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30 novembre 2015

Frank Loriou : interview pour son exposition Faces

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(Photo : Yann Orhan)

J’ai beaucoup d’admiration pour Frank Loriou. Pour l’homme qu’il est et pour son travail. Il fait partie des hommes de l’ombre incontournables dans la fabrication d’un disque. Graphiste spécialisé dans l’édition musicale et photographe à l’Agence VU, il est l’un des plus sollicités dans le petit milieu de la pop et de la chanson française. Dans le cadre du festival des Transmusicales, il expose (avec un autre photographe, Jérôme Sevrette) à la Maison des associations de Rennes depuis quelques jours et ce, jusqu’au 15 janvier 2016. Le vernissage de FACES, images de la musique actuelle a lieu le jeudi 3 décembre à 18h30. Cette exposition, son univers, ses photographies, ses réalisations artistiques m’ont donné envie d’aller à sa rencontre et d’en connaître un peu plus sur l’homme derrière l’objectif. Le 19 novembre dernier, Frank Loriou et moi nous sommes installés dans un bar près de l’agence… et le moment fut bon.

frank loriou,faces,interview,mandor,agence vuBiographie officielle :

Né en 1966 en Bretagne, Frank Loriou vit et travaille à Paris.

Photographe spécialisé dans l’édition musicale, Frank Loriou a réalisé de nombreuses images et pochettes d’albums pour des artistes comme Manu Chao, Yann Tiersen, Dominique A, Jean-Louis Murat, Arthur H, Arman Méliès, Albin de la Simone, Peter von Poehl, Aline, Robi

Son travail photographique, très pictural et essentiellement argentique, apparaît très régulièrement dans la presse nationale (Libération, Télérama, Les Inrocks, Le Monde, etc).

Il développe en parallèle une recherche personnelle à travers différentes séries sur le quotidien, l’enfance, la condition animale, le rapport à la nature, et a publié en 2009 un ouvrage photographique remarqué, intitulé « Tout est calme », où l’on retrouve toutes les obsessions de l’artiste : le vide, l’absence, l’opaque, les traces, l’insignifiant, la mémoire…

Frank Loriou est distribué par l’agence VU.

(Tous les portraits d'artistes de cette chronique mandorienne font partie de l'exposition et ont été sélectionnés par Frank Loriou.)

Son site officiel.

Sa page Facebook professionnelle.

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Frank Loriou par Mandor.

frank loriou,faces,interview,mandor,agence vuInterview :

Ce n’est pas ta première exposition.

Non, mais c’est ma première exposition de portraits d’artistes. J’ai déjà exposé mon travail personnel, tiré de mon livre « Tout est calme » sorti en 2009, dans les galeries photos de la Fnac notamment. J’ai également fait une exposition en collaboration avec Yann Tiersen autour de son album Skyline, sorti en 2011, conjointement à un showcase. Et bien d’autres encore.

Cela fait des années que je vois ton nom sur les pochettes de disques de chanteurs français d’une scène que j’adore. Comment es-tu devenu photographe spécialisé dans les portraits d’artistes?

Pendant plusieurs années, je faisais uniquement le graphisme sur les albums. Je choisissais souvent les photographes et assurais la direction artistique. Mais je développais en parallèle un travail photo personnel, qui était un peu mon jardin secret. Quand j’ai sorti le livre « Tout est calme », c’est revenu aux oreilles des professionnels de la musique et des artistes. C’est ainsi qu’ils ont commencé à me solliciter pour faire des images pour leurs albums. Ça a été une transition assez douce. Aujourd’hui je suis davantage connu en tant que photographe qu’en tant que graphiste, je crois.

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Yael Naim par Frank Loriou.

Petit à petit, l’oiseau à fait son nid.

Oui, d’une certaine façon. Mais surtout je voulais que l’on me sollicite en connaissance de cause, pour mon univers photographique, et ne pas m’imposer.

Tu t’es servi de ce que tu avais appris avec ton travail personnel pour réaliser les portraits ?

Bien sûr. D’avoir pratiqué longtemps sans aucune contrainte m’a permis de mieux savoir ou je voulais aller. Et je me suis servi aussi de la longue période où je travaillais sur les pochettes en tant que graphiste, où j’ai beaucoup appris et formé mon regard.

Il me semble que tu as un style Frank Loriou, même si tu ne fais jamais le même genre de photo. Je ne sais pas comment expliquer cela…

Je ne cherche pas à avoir une « patte » particulière, mais je comprends que l’on puisse reconnaître mes photos. Je travaille beaucoup en argentique, avec un grain spécifique, et avec des appareils qui ont aussi leur propre personnalité. Il n’y a pas de mise au point automatique, cela donne souvent des images assez « statiques », qui me touchent particulièrement. Et j’ai probablement une approche qui finit par devenir reconnaissable pour ceux qui connaissent mon travail de longue date.

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Arman Méliès par Frank Loriou.

Je précise, encore une fois, que tu ne fais jamais un travail qui ressemble à l’autre.

J’essaie, en tout cas. Je fais du noir et blanc comme de la couleur, des photos un peu floues comme très définies, du studio comme de l’extérieur. Je me donne beaucoup de liberté. J’ai le souci de la lumière, et un mode de composition des images qui doit probablement se reconnaître au bout d’un moment. J’ai aussi des obsessions, sûrement.

J’ai l’impression que tu ne fais pas de pochettes de disques d’artistes dont tu n’apprécies pas la musique. Je n’ai pas vu une pochette de toi pour Louane ou Michel Sardou.

Je crois qu’il faut aimer l’artiste que l’on photographie. Je ne suis pas seulement un « prestataire » pour une maison de disques, c’est avant tout une rencontre humaine et artistique forte. Comme je m’implique beaucoup, j’ai besoin d’apprécier les gens avec qui je travaille et que les artistes aient envie de mon univers. Après, je suis ouvert à plein de surprises. Photographier Louane pourrais m’intéresser. Michel Sardou ce serait plus compliqué.

Tu aimes être « désiré ».

J’aime que l’on vienne à moi pour de bonnes raisons. Parce que ça change tout dans le travail après. S’il y a une envie mutuelle, personne ne se protège plus de personne… et dans la confiance réciproque on arrive à faire de très belles choses, à délivrer de très belles émotions.

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Mina Tindle par Frank Loriou.

Tu viens de faire des photos pour le prochain album de Maissiat.

Je connaissais déjà Maissiat, mais sa maison de disque lui a présenté le travail de plusieurs photographes de façon anonyme. Elle a choisi mes images et, après, elle a su que c’était moi. J’ai bien aimé ce procédé, et le fait qu’elle m’ait choisit pour ma photographie avant tout. J’ai hâte de montrer les images de cette séance, dont je suis très fier.

Les artistes avec lesquels tu travailles viennent avec des idées ?

Ca dépend, il y a tous les cas de figure, mais dans tous les cas je suis très ouvert aux propositions. J’aime les images très simples, sans concept compliqué, et partant de là, j’aime que les artistes m’amènent dans leur monde. Maissiat, par exemple, savait assez bien ce qu’elle voulait, je me suis mis au service de ses envies, mais avec mon regard et ma vision.

Quand tu photographies une personnalité, tu aimes bien trouver en lui quelque chose que les autres n’ont pas vu ?

Je trouve intéressant que l’artiste garde une part de mystère, de magie. On vit dans une société basée sur la rentabilité, où l’artiste a une vraie fonction fondamentale, celle d’apporter du rêve, de l’émotion de la beauté. Vivre sans art, sans musique, sans poésie, c’est la pire chose qui puisse nous arriver. J’essaie que mes représentations de ces artistes apportent un peu de cela au public.

Y a-t-il des artistes que tu aimes bien « portraitiser »régulièrement ?

J’ai eu beaucoup de longs compagnonnage, avec Yann Tiersen notamment, dont j’ai fait la quasi-totalité des albums, mais aussi Jean-Louis Murat, Dominique A, Arthur H, et tant d’autres… Aujourd’hui de nouvelles belles histoires sont en train de se nouer, et j’en suis ravi. J’aime retrouver les artistes que j’aime régulièrement, faire évoluer avec eux leur image, même si c’est aussi une grande responsabilité. Il faut se renouveler, garder la même envie, la même énergie. Il faut à chaque fois être dans un esprit complètement nouveau. Que ce soit à chaque fois une première fois.

Tu adores travailler avec les jeunes artistes « en devenir ».

Oui, beaucoup. Je travaille en ce moment avec Baptiste W. Hamon par exemple, dont je fais le prochain album, après avoir réalisé les pochettes de ses premiers EP.

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Baptiste W. Hamon par Frank Loriou.

Est-ce que tous les artistes ont leur particularité physique?

Tout le monde est intéressant en soi. J’aborde les artistes sans idolâtrie, mais avec beaucoup d’envie, de gourmandise, presque. Ensuite c’est une question de regard et d’émotion partagée. On cherche ensemble. Je cherche pour eux. J’essaie qu’il y ait toujours quelque chose d’intime et d’authentique de délivré, quelles que soient les images. Et d’un peu radical et tendu, si possible. De lumineux, aussi.

C’est tellement important une belle pochette de disque.

C’est vrai. Je pense qu’une pochette joue sur l’inconscient… Elle doit susciter l’envie d’écouter, mais elle donne aussi souvent une orientation à l’écoute, une couleur à la musique…

Toi-même, avais-tu un photographe d’artistes que tu appréciais plus que les autres ?

Quand j’étais très jeune et que je lisais Rock & Folk et la presse musicale, j’avais remarqué le travail de deux photographes : Youri Lenquette, avec lequel j’ai eu la chance de travailler plusieurs fois, notamment pour Manu Chao, et Claude Gassian, avec qui j’ai également collaboré, tous les deux très talentueux.

Et dans les photographes actuels ?

Très naturellement je citerai Richard Dumas, que je connais bien. Il a un univers très singulier, et je me sens très proche de son approche de la photographie. C’est l’un des très grands portraitistes actuels. Il pourrait être l’un de mes maîtres, oui.

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Aline par Frank Loriou.

Y a-t-il des artistes que tu n’as pas encore photographié qui te tenteraient ?

J’aimerais bien photographier Gérard Manset (rires). Mais c’est un récalcitrant de l’objectif. Sinon, j’aurais beaucoup aimé photographier Bashung, bien sûr. Je vais travailler sur le nouvel album de Jacques Higelin, et c’est un vieux rêve que je réalise-là. Le chanteur Christophe, aussi, m’intéresserait. Je cite quelques noms comme ça, mais il y en a beaucoup d’autres, bien entendu.

Photographier quelqu’un que l’on connait très bien, je pense à celle qui partage ta vie, Robi, c’est compliqué ?

C’est assez magique de photographier la femme que l’on aime, et forcément un peu différent, c’est vrai. Mais pas tant que cela, et nous savons nous mettre à distance de notre relation dans le cadre du travail, surtout pour une session photo. Au-delà de l’aspect intime, c’est assez passionnant pour moi de travailler l’image sur ses projets, tant son travail m’intéresse et me touche artistiquement.

Tu fais le graphisme de la Une de Rock & Folk depuis 15 ans…

C’est une magnifique aventure et un rêve de gamin. J’étais abonné à ce journal et ma chambre d’ado était tapissée de photos tirées de Rock & Folk, alors quelle fierté aujourd’hui d’en faire la couverture chaque mois.

Par le biais de tes pochettes de disques, tu participes à la vie musicale française, tu t’en rends compte ?

C’est un rôle de l’ombre, mais oui, d’une certaine façon, et bien modestement, je suis acteur de la vie culturelle et musicale, comme tous ceux qui travaillent sur ces si beaux albums.

On a tous des disques dont tu as fait la pochette.

Probablement avons-nous un peu les mêmes goûts !

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Jean-Louis Murat par Frank Loriou.

Dans l’exposition photos qui se tient à Rennes, il y a 20 photos de toi. Le choix a dû être extrêmement difficile ?

Je me suis astreint à ne mettre qu’une photo par artiste, c’est donc forcément des choix cornéliens. Je pourrai faire une exposition entière sur Jean-Louis Murat seul, je crois, il est donc bien cruel de ne présenter qu’une image. Je ne présente que des photos argentiques, la plupart réalisés avec un boitier qui me tient très à cœur, et dont j’aime l’étrangeté.

Est-ce que l’on s’en sort bien quand on s’appelle Frank Loriou et que l’on est photographe en 2015?

En tout cas, je n’ai jamais cherché de travail. Je ne sais pas si on s’en sort bien, mais on travaille beaucoup. La crise de l’industrie du disque étant ce qu’elle est depuis des années, on a tous soufferts énormément. Et je suis avant tout très inquiet pour beaucoup d’artistes de leur capacité à pouvoir vivre de leur musique dans les années à venir…

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Pendant l'interview, le 19 novembre 2015.

Commentaires

Belle interview ... celle d'un mec bien !
http://didierlebras.unblog.fr/

Écrit par : Didier Le Bras | 30 novembre 2015

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