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31 janvier 2016

Corinne Royer : interview pour Et leurs baisers au loin les suivent

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(© Laurent d'Oliviera)

"On a toujours le choix entre la vérité et le mensonge. Et je sais à présent que si la vérité est une compagne discrète dont on peut se défaire, le mensonge est une harpie qu'on épouse pour des noces de diamant." Corinne Royer revient avec un magnifique roman sur les secrets de famille et les non-dits, notamment. « J’ai voulu que ce texte éprouve la justesse de nos sentiments, la puissance de nos attachements, un roman à l’intérieur duquel s’insinueraient plusieurs livres comme s’entrelacent plusieurs vies dans chacune de nos existences. »

Pour cette deuxième mandorisation (la première est ici), l’auteure stéphanoise est de nouveau passée à l’agence, le 12 janvier dernier. Elle me dit tout sur ce livre aussi palpitant qu’envoûtant. Et leurs baisers au loin les suivent déplie les secrets sur lesquels les fragiles destins humains se bâtissent. Et le lecteur reçoit un choc émotionnel intense.

corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorL’histoire par l’éditeur :

Cassandre vient déclarer à la gendarmerie la disparition de son mari. Pourtant elle sait où il se trouve, et qu’il ne reviendra plus. Bientôt, elle reçoit de mystérieux courriers annonçant des révélations au sujet du passé de Léon. Que peut-elle ignorer de cet époux taiseux, qu’elle a aimé résolument un tiers de siècle durant dans le quotidien rugueux d’une ferme de Saône-et-Loire ? Et connaissait-il bien sa femme, son étrangère à la peau sombre qui ne lui a pas donné d’enfant et n’a cessé de rêver du lointain pays de ses ancêtres ? On ne mesure jamais les zones de violence que recèle toute vie, la part de mensonge que contient tout amour, la force des liens qui nous attachent à la terre et aux hommes.
D’Haïti à la mer Égée, de l’Algérie au Mexique, de l’Antarctique aux États-Unis, ce roman fiévreux à l’écriture envoûtante explore les géographies intimes au hasard desquelles les fragiles destins humains s’abîment, se heurtent et malgré tout se bâtissent.

L’auteur :

Corinne Royer est née en 1967. Elle est l'auteur de deux autres romans publiés aux éditions Héloïse d'Ormesson : M comme Mohican (2009) et La Vie contrariée de Louise (2012, prix Terre de France La Montagne).


corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorInterview :

J’ai relu ta première mandorisation qui date de 2012. Je t’ai posé des questions sur ton troisième roman. Tu m’as répondu : « C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti ». Tu as donc porté ce livre durant 4 ans ?

C’est fou ce que tu me dis parce que je ne pensais pas que l’idée avait déjà germée à cette époque-là. Je suis très étonnée. Quand tu m’as reçu la première fois, c’était pour La vie contrariée de Louise, dont l’action se passait dans un petit village français lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Je partais d’un fait historique majeur et à partir de ce fait, je tissais des destins individuels très intimes. Il y avait donc des contraintes de contextes historiques. Au bout du compte, j’étais frustrée par rapport à ma liberté de romancière. En réaction, j’ai souhaité être complètement dans le romanesque et l’imaginaire.

Je crois que tu avais plusieurs idées à la base.

La première idée était partie d’un reportage photographique sur un petit coin de France rurale en bord de Loire, à Bourbon Lancy, le domaine du Grand Fleury. J’ai des photos (voir plus bas) où tu vois la Loire, des falaises impressionnantes et à une dizaine de mètres de la falaise érodée, tu as ce magnifique domaine agricole. Je suis allée sur place pour m’imprégner de ces lieux-là avant d’écrire le livre. Entre le moment où j’ai commencé le roman et où je l’ai terminé, le domaine a été détruit par mesure de sécurité. Le livre est un peu testamentaire par rapport à cette géographie des lieux.

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(Photos personnelles de Corinne Royer du domaine de Grand Fleury)

Et pourquoi Haïti ?

Pour des raisons personnelles, j’ai été très proches des évènements qui se sont déroulés là-bas. D’ailleurs, c’est curieux, ce séisme a eu lieu il y a 6 ans aujourd’hui pile. Bref, je me suis demandé si je situais mon roman dans ce petit coin rural de France où en Haïti. En fait, j’ai réuni les deux puisqu’il y avait cette notion de failles des deux côtés. La faille dans les falaises qui ébranlait les terrains et la faille sismique qui s’est déroulée en Haïti.

Tu as toujours des tas de romans en tête ?

Oui, je passe plus de temps à évacuer les idées qu’à en chercher. J’ai toujours été fascinée par ça. C’est-à-dire imaginer la vie rêvée des gens,  la vie fantasmée, leurs songes. J’aurais beaucoup aimé être psychanalyste. Mon travail d’écrivain revient un peu à ça.

corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorC’est ce que tu fais dans ton roman.

Il part d’un fait divers un peu burlesque. On retrouve un homme mort dans son congélateur, alors qu’il a toujours rêvé de l’antarctique. Souvent, on entend après un fait divers, « pourtant, c’était un jeune homme sans histoires… » Cette terminologie-là est très intéressante parce qu’il n’y a pas de gens sans histoires. Dans mon roman, on rentre dans une géographie des songes et dans la psychologie des personnages. On va vite se rendre compte que des personnages, à l’apparence assez lisse, en fait, trimballent un passé assez lourd et des songes et des rêves absolument vertigineux.

C’est extrêmement difficile de raconter ton livre, car il y a beaucoup d’histoires qui se mêlent, s’entrecroisent… et il faut que le lecteur découvre au fur et à mesure.

Il y a un côté un peu polar. Il y a des détails qui se recoupent, d’autres qui sont insinués et qui viennent confirmer plus tard un fait ou une action.

Il y a trois formes de narration.

Il y a le récit au présent de Cassandre qui vient de perdre son mari. On va rentrer dans le tourment que génère cette perte. Il y a la thématique du deuil, il y a aussi la question posée : comment acquérir sa liberté. Du jour au lendemain Cassandre va pouvoir faire ce qu’elle veut de sa vie. Il y a aussi les lettres de Lucien et à l’intérieur des lettres de Lucien, il y a le rendez-vous entre les deux frères à Nevers.

C’est un roman très dense. On peut s’y perdre parfois, mais on retrouve toujours son chemin.

Il est toujours à la frontière du factuel et du songe. Parfois, on ne sait plus trop où on est. Pour ce roman, je me suis inspiré de personnages réels à qui j’ai réinventé une vie, qui est d’ailleurs plus proche de ce qu’ils montrent dans la vie réelle. Je ne sais pas. C’est ça le miracle de l’écriture. Il y a aussi des personnages totalement fictifs. Quand j’ai écrit ce roman, moi-même, je ne savais plus si j’étais dans l’inspiration liée à des rencontres ou totalement dans le fictif et le romanesque. Tout cela est très subjectif.

Pardonne-moi de te dire ça, mais je trouve que tu écris encore mieux qu’avant. Il y a une beauté de corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorl’écriture saisissante.

J’ai eu le bonheur de travailler avec Marie Desmeures d’Actes Sud. Elle a eu une vraie exigence littéraire sur le texte. Elle ne m’a rien laisser passer.

On se remet en question quand on écrit un nouveau roman ?

Chaque livre est le premier. Il n’y a pas d’acquis. C’est à chaque fois une nouvelle aventure, un nouveau défi.

Comment travailles-tu ?

Je fais un plan. J’ai l’idée de la construction de mon roman et de ce qu’il va s’y passer, mais très vite, au bout d’une semaine, le plan vole en éclat. C’est vraiment la musique de la langue qui va décider des choses. L’histoire se construit dans l’écriture et non pas l’inverse.

Il y a un personnage qui parle aux morts… mais ce n’est pas Cassandre, qui pourtant est haïtienne.

Plus que jamais, aujourd’hui, nous vivons dans une société où nous sommes étiquetés, alors qu’en fait, nous sommes tous multiples. Ça m’a amusé d’imaginer que ce soit Pierre, élevé à la campagne, qui parle aux morts. Je lutte à ma façon contre les aprioris.

Dans le personnage de Cassandre, il y a une faculté de résilience.

Oui, et une volonté de réenchanter le quotidien. C’est très symbolique du peuple d’Haïti qui a vécu des horreurs à répétition, qu’elles soient politiques ou naturelles.

Tous tes personnages se posent la question de savoir qui ils sont et d’où ils sont.

Chacun va se fourvoyer ou fantasmer par rapport à ça. Le trait commun à tous mes personnages c’est qu’ils ne sont pas forcément de là où ils sont nés, ils ne sont pas forcément de là où ils ont grandi, mais qu’ils sont toujours de là où ils ont aimé.

Dans ton livre, il est aussi largement question du mensonge.

Il y a la question du malentendu et la question du mensonge. Dans mon roman, c’est toujours un mensonge bienveillant. Les personnages mentent pour protéger l’autre, ce n’est jamais pour se protéger soi-même.

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C’est un beau roman d’amours. Au pluriel.

Lacan disait : « l’amour c’est donné ce qu’on n’a pas ». En tout cas, entre mes personnages, c’est de l’amour rugueux, mais profond et extrêmement tendre. Ce livre n’est pas qu’un roman sur l’amour, il est aussi sur le déracinement, la transmission, la filiation…

Et bien plus.

Et bien plus.

Tu ne résous pas tous les problèmes…

Je pose beaucoup de questions, mais j’apporte assez peu de réponses. J’aime laisser la place et la libre interprétation aux lecteurs.

De quoi va parler ton quatrième livre ?

Je suis sur l’histoire d’un vol d’une découverte scientifique. Je suis dedans à fond, parce que je travaille avec une vieille dame de 90 ans, qui est la dame à qui on a volé la découverte. Il y aura deux dimensions dans le roman. L’histoire à peu près vraie de cette dame et en parallèle, une histoire complètement fictive.

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Après l'interview, le 12 janvier 2016. 

29 janvier 2016

Valérian Renault : interview pour l'album Laisse couler

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(Photo : Catherine Cabrol)

Ex-Vendeurs d'enclumes, l’orléanais Valérian Renault troque l'énergie du rock alternatif pour un projet plus personnel. Avec sa voix grave, il nous dévoile ses écorchures avec une fausse douceur, une grâce amère qui ne peuvent laisser indifférent. Cet auteur-compositeur nous offre un premier disque solo Laisse couler dans lequel il joue, jongle avec les émotions… et les nôtres en particulier. Une « véritable arme d'émotions massives » ai-je lu quelque part. Valerian Renault, c'est de la chanson poétique directe qui parle d'amour et de rupture, de lien avec le père, ou qui joue avec les mots.

Le 5 novembre 2015, Valérian Renault est venu me rendre visite à l’agence pour une passionnante conversation.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorBiographie (tiré du site Éclats Spectacle) :

Valérian Renault est un personnage authentique et délicat, doté d´un charisme éclatant. Après s´être formé à la fois à l´art dramatique, au chant lyrique et au chant jazz, c´est dans la poésie des mots qu´il va se jeter à corps perdu.

Jeune auteur compositeur interprète, c´est à 20 ans qu´il rassemble autour de ses chansons une équipe de musiciens à l´énergie endiablée et au talent détonant. Les Vendeurs d´enclumes sont nés.

Pendant plus de 10 ans ils parcourront l´espace francophone, écumant les salles de concert et récoltant les prix. Mais c´est avant tout la personnalité impétueuse et la plume singulière de Valérian Renault qui font le succès des Vendeurs d´enclumes.

C´est donc tout naturellement qu´en 2012 Valérian décide de prendre son envol et de créer un nouveau répertoire sous son nom. Son interprétation trouve alors un souffle nouveau, dans le dénuement du concert solo. Il dévoile enfin la force phénoménale de son jeu délicatement puissant ainsi que la précision et la finesse de son écriture.

Valérian Renault s´engage totalement dans son art, il investit organiquement son corps-instrument et sa voix rugueuse et envoutante dans l´émotion de ses chansons.

Il vient nous chercher où que nous soyons, il nous trouve et nous trimballe dans une fausse douceur, dans une douleur veloutée, jusqu´au KO.

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(Photo: Catherine Cabrol)

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorInterview :

Viens-tu d’une famille de musiciens ?

Non et, en plus, on écoutait assez peu de musique. En revanche, mon père était administrateur d’une compagnie de théâtre. J’ai eu assez tôt l’habitude de voir des gens sur scène et donc assez tôt l’envie d’y être aussi. La première fois que je suis rentré dans une école d’art, c’était au conservatoire de théâtre. C’est par la suite que j’ai appris la musique.

Comment t’es-tu dirigé vers la chanson ?

J’ai dû écrire ma première chanson sur un air déjà existant vers 10 ans. Je pastichais des chansons. C’est un moyen d’expression qui m’a paru naturel très vite. Un jour, j’ai découvert quelques artistes, dont Brel, et j’ai eu envie de faire exactement comme eux.

Depuis tu écris des chansons continuellement ?

Non, ce sont des moments fugaces. Je peux passer un an à écrire trois chansons. J’ai des périodes où c’est un exercice régulier, et d’autres où c’est plus lointain. Dès qu’il se passe quelque chose d’important, j’ai besoin de le traduire en chanson.

Extrait de l'album Laisse couler, la chanson titre "Laisse couler" (audio).

Dans cet album, il est beaucoup question d’amour et de femme(s). Tu avoues, contrairement à d’autresvalérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandor artistes, que les chansons parlent de ce que tu vis. « Joueuse », par exemple, est une chanson très dure.

J’étais fâché avec la femme en question (rires). Mes chansons sont effectivement très personnelles, mais je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant de le savoir. Ça ne change rien en la perception que doivent avoir les gens qui écoutent mes chansons. Le fait que ce soit vrai simplifie les choses, il y a moins besoin d’inventer. Et c’est aussi un exutoire de balancer sa colère et ce que l’on a sur le cœur. Cela peut aussi me permettre de comprendre beaucoup mieux ce qu’il s’est passé et ce que l’on ressent.

Tu as toujours un angle inédit pour aborder tes histoires.

Dans la chanson et dans l’écriture en général, ce qui me passionne, c’est d’avoir un point de vue. Qui parle ? D’où on se place pour raconter une histoire ? Les thèmes que j’aborde dans mes chansons n’ont rien d’originaux, c’est la mort, l’amour, la vie. C’est rassurant quand on est auteur ou créateur de savoir que ce que l’on fait, personne d’autre ne peut le faire car il n’est pas à notre place. Ce que je fais est unique parce qu’il n’y a que moi qui suis à ma place et à partir de là, il n’y a que moi qui voit le monde d’où je suis. Le monde que je décris, si je ne le décris pas, personne ne pourra le connaître. Je trouve que c’est un voyage dépaysant de regarder le monde dans les yeux d’un autre.

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Quand tu écris une chanson, penses-tu au côté universel qu’elle doit avoir?

Je n’y pense pas quand je l’écris, mais quand je l’écoute après et que je la critique. C’est ce qui fait que je m’éloigne d’un courant de la chanson française actuelle qui ne me parle pas du tout parce qu’il est très anecdotique et très ciblé. Chanter le quotidien ne m’intéresse pas.

Mais c’est terminé ces histoires de chanteurs qui racontent leur quotidien. Les Dominique A, Bertrand Belin et autre Arman Mélies, ils sont loin de tout ça.

Oui, c’est en train de se terminer, tu as raison. En tout cas, cela fait 15 ans que je suis sûr scène et ça fait 15 ans que j’entends Bénabar à la radio et les chanteurs que j’aime dans les petits bistrots. Bon, je te l’accorde, c’est en train de bouger. On va vers une écriture poétique et ouverte… et qui tend vers l’universel.

Tu es un « formaliste ».

Tout à fait. La forme, l’emplacement des rimes, de la métrique, des césures m’importent par-dessus tout. C’est ça qui fait qu’un auteur est un musicien et c’est là où, pour moi, la chanson est un lieu de rencontre entre la musique et le texte. Il y a un poète que j’adore, c’est Paul Valéry. Dans un de ses plus beaux poèmes extraits de Charmes, Les grenades,  il raconte en une quinzaine de vers l’univers tout entier en décrivant un fruit. Il décrit tous les mystères de la vie, de la mort… il s’agit de la description d’une nature morte et il arrive à nous bouleverser. Quand la forme se rapproche le plus possible de l’idée de la beauté, de l’harmonie, on touche à la vérité ultime.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorLe poème en question :

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Quand tu écris, t’imposes-tu des contraintes ?

Oui, des contraintes presque oulipiennes. J’aime que chaque syllabe soit à sa place, j’aime savoir pourquoi cette syllabe est à cette place là et pas à une autre.

A ce point-là !

Mais je m’amuse. C’est comme si je faisais un puzzle ou un sudoku.

L'EPK de l'album Laisse couler.

Charles Aznavour a participé à une chanson.

C’est fou ! C’est une grosse surprise, car c’est un homme que je ne connais pas et que je n’ai même jamais croisé. J’avais écrit le texte de « Tes hanches », j’avais une petite mélodie en tête, mais qui ne me plaisait pas beaucoup. J’explique à Danièle Molko, mon éditrice, la difficulté que j’ai à trouver une bonne musique. Je lui précise « je voudrais une musique un peu à la Charles Aznavour, avec des envolées lyriques et en même temps quelque chose de léger, dans les tonalités majeures  ». Elle me répond « on a qu’à demander à Charles Aznavour ! »

Evidemment ! C’est si simple…

Je croyais qu’elle plaisantait. Pas du tout. Encouragé par elle, j’ai écrit un mail à Charles Aznavour en lui envoyant le texte. A ma grande surprise, il a accepté.

Tu as une écriture très littéraire. Tu lis beaucoup ?

Non. J’ai des périodes où je peux lire beaucoup et d’autres pas du tout. Par contre, je suis très doué pour parler de livres que je n’ai pas lus, pour parler de poètes que je ne connais pas… pour faire illusion il y a du monde (rires).  Franchement, ma culture est très disparate et hasardeuse.

Tu écris vite ?

Je dois vivre, ressentir des choses. J’ai besoin d’être suffisamment plein pour avoir envie de chanter et d’écrire quelque chose. Mais une fois que je suis suffisamment plein, le moment de l’écriture est très rapide. Je ne fais quasiment pas de corrections et je ne reviens pas sur ce que j’écris. Je ne commence pas à écrire tant qu’il n’y a pas un jeu de formes qui va m’amuser. Pour le fond, je laisse exprimer ce que je ressens, la forme va se construire toute seule, il suffit de laisser les mots s’agencer entre eux et ensuite, ça coule assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu as passé tellement d’année avec Les vendeurs d’enclume que ça doit te faire bizarre d’être seul sur scène, non ?

Je me sens tout nu. Nous étions cinq et ils étaient tous d’excellents musiciens, donc il n’y avait aucune question à se poser avant de monter sur scène. Nous faisions de la chanson « maximaliste » avec beaucoup d’arrangements. D’un coup, je pars à l’opposé, dans le dépouillement et l’épure total.  Ce qui est marrant, c’est que je chante aussi des chansons que je faisais avec eux, comme c’est moi qui les écrivais. Je m’aperçois depuis que je suis en solo qu’une chanson peut exister avec rien, enfin, avec pas grand-chose.

Sur ta pochette, on voit de l’encre qui sort de ta bouche…

L’album s’appelle Laisse couler. La coulure d’encre était donc dans le thème. Cela symbolise mon rapport à l’écriture. Le fait que ce soit une coulure qui tâche tout et que ce soit dégueulasse, c’est aussi parce que j’aime ça dans l’écriture. Il peut y avoir une recherche d’harmonie et de beauté dans la forme et, à la fois, j’aime bien quand ça sent un peu des pieds. Il y a des imperfections, de la violence, des mots sales, des idées pas tout à fait correctes. J’aime bien mélanger une jolie forme et un fond dégueulasse.

Tes histoires se terminent rarement bien, j’ai remarqué.

Je ne le fais pas exprès, mais tu as raison. Il n’y a pas beaucoup de happy end. Il faudrait que je m’y mette, si je veux vendre un peu à l’international (rires).

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Après l'interview, le 5 novembre 2015.

Bonus :

Et comme j'aime bien Claude Fèvre, voici son avis éclairé pour le site Nos Enchanteurs

25 janvier 2016

Frédéric Fromet : interview pour Ça Fromet!

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Mais qui est Frédéric Fromet ? Si vous êtes un fidèle auditeur de France Inter vous connaissez celui que ses copains de l’émission Si tu écoutes, j’annule tout appellent le barde. Chaque vendredi après-midi avec ses chansons sur l’actualité où il tire sur tout ce qui bouge, il fait marrer tout le monde. Il chante des atrocités, mais l’hilarité gagne ceux qui l’écoutent. Impossible de résister à sa prose décapante et irrésistible.

Ceux qui n’écoutent pas cette station de radio peuvent aussi le connaître également, mais plus comme chansonnier, dans la plus pure tradition du genre. Quoi qu’il en soit, il vient de sortir une sélection de « chansons vaches », mises en musique par les Ogres de Barback. Un petit concentré de méchanceté qui fait du bien à écouter.

Le 9 novembre 2015, Frédéric Fromet, m’a reçu dans un bar où il a ses habitudes, égal à lui-même, drôle et impertinent.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorBiographie officielle :

Repéré au festival d’Avignon 2008 par le directeur du Caveau de la République, Frédéric Fromet est embauché dans ce célèbre théâtre parisien, où il fera ses armes jusqu’en avril 2014 en croquant chaque semaine l’actualité sous forme de chansons satiriques. Sa ligne de conduite : ne rien prendre au sérieux, à commencer par soi-même. Sa tronche de gentil facilitant l’expression de son esprit foncièrement frondeur, sans se départir d’une humanité certaine. Le 12 juillet 2013, Alex Vizorek, son confrère au Caveau de la République, l'invite à faire le barde en direct sur France Inter dans Le Septante-Cinq Minutes. Frédéric interviendra dès lors tous les vendredis de juillet-août 2013 et 2014 dans l'émission estivale de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Depuis septembre 2014, il sévit chaque vendredi à 17h55 en direct sur France Inter dans Si tu écoutes, j annule tout, toujours sous la houlette de Charline et Alex. Jouissant d’une remarquable liberté de parole, il s’amuse chaque semaine à brocarder l’actualité tous azimuts. Suite aux attentats de janvier 2015, sa chanson « Coulibaly Coulibalo » rencontre un auditoire notable. Il se retrouve invité à plusieurs reprises dans la matinale de Patrick Cohen. Si Frédéric s'éclate aussi à la scène. En tournée quasi-permanente avec un accordéoniste et un contrebassiste, il s’amuse et entraîne le public dans sa joie de vivre. Cet été 2015, son spectacle a affiché complet durant tout le festival d'Avignon. Le 6 novembre 2015 est paru son album Ça Fromet!

Argumentaire officiel du disque :frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Le disque de Frédéric Fromet contient 17 chansons. Où tout le monde en prend pour son grade, écrirait un gratte-papier ô combien inspiré (qui pourrait même ajouter qu' « avec des textes ciselés et une sensibilité à fleur de peau, Frédéric Fromet est un artiste décalé et plein d'autodérision à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession et qui pourtant tire à boulets rouges sur tous les travers de notre société dans un opus jubilatoire qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale tant il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas »).

L'album s'ouvre sur « Je suis bobo ». A son descriptif fouillé, on devine une charge autobiographique. Une façon de dire « Maintenant que je me suis bien foutu de ma tronche, je vais pouvoir m'occuper de la vôtre... ». Le festival peut alors battre son plein. Au tableau de chasse : les provinciaux (« Chez les bouseux »), les mômes insupportables (« Morveux »), le jargon d'entreprise (« Les jeunes cadres dynamiques »), les footeux (« Shoote, shoote, shoote »), les joggeurs (« Je cours »), les chanteurs rive gauche qui roulent les r (« La Chanson Française »), l'extrême-droite (« Mawine Le Peigne »), l'extrême-gauche (« Je suis plus de gauche que vous »), la foire des intermittents du spectacle (« Juillet à Avignon »), le trop bio pour être vrai (« C'est du bio »), la société numérico-débilo-narcissique (« A cause d'un clic » et « Le Siècle des Lumières »).

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorTrois chansons sont directement inspirées par une actualité récente. « Coulibaly Coulibalo » rend hommage aux victimes des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher en janvier 2015 et se conclut par « Les fous de Dieu sont des tocards »... « Gad Elmallette » évoque une vedette qui aime sa banque en France tout en fraudant le fisc avec des placements en Suisse (révélés par le journal Le Monde en février 2015). Enfin, « Badaboum lé péti

yélico » s'inspire de cet accident d'hélicoptères en mars 2015 au cours du tournage d'une émission de télévision qui vend du temps de cerveau disponible. L'album se termine sur un enregistrement live lors de la tournée des 20 ans des Ogres de Barback, avec lesquels

Frédéric Fromet chante « J'ai tout plein d'amis au Medef ».

Les Ogres de Barback, justement, ont signé les arrangements musicaux et joué sur tous les morceaux.

A noter que les superbes illustrations de la pochette et du livret sont l'œuvre d'Aurel, sollicité pour son univers proche de celui de Frédéric à travers ses dessins de presse.

Effectivement, Ça Fromet !.

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(Photo : Fabien Espinasse)

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorInterview :

Il y a un projecteur braqué sur vous depuis deux ans, mais vous écrivez et chantez depuis combien de temps ?

Avant j’avais un vrai travail, j’étais un jeune cadre dynamique. Le 1er janvier 2009, j’ai été embauché par le Caveau de la République. Déjà, je devais écrire une chanson par semaine sur l’actu. Mais cette fois-ci, je la chantais sur scène, devant un public. J’ai fait ça jusqu’à ce que cet établissement ferme ses portes, en avril 2014. C’est au Caveau de la République que j’ai rencontré Alex Vizorek et c’est lui qui m’a permis d’accéder à la radio.

Vous avez pris la décision d’arrêter votre travail de « jeune cadre dynamique ». C’était risqué.

J’ai pris une année sabbatique pour tester et comme j’étais toujours accepté au Caveau de la République au bout de cette année, j’ai continué. J’ai largué mon ancienne vie. Ce qui n’empêche pas des remises en question perpétuelles. Par exemple, à la radio, j’ai l’impression de recommencer à zéro chaque semaine. Je vis désormais à la semaine la semaine. C’est ce qui fait le sel de cette activité. Ça m’oblige à donner le meilleur de ce que je suis capable de produire.

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L'équipe de Si tu écoutes, j'annule tout.

Depuis que vous faites l’émission, Si tu écoutes, j’annule tout, quasiment toutes les vidéos de vos frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorprestations sont relayées…

Ca a réellement démarré à partir de janvier. On m’a engagé dans cette émission au dernier moment, du coup au début, comme un feignant, j’ai écoulé mon stock de chansons existantes. Elles ne portaient pas sur l’actualité de la semaine, elles se contentaient donc de marchoter. L’impact n’était pas très puissant, je dois l’avouer. Depuis que je traite de l’actualité immédiate, ce que je chante parle à plus de monde.

Nous nous en serions bien passés, mais c’est suite aux attentats du 7 janvier 2015 que tout a basculé pour vous.

Oui, j’ai chanté « Coulibaly Coulibalot » et cette chanson a eu un succès phénoménal. Pour moi, ce n’était qu’une chanson de plus pour rigoler. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde l’impact qu’elle aurait pu avoir.

Frédéric Fromet explique aux enfants de France les attentats de ces méchants pas beaux Djihadistes.

La France pleurait ses morts et vous, vous parlez des meurtriers en nous faisant rire…

Mais vous savez, ça m’a fait du bien à moi d’abord. Après, on m’a expliqué que ça a été une catharsis pour plein de monde. Beaucoup m’ont dit que c’était la première fois qu’ils riaient après les attentats. 

Quand on écrit ce genre de morceau, sait on jusqu’où on peut aller ? Plus précisément sait-on quelle est la limite à ne pas dépasser et s’impose-t-on des limites?

Mais quelle question chiante ? (Rires) Le mot limite n’est pas le bon mot. J’essaie juste d’être en accord avec moi-même. Depuis « Coulibaly Coulibalot », je réfléchis davantage à ce que j’écris. Il y a eu des conséquences que je n’avais pas mesurées. Tant que les chansons circulaient dans un réseau assez restreint, ça allait puisque les gens avaient les codes pour la comprendre. Celle-ci est arrivée sur les réseaux sociaux à des oreilles qui ne comprenaient pas ce que je voulais dire derrière tout ça. Il y a eu parfois une incompréhension totale de cette chanson. Il y a notamment un couplet pour dénoncer les amalgames qui a été compris au premier degré par certaines personnes… et pas par les plus tolérantes. Maintenant, je me pose la question de savoir si mon second degré ne va pas être compris au premier.

La chanson de Frédéric Fromet consacrée au port de la kippa: Où t'es kippa, où t'es?"

Ce n’est pas dommage pour le créateur que vous êtes. Vous êtes obligés de vous freiner du coup, non ?Je fais plus attention à ma façon d’écrire. Je fais en sorte que mon second degré et mon ironie soient plus perceptibles à tout le monde.

Vous n’avez jamais peur de conséquences plus importantes par rapport à ce que vous dites dans vos textes ?

Avec « Coulibaly Coulibalot », j’ai eu des problèmes. Je n’ai pas envie de m’étaler dessus, mais du coup, là, j’ai vraiment eu peur. Pendant au moins deux semaines, j’ai été un peu « bousculé ».

Vous lancez des textes « costauds » avec une musique légère, voire enjouée et une voix gentille, voire presque féminine…

Il y a beaucoup d’auditeurs de France Inter qui appellent pour connaître le nom de la fille qui chante. Ça ne me vexe pas. C’est ma voix, c’est comme ça. J’ai l’impression que ce sont tous ces points que vous évoquez qui font ma force. Cela me permet de dire beaucoup sans agresser et au contraire, provoquer un sourire. Récemment, j’ai vu un groupe qui faisait des reprises de mes chansons, je suis parti au bout de trois chansons tellement j’ai eu peur.

C’est compliqué de rendre l’actualité, souvent morose et sordide,  hilarante ?

Ma ligne de conduite est de ne rien prendre au sérieux dans ma vie et dans la chanson. Dans ce que j’écris, le problème majeur est de trouver l’angle. En ce moment je me mets beaucoup de pression dans la mesure où je sais que c’est beaucoup relayé sur les réseaux que j’appelle asociaux.

Cela vous embête d’être relayé, j’ai l’impression, non ?

Je ne vais pas me plaindre de cette forme de médiatisation, mais elle implique plus de vigilance de ma part. A la base, moi, je fais juste de la radio, mais à partir du moment où elle est filmée et relayée au plus grand nombre, ce n’est plus de la radio. J’ai mis un moment à comprendre cela.

Vous n’aimez pas les réseaux sociaux, mais vous avez-vous-même une page Facebook dans laquelle vous relayez vos chansons diffusées dans l’émission de France Inter. C’est un peu paradoxal, non ?

Je suis quelqu’un de paradoxal et plein de contradictions… mais un peu comme tout le monde.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Vous montrez vos textes à Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek avant de les chanter dans l’émission ?

Jamais. Ils tiennent à garder la spontanéité de leurs réactions. Je tiens à souligner que j’ai une liberté incroyable. Personne ne sait de quoi je vais parler. C’est vraiment l’émission où on peut tout se permettre.

Vous n’avez pas peur du dérapage ?

Non, parce que je fais quand même gaffe à ce que j’écris. Ça ne m’intéresse pas de déraper. Je ne suis pas pour la provoc’ à deux balles !

Je n’ai jamais compris comment les gens comme vous pouvaient savoir ce qui va passer et ce qui ne va pas passer tant parfois la frontière est mince.

Je me suis posé la question sur une chanson sur le petit Aylan. J’ai hésité à reprendre telle quelle la chanson « Hélène » de Roch Voisine, qui faisait « seul sur le sable, les yeux dans l’eau… ». Je l’ai chanté.

Il y a une autre chanson un peu tendancieuse, c’est « Badaboum lé péti Yélico ». Là, on parle de 10 morts dans deux accidents d’hélicoptère…

Il y a un passage sur la viande grillée, même moi, je me suis dit que j’étais allé un peu loin. Mais quand je me dis « je ne vais pas oser faire ça », c’est bon signe. En fait, si on écoute bien, c’est une chanson qui dénonce les travers de la téléréalité.


"Bioman, le djihadiste vert" : la chanson de... par franceinter

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorVous interprétez votre chanson à la radio le vendredi. Vous travaillez une semaine complète pour faire la suivante ?

Je me repose le week-end et le lundi. Le mardi, je commence à suivre sérieusement les informations et lire la presse, mais concernant l’écriture, je ne m’y mets qu’à partir du mercredi.

Il y a un côté jubilatoire à écrire une chanson pour faire marrer les gens ?

L’idée c’est de m’amuser d’abord moi-même. Cela dit, l’équipe de France Inter peut en témoigner, je suis rarement content de ce que je fais. La seule fois où j’ai été content d’une chanson, c’était quand j’ai fait un titre sur le directeur de Radio France, Mathieu Gallet. Là, j’étais content de moi.

Avez-vous la volonté de faire bouger les consciences ?

Pas du tout. Je ne fais que des chansonnettes. Je veux que dans mes chroniques, il y ait un minimum de fond, mais je ne fais pas de la chanson engagée. Ce n’est pas mon créneau. Je veux juste que les gens qui m’écoutent trouvent le sourire.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Quand Télérama parle de Frédéric Fromet.

S’améliore-t-on de texte en texte, de semaine en semaine ?

J’espère. Je fais en sorte de m’améliorer. Mais, je ne peux pas savoir si j’y parviens ou pas. Ce n’est pas à moi de le dire, d’ailleurs.

Dans vos chansons, vous vous moquez de la société, de nous-mêmes et aussi de vous.

Oui, je ne m’épargne pas. Il y a une chanson sur la course à pied, je parle de moi. Il y a une chanson sur la nourriture bio, je mange bio. Pour se permettre de se moquer des autres, il faut savoir se moquer de soi.

Comment avez-vous choisi les chansons qui figurent dans votre disque ?

Ce sont des chansons déjà chantées dans l’émission, hormis « Le Siècle des Lumières ». Il a fallu faire un choix parmi un stock conséquent de chansons. J’ai choisi des chansons d’actualité, mais qui ne soient pas trop périssables rapidement. Ce sont aussi des chansons qui ont été jouées sur scène maintes et maintes fois. Elles ont toutes un vécu.  

"J'ai tout plein d'amis au Medef", enregistré en live avec Les Ogres de Barback.
Extrait de l'album Ça Fromet ! de Frédéric Fromet. Réalisé, arrangé et orchestré par Les Ogres de Barback.

Quel est le rôle des Ogres de Barback dans ce disque ?

Je n’aime pas les disques, mais je voyais qu’il y avait de la demande et qu’il fallait en faire un. Je me suis adressé aux Ogres qui m’avaient invité sur leur tournée des 20 ans. Après s’être réunis, ils ont accepté de m’aider, mais à condition qu’ils réalisent et qu’ils jouent dessus. C’était Noël pour moi. Ils se sont formidablement occupés de ce disque.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Le plus simplement du monde. Je leur ai envoyé mes chansons en guitare voix et, ensuite, ils ont proposé leurs arrangements. Je n’ai jamais eu une remarque à faire. Ils sont vraiment très forts et très gentils. Je les aime beaucoup.

J’ai l’impression que vous êtes dans le doute permanent et que vous n’aimez pas ce que vous faites.

Au début, je pensais que c’était un frein, mais aujourd’hui, je m’aperçois que c’est plus un moteur. Ça pousse à ne jamais relâcher la pression.

Et je suis sûr que vous n’aimez pas les compliments.

Je déteste ça. Je trouve toujours une pirouette pour désamorcer un compliment. Les critiques font plus avancer que les compliments.

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Après l'interview, le 9 novembre 2015, dans un bar de la capitale. 

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15 janvier 2016

Tony Carreira : interview pour Mon Fado

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(Photo:Yves Bottalico)

Le nouvel album de Tony Carreira, le plus populaire de tous les chanteurs portugais, sort aujourd’hui. Après avoir enregistré une vingtaine d’albums, tous couronnés par un public à la ferveur impressionnante, le chanteur a choisi de se pencher sur la tradition musicale de son pays. Il m’a donné rendez-vous au sein de sa maison de disque, Sony, le 27 octobre 2015. L’homme, pourtant une véritable star, est simple, souriant, abordable et extrêmement sympathique... et il ne connait pas la langue de bois.

(J'avais mandorisé son fils, David Carreira, superstar portugaise, lui aussi.)

Argumentaire officiel du disque :tony carreira,mon fado,interview

Après Nos fiançailles, France/Portugal certifié platine en 2014, Tony Carreira revient avec un nouvel album pour son public de France : Mon Fado.

Le fado, genre musical traditionnel portugais, musique du cœur et de l’âme, dont les mélodies se sont propagées dans le monde entier, « c’est l’identité musicale de tout un peuple, ainsi qu’un état d’esprit... le Portugal ! C’est mon fado, peut aussi vouloir dire... C’est mon destin !

C’était peut-être mon destin de revenir un jour vers la France avec l’identité de mon peuple dans mes chansons… C’est mon Fado. »

Pour ce nouvel album, Tony Carreira collabore avec Serge Lama, Gioacchino, Jacques Veneruso ou encore Jorge Fernando, célèbre auteur/compositeur de fado au Portugal qui a travaillé avec Amalia Rodrigues, Ana Moura et aujourd'hui avec la jeune génération dont Mariza, et qui assure sur l’album de Tony la direction des guitares, « ces guitares uniques ».

Tony Carreira dévoile ici plusieurs titres inédits et revisite également de grands airs tels que « Canção Do Mar » (devenu « Elle tu l’aimes » d’Hélène Ségara en France) « Casa Portuguesa », « Avril au Portugal » ou encore « Sodade » de Cesaria Evora.

Tony Carreira en quelques chiffres…

- 28 ans de carrière

- 18 albums

- 60 platines

- Plus de 4 millions de disques vendus.

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(Photo:Yves Bottalico)

tony carreira,mon fado,interviewInterview :

Pourquoi ne donnez-vous plus d’interviews depuis des années au Portugal ?

Il n’y a plus grand chose à dire. J’ai une très bonne relation avec la presse et les médias, moins avec la presse people. Ma vie a été disséquée dans tous les sens. Il y a des mensonges qui sont devenues des vérités. Si je donne encore des interviews, neuf fois sur dix, je connais les questions qu’ils vont me poser. Il n’y a plus d’intérêt. Je ne veux pas qu’on me dise que je radote, que je deviens vieux (rires). C’est une forme de protection. En France, les journalistes me découvrent, n’ont aucun à priori et tout me semble positif et nouveau.

Vous venez de plus en plus souvent en France. Souhaitez-vous avoir une carrière aussi importante que celle que vous avez dans votre pays ?

Au départ de ma vie de musicien, j’ai joué en France quinze ans. Il y a entre moi et ce pays une vraie histoire. Des Olympia, des Zénith, des Palais des Congrès,  des Palais des Sports, j’en ai fait beaucoup. Ces salles ont toujours été pleines, mais uniquement de portugais de France. C’est vrai que j’aimerais beaucoup que les français me découvrent comme artiste portugais.

Vous êtes l’artiste le plus populaire au Portugal, vous avez vendu des millions de disques… ça ne vous suffit pas ?

J’ai eu des propositions pour partir au Brésil faire carrière, j’ai refusé parce que j’étais bien où j’étais et je n’avais pas envie de m’exiler là-bas un an pour faire de la promo. J’ai eu des propositions en langue espagnole à Miami que je n’ai pas accepté pour les mêmes raisons. Il n’y a que la France où je me trouve légitime pour faire une deuxième carrière. J’ai vécu ici pendant 27 ans, ce n’est pas rien.

Clip de "Mon Fado".

Le nom de votre disque porte à confusion. Il laisse supposer qu’il n’y a que du fado dedans.tony carreira,mon fado,interview

Je ne suis pas un chanteur de fado. J’ai trop de respect pour ces artistes qui font leur métier extrêmement bien. Je n’ai jamais été un très fan de fado, à part celui d’Amalia Rodriges. C’est une artiste à part qui a traversé toute les générations. Même si elle est la reine du fado, elle dépasse ce genre musical. C’est une diva.

Et vous, vous êtes quoi ?

Je suis un artiste de variété, tendance pop. Je suis un enfant immigré qui a vécu en France et dont l’école musicale, c’est plutôt la variété française des années 70-80, comme Mike Brant ou Joe Dassin. Je voudrais amener en France quelque chose de différent que ce qu’amènent les artistes extraordinaires que vous avez ici. Si je fais la même chose, je ne vois pas l’intérêt.

Vous chantez avec Adamo, une de mes chansons préférées de lui, « C’est ma vie ».

Adamo, c’est vraiment un immense monsieur. J’ai eu le privilège, dans l’album Nos fiançailles, de rencontrer des artistes de ce gabarit. Lui, il a enregistré sa voix à Bruxelles et j’ai enregistré la mienne à Lisbonne. On ne se connaissait absolument pas. On ne s’était jamais parlé. On s’est rencontré sur une émission de Michel Drucker et nous nous sommes plu immédiatement. Après les répétitions, je l’ai raccompagné en voiture. Sur la route, je lui ai offert une caisse de vin portugais qu’il a beaucoup apprécié.

Tony Carreira - Tour 2016 promo.

Tout à l’heure, en arrivant, je vous ai vu fumer tranquillement devant Sony. Ça, vous ne pouvez pas le faire au Portugal, je pense. Ça vous fait du bien d’être un peu tranquille dans la rue ?

J’aime les deux situations. Mais je vous avoue que si quelqu’un ne me reconnait pas au Portugal, ça m’inquiète (rires). Je suis aussi à l’aise dans les deux cas de figure. Cela dit, en France, il y a pas mal de Portugais et je ne peux pas marcher trop longtemps sans que l’on me demande des autographes ou des selfies…

Tout à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez un chanteur de variété, tendance pop. En France, « chanteur de variété » à une connotation un peu ringarde. Vous, vous assumez.

Chez nous c’est pareil, mais je m’en fous. Je ne me prends pas la tête et je n’ai pas pour habitude de cracher dans l’assiette dans laquelle je mange. Je suis fier de ce que je fais. A partir du moment où j’aime ce que je fais et qu’il y a un public qui apprécie le fruit de mon travail, je suis un artiste heureux. Point barre.

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(Photo:Yves Bottalico)

Même après l’incroyable succès que vous avez, est-ce que vous vous habituez à la sortie d’un nouveau disque ?

Quand on a sorti de nombreux albums très bien accueillis, la pression est toujours là pour celui qui arrive. On sait que fatalement un jour, un album aura moins de succès. Comme on estime que le dernier est toujours le meilleur, on a un peu peur. Dans un an, je penserai différemment. Je serai plus objectif. Quand je regarde derrière moi, sur dix-sept albums, je sais que j’en ai trois merveilleux, qu’aujourd’hui j’écoute encore avec énormément de plaisir. J’en ai une dizaine que je trouve un peu en dessous et trois que j’estime franchement mauvais. Ça fait partie du parcours, c’est ce qui m’a permis d’arriver à ce stade de ma carrière.

On ne peut pas vous interviewer sans parler de votre famille. Vous avez deux fils et une fille qui suivent votre trace.

Et pourtant, je ne voulais pas. C’est compliqué pour moi de dire ça, mais pour comprendre, je suis obligé de m’expliquer. J’ai réussi une carrière dans mon pays qui est juste dingue. Mon dernier spectacle de fermeture de tournée, je peux vous montrer une photo, il y avait 300 000 personnes. C’est un truc de ouf. J’ai conscience que faire plus fort que ça, c’est quasi impossible. Je me disais que si mes enfants rentraient dans le monde de la musique, ils seraient éternellement comparés à moi. Je ne voulais pas qu’ils portent ce fardeau d’être comparé au père. J’aurais préféré qu’ils fassent un autre métier, j’ai insisté, je n’ai pas réussi.

Et puisqu’ils sont déjà plongés dedans et qu’ils ont du succès, est-ce qu’au final, ils sont comparés à vous ?

Pas du tout. Au début, Mickaël un peu, mais pas David. Ce sont deux grandes stars portugaises. Leur popularité est extraordinaire.

Le concert de ses 25 ans de carrière à Lisbonne en 2013.

Le plus extraordinaire, c’est que parfois, vous êtes les trois premiers du top portugais.

C’est complètement dingue. J’étais récemment à Lisbonne pour voir Mickaël dans la plus grande salle du Portugal, plus grand que Bercy. Comme il est gentil, il m’a invité sur scène pour chanter avec lui. Je trouve cela extraordinaire. J’ai toujours pris mon métier au sérieux tout en le faisant avec plaisir. Je crois qu’ils ont pris ça de moi. Ils ont vu comment j’ai géré ma carrière et mon comportement… ils ont été à bonne école (rires).

Et votre fille Sara, qui a 16 ans ?

Elle démarre en France. Récemment, elle a participé au conte musical Martin et les fées et jouait le rôle de la fée Célia. Je suis content pour elle, parce que je sais qu’elle s’amuse. Je me suis fait une raison, mes enfants suivent ma trace, je ne peux plus lutter.

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(Photo:Yves Bottalico)

Et vous, vous vous amusez toujours ?

Evidemment ! C’est trop bien de pratiquer un métier que l’on a choisi. C’est un luxe de nos jours. Je monte sur scène, je gagne bien ma vie, les gens m’applaudissent et me disent qu’ils m’aiment. C’est vraiment un métier de privilégié.

Quand on chante devant 300 000 personnes, comment fait-on pour garder la tête froide, pour ne pas se prendre pour Dieu ?

Un jour, Vincent Niclo m’a dit : « Quand je suis allé au Portugal, il y a avait Dieu et Tony au-dessus. » Une phrase que je répète, mais qu’il ne faut pas mal interpréter, c’est de l’humour. En vrai, c’est plus dur de faire un spectacle devant 100 personnes que devant 300 000. Mes shows, c’est de la grosse production, des scènes immenses avec de la lumière partout, de la vidéo… j’aime beaucoup que les gens en aient pour leur argent et je crois pouvoir affirmer que c’est une des clés de ma réussite. Devant 100 personnes, je ne peux pas me cacher derrière tout cet attirail, il faut être à la hauteur.

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Pendant l'interview... (photo: Nathalie Dias).

Vous faites du bien aux gens, ils vous le rendent.

J’ai beaucoup de gratitude envers eux, car ils ont changé ma vie. Il y a 25 ans, je travaillais dans une usine en région parisienne, aujourd’hui, j’ai la vie que j’ai. Il y a du travail, certes, un éventuel talent, mais il y a aussi une petite étoile et de la chance. Je crois que nos vies dépendent un peu de tout ça.

Pensez-vous qu’il y a une entité supérieure qui s’est occupée de votre cas ?

Oui, franchement, je le crois. Mais vous savez, j’ai toujours été un vrai passionné et un rêveur. Quand on est comme ça, on est capable d’écraser des montagnes, parce que vous ne voyez pas les difficultés.

A votre niveau de popularité, que peut-on vouloir de plus dans ce métier ?

Avoir la santé et chanter jusqu’à la fin. Aznavour est l’exemple de la carrière parfaite. Quand on fait ce métier et que le public vous aime depuis 28 ans, dont 18 ans toujours en haut, on ne pense pas à la retraite.

Pour paraphraser Jean-Jacques Goldman, êtes-vous allé au bout de vos rêves ?

La vie m’a donné plus que je ne souhaitais. Et je dis ça depuis longtemps.

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Après l'interview, le 27 octobre 2016 (photo : Nathalie Dias).

14 janvier 2016

Michel Kemper : interview pour Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor« J’ai un collègue et ami qui écrit actuellement un livre sur Louane. Ça m’a fait sourire de l’apprendre : je me dis qu’il doit y avoir peu à écrire sur cette jeune fille qui n’a qu’un disque et un film à son actif. Moi, avec Johnny, j’ai un monstre de la scène et plus d’un demi-siècle de Chanson. De chansons et de l’Histoire de la Chanson : et c’est, angle original, dans cette Histoire passée et présente que je le situe dans ce livre. Mais, chut, je n’en dis pas plus. Si ce n’est que c’est gorgé de belles images, souvent irrésistibles, de l’ami Héran. Ça parait le 19 novembre 2015, entre la sortie du cinquantième album studio de Johnny et ses concerts parisiens, tous à guichets fermés. »

Voilà ce qu’a écrit mon ami et confrère Michel Kemper sur son site Nos Enchanteurs, le quotidien de la chanson, le 14 octobre 2015, à propos de la sortie de son livre Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau. Au passage, il m’égratigne gentiment, mais Michel Kemper châtie bien quand il aime bien, alors j’ai souri devant cette belle marque d’affection à mon égard. (Oui, parce le collègue et ami qui écrivait à l’époque un livre sur Louane, c’est moi (il sort d’ailleurs le 18 février prochain, soit dit en passant). Et le moqueur Kemper a même participé à cette « biographie »).

Bref, il est chez Mandor pour parler de Johnny, je n’aurais pas parié sur une telle chose il y a un an.

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Argumentaire officiel du livre :

En plus de 250 bouquins, des plus érudits aux livres de photos, tout a été dit sur Johnny, et plus encore. Qu’y apporter de plus ? Michel Kemper et Héran importent le sang neuf d’une plume et d’un pinceau qui ne se prennent pas pour un fan, amènent d’autres angles de vue, une autre focale, d’autres fragrances, un peu d’impertinence et bien sûr de l’humour. Leur grande culture chanson remet Hallyday à sa juste place : celle d’un grand parmi ses pairs, ses impairs aussi, celle d’un navire amiral de la chanson et de ses bateaux-remorqueurs.

Chaque chanson de Johnny fait ici thématique autant qu’écho à d’autres héros, connus ou moins, des paroles et des musiques. De notre patrimoine chanson dont Johnny Hallyday est manifestement un des plus beaux faits d’arme. Mais pas le seul.

L’auteur (biographie volée sans vergogne au site du Centre la Chanson):michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor

Le 9 octobre 1978 Jacques Brel décède à l’hôpital de Bobigny. Bouleversé par la mort du chanteur, celui qui n’est encore « que » typographe au  quotidien régional Libération Champagne, mais rêve de devenir journaliste, déboule le lendemain à la rédaction son « hommage » à la main. Une « nécro » est déjà prête, mais la chef du service culture préfèrera cependant publier l’article du jeune Kemper. Son premier « papier » ! Pendant 9 ans il signera toutes les chroniques concerts et critiques CD de la région de Saint-Etienne. La plume est précise, travaillée, documentée parfois mordante et sans concession ! Le style tranche avec les comptes rendus  bâclés des localiers plus à l’aise à la fête du cochon qu’à un concert de Loïc Lantoine. La suite logique, ce sera Chorus, auquel il collabore jusqu’à l’arrêt de la revue de référence. La tribu chanson sous le choc erre alors de blogs en blogs parfois mal fagotés jusqu’au jour où, de ce cyber-foisonnement, émerge le site d’un Kemper bien décidé à redonner espoir à une planète «  chanson » désenchantée : NosEnchanteurs est né ! Et en quelques années, l’auteur d’une biographie pour le moins boycottée de Bernard Lavilliers va séduire de nombreux  lecteurs visiblement preneurs d’une information quotidienne sur l’actualité d’une chanson dont la profusion est inversement proportionnellement à la pauvreté des médias du secteur. Pour de nombreux artistes, un seul mot d’ordre: obtenir le label Kemper !

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandorInterview :

Ce livre fait partie d’une collection, peux-tu m’en parler ?

Une collection qui est née en 2013, avec un premier tome sur Brassens, partagé entre Jean-Paul Sermonte et Jean-Marc Héran. Puis en 2014 avec Renaud : là ; c'était Baptiste Vignol et Héran. C'est par Baptiste que j'ai découvert cette collection et que je me suis lié d'amitié avec Jean-Marc. Il y a eu ensuite au printemps 2015 le Brel, entre Bruno Brel et Héran. Et un jour, Héran m'a proposé le Hallyday. Le soir même, je domptais mon oreille en écoutant l'idole des toujours-jeunes.

Peux-tu comprendre que ceux qui te connaissent et qui connaissent ton travail s’étonnent du sujet de ton livre ?

Oui, bien sûr. Si on m'avait dit un jour que j'écrirais un livre sur Hallyday, je n’y aurais pas cru. Mais j'avais donné la réponse en fait il y a bien longtemps. J'étais pigiste au Progrès, spécialisé dans la chanson. Et ma chef de service m'a demandé un jour si je considérais qu'Hallyday c'était aussi de la chanson. J'ai répondu que oui, c'était trop difficile de soutenir le contraire. Et j'ai suivi Hallyday dans l'enfer vert de Geoffroy-Guichard. Le site NosEnchanteurs, qu'on considère un peu comme l'héritier de Chorus, est né, lui, de trois papiers sur Hallyday. Comme quoi... Hallyday c'est de la chanson et, de la façon dont je l'ai traité, les gens qui connaissent mon travail, qui certes ont été surpris (parfois pas qu'un peu), se retrouvent dans mon livre. Car j'y parle d'abord et avant tout de chanson. Et c'est fou comme ce livre grouille de chanteurs et de chansons. Je vais faire un aparté puisque l’on parle de chansons: j'ai un ami et collègue qui vient d’écrire un livre sur Louane. Si, si, ne riez pas ! Lui aura plus de mal à justifier son livre que moi le mien !

(Et bim ! Deuxième cassage en règle. Michel arrête de m’aimer s’il te plait !)

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Johnny Hallyday représente quoi pour toi, grand amateur de belles chansons françaises ?

D'abord le souvenir des années soixante et soixante-dix, quand la radio familiale déversait des tonnes de tubes, parmi lesquels « Oh ma jolie Sarah », « Que je t'aime » et « Noir c'est noir ». Ensuite il représente l'industrie du disque – à priori pas ma tasse de thé, donc –. Et un mystère tout de même : 55 ans de carrière, les hauts les bas, toutes les modes, comme un caméléon (en un seul mot, svp). Moi, ça m'a donné l'occasion d'explorer ce demi-siècle avec gourmandise.

Il y a 43 chansons décryptées, des très connues et d’autres plus confidentielles. Choix cornéliens ?

Ça ne m'a pas ébranlé. J'ai fait un choix composé de grands titres, d'époques différentes et de chansons pour moi inconnues qui me semblaient pouvoir être prétextes à raconter des bouts de vie, celle d'Hallyday comme la mienne, les nôtres. Par des thématiques parfois surprenantes telles que la défense de l'environnement ou la publicité. Jean-Marc Héran, le dessinateur, m'a soufflé deux ou trois titres auxquels il tenait particulièrement. Et l'ami Yves Jamait, dès qu'il a sût sur qui je bossais, a tenu à me conseiller des titres, lui le très grand amateur de Johnny. J'en ai pris quelques-uns effectivement, et pas les plus faciles.

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Il y a de très nombreuses biographies sur Johnny. Tu n’as pas eu peur de ressasser ?

Ah non, je n’ai pas fait une bio, surtout pas. J'ai lu ou survolé quelques bouquins sur Hallyday et je me suis ennuyé. Pleins de choses, des chiffres à la pelle, mais ça me semblait manquer de vie. Moi, par 43 entrées, j'essaye de retrouver cette vie mais aussi la vie de la chanson. Avec des pirouettes, de l'humour. Un peu d'impertinence aussi.

Ce doit être difficile de trouver des choses inédites à dire…

La matière chanson que j'ai utilisée est, à peu de chose près, inédite. J'ai voulu mettre Hallyday dans la chanson, le considérer par cette focale-là. J’ai eu surtout du mal à limiter mes textes pour qu'ils entrent dans les pages leur étant attribuées. Le sujet « Hallyday » est passionnant pour qui daigne s'y intéresser.

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Chaque chanson, sa période et sa thématique. C’est une vraie enquête sociologique sur la France des années 60 à nos jours finalement.

Oui, j'aime à retrouver des moments, des périodes Des endroits aussi. Dans mon livre sur Lavilliers, c'était pareil sauf que j'avais plus de place pour détailler, décrire... L'exercice Hallyday consistait à restituer une chanson en 3000 signes. Le pourquoi, le comment si besoin est, la situation de Johnny à ce moment-là, l'odeur, l'ambiance de l'époque et ce qui se chantait à l'unisson des chansons de Johnny. C'était passionnant et souvent drôle. Ma documentation allait tous azimuts, parfois très loin du sujet initial. De toute façon, pour en revenir à ta question, je tiens la chanson en son ensemble pour un traité de sociologie. Je suis content aussi d'amener aux amateurs de Johnny d'autres pistes, d'autres chanteurs, d'autres chansons. Profiter d'un livre sur Johnny pour parler de Brassens, de Bécaud, de Loïc Lantoine, de La Blanche, des Fatals Picards, de Barbara, de Yannick Le Nagard, de Cali, de Souchon et d'autres, ça me plait : je suis dans mon élément, dans l'éducation populaire !

Les dessins de Jean-Marc Héran sont souvent drôles. Tu as écrit tes textes après avoir vu les dessins ?

Oui ils sont souvent drôles. Mais pas tous, un dessin n'ayant pas toujours la fonction d'être drôle. Quand, tout fier de moi, j'ai dit un soir à Héran que je venais d'écrire sur une chanson traitant du viol (« Les chiens de paille », une idée d'Yves Jamait), j'ai senti, à l'autre bout du fil, que Jean-Marc ne débordait pas d'enthousiasme à l'idée de dessiner un viol. Voyez ce qu'il en a fait dans le livre : c'est une des plus belles pages. Jean-Marc de son côté, moi de l'autre, avons, lui par le pinceau, moi par la plume, tenté une lecture de chaque chanson. Je n'ai pas écrit sur ses dessins, lui n'a pas illustré mes textes, ce n’est pas le principe de cette collection. Mais parfois on se retrouve sur la même idée.

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Johnny, au fond, tu l’aimes ?

Ce qui est sûr c'est que je ne le déteste pas, encore moins maintenant. Surtout s'il contribue à ma fortune (rires). C'est un bonhomme important de la chanson. Et je suis content que ce livre soit tombé sur moi. Au moment de dire oui à ce livre, je le connaissais moins que le moindre de ses fans. Mais j'ai fait des progrès, je peux à présent tenir la conversation y compris avec des licenciés ès-Hallyday. J'aime bien le personnage malgré des tas de trucs qui m'irritent au plus haut point. Il m'est devenu un personnage littéraire. Et j'aime ça.

Johnny, en trois mots ?

Sylvie, Nathalie, Laeticia. J'ai adoré les faire vivre dans ce livre !

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13 janvier 2016

Dominique Maisons : interview pour Le festin des fauves

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorJ'avais beaucoup apprécié le thriller de Dominique Maisons, Le psychopompe (rebaptisé Les violeurs d’âmes pour la version poche et qui avait fait l’objet d’une première mandorisation), j’avais donc hâte de lire son nouveau roman (très) noir, Le festin des fauves. Et je n'ai pas été déçu. Au contraire. Je suis resté scotché. Quel talent ce Maisons!

Ici, il est question des services de renseignements qui vont devoir déjouer les plans machiavéliques de l’autoproclamé « Judex ». Maisons nous fait découvrir les arcanes du pouvoir et du renseignement français... et tout n'est pas rose.

L'écrivain est passé me voir à l’agence le 3 novembre dernier.

4e de couverture :dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandor

Le nouveau grand espoir du thriller français lâche les fauves.
Un roman impitoyable et magistral.

A Neuilly, un notable donne une somptueuse soirée libertine. Les hommes portent des masques de lions ou de chacals, les femmes sont les proies : gazelles ou biches. La fête s'achève dans un jaillissement de sang. L'hôte s'écroule. Un poison lui a fait exploser tous les organes. Qui est ce Judex qui revendique le meurtre et se présente en justicier ? Que viennent faire dans ce puzzle sanglant une maîtresse SM en guerre contre les hommes, trois frères brésiliens qui sèment la mort pour récupérer d'étranges urnes funéraires ?
Quand un nouveau grand ponte succombe aux avertissements de Judex, c'est tout l'appareil étatique et policier qui se retrouve en danger. Le Commandant Rossi sait qu'il est le premier fusible. Pour sauver sa peau, il doit remonter la piste de Judex jusqu'aux plus hautes sphères.

L’auteur :

Dominique Maisons est né en 1971. Il a été éditeur de presse, traducteur de bande-dessinée, a travaillé 10 ans dans la musique, a coproduit un long métrage (un thriller franco-chinois, L’œil du silence) ainsi que les DVD de La Vie privée des animaux de Patrick Bouchitey… Il a surtout vu son premier thriller couronné du Grand Prix VSD du polar 2011 : Le Psychopompe.

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorInterview :

J’ai remarqué que tes trois romans sont très volumineux.

Je m’imagine toujours que le livre que je débute va faire dans les 440 pages. J’ai mon plan en tête, mais pendant l’écriture, je réalise que l’histoire demande des développements et des précisions supplémentaires. J’ai tendance à me laisser déborder… et mes personnages sont les premiers à m’inciter à déborder d’ailleurs…

Ton livre commence avec une scène quasiment gore. Il y en a plusieurs. Tu ne nous épargnes rien.

J’ai réussi à créer une ambiance tellement lourde qu’elle fait imaginer aux gens beaucoup de choses. Il n’y a pas tant d’hémoglobine que ça, si ?

Si, je t’assure. Tous ceux qui sont assassinés par le méchant de ton histoire, Judex, finissent dans d’atroces souffrances quand même.

C’est sûr, il ne rate jamais son coup (rires). Franchement, j’adore écrire des scènes un peu gore, je trouve ça drôle. Je viens de la tradition du Grand Guignol et des films d’horreur des séries Z. Quand je réussis à m’écœurer moi-même, là, je considère que la scène est réussie.

Judex est un criminel avec un fond anarchiste.

Je ne revendique aucun des propos qu’il tient. Ce n’est pas un texte politique. Judex est plus qu’un anarchiste, c’est un activiste. C’est plus un Monte Cristo qu’un révolutionnaire.

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Judex est un personnage tiré d’un feuilleton de Louis Feuillade et Arthur Bernède.

J’adore les romans populaires français, les feuilletonistes, Dumas, Feuillade, Bernède. Ces deux derniers sont responsables respectivement de Fantomas et de Belphégor. Ils font partie de notre patrimoine imaginaire. Judex, à ces débuts, étaient plus populaire que Batman. J’ose même affirmer que, quelque part, il en est à l’origine. Ce mythe du justicier masqué qui a des pouvoirs quasi surnaturels pour se venger, caché dans l’ombre… Quand Judex a traversé l’atlantique, il est devenu The Shadow. C’est pour contrer ce personnage qui était très populaire qu’un éditeur concurrent à créer Batman. Je déplore que Batman soit aujourd’hui plus connu dans la culture américaine que Judex dans la culture française. Les français ont un peu honte des personnages populaires. Ce n’est ni chic, ni noble, du coup, les personnages sont oubliés.

Du coup, avec ton roman, tu as souhaité réhabiliter Judex ?

Oui. Je trouve ce personnage extraordinaire. En 1917, il faisait chanter des banquiers véreux en leur disant « vous vous êtes enrichis sur la spéculation, vous avez ruiné des pauvres gens, donnez la moitié de votre fortune, sinon, je vous fais passer à la trappe ». Il y avait un côté Anonymous. Je trouve Judex tellement moderne. Ce qui est très fort chez lui, c’est qu’il manipule des gens pour faire des actions à sa place.

Dans ton livre, la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) panique complètement parce que Judex semble avoir accès à des informations tirés de dossiers secrets.

Oui, il sait tout de personnes protégées en raison d’intérêts conséquents derrière, comme un grand PDG d’un groupe pétrolier français ou un marchand d’armes… qui ramènent beaucoup d’argent à l’état.

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(Photo : Kh Dedalus)

J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des services de renseignements français.

Tout est rigoureusement exact. La pratique des « blancs » à la DCRI, c’est authentique. Ils font des notes que personne ne signe pour que l’on ne sache pas qui les a écrites et pourquoi. Si un jour quelqu’un tombe dessus, il ne pourra pas y avoir d’interrogatoire, du style : « Pourquoi avez-vous espionné tel candidat à la présidentielle pendant six mois en mettant sous écoute sa famille, ses voisins, ses proches…etc. » Tout cela reste dans une totale opacité.

Les journalistes d’investigation en prennent pour leur grade aussi.

Ils sont méprisés par Judex qui sait qu’ils participent aussi au système. Il sait que s’il y a quelque chose de particulièrement dérangeant, ça ne sortira pas. Il y a très peu de journalistes réellement indépendants. S’il y a un fond de réalité dans le livre, tout est très exagéré. C’est un thriller que j’ai voulu populaire.

A un moment, Judex utilise un pigeon voyageur pour envoyer un message à un de ses sbires…

Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, dans les services de renseignements, ces pratiques reviennent. Ils réapprennent à faire de l’espionnage « low-tech » avec la machine à écrire, les messages cryptés, voire les pigeons voyageurs. Aujourd’hui, Internet et le digital laissent des traces indélébiles.

Quand on referme ton roman, il reste un arrière-goût de « tous pourris ».

Non, j’ai essayé d’être équilibré. Si on écoute la voix de Judex, oui, mais on n’est pas obligé d’écouter cette seule voix, il y en a d’autres dans le roman. Celle de mon flic, le commandant Rossi, par exemple. C’est un bon flic, un peu alcoolique et désabusé, mais un bon chasseur et pas du tout pourri.

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(Photo : Kh Dedalus)

Tu écris toujours des romans foisonnants. Il faut suivre pour ne pas se perdre… et il faut avoir le cœur bien accroché.

Je respecte mon lecteur. Je lui donne des intrigues qui peuvent les stimuler. Je m’amuse parfois à le provoquer, à pousser un peu les limites, à atteindre des niveaux de noirceurs rares. La thématique de la chair, de la viande est très présente dans mes livres. Il y a un côté Hannibal Lecter dans certains de mes personnages. Il ne faut pas que mes lecteurs soient allergiques aux scènes de sang, c’est sûr. Mon prochain livre sera beaucoup plus soft.

Tu vas y parvenir ?

Oui, ce sont des ingrédients que l’on dose.

On sent que dans tes livres, il y a du fond… et de l’enquête pour parvenir à être le plus rigoureux possible.

Je n’aime pas les thrillers qui sont légers en documentation et sur les circonstances, les thrillers qui jouent sur des ficelles un peu grosses, sans fond, sans crédibilité, sans travail. Quand on écrit un thriller, on doit avoir une base de travail solide, créer des scènes et des personnages crédibles et avoir une mécanique qui fonctionne très bien. Ce que j’admire chez certains de mes confrères, c’est la capacité à brasser de l’information et de la restituer de manière fluide.

Comment fais-tu le distinguo entre un polar et un thriller ?

Pour moi, dans un thriller, les personnages sont toujours sous tension. Ils ne sont pas juste dans une enquête, ils sont menacés eux aussi.

La question qui tue. C’est quoi le secret pour écrire un bon thriller ?

Il faut créer une tension, ne jamais la laisser retomber, écrire des chapitres courts, éviter les introspections, être sans arrêt dans l’action. Le thriller, c’est un travail d’artisan, on dose, on calibre ses ingrédients.

Il y a un peu de sexe dans Le festin des fauves. Notamment avec la turbulente et jolie Lucie, ton héroïne un peu borderline.

Ces scènes-là, c’est Lucie qui les a provoquées. Elle a un compte à régler avec la gente masculine. Elle est très en colère et pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à jouer de ses charmes. Ce qui la caractérise, c’est qu’elle refuse d’être une victime et qu’elle est tenace.

Tes personnages ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont loin d’être manichéens.

Ce qui est sûr c’est qu’ils sont paradoxaux, mais nous sommes tous paradoxaux. Tant mieux !

Tu as écrit ce livre en six mois.

Oui, et pas à temps plein. Par contre, il faut écrire tous les jours. Il faut rester sur sa lancée sinon on perd le contact avec ses personnages et l’action. Pas d’échappatoire possible. C’est difficile de rester dans l’ambiance du livre, dans la bonne direction, ça implique un contact quotidien.

Après, il y a les corrections.

Mon éditrice m’a rendu fou. Il y a eu 7 ou 8 jeux de corrections. A un moment, je connaissais le livre par cœur, je n’en pouvais plus (rires). Je dis ça, mais je suis très content d’avoir signé dans une maison d’édition exigeante. J’avais besoin et envie de cela. Cela m’a fait progresser.

Quand tu finis un livre, tu arrives à couper le cordon avec lui ?

C’est très difficile. Pour le couper, la seule solution, c’est d’en commencer un autre.

Le prochain livre ?

Il est déjà écrit. C’est un thriller qui se passe en 1909. Il y a encore un hommage très appuyé aux feuilletonistes de l’époque.

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Après l'interview, le 3 novembre 2015.

09 janvier 2016

Raphaële Lannadère : interview pour la sortie de L.

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Raphaële Lannadère, alias L., est une artiste que je suis depuis son premier EP. Je me trompe souvent sur le devenir des artistes, mais là, il me semble que je n’étais pas passé à côté. En 2008 (il y a 8 ans), dans ma première mandorisation, je lui prédisais un bel avenir. Dans la seconde, en 2011, elle est en session acoustique devant des caméras et déjà, elle avait pris de l’assurance. Il faut dire que tout lui souriait.

Cette jeune artiste française, auteure, compositrice et interprète, ose un chant très personnel. Sensuelles et féminines, ses chansons mêlent rock, electro, trip-hop ou tango. C’est cet alliage-là qui fait la singularité de Raphaële Lannadère.
Elle s’inscrit dans la grande lignée d’une chanson intemporelle, tout en s’ancrant dans une réalité et des considérations très contemporaines.
Le 1er décembre 2015, je me suis rendu dans les locaux de sa maison de disque, tôt Ou tard, pour une troisième interview, le lendemain de son concert enthousiasmant au Café de la Danse.


raphaële lannadère,interview,l.,mandorBiographie officielle (écourtée et triturée) :

C’est sa voix qui vous happe.
Sa voix que l’on retient, comme un sortilège antique, irrésistible, sirène des temps modernes. Pour le public et les professionnels, l'histoire commence en 2008. Cette année-là, son EP  Premières Lettres suscite rapidement la curiosité des médias. Il lui permet d’être repérée par les Inouïs du Printemps de Bourges, le chantier des Francos.
Deux ans plus tard, celle qui se fait encore appeler L., signe avec le label tôt Ou tard, et poursuit l'élaboration de son premier album. Initiale voit le jour en avril 2011, réalisé par BabX. C'est l’engouement : Prix Barbara, prix Félix Leclerc de la chanson, finaliste du prix Constantin, nomination « artiste révélation » aux Victoires de la musique 2012, et disque d’or. Tout le monde reconnaît là un auteur-compositeur comme on n’en avait plus vu depuis longtemps. A sa Une, Télérama va jusqu'à titrer : « La chanson française, c’est L ». Saluant l'éclosion d'une artiste rare.




Ses mots, leur sensibilité, leur force ont déjà conduit de grands interprètes à faire appel à ses talents de « faiseuse de chansons » (Camélia Jordana, Patrick Bruel ou Julien Clerc).

L’argumentaire de l’album L. :raphaële lannadère,interview,l.,mandor

Aujourd'hui, ses mots s’affinent encore. Dans ce second album, ils se précisent. Figurent une poésie moderne et une vision du monde qui témoignent d'un état de grande porosité, à l'égard de ce qui l'intrigue, l'amuse, la bouleverse. Le verbe est juste ; les textes, fluides. Ils nous entraînent au cœur de ses pensées et d'émotions tant universelles que personnelles. Après une tournée riche de plus de 150 dates, Raphaële Lannadère prend alors la route, seule, au volant d’une petite voiture, pour retrouver, réaménager, formuler, malaxer ou inventer ses mots en changeant d’air. Son chemin la mènera au pied du Mont Ventoux, où elle va poser ses valises et ses instruments, travailler en solitaire, chercher la trame de ce nouvel album, avant de retrouver ses musiciens et donner vie à ses chansons.

Pour cette nouvelle aventure, c’est avec Julien Perraudeau (Diving with Andy, Jacques Higelin, Christophe, Rodolphe Burger) son bassiste d’alors, qu’elle a choisi de collaborer. Ensemble, ils ont réalisé et construit L., un album ouvertement et délicatement électro. Empreint de sincérité et d’élégance.

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raphaële lannadère,interview,l.,mandorInterview :

Hier, au Café de la Danse, j’ai trouvé que tu étais plus libre, plus détendue, plus à l’aise que d’habitude. Je me trompe ?

C’est très juste. La musique de cet album y est certainement pour beaucoup, mais pas seulement. J’ai fait beaucoup de scènes ces deux dernières années et peut-être aussi que l’âge que je prends me fait évoluer ainsi. Je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui. Plus le temps passe, plus je suis épanouie et plus je trouve tout plus facile. La vie notamment. A presque 35 ans, j’ai plus de facilité à être dans le monde. J’ai moins peur et je me sens mieux dans ma peau.

Ça se voit sur scène, je t’assure. 

Tout est plein, doux et rond quand je suis sur scène. Je me sens vivante comme jamais. Hier, avec l’accueil des gens, les applaudissements entre tous les morceaux, j’ai eu la sensation de n’avoir jamais vécu un truc pareil. Parfois, j’avais envie de pleurer tellement j’étais émue. Je n’en revenais pas. J’ai trouvé que c’était d’une intensité dingue.

J’ai remarqué que les morceaux du premier album, en version plus electro, ça le fait aussi !

Avec mes musiciens, quand on a commencé à répéter, on a été très surpris que ça marche. A la base, Julien Perraudeau et moi, nous n’étions pas motivés pour transformer les anciens morceaux. On a commencé avec « Jalouse » et, grosse surprise, on a vite remarqué que ça marchait. Du coup, cela nous a motivés pour continuer à transformer musicalement les titres du premier disque.

Tu viens de citer Julien Perraudeau. Vous n’étiez que tous les deux pour concevoir cet album… C’est l’idéal de travailler ainsi ?

Je ne sais pas si c’est l’idéal, mais j’ai adoré travailler avec lui comme ça. C’était un grand bonheur.

Clip officiel de "J'accélère" tiré de l'album L.

Il y a un changement de direction musicale évident entre tes deux albums.

Quand j’ai commencé à enregistrer seules mes premières maquettes pour cet album, c’était de l’electro. Ça a donné la direction vers laquelle je souhaitais aller. J’ai un peu fait ça pour me marrer et parce que c’est ce genre musical que j’écoute. Enfin, j’écoute surtout des gens qui font de la musique un peu hybride. J’aime écouter des couleurs musicales qui m’intriguent. Avec Julien, on a utilisé beaucoup de petits synthés, ni analogiques, ni chics. L’idée, c’était de se dire qu’il fallait faire des chansons qui devaient supporter n’importe quelle orchestration. Le support, on s’en foutait. Ce n’était pas le propos.

Ça m’a frappé hier  quand je t’ai vu et entendu sur scène. Tes mots ont du sens, mais ont aussi un son qui s’intègre parfaitement à la musique.

Quand il n’y a pas de sens, je m’ennuie. Il est impératif qu’il y ait les deux. Ça permet de se mettre dans un rythme. C’est ludique de faire sonner les mots. Bon, en règle générale, les gens qui écrivent bien savent faire sonner les mots.

La chanson doit-elle nécessairement transmettre un message fort à chaque fois ?

Je ne sais pas. Même quand je fais passer des messages, je ne le fais jamais trop au premier degré. Je trouve que sinon, c’est un peu rêche. Je parle juste de sujets qui me touchent, qui me concernent et dont je pense qu’ils peuvent concerner d’autres personnes.

"Elle flâne" (en version acoustique) tiré de l'album L. (avec BabX au piano).

Est-ce que tu t’amuses quand tu écris des chansons ?

Oui, quand j’écris des chansons qui ne me sont pas destinées. Quand j’écris mes propres chansons, elles sont souvent très denses et ça me demande tellement d’investissement, de concentration et de disponibilité que c’est fatiguant émotionnellement. Je plonge si profondément en moi que je ressors très éprouvée.

On sait que tu as écrit pour Camélia Jordana, mais aussi pour des artistes comme Patrick Bruel et Julien Clerc…

Je suis très flattée, car ce sont eux qui m’ont demandé. Bon, Camélia, c’est la famille, donc je n’en parle pas. Pour Julien Clerc, ça a été difficile pour moi car il m’a demandé quelque chose que je sais moins bien faire. Il m’a demandé d’écrire un texte sur une musique déjà existante… ce n’est pas ce que je préfère faire. Patrick Bruel, lui, m’a demandé une chanson, alors ça, quel bonheur !

Je crois savoir que votre rencontre a été très touchante.

D’abord, il m’a invité comme « découverte » dans l’émission de Michel Drucker. Il est venu me voir dans les loges pour me dire qu’il était très heureux de me rencontrer, qu’il adorait mon premier disque et aussi qu’il adorait les deux premiers disques de David (Babx) et l’album de Camélia Jordana, bref, tout mon univers musical. Là, j’ai compris qu’il ne se moquait pas de moi (rires). Il a commencé à comparer ces quatre albums-là en argumentant. Il connait presque par cœur les chansons, j’ai halluciné. Il s’est même mis à chanter la chanson que j’avais écrite pour Camélia, « Je pars ». J’ai failli tomber par terre. J’ai compris qu’il aimait vraiment ce que l’on faisait et défendait. Il m’a juste donné son numéro, sans prendre le mien, ce que j’ai trouvé d’un chic exquis. Sa proposition était simple : « J’aimerais avoir une chanson de toi pour mon prochain album. Si tu en as envie, si tu as une idée, j’en serais très heureux.»

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C’est amusant parce qu’on s’imagine mal Raphaële Lanadère écrire pour Bruel. Ce n’est, à priori, tellement pas le même monde musical.

C’était génial de se mettre dans sa peau à lui. Je vais t’avouer une chose. Quand j’étais petite, je l’écoutais. Quand j’avais huit ans, mes trois premiers CD étaient Thriller de Michael Jackson, le double blanc des Beatles et un album live de Bruel. Ça m’a donc hyper touché de travailler pour lui

Il y a d’autres artistes pour lesquels tu aimerais écrire et composer ?

Les grands artistes de variétés me fascinent. J’adorerais travailler pour Johnny Hallyday, Patricia Kaas, Lara Fabian... tous ces interprètes m’intéressent énormément.

Michel Sardou ?

Pas du tout. Il est trop de droite. Pour moi ce serait impossible de travailler pour lui. Il a des chansons tellement pétainistes

Mets-tu toujours un peu de toi dans tes chansons ?

Oui, évidemment. Ce n’est pas possible de s’extirper de sa condition, de sa vie, de son expérience, quand on écrit une chanson. Après, ce qui est rigolo, c’est de mélanger la part fictionnelle et véridique. J’ai l’impression de faire des allers-retours entre la réalité et l’invention en permanence.

Parfois, on écrit une chanson avec un thème bien précis et l’auditeur en comprend un autre. Cela vous amuse ?

J’adore qu’une personne s’approprie une de mes chansons en la comprenant comme il le souhaite. Il y a des chansons de Ferré dont on peut avoir soi-même différentes compréhensions à différentes époques de sa vie. Certaines de ses chansons sont vraiment des compagnons pour moi. Je n’en avais pas les mêmes lecteurs à 18, 28 et aujourd’hui à 35 ans. Je trouve ça génial les différents niveaux de lectures.

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Vous aimez Ferré et bien d’autres poètes. Vous font-ils de l’ombre lorsque vous écrivez ?

Avant, mais aujourd’hui c’est fini. Ça reviendra peut-être, mais j’ai l’impression de m’en être affranchie. Il faut s’autoriser à écrire sans penser aux maîtres. A ce sujet, il faut lire Aragon. En gros, dans l’introduction de « Les yeux d’Elsa »,  il écrit « rassurez-vous les mecs, il n’y a pas de création, il faut juste pomper, pomper… et recréer ». C’est génial !

Aragon dit qu’on n’invente pas grand-chose alors ?

On parle tous de la même chose depuis la nuit des temps. Finalement, c’est touchant de se rendre compte que ce sont les mêmes événements et sentiments qui nous étonnent et qui nous émeuvent depuis toujours. Après chacun raconte ça avec son propre regard, son angle, son style.

Vous lisez beaucoup ?

Pas assez. Je lis beaucoup moins depuis que j’écris. J’adore lire de la poésie parce que c’est très court. Ça me convient très bien. Pour lire un roman, il faudrait que je sois peinarde… et je le suis de moins en moins. C’est bizarre ce que je vais te dire, mais depuis que j’écris, j’ai de plus en plus de mal à m’attacher aux personnages des autres. Je trouve ça dommage, mais je n’y peux rien.

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Après l'interview, le 1er décembre 2015, dans les locaux de sa maison de disque.

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05 janvier 2016

Selim (Joseph Chédid) : interview pour son album Maison Rock et l'album familial des Chédid

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Selim se prénomme en fait Joseph. Il est le cadet de la famille Chédid.  Le fils de Louis, frère de Matthieu (-M-) et d’Anne (Nach) est un multi-instrumentiste que l’on a entendu aux côtés d'Arthur H, Thierry Stremler, Chat, Luce ou encore de Mathieu Boogaerts… puis on l’a beaucoup remarqué lors de la récente tournée familiale Chédidienne. Une famille, un nom, une vie musicale : un héritage comme un trésor, mais pas seulement, une obligation d’exigence aussi, et de différence. Il ne manquait plus qu'à Joseph Chedid de sortir son propre disque. C’est ce qu’il vient de faire sous le nom de Selim, son deuxième prénom avec Maison Rock. Un original premier album teinté de house rock, d’électro et d’ambiances psychédéliques inspirées des seventies.  

Le 15 octobre, en plein MaMA, le rendez-vous incontournable des pros de l'industrie musicale, nous nous sommes arrêtés un moment pour faire le point sur la sortie de son disque, celle de la Chédid family et sur sa vision de la musique.

joseph chédid,selim,maison rock,interview,mama,mandorBiographie officielle, mais écourtée :

Lorsqu’on lui demande de décrire son style, Selim répond « rock pour l’énergie, psychédélique pour la rêverie poétique, électronique pour la technologie, pop pour les Beatles, français pour les racines… »

Au commencement de son projet et de ses arrangements, tiraillé entre le rock et la house, Selim décide de composer avec les deux. Son premier album devait s’appeler House Rock. Il sera, en fin de compte, baptisé Maison Rock. Parce qu’en français, « Maison » parle d’autres choses encore, dont sont aussi faites ce disque : un enregistrement réalisé à la campagne, d’un seul trait. Comme un torrent, c’est tout un univers intérieur qui se décide à éclore dans ce premier opus. Il joue de presque tous les instruments et choisit de garder les prises dans leur intégralité. Aucune coupe de montage ni sur les instruments ni sur les voix ne sera faite pour ce premier album. Il opte pour une boulimie de directions : guitare, clavier, batterie, chœur, chansons, arrangements, production…« tout ou rien » grâce auquel sa couleur musicale se distingue. Chaque prise est unique et cette fragilité qui laisse passer les failles et les imperfections fait de Selim un artiste unique et libre surtout.

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(Photo : Edouard Burgeat) 

joseph chédid,selim,maison rock,interview,mama,mandorInterview :

Je t’ai vu à l’Olympia avec toute ta famille. C’est unique et dingue comme expérience à vivre, non ?

Ça fait partie des choses assez magiques qui peuvent arriver dans une vie.

Vous n’êtes pas nombreux à pouvoir vivre ce genre d'aventure musicale.

C’était une expérience incroyable et j’ai toujours du mal à en parler. Ce que nous avons vécus est tellement vaste et riche. Vivre une tournée avec sa famille, j’ai conscience du caractère exceptionnelle de la chose, surtout quand on est, comme moi, en plein apprentissage. Je suis en début de carrière solo, ça m’a appris plein de choses et j’ai pu accéder à des salles que je n’aurais jamais pu occuper si tôt. J’ai pu chanter mes propres chansons devant des salles combles. Je ne te parle même pas du ressenti vécu et du renvoi des émotions du public. C’était proprement inouï. Je me suis retrouvé dans des états incroyables... et très agréables.

F.O.R.T. premier single extrait de l'album studio de Louis, Matthieu, Joseph et Anna CHEDID (sortie le 23 octobre 2015)

Vous avez tous une cote de sympathie énorme de la part du public. Tous les quatre, vous avez été traités de la même façon, sans discernement. J’ai trouvé ça beau.

Je pense que c’est parce que nous allons tous dans le même sens. Ce n’était pas un coup marketing et le public l’a senti. C’est parti d’une sincérité, d’une impulsion, d’une envie irrépressible. Ce qui est surréaliste, c’est de se dire : « ça pourrait être génial de chanter ensemble et partir sur les routes ». Se permettre de le faire dans d’excellentes conditions et qu’en plus, les gens se déplacent et apprécient, c’est jubilatoire !

Je connaissais ta sœur, ton frère et ton père. Tu étais le seul dont je ne savais pas grand-chose. Après l’Olympia, ça m’a donné envie d’aller voir sur Internet ce que tu faisais. Cette tournée familiale est un bon coup de projecteur.

J’ai la chance d’avoir cette famille composée d’artistes talentueux, ouverts et dans le partage. Il est clair que j’en ai bénéficié. Pour le public, j’étais celui que l’on connaissait le moins, mais le public a été extrêmement bienveillant envers moi. Mon album s’appelle Maison Rock, c’était ma maison rock tout ça ! Le centre de Maison Rock, ça a été cette tournée, en fait.

Selim : clip officiel de "Les Sirènes".

Si tu avais enregistré cet album après la tournée des Chédid, il aurait été différent ?

Non, je ne pense pas. Mais je suis très content de l’avoir enregistré avant. C’était une photographie de ce que j’étais à ce moment-là, avant cette sublime expérience. Maintenant que j’ai appris beaucoup de choses, j’ai très envie d’enregistrer un autre album. Ça va être intéressant de voir l’évolution entre les deux. Ce premier disque est vraiment un disque sans concession, je me demande bien comment je vais aborder le suivant.

joseph chédid,selim,maison rock,interview,mama,mandorTu as fait cet album complètement seul, dans le studio de ta maison à la campagne.

J’ai fait le disque que j’avais envie de faire. C’était important pour moi de ne pas filtrer parce qu’on est dans une époque très marketée et calibrée. Je n’ai pas cherché à me démarquer, encore moins de mon frère. On chante tous les deux dans les aigus et on n’y peut rien. On peut faire le lien entre nos physiques et nos deux voix, je le comprends, mais je m’en moque. Mon but n’est pas de prouver que je suis quelqu’un d’autre que mon frère. Pour moi, c’est une évidence.

Une évidence, vraiment ?

Après, je ne dis pas que ça n’a pas été un long travail pour le comprendre, pour le digérer et l’ancrer en soi. Avec le regard des autres et le jugement, c’est un sacré travail, je t’assure (rires). L’idée, c’était d’être sincère. J’avais quelque chose en moi qu’il fallait que je sorte. Cela faisait 27 ans que je mûrissais des sons, des chansons, alors, à un moment, j’ai décidé d’expérimenter mes idées… j’ai fait ce premier album. Instinctivement et sans me poser de question, j’ai essayé de traduire une époque de ma vie. Cette grande époque de ma vie se résume en 10 chansons et 35 minutes.

Selim : clip officiel de "Paranoïa". 

Quel regard portes-tu sur cette « Maison Rock » ?

Je dois t’avouer que j’en suis assez fier. J’ai l’impression que cet album est assez personnel.

Si on écoute l’album de Selim, connait-on Joseph Chédid ?

On a pas mal de clés, mais les choses sont un peu dans le désordre. Le concert Maison Rock est un peu là pour remettre l’histoire dans l’ordre, ce qui permet de comprendre mieux qui je suis.

La création d’un disque, c’est un puzzle ?

Plus que ça. C’est architectural! Là, je vais faire une grande palissade très fine et soudain, une montagne, après je remets du gravier, ensuite, une montagne. La montagne, ça pourrait être le refrain. Après, on repart sur une pente descendante très longue, puis un mur de brique.

Louis, Matthieu, Joseph et Anna Chedid interprètent en live le titre "Egomane" issu de leur album commun dans Le Grand Studio RTL. Une émission présentée par Eric Jean Jean.

En ce moment, tu fais la promo à la fois de ton disque personnel et de celui avec ta famille. Il y a un côté schizo dans ta vie ?

Ça me dynamise. J’ai besoin d’être en action et de ne jamais faire la même chose. Je ne joue pas le même rôle quand je suis avec mon père, ma sœur et mon frère. Je suis plus exposé. Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai gagné énormément de terrain avec cette tournée familiale. Je crois qu’il faut profiter de la vie.

Ton disque est sorti il y a un an sur internet en édition limité.

Oui, j’en ai vendu 550 moi-même. Il est sorti dans une maison de disque le 4 septembre 2015 et aujourd’hui, il est dans les magasins. Beaucoup de gens du métier n’y croyaient pas, certains m’ont dit de tout refaire parce qu’il n’était pas suffisamment radiophonique…

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Ta musique est moins abordable que celle de Matthieu, non ?

Je crois plutôt que c’est une histoire de porte d’entrée. On rentre dans un univers quand on a les clés de la maison, ensuite, on s’amuse. Là, j’en suis à un stade où les gens ne savent pas par quelle porte rentrer dans la maison.

Ta sœur Nach, elle, a très rapidement identifiée son style.

Elle a ouvert la porte plus que moi et, en tant que femme, elle se définie directement. Elle se dissocie, alors que moi, je suis frère, je suis fils… ce n’est pas pareil. Ce qui est génial, c’est que ça fait partie du parcours et de la construction. Si on ne s’affranchit pas de ses choses-là, il ne faut pas se lancer dans ce métier parce que ce n’est pas vivable.

Ça y est, tu t’es affranchi ?

J’ai envie de te dire vraiment oui, mais c’est encore un sujet qui touche ma sensibilité. Disons que je suis affranchi de tout ça à 90%. Ça me permet de vivre très bien, mais il reste une petite marge de fragilité parce que je suis en train de me construire et parce qu’il y a beaucoup de choses qui se passent actuellement.

"On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime ", extrait de l'album studio de Louis, Matthieu, Jospeh et Anna CHEDID.

Quand j’ai vu le concert, j’ai pensé à ta grand-mère, Andrée Chédid, que je connaissais un peu. Elle me parlait de ton frère et de son fils avec une grande admiration artistique. Ta sœur et toi ne chantaient pas professionnellement à l’époque. J’ai imaginé qu’elle puisse vous voir tous les quatre réunis.

Il faut voir les croyances de chacun, mais elle doit bien en profiter de là-haut. Tous, nous avons bien senti qu’elle n’était pas loin. Ce sont des énergies tout ça.

Chanter, c’est aussi donner de l’énergie. 

Quand je chante, j’ai envie que les gens soient touchés au cœur, qu’ils soient enveloppés dans une émotion et que ça leur donne de l’énergie pour construire plus beau le monde de demain. C’est mon objectif.

Le propre des artistes est de donner du bonheur aux gens, de les faire rêver. C’est ce que vous avez parfaitement réussi tous les quatre.

Il faut continuer à toucher les gens, à s’engager, mais s’engager, prendre parti intelligemment et constructivement. Il faut faire quelque chose pour que ce monde change. Il faut inverser la vapeur en distillant de l’énergie positive. Je souhaite plus de conscience, de confiance, de savoir, de transmission, de partage. Nous avons tous des choses à apprendre les uns des autres. Il y a une richesse tellement incroyable en nous, que je ne comprends pas pourquoi l’homme est ainsi. Ce monde nous dépasse.  

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Le 15 octobre 2015, selfie prise par Selim à l'issue de l'interview. 

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03 janvier 2016

Chloé Lacan : interview pour Ménage à trois

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(Photo : Adeline Poulain)

Des compagnies théâtrales aux Femmes rebelles en passant par le quintette Crevette d'Acier, Chloé Lacan a pas mal roulé sa bosse avant de prendre son envol en solo. Cette artiste flirte avec une égale virtuosité du côté du jazz, du lyrique, des mélopées tziganes… tout en faisant voltiger les tabous. Gouailleuse, drôle, émouvante, dotée d'un timbre impressionnant, elle nous embarque illico dans son univers (lacanien?) qui vante pêle-mêle les douceurs des plaisirs solitaires, les bienfaits de la paresse ou la nostalgie du temps qui passe. Elle ne se la joue pas diva, Chloé Lacan. Modeste, presque discrète, elle réserve l’exubérance à son public. Elle fait sans doute partie de ceux que la scène transfigure. Elle est une comédienne pour qui la musique est un moyen d’exprimer toute une palette d’émotions. Elle a une formation de chanteuse et d’accordéoniste, mais elle reste proche du plaisir de comédienne pour interpréter les personnages qu’elle chante. La première fois que j’ai vu Chloé Lacan, c’était au Muzik’Elles de Meaux. Elle en était le coup de cœur en 2012. Ensuite, je l’avais interviewée pour la radio de ce Festival (voir photo bonus, en bas de cette chronique mandorienne).

J’ai reçu Chloé Lacan à l’agence le 20 octobre 2015 à l’occasion de la sortie de son album Ménage à trois.

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(Photo : Adeline Poulain)

chloé lacan,ménages à trois,interviewArgumentaire officielle du disque :

Comment mener une vie normale quand on a la délicatesse décadente, le désespoir hilarant, l’opéra déjanté et l’accordéon érotique ?

Après 9 ans de Crevette d’Acier et 4 ans de Plaisirs Solitaires, son spectacle solo, Chloé Lacan revient avec un nouvel Opus, où elle s’entoure de 2 complices, multi-instrumentistes.

Un “Ménage à Trois”, qui sert à merveille la folie douce de cette Diva espiègle. Le trio est polymorphe et passe d’un instrument à l’autre, tissant des univers musicaux délicats et puissants  avec une complicité jubilatoire.

Chanter la mort en dansant, mêler le Blues et l’Opéra, susurrer du Chopin, hurler de rire pour faire la nique au temps… Chloé Lacan ne s’interdit rien. Sa plume est à fleur de peau, d’une poésie océanique ou trempée d’acide tendre. Elle a du frisson dans la voix et la scène chevillée au corps.

Laissez-vous embarquer dans cette tempête musicale, l’humour en bouée de sauvetage.

Chloé Lacan : Textes, musiques, Chant, Accordéon, ukulélé
Nicolas Cloche : Piano, percussions, Ukulélé, chœurs (La crevette d’Acier, Bleu Teckel, Gospel Project…)
Brice Perda : Saxhorn Basse, Flugabone, Glokenspiel, Chœurs (Le gros Tube, Oméga, Métismatic…)

Le 16 février 2016, Chloé Lacan et ses musiciens seront en concert à Bobino.

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chloé lacan,ménages à trois,interviewInterview :

Ta participation à La Crevette d’Acier, c’était ta toute première expérience musicale ?

En termes de chanson, j’ai vraiment commencé avec cette formation, en effet. Au départ, je viens du théâtre, et c’est au cours de mes études théâtrales que j’ai découvert l’accordéon. Ça a été un véritable choc. Un coup de foudre immédiat qui a orienté plein de choses après. J’ai commencé en accompagnant un conteur, Frédéric Naud, et j’ai rencontré des gens qui faisaient de la chanson sur un projet de cirque en Auvergne. Avec eux, nous avons monté La Crevette d’Acier. Très étonnamment, je me suis mise à faire de la chanson à ce moment-là et je me suis rendu compte que je voulais faire ça depuis l’enfance, sauf que ça ne s’était jamais formulé comme ça dans la tête.

Il me semble que tu envisages tes tours de chant comme un spectacle, non ?

J’ai eu envie de monter sur scène pour ça. Les gens qui m’ont donné envie de monter sur scène, c’était Lisa Minnelli, Gene Kelly, des gens comme ça. Sur mon tour de chant actuel, il y a des choses qui sont moins scéniques, moins joués, parce qu’aujourd’hui, j’assume un peu plus la simplicité et l’émotion au premier degré. La Crevette d’Acier était hyper théâtralisé, mes tours de chant le sont moins, mais je sens la comédienne qui est en moi toujours active.

Bande annonce du nouveau spectacle de Chloé Lacan : "Ménage à Trois" avec Brice Perda et Nicolas Cloche.

Quand tu commences une chanson, tu penses à ce qu’elle va donner sur scène ?

C’est primordial et je ne fais jamais autrement.

La Chloé Lacan qui est sur scène est-elle la même que celle de la vie de tous les jours ?

Il y a plein de petits moments où elle est la même. Je pense qu’elle a juste besoin d’un petit costume pour avoir la force de monter sur scène. J’avais aussi besoin de ma gouaille que je n’ai pas forcément dans la vie. Au départ, monter sur scène a été quelque chose de violent, surtout quand j’ai commencé à chanter en solo pour Plaisirs solitaires. Avec les années et avec la confiance, je laisse sortir de plus en plus de choses de moi, en toute simplicité. Mais, globalement, je monte sur scène pour exprimer des choses que je ne peux pas exprimer dans la vie. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller pousser plus loin que ce que l’on pousse tous les jours.

Clip officiel de "La pêche au bonheur".

C’était un besoin de te rassurer d’être à plusieurs, de ne pas être la seule tête d’affiche ?

A cette époque-là, je n’ai pas pensé mon travail en termes de tête d’affiche ou de carrière personnelle, parce que je venais du théâtre et d’un travail de troupe. Travailler en troupe, c’est une grande richesse. Il y a une complémentarité entre tous. Je me suis beaucoup nourrie des uns et des autres et j’ai beaucoup appris pendant ces années-là.

Puisque l’on évoque le travail en groupe, en voici un autre, le collectif « Femmes à bretelles ».chloé lacan,ménages à trois,interview

C’est parti d’une commande du théâtre de la ville de Bezons qui voulait un spectacle autour de l’accordéon et autour de la femme pour la Journée de la Femme du 8 mars 2006. Alice Noureux, des Blérots de R.A.V.E.L, m’a proposé de participer à cette aventure. Nous devions le jouer une fois et comme il a intéressé un public large et motivé, on le joue encore aujourd’hui deux ou trois fois par an. On a beaucoup de plaisir de se retrouver. Ça nous sort de nos projets personnels. Ce sont des moments précieux.

On apprend des autres aussi, je suppose.

On apprend même beaucoup. Dans La Crevette d’Acier, nous étions très centrés sur nous et on allait difficilement rencontrer les autres. Vers la fin de cette formation, nous nous sommes un peu plus ouverts. En solo, j’ai eu le plaisir d’être invitée souvent. J’étais toute seule, je pouvais m’intégrer plus facilement à une soirée musicale par-ci par-là. J’adorais ça parce que toute seule, je pouvais très vite tourner en rond, très vite m’assécher. Faire un saut dans Les femmes à bretelles, dans La mariée était en fuite, c’est très constructif.

chloé lacan,ménages à trois,interviewNous n’avons pas encore parlé de La mariée était en fuite.

J’étais à l’initiative de ce projet-là avec des vidéastes. Parce que l’on voulait monter des petits modules vidéos, on a déliré sur une mariée qui s’enfuyait, du coup, on a fait des duos parce que ça me faisait plaisir de partager des chansons racontant cela avec d’autres artistes comme Jeanne Cherhal, Jerem, Fred Joiselle, Nery et bien d’autres. Très vite est née l’envie d’en faire un spectacle. Ça va peut-être se rejouer en 2016.

Tu n’arrêtes jamais. Tu es toujours dans différents projets, toujours en mouvement.

Chacun à sa propre difficulté à s’arrêter. Nous sommes dans une époque qui impose le fait d’ y arriver vite et jeune. Je suis montée sur scène avec mes chansons à l’âge de 35 ans. De toute manière, je ne l’aurais pas fait avant. J’avais besoin d’avoir tout ce parcours, d’enchaîner les projets. J’ai toujours ressenti le besoin d’aller chercher de la richesse ailleurs.

Ménage à trois. Les acoustiques#1 : "Va".

Je te reçois pour ton nouvel album Ménage à trois.

Suite au Plaisirs solitaires, après quatre années de tournée, j’ai eu envie de collaborer avec des musiciens. J’avais déjà travaillé avec Nicolas Cloche, multi-instrumentiste, dans La Crevette d’Acier et je savais que je voulais recommencer. Je voulais des musiciens qui acceptent de casser ce que l’on fait d’habitude sur scène, c’est-à-dire chanter a cappella, faire des percus corporelles, et soudain, envoyer à fond la musique. C’est Nicolas qui a eu l’idée du cuivre et c’est donc Brice Perda qui nous a rejoints. Ce sont mes chansons, musiques et textes, et eux ont proposé les arrangements.

C’est un album varié.

Je pense que j’ai une peur terrible de m’enfermer dans une seule couleur. Ça doit partir d’une peur de m’ennuyer, donc, j’ai tendance à tout casser. Sur un disque, ça peut être perturbant au début parce que ça suppose de passer d’un univers à l’autre. Il n’y a pas un choix de couleur au départ.

Ménage à trois, acoustique#2, "Porto Fino". 

Le spectacle a-t-il été créé avant le disque ?

Je n’arrive pas à me projeter d’abord en disque et après sur scène. J’ai besoin que mes chansons vivent, évoluent avant de les enregistrer en studio. D’ailleurs, elles ont beaucoup bougé depuis leur origine.  

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est qu’elles sont subversives et loin d’être lisses, mine de rien.

Je parle souvent de Liza Minnelli parce qu’elle est à la fois sublime et pas lisse. Elle est trash, très sexuée, alcoolique, elle déborde, elle dérange… elle me fascine pour ça aussi. Je pense la même chose de Nina Hagen. Je suis très loin de ces caractères-là, mais heureusement que ces artistes existent. Ils nous montrent le monde en donnant des coups dans le mur. En général, dans la vie, la société, on est dans une recherche d’uniformisation qui me terrifie.

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(Photo : Adeline Poulain)

Cette uniformisation, le consensuel qui règne de nos jours, tu le vois beaucoup autour de toi ?

Je ne le vois pas partout. D'ailleurs, je n’ai plus la télé, donc je me suis coupée d’une grosse partie de ça.

Par rapport à ton métier, te sens tu bien dans cette époque ?

Je me sens juste un peu décalée parce que mon choix musical est très acoustique. Je suis dans le spectacle vivant à fond. Le moment où je me sens le mieux, c’est quand je monte sur une scène pour chanter, quand je finis en acoustique au milieu des gens. Je cherche à être en contact direct avec le public. Je crois qu’il est aussi en attente de ça.  Je ne pense pas que j’aurais été mieux à l’âge de pierre ou au XVIII e siècle.

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(Photo : Adeline Poulain)

Je pose ma question différemment. Est-ce facile d’être une artiste comme toi en 2015 ?

Je ne pense pas que ce soit facile, mais je crois qu’aucun métier n’est facile de nos jours. De toute façon, va-t-on vers un métier parce qu’il est facile ? Je ne crois pas. J’ai eu la chance d’aller vers ce métier et m’y tenir parce qu’il me faisait évoluer, parce qu’il m’apprenait sur moi-même et sur les autres et que c’était une passion.

Tu n’as pas choisi la même direction musicale que les gens que tu admirais et qui t’ont façonné, les gens de la comédie musicales américaines avec en tête de lice Liza Minnelli, Ella Fitzgerald et Billie Holiday.

Le moyen de contourner le fait que la barre soit haute, c’est de ne pas suivre les traces des artistes que j’idolâtre. Je ne me suis jamais dit que j’allais devenir chanteuse de jazz. Le fait de mettre un accordéon sur moi m’a permis de m’éloigner de cet univers. Ce sont les Bratsch qui m’ont envie de faire de l’accordéon, mais je n’ai pas fait de la musique tzigane pour autant. Je suis allée trouver ma particularité, sinon, j’allais être écrasée par mes maîtres toutes ma vie.

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Pendant l'interview...

Te rends-tu compte que tu commences à compter dans la scène française ?

Je ne me rends pas compte parce que les gens ne me le disent pas et c’est sans doute pas plus mal. J’ai juste vu qu’on avait écrit des beaux articles sur ce que je faisais. Si j’avais l’impression d’arriver quelque part, peut-être que ce serait le début de la fin.

Tu aimes qui dans les artistes de ta génération?

Sarah Olivier, je l’aime beaucoup et on a fait pas mal de trucs ensemble. Elle est mille fois plus barrée que moi. J’aime aussi Presque Oui et Loïc Lantoine. Camille et Lhasa, c’était des grandes claques quand je suis allée les voir. Sur un projet qui s’appelle L’Ultra Bal, j’ai pu rencontrer Zaza Fournier, Karimouche, Flavia Coelho, Fixi, Alexis HK, Alexandra Gatica… Ce sont des gens dont j’apprécie beaucoup le travail, le parcours et le questionnement. J’en ai oublié car la liste est longue.

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Anne Sylvestre, avec laquelle tu as déjà partagé des scènes, chante « Les gens qui doutent ». Tu en fais partie ?

Oui et le doute peut générer des angoisses qui peuvent me freiner. Après coup, je me suis rendu compte que le doute à fait partie de l’exigence.

Pourquoi vas-tu voir un artiste sur scène ?

Je viens voir un petit supplément d’âme et la larme qui va me faire sentir vivante. C’est énorme. Nous, les artistes, on fait ce métier pour ça.

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Après l'interview, le 20 octobre 2015.

Petit Bonus :

Comme je le disais en préambule, j’ai rencontré Chloé Lacan le 22 septembre 2012 aux Muzik’Elles de Meaux. Je coanimais la radio de ce festival. Voici quelques clichés de l'interview…

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01 janvier 2016

Alexis HK : interview pour son spectacle Georges et moi

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Dans son nouveau spectacle, Georges et moi,  Alexis HK reprend quelques chansons de son aîné, Georges Brassens. « On connaissait ses talents scéniques, une petite phrase de lui entre deux chansons peut faire éclater de rire une salle entière. Ici, il va encore plus loin en inventant un personnage, une sorte de lointain cousin, un brin neurasthénique, un peu nostalgique, toujours très drôle, racontant la vie d’ici au Georges Brassens de là-bas. Le tout ponctué de seize chansons de Brassens ». Comme l’indique le dossier de presse, « pour certains, ce spectacle est l’occasion de découvrir toute une partie sulfureuse de son répertoire, celui à ne pas mettre entre toutes les oreilles… ou plutôt si, car découvrir la sexualité par les chansons de Georges Brassens est un luxe qu’il est bon de transmettre aux plus jeunes. Ce spectacle existe aussi pour cela : perpétuer les traditions. Ainsi, comme le dit Alexis, les parents qui écoutent Brassens sont plus détendus que les parents qui écoutent Michel Sardou… et leurs enfants deviennent de beaux et talentueux adultes. La preuve avec ce spectacle. Merci Georges ! »

Alexis HK (déjà mandorisé  en 2009 et plus récemment en 2012) est venu me voir à l’agence le 25 novembre dernier. Ni lui ni moi n’étions encore remis du massacre du 13 novembre 2015 au Bataclan et dans les bars parisiens. Sous le choc. Avant de commencer l’interview, je trouve le chanteur un peu sonné. Beaucoup même. Nous parlons un long moment en off de ces attentats. Puis, pendant l’entretien, on essaie de s’en tenir à son spectacle, mais impossible. Besoin d’évacuer.

alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorArgumentaire du spectacle : Alexis HK présente un nouveau spectacle autour du répertoire et de la pensée de Georges Brassens. Le spectacle a été créé en septembre 2014 avec la collaboration artistique de François Morel au Théâtre Armande Béjart d’Asnières-sur-Seine.

Accompagné de Simon Mary à la contrebasse et de Loïc Molineri à la guitare, il interprète une sélection de chansons savoureusement irrévérencieuses. Au programme, quelques classiques de Brassens ("La femme d'Hector" ou "Les trompettes de la renommée") mais aussi des perles méconnues ("La religieuse", "La fessée") qui réveillent l’esprit sulfureux de Tonton Georges.

Brassens réveillé, l’occasion est trop belle pour converser avec cet esprit et monologuer façon stand-up avec le mythe sur les femmes, les cons, les vieux et la société d’aujourd’hui. On connaissait les talents d'orateur d'Alexis HK, le voici donc dans un spectacle hybride taillé sur mesure qui l’emmène aux portes du théâtre.

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alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorInterview :

Dans le spectacle, tu t’adresses à Georges Brassens et tu le tiens au courant de l’état du monde. C’était avant les attentats de la semaine dernière…

J’ai l’impression que tout prend une résonance dans ce spectacle. Brassens, dans sa liberté de parole et dans sa liberté de pensée. C’est ça aussi qui a été attaqué le 13 novembre. C’est une certaine partie d’esprit libre que l’on a décimé ce soir-là. Je ne sais pas ce qu’il aurait pensé de tout ça, à part peut-être « on est vraiment tous des cons ». Ce qui nous a éteints lors de ces événements, c’est que ce sont des civils qui sont morts. C’était des innocents. Et quand on touche à l’innocence, c’est là que toutes les grandes questions de la liberté, toutes les grandes questions de la libre pensée sont mises en branle. On est surpris par cette violence inouïe, mais j’ai l’impression que pendant toutes les périodes de l’histoire, il y a eu des choses terribles. Après ce que nous venons de vivre, soit on s’effondre, soit on essaie de s’arrêter pour comprendre.

Brassens à un rôle à jouer là-dedans ?

Oui, car c’est un émancipateur de la pensée. C’est quelqu’un qui nous ramène tous à notre libre arbitre et qui nous dit : « choisis ce que tu veux, pour peu que ce soit ce que tu as choisi et ce que tu as voulu faire. C’est tragique de se dire qu’il faille ce genre d’événement pour se remettre en question, pour remettre en question la façon dont on a vécu, le mode de vie que l’on a. C’est triste à dire, mais il faut le saisir comme une occasion de regarder de notre côté aussi et d’essayer de comprendre où nous nous sommes faits des illusions et où nous avons fermé les yeux. Dans ces cas-là, on a besoin de poètes et de gens qui savent écrire et penser.

Georges et moi, capturé par Quai Baco.

Tu es en pleine tournée de Georges et moi, vas-tu changer certaine partie du spectacle après ces attentats ?

L’idée c’est quand même de rester léger parce que je crois que les gens qui me font l’honneur de venir sont en demande d’évasion et si c’est pour les ramener devant BFM TV, je pense que ce n’est pas la peine de venir au spectacle. J’ai déjà réadapté quelques points du speech, mais je n’ai pas voulu aller trop loin là-dedans parce que je tiens à ce que l’on se fasse du bien. C’est essentiel et c’était déjà l’objectif de ce spectacle bien avant tout ça. Dans la pensée de Brassens, pour moi, parmi les points les plus forts, c’est son humour et son détachement, cette façon de regarder les choses pleine de distance et de recul.

C’est un peu aussi Alexis HK, non ? Tu ne fais pas la même chose, mais je trouve que vous avez une manière similaire de concevoir une chanson.

Moi, je fais partie d’une famille Brassens. Mes parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins… dans les réunions de famille, nous citions toujours Brassens, souvent en hurlant de rire, car nous citions les choses les plus drôles. Je pense que c’est une éducation. Au-delà du chanteur et de « l’Entertainer », il y a une dimension très forte chez Brassens. Il y a aussi une dimension individualiste dans le bon sens du terme, c‘est à dire ramener chacun à sa conscience et à son esprit et donner de l’humour à chacun pour que l’on puisse supporter tout ça. J’ai été imprégné très tôt par cet esprit-là. Ce n’est donc pas par hasard si je finis par faire ce spectacle. Ce que j’ai pu faire à titre personnel part de la même démarche : se remettre en recul par rapport à soi et par rapport au monde pour essayer de trouver soit des choses drôles, soit des choses émouvantes à dire, parce que, toute cette aventure humaine est quand même très énigmatique et très singulière. Que l’on soit dans la barbarie ou la civilisation, on a besoin de Brassens quand ça ne va pas. C’est une sorte de baume de réconfort. Je pense qu’un chanteur, en général, quelle que soit sa démarche artistique, est utile à ça. Brel, Brassens, Ferré, Fersen ou Bénabar et bien d’autres ont cette fonction de réconfort et de partage.

Session acoustique de "Le temps ne fait rien à l'affaire" par Quai Baco.

Quand tu écris une nouvelle chanson, te demandes-tu ce qu’en aurait pensé Georges Brassens ? Plus clairement, est-ce que son ombre est toujours au-dessus de toi quand tu crées ?

J’ai constaté que son ombre était là même dans des périodes où je ne l’écoutais pas du tout. Je ne passe pas mes journées à écouter Brassens non plus. Il est tellement à la base de mon enfance et de ma vie, qu’il y a des moments où je ne l’écoute pas. Malgré cela, il revient toujours. Soit on me le cite, soit je vois son nom sur une plaque de rue ou dans un parc. Je me rends compte en fait de sa puissance et de sa force. Il est comme quelqu’un qui reviendrait vous mettre la main sur l’épaule en disant que tout se passera bien. Le désarroi causé par les événements récents, c’est que même avec Brassens qui vous met la main sur l’épaule, on n’arrive pas à se réconforter… parce que là c’est trop grave.

Quand on écoute ses chansons, on s’aperçoit que rien n’est obsolète et que tout dans ce qu’il dit reste d’une modernité incroyable.

Tout à fait. Dans mon spectacle, j’ai choisi des chansons plutôt subversives. J’ai choisi le Brassens qui aide à dire  « je fais ce que je veux et je vous emmerde ». J’aime beaucoup cette dimension chez lui, derrière cet air un peu sage avec sa pipe et sa moustache. Brassens, il était un peu punk. Je dirais même qu’il était mieux qu’un punk. C’est en tout cas quelqu'un qui ne s’en laissait pas compter et qui ne s’est jamais empêcher de dire ce qu’il avait à dire. J’aime beaucoup ce Brassens-là, mais j’aime aussi beaucoup le Brassens sentimental. Les thèmes abordés par ce poète ne vieillissent pas. Que l’on parle d’amour, de la mort, de Dieu ou des cons, on se rend compte que quand des vérités sont dites et qu’elles sont dites de belle manière, elles demeurent… et elles demeurent très modernes. Brassens n’est pas un monument poussiéreux qu’on tente de récurer.

Peu de temps avant l'existence concrète du spectacle, Alexis HK interprète "Les trompettes de la renommée" de Georges Brassens, en concert à Canal 93, à Bobigny, dans le cadre des soirées FrancoFans, le 11 décembre 2014. Il est capté par le site Hexagone.

Dans ton spectacle, tu ne portes pas la moustache et tu ne fumes pas la pipe. Tu ne fais pas de mimétisme ?

(Sourire) Je ne fais ni de mimétisme, ni de parodie.

Par contre, tu modifies parfois des paroles. On entend le mot MP3 par exemple, habilement intégré dans un texte.

Volontairement, je fais des clins d’œil à la modernité pour être en connivence avec le public. Chaque fois que l’on peut faire ce genre de choses, on le fait, mais sans piétiner son œuvre, au contraire, en la prolongeant.

Le public adore ça !

Le public a toujours ce petit sourire que moi j’attends. C’est la réaction que m’ont toujours provoqué les chansons de Brassens. Ce petit sourire en coin dit : « Tu ne m’auras pas. Tu as sombré, mais moi je ne sombrerai ni dans la haine, ni dans la bêtise. J’aurais toujours ce petit sourire en coin qui démontrera que tu n’as aucune emprise sur moi. » Sous des atours légers, il y a beaucoup de profondeur chez Brassens et ça touche au cœur même de la vie et ses problématiques. (Un long silence.) J’en reviens à la gravité des événements actuels… ce petit sourire en coin, on nous l’a effacé du visage. Là, j’ai du mal à l’avoir et je vais aller le rechercher.

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Tu as joué depuis le 13 novembre ?

Oui, plusieurs fois. Je me suis appuyé sur le public et sur mon équipe pour réussir à remonter sur scène. Je ne le faisais pas pour moi, mais pour le public. Mais à titre personnel, j’avoue que là, on a réussi à éteindre quelque chose qu’il va falloir rallumer. Soit on veut le rallumer, soit on se dit que c’est définitivement éteint. Là, c’est très frais encore. Et ce n’est peut-être que le début de l’horreur, mais je ne préfère pas le penser. Je le constate, je veux le combattre.

Tu m’as dit en off que si tu ne t’étais pas caché derrière Georges Brassens, tu ne serais pas remonté sur une scène si vite.

Sans aucun doute. S’il avait été question de défendre mes propres chansons, j’aurais annulé une partie de mes concerts. Je me serais mis sous silence pour réfléchir, pour retrouver la force de continuer à créer. Là, nous nous sommes tous retrouvés autour d’un totem.

"Le pornographe" par Alexis HK (audio).

François Morel a mis en scène le spectacle… mais pas que.

Je lui ai présenté un texte qui était très touffu et dans lequel il a fallu tailler. Tous les deux, on a élagué un maximum. J’avais une grande confiance en lui sur la rythmique des choses. C’est un comédien chevronné, un habitué de la scène, en plus c’est un chanteur et un amoureux de Brassens… Je dois avouer qu’il a proposé des vannes très fidèles à l’esprit de Brassens. On les a toutes gardées parce qu’elles étaient extrêmement drôles. Quand je repense à toute cette période de création avec lui, je me rends compte de la légèreté qui régnait et du bonheur de faire ce travail avec lui. Je savais que c’était la bonne personne.

François Morel dit que ce spectacle est un hommage un peu moqueur, un peu farceur à Georges Brassens. Tu adhères à cette définition ?

Je suis complètement d’accord avec ça. Sans avoir connu Brassens, je pense que c’est quelqu’un pour qui les hommages pompeux devaient être quelque chose d’absolument insupportable. Je pense également que c’est quelqu’un qui ne veut pas être enterré sous une pierre tombale avec des gens qui pleurent ou qui écoutent ses chansons avec les sourcils dressés en surveillant si on a les bons accords et les bonnes mélodies. Il fallait être conforme à son esprit, donc être un petit peu moqueur, mais seulement un tout petit peu. En fait, ce n’est que de la tendresse. Il n’y a pas de cynisme dans ce spectacle, il y a juste de la complicité et de la connivence avec Brassens et avec le public.

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Le "La Croix" du 4 décembre 2015.

Le choix des chansons qui sont dans ton spectacle a dû être cornélien, non ?

Oui et non. Il y a avait des thèmes précis dont je voulais parler, donc je voulais des chansons qui collaient à ses thèmes. J’avais envie de parler de la gloire, des cons, de la liberté, de sexualité.

De sexualité ?

Oui, c’est un thème très fort dans l’œuvre de Brassens. On l’a traité de misogyne alors que c’est lui qui a chanté que 95 fois sur 100, la femme s’emmerde en baisant. Il n’y a pas beaucoup de mec qui ont dit ce genre de choses.

Tu as choisi aussi des chansons que tu aimais, évidemment.

Dans le choix des chansons, il y a un mélange d’intuition et de nécessité. La première condition pour faire un spectacle comme celui-là, c’est la sincérité et l’amour qu’on a pour le poète à qui on rend hommage.

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(Photo : Marc Philippe)

Selon toi, le public vient pourquoi ?

Il y a des gens qui viennent sans me connaître, juste parce que c’est un spectacle sur Brassens, d’autres parce qu’ils me connaissent, même s’ils ne sont pas des grands fans de Brassens et il y a des gens qui viennent parce qu’ils apprécient les deux. Je suis très heureux quand quelqu’un vient me voir et me dit qu’il ne connaissait pas bien Brassens, mais que grâce à mon spectacle, il a envie de se plonger dans son œuvre. J’aime bien aussi que quelqu’un qui connait bien Brassens me félicite pour mon interprétation et ce que j’ai fait de son œuvre et de son esprit. Mais la satisfaction centrale, c’est de partager l’intimité qu’on a tous avec ce chanteur. Chacun à son petit Georges Brassens en lui.

Il y a un EP reprenant six chansons. C’était pour que les gens repartent du spectacle avec un souvenir ?

Oui, c’est exactement ça. Il y a deux titres seulement communs au spectacle, la première et la dernière, entre les deux, ce sont quatre chansons inédites. Ce sont des chansons qui résonnent encore plus fort aujourd’hui. Il y a « L’assassinat », « Le roi boiteux », « Le mouton de Panurge » et « Le vin ». Ce sont des chansons que j’aime énormément et que je chante parfois dans le spectacle, à la fin quand j’ai envie d’en claquer une dernière. Ces EP sont uniquement en vinyle avec quand même des codes internet à l’intérieur pour produire un choc des époques entre le phonographe et le MP3.

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Georges Brassens en 1976.

Pourquoi ne pas faire un album en entier de reprises de Brassens ?

Je ne sais pas si j’en ai vraiment envie. J’ai l’impression qu’il y en a d’autres qui l’ont fait avant moi et qui l’ont fait très bien.

Qui ?

Je trouve que Maxime Le Forestier chante extrêmement bien Brassens, j’ai aussi adoré l’album de Renaud. Des chanteurs moins mythiques que ces deux-là s’y sont aussi collés et plutôt bien. Je préfère donc m’abstenir.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu aimes les projets. Tu ne te contentes pas de ta carrière personnelle. Je me souviens de ta tournée avec Benoit Dorémus et Renan Luce.

Le monde d’avant où un artiste défend son petit album, part faire sa petite tournée, puis sa petite promo, puis rentre chez lui, c’est fini. Déjà parce que l’industrie du disque a beaucoup changé, mais aussi parce qu’il y a eu tellement de choses qui ont été faites avant que je pense que c’est important de se mélanger aussi bien avec de grands chanteurs comme Brassens, mais aussi de grands chanteurs comme Renan Luce ou Benoit Dorémus. C’est nourrissant. Pour moi, faire un album, ça doit être le résultat d’un cheminement. On finit par faire un album parce qu’on a accumulé suffisamment d’expériences et d’émotion. Il faut que l’on ressente le besoin impérieux de faire un album parce que les choses doivent sortir.

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(Photo : Marc Philippe)

On est dans une époque pleine de grands artistes, mais on ne les voit pas facilement dans les médias.

Ce n’est plus le même schéma qu’à l’époque où, à l’arrivée, il n’y avait qu’une quinzaine d’artistes qui tournaient. On entendait toujours les mêmes. Cela dit, aujourd’hui, on entend toujours les mêmes dans les grands médias, par contre, il y a une forêt énorme d’artistes extrêmement talentueux qui font plein de choses variées et mixées.

Je retrouve ton nom dans pas mal de disques d’autres artistes. Très récemment, dans celui de Chloée Lacan.

Je suis dans une logique de confrérie et de fraternité avec les autres artistes. Je n’ai jamais envié un artiste qui avait plus de succès que moi. Dans le domaine musical, je considère que la compétition est absurde. Chacun doit avoir quelque chose de personnel à proposer, nous ne sommes donc pas dans la même piste de course. On est chacun dans notre univers et quand ça se mélange et que ça se respecte, c’est vraiment beau.

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Pendant l'interview...

Un album solo à venir avec tes propres chansons ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire un spectacle sur Brassens n’est pas du tout castrateur, comme on a pu me le demander. Je n’ai pas peur d’écrire de nouveau ou d’être figé. Je réalise au contraire que cela me détache du maître. Je suis en train d’écrire des nouveaux morceaux en ce moment et comme je suis dans l’œuvre de Brassens jusqu’au coup, je prends un contre-pied ou une contre-voie, comme on veut. Je travaille et j’essaie d’aller au cœur de ce que je ressens profondément. Je parle de mes rêves, de la solitude, parce que la solitude me touche beaucoup. Je pense que j’aurais un album dans les mois prochains.

Est-ce que ce que nous vivons en ce moment va influencer ton œuvre ?

On ne peut pas être imperméable à ce qu’il se passe, mais nous ne sommes pas des journalistes, non plus. Il s’agit pour nous, chanteurs, de sentir l’air du temps… et l’air du temps ne sent pas très bon. Je n’ai pas envie de m’arrêter à ça. Derrière le tragique, il y a toujours un peu d’espoir, donc je crois que c’est le moment de chanter un peu l’espoir. Je vais t’avouer un truc. Tout ça fait que je me remets beaucoup en question depuis une semaine. Même sur ma façon de vivre. Je me rends compte que j’ai trois voitures chez moi et qu’il y en a deux qui ne me servent à rien. C’est parce que je ne m’en occupe pas. Il faut que je m’occupe de les vendre. C’est absurde. Qu’est-ce que c’est que mon mode de vie d’ultra consommateur? Ça n’a aucun sens. Il y a plein de petites choses comme ça qu’il va falloir que je change dans ma vie. On laisse passer les journées comme ça parce qu’on aime bien qu’une journée soit conforme à celle de la veille. Pour l’instant, j’ai besoin de réfléchir et de me remettre en question. Avec ces attentats précis, ce qui est terrible en terme émotionnel, c’est qu’on ne peut se raccrocher à rien. On parle de l’innocence décimée et c’est ça qui devrait nous pousser à la méditation : comprendre que le monde peut aller jusque-là, aller jusqu’à ce niveau de barbarie là. Je le répète, si on doit écrire des chansons à partir de ça, il faut faire naître un espoir…

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Après l'interview, le 25 novembre 2015.

En bonus, l'émission Alcaline, le mag concernant "Georges et moi":

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