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29 janvier 2016

Valérian Renault : interview pour l'album Laisse couler

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(Photo : Catherine Cabrol)

Ex-Vendeurs d'enclumes, l’orléanais Valérian Renault troque l'énergie du rock alternatif pour un projet plus personnel. Avec sa voix grave, il nous dévoile ses écorchures avec une fausse douceur, une grâce amère qui ne peuvent laisser indifférent. Cet auteur-compositeur nous offre un premier disque solo Laisse couler dans lequel il joue, jongle avec les émotions… et les nôtres en particulier. Une « véritable arme d'émotions massives » ai-je lu quelque part. Valerian Renault, c'est de la chanson poétique directe qui parle d'amour et de rupture, de lien avec le père, ou qui joue avec les mots.

Le 5 novembre 2015, Valérian Renault est venu me rendre visite à l’agence pour une passionnante conversation.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorBiographie (tiré du site Éclats Spectacle) :

Valérian Renault est un personnage authentique et délicat, doté d´un charisme éclatant. Après s´être formé à la fois à l´art dramatique, au chant lyrique et au chant jazz, c´est dans la poésie des mots qu´il va se jeter à corps perdu.

Jeune auteur compositeur interprète, c´est à 20 ans qu´il rassemble autour de ses chansons une équipe de musiciens à l´énergie endiablée et au talent détonant. Les Vendeurs d´enclumes sont nés.

Pendant plus de 10 ans ils parcourront l´espace francophone, écumant les salles de concert et récoltant les prix. Mais c´est avant tout la personnalité impétueuse et la plume singulière de Valérian Renault qui font le succès des Vendeurs d´enclumes.

C´est donc tout naturellement qu´en 2012 Valérian décide de prendre son envol et de créer un nouveau répertoire sous son nom. Son interprétation trouve alors un souffle nouveau, dans le dénuement du concert solo. Il dévoile enfin la force phénoménale de son jeu délicatement puissant ainsi que la précision et la finesse de son écriture.

Valérian Renault s´engage totalement dans son art, il investit organiquement son corps-instrument et sa voix rugueuse et envoutante dans l´émotion de ses chansons.

Il vient nous chercher où que nous soyons, il nous trouve et nous trimballe dans une fausse douceur, dans une douleur veloutée, jusqu´au KO.

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(Photo: Catherine Cabrol)

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorInterview :

Viens-tu d’une famille de musiciens ?

Non et, en plus, on écoutait assez peu de musique. En revanche, mon père était administrateur d’une compagnie de théâtre. J’ai eu assez tôt l’habitude de voir des gens sur scène et donc assez tôt l’envie d’y être aussi. La première fois que je suis rentré dans une école d’art, c’était au conservatoire de théâtre. C’est par la suite que j’ai appris la musique.

Comment t’es-tu dirigé vers la chanson ?

J’ai dû écrire ma première chanson sur un air déjà existant vers 10 ans. Je pastichais des chansons. C’est un moyen d’expression qui m’a paru naturel très vite. Un jour, j’ai découvert quelques artistes, dont Brel, et j’ai eu envie de faire exactement comme eux.

Depuis tu écris des chansons continuellement ?

Non, ce sont des moments fugaces. Je peux passer un an à écrire trois chansons. J’ai des périodes où c’est un exercice régulier, et d’autres où c’est plus lointain. Dès qu’il se passe quelque chose d’important, j’ai besoin de le traduire en chanson.

Extrait de l'album Laisse couler, la chanson titre "Laisse couler" (audio).

Dans cet album, il est beaucoup question d’amour et de femme(s). Tu avoues, contrairement à d’autresvalérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandor artistes, que les chansons parlent de ce que tu vis. « Joueuse », par exemple, est une chanson très dure.

J’étais fâché avec la femme en question (rires). Mes chansons sont effectivement très personnelles, mais je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant de le savoir. Ça ne change rien en la perception que doivent avoir les gens qui écoutent mes chansons. Le fait que ce soit vrai simplifie les choses, il y a moins besoin d’inventer. Et c’est aussi un exutoire de balancer sa colère et ce que l’on a sur le cœur. Cela peut aussi me permettre de comprendre beaucoup mieux ce qu’il s’est passé et ce que l’on ressent.

Tu as toujours un angle inédit pour aborder tes histoires.

Dans la chanson et dans l’écriture en général, ce qui me passionne, c’est d’avoir un point de vue. Qui parle ? D’où on se place pour raconter une histoire ? Les thèmes que j’aborde dans mes chansons n’ont rien d’originaux, c’est la mort, l’amour, la vie. C’est rassurant quand on est auteur ou créateur de savoir que ce que l’on fait, personne d’autre ne peut le faire car il n’est pas à notre place. Ce que je fais est unique parce qu’il n’y a que moi qui suis à ma place et à partir de là, il n’y a que moi qui voit le monde d’où je suis. Le monde que je décris, si je ne le décris pas, personne ne pourra le connaître. Je trouve que c’est un voyage dépaysant de regarder le monde dans les yeux d’un autre.

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Quand tu écris une chanson, penses-tu au côté universel qu’elle doit avoir?

Je n’y pense pas quand je l’écris, mais quand je l’écoute après et que je la critique. C’est ce qui fait que je m’éloigne d’un courant de la chanson française actuelle qui ne me parle pas du tout parce qu’il est très anecdotique et très ciblé. Chanter le quotidien ne m’intéresse pas.

Mais c’est terminé ces histoires de chanteurs qui racontent leur quotidien. Les Dominique A, Bertrand Belin et autre Arman Mélies, ils sont loin de tout ça.

Oui, c’est en train de se terminer, tu as raison. En tout cas, cela fait 15 ans que je suis sûr scène et ça fait 15 ans que j’entends Bénabar à la radio et les chanteurs que j’aime dans les petits bistrots. Bon, je te l’accorde, c’est en train de bouger. On va vers une écriture poétique et ouverte… et qui tend vers l’universel.

Tu es un « formaliste ».

Tout à fait. La forme, l’emplacement des rimes, de la métrique, des césures m’importent par-dessus tout. C’est ça qui fait qu’un auteur est un musicien et c’est là où, pour moi, la chanson est un lieu de rencontre entre la musique et le texte. Il y a un poète que j’adore, c’est Paul Valéry. Dans un de ses plus beaux poèmes extraits de Charmes, Les grenades,  il raconte en une quinzaine de vers l’univers tout entier en décrivant un fruit. Il décrit tous les mystères de la vie, de la mort… il s’agit de la description d’une nature morte et il arrive à nous bouleverser. Quand la forme se rapproche le plus possible de l’idée de la beauté, de l’harmonie, on touche à la vérité ultime.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorLe poème en question :

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Quand tu écris, t’imposes-tu des contraintes ?

Oui, des contraintes presque oulipiennes. J’aime que chaque syllabe soit à sa place, j’aime savoir pourquoi cette syllabe est à cette place là et pas à une autre.

A ce point-là !

Mais je m’amuse. C’est comme si je faisais un puzzle ou un sudoku.

L'EPK de l'album Laisse couler.

Charles Aznavour a participé à une chanson.

C’est fou ! C’est une grosse surprise, car c’est un homme que je ne connais pas et que je n’ai même jamais croisé. J’avais écrit le texte de « Tes hanches », j’avais une petite mélodie en tête, mais qui ne me plaisait pas beaucoup. J’explique à Danièle Molko, mon éditrice, la difficulté que j’ai à trouver une bonne musique. Je lui précise « je voudrais une musique un peu à la Charles Aznavour, avec des envolées lyriques et en même temps quelque chose de léger, dans les tonalités majeures  ». Elle me répond « on a qu’à demander à Charles Aznavour ! »

Evidemment ! C’est si simple…

Je croyais qu’elle plaisantait. Pas du tout. Encouragé par elle, j’ai écrit un mail à Charles Aznavour en lui envoyant le texte. A ma grande surprise, il a accepté.

Tu as une écriture très littéraire. Tu lis beaucoup ?

Non. J’ai des périodes où je peux lire beaucoup et d’autres pas du tout. Par contre, je suis très doué pour parler de livres que je n’ai pas lus, pour parler de poètes que je ne connais pas… pour faire illusion il y a du monde (rires).  Franchement, ma culture est très disparate et hasardeuse.

Tu écris vite ?

Je dois vivre, ressentir des choses. J’ai besoin d’être suffisamment plein pour avoir envie de chanter et d’écrire quelque chose. Mais une fois que je suis suffisamment plein, le moment de l’écriture est très rapide. Je ne fais quasiment pas de corrections et je ne reviens pas sur ce que j’écris. Je ne commence pas à écrire tant qu’il n’y a pas un jeu de formes qui va m’amuser. Pour le fond, je laisse exprimer ce que je ressens, la forme va se construire toute seule, il suffit de laisser les mots s’agencer entre eux et ensuite, ça coule assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu as passé tellement d’année avec Les vendeurs d’enclume que ça doit te faire bizarre d’être seul sur scène, non ?

Je me sens tout nu. Nous étions cinq et ils étaient tous d’excellents musiciens, donc il n’y avait aucune question à se poser avant de monter sur scène. Nous faisions de la chanson « maximaliste » avec beaucoup d’arrangements. D’un coup, je pars à l’opposé, dans le dépouillement et l’épure total.  Ce qui est marrant, c’est que je chante aussi des chansons que je faisais avec eux, comme c’est moi qui les écrivais. Je m’aperçois depuis que je suis en solo qu’une chanson peut exister avec rien, enfin, avec pas grand-chose.

Sur ta pochette, on voit de l’encre qui sort de ta bouche…

L’album s’appelle Laisse couler. La coulure d’encre était donc dans le thème. Cela symbolise mon rapport à l’écriture. Le fait que ce soit une coulure qui tâche tout et que ce soit dégueulasse, c’est aussi parce que j’aime ça dans l’écriture. Il peut y avoir une recherche d’harmonie et de beauté dans la forme et, à la fois, j’aime bien quand ça sent un peu des pieds. Il y a des imperfections, de la violence, des mots sales, des idées pas tout à fait correctes. J’aime bien mélanger une jolie forme et un fond dégueulasse.

Tes histoires se terminent rarement bien, j’ai remarqué.

Je ne le fais pas exprès, mais tu as raison. Il n’y a pas beaucoup de happy end. Il faudrait que je m’y mette, si je veux vendre un peu à l’international (rires).

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Après l'interview, le 5 novembre 2015.

Bonus :

Et comme j'aime bien Claude Fèvre, voici son avis éclairé pour le site Nos Enchanteurs

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