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15 janvier 2016

Tony Carreira : interview pour Mon Fado

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(Photo:Yves Bottalico)

Le nouvel album de Tony Carreira, le plus populaire de tous les chanteurs portugais, sort aujourd’hui. Après avoir enregistré une vingtaine d’albums, tous couronnés par un public à la ferveur impressionnante, le chanteur a choisi de se pencher sur la tradition musicale de son pays. Il m’a donné rendez-vous au sein de sa maison de disque, Sony, le 27 octobre 2015. L’homme, pourtant une véritable star, est simple, souriant, abordable et extrêmement sympathique... et il ne connait pas la langue de bois.

(J'avais mandorisé son fils, David Carreira, superstar portugaise, lui aussi.)

Argumentaire officiel du disque :tony carreira,mon fado,interview

Après Nos fiançailles, France/Portugal certifié platine en 2014, Tony Carreira revient avec un nouvel album pour son public de France : Mon Fado.

Le fado, genre musical traditionnel portugais, musique du cœur et de l’âme, dont les mélodies se sont propagées dans le monde entier, « c’est l’identité musicale de tout un peuple, ainsi qu’un état d’esprit... le Portugal ! C’est mon fado, peut aussi vouloir dire... C’est mon destin !

C’était peut-être mon destin de revenir un jour vers la France avec l’identité de mon peuple dans mes chansons… C’est mon Fado. »

Pour ce nouvel album, Tony Carreira collabore avec Serge Lama, Gioacchino, Jacques Veneruso ou encore Jorge Fernando, célèbre auteur/compositeur de fado au Portugal qui a travaillé avec Amalia Rodrigues, Ana Moura et aujourd'hui avec la jeune génération dont Mariza, et qui assure sur l’album de Tony la direction des guitares, « ces guitares uniques ».

Tony Carreira dévoile ici plusieurs titres inédits et revisite également de grands airs tels que « Canção Do Mar » (devenu « Elle tu l’aimes » d’Hélène Ségara en France) « Casa Portuguesa », « Avril au Portugal » ou encore « Sodade » de Cesaria Evora.

Tony Carreira en quelques chiffres…

- 28 ans de carrière

- 18 albums

- 60 platines

- Plus de 4 millions de disques vendus.

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(Photo:Yves Bottalico)

tony carreira,mon fado,interviewInterview :

Pourquoi ne donnez-vous plus d’interviews depuis des années au Portugal ?

Il n’y a plus grand chose à dire. J’ai une très bonne relation avec la presse et les médias, moins avec la presse people. Ma vie a été disséquée dans tous les sens. Il y a des mensonges qui sont devenues des vérités. Si je donne encore des interviews, neuf fois sur dix, je connais les questions qu’ils vont me poser. Il n’y a plus d’intérêt. Je ne veux pas qu’on me dise que je radote, que je deviens vieux (rires). C’est une forme de protection. En France, les journalistes me découvrent, n’ont aucun à priori et tout me semble positif et nouveau.

Vous venez de plus en plus souvent en France. Souhaitez-vous avoir une carrière aussi importante que celle que vous avez dans votre pays ?

Au départ de ma vie de musicien, j’ai joué en France quinze ans. Il y a entre moi et ce pays une vraie histoire. Des Olympia, des Zénith, des Palais des Congrès,  des Palais des Sports, j’en ai fait beaucoup. Ces salles ont toujours été pleines, mais uniquement de portugais de France. C’est vrai que j’aimerais beaucoup que les français me découvrent comme artiste portugais.

Vous êtes l’artiste le plus populaire au Portugal, vous avez vendu des millions de disques… ça ne vous suffit pas ?

J’ai eu des propositions pour partir au Brésil faire carrière, j’ai refusé parce que j’étais bien où j’étais et je n’avais pas envie de m’exiler là-bas un an pour faire de la promo. J’ai eu des propositions en langue espagnole à Miami que je n’ai pas accepté pour les mêmes raisons. Il n’y a que la France où je me trouve légitime pour faire une deuxième carrière. J’ai vécu ici pendant 27 ans, ce n’est pas rien.

Clip de "Mon Fado".

Le nom de votre disque porte à confusion. Il laisse supposer qu’il n’y a que du fado dedans.tony carreira,mon fado,interview

Je ne suis pas un chanteur de fado. J’ai trop de respect pour ces artistes qui font leur métier extrêmement bien. Je n’ai jamais été un très fan de fado, à part celui d’Amalia Rodriges. C’est une artiste à part qui a traversé toute les générations. Même si elle est la reine du fado, elle dépasse ce genre musical. C’est une diva.

Et vous, vous êtes quoi ?

Je suis un artiste de variété, tendance pop. Je suis un enfant immigré qui a vécu en France et dont l’école musicale, c’est plutôt la variété française des années 70-80, comme Mike Brant ou Joe Dassin. Je voudrais amener en France quelque chose de différent que ce qu’amènent les artistes extraordinaires que vous avez ici. Si je fais la même chose, je ne vois pas l’intérêt.

Vous chantez avec Adamo, une de mes chansons préférées de lui, « C’est ma vie ».

Adamo, c’est vraiment un immense monsieur. J’ai eu le privilège, dans l’album Nos fiançailles, de rencontrer des artistes de ce gabarit. Lui, il a enregistré sa voix à Bruxelles et j’ai enregistré la mienne à Lisbonne. On ne se connaissait absolument pas. On ne s’était jamais parlé. On s’est rencontré sur une émission de Michel Drucker et nous nous sommes plu immédiatement. Après les répétitions, je l’ai raccompagné en voiture. Sur la route, je lui ai offert une caisse de vin portugais qu’il a beaucoup apprécié.

Tony Carreira - Tour 2016 promo.

Tout à l’heure, en arrivant, je vous ai vu fumer tranquillement devant Sony. Ça, vous ne pouvez pas le faire au Portugal, je pense. Ça vous fait du bien d’être un peu tranquille dans la rue ?

J’aime les deux situations. Mais je vous avoue que si quelqu’un ne me reconnait pas au Portugal, ça m’inquiète (rires). Je suis aussi à l’aise dans les deux cas de figure. Cela dit, en France, il y a pas mal de Portugais et je ne peux pas marcher trop longtemps sans que l’on me demande des autographes ou des selfies…

Tout à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez un chanteur de variété, tendance pop. En France, « chanteur de variété » à une connotation un peu ringarde. Vous, vous assumez.

Chez nous c’est pareil, mais je m’en fous. Je ne me prends pas la tête et je n’ai pas pour habitude de cracher dans l’assiette dans laquelle je mange. Je suis fier de ce que je fais. A partir du moment où j’aime ce que je fais et qu’il y a un public qui apprécie le fruit de mon travail, je suis un artiste heureux. Point barre.

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(Photo:Yves Bottalico)

Même après l’incroyable succès que vous avez, est-ce que vous vous habituez à la sortie d’un nouveau disque ?

Quand on a sorti de nombreux albums très bien accueillis, la pression est toujours là pour celui qui arrive. On sait que fatalement un jour, un album aura moins de succès. Comme on estime que le dernier est toujours le meilleur, on a un peu peur. Dans un an, je penserai différemment. Je serai plus objectif. Quand je regarde derrière moi, sur dix-sept albums, je sais que j’en ai trois merveilleux, qu’aujourd’hui j’écoute encore avec énormément de plaisir. J’en ai une dizaine que je trouve un peu en dessous et trois que j’estime franchement mauvais. Ça fait partie du parcours, c’est ce qui m’a permis d’arriver à ce stade de ma carrière.

On ne peut pas vous interviewer sans parler de votre famille. Vous avez deux fils et une fille qui suivent votre trace.

Et pourtant, je ne voulais pas. C’est compliqué pour moi de dire ça, mais pour comprendre, je suis obligé de m’expliquer. J’ai réussi une carrière dans mon pays qui est juste dingue. Mon dernier spectacle de fermeture de tournée, je peux vous montrer une photo, il y avait 300 000 personnes. C’est un truc de ouf. J’ai conscience que faire plus fort que ça, c’est quasi impossible. Je me disais que si mes enfants rentraient dans le monde de la musique, ils seraient éternellement comparés à moi. Je ne voulais pas qu’ils portent ce fardeau d’être comparé au père. J’aurais préféré qu’ils fassent un autre métier, j’ai insisté, je n’ai pas réussi.

Et puisqu’ils sont déjà plongés dedans et qu’ils ont du succès, est-ce qu’au final, ils sont comparés à vous ?

Pas du tout. Au début, Mickaël un peu, mais pas David. Ce sont deux grandes stars portugaises. Leur popularité est extraordinaire.

Le concert de ses 25 ans de carrière à Lisbonne en 2013.

Le plus extraordinaire, c’est que parfois, vous êtes les trois premiers du top portugais.

C’est complètement dingue. J’étais récemment à Lisbonne pour voir Mickaël dans la plus grande salle du Portugal, plus grand que Bercy. Comme il est gentil, il m’a invité sur scène pour chanter avec lui. Je trouve cela extraordinaire. J’ai toujours pris mon métier au sérieux tout en le faisant avec plaisir. Je crois qu’ils ont pris ça de moi. Ils ont vu comment j’ai géré ma carrière et mon comportement… ils ont été à bonne école (rires).

Et votre fille Sara, qui a 16 ans ?

Elle démarre en France. Récemment, elle a participé au conte musical Martin et les fées et jouait le rôle de la fée Célia. Je suis content pour elle, parce que je sais qu’elle s’amuse. Je me suis fait une raison, mes enfants suivent ma trace, je ne peux plus lutter.

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(Photo:Yves Bottalico)

Et vous, vous vous amusez toujours ?

Evidemment ! C’est trop bien de pratiquer un métier que l’on a choisi. C’est un luxe de nos jours. Je monte sur scène, je gagne bien ma vie, les gens m’applaudissent et me disent qu’ils m’aiment. C’est vraiment un métier de privilégié.

Quand on chante devant 300 000 personnes, comment fait-on pour garder la tête froide, pour ne pas se prendre pour Dieu ?

Un jour, Vincent Niclo m’a dit : « Quand je suis allé au Portugal, il y a avait Dieu et Tony au-dessus. » Une phrase que je répète, mais qu’il ne faut pas mal interpréter, c’est de l’humour. En vrai, c’est plus dur de faire un spectacle devant 100 personnes que devant 300 000. Mes shows, c’est de la grosse production, des scènes immenses avec de la lumière partout, de la vidéo… j’aime beaucoup que les gens en aient pour leur argent et je crois pouvoir affirmer que c’est une des clés de ma réussite. Devant 100 personnes, je ne peux pas me cacher derrière tout cet attirail, il faut être à la hauteur.

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Pendant l'interview... (photo: Nathalie Dias).

Vous faites du bien aux gens, ils vous le rendent.

J’ai beaucoup de gratitude envers eux, car ils ont changé ma vie. Il y a 25 ans, je travaillais dans une usine en région parisienne, aujourd’hui, j’ai la vie que j’ai. Il y a du travail, certes, un éventuel talent, mais il y a aussi une petite étoile et de la chance. Je crois que nos vies dépendent un peu de tout ça.

Pensez-vous qu’il y a une entité supérieure qui s’est occupée de votre cas ?

Oui, franchement, je le crois. Mais vous savez, j’ai toujours été un vrai passionné et un rêveur. Quand on est comme ça, on est capable d’écraser des montagnes, parce que vous ne voyez pas les difficultés.

A votre niveau de popularité, que peut-on vouloir de plus dans ce métier ?

Avoir la santé et chanter jusqu’à la fin. Aznavour est l’exemple de la carrière parfaite. Quand on fait ce métier et que le public vous aime depuis 28 ans, dont 18 ans toujours en haut, on ne pense pas à la retraite.

Pour paraphraser Jean-Jacques Goldman, êtes-vous allé au bout de vos rêves ?

La vie m’a donné plus que je ne souhaitais. Et je dis ça depuis longtemps.

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Après l'interview, le 27 octobre 2016 (photo : Nathalie Dias).

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