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25 janvier 2016

Frédéric Fromet : interview pour Ça Fromet!

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Mais qui est Frédéric Fromet ? Si vous êtes un fidèle auditeur de France Inter vous connaissez celui que ses copains de l’émission Si tu écoutes, j’annule tout appellent le barde. Chaque vendredi après-midi avec ses chansons sur l’actualité où il tire sur tout ce qui bouge, il fait marrer tout le monde. Il chante des atrocités, mais l’hilarité gagne ceux qui l’écoutent. Impossible de résister à sa prose décapante et irrésistible.

Ceux qui n’écoutent pas cette station de radio peuvent aussi le connaître également, mais plus comme chansonnier, dans la plus pure tradition du genre. Quoi qu’il en soit, il vient de sortir une sélection de « chansons vaches », mises en musique par les Ogres de Barback. Un petit concentré de méchanceté qui fait du bien à écouter.

Le 9 novembre 2015, Frédéric Fromet, m’a reçu dans un bar où il a ses habitudes, égal à lui-même, drôle et impertinent.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorBiographie officielle :

Repéré au festival d’Avignon 2008 par le directeur du Caveau de la République, Frédéric Fromet est embauché dans ce célèbre théâtre parisien, où il fera ses armes jusqu’en avril 2014 en croquant chaque semaine l’actualité sous forme de chansons satiriques. Sa ligne de conduite : ne rien prendre au sérieux, à commencer par soi-même. Sa tronche de gentil facilitant l’expression de son esprit foncièrement frondeur, sans se départir d’une humanité certaine. Le 12 juillet 2013, Alex Vizorek, son confrère au Caveau de la République, l'invite à faire le barde en direct sur France Inter dans Le Septante-Cinq Minutes. Frédéric interviendra dès lors tous les vendredis de juillet-août 2013 et 2014 dans l'émission estivale de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Depuis septembre 2014, il sévit chaque vendredi à 17h55 en direct sur France Inter dans Si tu écoutes, j annule tout, toujours sous la houlette de Charline et Alex. Jouissant d’une remarquable liberté de parole, il s’amuse chaque semaine à brocarder l’actualité tous azimuts. Suite aux attentats de janvier 2015, sa chanson « Coulibaly Coulibalo » rencontre un auditoire notable. Il se retrouve invité à plusieurs reprises dans la matinale de Patrick Cohen. Si Frédéric s'éclate aussi à la scène. En tournée quasi-permanente avec un accordéoniste et un contrebassiste, il s’amuse et entraîne le public dans sa joie de vivre. Cet été 2015, son spectacle a affiché complet durant tout le festival d'Avignon. Le 6 novembre 2015 est paru son album Ça Fromet!

Argumentaire officiel du disque :frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Le disque de Frédéric Fromet contient 17 chansons. Où tout le monde en prend pour son grade, écrirait un gratte-papier ô combien inspiré (qui pourrait même ajouter qu' « avec des textes ciselés et une sensibilité à fleur de peau, Frédéric Fromet est un artiste décalé et plein d'autodérision à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession et qui pourtant tire à boulets rouges sur tous les travers de notre société dans un opus jubilatoire qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale tant il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas »).

L'album s'ouvre sur « Je suis bobo ». A son descriptif fouillé, on devine une charge autobiographique. Une façon de dire « Maintenant que je me suis bien foutu de ma tronche, je vais pouvoir m'occuper de la vôtre... ». Le festival peut alors battre son plein. Au tableau de chasse : les provinciaux (« Chez les bouseux »), les mômes insupportables (« Morveux »), le jargon d'entreprise (« Les jeunes cadres dynamiques »), les footeux (« Shoote, shoote, shoote »), les joggeurs (« Je cours »), les chanteurs rive gauche qui roulent les r (« La Chanson Française »), l'extrême-droite (« Mawine Le Peigne »), l'extrême-gauche (« Je suis plus de gauche que vous »), la foire des intermittents du spectacle (« Juillet à Avignon »), le trop bio pour être vrai (« C'est du bio »), la société numérico-débilo-narcissique (« A cause d'un clic » et « Le Siècle des Lumières »).

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorTrois chansons sont directement inspirées par une actualité récente. « Coulibaly Coulibalo » rend hommage aux victimes des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher en janvier 2015 et se conclut par « Les fous de Dieu sont des tocards »... « Gad Elmallette » évoque une vedette qui aime sa banque en France tout en fraudant le fisc avec des placements en Suisse (révélés par le journal Le Monde en février 2015). Enfin, « Badaboum lé péti

yélico » s'inspire de cet accident d'hélicoptères en mars 2015 au cours du tournage d'une émission de télévision qui vend du temps de cerveau disponible. L'album se termine sur un enregistrement live lors de la tournée des 20 ans des Ogres de Barback, avec lesquels

Frédéric Fromet chante « J'ai tout plein d'amis au Medef ».

Les Ogres de Barback, justement, ont signé les arrangements musicaux et joué sur tous les morceaux.

A noter que les superbes illustrations de la pochette et du livret sont l'œuvre d'Aurel, sollicité pour son univers proche de celui de Frédéric à travers ses dessins de presse.

Effectivement, Ça Fromet !.

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(Photo : Fabien Espinasse)

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorInterview :

Il y a un projecteur braqué sur vous depuis deux ans, mais vous écrivez et chantez depuis combien de temps ?

Avant j’avais un vrai travail, j’étais un jeune cadre dynamique. Le 1er janvier 2009, j’ai été embauché par le Caveau de la République. Déjà, je devais écrire une chanson par semaine sur l’actu. Mais cette fois-ci, je la chantais sur scène, devant un public. J’ai fait ça jusqu’à ce que cet établissement ferme ses portes, en avril 2014. C’est au Caveau de la République que j’ai rencontré Alex Vizorek et c’est lui qui m’a permis d’accéder à la radio.

Vous avez pris la décision d’arrêter votre travail de « jeune cadre dynamique ». C’était risqué.

J’ai pris une année sabbatique pour tester et comme j’étais toujours accepté au Caveau de la République au bout de cette année, j’ai continué. J’ai largué mon ancienne vie. Ce qui n’empêche pas des remises en question perpétuelles. Par exemple, à la radio, j’ai l’impression de recommencer à zéro chaque semaine. Je vis désormais à la semaine la semaine. C’est ce qui fait le sel de cette activité. Ça m’oblige à donner le meilleur de ce que je suis capable de produire.

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L'équipe de Si tu écoutes, j'annule tout.

Depuis que vous faites l’émission, Si tu écoutes, j’annule tout, quasiment toutes les vidéos de vos frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorprestations sont relayées…

Ca a réellement démarré à partir de janvier. On m’a engagé dans cette émission au dernier moment, du coup au début, comme un feignant, j’ai écoulé mon stock de chansons existantes. Elles ne portaient pas sur l’actualité de la semaine, elles se contentaient donc de marchoter. L’impact n’était pas très puissant, je dois l’avouer. Depuis que je traite de l’actualité immédiate, ce que je chante parle à plus de monde.

Nous nous en serions bien passés, mais c’est suite aux attentats du 7 janvier 2015 que tout a basculé pour vous.

Oui, j’ai chanté « Coulibaly Coulibalot » et cette chanson a eu un succès phénoménal. Pour moi, ce n’était qu’une chanson de plus pour rigoler. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde l’impact qu’elle aurait pu avoir.

Frédéric Fromet explique aux enfants de France les attentats de ces méchants pas beaux Djihadistes.

La France pleurait ses morts et vous, vous parlez des meurtriers en nous faisant rire…

Mais vous savez, ça m’a fait du bien à moi d’abord. Après, on m’a expliqué que ça a été une catharsis pour plein de monde. Beaucoup m’ont dit que c’était la première fois qu’ils riaient après les attentats. 

Quand on écrit ce genre de morceau, sait on jusqu’où on peut aller ? Plus précisément sait-on quelle est la limite à ne pas dépasser et s’impose-t-on des limites?

Mais quelle question chiante ? (Rires) Le mot limite n’est pas le bon mot. J’essaie juste d’être en accord avec moi-même. Depuis « Coulibaly Coulibalot », je réfléchis davantage à ce que j’écris. Il y a eu des conséquences que je n’avais pas mesurées. Tant que les chansons circulaient dans un réseau assez restreint, ça allait puisque les gens avaient les codes pour la comprendre. Celle-ci est arrivée sur les réseaux sociaux à des oreilles qui ne comprenaient pas ce que je voulais dire derrière tout ça. Il y a eu parfois une incompréhension totale de cette chanson. Il y a notamment un couplet pour dénoncer les amalgames qui a été compris au premier degré par certaines personnes… et pas par les plus tolérantes. Maintenant, je me pose la question de savoir si mon second degré ne va pas être compris au premier.

La chanson de Frédéric Fromet consacrée au port de la kippa: Où t'es kippa, où t'es?"

Ce n’est pas dommage pour le créateur que vous êtes. Vous êtes obligés de vous freiner du coup, non ?Je fais plus attention à ma façon d’écrire. Je fais en sorte que mon second degré et mon ironie soient plus perceptibles à tout le monde.

Vous n’avez jamais peur de conséquences plus importantes par rapport à ce que vous dites dans vos textes ?

Avec « Coulibaly Coulibalot », j’ai eu des problèmes. Je n’ai pas envie de m’étaler dessus, mais du coup, là, j’ai vraiment eu peur. Pendant au moins deux semaines, j’ai été un peu « bousculé ».

Vous lancez des textes « costauds » avec une musique légère, voire enjouée et une voix gentille, voire presque féminine…

Il y a beaucoup d’auditeurs de France Inter qui appellent pour connaître le nom de la fille qui chante. Ça ne me vexe pas. C’est ma voix, c’est comme ça. J’ai l’impression que ce sont tous ces points que vous évoquez qui font ma force. Cela me permet de dire beaucoup sans agresser et au contraire, provoquer un sourire. Récemment, j’ai vu un groupe qui faisait des reprises de mes chansons, je suis parti au bout de trois chansons tellement j’ai eu peur.

C’est compliqué de rendre l’actualité, souvent morose et sordide,  hilarante ?

Ma ligne de conduite est de ne rien prendre au sérieux dans ma vie et dans la chanson. Dans ce que j’écris, le problème majeur est de trouver l’angle. En ce moment je me mets beaucoup de pression dans la mesure où je sais que c’est beaucoup relayé sur les réseaux que j’appelle asociaux.

Cela vous embête d’être relayé, j’ai l’impression, non ?

Je ne vais pas me plaindre de cette forme de médiatisation, mais elle implique plus de vigilance de ma part. A la base, moi, je fais juste de la radio, mais à partir du moment où elle est filmée et relayée au plus grand nombre, ce n’est plus de la radio. J’ai mis un moment à comprendre cela.

Vous n’aimez pas les réseaux sociaux, mais vous avez-vous-même une page Facebook dans laquelle vous relayez vos chansons diffusées dans l’émission de France Inter. C’est un peu paradoxal, non ?

Je suis quelqu’un de paradoxal et plein de contradictions… mais un peu comme tout le monde.

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Vous montrez vos textes à Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek avant de les chanter dans l’émission ?

Jamais. Ils tiennent à garder la spontanéité de leurs réactions. Je tiens à souligner que j’ai une liberté incroyable. Personne ne sait de quoi je vais parler. C’est vraiment l’émission où on peut tout se permettre.

Vous n’avez pas peur du dérapage ?

Non, parce que je fais quand même gaffe à ce que j’écris. Ça ne m’intéresse pas de déraper. Je ne suis pas pour la provoc’ à deux balles !

Je n’ai jamais compris comment les gens comme vous pouvaient savoir ce qui va passer et ce qui ne va pas passer tant parfois la frontière est mince.

Je me suis posé la question sur une chanson sur le petit Aylan. J’ai hésité à reprendre telle quelle la chanson « Hélène » de Roch Voisine, qui faisait « seul sur le sable, les yeux dans l’eau… ». Je l’ai chanté.

Il y a une autre chanson un peu tendancieuse, c’est « Badaboum lé péti Yélico ». Là, on parle de 10 morts dans deux accidents d’hélicoptère…

Il y a un passage sur la viande grillée, même moi, je me suis dit que j’étais allé un peu loin. Mais quand je me dis « je ne vais pas oser faire ça », c’est bon signe. En fait, si on écoute bien, c’est une chanson qui dénonce les travers de la téléréalité.


"Bioman, le djihadiste vert" : la chanson de... par franceinter

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorVous interprétez votre chanson à la radio le vendredi. Vous travaillez une semaine complète pour faire la suivante ?

Je me repose le week-end et le lundi. Le mardi, je commence à suivre sérieusement les informations et lire la presse, mais concernant l’écriture, je ne m’y mets qu’à partir du mercredi.

Il y a un côté jubilatoire à écrire une chanson pour faire marrer les gens ?

L’idée c’est de m’amuser d’abord moi-même. Cela dit, l’équipe de France Inter peut en témoigner, je suis rarement content de ce que je fais. La seule fois où j’ai été content d’une chanson, c’était quand j’ai fait un titre sur le directeur de Radio France, Mathieu Gallet. Là, j’étais content de moi.

Avez-vous la volonté de faire bouger les consciences ?

Pas du tout. Je ne fais que des chansonnettes. Je veux que dans mes chroniques, il y ait un minimum de fond, mais je ne fais pas de la chanson engagée. Ce n’est pas mon créneau. Je veux juste que les gens qui m’écoutent trouvent le sourire.

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Quand Télérama parle de Frédéric Fromet.

S’améliore-t-on de texte en texte, de semaine en semaine ?

J’espère. Je fais en sorte de m’améliorer. Mais, je ne peux pas savoir si j’y parviens ou pas. Ce n’est pas à moi de le dire, d’ailleurs.

Dans vos chansons, vous vous moquez de la société, de nous-mêmes et aussi de vous.

Oui, je ne m’épargne pas. Il y a une chanson sur la course à pied, je parle de moi. Il y a une chanson sur la nourriture bio, je mange bio. Pour se permettre de se moquer des autres, il faut savoir se moquer de soi.

Comment avez-vous choisi les chansons qui figurent dans votre disque ?

Ce sont des chansons déjà chantées dans l’émission, hormis « Le Siècle des Lumières ». Il a fallu faire un choix parmi un stock conséquent de chansons. J’ai choisi des chansons d’actualité, mais qui ne soient pas trop périssables rapidement. Ce sont aussi des chansons qui ont été jouées sur scène maintes et maintes fois. Elles ont toutes un vécu.  

"J'ai tout plein d'amis au Medef", enregistré en live avec Les Ogres de Barback.
Extrait de l'album Ça Fromet ! de Frédéric Fromet. Réalisé, arrangé et orchestré par Les Ogres de Barback.

Quel est le rôle des Ogres de Barback dans ce disque ?

Je n’aime pas les disques, mais je voyais qu’il y avait de la demande et qu’il fallait en faire un. Je me suis adressé aux Ogres qui m’avaient invité sur leur tournée des 20 ans. Après s’être réunis, ils ont accepté de m’aider, mais à condition qu’ils réalisent et qu’ils jouent dessus. C’était Noël pour moi. Ils se sont formidablement occupés de ce disque.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Le plus simplement du monde. Je leur ai envoyé mes chansons en guitare voix et, ensuite, ils ont proposé leurs arrangements. Je n’ai jamais eu une remarque à faire. Ils sont vraiment très forts et très gentils. Je les aime beaucoup.

J’ai l’impression que vous êtes dans le doute permanent et que vous n’aimez pas ce que vous faites.

Au début, je pensais que c’était un frein, mais aujourd’hui, je m’aperçois que c’est plus un moteur. Ça pousse à ne jamais relâcher la pression.

Et je suis sûr que vous n’aimez pas les compliments.

Je déteste ça. Je trouve toujours une pirouette pour désamorcer un compliment. Les critiques font plus avancer que les compliments.

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Après l'interview, le 9 novembre 2015, dans un bar de la capitale. 

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