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31 mars 2016

Parnell : interview pour Ce qu'il en reste

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(Photo : Flora Riffet)

Une jolie découverte aujourd’hui. Parnell est à mi-chemin entre la folk et la chanson. Une voix à faire tomber, un sens inné de la mélodie et une musique élégante. L’homme, que l’on pressent sensible, raconte les difficultés amoureuses (Pour Que Mon CœurElle Passe…), le quotidien et ses tourments (Santé…) et la joie (Le Grand BainMa Vie)…

Parnell est venu me voir à l’agence le 3 mars dernier. J’ai tout de suite beaucoup apprécié cette personne. Question de feeling…

Résumé (officiel) d’une vie musicale :parnell,ce qu'il en reste,interview

La guitare d’abord, puis la voix et les textes. La suite passe par ATLA, à Pigalle en 2006, pour se former, puis par FGO-Barbara, en studio, pour se perfectionner. Le tout mélangé à la scène, plus d’une centaine jusqu’ici, des Trois Baudets à Paris, au Printemps de Bourges 2013, 2014 et 2015 en passant par l’Angleterre et l’Irlande…

Ses premières vibrations de tympans se sont faites avec le rock progressif et la chanson française. Et puis, un jour, il y eu le folk. Approfondi en Irlande où il se rend régulièrement, Parnell y trouve son nom. Il se sert aujourd’hui de sa force, de son indépendance et de sa fragilité pour imaginer des ballades lourdes ou légères, et des rythmes énergiques et puissants. Toujours en français.

En 2014, il rencontre Johan Ledoux qui se prend au jeu pour la réalisation de son 1er album. Une campagne participative (réussie à 201%) lui permet de l’enregistrer en septembre, et de le masteriser au Studio La Source en Octobre.

De ses expériences, de ses écoutes, Parnell prend le temps d'assimiler sans savoir toujours ce qui l’est… Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’il commence à vouloir garder des choses en mémoire. Immortaliser pour ne pas oublier.

parnell,ce qu'il en reste,interviewArgumentaire du disque :

Ce qu’il en reste est un album de mise à plat entre ce qui est arrivé et ce qui va advenir. Un retour aux fondamentaux qui donne envie de voir plus loin. Les atmosphères s’imposent dès les premiers sons de chaque titre. Le guitare-voix est la poutre sur laquelle viennent se greffer des éléments qui subliment l’ambiance recherchée. Du Rhodes au mellotron, en passant par du violoncelle, de la percussion et de la basse, ses éléments habillent les musiques, et soutiennent les textes.

Le ressenti est la base de ses textes. Parnell se plait à observer en profondeur. Savoir ce qu’il se passe dans la tête ou dans le ventre de celui qui vit un événement. Comment on vit, comment on ressent les choses.

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(Photo : Flora Riffet)

parnell,ce qu'il en reste,interviewInterview :

As-tu été élevé dans un environnement musical ?

Dans ma famille, personne ne pratique un instrument. J’ai deux sœurs  et un frère et je suis le petit dernier. Ils ont cinq, neuf et onze ans de plus que moi. Ils étaient fans de musique et c’est ce qui m’a plongé dans cet univers. A dix ans, j’écoutais Freddy Mercury et Neil Young grâce à eux. Mon père, lui, était fan de Clapton et de Cabrel… Il y a une fibre musicale chez nous. 

A 10 ans, tu voulais faire du piano.

On m’a dit non, parce que c’était encombrant. A 15 ans, mon frère a acheté une guitare. J’en avais 10. Six ans plus tard, je me suis mis à cet instrument. Je me rends compte que j’ai été attiré par la musique bien avant d’en faire.

L’Irlande a joué un rôle dans ton amour pour la musique.

J’ai découvert l’Irlande assez tôt, car j’ai une sœur qui vit là-bas. A 12 ans, j’allais dans les rues et il y avait de la musique partout, dehors et dans les pubs. C’est culturel. Il y a un côté direct et instinctif chez les gens qui jouent. Il n’y a pas de calcul. Cela m’a beaucoup plu.

Très vite, tu as chanté ?

Dès que j’ai eu une guitare, j’ai commencé à écrire et très vite à chanter. Mais les gens qui m’écoutaient me signifiaient qu’on n’entendait pas assez ma voix. La guitare était beaucoup trop forte par rapport à la voix.

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(Photo : Flora Riffet)

parnell,ce qu'il en reste,interviewTu as pris des cours de chants ?

J’en ai pris beaucoup, pour avoir confiance en ma voix. J’ai fait une école ATLA à Paris où j’en rencontré une prof de chant, Elisabeth Baïle, avec laquelle j’ai continué à prendre des cours après. Ce n’était pas du travail vocal pur, c’était surtout une prise de conscience de mon corps. On a fait un travail annexe à la musique. Pour moi, la musique et le chant ne sont pas que de la performance pure, c’est aussi très intérieur, méditatif, une sorte de recherche de paix. Cela englobe un tout. Cette professeure avait une approche très orientale.

Entre 16 ans, quand tu as commencé la guitare, et 29 ans, aujourd’hui où tu sors ton premier album, il s’est passé beaucoup de choses.

A partir du moment où on me disait que j’allais pouvoir faire quelque chose avec ma voix, j’ai fait des scènes ouvertes. J’ai foncé tête baissé. Je me suis mis en danger, je suis tombé parfois, mais j’ai persisté. Quand je jouais devant des potes, je leur demandais de me critiquer et d’y aller à fond. La seule chose qui m’intéressait, c’était d’apprendre, de me perfectionner.  Aujourd’hui, je sais un peu plus ce que je veux.

Tu as déjà enregistré un EP autoproduit.

J’ai enregistré d’abord quelques chansons, mais c’était surtout pour apprendre à utiliser les logiciels. J’ai besoin d’apprendre ce sur quoi on travaille pour pouvoir parler correctement avec la personne que j’ai en face de moi ensuite, musicien, arrangeur ou réalisateur. J’ai enregistré un EP il y a 6 ans sous le nom d’Antoine F.  Je ne l’ai jamais utilisé, jamais sorti commercialement. Il n’était pas assez abouti.

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Pour ce premier album, tu es rentré en studio avec une quarantaine de chansons.

Je voulais avoir de la matière, du choix et que ce choix de chansons soit logique.

Pour toi, le solitaire, c’était simple de travailler avec Johan Ledoux à la réalisation?

On a écouté toutes mes chansons et des titres des autres qui me plaisaient. Je voulais qu’il comprenne la musique et le style que je souhaitais. Ce que j’ai apprécié chez Johan, c’est qu’il a une vraie capacité à s’adapter au style des gens avec lesquels il travaille.

Tes références musicales sont plus dans la folk américaine et irlandaise, mais tu chantes en français.

Si je comprends la langue anglaise, je ne la maitrise pas assez pour écrire des chansons qui se tiennent.

Ton pseudo, Parnell, ça vient d’où ?

C’est un personnage historique irlandais. Charles Stewart Parnell, dit « le roi sans couronne d'Irlande », figure de proue du nationalisme. Il a défendu les irlandais contre les méchants anglais.

"Elle passe", version audio.

Ton premier single, « Elle passe », je l’adore. Il se passe beaucoup de choses dedans.

Pour moi, c’est la chanson la plus « grand public » de mon disque. J’ai vu un gamin de 12 ans l’apprécier, tout comme des gens qui ont fait khagne hippokhagne ou d’autres qui ont une grande culture musicale. Je suis étonné par le succès de cette chanson, mais ça me fait plaisir. Mais, les chansons que je préfère sont « Le grand bain » et « Piste noire ». Il y a différentes ambiances dans l’album, mais ces deux-là sont un peu plus folks que les autres.

Tu dis que tu fais de la « chanson folk ».

Ben Mazué dit souvent qu’il ne connait pas la chanson. Je suis comme lui. Je connais un peu Barbara, Brassens, mais sans plus… Quand on dit « chanson » aux gens, ils croient que l’on va faire du Brassens. Moi, j’essaie d’avoir une autre esthétique.

Tes chansons sont-elles très personnelles ?

Oui, elles le sont. Mais elles sont très instinctives. J’écris des chansons très rapidement, dans l’urgence. Elles ne sont pas forcément frontales, mais on les comprend quand même. J’aime faire travailler l’imagination de ceux qui écoutent.

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A ne pas louper pour découvrir Parnell!

C’est un disque mélancolique.

Oui, j’avoue. La mélancolie est en moi. Avant cet album, mes chansons étaient encore plus lourdes et pesantes, voire carrément plus dures. J’ai réussi à trouver un peu de lumière et de légèreté. J’ai trouvé un équilibre pour que mes chansons deviennent plaisantes pour les autres et libératrices pour moi-même.

Cet album, c’est le début d’une carrière ?

Depuis que j’ai 16 ans, ma vie est centrée sur le fait de devenir musicien, auteur, compositeur, interprète et d’en vivre. Toutes mes décisions ont été prises en fonction de ce projet. Ce disque n’est que le début, en effet. Je veux aller plus loin dans la recherche musicale. Je veux que la musique nous porte. Je veux du partage, de l’apprentissage et de la rencontre…

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Le 3 mars 2016, après l'interview.

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29 mars 2016

Christophe Robillard : interview pour le site Merci Edgar

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Christophe Robillard est l’homme qui se cache derrière le site Merci Edgar. Il a conçu un logiciel de booking qui permet aux artistes et aux tourneurs de gérer leurs contacts professionnels (lieux, festivals, autres organisateurs de spectacles, mais aussi tout type de structure comme les médias, les institutionnels, les imprimeurs, ...) à l'aide d'une interface simple et intuitive.

Comme l’indique le site, Merci Edgar (http://www.merciedgar.com/), c’est aussi une association qui a pour objectif de faciliter l'entraide entre artistes. Le logiciel de booking conçu par Christophe Robillard va évoluer. Il désire mettre dans une seule et même base commune l'ensemble des informations d'ordre public sur les lieux (nom du lieu, styles programmés, adresse postale). A noter que les contacts directs (téléphone / mail du programmateur) ne seront pour le coup pas partagés. En effet, il pense que c'est contre-productif de les rendre publiques.

J’ai rencontré Christophe Robillard, il y a trois ans et j’ai trouvé son idée excellente. Il a d’ailleurs déjà fait l’objet d’une mandorisation, mais comme le projet a évolué depuis, j’ai souhaité le rencontrer de nouveau. Pour faire le point.

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christophe robillard,monsieur robi,merci edgard,interviewInterview :

Comment as-tu eu l’idée de Merci Edgar ?

Je suis passé dans Vivement Dimanche. Cette visibilité m’a permis de faire le Sentier des Halles. Après, j’ai eu une vraie démotivation. J’avais réussi à remplir la salle, mais je n’avais pas réussi à faire venir des pros. J’ai compris que si je voulais continuer, il fallait que je change ma manière de fonctionner. Je ne savais pas comment le métier fonctionnait, alors j’ai commencé à faire des interviews de pros. Tu le sais, tu y es passé. Je suis partie de l’idée que les questions que je me pose, d’autres se les posent. Mon logiciel a été conçu sur la base de mes questionnements.

Clairement, qu’est-ce que c’est Merci Edgar ?

C’est un logiciel qui permet d’aider les artistes à prospecter pour trouver des dates et vendre leur spectacle dans des lieux ou des festivals.

Gagnes-tu de l’argent avec Merci Edgar ?

Non. J’ai créé une association loi 1901 à but non lucratif. Je ne cherche pas à faire de l’argent sur Merci Edgar. Je veux faciliter l’entraide entre artistes et un des outils pour faciliter l’entraide, c’est le logiciel. Depuis le mois de janvier, pour utiliser le logiciel, il faut être adhérent de l’association. C’est 20 euros l’année pour un artiste autoproduit et pour une prod, c’est 50 euros. C’est pour couvrir les frais d’hébergement et les frais de fonctionnement de l’association.

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Il faut être sacrément partageur pour pouvoir utiliser le logiciel.

Effectivement. Les contacts que tu vas saisir, les lieux que tu vas découvrir, à terme, seront dans un pot commun. Tu acceptes de contribuer à une base commune. Pour l’instant, elle n’est pas opérationnelle, c'est le chantier de cette année. Bref, je souhaite la coopération plutôt que la compétition entre artistes. On discutera de tout ça à l'assemblée générale de l'association le 24 mai !

Mais toutes les informations seront publiques ?

Non, on peut accéder au nom du lieu, sa capacité en terme de places assises ou debout, le type de style programmé… mais pas aux numéros de portable ou mail du programmateur de la salle, par exemple. C’est une question de respect pour les personnes concernées. Ils n’ont pas demandé à être dans une base commune.

De toute manière, se la jouer « chacun pour soi », ce n’est pas normal quand on est artiste.

On est d’accord. Normalement, chaque artiste à une proposition artistique unique. Si chacun apporte quelque chose de nouveau, on ne peut pas se faire de la concurrence.

Adhérez à l'association Merci Edgar ! from Merci Edgar on Vimeo.

Qu’aimerais-tu encore faire avec ton association ?christophe robillard,monsieur robi,merci edgard,interview

J’aimerais créer une émulation entre les artistes, qu’ils se rencontrent. J’aimerais qu’il y ait des discussions sur tous les sujets, même les plus tabous. Evoquer les questions économiques par exemple. Comment on fait pour bouffer et en même temps écrire, composer ? Ce n’est pas simple. Il y a peu d’espace où on parle des problèmes. Il faut les regarder en face.

Tu chantes sous le nom de Monsieur Robi. Après une longue pose, tu reviens enfin en tant qu’artiste.

Le spectacle que je conçois est simple : « Dans sa quête de célébrité, Monsieur Robi prépare son Olympia 2020. Mais il se heurte à un souci de taille : il n'a qu'une chanson à son répertoire... Il sillonne alors les routes de France pour préparer son spectacle dans votre salon avec vos amis. » Bref, un one-piano-man-show où le spectateur va lui aussi mouiller la chemise ! ( http://www.monsieurrobi.com)

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Après l'interview...

28 mars 2016

Erwan Pinard : interview pour Obsolescence programmée

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erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandorErwan  Pinard a un répertoire poético-cynico-dépressives. Ses chansons acides, amères, piquantes, caustiques n’ont rien d’anodines. Il dépeint la gravité de la vie et du monde en nous amusant/faisant réfléchir/angoissant. C’est selon. L’anticonformiste Erwan Pinard est totalement inclassable. Dans son troisième album, Obsolescence programmée, on écoute d’abord ses textes (chansons tiroirs à plusieurs niveaux de lecture). On entend ensuite sa musique et ses orchestrations faussement minimalistes. Une collection de treize nouvelles chansons, témoignages d’une société et d’un citoyen en perte de repères (enregistrées avec ses complices de scène Jérôme et Lionel Aubernon), qui mérite qu’on s’y attarde.

J’ai donc reçu Erwan Pinard à l’agence le 15 février dernier. Si l’homme est une bête de scène, il n’est pas des plus loquaces devant un micro. J’ai fait ce que j’ai pu.

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Après deux albums studios et une centaine de concerts en trio ou solo, Erwan Pinard (de son vrai nom Erwan Pinard) revient avec un troisième album pas pour faire pouet pouet youpi, mais pour remuer encore et encore la boue du cœur et de notre société. Ça n’empêche pas d’en rire, ni d’en pleurer, bien au contraire.

Mi-punk, mi-crooner, il débarque sans mode d’emploi avec ses chansons piégées : baroques, farouches, absurdes et toujours bienveillantes. Des pogos pour dire je t’aime, des slows à s’arracher la calvitie servis sur un bel enrobé d’humour. On ne peut jamais rouler tranquille et pourtant, on en redemande. Va comprendre, va voir.

(Sa page Facebook).

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erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandorInterview :

Comment, jeune, on décide d’intégrer une école de musique à Chassieu ?

Mes parents m’ont un peu poussé à faire une activité. Le foot, le basket ou des sports de ce genre ne me plaisaient pas, alors, j’ai opté pour cette école. J’aimais bien mon prof de trompette. Il m’a beaucoup appris.

Au lycée, vous participez à un premier groupe. Vous jouiez du rock.

Oui, je sais, c’est banal. J’étais chanteur bassiste. J’adorais ça. On s’enfermait dans des caves et on faisait énormément de bruit. Ça m’a donné envie de faire ce métier plein de fantasmes et de mystères. Depuis, je me suis laissé porter pour assouvir tranquillement ce désir de faire de la musique. Me laisser porter, c’est un peu ma nature.

"Tranquille", enregistré dans le backstage de France 3 Rhône-Alpes. Mars 2014.

C’est Gainsbourg et Brassens qui vous donnent envie d’aller vers la chanson.erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandor

Quand j’étais au lycée, j’avais pourtant un hermétisme pour tout ce qui était chanson française. Puis petit à petit, j’ai fini par apprécier. Brassens, je l’ai découvert grâce à mes parents. Quant à Gainsbourg, j’ai entendu son œuvre la première fois en anglais, interprété par un artiste qui avait repris quelques morceaux. Du coup, j’ai écouté ses premiers albums et j’ai adoré ça.

Adolescent, vous écriviez beaucoup?

Pas forcément des chansons. Des bouts de chansons, des pièces de théâtre… c’est vers 22 ans que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Vous avez fait des études de musicologie. Est-ce que ce genre d’étude n’enlève pas ensuite la spontanéité de la création ?

Pour moi, c’est plus un atout, un cadre assimilé que je m’amuse à contourner. J’ai pour principe de toujours m’amuser en travaillant.

"Compte à rebours", enregistré dans le backstage de France 3 Rhône-Alpes. Mars 2014.

erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandorLa meilleure école, ce sont les bars et les cafés ?

Oui, c’est là que l’on apprend le métier. Il faut capter le public et mettre son ego de côté. Les gens ne viennent pas dans ce genre d’endroit pour écouter religieusement un mec chanter. Il faut s’imposer en douceur.

Vous sortez déjà un troisième album.

Le premier, autoproduit, date de 2010. C’était la démerde totale. Le second date de 2013. J’en sors un tous les trois ans finalement. J’adore les disques. J’ai toujours aimé cet objet-là. En fin de compte, une fois qu’on a un disque, puis deux, puis trois, il ne se passe rien de bien nouveau (rires).

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Cet album, en tout cas, a été conçu pendant une mésaventure sentimentale.

Oui, ça a nettement influencé les textes. Je n’évoque que cela sous différents angles, même si on peut comprendre différemment certaines chansons. J’adore quand des gens me disent qu’ils ont aimé une chanson et qu’elle n’est pas été comprise comme je l’ai conçue à la base. Je trouve fascinant le pouvoir d’une chanson. Chacun peut se l’attribuer à sa manière.

Vous êtes prof de musique. Vos élèves connaissent-ils votre double vie de chanteur ?

Oui, quelques-uns. Ils vont voir ce que je fais en allant sur YouTube ou sur Facebook. En tout cas, il ne m’emmerde pas avec ce que je fais.

Le fait d’avoir un travail rémunérateur enlève la pression de réussir à tout prix pour gagner sa vie, non ?

C’est bien et pas bien à la fois. Si je n’avais pas ce filet de sécurité, peut-être aurais-je pris plus de risque dans ma carrière de chanteur. Au fond, je pense qu’il faut être dans l’urgence pour montrer sa gueule et tout donner. Quand il y a moins d’urgence, on y va à pas feutré. Maintenant, j’aime ces deux boulots et c’est parfait pour mon équilibre.

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Vous sentez-vous proche d’autres artistes de votre génération ?

J’aime beaucoup Nicolas Jules. Je ne connais pas trop la scène française actuelle. Cela fait un moment que je n’ai pas eu la curiosité d’aller voir ce qu’il se passait… je suis un peu centré sur moi et mes soucis en ce moment, alors, les soucis des autres… (Sourire.)

Qu’attendez-vous de la sortie de ce disque ?

Qu’il me permette de jouer davantage et qu’il se vende un petit peu. Si tel n’est pas le cas, cela ne m’empêchera pas de continuer. On peut passer sa vie à faire des albums invendables (rires). 

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25 mars 2016

Tatiana de Rosnay : interview pour Partition amoureuse

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(Photo : Denis Félix)

tatiana de rosnay,partition amoureuse,livre de poche,interview,mandorTatiana de Rosnay est une auteure que j'ai la chance de la connaître un peu, depuis presque 10 ans. Elle m’a accordée beaucoup d’interviews pour ce blog. Même depuis qu’elle vend ses livres dans le monde entier. (Pour la sortie d’Elle s’appelait Sarah, pour une rencontre à la Fnac Val d’Europe à l’occasion de la sortie de Boomerang, pour une émission de télé sur le web, pour une projection privée dElle appelait Sarah, pour une rencontre avec des élèves de Provins, pour un Coca Light au soleil pour évoquer la sortie de La mémoire des murs et enfin pour la sortie de son roman A l'encre russe.)

Quelqu’un qui, avec le succès planétaire, reste la même et d'une fidélité exemplaire, c’est suffisamment rare pour être signalé.

A l’occasion de la sortie en poche d’un ancien livre (revu et corrigé), Tatiana de Rosnay a bien voulu répondre à mes questions pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2016). Ceci est la seule interview pour ce livre et la seule pour 2016. Elle a besoin de retrouver du calme, de passer des moments en famille et d’écrire un nouveau livre. Merci à elle pour son éternelle confiance.

Nous nous sommes vus dans un café parisien le 18 janvier dernier pour évoquer principalement son roman, "véritable inventaire amoureux joué à la manière d’une partition musicale, dans lequel chaque amant tient sa propre cadence".

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(Photo : Denis Félix)

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tatiana de rosnay,partition amoureuse,livre de poche,interview,mandorLe bonus mandorien :

La question qui tue. Les ex de Margaux sont-ils inspirés des tiens ?

Aucun des ex de ce livre n’a été le mien… j’ai eu beaucoup de plaisir à les inventer. Je ne voyais pas l’intérêt de mettre les miens dans un bouquin. Je ne te dis pas qu’il n’y a pas des fantasmes qui sont liés à l’époque que je vivais… Je voudrais préciser que ce livre est dédicacé à mon mari… « qui ne sera jamais un ex ».

Selon Margaux, j’ai appris qu’en matière de sexe, « un homme est toujours un pion sur l’échiquier ».

(Elle rit et ne répond pas).

(C’est vexant !)

Changeons de sujet… et de livre. Ta romancière préférée est Daphné du Maurier. Elle est l’héroïne detatiana de rosnay,partition amoureuse,livre de poche,interview,mandor ton précédent livre, Manderley forever (qui sort en poche très bientôt). Pourquoi estimes-tu que c’est ton livre le plus important, plus encore qu’Elle s’appelait Sarah, qui a été pourtant le livre qui a déclenché ta carrière dans le monde entier ?

Ce livre est le roman d’une vie. Je ne l’ai pas écrit comme une biographie… parce que je ne sais pas écrire une biographie. C’est Daphné du Maurier qui m’a donné envie d’écrire à l’âge de 10 ans. En fait, je porte ce livre en moi depuis plus de 40 ans. Il a suffi qu’un éditeur très malin, Gérard de Cortanze, me poursuive depuis des années pour m’inciter à écrire ce livre. Un jour, il m’a coincé et m’a dit que j’étais la seule à pouvoir écrire un livre sur Daphné du Maurier. Parce que je suis moitié anglaise, que je l’adore, que je la cite dans beaucoup de livres et qu’elle a nourri mon œuvre. Le goût de la mémoire des murs, des fins ouvertes, des secrets, me vient d’elle. J’ai mené une véritable enquête. Je suis partie sur ses traces, j’ai rencontré sa famille…

Il y a beaucoup d’accointances entre vous deux.

Oui, je peux t’en citer pas mal des très banales. On a eu des cheveux blancs très tôt, on aime la couleur bleue, nous sommes franglaises… mais il y a aussi des points communs beaucoup plus profonds. Je ne te dis pas lesquels, il faudra que tu finisses par te décider à lire ce livre.

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Pendant l'interview...

Ecrire Manderley Forever était-il un défi ?

Complètement. C’était un challenge intellectuel et littéraire pour moi. Je le répète, ce n’est pas une biographie au sens classique du terme. J’ai écrit à la troisième personne au présent. J’ai voulu que le lecteur découvre la vie de Daphné en même temps qu’elle. Je donne des indices pour que ceux qui me lisent puissent comprendre le puzzle de sa vie.

Les lecteurs ont largement suivi.

Oui… et ce n’était pas gagné. Je dois dire que ce livre m’a donné la reconnaissance littéraire qui me manquait. On avait tendance à me mettre dans les mêmes cases littéraires que les gros vendeurs qu’on ne va pas citer, mais que l’on connait par cœur. On a dit que j’étais une machine à écrire des best-sellers, que mes intrigues étaient rapidement ficelées, qu’il n’y avait pas de réflexion littéraire dans mon œuvre. Depuis que j’ai sorti Manderley forever, je n’entends plus ces commentaires. Ce livre a donné une autre lumière sur mon travail.

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Après l'interview, le 18 janvier 2016, dans un café parisien.

24 mars 2016

Mallock : interview pour Le principe de parcimonie

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mallock,le principe de parcimonie,interview,mandor« Pardon, mais pourquoi Mallock, ce pur génie de la littérature noire, n'a pas le succès foudroyant qu'il mériterait d'avoir. Pourquoi la France ne le célèbre pas (l'Italie le vénère). Il est réellement (et largement) au-dessus de tous, tant dans l'écriture, les intrigues, la philosophie et la personnalité de ses personnages que dans le suspense. C'est violent (mais comme la société est violente), réaliste, malin, d'une intelligence rare, extrêmement bien documenté, sans concession... et souvent prophétique. Un jour, on reconnaîtra son talent à sa juste mesure. Tous ses livres sont des bijoux absolus. Le dernier, "Le principe de parcimonie", est un pur chef d'œuvre! Jamais rien lu d'aussi intense. J'ai voulu parler de lui aujourd'hui (comme une sorte de pulsion) parce que je trouve injuste que cet auteur ne soit pas porté aux nues. Je trouve injuste que les médias culturels le laissent de côtés. On ne laisse pas un auteur pareil dans la solitude du doute. Moi, je lui réitère une énième fois mon admiration sans borne. » J’ai écrit ça, il y a quelques jours, sur Facebook.

Pour tout dire, j’en ai marre de prêcher dans le désert depuis 6 ans. J’ai reçu ici Mallock, à chacun de ses nouveaux livres. Je l’ai découvert avec Le massacre des Innocents, un putain de bon thriller qui m’a époustouflé dès les premières pages et que je n’ai pu lâcher. J’ai récidivé à la sortie de Les Visages de Dieu et l’enthousiasme ne m’a pas quitté. Je lui ai ouvert cet espace pour la troisième fois pour Le cimetière des hirondelles, autre chef d’œuvre du monsieur. La quatrième fois, c’était pour Les larmes de Pancrace.

Ses livres ont toujours trois niveaux : Un niveau mythologique, un niveau narratif, un niveau purement littéraire. Aujourd’hui, je vous propose ma 5e mandorisation de Mallock. Je l’ai accueilli le 2 mars dernier, pour son nouveau chef d’œuvre, Le Principe de parcimonie. Sur fonds de crue, de boue et de sang, le voilà aux prises avec une enquête qui ne manque pas de créativité. Ce thriller baroque en immersion totale dans le monde de l’art contemporain, constitue la chronique la plus esthétiquement cruelle du commissaire. Son chef-d’œuvre, si l’on peut dire.

4e de couverture :mallock,le principe de parcimonie,interview,mandor

Dans le bocal de verre, à la place des cornichons, des doigts humains. Et sur l’étiquette cette mention : « Pervers au vinaigre. Tu ne toucheras pas aux enfants avec des pensées sales. »

En ce mois d’octobre finissant, les semaines se suivent et ne se ressemblent pas sous le ciel de la capitale. L’artiste contemporain Ivo est soufflé par une explosion en pleine performance. Quant à l’objet de son étude, La Joconde, elle s’est purement et simplement
volatilisée.

Tout porte à croire que ces méfaits sont signés Ockham, personnage dérangeant qui se met en scène dans des vidéos délirantes, entièrement habillé de latex rouge. Mais que recherche-t-il au juste ? L’argent ? Le geste politique ? Flatter son ego surdimensionné ?

Une nouvelle occasion pour Mallock de se ronger les méninges, avec cet acharnement qui fait de lui plus qu’un commissaire : un véritable extralucide auquel aucun tordu ne résiste…

Lecture de la Quatrième de couverture. Sur FinalCut ProX… © Mallock. Pour l'essentiel : prises de vues personnelles (faites au iPhone + quelques iStock et musique de Alan Singley)

mallock,le principe de parcimonie,interview,mandorL’auteur :

Sous le pseudonyme de Mallock se cache J.D. Bruet-Ferreol, peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et bien entendu… écrivain. Depuis 2000, ce génial touche-à-tout ne se consacre plus qu’à sa carrière de peintre numérique au travers d’expos et d’édition de livres d’art, et à celle d’auteur, notamment de romans policiers. Pour cette année 2016, Fleuve Éditions met son œuvre à l’honneur, avec la publication du Principe de parcimonie, mais aussi les rééditions du Cimetière des hirondelles et des Larmes de Pancrace, en versions revues et embellies, avec des couvertures entièrement designées par Mallock. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir cet auteur au charme singulier, en train de bâtir sa propre légende.

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Interview :

Bon, on en est au même point que d’habitude. Tu n’es toujours pas un écrivain « populaire », ce que je ne trouve toujours pas compréhensible.

Il n’y a que les blogs qui me suivent. Tu es le premier à avoir parlé de moi et beaucoup d’autres t’ont suivi. Je les remercie tous et du fond du cœur. Mais, il est certain que je déplore ne pas avoir de papier dans la presse, ni être invité nulle part pour parler de mes livres.

Pour moi, je le dis tout net, tu es le meilleur.

Tu me l’as toujours dit et ça me touche beaucoup. Je suis très laborieux, j’ai attendu très tard pour sortir tous ces livres, je bosse énormément dessus, je leur fait profiter de mon expérience de vie, de lectures, de créations dans tous les domaines. Ça donne à chaque fois, ce que j’espère être des sommes.

Tu sors trois livres d’un coup chez Fleuve Noir. Deux précédents et le nouveau, Le principe de parcimonie.

C’est une idée de mon éditrice parce qu’elle a estimé que mes deux précédents, Le cimetière des hirondelles et Les larmes de Pancrace n’avaient pas eu la carrière qu’ils méritaient. J’ai trouvé ça très sympathique de sa part. On s’est mis d’accord sur un format plus petit afin que l’accès financier, pour les gens, soit plus abordable.

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A Livre Paris 2016.

Tu es aussi graphiste et c’est toi qui as fait les couvertures de ces ouvrages.

J’ai fait les couvertures et j’ai « designé » le principe des typos et les illustrations. Je voulais que l’ensemble soit pertinent.

Il parait que tu vas aller jusqu’à neuf livres.

Après Mallock va disparaître et c’est le commissaire Amédée Mallock lui-même qui va raconter les histoires. Elles seront écrites à la première personne et les romans seront plus courts. Il racontera ce qui lui ait vraiment arrivé pendant son enfance, avec ses parents… Jusqu’à aujourd’hui, je l’ai toujours suggéré, mais ne l’ai jamais raconté pas.

Toi, tu ne t’appelles pas Mallock, mais tu écris sous ce nom. Les prochains seront écrits par Amédée Mallock et non plus par Mallock tout court qui n’est pas le commissaire, mais l’auteur… tu ne crois pas que c’est un peu compliqué tout ça ?

Il y a une mise en abyme. Cela permet de prendre du recul par rapport à ce que l’on fait. M’appeler Mallock pour écrire les aventures d’Amédée Mallock était presque de l’ordre du gag et cela m’amusait beaucoup. Mes éditeurs, eux, ne voulaient pas que je signe Mallock, parce que cela ne se faisait pas. Le simple fait que l’on me dise que cela ne se faisait pas m’a incité à le faire. Deuxième raison, le nom est court et cela permettait de ne pas ajouter de signes sur la couverture. Le personnage s’appelle Amédée Mallock, il est écrit par qui ? Pas pour mon véritable non, Jean Denis Bruet-Ferreol. Il est trop long. Je fais quoi ? Je vais chercher un troisième nom ? Principe de parcimonie, je prends le signifiant qui existe, le plus petit, c’est Mallock. Je décide de signer Mallock, deux simples syllabes.

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A Livre Paris 2016.

Dans les salons littéraires, tes lecteurs t’appellent Mallock, Amédée ou Jean-Denis ?

On m’appelle par ces trois noms.

Alors que l’on se connait bien, je continue à t’appeler Mallock. Tu es indissociable de ton héros.

Je ne dis plus rien à personne, parce que je comprends les confusions et il y a la même gentillesse derrière.

Quand je lis les histoires d’Amédée Mallock, je te vois toi dans le rôle du commissaire.

Ceux qui me connaissent ou ceux qui m’ont vu en dédicaces me font tous la réflexion.

Il faut dire que physiquement, tu corresponds bien.

Comme je rêvais d’être plus grand, je me suis rajouté quinze centimètres. Il y a vingt ans, tout à fait au départ de l’aventure Mallock, je voulais que le rôle soit tenu par Depardieu ou Nick Nolte,  alors je lui ai mis des cheveux blonds. Sinon, le reste, cela peut être moi en effet. Ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la vérité du personnage. J’ai contrôlé tous les personnages que j’ai créé, mais le seul que j’avais du mal à contrôler, c’était Mallock. J’ai préféré le laisser vivre sa vie et vivre la mienne en fin de compte. Je ne savais pas comment il allait être reçu.

Comment décris-tu Amédée Mallock ?

C’est un personnage d’une sensibilité exacerbée, qui souffre du monde dans lequel il vit. C’est un personnage de vérité. Nous vivons dans un monde de mensonge, de parfaite médiocrité, de non courage. Toutes les valeurs qui lui sont chers, la droiture, le courage, la sincérité, n’ont plus lieu d’être dans cette société.

Dis donc, Ockham, il pense exactement comme toi… ou comme Mallock.

Je me demande si Mallock l’écrivain n’est pas plus proche d’Ockham qu’il n’est du commissaire Amédée Mallock. J’ai un profond désespoir de voir le monde devenir ce qu’il est. Ce que l’on voit à la télévision est immonde de médiocrité, de mensonge et d’hypocrisie. Aujourd’hui, dans ce monde médiatique, nous sommes avides de tout, sauf de vérité. Moi qui suis avide de vérité, je me sens très mal.

Tu te sens un peu seul ?

Oui, je me sens seul dans ma colère, dans ma rage. Cela me tue et me déprime complètement. Heureusement que je prends des médicaments depuis des années et que je suis sous substances. Je ne vois pas comment on peut tenir dans cette société sans avoir de médications appropriées. Quelqu’un qui vit sans antidépresseur, c’est un grand malade. Si tu es lucide, tu prends des cachets ou tu t’en vas d’ici et tu n’allumes plus jamais ta radio et ta télé.

Amédée Mallock, à un moment, se demande s’il n’aime pas Ockham.

Ockham est un rédempteur fou. Quelque part, c’est un justicier. Moi, Mallock l’écrivain, si la loi n’existait pas, je me demande si je ne serais pas comme lui. Je me demande si je ne mettrais pas des bombes dans certains lieux, si je ne me baladerais pas avec des rasoirs pour couper quelques têtes.

Tu tuerais des innocents ?

Qui est innocent, à partir du moment où tu es complice et que tu profites du système à ce point-là ?

Tu dis ça parce que le système médiatique te boude ?

Non, je t’assure. Même si j’arrive à cette chose incroyable : écrire depuis 20 ans et n’avoir jamais eu un seul article dans un journal, une seule interview télé ou radio.

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Mallock et Franck Thilliez, deux maîtres du thriller français à Livre Paris 2016. 

Ça me révolte aussi, je te l’avoue.

Ça me rend fou. J’investis beaucoup de temps, d’énergie, d’amour. Je donne tout dans chacun des bouquins. Je ne m’économise pas. Si tu me voyais en train d’écrire…

Combien de temps mets-tu pour écrire un roman ?

Au minimum, trois ans. Et je ne fais que ça. On ne fait pas le genre de livre que j’écris en six mois. Il faut habiter les personnages, avant, pendant, après. Les mettre en cave. Je pose, j’attends trois mois et je relis.

Je crois savoir que tu travailles en permanence sur trois livres.

J’en finalise un, j’en écris un autre et je conçois la structure et le plan d’un troisième.

Quand tu écris, tu ne t’épargnes pas et tu ne nous épargnes pas.

J’ai envie d’aller au bout de tout. Dans mes livres, ce qui est poétique, triste, nostalgique est extrêmement poétique, triste et nostalgique. Ce qui est sanglant est donc extrêmement sanglant. Je pense que dans la réalité, nous sommes en deçà. Il m’est arrivé de rencontrer des morts dans la vie. C’est terrible et terrifiant. Dans un livre, il faut exagérer le trait si on veut que les gens aient un vrai malaise.

(A voir absolument pour comprendre qui est cet auteur!) Pour la librairie Mollat, Mallock vous présente son ouvrage "Le principe de parcimonie" aux éditions Fleuve Noir.

Tu fais comme dans la série Game of Thrones. Tu tues sans vergogne les héros récurrents auxquels nous nous sommes attachés.

Il y a une raison un peu stratégique, je dois le reconnaître. Quand tu écris un one shot, tu ne sais pas ce qu’il va se passer avec le héros, c’est ce qui crée la tension d’un véritable thriller. Comment mener un thriller avec un personnage récurrent ? Comment créer la tension ? La solution est simple : avoir une équipe autour de Mallock, composé de personnages héroïques et attachants, en sachant que n’importe lequel d’entre eux peut mourir.

On annonce une éventuelle crue du siècle de la Seine pour prochainement… et c’est ce qui arrive aussi dans ton livre.

Cette crue me permet de refaire une description de Paris que je hais et que je « aime » d’une autre façon. Je l’avais déjà décrit dans Le visage de Dieu et dans Le massacre des innocents et je ne voulais pas me répéter. J’ai toujours la peur d’avoir des livres qui se ressemblent. Je veux que l’originalité soit constante. Métaphoriquement, c’était aussi intéressant d’avoir cette eau qui vient nettoyer les rues de la capitale, comme Ockham vient nettoyer cette espèce de Sodome et Gomorrhe de la médiocrité qu’est devenue notre société.

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Après l'interview, le 2 mars 2016, à l'agence.

11 mars 2016

Anne Cardona : interview pour Oiseau de nuit

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Il y a eu un six titres Je déteste le rose en 2007, l’album Au jour la nuit en 2009, l’EP Hidden Garden sous le pseudo d’Orna Danecan en 2013 (pour lequel j’ai mandorisé cette artiste une première fois). Anne Cardona poursuit son chemin créatif avec Oiseau de nuit, aux dix titres intemporels, enchanteurs et poétiques. Ce premier album est réalisé par Benoit Guivarch et Nicolas Leroux d'Overhead ainsi que de Jean-Louis Piérot. Il contient dix chansons aux influences folks. Cette comédienne qui, le jour, fait de la télévision, du théâtre, des voix off, rêvait de chanter, ce qu’elle fait sur scène depuis déjà un certain temps. Le 11 février dernier, Anne Cardona est venue à l’agence pour une seconde interview.

1540-1.jpgArgumentaire officiel du disque :

Élégantes, sincères, singulières : ses chansons, sa voix, elle. Anne Cardona ne comprend pas la mode des chansons qu'on ne comprend pas. Pour elle, une vraie chanson, c'est un texte sans mots faiseurs, et une mélodie qui se retient sans se cacher sous des sons éphémères. Mélodies méticuleusement travaillées et pourtant mémorisables, ballades nostalgiques, avec guitares twang aux couleurs 60's et violoncelle envoûtant, ou folk plus sombre, mots choisis en français, alliés à des influences folk-rock anglo-saxonnes : ainsi se dessinent les chansons du premier album d'Anne Cardona. La mélancolie qu'elles distillent - légère, rêveuse, naïve - reste toujours au-delà des modes et modèles, empreinte de simplicité. « Ni rimes choisies, vibrante poésie, juste des mots jolis » (L'Homme de ma vie - de ces temps-ci). Les textes ne cherchent pas à faire, ils racontent.

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P10004971.JPGInterview :

Voilà enfin ton premier vrai album.

J’en avais déjà fait un, mais en autoproduction et il est resté hyper confidentiel.

Qu’a-t-il de différent par rapport à ce faisait Orna Danecan, ton pseudo utilisé pour ton précédent disque ?

Déjà, je chantais en anglais, alors qu’aujourd’hui, je chante en français.

Bravo ! Les français qui chantent en français, c’est un peu ma tasse de thé.

Je le sais. Il n’y a que cela qui a changé. Mais, tu sais, une langue, ça change la musique et la mélodie. Quand j'ai écrit en anglais, ça m’a ouvert des portes musicalement et élargit mon spectre de possibilités. Textuellement, je me suis finalement rendu compte que j’écrivais mieux en français qu’en anglais. Globalement, je suis restée sur les mêmes couleurs musicales, les mêmes influences, le même genre de son. Musicalement, c’est vraiment le prolongement de ce que je fais depuis le début de ma carrière.

Anne Cardona aux 3 Baudets le 29 septembre 2015. Quelques extraits de l'album Oiseau de nuit.

Est-ce que lorsqu’on écrit en français, on peut se permettre d’être moins exigeant avec le texte ?

Oui, surtout si cela est destiné  au marché français. On peut se permettre d’écrire des choses un peu moins littéraire et moins profond. L’anglais a vite fait de bien sonner.

Tu parles beaucoup d’amour. Par exemple, dans « Pas nous », tu expliques qu’il faut lutter contre le quotidien, ce tue l’amour.

Rien n’est jamais acquis. Comme dirait Beigbeder, l’amour dure trois ans, après il y a une sorte d’amitié qui s’installe. Une fois que l’amitié s’est rodée un peu, c’est la routine qui s’installe. S’il n’y a pas de fantaisie, de créativité au sein du couple, je trouve que ça s’étiole. Soit on décide de supporter cela, soit on décide de vivre sa vie ailleurs. Pour moi, c’est un exercice de tous les jours d’alimenter le feu du couple.

"Pas nous"

Il y a un climat de sérénité dans ta musique.562183_166953813462437_942766058_n.jpg

La musique que j’écoute est souvent triste, assez noir, mélancolique et low tempo. Généralement, la musique que l’on écoute déteint sur la musique que l’on fait. Sinon, j’avais aussi des morceaux qui avaient la patate. On ne les a pas sélectionné pour l’album, je les joue donc sur scène.

Avoir des réalisateurs, c’est confortable ?

Oui, surtout quand on passe son temps à douter de soi artistiquement. Je propose des idées d’arrangements, mais je serais incapable de tout réaliser moi-même. Je me suis entouré de personnes dont j’aimais les réalisations et le travail.

Tu es content du résultat de ce disque ?

Il est sorti récemment, mais je l’ai fait il y a presque deux ans. Pour moi, il est presque obsolète tant je suis déjà passé à autre chose. Ce n’est pas pour autant que je ne revendique pas cet album. Je l’aime beaucoup, mais aujourd’hui, je l’aurais fait différemment.

On n’entend pas ton disque à la radio. Je le déplore car il est dans l’esprit de France Inter par exemple.

C’est dur ça. Je suis dans une phase où je me demande où je vais. Quand on n’est pas en playlist sur France Inter, où que l’on n’a pas un article dans Télérama, c’est dur de démarrer un disque. Il faut que je réfléchisse à comment évoluer. Moi, j’irais bien vers l’épure, vers le piano-voix, le violoncelle-voix ou le guitare-voix. Je n’irais pas chercher dans les sons à la mode, juste parce que je vais considérer que c’est la solution pour que cela marche. L’electro eighties, ce sera fini dans deux ans.

Du coup, tu en es où concrètement dans la musique ?

Je gratouille ma guitare, j’écris, je composouille, je cherche, je réfléchis. Mais, je reviendrai. 

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Pendant l'interview, à l'agence, le 11 février 2016.

10 mars 2016

Thibaut Derien : interview pour J'habite une ville fantôme

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(Photo : Arno)

J’ai connu Thibaut Derien comme chanteur. Il écrivait et composait des chansons biens ciselées. Je l’avais interviewé à cette époque et il m’avait paru très sympathique. Un jour, il a arrêté. C’est con. 

Je l’ai retrouvé plus tard comme collaborateur de CD’Aujourd’hui. Il filmait, moi je posais des questions aux artistes. Je n’arrêtais pas de lui dire que je trouvais la situation incongrue parce que j’aurais pu tout aussi bien lui poser des questions… étant donné que je n’ai jamais cessé de le considérer comme chanteur.

Et voilà que, récemment, je le retrouve comme photographe avec sa série Sur scène dans une minute !. Il prenait en photo des artistes dans leur loge, une minute avant leur entrée sur scène. De sacrés moments de vérités.

Les gens doués dans toutes les activités artistiques sont un peu agaçants. Voire, ils m’énervent. Mais, bon, j’ai craqué quand j’ai vu son livre (et donc ses photos) de J'habite une ville fantôme (aux éditions du Petit Oiseau). Une mandorisation s’imposait.

Le 4 février dernier, dans un café parisien, puis à l’agence, Thibaut Derien s’est prêté au jeu des questions-réponses, comme si nous ne nous connaissions pas…

j'habite.jpgPrésentation du livre :

J’en avais marre de la capitale. Trop de bruit, trop de gens. Et puis je ne supportais plus mes voisins. Je voulais changer d’air, et surtout de vie. Je passais le plus sombre de mon temps affalé dans mon canapé, à refaire non pas le monde, mais l’endroit idéal où m’installer. Je m’imaginais alors vivant dans un petit village à la campagne, mais pour y avoir grandi, je savais déjà que les grands espaces n’étaient pas faits pour moi. Je me voyais repartir à zéro au bord de la mer, mais le vent et le cri des mouettes m’ont toujours tapé sur le système. Bref, je tergiversais.
Je me suis donc longtemps demandé où poser ces valises que je n’avais pas encore faites, jusqu’au jour où je suis tombé dessus, par hasard. Une ville sans voiture ni habitant, sans bruit ni mouvement, calme comme la campagne, reposante comme l’océan, mais sans nature.
Aujourd’hui je me promène en silence dans ces rues rien qu’à moi, où je n’ai qu’à me servir, où tout me tend les bras. Au début je me suis bien posé quelques questions : que s’était-il passé ici et qu’était devenue la population ? Exode rural, catastrophe naturelle, cataclysme écologique, peu importe finalement. Avec le temps j’ai appris à ne pas bouder mon plaisir, et la seule chose qui m’inquiète désormais, c’est de savoir combien de temps cela va durer. Je tue le temps, qui ne passe plus vraiment par ici, en imaginant toutes ces vies passées derrière ces volets fermés, ces rideaux de fer tirés.
Je suis comme perdu sur une île déserte, sauf que je n’ai pas envie que l’on me retrouve.
J’habite une ville fantôme.
Thibaut Derien

L'artiste :

Auteur et interprète de quatre albums (de chansons, pas de photos), Thibaut Derien a aujourd'hui troqué la musique et les mots pour le silence et l'image. Après dix années consacrées à la chanson, il retourne pleinement à sa première passion, la photographie. Sa série J'habite une ville fantôme a d'ailleurs vu le jour pendant ses tournées, tandis que la dernière, Sur scène dans une minute !, le ramène irrémédiablement aux salles de spectacle.

Il vit et travaille dans sa ville fantôme.

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P1000488.JPGInterview :

Je t’ai connu chanteur, mais en fait, tu as été photographe avant d’entamer cette carrière.

Depuis le lycée, je voulais être photographe. J’étais en pension, je me sentais un peu seul. Je travaillais dans un magasin de photos, et un jour, le patron m’a offert un appareil photo. J’ai commencé à photographier tout ce qui bougeait et j’ai vite considéré que c’était un bon compagnon de jeu. Je photographiais mon quotidien, mes promenades, mes voyages, mes week-ends... Cela me permettait de rendre ma vie plus intéressante. Ma première série était constituée de photographies d’animaux morts sur la route. Je trouvais cela très esthétique, très graphique.

Ensuite, tu es parti à Cannes pour faire « filmeur ».

J’ai répondu à une petite annonce, j’avais 19 ans et une sérieuse envie de bouger. Je faisais des photos de gamins sur les plages, je leur donnais un ticket et ils devaient venir récupérer les clichés dans un magasin.

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Après, tu es revenu à Paris.

Oui, avec la réelle ambition de devenir photographe. Mais je n’ai trouvé que des petits boulots.

Plus tard, tu as tenu un bar.

C’est là qu’est née ma passion pour la musique parce que j’organisais des concerts. J’avais 21 ans et j’étais le plus jeune patron de bar de France. Cela m’a permis de ne pas faire mon service militaire puisque j’étais chef d’entreprise.

Comme ton bar ne marchait pas la semaine, tu bossais pour Luc Besson.

Il cherchait des jeunes qui connaissaient la région pour la préparation d’un film. J’ai frappé à la porte et j’ai été embauché. J’ai travaillé pour lui trois ans. Pour Jeanne d’Arc, je suis allé même allé jusqu’en République Tchèque. J’étais stagiaire régie. C’était un boulot un peu ingrat.

Après tout ça, la chanson est arrivée dans ta vie.

Quand je tenais mon bar, voir les autres chanter m’a donné envie d’écrire des chansons. J’ai rencontré un guitariste et pendant les après-midi creuses nous nous sommes composés un petit répertoire. On est monté à Paris et on a continué à travailler des chansons ensemble. On a fini par chanter le soir dans certains cafés concerts. Au bout de six mois, on a envoyé une maquette aux Chantiers des Francofolies. En 2001, nous avons été acceptés là-bas, du coup, les programmatrices nous ont programmées sur la scène des découvertes l’année suivante. C’est là que j’ai rencontré le producteur et éditeur de spectacle, Max Amphoux. On a gagné le Prix Adami, on a signé avec Max et distribués par AZ. Ma carrière de chanteur a duré 10 ans.

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Un jour, tu as arrêté la musique. Et je t’ai demandé plein de fois de ne pas. 

Il ne faut jamais dire jamais, mais ça fait six ans que je n’ai pas écrit une chanson. Depuis que ma fille est née, je n’en ressens plus le besoin. Même écrire pour les autres, je  n’y parviens pas. Ce que je faisais n’était pas très gai. Maintenant que je suis heureux, je n’ai plus d’inspiration.

Nous nous voyons pour la sortie de J’habite une ville fantôme. Toutes ses photos représentent 10 ans de travail et de recherche. Où as-tu trouvé toutes ses devantures vieillottes de magasins ?

Ça a commencé à l’époque où j’étais en tournée. Il y avait beaucoup de centres culturels de petits villages qui programmaient des artistes comme moi. Entre le moment où on arrive et le concert du soir, il y a beaucoup de temps à tuer, voire une après-midi entière. Je me baladais donc avec mon appareil photo. La première fois que j’ai vu une vieille vitrine comme ça, j’étais loin de me douter que l’histoire allait durer autant d’années. Je trouvais cela graphique et émouvant. Quand j’ai arrêté de chanter, j’ai continué à voyager. Mais, je ne prenais jamais l’autoroute, je me promenais sur les départementales et m’arrêtais pour rechercher de vieilles devantures. 

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Cette série de photos m’a rendu très nostalgique.

Comme j’ai vécu à la campagne, j’ai connu tout ça et donc, évidemment, c’est une réminiscence de mon enfance. Et, certaines personnes âgées qui viennent à mon expo ont les larmes aux yeux.

C’est ce que tu veux provoquer ? De l’émotion…

Ces façades de boutique, ce n’est pas seulement le commerce qui ferme, c’est vraiment le lien social entre les gens qui disparait. C’est ça qui me touche le plus. Les villages français se meurent de plus en plus. Un épicier qui ferme, ce sont des vieux à qui on enlève la dernière conversation de la journée…Ces photos rappellent que l’on a changé nos modes de consommation. Les centres commerciaux sont les premiers tueurs de ces boutiques de village.  

Pourquoi n’y a-t-il pas de textes qui accompagnent tes photos. Pourquoi ?

J’aurais pu effectivement parler du contexte politique et économique, mais au final, j’ai préféré que chacun ait sa propre lecture de ses photos. Je ne voulais pas qu’on les regarde que de manière engagée, alors qu’elles sont souvent drôles et poétiques.

Tu as gagné quelques prix avec cette série de photos, dont lauréat SFR Jeunes Talents en 2013, et tu as fait quelques expos, comme au Grand Palais dans le cadre de Paris Photo.

Tout cela m’a incité à tout abandonner pour n’exercer que cette activité. Et je dois dire qu’à présent, je me sens un homme libre et sans obligation.

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Après l'interview le 4 février 2016, à l'agence.

09 mars 2016

Ivan Tirtiaux : interview pour L'envol

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(Photo : Lara Herbinia)

Le chanteur belge Ivan Tirtiaux publie son premier opus intitulé L’Envol. Il révèle un univers musical country-folk dominé par la guitare et une écriture subtile. Ses mélodies solaires aux accords sophistiqués et aux rythmiques chaloupées explorent les sonorités latines et notamment brésiliennes et Cap-Verdienne. Un vrai bouillonnement qui caresse nos oreilles. La justesse de son écriture, subtil équilibre entre épures et fioritures, ne laisse pas indifférent. Les mots sont choisis, pesés et repesés pour exprimer au mieux un chemin intérieur semé de doutes. Bref, Ivan Tirtiaux se confie à nous et on aime écouter ses confidences.

Le 2 février 2016, l’artiste est venu à ma rencontre à l’agence pour une première mandorisation. Gageons que ce ne sera pas la dernière.

ivan tirtiaux, l'envol, interview, mandoBiographie officielle :

Après s’être frotté à plusieurs instruments, la guitare devient son alter ego.

Chanteur à la voix profonde et souple, il s’invente une chanson folk, en français, à la fois ciselée et organique, empreinte de poésie, de blues et de musique latine. Auteur et compositeur exigeant, il allie un dépouillement narratif à des mélodies raffinées et des harmonies savantes.

Ses chansons célèbrent le hasard, le cours de la vie et les nombreux déboîtements du destin. On y parle de voyages, de villes, de femmes, de libellules, de désastres, de graines d’arbres, d’océans…

Le bonheur d’un spleen belge y retentit lumineux, comme le blues et la saudade d’un Nord traversé par le monde.

Sur scène, le chanteur caresse, martèle, percute sa guitare et habite littéralement la scène, soutenu par des musiciens aux talents rares.

L’album (par Luc Lorfèvre) :

“Ne sachant pas où je vais, j‘ai toujours peur d’être arrivé”, chante Ivan Tirtiaux sur « Les Océans »,  l’uneivan tirtiaux, l'envol, interview, mando des onze chansons de son premier album L’Envol.  Pas de doute,  cet auteur-compositeur interprète qui a déjà bien bourlingué dans le monde de la musique et dans le monde tout court,  possède le sens de la formule. Et si de sa voix profonde, souple et habitée, Ivan Tirtiaux nous avoue qu’il ne  sait pas où il va,  c’est pourtant sans la moindre hésitation que nous le suivons  dans son voyage mélodique.

Folk organique, blues électrique, chansons ciselées avec l’amour du mot, poésie réaliste ou onirique, mélodies  solaires rythmées ça et là d’accords jazz ou de sonorités tropicalistes… Il y a un peu de tout ça dans cet album bien ancré dans le questionnement de notre époque tout en étant réalisé “à l’ancienne” avec un amour de l’artisanat et de la nuance. Entièrement interprété dans la langue d’Aragon, dont Ivan Tirtiaux se réapproprie joliment « La Guitare », L’Envol prend de la hauteur et impose le spleen lumineux d’un artiste nous rappelant que la chanson française n’a jamais été aussi belle que lorsqu’elle ne ressemblait pas tout à fait à de la chanson française.

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ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoInterview :

Tu as vécu ta jeunesse dans une ferme transformée en scène de théâtre où tu as côtoyé toutes sortes d’artistes. C’est ce qui t’a donné envie d’être dans ce milieu ?

J’étais dans un environnement un peu particulier. Il n’y avait pas que des comédiens de théâtre, il y avait aussi des artisans. Dans cette vie communautaire, il y avait un forgeron, un ébéniste, un sculpteur, mon père était maître verrier. Aujourd’hui, j’envisage la musique et la chanson de manière très artisanale. Il y avait des spectacles musicaux, des pièces de théâtre… j’ai vécu dans ce milieu très longtemps, mais moi, j’ai toujours su que mon avenir était dans la musique.

Tu as commencé la musique avec l’accordéon à l’âge de 7 ans.

Dans la région où j’étais, Charleroi, c’est un instrument assez courant. Mes parents jouaient dans un spectacle où il y avait un accordéoniste. J’ai dû dire à un moment que je voulais maîtriser cet instrument. Ils m’ont inscrit à des cours d’accordéon et j’en ai joué quelques années.

La guitare est arrivée dans ta vie à l’adolescence.

L’accordéon, ce n’était pas sexy pour brancher les filles. J’ai donc utilisé la guitare de mon père et j’ai rapidement su créer des mélodies. Je jouais aussi un peu de piano et j’avais mis de l’argent de côté pour m’acheter un clavier. Comme ça coutait trop cher, j’avais juste assez d’argent pour acheter une guitare électrique. Je ne le regrette pas. J’ai une formation de jazz. Aujourd’hui, je suis guitariste professionnel et j’accompagne d’autres artistes.

Mais tu as fait de la musique funk également.

De 17 à 23 ans, je jouais et chantais du funk. C’était mon trip.

Pourtant aujourd’hui, tu sors un disque que je qualifierais de chanson française moderne.

A cette époque-là, comme c’était ce qu’écoutaient mes parents, je voulais tout faire sauf de la chanson française. J’étais en pleine rébellion, mais un jour, cette attirance pour la chanson m’a rattrapé.

Clip de "Charlatan".

Tu fais partie d’une belle famille musicale, celle qui fait de la chanson française autrement : ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoBertrand Belin, JP Nataf, Babx, Dominique A, Barbara Carlotti…

En fait, j’aime la chanson, mais dans toutes les langues. C’est un choix de chanter dans ma langue maternelle et de toucher à quelque chose d’authentique. Cela dit, je suis très influencé par ce que j’écoutais avant, comme Stevie Wonder pour les harmonies par exemple. J’écris en parallèle avec la mélodie et l’harmonie. Je suis très en recherche de l’harmonie. C’est ce qui m’intéresse dans la musique brésilienne, la musique classique et le jazz.

Tu joues beaucoup avec ta voix, je trouve.

J’essaie d’être au niveau des mélodies un peu sophistiquées que j’écris. Pour cela, je dois varier mes tonalités vocales.

Il faut rentrer dans ton univers, mais après, tout devient limpide, clair et d’une redoutable efficacité.

Je le prends comme un compliment parce que les artistes que j’aime le plus sont des gens dont il m’a fallu plusieurs écoutes avant de les apprécier. Ça ne me dérange pas si on me dit que mon univers n’est pas facile d’emblée. Mais je te garantis que je fais tout pour le simplifier. Mes premiers jets sont expérimentaux puis, après, je tente de les simplifier pour qu’ils soient accessibles. Il y a une grande richesse, mais aussi, une grande simplicité.

"Les océans", live studio session @ Sunny Side Inc. Studio, Brussels

C’est ton premier album. Ya-t-il des chansons anciennes ?

La majeure partie sont plutôt récentes, mais la chanson « Les océans » a 15 ans. Je l’ai joué avec mes différentes formations. Plusieurs personnes de mon entourage m’ont dit que cette chanson ne vieillissait pas, alors j’ai décidé de la mettre sur mon premier vrai album.

Toi qui viens de la scène, j’imagine que l’idée de figer tes chansons ne doit être pas très agréable.

J’avais une forme de liberté constante dans l’interprétation, alors, effectivement, tu as raison.

L’album vient de sortir en France, mais il est sorti il y a un an dans ton pays. Comment a-t-il été accueilli ?

Oui, très bien et j’ai fait beaucoup de scène avec. Je sais qu’en France, il y a un vrai public pour la musique que je joue. Chez vous, il y a beaucoup d’artistes qui cassent les schémas traditionnels de la chanson. J’en ai rencontré bon nombre d’entre eux.

"Présage", une réalisation de Stéphane Manzone - une production diFFéré

ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoTes chansons, aussi poétiques soient-elles, sont très autobiographiques.

Oui, mais je mets des filtres (rires). Je travaille beaucoup mes textes pour éviter que mes chansons soient un déversoir. Mais en vrai, ça l’est. L’écriture est un peu un exutoire. Pour chanter quelque chose, j’ai besoin d’un vrai moteur lié à cette chanson pour que l’interprétation soit juste.

Tu écris déjà le prochain ?

Oui, mais comme je suis exigeant, cela prend du temps.

Es-tu content de comment tu vis ton métier et de ta condition d’artiste ?

Oui et non. Ce n’est pas un métier évident pour en vivre, surtout en Belgique. Chez nous, vivre de la chanson est extrêmement dur. En France, le statut d’intermittent est beaucoup plus simple à obtenir et on peut obtenir des subventions. Mais en Belgique, il n’y a pas d’aides pour ce genre d’activité.

Tu es confiant pour l’avenir ?

Tant que je fais ce que j’aime, je reste confiant. J’adore ce métier, j’adore jouer sur scène, rencontrer d’autres artistes, partager, écrire… je ne pourrais rien faire d’autres.

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Après l'interview, le 2 février 2016, à l'agence.

08 mars 2016

Chico & The Gypsies : interview pour "Color 80's"

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Bon, Chico, je l’aime bien. Humainement. Quand il sort un disque, je viens le voir. On aime bien se voir/parler. Déjà mandorisé pour le précédent il y a un an, je récidive avec son nouvel album, Color 80’s. Un disque pour faire la fête. Et en ces temps obscurs, ça ne peut pas vraiment faire du mal. Les chansons reprises font partie de ma vie. Je les ai diffusées à la radio des milliers de fois sur les différentes radios dans lesquelles j’officiais dans les années 80. Et le côté gypsie en plus n’est pas dénué d’intérêt. Voilà, donc pour Le magazine des loisirs culturels Auchan, Chico m’a donné rendez-vous dans les locaux de sa maison de disque le 16 février 2016.

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Clip de "Plus près des étoiles". 

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Après l'interview, le 16 février 2016, chez Sony Music. 

07 mars 2016

Laurent Binet : interview pour La septième fonction du langage

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Les Prix Interallié et Prix du Roman Fnac 2015 ont été attribués à Laurent Binet pour son roman La septième fonction du langage. Ce livre nous faire rire en parlant de sémiologie, la science des signes, dans le langage et le comportement. Une performance ! Mais quel est l’intrigue de ce roman ? 1980, Roland Barthes, star mondiale de la sémiologie, meurt en sortant d'un déjeuner avec François Mitterrand, renversé par une camionnette. Laurent Binet imagine qu'il ne s'agit pas d'un accident. Barthes aurait pris connaissance de la 7ème fonction du langage, celle qui fait de son détenteur un orateur aux pouvoirs illimités sur ceux qui l'écoutent: qui a fait tuer Barthes pour s'emparer de ce redoutable secret ? Mitterrand ? Giscard? La CIA ? Le KGB ?

D'Althusser à Lacan, de Foucault à Derrida, de Deleuze à Baudrillard, via Sollers, Kristeva, Cixous et BHL, ce roman réunit toute l’intelligentsia de l’époque. Loin d’être réservé à un entre soi intello, l’érudition est passée au tamis de la comédie burlesque. Jubilatoire !

Je suis allé à sa rencontre, chez lui, le 25 septembre 2015 (oui, je sais, ce n’est pas tout neuf, mais bon, j’ai du mal à suivre mon propre rythme d’interviews), pour le journal des adhérents de la Fnac, Contact (pour évoquer notamment le Prix du Roman Fnac et son livre foisonnant).

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor4e de couverture :

« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...

L’auteur :

En 2010, Laurent Binet a publié HHhH, qui a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman et a été traduit dans près de quarante pays. La Septième fonction du langage est son deuxième roman, fruit de cinq ans de travail.

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laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous réagit quand on vous a annoncé que vous aviez remporté le Prix du Roman Fnac ?

Il y a des temps dans l’écriture et ça, c’est le temps de la sortie et le temps de la sortie, c’est le temps de la reconnaissance. Un prix, c’est un élément de reconnaissance non négligeable, surtout si c’est un prix composé de 800 lecteurs dont la moitié sont libraires. Les libraires sont le maillon clef de l’économie du livre et ils sont souvent désintéressés dans leur approche des bouquins. Ce type de prix est donc extrêmement gratifiant.

Vous vous étiez fait remarquer avec votre précédent livre HHhH, qui a remporté le Prix Goncourt du Premier Roman.

Pour un premier roman, c’était une exposition vraiment très utile, voire nécessaire. Les places sont chères, alors j’aime bien me faire remarquer. Je suis absolument convaincu de la qualité de mes livres, mais je n’oublie pas que dans ce milieu-là, le facteur décisif, c’est la chance. Et je dirais aussi, l’audace. Il y a beaucoup de livres de mauvaises qualités qui ont beaucoup de succès et qui sont acclamés par la critique et le contraire est aussi vrai. Il y a beaucoup de chefs d’œuvre qui sont ignorés, pas publiés ou plus simplement pas exposés. Il faut garder les pieds sur terre. Je suis très content d’avoir des prix, mais ce n’est pas ça qui me fait dire que je suis un romancier génial.

Vous venez me dire que vous étiez sûr de la qualité de vos écrits. C’est rare qu’un écrivain me confielaurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor cela.

L’écriture est un processus compliqué. C’est un mélange de doute et de confiance en soi. Si vous n’avez pas la confiance en vous, vous n’écrivez pas. Si vous n’avez pas cette espèce d’arrogance qui vous fait penser que ce que vous pouvez écrire va pouvoir intéresser d’autres personnes, vous ne faites rien. En même temps, si vous ne doutez pas, il n’y aura pas la remise en question nécessaire pour assurer une exigence minimale au texte. L’alchimie entre ses deux états est très complexe.

La promotion, vous en pensez-quoi ?

C’est un truc marrant, mais on s’expose beaucoup et le fait de s’exposer, ce n’est pas quelque chose qui va de soi. C’est un cliché, mais on se sent dépossédé de son œuvre parce que tout le monde parle du livre qu’on a écrit. Il vaut mieux être sûr de soi pour encaisser tout ça, même quand les critiques sont bonnes. C’est un moment bizarre et délicat.

C’est dur de parler de son œuvre ?

J’ai une formation de prof. Pendant dix ans, j’ai parlé des œuvres des autres. Ça m’intéresse de parler des œuvres en général, alors pourquoi pas de la mienne (rires). Quand cela m’arrive, j’essaie d’en parler avec détachement, comme si ce n’était pas moi l’auteur de l’œuvre en question.

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorOn arrive à analyser son propre roman ?

D’une manière générale, l’objectivité est impossible. Je fais toujours des méta-romans qui s’interrogent déjà sur eux-mêmes. Il y a des mises en abyme. C’est ce que j’appelle du méta discours. Je suis porté naturellement vers des discours critiques en tant que prof, mais en tant que romancier aussi, du coup parler de mon roman m’intéresse. Parfois les critiques laissent de côté des aspects qui, moi, me paraissent importants. Dans celui-ci par exemple, j’entends beaucoup le mot satire. C’est vrai qu’il y a une dimension satirique indéniable, mais ce n’est pas tout.

C’est vrai, moi, ce qui m’a intéressé dans ce livre, ce sont les relations du réel avec la fiction.

Dans ce roman, je me suis amusé à ancrer cette histoire dans un réel très documenté, très précis. Plus de la moitié de ce que je fais dire aux protagonistes sont des citations réelles. Après, j’expérimente pour voir jusqu’à quel point on peut tordre le réel. A un moment, je fais apparaître volontairement quelques anachronismes. Ils vont se multiplier jusqu’à ce que cela devienne énorme.

Regardez-vous ce qu’on dit de votre dernier livre dans la presse ou sur internet ?

Oui, j’avoue, je ne peux pas m’en empêcher. C’est à la fois stressant et excitant. Il suffit d’une mauvais critique sur dix pour que ça vous gâche un peu la journée ou que ça me contrarie une heure ou deux. Je suis hyper sensible comme tous les cons d’écrivains mégalos narcissiques. C’est de la sensibilité mal placé, je le sais bien. On a la chance d’être publié, on parle de notre livre, ça devrait nous suffire. J’avoue que moi je veux tout. Le succès critique, le succès public… je voudrais l’unanimité.

Vous aimez être interviewé alors ?

Je ne suis pas une bête des médias. Quand je vais à la télé ou à la radio, j’ai toujours peur de bafouiller ou de dire une énorme bêtise qui sera enregistré et qui finira sur YouTube et au zapping (rires). Là, une interview, tranquillement chez moi, à la cool, ça ne me dérange pas. J’aime bien même. A la télé et à la radio, dès que la réponse dépasse les 30 secondes, je sens l’animateur ou le journaliste devenir très nerveux parce qu’il faut déjà enchainer avec autre chose. Devoir dire des choses intéressantes avec si peu de temps, c’est extrêmement difficile je trouve.

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Laurent Binet s’attaque aux intellectuels parisiens (théoriciens de la French Theory ou nouveaux philosophes), notamment Sollers, Kristeva, BHL et Foucault.

C’est un roman souvent drôle. Vous n’épargnez ni les intellectuels, ni les hommes politiques de l’époque.

Je ne réserve pas le même traitement à tout le monde. Pour moi Philippe Sollers et Michel Foucault n’ont pas le même statut. Je mets Foucault dans des situations sexuelles, parfois scabreuses, mais qui ne sont que la réalité de sa vie, ce qui n’empêche pas que j’ai un profond respect pour son œuvre. La majeure partie des intellectuels et des politiques qui traversent mon roman, je respecte leur parole. Après, je retranscris tout ça de manière burlesque, mais sans discréditer leur propos. Cela devient juste du théâtre… et je vais même jusqu’à la bouffonnerie.

Votre histoire est un pur délire, mais parfaitement maitrisé.

Je le prends comme un compliment, merci. Ce qui est sûr, c’est que c’est extrêmement travaillé, ensuite, ça fonctionne ou pas. C’est construit, je ne vous le cache pas. J’ai ciselé ce texte avec minutie.

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Photographie réalisée par Michel Delaborde cinquante jours avant la mort de Roland Barthes pour la revue Culture et Communication, 5 février 1980.

Pourquoi avoir choisi Roland Barthes comme héros (malheureux) de votre roman ?

J’adore Barthes. Je l’admire même. Il a été le plus déterminant dans ma formation intellectuelle. C’est lui qui m’a appris à expliquer des textes. Je parle de sa mort et il se trouve que sa mort est romanesque. La scène de son décès, je la trouve très émouvante. Evidemment, je l’intègre dans une intrigue policière, mais je ne me moque jamais de lui. Je l’ai juste montré mélancolique. Ce qu’il était, je crois. Dans la fin de la première partie, pendant le repas avec Mitterrand, Barthes à la tête ailleurs et c’est la vision que j’avais de lui. Jamais vraiment là, sauf physiquement.

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorSollers, par contre, vraiment, vous ne vous privez pas.

Non, vraiment, ça ne me gêne pas de me moquer de lui. C’est un clown. Je sais qu’il a une très haute opinion de lui-même. Présenté autrement, il pourrait admettre sa part histrionique.

Mais intellectuellement, vous ne lui trouvez rien d’intéressant?

(Rires) Pour des raisons de prudence judiciaire, je ne répondrai pas à cette question.

Ce livre est une mine d’informations sur les années 80.

C’était la période de mon enfance. Ça m’a amusé de me remémorer les voitures, l’ambiance, la musique, l’actualité de ce moment-là. Mais c’est aussi cinq ans de recherche et de documentation. Vous verriez ma chambre, il y a du Deleuze, du Derrida et des tas d’autres philosophes partout.

Votre livre est « intellectuel », mais à la portée de tous.

Le professeur qui est en moi prend cette réflexion comme un compliment. J’ai essayé d’être pédagogue et exigeant.  Je brasse quand même des théories et des problématiques pointues, mais j’ai tout fait pour les rendre accessibles. C’était toute la difficulté de ce roman.

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Lors de la remise du Prix du Roman Fnac 2015.

Ce livre est aussi un thriller mené par deux enquêteurs diamétralement opposés. Rarement une enquête policière n’avait été aussi drôle et aussi mal menée.

Deux personnes antagonistes qui travaillent ensemble, c’est un truc qui fonctionne toujours depuis la nuit des temps jusqu’à Pierre Richard et Depardieu (rires). Le commissaire Bayard est l’archétype du flic beauf qui méprise les intellectuels, les considérants comme de sales gauchistes et de purs affabulateurs. Bayard ne comprend rien à la sémiologie et juge cette discipline théorique et parfaitement inutile. Il décide de demander de l’aide à un jeune professeur en sémiologie méconnu, Simon Herzog. Lors de leur première rencontre que j’ai souhaité drôle, il l’interroge d’un air hautain sur la sémiologie et sa signification. À partir de sa posture, de ses vêtements, des traces laissées par son alliance, le jeune professeur parvient à dresser un portrait juste et complet du commissaire. J’aime bien quand les éléments ont plusieurs fonctions. Ce couple-là à une fonction comique dans son opposition et une fonction pédagogique. L’un va expliquer à l’autre ce que le lecteur à besoin de savoir.

Il me semble que votre construction narrative est influencée par des films ou des séries.laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor

L’ensemble est conçu un peu comme un James Bond. Les enquêteurs vont de pays en pays à partir de Bologne. James Bond est très présent dans ce livre. Il est à la fois un modèle de construction narrative et un motif récurrent.

Au fond, c’est quoi votre livre ?

Le roman, c’est le lieu du mélange des genres par excellence. Mon livre est à la fois un roman policier et un roman picaresque et un méta roman et un roman philosophique. Si vous me permettez d’être prétentieux et pompeux, je dirai que c’est un roman total et baroque.

Vous aviez beaucoup d’ambition pour ce livre ?

Je savais que ça allait être une grosse construction extrêmement minutieuse. Proust disait qu’il faisait des cathédrales, moi j’ai pensé mon livre comme un gros édifice. Il tient ou il brinqueballe, ça, c’est au lecteur de le dire.

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Après l'interview, sur le balcon de Laurent Binet, le 25 septembre 2015.