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02 février 2016

Tom Poisson : interview pour Heureux comme les cerfs-volants

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Dire que cela fait un moment que je suis cet artiste est un euphémisme. Depuis son premier album en 2004, j’avais remarqué Tom Poisson. Il nageait déjà avec aisance dans les eaux claires de la chanson française de qualité. J’ai suivi son parcours, ses albums solos, ses projets parallèles (Les Fouteurs de Joie et The Nino’s (mandorisés là) notamment). Je l’ai interviewé 3 ou 4 fois, toujours avec un réel plaisir.

Je me suis toujours dit qu’un jour, son talent serait reconnu à sa juste valeur. Ben, pas vraiment, mais lui continue à nous offrir des albums d’une beauté et d’une malice rarement atteint. J’aime ce garçon, musicalement, textuellement et humainement.

Le 7 janvier dernier, sous une pluie battante, Tom Poisson est venu à l’agence pour me parler de son nouveau disque, qui n’est pas qu’un disque. Heureux comme les cerfs-volants est un ensemble de projets qui se croisent et s’entrecroisent (comme expliqué plus bas).

tom poisson,heureux comme les cerfs-volants,interview,mandorBiographie officielle (un chouia écourté, mais quand même pas mal longue) :

Qu’il soit Poisson, The Nino’s ou l’un des Fouteurs de Joie, Tom fait son « drôle de métier » avec envie. Il effectue entre 2010 et aujourd’hui plus de 500 concerts. Son costume de chanteur est un peu étriqué, les formes employées évoluent donc. La sincérité demeure. Chanteur, multi-instrumentiste, comédien, danseur à ses heures, il multiplie depuis quinze ans les expériences artistiques. Poisson aime fabriquer, il fait des chansons comme un gosse qui joue au Lego. Par intuition, par curiosité. Par goût du partage et du bricolage.

Vous auriez pu croisez Tom Poisson en 2000, sillonnant la France à Chevaux et Charrette, jouant le soir en plein air La Double inconstance de Marivaux ou Le Petit Monde de Georges Brassens.

En 2004, il réunit un bouquet de chansons acoustiques et séduit les critiques avec un Tom Poisson fait des chansons plein de candeur, bientôt suivi par un Tom Poisson fait des chansons – Tom-2.

En 2008, Patrick Zelnick lui propose son label Naïve pour sortir les douze titres de Riche à Millions, un album produit à quatre mains avec Alexandre Léauthaud, sur lequel figure deux duos (avec Sanseverino et Clarika). L’album s’assorti d’une jolie tournée nationale de 80 dates.

En septembre 2010, Fred Pallem signe pour Tom une réalisation « brute » qui mêle habilement les guitares folks aux guitares électriques.

Parallèlement, il rend hommage à Nino Ferrer : The Nino’s chantent Ferrer (Naïve jeunesse) font plus de 200 concerts entre 2009 et 2012 notamment sur les scènes jeune public.

En 2013, il écrit L’Homme qui rêvait d’être une girafe (Harmonia Mundi – Le Chant du monde), une fable tom poisson, Heureux comme les cerfs-volants, interview, mandor
musicale contemporaine qui ne ressemble à aucune autre. Les thématiques principale en sont la différence,
l’incommunicabilité et le « goût des autres ».

Le projet  Heureux comme les cerfs-volants :

Une combinaison triangulaire qui s’articule autour de 12 chansons, une nouvelle de 35 pages, un spectacle musical et cinématographique. Sur scène, 4 interprètes (3 musiciens, 1 vidéaste) portent l’histoire grâce aux chansons, au récit, aux projections, parfois interactives. Une forme pluri-artistique ingénieuse dominée toutefois par la musique. C’est l’histoire de Fleur, Hugo, Foued, Lili, Jean-Paul, Chérif… Les amours, les amitiés se nouent et se dénouent, les évènements de la vie sont implacables.

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tom poisson,heureux comme les cerfs-volants,interview,mandorInterview :

Ça fait 12 ans que tu sors régulièrement des disques. Celui-ci est-il le plus abouti au regard de l’expérience acquise?

Je pense avoir toujours su faire des chansons qui tenaient la route, mais après, il y a toujours cette équation insondable de savoir à quoi tient une chanson réussie. Il faut qu’il y ait l’alchimie entre le texte,  la musique, la voix et l’arrangement. Est-ce que l’association de tout va parvenir à toucher le public. Dans ce nouvel album, les passerelles sont mieux tissées. J’ai l’impression que le chanteur a fait le pont plus facilement avec le reste.

Tu n’as pas toujours assumé d’être chanteur ?

Au départ, je pensais que livrer la chanson suffisait. J’avais indéniablement le complexe du chanteur. Je l’ai résolu dans cet album. Fred Pallem, le coréalisateur et coarrangeur du disque,  m’a aidé dans ce sens.

Il est clair que tu as évolué vocalement depuis ton premier album.

Je ressens profondément que l’émotion passe autrement, du fait que le chanteur a évolué.

Le clip de "Conjonctivite", avec la participation exceptionnelle de Alexandre Kinn
Réalisation Fernando De Azevedo / Tom Poisson. Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS

Pourquoi es-tu en permanence dans la création, dans des projets différents.

C’est essentiel pour mon équilibre psychique. Et puis, ça évite de trop se regarder le nombril. C’est très équilibrant d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chacun d’eux. Il est bon de ne pas être tout le temps à la proue du navire, mais d’être un simple membre d’équipage, comme je le suis dans Les Fouteurs de Joie. Dans ce groupe, nous avons tous des spécificités et des qualités différentes. Quand je joue avec eux, il m’arrive d’avoir des frissons. Je suis partie intégrante, mais également spectateur du truc. Aujourd’hui, pour qu’un artiste continue d’exister, il faut qu’il soit multiple, à moins d’être un de ces rares artistes à être signé dans une grosse maison de disque et être pris par la main.

Toi, tu as été chez Naïve.

Mais j’ai toujours mis la charrue avant les bœufs. J’ai toujours réalisé mes albums avant de signer quoi que ce soit. Ils m’ont pris tel quel. Je n’ai jamais attendu quiconque pour commencer à travailler, ni même pour faire aboutir un projet. Je fais et après on voit s’il se passe des choses.

Extrait du spectacle tiré de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS
Sortie nationale, édition médiabook (12 chansons + 1 nouvelle) février 2016

Comment produit-on son propre spectacle seul ?

C’est simple. On vide ses comptes personnels, ceux de sa structure juridique, on emprunte de l’argent à sa vieille mère, on demande des subventions. Ça pèse lourd, j’avoue.

Mais tu t’amuses.

Voilà ! C’est primordial. Ce qui me porte aussi, c’est l’investissement des gens à l’intérieur du projet. Dans l’album Heureux comme les cerfs-volants, Fred Pallem et Emiliano Turi ont donné énormément. Quant au spectacle, tous les gens qui en font partie intégrante ont aussi donné d’eux de manière ahurissante.

Le clip de "Le type en pyjama", avec Sodadeth San, Barbara Cabrita, Colomba Giovanni, Emilie Rambaud
Réalisation Fernando De Azevedo / Tom Poisson. Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS 

Le projet Heureux comme les cerfs-volants est décliné en spectacle, en disque et en nouvelle.

Je tiens tout de même à préciser que l’on peut voir le spectacle sans avoir écouté le disque, ni lu la nouvelle.

J’ai envie de revenir sur la nouvelle… elle fait 37 pages. Tu n’es pas habitué à écrire des textes si longs.

J’adore le format « chanson ». Dire beaucoup de choses en trois minutes est mon exercice de style préféré. Avec cette nouvelle, je me suis fait violence. Si je me lance de l’écriture d’une nouvelle, j'ai besoin de ne pas savoir ce qu’il y aura d’écrit à la page suivante. C’est un peu comme de l’écriture automatique, parce que j’ai besoin de me surprendre jusqu’au bout.

Le disque s’écoute comme un album de variété.

Je ne voulais pas que ce soit un album concept chiatique. Je voulais que ce soit simple.

Le clip de "Les cerfs-volants". Images : François Berdeaux. Réalisation : Fernando De Azevedo, Tom Poisson
Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS

Il n’y a aucune chanson qui se ressemble. Chaque chanson à son ambiance musicale et textuelle.

Depuis que je fais ce métier, j’ai toujours eu un petit truc en tête : peu importe si les gens n’aiment pas mon univers sonore et mes choix artistiques, mais par contre, je ne veux pas qu’ils s’ennuient. Je veux aussi qu’il y ait de la cohérence dans mes albums. Pour ce disque, j’avais une vingtaine de chansons, j’en ai choisi cinq que j’estimais les meilleures et que j’avais le plus de plaisir à chanter guitare-voix. Ensuite, je suis parti d’elles pour imaginer un fil rouge. Parce que ces chansons existaient, j’avais des contraintes énormes d’évènements, de climat, de prénoms…

Ces chansons parlent un peu de toi ?

Il y a une grosse part d’autobiographie dans chaque personnage. Je suis sincère, les choses sortent sans réfléchir. Soyons clair, c’est une forme de thérapie. Je n’écris pas pour aller mieux, mais je me rends compte qu’écrire débloque des choses chez moi de façon profonde. Depuis le début, ce métier, je l’envisage aussi comme ça. Dans l’album Riche à millions, je me suis rendu compte de la résonance de certaines chansons des années après, dans ma propre vie.

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Tom "Nike" Poisson. 

(Ceci n'est pas un placement de produit, ceci est une blague).

Tu as quatre clips déjà pour ce disque. C’est énorme !

Dans ma tête, ce projet était assez cinématographique depuis le début. Ce que nous faisons sur scène est qualifié par ceux qui ont vu le spectacle comme poétique et cinématographique. Ce projet est un tout. Il y a de quoi lire, de quoi voir, de quoi écouter.

Tu n’as pas peur que ce projet soit trop ambitieux, que les gens ne comprennent pas ?

Maintenant que c’est fait, j’ai peur de ça. Mais je n’avais pas peur avant. Je fais toujours les choses de manières intuitives. Advienne que pourra.   

Tu n’as jamais autant travaillé que depuis que c’est la crise. Tu es tout le temps sur la route.

En 6 ans, j’ai fait 500 concerts. Mes scènes perso, Les Fouteurs de Joie, les Nino’s m’ont bien occupé. Et ma parenthèse jeune public… j’ai fait 200 dates aves L’homme qui rêvait d’être une girafe. Au passage, c’est grâce à ce spectacle que j’ai compris que c’était possible de raconter une histoire avec de l’image, du théâtre et des chansons. Avec le spectacle Heureux comme les cerfs-volants, je confirme la chose. Le public pourra en juger le 11 février au Café de la Danse.

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Après l'interview, le 7 janvier 2016, Tom et moi, heureux comme des Poisson sous l'eau. 

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