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09 mars 2016

Ivan Tirtiaux : interview pour L'envol

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(Photo : Lara Herbinia)

Le chanteur belge Ivan Tirtiaux publie son premier opus intitulé L’Envol. Il révèle un univers musical country-folk dominé par la guitare et une écriture subtile. Ses mélodies solaires aux accords sophistiqués et aux rythmiques chaloupées explorent les sonorités latines et notamment brésiliennes et Cap-Verdienne. Un vrai bouillonnement qui caresse nos oreilles. La justesse de son écriture, subtil équilibre entre épures et fioritures, ne laisse pas indifférent. Les mots sont choisis, pesés et repesés pour exprimer au mieux un chemin intérieur semé de doutes. Bref, Ivan Tirtiaux se confie à nous et on aime écouter ses confidences.

Le 2 février 2016, l’artiste est venu à ma rencontre à l’agence pour une première mandorisation. Gageons que ce ne sera pas la dernière.

ivan tirtiaux, l'envol, interview, mandoBiographie officielle :

Après s’être frotté à plusieurs instruments, la guitare devient son alter ego.

Chanteur à la voix profonde et souple, il s’invente une chanson folk, en français, à la fois ciselée et organique, empreinte de poésie, de blues et de musique latine. Auteur et compositeur exigeant, il allie un dépouillement narratif à des mélodies raffinées et des harmonies savantes.

Ses chansons célèbrent le hasard, le cours de la vie et les nombreux déboîtements du destin. On y parle de voyages, de villes, de femmes, de libellules, de désastres, de graines d’arbres, d’océans…

Le bonheur d’un spleen belge y retentit lumineux, comme le blues et la saudade d’un Nord traversé par le monde.

Sur scène, le chanteur caresse, martèle, percute sa guitare et habite littéralement la scène, soutenu par des musiciens aux talents rares.

L’album (par Luc Lorfèvre) :

“Ne sachant pas où je vais, j‘ai toujours peur d’être arrivé”, chante Ivan Tirtiaux sur « Les Océans »,  l’uneivan tirtiaux, l'envol, interview, mando des onze chansons de son premier album L’Envol.  Pas de doute,  cet auteur-compositeur interprète qui a déjà bien bourlingué dans le monde de la musique et dans le monde tout court,  possède le sens de la formule. Et si de sa voix profonde, souple et habitée, Ivan Tirtiaux nous avoue qu’il ne  sait pas où il va,  c’est pourtant sans la moindre hésitation que nous le suivons  dans son voyage mélodique.

Folk organique, blues électrique, chansons ciselées avec l’amour du mot, poésie réaliste ou onirique, mélodies  solaires rythmées ça et là d’accords jazz ou de sonorités tropicalistes… Il y a un peu de tout ça dans cet album bien ancré dans le questionnement de notre époque tout en étant réalisé “à l’ancienne” avec un amour de l’artisanat et de la nuance. Entièrement interprété dans la langue d’Aragon, dont Ivan Tirtiaux se réapproprie joliment « La Guitare », L’Envol prend de la hauteur et impose le spleen lumineux d’un artiste nous rappelant que la chanson française n’a jamais été aussi belle que lorsqu’elle ne ressemblait pas tout à fait à de la chanson française.

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ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoInterview :

Tu as vécu ta jeunesse dans une ferme transformée en scène de théâtre où tu as côtoyé toutes sortes d’artistes. C’est ce qui t’a donné envie d’être dans ce milieu ?

J’étais dans un environnement un peu particulier. Il n’y avait pas que des comédiens de théâtre, il y avait aussi des artisans. Dans cette vie communautaire, il y avait un forgeron, un ébéniste, un sculpteur, mon père était maître verrier. Aujourd’hui, j’envisage la musique et la chanson de manière très artisanale. Il y avait des spectacles musicaux, des pièces de théâtre… j’ai vécu dans ce milieu très longtemps, mais moi, j’ai toujours su que mon avenir était dans la musique.

Tu as commencé la musique avec l’accordéon à l’âge de 7 ans.

Dans la région où j’étais, Charleroi, c’est un instrument assez courant. Mes parents jouaient dans un spectacle où il y avait un accordéoniste. J’ai dû dire à un moment que je voulais maîtriser cet instrument. Ils m’ont inscrit à des cours d’accordéon et j’en ai joué quelques années.

La guitare est arrivée dans ta vie à l’adolescence.

L’accordéon, ce n’était pas sexy pour brancher les filles. J’ai donc utilisé la guitare de mon père et j’ai rapidement su créer des mélodies. Je jouais aussi un peu de piano et j’avais mis de l’argent de côté pour m’acheter un clavier. Comme ça coutait trop cher, j’avais juste assez d’argent pour acheter une guitare électrique. Je ne le regrette pas. J’ai une formation de jazz. Aujourd’hui, je suis guitariste professionnel et j’accompagne d’autres artistes.

Mais tu as fait de la musique funk également.

De 17 à 23 ans, je jouais et chantais du funk. C’était mon trip.

Pourtant aujourd’hui, tu sors un disque que je qualifierais de chanson française moderne.

A cette époque-là, comme c’était ce qu’écoutaient mes parents, je voulais tout faire sauf de la chanson française. J’étais en pleine rébellion, mais un jour, cette attirance pour la chanson m’a rattrapé.

Clip de "Charlatan".

Tu fais partie d’une belle famille musicale, celle qui fait de la chanson française autrement : ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoBertrand Belin, JP Nataf, Babx, Dominique A, Barbara Carlotti…

En fait, j’aime la chanson, mais dans toutes les langues. C’est un choix de chanter dans ma langue maternelle et de toucher à quelque chose d’authentique. Cela dit, je suis très influencé par ce que j’écoutais avant, comme Stevie Wonder pour les harmonies par exemple. J’écris en parallèle avec la mélodie et l’harmonie. Je suis très en recherche de l’harmonie. C’est ce qui m’intéresse dans la musique brésilienne, la musique classique et le jazz.

Tu joues beaucoup avec ta voix, je trouve.

J’essaie d’être au niveau des mélodies un peu sophistiquées que j’écris. Pour cela, je dois varier mes tonalités vocales.

Il faut rentrer dans ton univers, mais après, tout devient limpide, clair et d’une redoutable efficacité.

Je le prends comme un compliment parce que les artistes que j’aime le plus sont des gens dont il m’a fallu plusieurs écoutes avant de les apprécier. Ça ne me dérange pas si on me dit que mon univers n’est pas facile d’emblée. Mais je te garantis que je fais tout pour le simplifier. Mes premiers jets sont expérimentaux puis, après, je tente de les simplifier pour qu’ils soient accessibles. Il y a une grande richesse, mais aussi, une grande simplicité.

"Les océans", live studio session @ Sunny Side Inc. Studio, Brussels

C’est ton premier album. Ya-t-il des chansons anciennes ?

La majeure partie sont plutôt récentes, mais la chanson « Les océans » a 15 ans. Je l’ai joué avec mes différentes formations. Plusieurs personnes de mon entourage m’ont dit que cette chanson ne vieillissait pas, alors j’ai décidé de la mettre sur mon premier vrai album.

Toi qui viens de la scène, j’imagine que l’idée de figer tes chansons ne doit être pas très agréable.

J’avais une forme de liberté constante dans l’interprétation, alors, effectivement, tu as raison.

L’album vient de sortir en France, mais il est sorti il y a un an dans ton pays. Comment a-t-il été accueilli ?

Oui, très bien et j’ai fait beaucoup de scène avec. Je sais qu’en France, il y a un vrai public pour la musique que je joue. Chez vous, il y a beaucoup d’artistes qui cassent les schémas traditionnels de la chanson. J’en ai rencontré bon nombre d’entre eux.

"Présage", une réalisation de Stéphane Manzone - une production diFFéré

ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoTes chansons, aussi poétiques soient-elles, sont très autobiographiques.

Oui, mais je mets des filtres (rires). Je travaille beaucoup mes textes pour éviter que mes chansons soient un déversoir. Mais en vrai, ça l’est. L’écriture est un peu un exutoire. Pour chanter quelque chose, j’ai besoin d’un vrai moteur lié à cette chanson pour que l’interprétation soit juste.

Tu écris déjà le prochain ?

Oui, mais comme je suis exigeant, cela prend du temps.

Es-tu content de comment tu vis ton métier et de ta condition d’artiste ?

Oui et non. Ce n’est pas un métier évident pour en vivre, surtout en Belgique. Chez nous, vivre de la chanson est extrêmement dur. En France, le statut d’intermittent est beaucoup plus simple à obtenir et on peut obtenir des subventions. Mais en Belgique, il n’y a pas d’aides pour ce genre d’activité.

Tu es confiant pour l’avenir ?

Tant que je fais ce que j’aime, je reste confiant. J’adore ce métier, j’adore jouer sur scène, rencontrer d’autres artistes, partager, écrire… je ne pourrais rien faire d’autres.

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Après l'interview, le 2 février 2016, à l'agence.

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