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13 janvier 2016

Dominique Maisons : interview pour Le festin des fauves

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorJ'avais beaucoup apprécié le thriller de Dominique Maisons, Le psychopompe (rebaptisé Les violeurs d’âmes pour la version poche et qui avait fait l’objet d’une première mandorisation), j’avais donc hâte de lire son nouveau roman (très) noir, Le festin des fauves. Et je n'ai pas été déçu. Au contraire. Je suis resté scotché. Quel talent ce Maisons!

Ici, il est question des services de renseignements qui vont devoir déjouer les plans machiavéliques de l’autoproclamé « Judex ». Maisons nous fait découvrir les arcanes du pouvoir et du renseignement français... et tout n'est pas rose.

L'écrivain est passé me voir à l’agence le 3 novembre dernier.

4e de couverture :dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandor

Le nouveau grand espoir du thriller français lâche les fauves.
Un roman impitoyable et magistral.

A Neuilly, un notable donne une somptueuse soirée libertine. Les hommes portent des masques de lions ou de chacals, les femmes sont les proies : gazelles ou biches. La fête s'achève dans un jaillissement de sang. L'hôte s'écroule. Un poison lui a fait exploser tous les organes. Qui est ce Judex qui revendique le meurtre et se présente en justicier ? Que viennent faire dans ce puzzle sanglant une maîtresse SM en guerre contre les hommes, trois frères brésiliens qui sèment la mort pour récupérer d'étranges urnes funéraires ?
Quand un nouveau grand ponte succombe aux avertissements de Judex, c'est tout l'appareil étatique et policier qui se retrouve en danger. Le Commandant Rossi sait qu'il est le premier fusible. Pour sauver sa peau, il doit remonter la piste de Judex jusqu'aux plus hautes sphères.

L’auteur :

Dominique Maisons est né en 1971. Il a été éditeur de presse, traducteur de bande-dessinée, a travaillé 10 ans dans la musique, a coproduit un long métrage (un thriller franco-chinois, L’œil du silence) ainsi que les DVD de La Vie privée des animaux de Patrick Bouchitey… Il a surtout vu son premier thriller couronné du Grand Prix VSD du polar 2011 : Le Psychopompe.

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorInterview :

J’ai remarqué que tes trois romans sont très volumineux.

Je m’imagine toujours que le livre que je débute va faire dans les 440 pages. J’ai mon plan en tête, mais pendant l’écriture, je réalise que l’histoire demande des développements et des précisions supplémentaires. J’ai tendance à me laisser déborder… et mes personnages sont les premiers à m’inciter à déborder d’ailleurs…

Ton livre commence avec une scène quasiment gore. Il y en a plusieurs. Tu ne nous épargnes rien.

J’ai réussi à créer une ambiance tellement lourde qu’elle fait imaginer aux gens beaucoup de choses. Il n’y a pas tant d’hémoglobine que ça, si ?

Si, je t’assure. Tous ceux qui sont assassinés par le méchant de ton histoire, Judex, finissent dans d’atroces souffrances quand même.

C’est sûr, il ne rate jamais son coup (rires). Franchement, j’adore écrire des scènes un peu gore, je trouve ça drôle. Je viens de la tradition du Grand Guignol et des films d’horreur des séries Z. Quand je réussis à m’écœurer moi-même, là, je considère que la scène est réussie.

Judex est un criminel avec un fond anarchiste.

Je ne revendique aucun des propos qu’il tient. Ce n’est pas un texte politique. Judex est plus qu’un anarchiste, c’est un activiste. C’est plus un Monte Cristo qu’un révolutionnaire.

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Judex est un personnage tiré d’un feuilleton de Louis Feuillade et Arthur Bernède.

J’adore les romans populaires français, les feuilletonistes, Dumas, Feuillade, Bernède. Ces deux derniers sont responsables respectivement de Fantomas et de Belphégor. Ils font partie de notre patrimoine imaginaire. Judex, à ces débuts, étaient plus populaire que Batman. J’ose même affirmer que, quelque part, il en est à l’origine. Ce mythe du justicier masqué qui a des pouvoirs quasi surnaturels pour se venger, caché dans l’ombre… Quand Judex a traversé l’atlantique, il est devenu The Shadow. C’est pour contrer ce personnage qui était très populaire qu’un éditeur concurrent à créer Batman. Je déplore que Batman soit aujourd’hui plus connu dans la culture américaine que Judex dans la culture française. Les français ont un peu honte des personnages populaires. Ce n’est ni chic, ni noble, du coup, les personnages sont oubliés.

Du coup, avec ton roman, tu as souhaité réhabiliter Judex ?

Oui. Je trouve ce personnage extraordinaire. En 1917, il faisait chanter des banquiers véreux en leur disant « vous vous êtes enrichis sur la spéculation, vous avez ruiné des pauvres gens, donnez la moitié de votre fortune, sinon, je vous fais passer à la trappe ». Il y avait un côté Anonymous. Je trouve Judex tellement moderne. Ce qui est très fort chez lui, c’est qu’il manipule des gens pour faire des actions à sa place.

Dans ton livre, la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) panique complètement parce que Judex semble avoir accès à des informations tirés de dossiers secrets.

Oui, il sait tout de personnes protégées en raison d’intérêts conséquents derrière, comme un grand PDG d’un groupe pétrolier français ou un marchand d’armes… qui ramènent beaucoup d’argent à l’état.

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(Photo : Kh Dedalus)

J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des services de renseignements français.

Tout est rigoureusement exact. La pratique des « blancs » à la DCRI, c’est authentique. Ils font des notes que personne ne signe pour que l’on ne sache pas qui les a écrites et pourquoi. Si un jour quelqu’un tombe dessus, il ne pourra pas y avoir d’interrogatoire, du style : « Pourquoi avez-vous espionné tel candidat à la présidentielle pendant six mois en mettant sous écoute sa famille, ses voisins, ses proches…etc. » Tout cela reste dans une totale opacité.

Les journalistes d’investigation en prennent pour leur grade aussi.

Ils sont méprisés par Judex qui sait qu’ils participent aussi au système. Il sait que s’il y a quelque chose de particulièrement dérangeant, ça ne sortira pas. Il y a très peu de journalistes réellement indépendants. S’il y a un fond de réalité dans le livre, tout est très exagéré. C’est un thriller que j’ai voulu populaire.

A un moment, Judex utilise un pigeon voyageur pour envoyer un message à un de ses sbires…

Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, dans les services de renseignements, ces pratiques reviennent. Ils réapprennent à faire de l’espionnage « low-tech » avec la machine à écrire, les messages cryptés, voire les pigeons voyageurs. Aujourd’hui, Internet et le digital laissent des traces indélébiles.

Quand on referme ton roman, il reste un arrière-goût de « tous pourris ».

Non, j’ai essayé d’être équilibré. Si on écoute la voix de Judex, oui, mais on n’est pas obligé d’écouter cette seule voix, il y en a d’autres dans le roman. Celle de mon flic, le commandant Rossi, par exemple. C’est un bon flic, un peu alcoolique et désabusé, mais un bon chasseur et pas du tout pourri.

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(Photo : Kh Dedalus)

Tu écris toujours des romans foisonnants. Il faut suivre pour ne pas se perdre… et il faut avoir le cœur bien accroché.

Je respecte mon lecteur. Je lui donne des intrigues qui peuvent les stimuler. Je m’amuse parfois à le provoquer, à pousser un peu les limites, à atteindre des niveaux de noirceurs rares. La thématique de la chair, de la viande est très présente dans mes livres. Il y a un côté Hannibal Lecter dans certains de mes personnages. Il ne faut pas que mes lecteurs soient allergiques aux scènes de sang, c’est sûr. Mon prochain livre sera beaucoup plus soft.

Tu vas y parvenir ?

Oui, ce sont des ingrédients que l’on dose.

On sent que dans tes livres, il y a du fond… et de l’enquête pour parvenir à être le plus rigoureux possible.

Je n’aime pas les thrillers qui sont légers en documentation et sur les circonstances, les thrillers qui jouent sur des ficelles un peu grosses, sans fond, sans crédibilité, sans travail. Quand on écrit un thriller, on doit avoir une base de travail solide, créer des scènes et des personnages crédibles et avoir une mécanique qui fonctionne très bien. Ce que j’admire chez certains de mes confrères, c’est la capacité à brasser de l’information et de la restituer de manière fluide.

Comment fais-tu le distinguo entre un polar et un thriller ?

Pour moi, dans un thriller, les personnages sont toujours sous tension. Ils ne sont pas juste dans une enquête, ils sont menacés eux aussi.

La question qui tue. C’est quoi le secret pour écrire un bon thriller ?

Il faut créer une tension, ne jamais la laisser retomber, écrire des chapitres courts, éviter les introspections, être sans arrêt dans l’action. Le thriller, c’est un travail d’artisan, on dose, on calibre ses ingrédients.

Il y a un peu de sexe dans Le festin des fauves. Notamment avec la turbulente et jolie Lucie, ton héroïne un peu borderline.

Ces scènes-là, c’est Lucie qui les a provoquées. Elle a un compte à régler avec la gente masculine. Elle est très en colère et pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à jouer de ses charmes. Ce qui la caractérise, c’est qu’elle refuse d’être une victime et qu’elle est tenace.

Tes personnages ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont loin d’être manichéens.

Ce qui est sûr c’est qu’ils sont paradoxaux, mais nous sommes tous paradoxaux. Tant mieux !

Tu as écrit ce livre en six mois.

Oui, et pas à temps plein. Par contre, il faut écrire tous les jours. Il faut rester sur sa lancée sinon on perd le contact avec ses personnages et l’action. Pas d’échappatoire possible. C’est difficile de rester dans l’ambiance du livre, dans la bonne direction, ça implique un contact quotidien.

Après, il y a les corrections.

Mon éditrice m’a rendu fou. Il y a eu 7 ou 8 jeux de corrections. A un moment, je connaissais le livre par cœur, je n’en pouvais plus (rires). Je dis ça, mais je suis très content d’avoir signé dans une maison d’édition exigeante. J’avais besoin et envie de cela. Cela m’a fait progresser.

Quand tu finis un livre, tu arrives à couper le cordon avec lui ?

C’est très difficile. Pour le couper, la seule solution, c’est d’en commencer un autre.

Le prochain livre ?

Il est déjà écrit. C’est un thriller qui se passe en 1909. Il y a encore un hommage très appuyé aux feuilletonistes de l’époque.

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Après l'interview, le 3 novembre 2015.

Commentaires

Je viens de découvrir "Le psychopompe" et je me régale. Il n'est jamais trop tard pour faire des trouvailles.

Une petite critique cependant concernant ce "thriller", juste un détail en fait : à une époque où la longévité augmente, comment peut-on dire d'une personne qui a "la soixantaine" (the right side of sixty diraient les anglais) qu'elle est ÂGÉE ? Je suis étonnée que personne ne vous en fait la remarque...La métisse est ainsi qualifiée de vieille femme trois fois (j'en suis à la moitié :D), et je crains pour ses jours!
En consultant ce site je vois que vous avez vous-même 45 ans. Plus que 15 ans avant le 3° âge.. N'est-ce pas horrible?

:)

Écrit par : leconte | 11 juin 2016

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