture. J’ai une ligne d’exigence dans le style, mais je veux parler aux gens. Je ne veux pas rester dans ma tour d’ivoire.

Il y a de la gaité et des titres plus graves.

J’essaie de tirer le fil entre ces deux états.

Comment peut-on qualifier la planète Dumoulin?

Elle est multi schizophrène, pleine de reliefs. J’aime ce qui est minéral… la pierre, la terre, les cailloux, mais sur un terrain avec des trous et des chausse-trappes.

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En écoutant ton disque et en te voyant sur scène, j’ai eu l’image de quelqu’un de fort. L’es-tu réellement ?

Je suis une grande timide, mais sur scène je suis super à l’aise. Avec l’expérience, je contrôle mieux ma timidité et je sais un peu plus ce que je veux. Mais je suis dans le doute. Le doute est un moteur et je crois que c’est la première qualité d’un artiste. A un moment, j'ai compris qu’il ne fallait pas qu’il n’y ait que ça, parce que ça peut devenir paralysant. Il faut donc dompter son doute.

Tu es une littéraire, cela se sent dans ton écriture. Quel écrivain aimes-tu ?

J’ai écrit une chanson sur Henri Michaux dans le précédent album. Il a été un grand choc littéraire et émotif. A 18 ans, j’avais tout lu de lui. Aujourd’hui, j’aime Valère Novarina, un auteur contemporain avec lequel il m’est arrivé de travailler au théâtre.

Bertrand Belin chante avec toi sur « Puisse le jour ». Pourquoi ?

C’est un ami. On se connait depuis longtemps et nous sommes très proches. Il avait déjà fait deux, trois guitares sur l’album précédent. Je suis fière qu’il chante sur une chanson.

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Pendant l'interview.

Les-Armelles-Dumoulin-2-Barbara-Heide.jpgQue penses-tu de la chanson d’aujourd’hui ?

Il y a beaucoup d’artistes qui écrivent comme si Rimbaud n’avait jamais existé, ni Beckett, ni Artaud. Ça me dérange un peu. Certains écrivent de la chanson comme on en faisait il y a cent ans, sans se soucier des bouleversements de la langue ces dernières années. Nous sommes en 2016 ! Avec la modernité, la langue a été déconstruite et pas grand monde n’en tient compte. Je trouve qu’il  y a un certain manque d’audace. Les artistes sont là pour chercher, se mettre en danger!

Deux questions que je pose souvent… qu’est-ce qu’une bonne chanson ?

Une chanson profonde, qui bouscule, bien écrite, mais compréhensible par tous.

Qu’est-ce qu’un artiste ?

C’est quelqu’un qui doit être disponible au monde. Il doit être aux aguets, en alerte permanente et retransmettre aux autres. Il doit voir différentes choses, des images, des mots, les faire s’associer et créer une réflexion autour de ça. Un artiste doit soulever des pierres.

Est-ce dur d’être artiste en 2016 ?

Je m’en sors, mais tout le monde est classifié, donc les milieux sont verrouillés. Après, ma vie me plait beaucoup comme ça. Je n’ai aucun regret, même si ce n’est pas évident de se faire connaitre.

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Le 14 mars 2016, après l'interview.

Commentaires

l'extraordinaire c'est le naturel timide et modeste qui propulse Armelle dans son univers poétique singulier drôle, grave, décalé, inattendu, où elle côtoie les Michaux, Artaud et Novarina avec l'intelligence de grands, très grands artistes... Et depuis pas mal de temps... et ce n'est que le début.

Écrit par : dom | 28 avril 2016

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