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01 janvier 2016

Alexis HK : interview pour son spectacle Georges et moi

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Dans son nouveau spectacle, Georges et moi,  Alexis HK reprend quelques chansons de son aîné, Georges Brassens. « On connaissait ses talents scéniques, une petite phrase de lui entre deux chansons peut faire éclater de rire une salle entière. Ici, il va encore plus loin en inventant un personnage, une sorte de lointain cousin, un brin neurasthénique, un peu nostalgique, toujours très drôle, racontant la vie d’ici au Georges Brassens de là-bas. Le tout ponctué de seize chansons de Brassens ». Comme l’indique le dossier de presse, « pour certains, ce spectacle est l’occasion de découvrir toute une partie sulfureuse de son répertoire, celui à ne pas mettre entre toutes les oreilles… ou plutôt si, car découvrir la sexualité par les chansons de Georges Brassens est un luxe qu’il est bon de transmettre aux plus jeunes. Ce spectacle existe aussi pour cela : perpétuer les traditions. Ainsi, comme le dit Alexis, les parents qui écoutent Brassens sont plus détendus que les parents qui écoutent Michel Sardou… et leurs enfants deviennent de beaux et talentueux adultes. La preuve avec ce spectacle. Merci Georges ! »

Alexis HK (déjà mandorisé  en 2009 et plus récemment en 2012) est venu me voir à l’agence le 25 novembre dernier. Ni lui ni moi n’étions encore remis du massacre du 13 novembre 2015 au Bataclan et dans les bars parisiens. Sous le choc. Avant de commencer l’interview, je trouve le chanteur un peu sonné. Beaucoup même. Nous parlons un long moment en off de ces attentats. Puis, pendant l’entretien, on essaie de s’en tenir à son spectacle, mais impossible. Besoin d’évacuer.

alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorArgumentaire du spectacle : Alexis HK présente un nouveau spectacle autour du répertoire et de la pensée de Georges Brassens. Le spectacle a été créé en septembre 2014 avec la collaboration artistique de François Morel au Théâtre Armande Béjart d’Asnières-sur-Seine.

Accompagné de Simon Mary à la contrebasse et de Loïc Molineri à la guitare, il interprète une sélection de chansons savoureusement irrévérencieuses. Au programme, quelques classiques de Brassens ("La femme d'Hector" ou "Les trompettes de la renommée") mais aussi des perles méconnues ("La religieuse", "La fessée") qui réveillent l’esprit sulfureux de Tonton Georges.

Brassens réveillé, l’occasion est trop belle pour converser avec cet esprit et monologuer façon stand-up avec le mythe sur les femmes, les cons, les vieux et la société d’aujourd’hui. On connaissait les talents d'orateur d'Alexis HK, le voici donc dans un spectacle hybride taillé sur mesure qui l’emmène aux portes du théâtre.

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alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorInterview :

Dans le spectacle, tu t’adresses à Georges Brassens et tu le tiens au courant de l’état du monde. C’était avant les attentats de la semaine dernière…

J’ai l’impression que tout prend une résonance dans ce spectacle. Brassens, dans sa liberté de parole et dans sa liberté de pensée. C’est ça aussi qui a été attaqué le 13 novembre. C’est une certaine partie d’esprit libre que l’on a décimé ce soir-là. Je ne sais pas ce qu’il aurait pensé de tout ça, à part peut-être « on est vraiment tous des cons ». Ce qui nous a éteints lors de ces événements, c’est que ce sont des civils qui sont morts. C’était des innocents. Et quand on touche à l’innocence, c’est là que toutes les grandes questions de la liberté, toutes les grandes questions de la libre pensée sont mises en branle. On est surpris par cette violence inouïe, mais j’ai l’impression que pendant toutes les périodes de l’histoire, il y a eu des choses terribles. Après ce que nous venons de vivre, soit on s’effondre, soit on essaie de s’arrêter pour comprendre.

Brassens à un rôle à jouer là-dedans ?

Oui, car c’est un émancipateur de la pensée. C’est quelqu’un qui nous ramène tous à notre libre arbitre et qui nous dit : « choisis ce que tu veux, pour peu que ce soit ce que tu as choisi et ce que tu as voulu faire. C’est tragique de se dire qu’il faille ce genre d’événement pour se remettre en question, pour remettre en question la façon dont on a vécu, le mode de vie que l’on a. C’est triste à dire, mais il faut le saisir comme une occasion de regarder de notre côté aussi et d’essayer de comprendre où nous nous sommes faits des illusions et où nous avons fermé les yeux. Dans ces cas-là, on a besoin de poètes et de gens qui savent écrire et penser.

Georges et moi, capturé par Quai Baco.

Tu es en pleine tournée de Georges et moi, vas-tu changer certaine partie du spectacle après ces attentats ?

L’idée c’est quand même de rester léger parce que je crois que les gens qui me font l’honneur de venir sont en demande d’évasion et si c’est pour les ramener devant BFM TV, je pense que ce n’est pas la peine de venir au spectacle. J’ai déjà réadapté quelques points du speech, mais je n’ai pas voulu aller trop loin là-dedans parce que je tiens à ce que l’on se fasse du bien. C’est essentiel et c’était déjà l’objectif de ce spectacle bien avant tout ça. Dans la pensée de Brassens, pour moi, parmi les points les plus forts, c’est son humour et son détachement, cette façon de regarder les choses pleine de distance et de recul.

C’est un peu aussi Alexis HK, non ? Tu ne fais pas la même chose, mais je trouve que vous avez une manière similaire de concevoir une chanson.

Moi, je fais partie d’une famille Brassens. Mes parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins… dans les réunions de famille, nous citions toujours Brassens, souvent en hurlant de rire, car nous citions les choses les plus drôles. Je pense que c’est une éducation. Au-delà du chanteur et de « l’Entertainer », il y a une dimension très forte chez Brassens. Il y a aussi une dimension individualiste dans le bon sens du terme, c‘est à dire ramener chacun à sa conscience et à son esprit et donner de l’humour à chacun pour que l’on puisse supporter tout ça. J’ai été imprégné très tôt par cet esprit-là. Ce n’est donc pas par hasard si je finis par faire ce spectacle. Ce que j’ai pu faire à titre personnel part de la même démarche : se remettre en recul par rapport à soi et par rapport au monde pour essayer de trouver soit des choses drôles, soit des choses émouvantes à dire, parce que, toute cette aventure humaine est quand même très énigmatique et très singulière. Que l’on soit dans la barbarie ou la civilisation, on a besoin de Brassens quand ça ne va pas. C’est une sorte de baume de réconfort. Je pense qu’un chanteur, en général, quelle que soit sa démarche artistique, est utile à ça. Brel, Brassens, Ferré, Fersen ou Bénabar et bien d’autres ont cette fonction de réconfort et de partage.

Session acoustique de "Le temps ne fait rien à l'affaire" par Quai Baco.

Quand tu écris une nouvelle chanson, te demandes-tu ce qu’en aurait pensé Georges Brassens ? Plus clairement, est-ce que son ombre est toujours au-dessus de toi quand tu crées ?

J’ai constaté que son ombre était là même dans des périodes où je ne l’écoutais pas du tout. Je ne passe pas mes journées à écouter Brassens non plus. Il est tellement à la base de mon enfance et de ma vie, qu’il y a des moments où je ne l’écoute pas. Malgré cela, il revient toujours. Soit on me le cite, soit je vois son nom sur une plaque de rue ou dans un parc. Je me rends compte en fait de sa puissance et de sa force. Il est comme quelqu’un qui reviendrait vous mettre la main sur l’épaule en disant que tout se passera bien. Le désarroi causé par les événements récents, c’est que même avec Brassens qui vous met la main sur l’épaule, on n’arrive pas à se réconforter… parce que là c’est trop grave.

Quand on écoute ses chansons, on s’aperçoit que rien n’est obsolète et que tout dans ce qu’il dit reste d’une modernité incroyable.

Tout à fait. Dans mon spectacle, j’ai choisi des chansons plutôt subversives. J’ai choisi le Brassens qui aide à dire  « je fais ce que je veux et je vous emmerde ». J’aime beaucoup cette dimension chez lui, derrière cet air un peu sage avec sa pipe et sa moustache. Brassens, il était un peu punk. Je dirais même qu’il était mieux qu’un punk. C’est en tout cas quelqu'un qui ne s’en laissait pas compter et qui ne s’est jamais empêcher de dire ce qu’il avait à dire. J’aime beaucoup ce Brassens-là, mais j’aime aussi beaucoup le Brassens sentimental. Les thèmes abordés par ce poète ne vieillissent pas. Que l’on parle d’amour, de la mort, de Dieu ou des cons, on se rend compte que quand des vérités sont dites et qu’elles sont dites de belle manière, elles demeurent… et elles demeurent très modernes. Brassens n’est pas un monument poussiéreux qu’on tente de récurer.

Peu de temps avant l'existence concrète du spectacle, Alexis HK interprète "Les trompettes de la renommée" de Georges Brassens, en concert à Canal 93, à Bobigny, dans le cadre des soirées FrancoFans, le 11 décembre 2014. Il est capté par le site Hexagone.

Dans ton spectacle, tu ne portes pas la moustache et tu ne fumes pas la pipe. Tu ne fais pas de mimétisme ?

(Sourire) Je ne fais ni de mimétisme, ni de parodie.

Par contre, tu modifies parfois des paroles. On entend le mot MP3 par exemple, habilement intégré dans un texte.

Volontairement, je fais des clins d’œil à la modernité pour être en connivence avec le public. Chaque fois que l’on peut faire ce genre de choses, on le fait, mais sans piétiner son œuvre, au contraire, en la prolongeant.

Le public adore ça !

Le public a toujours ce petit sourire que moi j’attends. C’est la réaction que m’ont toujours provoqué les chansons de Brassens. Ce petit sourire en coin dit : « Tu ne m’auras pas. Tu as sombré, mais moi je ne sombrerai ni dans la haine, ni dans la bêtise. J’aurais toujours ce petit sourire en coin qui démontrera que tu n’as aucune emprise sur moi. » Sous des atours légers, il y a beaucoup de profondeur chez Brassens et ça touche au cœur même de la vie et ses problématiques. (Un long silence.) J’en reviens à la gravité des événements actuels… ce petit sourire en coin, on nous l’a effacé du visage. Là, j’ai du mal à l’avoir et je vais aller le rechercher.

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Tu as joué depuis le 13 novembre ?

Oui, plusieurs fois. Je me suis appuyé sur le public et sur mon équipe pour réussir à remonter sur scène. Je ne le faisais pas pour moi, mais pour le public. Mais à titre personnel, j’avoue que là, on a réussi à éteindre quelque chose qu’il va falloir rallumer. Soit on veut le rallumer, soit on se dit que c’est définitivement éteint. Là, c’est très frais encore. Et ce n’est peut-être que le début de l’horreur, mais je ne préfère pas le penser. Je le constate, je veux le combattre.

Tu m’as dit en off que si tu ne t’étais pas caché derrière Georges Brassens, tu ne serais pas remonté sur une scène si vite.

Sans aucun doute. S’il avait été question de défendre mes propres chansons, j’aurais annulé une partie de mes concerts. Je me serais mis sous silence pour réfléchir, pour retrouver la force de continuer à créer. Là, nous nous sommes tous retrouvés autour d’un totem.

"Le pornographe" par Alexis HK (audio).

François Morel a mis en scène le spectacle… mais pas que.

Je lui ai présenté un texte qui était très touffu et dans lequel il a fallu tailler. Tous les deux, on a élagué un maximum. J’avais une grande confiance en lui sur la rythmique des choses. C’est un comédien chevronné, un habitué de la scène, en plus c’est un chanteur et un amoureux de Brassens… Je dois avouer qu’il a proposé des vannes très fidèles à l’esprit de Brassens. On les a toutes gardées parce qu’elles étaient extrêmement drôles. Quand je repense à toute cette période de création avec lui, je me rends compte de la légèreté qui régnait et du bonheur de faire ce travail avec lui. Je savais que c’était la bonne personne.

François Morel dit que ce spectacle est un hommage un peu moqueur, un peu farceur à Georges Brassens. Tu adhères à cette définition ?

Je suis complètement d’accord avec ça. Sans avoir connu Brassens, je pense que c’est quelqu’un pour qui les hommages pompeux devaient être quelque chose d’absolument insupportable. Je pense également que c’est quelqu’un qui ne veut pas être enterré sous une pierre tombale avec des gens qui pleurent ou qui écoutent ses chansons avec les sourcils dressés en surveillant si on a les bons accords et les bonnes mélodies. Il fallait être conforme à son esprit, donc être un petit peu moqueur, mais seulement un tout petit peu. En fait, ce n’est que de la tendresse. Il n’y a pas de cynisme dans ce spectacle, il y a juste de la complicité et de la connivence avec Brassens et avec le public.

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Le "La Croix" du 4 décembre 2015.

Le choix des chansons qui sont dans ton spectacle a dû être cornélien, non ?

Oui et non. Il y a avait des thèmes précis dont je voulais parler, donc je voulais des chansons qui collaient à ses thèmes. J’avais envie de parler de la gloire, des cons, de la liberté, de sexualité.

De sexualité ?

Oui, c’est un thème très fort dans l’œuvre de Brassens. On l’a traité de misogyne alors que c’est lui qui a chanté que 95 fois sur 100, la femme s’emmerde en baisant. Il n’y a pas beaucoup de mec qui ont dit ce genre de choses.

Tu as choisi aussi des chansons que tu aimais, évidemment.

Dans le choix des chansons, il y a un mélange d’intuition et de nécessité. La première condition pour faire un spectacle comme celui-là, c’est la sincérité et l’amour qu’on a pour le poète à qui on rend hommage.

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(Photo : Marc Philippe)

Selon toi, le public vient pourquoi ?

Il y a des gens qui viennent sans me connaître, juste parce que c’est un spectacle sur Brassens, d’autres parce qu’ils me connaissent, même s’ils ne sont pas des grands fans de Brassens et il y a des gens qui viennent parce qu’ils apprécient les deux. Je suis très heureux quand quelqu’un vient me voir et me dit qu’il ne connaissait pas bien Brassens, mais que grâce à mon spectacle, il a envie de se plonger dans son œuvre. J’aime bien aussi que quelqu’un qui connait bien Brassens me félicite pour mon interprétation et ce que j’ai fait de son œuvre et de son esprit. Mais la satisfaction centrale, c’est de partager l’intimité qu’on a tous avec ce chanteur. Chacun à son petit Georges Brassens en lui.

Il y a un EP reprenant six chansons. C’était pour que les gens repartent du spectacle avec un souvenir ?

Oui, c’est exactement ça. Il y a deux titres seulement communs au spectacle, la première et la dernière, entre les deux, ce sont quatre chansons inédites. Ce sont des chansons qui résonnent encore plus fort aujourd’hui. Il y a « L’assassinat », « Le roi boiteux », « Le mouton de Panurge » et « Le vin ». Ce sont des chansons que j’aime énormément et que je chante parfois dans le spectacle, à la fin quand j’ai envie d’en claquer une dernière. Ces EP sont uniquement en vinyle avec quand même des codes internet à l’intérieur pour produire un choc des époques entre le phonographe et le MP3.

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Georges Brassens en 1976.

Pourquoi ne pas faire un album en entier de reprises de Brassens ?

Je ne sais pas si j’en ai vraiment envie. J’ai l’impression qu’il y en a d’autres qui l’ont fait avant moi et qui l’ont fait très bien.

Qui ?

Je trouve que Maxime Le Forestier chante extrêmement bien Brassens, j’ai aussi adoré l’album de Renaud. Des chanteurs moins mythiques que ces deux-là s’y sont aussi collés et plutôt bien. Je préfère donc m’abstenir.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu aimes les projets. Tu ne te contentes pas de ta carrière personnelle. Je me souviens de ta tournée avec Benoit Dorémus et Renan Luce.

Le monde d’avant où un artiste défend son petit album, part faire sa petite tournée, puis sa petite promo, puis rentre chez lui, c’est fini. Déjà parce que l’industrie du disque a beaucoup changé, mais aussi parce qu’il y a eu tellement de choses qui ont été faites avant que je pense que c’est important de se mélanger aussi bien avec de grands chanteurs comme Brassens, mais aussi de grands chanteurs comme Renan Luce ou Benoit Dorémus. C’est nourrissant. Pour moi, faire un album, ça doit être le résultat d’un cheminement. On finit par faire un album parce qu’on a accumulé suffisamment d’expériences et d’émotion. Il faut que l’on ressente le besoin impérieux de faire un album parce que les choses doivent sortir.

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(Photo : Marc Philippe)

On est dans une époque pleine de grands artistes, mais on ne les voit pas facilement dans les médias.

Ce n’est plus le même schéma qu’à l’époque où, à l’arrivée, il n’y avait qu’une quinzaine d’artistes qui tournaient. On entendait toujours les mêmes. Cela dit, aujourd’hui, on entend toujours les mêmes dans les grands médias, par contre, il y a une forêt énorme d’artistes extrêmement talentueux qui font plein de choses variées et mixées.

Je retrouve ton nom dans pas mal de disques d’autres artistes. Très récemment, dans celui de Chloée Lacan.

Je suis dans une logique de confrérie et de fraternité avec les autres artistes. Je n’ai jamais envié un artiste qui avait plus de succès que moi. Dans le domaine musical, je considère que la compétition est absurde. Chacun doit avoir quelque chose de personnel à proposer, nous ne sommes donc pas dans la même piste de course. On est chacun dans notre univers et quand ça se mélange et que ça se respecte, c’est vraiment beau.

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Pendant l'interview...

Un album solo à venir avec tes propres chansons ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire un spectacle sur Brassens n’est pas du tout castrateur, comme on a pu me le demander. Je n’ai pas peur d’écrire de nouveau ou d’être figé. Je réalise au contraire que cela me détache du maître. Je suis en train d’écrire des nouveaux morceaux en ce moment et comme je suis dans l’œuvre de Brassens jusqu’au coup, je prends un contre-pied ou une contre-voie, comme on veut. Je travaille et j’essaie d’aller au cœur de ce que je ressens profondément. Je parle de mes rêves, de la solitude, parce que la solitude me touche beaucoup. Je pense que j’aurais un album dans les mois prochains.

Est-ce que ce que nous vivons en ce moment va influencer ton œuvre ?

On ne peut pas être imperméable à ce qu’il se passe, mais nous ne sommes pas des journalistes, non plus. Il s’agit pour nous, chanteurs, de sentir l’air du temps… et l’air du temps ne sent pas très bon. Je n’ai pas envie de m’arrêter à ça. Derrière le tragique, il y a toujours un peu d’espoir, donc je crois que c’est le moment de chanter un peu l’espoir. Je vais t’avouer un truc. Tout ça fait que je me remets beaucoup en question depuis une semaine. Même sur ma façon de vivre. Je me rends compte que j’ai trois voitures chez moi et qu’il y en a deux qui ne me servent à rien. C’est parce que je ne m’en occupe pas. Il faut que je m’occupe de les vendre. C’est absurde. Qu’est-ce que c’est que mon mode de vie d’ultra consommateur? Ça n’a aucun sens. Il y a plein de petites choses comme ça qu’il va falloir que je change dans ma vie. On laisse passer les journées comme ça parce qu’on aime bien qu’une journée soit conforme à celle de la veille. Pour l’instant, j’ai besoin de réfléchir et de me remettre en question. Avec ces attentats précis, ce qui est terrible en terme émotionnel, c’est qu’on ne peut se raccrocher à rien. On parle de l’innocence décimée et c’est ça qui devrait nous pousser à la méditation : comprendre que le monde peut aller jusque-là, aller jusqu’à ce niveau de barbarie là. Je le répète, si on doit écrire des chansons à partir de ça, il faut faire naître un espoir…

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Après l'interview, le 25 novembre 2015.

En bonus, l'émission Alcaline, le mag concernant "Georges et moi":

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