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01 novembre 2015

Ingrid Desjours : interview pour Les fauves

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ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandor« Depuis 1954 et la toute première enquête de Nestor Burma dans Les Nouveaux Mystères de Paris de Léo Malet, les éditions Robert Laffont proposent au plus grand nombre polars et thrillers, français et étrangers. C’est avec cet héritage chevillé au corps que nous lançons en octobre la collection « La Bête noire ».
Des intrigues fortes et originales, une littérature populaire de qualité destinée tant aux inconditionnels qu’à la nouvelle génération, une maison et des auteurs en relation directe avec leurs lecteurs. La Bête noire traquera ces derniers sur tous les territoires du polar : enquêtes âpres, thrillers abrasifs, suspenses éreintants, true-crimes glaçants, la bête grondera d’un constant désir d’adrénaline. Rassurez-vous, elle sera certes vorace, mais nous ne la nourrirons que d’une dizaine de titres par an, moitié français, moitié étrangers. La qualité la rassasiera plus que la quantité.La Bête noire est née, à vous de l’apprivoiser ! »

Voilà la présentation officielle de cette nouvelle collection dirigé par Glenn Tavennec. C’est le roman d’Ingrid Desjours (mandorisées , , (sous le nom de Myra Eljundir) et encore ), Les Fauves, qui lance cette collection.

Ingrid Desjours fait partie de ces auteurs de romans noirs dont je guette les sorties depuis le premier roman tant je suis admiratif de son talent. Les Fauves est un livre qui se dévore (je sais, c’est facile, mais tellement vrai). Un page turner qui fait froid dans le dos et qu’il est impossible de lâcher. La noirceur humaine, comme si vous y étiez. Le meilleur polar d’Ingrid Desjours. Sociétal et obscur comme jamais. Impressionnant!

Le 14 octobre dernier, nous avons déjeuné ensemble dans une brasserie de la capitale (micro ouvert).

4e de couverture :ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandor

Votre pire prédateur : Celui qui vous aura apprivoisé.
« Torturez-la ! Violez-la ! Tuez-la ! » À la tête d'une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l'État islamique, l'ambitieuse Haiko est devenue la cible d'une terrible fatwa.
Lorsqu'elle engage Lars comme garde du corps, le militaire tout juste revenu d'Afghanistan a un mauvais pressentiment. Sa cliente lui a-t-elle dit l'entière vérité sur ses activités ? Serait-ce la mission de trop pour cet ancien otage des talibans ?
Dans cet univers où règnent paranoïa et faux-semblants, Haiko et Lars se fascinent et se défient tels deux fauves prêts à se sauter à la gorge, sans jamais baisser leur garde.

« L'ex-profileuse est passée maitre dans la manipulation de sa proie : le cerveau du lecteur » Julie Malaure, Le Point.
« La faculté stupéfiante d'Ingrid Desjours à dépeindre les émotions humaines fait mouche à chaque fois » Marie Rogatien, Le Figaro Magazine.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorL’auteur :

Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l'écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu'elle a profilés et expertisés l'inspirent aujourd'hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l'auteur excelle dans l'art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d'une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l'écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l'émission « Au Field de la nuit » (TF1). Son dernier-né, Les Fauves, ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. »

Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome paraîtra en mai 2016.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorInterview :

Ton 9e roman est particulier par rapport aux autres. Il est noir, certes, mais tu te diriges très nettement vers  la critique sociale et politique, dans la grande tradition du néo-polar français des années 70 et 80. Et tu pulvérises la frontière entre littérature de genre et littérature tout court.

Depuis Echo qui est sorti en 2009, j’ai écrit huit autres livres. J’ai changé, j’ai vieilli. On dit souvent qu’un livre, c’est comme un bébé. Je suis d’accord avec cette affirmation, c’est quelque chose d’organique. Ce que je crée est fonction de ce que je suis. Je n’applique pas une recette que j’utiliserais à chaque roman. Le livre dépend de moi, de mon état d’esprit, de l’évolution de mes réflexions, bonnes ou mauvaises. Il est le miroir de ce que je suis. Je ne vois pas mon écriture se figer, se scléroser dans un genre. J’ai envie de partager mes émotions et mes pensées, j’ai donc besoin de plus d’espace de parole.

L’action se situe en France peu après l’attentat contre les membres de Charlie Hebdo, le 7 ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorjanvier 2015.

Ça a été une espèce de déclic. Même avant ces évènements-là, j’étais déjà catastrophée par la montée des intégrismes et par l’apathie et l’inertie de nos dirigeants par rapport à ce problème. Quand est arrivé l’attentat de Charlie Hebdo, j’ai été très affectée et il a eu un impact très fort sur moi. Moi qui dénigre certains médias qui jouent beaucoup sur l’émotion au détriment de la véritable information, j’ai fait comme tout le monde. J’ai allumé mon poste sur une chaine d’info en continu et je n’ai pas pu lâcher l’écran de la journée, j’étais complètement hypnotisée. J’avais besoin de ce truc-là qui était horrible. Un vrai lavage de cerveau ! Avec ce livre, j’ai voulu témoigner et crier ce qui me révolte. La montée des intégrismes, la montée des haines et les épouvantails qu’agitent les politiques. Ce qu’il se passe en Europe et dans le monde me fout véritablement en l’air. Avant j’avais plus de réticences et de craintes à dévoiler ce que je pensais, peut-être par peur d’être jugée ou d’être à côté de la plaque. Mais à partir du moment où tu n’assènes pas les choses comme des vérités absolues et que tu gardes un peu d’humilité, au contraire, il faut parler, échanger.

Savais-tu, le 7 janvier, que tu allais en parler dans un livre ?

Non, ça m’est venu quelques mois après. Le livre a été écrit assez rapidement du coup. Un jour, c’est devenu une évidence, un besoin intense d’en parler.

Ton héroïne s’appelle Haiko, une jeune femingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorme, fille d'une célèbre journaliste dont le combat est d'empêcher les jeunes français de se faire laver le cerveau et de partir en Syrie faire le Djihad. Pour cela, elle a monté une association, N.e.r.F (Nos enfants resteront en France), qui a pour but de sensibiliser, agir auprès des jeunes qui commencent à se radicaliser et dans le pire des cas, contrecarrer le départ en Syrie, à la demande des parents.

Haiko est une jeune femme qui se cherche. Elle porte une culpabilité terrible et recherche la légitimité à sa vie et à son existence. Elle essaie de racheter deux fautes qu’elle estime avoir commise, cela en fait une espèce de passionaria qui pourfend les injustices et qui est de toutes les grandes causes. Elle a aussi besoin de se rassurer, alors elle utilise beaucoup les réseaux sociaux et les médias. Elle est très accro à la notoriété et à l’image d’elle qu’on lui renvoie. Comme si elle cherchait la confirmation qu’elle existe dans ce monde.

Elle est trouble.

Oui, d’un côté, elle fait des choses très positives, parce qu’elle défend des gamins et d’un autre côté, on sent bien qu’il n’y a pas que ça. 

Tant et si bien que l’on se demande si c’est une sainte ou une diablesse.

J’aime bien pointer du doigt nos filtres, nos préjugés et nos interprétations. On confond souvent analyse et interprétation. Moi, je fais en sorte que les lecteurs interprètent. Je ne mens pas dans mes livres, c’est le lecteur qui se trompe lui-même. Les apparences sont souvent très trompeuses. Il faut arrêter de tout prendre pour argent comptant.

Et les réseaux sociaux n’arrangent rien.

Cela crée des embrasements spontanés complètement démentiels. Une chasse aux sorcières en chasse une autre. Les gens prennent ce qu’on leur dit sans vérifier. Ils s’emballent, jugent, s’enthousiasment, dénigrent…C’est toujours de la surréaction et de la mauvaise émotion. Je parle aussi de cela dans Les fauves.

Ton héros masculin s’appelle Lars, un ancien militaire revenu d'Afghanistan qui a de ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorlourdes séquelles psychologiques. Il a été pris en otage par des Talibans et il est en ressorti traumatisé. Depuis son retour en France, Lars est addict à l'alcool et aux amphétamines, il a suivi une formation pour devenir agent de sécurité rapprochée. Il doit surveiller Haiko.

Il est aussi la quintessence de la virilité ! Il a une force brute et beaucoup de charisme. Haiko et lui, c’est le chêne et le roseau. L’homme que l’on croit un roc a une fêlure énorme. C’est un homme extrêmement fragile, un colosse aux pieds d’argile.

Il est attachant.

Oui, parce qu’il est entier, sincère et vrai. Il doute beaucoup et se débat avec ce qu’il a. Parfois, c’est la drogue, parfois c’est Dieu, parfois ce sont ses convictions. Il sait à quel point il est atteint, entamé et il essaie de préserver le peu qui lui reste. Il s’accroche à sa dernière petite part d’humanité. C’est un pur.

Une association qui essaie d’empêcher les enfants de partir en Syrie, ça existe ?

Il y a des gens qui sont spécialisés dans la déradicalisation et qui doivent faire un travail de détricotage énorme auprès de ces jeunes. Une association qui enlève les enfants, ça n’existe pas, en tout cas, pas à ma connaissance. C’est, a priori, le fruit de mon imagination.

Tu t’appuies sur des faits véridiques et pimentes le récit en ajoutant des articles et des témoignages sortis dans la presse ou disponibles sur internet. Tu as beaucoup enquêté ?

Je voulais avoir une vision la plus exhaustive possible. Je ne suis ni experte en géopolitique, ni en théologie, ni en profil de djihadiste, alors j’ai beaucoup cherché sur internet. J’ai été en contact avec un recruteur, j’ai lu des témoignages de familles d’ado qui sont partis et qui ont pu revenir, je me suis retrouvée sur le darknet et j’ai vu des discours et la propagande des Djihadistes… avec tout ça, j’ai essayé d’être plus dans l’analyse que dans l’interprétation. Je n’étais pas en très bonne compagnie ces derniers mois, je suis contente de revenir à la vie.

Tu ne t’es pas demandé si ce livre pouvait être dangereux pour toi ?

Je me suis dit que ce livre pourrait être mal interprété. On comprend ce que l’on est capable de comprendre. Il faut raison garder, c’est juste un roman et un témoignage parmi d’autres. Si on commence à ne plus rien dire parce qu’on a peur, on est déjà dans une dictature alors. M’autocensurer serait malhonnête.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorQu’est-ce qui a été le plus difficile pour écrire ce roman ?

Sans conteste de donner la parole à tout le monde avec les vrais et bons arguments de chaque partie concernée. L’idée n’était pas de faire un procès à charge, mais d’essayer de comprendre les motivations des gens qui pouvaient être attirés par le djihad. On critique leur modèle social et leurs aspirations, mais posons-nous les bonnes questions : comment a-t-on pu générer cette envie-là chez la jeunesse ? Et nous, quel modèle de société propose-t-on ? On est déjà dans la chute de l’Empire romain là, une chute et une fin de civilisation qui n’est pas très reluisante. On propose aux jeunes un monde matérialiste, un monde sans croyance, sans valeur, un monde où personne n’a sa place. L’être humain a fondamentalement besoin de beauté, besoin de croire, besoin d’une forme de spiritualité et nous avons complètement négligé cette transmission-là. Finalement, comment ne pas être attiré par un mode de pensée morbide. Beaucoup d’islamistes vénèrent la mort. La mort est l’aboutissement final. On n’a pas assez ancrés les jeunes dans la vie, ils en viennent à souhaiter la mort. C’est quand même terrible.

Est-ce que la préparation et l’écriture de ce roman t’ont épuisé ?

L’écriture a plutôt été libératrice. Ce sont mes recherches qui ont eu des conséquences sur mon moral. Je ne suis déjà pas une grande optimiste et je n’ai pas une foi en l’humanité énorme, mais quand j’ai lu ce que j’ai lu et vu ce que j’ai vu, ça ne s’est pas arrangé. L’humain me désespère et m’horrifie. Au nom de la folie d’une poignée d’hommes, on tue, on torture, on massacre. Je ne sais pas où va ce monde…

Self défense avec Ingrid Desjours. Comment vous défendre quand un agresseur vous menace avec un couteau ?

Dernière réflexion sur Les fauves, plus anecdotique celle-ci. J’aime beaucoup le personnage qui enquête. Un certain capitaine François Alquier.

Ça m’a beaucoup amusé de te piquer ton nom et même de mettre un peu de toi dans mon personnage. Je me suis marrée à en faire un technophobe, un mec qui prend ses notes sur un petit calepin, qui n’est pas du tout branché réseaux sociaux, ordinateur… J’hurlais de rire en écrivant derrière mon ordi de te décrire ainsi. J’en ai fait aussi un amateur de photos. Le capitaine François Alquier mène tous ses interrogatoires avec des photos. Plus sérieusement, ce n’est pas rien, parce que le nom que je choisis pour un personnage va avoir une incidence sur sa personnalité.

Changeons de sujet, parlons de la déclinaison de ton roman Tout pour plaire en feuilleton ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorpour Arte.

Je viens de signer un contrat avec Arte série qui m’a demandé de développer mon roman en une mini-série de trois épisodes de 52 minutes. Je suis coscénariste avec Florent Meyer. Ensemble nous remanions le texte original, c’est donc une libre adaptation. Nous nous réservons même le droit d’une fin différente. Le producteur Stéphane Strano, de Delante TV, croit en moi et me soutient depuis le début. Je suis très heureuse que l’on me fasse confiance à ce point. J’ai juste peur de ne pas être à la hauteur, mais il paraît que c’est normal. 

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Le 14 octobre 2015, après l'entretien.

Pour finir, voilà ce qu'en pense l'excellent David Medioni pour Les déblogueurs TV.

Commentaires

Depuis "ECHO" et "SA VIE DANS LES YEUX D'UNE POUPEE" ses deux meilleures productions à ce jour, Ingrid Desjours cherche un second souffle.
Je suis moins enthousiaste que certains, concernant sa dernière production. Le thème : la folie expansionniste de l'Islam radical" méritait un meilleur traitement que ce seul face à face entre une femme-enfant capricieuse et cet ex-militaire cassé par les horreurs de la guerre.
Une bonne fiction avec un sujet pareil ne peut pas se passer d'une bonne documentation. Je m'attendais à beaucoup mieux en lisant la quatrième de couverture. Dommage !

Écrit par : Mic | 08 novembre 2015

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