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27 octobre 2015

Arman Méliès : interview pour Vertigone

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(Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandor« D’Arman Méliès, on connaissait le folk astral des premiers disques, les miniatures cinématographiques, la poésie surréaliste, et les relectures post-punk du dernier album en date, AM IV. A l’évidence, il faudra désormais compter avec lui sur le terrain de l’indie-rock épique et impétueux, avec ce nouvel album sanguin, lyrique et ombrageux, Vertigone » explique le dossier de presse.

Personnellement, je tiens Vertigone pour un chef d’œuvre, au sens non galvaudé du texte. « Il dévoile un univers sanguin qui fait la part belle à un lyrisme libérateur ». J’avais déjà rencontré Arman Méliès pour le précédent, AM IV, que je pensais inégalable tant il m’avait ébloui. Mais ce génie s’est surpassé, musicalement, textuellement et même vocalement. Oui, Arman Méliès est aussi un puissant chanteur de rock, ce qu’il nous avait caché pendant des années. On ne peut que s’incliner devant un disque si vertigineux. Hop ! Levons-nous tous et applaudissons à tout rompre ce magicien/maestro. Je peux vous parier que cet album majeur (au minimum l'album français de l'année), deviendra un jour un album culte.

Biographie officielle (largement écourtée) :arman méliès,vertigone,interview,mandor

En cinq albums, Arman Méliès s’est construit un patronyme solide dans le monde de la création française. Un nom de musicien, un compositeur réputé voyageur, pour lui ou d’autres (Bashung, Thiéfaine…), capable de glisser d’une pop oblique jusqu’aux contrées électroniques. Un curieux, défricheur, cascadeur même. Sa dernière expérience AM IV  était synthétique… et le revoilà, avec Vertigone, amoureux des racines, interprète, taillant dans les guitares ce qu’il avait sondé auparavant dans les claviers. L’homme n’a pas changé, il est fils d’exigence mais il « avait des envies de chanteur, voulait retrouver la magie du guitare-voix sans se cacher derrière la technologie ». Toutes les chansons ont donc été composées à l’ancienne, dans la tradition : avec un rythme, une guitare et une ligne de chant. Retour aux bases toute ! Donc. Quand le son est proche de l’os, que l’essence blues ronge les guitares et que la voix raconte l’histoire dans un instant d’exultation et de don. La musique, Arman Méliès la veut maintenant comme une vibration pure, une exploration sans filet, une expérience sans prismes, ni filtres, ni masques…
Arman Méliès est là. Et si Vertigone est certainement son album le plus rugueux, il n’a rien de minimal, au contraire. Peut-être tient-il là son disque le plus foisonnant et le plus extraverti. En studio, les arrangements ont fait leur œuvre pour venir « chatoyer » les rudesses d’origine et le plaisir des enjolures a parfait la pureté de l’intention. L’orchestration, jamais bavarde, y sert la limpidité du chant et la musique naturelle du texte.

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 (Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandorInterview :

Cinquième album. Cela commence à faire une œuvre.

On s’en approche doucement. A mon sens, il faut flirter avec la dizaine pour constituer une œuvre qui se tienne. Cela dit, Jeff Buckley n’a fait qu’un disque, mais c’est une œuvre tout de même. Un chef d’œuvre, pour être tout à fait exact. Le nombre d’album n’a pas d’importance, au fond, mais quand je regarde mes camarades de jeu comme Dominique A ou Jean-Louis Murat, ils en sont à un certain nombre de disques que je n’ai pas atteint.

Il me semble que c’est ton précédent album, AM IV, qui t’a révélé. Pour moi, ce disque a été un choc en tout cas.

Il a été effectivement un peu plus exposé. Sur les trois premiers disques, j’avais réussi à m’installer comme un auteur compositeur qu’il fallait un peu suivre. Le fait d’avoir collaboré avec Bashung, Thiéfaine et Julien Doré, m’a donné un peu de crédit auprès des gens de la profession. Le fait d’avoir détourner, à peine, un discours politique de Sarkozy a fait un peu parler. Le clip de « Mon plus bel incendie » où un tueur à gage extermine mes collègues chanteurs et chanteuses françaises s’est aussi fait remarquer. Toutes ces choses-là réunies font qu’on pose un regard un peu plus important sur ma petite personne. Ça a permis d’éclairer un peu mieux la sortie d’AM IV. C’est curieux parce que je continue aujourd’hui à le trouver difficile d’accès.

Clip de "Mon plus bel incendie" tiré de l'album AM IV.

Revenons au clip de « Mon plus bel incendie ». Bousiller tous vos confrères, je trouvaisarman méliès,vertigone,interview,mandor l’idée énorme.

Il y avait l’idée de jouer sur le climat ultra concurrentielle que l’on peut vivre, je parle en termes économiques et politiques, pas forcément dans le milieu de la chanson, même si je me suis amusé à tuer mes amis artistes. En vrai, ce n’est pas parce qu’untel marche que l’autre ne va pas marcher. On est plutôt à s’entraider les uns, les autres selon les petites familles musicales que nous nous sommes créés. Je n’ai jamais senti de concurrence.

Le climat ultra concurrentiel dont tu me parles, tu le ressens en tant qu’artiste ?

Moi, non franchement. Je fais partie des artistes un peu privilégié, un peu à part. Cela dit, dans la vie de tous les jours, je vois bien que les gens en bavent, que certaines personnes sont lourdées comme des moins que rien. Je trouve qu’il y a une violence économique aujourd’hui dans le monde dans lequel nous vivons. Encore une fois, je sais que je fais partie des privilégiés parce que je fais un métier que j’adore, que je ne considère pas comme du travail, mais comme une passion, parce que j’arrive à en vivre, parce que je fais des concerts partout en France et parfois même dans le monde. C’est ambivalent, parce qu’on a beau être ancré dans une certaine réalité et être sensible à cela, en même temps, on sait très bien que nous, artistes, on est en train de vivre notre rêve de gosse.

Clip officiel de "Constamment je brûle". Titre extrait de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorEst-ce que tu fais ce métier aussi pour fuir cette réalité ?

Je ne le considère pas comme une fuite, même si j’ai toujours été un peu rêveur. Même enfant, j’avais tendance à m’échapper dans mon monde. En tout cas, je n’ai pas opté pour la musique pour fuir tout ça. Sans doute que, par moment, cela préserve un peu. Cela permet de réenchanter le monde et d’en voir les effets les plus positifs sur la réalité.

Tu as employé un mot que j’aime bien : « réenchanter ». Des gens comme toi donnent du bonheur. Ils redécorent le monde de manière jolie et positive.

Tu as raison, même si ce n’est pas exclusivement cela. C’est de l’ordre du don de permettre d’offrir une vision un peu différente au public et de proposer le monde sous un autre axe pour envisager le réel.

Est-ce que Vertigone est la continuité d’AM VI ?

Je ne sais pas, mais c’est un album logique dans ma discographie. Ce cinquième album est l’aboutissement temporaire d’une évolution qui me parait naturelle. Quand j’ai commencé à écrire Vertigone, dans un souci de ne pas me répéter, j’avais la volonté de me démarquer d’AM IV. J’essaie de faire en sorte de ne jamais concevoir deux fois le même disque. J’envisageais AM IV comme un album très conceptuel, froid, voire un peu désincarné. A l’inverse, là, j’avais envie de faire quelque chose qui était très incarné avec des chansons qui prennent chair. C’est aussi pour cela que je les chante différemment.

Teaser 1 de l'album Vertigone.

Tu te lâches avec ta voix. J’adore !

Ça m’est venu naturellement. Sur les deux premiers disques, j’avais une crainte d’être un peu trop lyrique et que ce lyrisme transforme mes chansons en quelque chose de grandiloquent. J’ai donc fait profil bas et j’ai retenu cet élan vocal pour obtenir quelque chose qui soit de l’ordre de la sobriété et du minimalisme. Aujourd’hui, avec l’envie de la scène, l’expérience et l’âge, le chant s’est transformé. Au fur et à mesure, je me suis aperçu que je poussais plus ma voix et que j’y trouvais énormément de plaisir.

Tu as été musicien de Julien Doré (mandorisés là) sur sa dernière tournée à succès. Vous avez fait de arman méliès,vertigone,interview,mandornombreuses dates et il y avait du monde partout. Est-ce que cela a influencé la conception de ton dernier album ?

Oui, dans une certaine mesure. Il y avait quelque chose de très pop, très lumineux, très arrangé dans l’album de Julien. Sur la tournée qui a suivi, on était dans quelque chose de l’ordre du contrôle. En réaction à cela, je crois que j’ai eu envie de lâcher les chevaux. Quand j’ai commencé à écrire mes chansons, j’ai eu envie de me livrer un peu plus.

Tu as écrit tes chansons lors de la tournée de Julien Doré.

Oui, en fin de matinée, début d’après-midi, avant les balances du concert du soir. J’ai moins de problème pour trouver l’inspiration que la méthode de travail. On est dans un cadre où nous changeons de salle tous les jours. On peut se retrouver dans une petite loge sans fenêtre. Parfois nous sommes plusieurs dans la même salle. Chacun est sur son ordinateur pour ne pas trop déranger les autres. Parfois, on est seul et on peut faire un peu plus de bruit. On n’est pas toujours dans une situation très confortable pour l’écriture, mais ça venait naturellement. Comme un ouvrier, tous les jours, je me mettais au travail.

Teaser 2 de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorPeut-on dire que cet album s’est fait facilement ?

Oui. J’avais du temps chaque jour, donc je l’ai utilisé à cela. Peu à peu, je voyais où j’allais et à quoi je voulais que mon album ressemble.

Tu as jeté beaucoup de chansons ?

C’est la première fois que j’en jette autant, en tout cas. Pour mes précédents albums, lorsque je les concevais, je ne jetais presque rien. Là, j’ai écrit plus que d’habitude. En tout, près de 25 chansons. J’ai beaucoup élagué.

Tu voulais te diriger vers où avec ce disque ?

Je voulais revenir aux guitares. Je souhaitais concevoir un disque « classic rock» et qu’il ne soit pas nostalgique d’une époque, ni qu’il soit référencé par rapport à tel courant musical ou tel artiste. Je voulais aussi quelque chose qui soit contemporain et qui ressemble à notre époque.

Tu m’impressionnes musicalement, mais aussi textuellement. Tu n’écris comme personne d’autre. On se laisse embarquer dans des histoires que l’on ne comprend pas toujours. Enfin, là, je parle pour moi.

Le travail de mes textes consiste à ce qu’ils ne soient pas hermétiques. Je veux que l’on puisse se raconter quelque chose assez vite en écoutant les textes. Si on ne comprend pas ce que je raconte, on peut au moins s’en faire une interprétation. Il y a plusieurs degrés de lecture et chacun, selon sa vie personnelle, selon ses références, selon ses influences, se raconte sa propre histoire. Les textes se doivent d’être vraiment subjectifs. Je joue avec la subjectivité de l’auditeur.

Teaser 3 de l'album Vertigone.

Dans ton nouvel album, on est transporté dans la mythologie.arman méliès,vertigone,interview,mandor

Les chants sont « épiques ». Certains de mes textes sont mêmes des odes à la vie.

D’où te vient l’inspiration de ces textes ?

Elles me sont un peu sorties comme ça. Après je fais du tri dans ce qu’il me tombe dessus, parce que parfois, il y a des choses qui ne font pas sens. Il y a des thèmes que l’on retrouve d’une chanson à l’autre, parfois même une même phrase ou des mots en commun. Toutes les chansons ont des liens entre elles.

On fait un disque comme on fait un puzzle ?

Je comparerais ça à un mini recueil de mini nouvelles.

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Pendant l'interview...

arman méliès,vertigone,interview,mandorAimerais-tu écrire un livre ?

Oui. J’ai des collègues qui se sont adonnés à cette activité. Dominique A et Bertrand Belin par exemple. Je n’envisage d’écrire des nouvelles ou un roman qu’assis derrière un bureau pendant des semaines, voire des mois et je n’en ai pas la patience. J’ai déjà fait des tentatives de romans, mais je n’arrive pas à les terminer. Il y a toujours un moment où je préfère reprendre la guitare et écrire une chanson. Je n’arrive pas à m’astreindre à une discipline très difficile. Peut-être qu’aucun de mes romans n’aboutira.

Toutes les critiques sur ce nouveau disque sont extrêmement élogieuses, cela te rassure ?

Bien sûr. Je lis la plupart des critiques par curiosité et je dois dire qu’en ce moment, je suis gâté. Mais, si l’album n’avait pas trouvé l’adhésion des critiques musicaux, j’aurais eu au moins la fierté d’avoir fait l’album que je voulais. Je suis très satisfait et fier de lui. Aujourd’hui, il ne m’appartient plus.

Je trouve superbe la pochette et l’artwork de ton disque signé Franck Loriou.

On a flirté avec le vintage, mais on ne voulait pas être dans le cliché du vieil album. Je trouve que la pochette ressemble aux chansons : classique et classe.

(A noter que toutes les photos qui "décorent" cette chronique mandorienne sont de Frank Loriou, sauf celle avec Julien Doré et, évidemment, celles prises à l'agence). 

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Après l'interview, à l'agence, le 6 octobre 2015.

26 octobre 2015

ALTERNALIVRES (Saison 3): Bilan et photos

alternalivres,

Il y a quelques mois, Arnaud Dudek, écrivain mandorisé deux fois et , me contacte pour me proposer d’animer une journée de rencontres littéraires qu’il organise avec un ami à lui, Didier Ray. Il m’envoie le programme… et j’ai très vite accepté. D’abord parce que j’aime beaucoup Arnaud (garçon aussi talentueux que sympathique) et parce que j’ai trouvé beaucoup d’intérêts à participer à cette manifestation, notamment parce que les invités présents ce jour-là me plaisaient. De fortes personnalités...

Ainsi, le samedi 24 octobre 2015, je me suis rendu à Messey-sur-Grosne, commune située dans le département de Saône-et-Loire en région Bourgogne-Franche-Comté, à la rencontre de deux éditeurs prestigieux, Serge Safran (Serge Safran éditeur) et Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture), de trois primo-romanciers, Éloïse Cohen de Timary, Benjamin Fogel et Éric Metzger et d’un fantastique auteur de nouvelles, Bernard Quiriny (qui, habituellement, ne se déplace jamais dans ce genre de rencontres/débats. Il a fait exception à la règle, je suis donc ravi d’avoir eu la chance de l’interroger.)

alternalivresMot de présentation des organisateurs:

La littérature est vivante. La littérature ose encore. Certes, beaucoup ne cherchent à produire ou à vendre que ce qui marche. Mais contre vents et marées, contre fusions et rachats, des éditeurs, des libraires indépendants n’ont pas cessé de lutter contre l’uniformisation des goûts et la standardisation. Ce sont ces acteurs de la vie culturelle que nous souhaitons mettre à l’honneur- mais aussi les romanciers, les poètes qui s’épanouissent grâce à eux. C’est l’ADN d’AlternaLivres.

Après le thème de l’engagement en 2012, puis l’édition au féminin en 2013, AlternaLivres s’installe à Messey-sur-Grosne pour y raconter des histoires. Tout simplement. Celles d’écrivains pris dans le tourbillon de la grande Histoire.

Celles d’éditeurs qui croient à la littérature. Celles racontées par des auteurs de talent. Et puis celles des poilus de Laurent Gaudé, que lira pour nous le talentueux comédien Julien Pillot.

AlternaLivres sera enfin au coeur d’un événement : l’inauguration de la médiathèque de Messey-sur-Grosne, alternalivresambitieux projet culturel.

De la littérature, des histoires. Des passeurs de livres aussi enthousiastes qu’engagés. Tout ceci avec le souci constant de s’adresser à tous les lecteurs, les érudits, les amateurs de littérature, les novices ou les simples curieux. Voilà qui promet une belle journée, n’est-ce pas  ?

Les organisateurs, Didier Ray et Arnaud Dudek.

Didier Ray est ingénieur du son à France Télévisions. Il a notamment travaillé sur la série « Un siècle d'écrivains » initiée par Bernard Rapp - ce qui provoqué de belles rencontres avec l’œuvre d'une bonne cinquantaine d’auteurs. Dans les lectures préférées de ce passionné d’histoire et grand amateur de poésie, Duby, Amouroux, Ponge, ou encore Michaux occupent des places de choix.

Arnaud Dudek est né à Nancy en 1979. Son premier roman, Rester Sage (2012, Alma éditeur – 2014, Pocket) a  notamment fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman, et a été adapté au théâtre par la compagnie Oculus. Après Les fuyants en 2013, il a publié un troisième roman, Une plage au pôle Nord, en janvier 2015.

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(Arnaud Dudek et Didier Ray. Photo: info-chalon.com)

Il y a eu plusieurs cafés littéraires. Voici les protagonistes de deux d'entre eux. (Mais pour voir l'ensemble du programme proposé, cliquez là!)

Café littéraire#1

"C'est l'histoire...": Avec trois primo-romanciers et un nouvelliste chevronné.

Benjamin Fogel est le fondateur du site internet Playlist Society, et de la maison d’édition du même nom. Il est également l’auteur d’un premier roman, Le renoncement d'Howard Devoto (éditions Les mots et le reste), biographie fictionnelle ou histoire réelle de l'un des fondateurs du groupe post-punk Magazine.

Eric Metzger est un pilier du Petit journal de Canal + avec son complice Quentin Margot, mais il est aussi un raconteur d’histoires. Il a fait des études de lettres, et même entamé une thèse. Et puis il est l’auteur d’un joli premier roman, La nuit des trente (L’Arpenteur), soit l’histoire de Félix, un garçon désabusé, qui vagabonde dans Paris pour fêter ses trente ans.

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Éloïse Cohen de Timary est née à Paris en 1982. Elle a fait ses études à Sciences Po. Co-auteure du documentaire « Sous les pavés, la jupe », diffusé sur Arte, elle est actuellement rédactrice en chef adjointe de Socialter, magazine de l’économie nouvelle génération. Histoire d’identités, Babylone Underground, son premier roman, a été publié en 2015 par Serge Safran Editeur.

Bernard Quiriny est un écrivain belge, docteur en droit, critique littéraire (Madame Figaro, L’Opinion, MK2 3 couleurs…) et professeur des universités à l'Université de Bourgogne. En bon disciple de Borges, Bernard Quiriny n'a pas son pareil pour s'emparer d'une idée poétique et la développer dans une écriture délicieusement hors des modes. Dans son dernier recueil de nouvelles, Histoires assassines (Rivages), finaliste du Goncourt de la nouvelle 2015, il a concocté bon nombre de trames jouissives.

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Café Littéraire#2

L’éditeur, passeur d’histoires: Avec deux éditeurs. 

Dominique Bordes, éditeur indépendant et radioactif, fondateur de Monsieur Toussaint Louverture. En moins de dix ans, l'éditeur s'est construit une réputation de dénicheur de chefs d’œuvre étrangers oubliés, des « ratés » de l'édition qu'il redécouvre ici et là, dans des préfaces, des entretiens, au hasard de lectures. Le dernier stade de la soif et À l'épreuve de la faim de Frederick Exley, Enig Marcheur de Russell Hoban ou Le linguiste était presque parfait de David Carkeet ont atteint ou dépassé les 15 000 exemplaires vendus. Les deux romans de Steve Tesich ont carrément été des cartons.

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Serge Safran, éditeur et auteur. Cofondateur des éditions Zulma, il crée en 2011 Serge Safran éditeur. Cette maison propose quatre à cinq titres par an de littérature contemporaine, française ou étrangère. À savoir un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion.

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Petite photo avant de quitter Messey-sur-Grosne, de gauche à droite : Éloïse Cohen de Timary, Benjamin Fogel, Éric Metzger, bibi, Serge Szafran et Bernard Quiriny.

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Le soir, retour à Paris en train avec tous les auteurs et éditeurs. Je n'ai pu m'empêcher d'immortaliser un moment avec Eric Metzger, parce que son second degré constant et son humour m'ont beaucoup fait rire ce jour-là (et qu'il m'amuse beaucoup à la télé). Je précise que son roman La nuit des trente (L’Arpenteur) est plus qu'honorable. Un premier roman bien écrit qui se laisse bien lire. La chute est étonnante. Eric Metzger craignait de ne pas avoir tout à fait sa place au milieu des autres écrivains, lui "le clown de Canal qui se déguise avec des perruques", comme il l'a répété plusieurs fois. Si, il avait sa place. J'attends le deuxième roman.  

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21 octobre 2015

Amélie Nothomb : interview pour Le crime du comte Neville

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amélie nothomb,le crime du comte neville,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCela faisait longtemps que je voulais interviewer de nouveau Amélie Nothomb. Je l’avais déjà eu devant mon micro dans une autre vie, dans une radio limougeaude, en 1996. Mais depuis, plus rien. Or, j’aime beaucoup les romans d’Amélie Nothomb. Je lis systématiquement (ou presque) son livre annuel. J’étais donc content que l’on me demande de l’interviewer une seconde fois.

Mais c’était un « phoner ». Et je n’aime pas les interviews par téléphone. Surtout quand j’aime l’artiste. J’ai besoin du regard de l’autre. C’est con, mais c’est primordial. La personne interrogée est meilleure et je suis mailleur quand il y a un vrai contact. Une interview se doit d’être « physique ». Bref, c’est comme ça.

Mais elle a été délicieuse. Écouter Amélie Nothomb est un ravissement.

Pour ce 24e roman, Le crime du comte Neville, elle nous plonge dans les milieux aristocratiques belges (dont elle est issue). Elle croque avec amusement ce monde accroché aux principes d'un autre âge (ceux de l'Ancien Régime), où l'on vit "dans la hantise de faillir au paraître" et où "ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne".

Voici le fruit de notre conversation téléphonique pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de septembre et octobre 2015). En bonus pour Les chroniques de Mandor, la version longue de l’interview.

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amélie nothomb,le crime du comte neville,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien :

C’est votre 24e livre publié, mais vous en écrivez plusieurs par an. Comment choisissez-vous celui qui va sortir à chaque fin du mois d’août ?

La procédure est toujours la même. À la fin de l’année, donc durant l’hiver, je relis tout ce que j’ai écrit dans l’année, ce qui fait trois ou quatre manuscrits, et je choisis seule et de façon extrêmement instinctive lequel de mes manuscrits de l’année je publierai. J’aurais le droit d’aller chercher dans mes vieilleries, dans mes manuscrits des années précédentes non publiées, mais je n’en éprouve pas le désir. Je préfère publier quelque chose de récent.

Aucun de vos livres ne ressemble à un autre. On ne sait jamais à quoi s’attendre et ce n’est pas vos quatrièmes de couverture qui vont nous aider…

(Rires) J’étais tellement énervée par ces quatrièmes de couverture qui nous servaient des plats complets que j’ai inventé les quatrièmes de couverture frustrantes. Je préfère susciter du désir que de rassasier les gens avant même qu’ils aient lu mon livre. J’ai constaté que plus les quatrièmes de couverture sont louangeuses plus le livre est mauvais. Moi, j’évite cet écueil, ainsi cela ne me porte pas malheur.

Pour en revenir à Le crime du comte de Neville, vous n’avez pas été si cruelle que ça avec le milieu que vous dépeignez.  

Je n’ai pas mis de frein, je vous assure. Je n’ai simplement pas eu le besoin d’en dire plus. J’aime énormément mes parents, même s’ils appartiennent clairement à ce milieu. C’est trop facile de dire « famille, je vous hais ! » Je ne hais pas tout dans ce milieu. Il y a des choses que je trouve étonnantes et touchantes, même s’il est profondément désuet et ridicule. J’en ai hérité, donc je ne peux pas non plus me haïr moi. Je ne souhaite à personne d’appartenir à ce milieu, car il est très dur et faussement aisé, mais il a aussi des côtés fascinants et je ne le déteste certainement pas.

Est-ce plus compliqué d’écrire sur des faits que l’on a vécus, qu’une pure fiction ?

J’ai beaucoup expérimenté ces deux écritures. Elles sont, l’une et l’autre, très difficiles. Il y a peut-être une plus grande liberté dans l’écriture fictionnelle parce que personne n’existe réellement et personne ne va vous reconnaître. Vous pouvez donc confier les secrets les plus intimes de vos personnages avec un très grand sentiment d’impunité. Dans le cas de l’écriture autobiographique, c’est plus facile parce qu’on décrit un milieu que l’on connaît très bien, mais c’est aussi plus compliqué parce qu’on a une limitation de la liberté. Comme on sait que l’on va être reconnu, cela empêche de tout dire. Bref, ces deux écritures ont leurs contraintes, mais j’ai certainement besoin des deux. Pour connaître la totalité de mon être, pour savoir qui je suis, on a besoin de lire mes écrits autobiographiques et ceux qui sont fictionnels. J’ai aussi envie d’ajouter : « pour savoir ce que tout le monde est ». Je fais le pari qu’en donnant une description fidèle de ce que je suis, je donne une description fidèle de ce qu’est à peu près tout le monde.

Le comte de Neville, Henri, aime sa femme et je trouve ça beau quand il dit : « Si j’avais tout réussi comme mon mariage, je serais le plus heureux des hommes ».

Mon père pourrait en dire autant, sauf qu’il a bien réussi sa vie en tous points. Ce qui est sûr, c’est qu’il a particulièrement bien réussi son mariage. Moi, à ma manière, j’ai pas mal réussi ma vie et j’ai surtout bien réussi mon histoire d’amour. Ça tombe bien, c’est surtout cela que je voulais réussir. Je suis un grand message d’espoir. On peut être cette espèce de « radeau de la méduse » que je suis et pourtant s’en sortir.

On a l’habitude de dire qu’une des caractéristiques de vos livres est que vos héros ont toujours des prénoms rares, voire uniques, c’est le cas de votre héroïne qui s’appelle Sérieuse. Pour la première fois, vous parlez de cela dans ce livre.

C’est la première fois qu’il est naturel que j’en parle parce que c’est vrai que dans l’aristocratie belge, on donne volontiers à ses enfants des prénoms à coucher dehors. Mes parents n’ont pas hérité de ce travers parce qu’ils ont appelé leurs enfants André, Juliette et Amélie, ce qui est tout à fait raisonnable. Moi, je n’ai pas d’enfant. Si j’en avais eu, je leur aurais donné des prénoms possibles. Mais, j’ai des enfants de papier qui, souvent, ont des destins hors du commun, et je me dis que je peux me permettre ce luxe de leur donner des prénoms qui leur conviennent.

Pour vous, la vie est tragique ou comique ?

Vraiment les deux, à court et long terme. Dans toute journée adulte, il y a toujours des sales moments et des moments presque hilarants. Je vous assure, si on arrive à regarder la vie que l’on mène à bonne distance, il y a toujours moyen de se marrer.

Êtes-vous heureuse ?

Je ne suis certainement pas malheureuse, mais heureuse, le contrat est difficile à remplir. Être heureuse tout le temps n’est pas tenable comme position. Mais j’ai des moments de joie, tous les jours, je trouve donc que je suis assez bien lotie.

Les journalistes vous raillent sur le fait que chaque année, un Nothomb sort à la même date depuis 24 ans.

Les journalistes qui me reprochent cela n’ont pas l’air de se douter à quel point c’est difficile. Ils ont l’air de croire que le livre tombe du ciel. Non, c’est même un métier très difficile. Je ne sais pas ce que valent mes livres, mais je sais les efforts que je fais pour en arriver là. Cela fait 23 années que je tiens et je suis toujours impressionnée d’être toujours là.

Personnellement, j’ai toujours imaginé que vous écriviez avec une certaine facilité…

Non seulement c’est difficile, mais c’est de plus en plus difficile. Il s’agit à chaque fois de conquérir un peu de territoire indicible supplémentaire. Plus on en a conquis, plus c’est compliqué d’en conquérir d’autres. Je ne veux pas me comparer à Usain Bolt, ce serait un peu excessif. Quand on court si vite que ça, gratter quelques microsecondes supplémentaires, c’est encore plus difficile. La facilité d’écrire que vous me prêtez est parfaitement illusoire.

Quand vous commencez un nouveau livre, vous demandez vous comment ne pas ennuyer le lecteur ?

Dieu merci, je n’ai jamais ce genre de pensée et je ne me demande pas non plus si je vais être lue ou non. Vous savez, je suis en train d’écrire mon 84e manuscrit pour 24 parus, donc beaucoup ne sont lus par personne. Ce qui est difficile, c’est d’être toujours à la hauteur de ce que j’attends de moi. Je suis ma première lectrice, et croyez-moi, comme première lectrice, je suis monstrueusement vache. 

Après vous, qui est la deuxième personne qui lit vos manuscrits ?

Le PDG des éditions Albin Michel, Francis Esménard. Encore une fois, il ne lit que les manuscrits que je choisis pour être publiés, les autres ne sont lus par personne.

20 octobre 2015

Babx : interview pour Cristal automatique#1

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(Photo : Julien Mignot)

Chanteur virtuose doté d’une grande sensibilité littéraire, Babx écrit, compose et arrange ses disques lui-même. Il m’a toujours impressionné par l’ampleur et la sophistication de ses textes, l’atmosphère fiévreuse et planante de ses chansons. Ces albums, Babx (2006), Crystal Ballroom (2009) et Drones personnels (2014) placent cet artiste au-delà de la concurrence.

Pour son 4e album, Cristal automatique#1, il a décidé de mettre en musique des textes de Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Aimé Césaire, etc... sur son propre label, Bisonbison.

C'est aussi audacieux que délicieux !

Une rencontre s’imposait. Elle s’est tenue le 2 septembre, par un beau jour ensoleillé… dans la cour de l’agence (parce que l’artiste voulait fumer à volonté).

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorUn extrait du mot de Babx au sujet de Cristal automatique#1 :

Il m'a toujours été impossible de créer des mots à partir d'une musique, c'est-à-dire emporter la musique vers la parole. À l'inverse, les mots ont toujours été pour moi vecteurs de musiques, d'espaces, de rythmes, de couleurs, de silences et de voix.

« A noir, E blanc, I rouge » disait Rimbaud. Les lettres et les mots comme une palette de couleurs universelles qui attendraient qu'on les mélange, un orchestre d'orphelins qui s'accorderaient pour les retrouvailles. La langue de Kerouac, cymbale nerveuse, Arthur Rimbaud, Organiste Vaudou saturé, Gaston Miron, Bison élégiaque, Prévert, bal populaire avec ses hauts parleurs branchés sur l'enfance…

Parfois, souvent, les mots se suffisent à eux-mêmes et rajouter de la musique dessus serait comme un maquillage un peu vulgaire. Quand Olivier Chaudenson m'a proposé une création autour des textes qui m'ont accompagné ou « influencé », je me suis demandé comment réunir la musique et ces mots-là, sans que l'un serve de « faire-valoir » à l'autre. Alors j'ai essayé tout simplement de partirbabx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandor de l'émotion pure que m'inspiraient certains textes et de composer leurs jumeaux musicaux. Un peu comme on écrirait de la musique en se souvenant d'un tableau, ou comme un tableau qui se souviendrait d'une musique.

Ce qu’en pense Didier Varrod :

« Ceci est un disque courageux. Ceci est un album qui sonne comme une nécessité. Une alarme lancée à une industrie discographique en pleine déroute. Le sonneur s’appelle Babx, de son vrai nom David Babin. Il est auteur compositeur interprète et le voilà qui prend le maquis après avoir sorti trois albums dans les circuits normalement balisés. Puisque tout le monde a semble-t-il  peur de la chute des ventes de disques, Babx prend le risque se faire peur lui-même en revenant aux grands textes et à cette poésie abrasive des grands brulés de la littérature. Pour redonner un sens à notre chanson et à sa tradition... »

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babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorInterview :

Babx m’interrompt au moment où je commence à poser ma première question…

La dernière fois que nous nous sommes vus, j’étais avec L dans un bar. Tu étais venu l’interviewer pour la sortie de son tout premier EP et moi, je l’accompagnais.

Tu as une bonne mémoire. Je m’en souviens, c’était en mars 2008. Ça m’avait fait plaisir que tu sois là parce que je te suis et t’interviewe depuis ton premier disque. Je ne m’attendais pas à te voir.

C’était avant qu’elle devienne Mylène Farmer (rire).

Pour commencer, j’aimerais que tu me parles de Bisonbison, le label indépendant que tu as créé.

J’ai essayé d’arrêter de comprendre ce que l’on me demandait dans les labels où j’officiais. J’ai mis trois disques à réaliser que, vraiment, je n’y comprenais rien. J’essaye de m’écarter un peu de l’idée « d’industrie de la musique » pour revenir à quelque chose qui s’apparente plus à une sorte d’artisanat. Je veux faire, sans restriction aucune, la musique que j’ai envie de faire sans me poser la question du marketing et de l’image. J’ai réalisé qu’il y avait toujours une étape où ça commençait à m’échapper en termes de sens. En gros, je faisais un album. Je passais un an à y réfléchir comme un malade, je l’enregistrais avec tout mon cœur avec l’idée de ce que je m’en faisais. Quand cet album sortait, il était pris en relais par des gens qui n’avaient pas du tout le passif lié à l’album. Arrivé à cette étape-là, je commençais à ne plus rien comprendre de ce qu’on était en train de faire de mon disque, ni ce que l’on était en train de raconter… tout à coup, il fallait avoir une image, une représentation d’apparence extérieure qui rompait avec ce que je voulais faire jusque-là.

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as compris que tu ne pourrais pas demander aux gens des maisons de disque d’être dans ton rythme et réciproquement, c’est ça ?

Tu ne peux pas mieux résumer. Je ne leur reproche rien et je ne suis pas en train de partir en croisade contre les maisons de disque, mais je pense que je n’avais plus rien à y faire. Le fait d’avoir initié Bisonbison avec cet album-là, un disque avec uniquement les textes des autres, c’était pour retrouver un sens à tout ça. Pour les maisons de disque, il fallait d’abord faire une carrière avant de faire de la musique et ça ne me convenait pas. Bisonbison est né de ce constat.

Avoir son propre label, ça veut dire le gérer. Ce qui implique de donner du temps et babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorde l’énergie que l’on pourrait consacrer à la création, non ?

Ce sont des soucis, je te l’accorde, mais qui provoquent une énergie assez saine. Tu dois parer aux éventuels problèmes sans attendre des autres qu’ils les règlent pour toi. Tout devient concret. Je contrôle plus ma production, je sais pourquoi je fais telle chose et à qui ça s’adresse. Je ne veux pas forcément parler à la masse, mais si quelques personnes s’intéressent profondément à mon travail, c’est déjà pas mal.

Ton premier disque labélisé Bisonbison est celui pour lequel je te reçois aujourd’hui, Cristal Automatique#1. Un disque dans lequel tu mets en musique des textes de Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Aimé Césaire, etc. Un disque très exigeant sans aucune concession.

Avec L, on avait ce réflexe naturel de mettre des poèmes en musique, cela fait donc longtemps que je pratique cet exercice. Un jour Olivier Chaudenson, pour son festival de Manosque, m’a demandé de faire un concert basé autour de mes influences littéraires et poétiques. En réitérant ce concert de manière spontanée et surtout pas régulière, j’ai constaté que cela nous apportait quelque chose d’essentiel par rapport à la musique. On avait des retours du public vraiment très fort. Un jour, je me suis fait engueuler par un spectateur présent qui m’a lancé « mais, putain, il est où votre album ? Vous ne pouvez pas faire ça et nous laisser rentrer chez nous sans pouvoir réécouter ce que vous nous avez proposé ! » J’ai obtempéré. J’ai sorti ce disque comme je le voulais. Sans aucune vanité, je suis très fier de lui et je suis certain qu’il concerne beaucoup de personnes. Ce sont des textes que je vénère plus que tout. Ce disque n’est pas des cacahuètes en attendant de bouffer, contrairement à ce qu’insinuait ma précédente maison de disque quand je leur ai proposé ce projet. C’est un vrai disque de Babx, pas un « en attendant le prochain ».

“Cristal Automatique” : Un concert littéraire de Babx. Enregistrement réalisé à la Maison de la poésie, le 11 avril 2014 et diffusé sur les ondes de France Culture. Sur des textes d’Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Jean Genet, Antonin Artaud, Tom Waits, Gaston Miron, Aimé Césaire et Barbara. Au violoncelle et à la guitare électrique : Julien Lefèvre. À la batterie : Frédéric Jean. Au piano et au chant : Babx.

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorCe disque est présenté en édition limité.

Je voulais être cohérent dans la manière dont j’allais le présenter. Cette édition limitée est numérotée, tirée à 350 exemplaires, fabriquée par une relieuse et illustrée par le plasticien, Laurent Allaire. J’ai reconvoqué le travail de la main au moment où on constate que tout est très dématérialisé. Je fais toujours le parallèle avec la cuisine, parce que ce sont mes deux passions. Ce disque est la différence entre ce qui est fait chez Flunch et le plat maison préparé avec amour chez soi. Dans mon label, quand on dit qu’on fait de la musique, on fait réellement de la musique.

Quand on a les mots de Rimbaud, de Genet, d’Arthaud, Kerouac et les autres, leur coller de la musique doit être une montagne à gravir, non ?

Je ne le vois pas du tout comme ça. Je le vis très spontanément. Je n’ai jamais été écrasé par les figures de ces gens-là. Pour moi, ce sont des gentils sorciers. Leurs textes m’ont accompagné depuis très longtemps, je ne suis donc pas intimidé de m’attaquer à ces œuvres. La règle du jeu de mon travail est simple : il faut que la musique que j’écris pour ces textes soit quasi automatiques, d'où le nom de l'album. Je ne voulais pas que cela me prenne plus d’un quart d’heure par texte. Je me suis posé deux questions : Qu’est-ce que le texte m’amène comme émotion ? Si tu lis ce texte-là, comment tu le raconterais en musique. Finalement, tout est venu très vite et je n’ai pas eu à y réfléchir.

Il y a parfois de longues plages musicales.babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandor

Je voulais laisser le temps aux textes de résonner longuement à travers la musique. J’avais l’idée que l’on reste longtemps avec le sentiment du poème qui dégénère musicalement.

Presque tous les titres sont enregistrés en live.

C’était pour garder une sensation de fraîcheur et de spontanéité.

Les douze textes choisis sont ceux que tu préfères ?

Ils font partie de mes préférés, mais ce sont surtout ceux pour lesquels il était facile de faire de la musique. Il y a des textes qui se refusaient à une mise en musique et je pense qu’il y a des textes qui n’appellent à absolument aucune musique d’ailleurs. André Breton a demandé dans son testament à ce que l’on ne mette jamais de musique sur ses textes. Si j’avais eu l’inspiration pour mettre une musique sur un texte de Breton, je n'aurais pas respecté la volonté du défunt.

Tu irais à l’encontre des dernières volontés d’un auteur ?

Sans aucun problème. Les gens morts sont morts, après, les vivants font ce qu’ils veulent (rire).

Tu ne t’interdis rien ?

Pourquoi je m’interdirais quelque chose ? Dans le très beau film italien Il Postino, le facteur en question dit « la poésie n’appartient pas à ceux qui l’écrivent, mais à ceux qui l’entendent. » Je suis persuadé de ça. Une fois que l’on a créé quelque chose, il faut savoir lâcher prise.

Et si quelqu’un reprenait une de tes chansons ?

Je n’aurais rien à dire. Si cette chanson est sortie, elle est sortie aussi pour prendre l’air. Une création n’est pas faite pour rester enfermée chez son créateur, donc oui, je m’en fous.

Quand tu lis un recueil de poèmes, tu arrives à ne pas avoir de musique qui s’impose ?

Bien sûr. Je pense à une musique sur un texte uniquement si je me dis que j’ai envie de le mettre en musique. Je suis un lecteur « normal ». Je n’ai aucune interférence de ce type.

Quand j’ai su l’existence de ce disque, je me suis dit qu’il n’y avait que toi pour faire ça.

Il y a aussi Bertrand Belin qui a fait un truc magnifique sur Christophe Tarkos. L peut très bien s’adonner à ça aussi. Je pense que nous allons être de plus en plus nombreux à le faire et je m’en réjouis.

Tu viens de réaliser le disque de Grand Corps Malade.

Son album s’appelle Il nous restera ça et il a invité plein de gens comme Aznavour, Thiéfaine, Jeanne Cherhal et Renaud a écrire un poème et le dire eux-mêmes. Avec Angelo Foley, on a fait la musique là-dessus. J’ai l’impression que, quelque part, il y a une nécessité de poésie en ce moment. La musique accompagne cette nécessité-là.

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Babx et Angelo Foley lors de la réalisation du disque de Grand Corps Malade.

Le teaser de l'album de Grand Corps Malade, Il nous restera ça.

Les gens ont-ils un besoin viscéral de poésie ?

Oui, j’en suis persuadé. Ça me rappelle des choses que j’ai pu voir au Pakistan. Il y a un idiome musical qui s’appelle le qawwali. Ce sont des poèmes mystiques chantés. Les gens se ruent pour aller écouter ça. La tradition veut que l’on recouvre les musiciens de billets. Les gens qui assistent à ça sont généralement des gens qui n’ont pas d’argent du tout. Ils doivent choisir entre bouffer ou donner de l’argent aux musiciens.

Il y a donc une ferveur à l’écoute de ces textes-là ?

Oui. Je me rends compte que cet état-là, il n’y a que la poésie qui peut le donner. Il y a des concerts de Cristal automatique qui sont vraiment dingues dans la manière dont les gens s’abreuvent de ces mots et de cette poésie-là.

Toi-même, tu fais de la poésie ?

La poésie, je ne sais pas ce que c’est (rire).

Non, mais sans rire.

J’essaie, en tout cas. La poésie n’est pas un style littéraire, c’est une manière de voir la vie, de la transcender, de l’appréhender. C’est un filtre par lequel on voit la vie. On peut faire de la poésie dans tout. On est un être poétique ou on ne l’est pas.

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Pendant l'interview...

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorTu travailles pour pas mal de gens connus (comme Camélia Jordana) et aussi pour des jeunes en devenir. Parle-nous de Karoline Rose.

C’est une immense artiste et la première signature de Bisonbison. C’est une artiste franco-allemande, ancienne metalleuse, dans le mouvement des Riot Girls, un peu post punk quoi !  Elle est venue me demander de réaliser son disque qui est en anglais et en français. C’est du rock électronique assez punk.

Un peu une nouvelle Nina Hagen ?

Oui, il y a un peu de ce genre de personnalité, mais en bien plus moderne dans le son.  

Teaser#1. Karoline Rose sera à la Cigale le 20 octobre, en première partie de Jeanne Added. 

Tu te sens proche de quels artistes, outre ceux avez lesquels tu as travaillé ?

Si je ne dois pas citer ceux avec lesquels j’ai travaillé, il n’en reste plus beaucoup. Je ne me sens pas proche de Bertrand Belin, mais je respecte énormément son travail. Il y a aussi Feu Chatterton que je trouve superbe, parce qu’ils osent vraiment des choses. Le groupe Grand Blanc aussi est intéressant. Fauve, aussi. Pas du tout dans leur musique, mais dans leur attitude, dans leur envie de ne pas jouer le jeu. Je me sens proche des gens qui prennent un peu de risque. J’aime les gens qui s’abandonnent dans une sorte d’expérimentation et qui ont envie de rendre le public plus curieux en sortant de leur concert que quand ils y sont rentrés. Je me sens proche de gens qui incarnent quelque chose de l’ordre de la liberté. Je considère que quand on est artiste, on a la vocation de prendre une liberté. Les gens qui vont voir les concerts payent pour voir des gens qui prennent une liberté qu’eux n’osent pas prendre.

Tu te sens compris dans ta démarche ?

Oui, la preuve, nous nous parlons. Je te le répète, je n’ai pas à être compris par la masse. Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas à être élu. Je souhaite juste un public qui s’intéresse à mon travail… mais qui s’intéresse profondément.

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 Après l'interview, le 2 septembre 2015.

Et n'oubliez pas...

J'y serai. J'en jubile d'avance.

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13 octobre 2015

Babel (Sébastien Rousselet) : interview pour la sortie de l'EP "BLESS(E) YOU"

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Le retour de Babel est une sacrée bonne nouvelle. BLESS[E] YOU  est une vraie bombe. A grand coup de sons electro ultra-contemporains se mêlant au violoncelle et piano, ce disque est une grenade dégoupillée. Ça explose de partout au milieu de mélodies magnifiques et particulièrement efficaces. Étonnant et addictif.

Musicien, comédien, slameur, chanteur, Sébastien Rousselet manie le verbe avec verve. « Radicaux mais pas indécents » dit-il. Les textes de Babel ressemblent à leur auteur. Il est venu à l’agence le 14 septembre dernier pour me parler de ce deuxième EP (que j’écoute réellement en boucle).

Comme j’ai déjà reçu Sébastien (accompagné par Nino Vella, le clavier du groupe) dans une première mandorisation, il y a deux ans, je vous épargne les débuts du groupe et tout le toutim.

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(Photo : Corentin Luis).

10012530_895521440491841_2548012861792848734_n.jpgNous sommes passés directement à l’essentiel.

Argu officiel :

Babel c’est une organique machine. Du boom boom sensible. Du chant-son. En français dans le texte. Pour danser et penser. Chant, scratches, violoncelle, claviers. On brûle sur scène pour te réchauffer. On te cueille au ventre, donne des coups et des caresses qui te bénissent et te blessent. Après un album et un EP auto-produits, un tour aux Francofolies en passant par le Chantier et plus d’une centaine de concerts aux 6 coins de l’hexagone, Babel revient avec son nouvel EP, BLESS(E) YOU et un show explosif, punchy et touchant.

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(Photo : Benjamin Pavone)

DSC00742dd.JPGInterview :

Il y a une sacrée évolution entre votre précédent EP et celui-ci.

On a cherché à développer le son qu’on avait commencé à trouver avec le précédent EP, La vie est un cirque. A cette époque, je trouve qu’on allait encore bouffer à tous les râteliers. On était encore un peu dans la chanson. Aujourd’hui, malgré l’éclectisme de ces nouveaux titres, je considère que nous avons gagné en cohérence. On est moins dans la variété, dans le sens « varié », on est moins hybride.

On vous le reprochait ?

Un peu, oui. Et nous, parfois, quand on faisait des concerts, on avait l’impression de faire de la musique d’un autre groupe. Le retour des programmateurs étaient symbolisé par une question : c’est qui Babel ? C’est de la chanson, de l’electro, du slam ? Ils nous reprochaient d’aller partout et nulle part.

C’est chiant de s’entendre dire ça ?

Évidemment. Le public ne se pose jamais ce genre de questions. Ce ne sont que les professionnels qui te remettent en question et qui ne savent pas où te cataloguer.

"Bless(e) You" en live @ Au fil du Son 2015. Image : Corentin Luis - Joris Favraud. Montage : Corentin Luis.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait une unité chez vous et que tout était cohérent.

Pendant un an et demi, on a cherché une certaine évolution, mais on a galéré. Il a fallu que l’on trouve la place de chacun, que l’on détermine comment on compose, qui emmène quoi. Personnellement, j’écris les textes et je participe un peu à la musique. Je peux emmener une compo guitare-voix, mais de plus en plus, j’ai laissé le champ libre aux autres membres du groupe. De plus en plus, j’essaie de me détacher de l’aspect composition et harmonie, parce que, très honnêtement, il y en a qui le fond mieux que moi. Chez nous, tout le monde peut composer. C’est à la fois riche et compliqué.

Toi, tu écris en utilisant la méthode Boris Vian. C’est quoi cette méthode.

Il écrivait une musique, puis il écrivait un texte dessus ensuite, un autre compositeur refaisait une musique sur le texte. C’est ce que je fais parce que j’ai besoin de musique pour écrire mes textes.

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(Photo: Carmen M au Festival Epipapu)

Ce que j’apprécie dans votre son « electro pop rock chanson », c’est le sens de la mélodie.

La mélodie est primordiale dans une chanson. Même dans les chansons dites « à texte », comme celles de Georges Brassens. Chez tous les amateurs de Brassens, il n’y a au fond que 10% qui connaissent les paroles, mais tout le monde fredonne la mélodie. Ça te reste tellement dans la tête que ça en devient diabolique.

"Climb the Tower" en live @ Au Fil du Son 2015. Image : Corentin Luis - Joris Favraud. Montage : Corentin Luis.

Vos concerts, actuellement, font l’unanimité. C’est une vraie claque pour tout le monde. 

On essaie de faire en sorte que notre spectacle soit léché. Nous sommes tous assez exigeant par rapport à nos décors, nos sons et nos lumières. Nous voulons être fiers de ce que l’on présente, aussi visuellement.

Votre public est de plus en plus nombreux.

Nous sentons que la mayonnaise prend. Nous avons des passages clips à la télé… et des choses se profilent à l’horizon. Je ne t’en dis pas plus, parce que tant que ce n’est pas fait ça reste du vent.

Bon, il y a des maisons de disque et des radios qui sont intéressés, c’est ça ?

Advienne que pourra.

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(Photo: Eric Coehoorn)

Vous êtes dans une période positive, là, j’ai l’impression.

Oui et c’est agréable parce que nous sommes passés par une grosse période de doute. On ramait un peu et comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous nous cherchions artistiquement. Un jour, tout s’est débloqué et c’était parti. On a eu envie d’aller vers quelque chose de moins hip hop, qui était un peu la marque de fabrique du premier, pour aller vers une musique plus « épique »… un peu « musique de film » avec du texte dessus, tout en gardant le côté electro.

Voilà, on peut vous cataloguer. Vous faite de l’electro épique ! Tu valides ?

Je valide complètement. On aime bien les grandes envolées lyriques…

Dans vos chansons, tu dis beaucoup sur l’état de la société d’aujourd’hui, mais sans faire la morale. Tu constates, point barre.

Je déteste qu’on me fasse la morale, ce n’est pas pour la faire aux autres. Je ne fais aucune chanson manichéenne non plus. Comme je m’intéresse au monde et que ça me touche, j’écris sur ce qui me touche. Je parle de ce que je ressens plus de ce que je pense. Il y a des idées qui en ressortent, forcément.

Clip officiel de "Bless(e) You".

Dans « Bless(e) You », tu parles au peuple et il y a de la colère.

Il y a une forme de désespoir dans cette chanson. La chanson engagée, genre anti militariste de base, je n’y arrive pas. Dans cette chanson, je tape sur l’armée, la guerre, pas sur les militaires. Eux, ils font leur travail. Le militaire que « j’interprète » a cru au bien-fondé de la guerre qu’il est obligé de mener, mais il se rend compte qu’il s’est fait baiser la gueule, qu’on a utilisé des idées pour l’utiliser lui et ses camarades. Dans les chansons engagées, on est dans le jugement, moi, je ne prends jamais cette direction. Je ne veux pas faire mon chanteur de gauche de merde (rires).

Vos fans suivent votre évolution d’album en EP. Comment ont-ils réagi à ces nouvelles chansons ?

Les retours sont globalement positifs. Il n’y a pas de sentiment de trahison. Le fait que nous nous éloignons de la chanson traditionnelle pour une musique plus électrique et électronique ne semble pas choquer grand monde.

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(Photo : Arnaud Grislin).

Je me suis fait la réflexion que l’on n’a pas l’habitude d’avoir de bons textes sur ce genre de musique.

C’est notre challenge. J’essaie de bien écrire, de bien tourner les compliments… je suis très exigeant et je me donne du mal pour amener du fond. Pour moi, ce n’est pas un exemple, mais Stromae a bien réussi ça. C’est très populaire sans avoir vendu son âme. Il est très sincère, ses textes sont d’enfer. C’est très simple, mais ce n’est pas simpliste. C’est accessible et ça envoie d’enfer ! Sans faire la même musique, j’essaie de faire en sorte que l’on prenne une direction de cette nature. Faire danser sur des textes noirs, j’aime l’idée.

Tu as envie de produire une œuvre classe… et qui touche tout le monde.

Je me sens populaire aussi. Je viens de là. Autant j’aime la grande littérature et les films d’auteurs, autant j’aime le dernier Mad Max. Je veux tirer les gens, modestement, vers le haut, mais en faisant de la musique qui plaise à un maximum de gens.

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Le 14 septembre 2014, après l'interview.

11 octobre 2015

Tenny : interview pour Yin & Yang

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tenny,yin & yang,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorEncore une fois, depuis que ce blog existe (il y a presque 10 ans), je relaie toutes mes interviews des magazines pour lesquels je travaille. Parfois, ça tombe sur des artistes qui ne me passionnent pas particulièrement (mais qui génèrent du trafic ici). Parce que je ne suis pas du tout le public visé. Malgré tout, je fais mon travail. Le plus consciencieusement possible.

Alors, évidemment, cette jeune artiste, Tenny (dont le marketing mis en place prétend qu'elle est la Beyoncé française) fait partie de ces artistes vers lesquels je ne me tournerai pas spontanément.

Voici son interview pour Le magazine des loisirs culturels Leclerc (daté des mois de septembre et octobre 2015). Nous nous sommes rencontrés dans les locaux de sa maison de disque le 27 août dernier.

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Le clip de "Le temps"

Le clip de "Action ou vérité"

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Après l'interview, le 27 août 2015.

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09 octobre 2015

Amaury Vassili : interview pour Chansons populaires

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AMAURY-MICRO-08-©YVES-BOTTALICO-LIGHT.jpgJ'ai interviewé le jeune chanteur (ténor) Amaury Vassili à l'occasion de la sortie de son album Chansons populaires. Un album de pure variété. Je m'attendais à être déçu (les aprioris ont la vie dure), mais finalement, j'ai été agréablement surpris. Évidemment, je préconise l'écoute des versions originales... mais si ce disque permet la découverte de certaines de ses chansons, soit.

(Je tiens tout de même à ajouter que je me demande s'il n'y a pas un GROS souci dans les maisons de disque. Pourquoi ces albums de reprises à profusion (entre autres Renaud, Goldman, Téléphone et bientôt Balavoine...) ? Réponse simple comme bonjour : parce que c'est facile à faire, les chansons ont fait leur preuve, on ne prend pas trop de risque et ça se vend très bien. Soit.)

(Mon métier m'empêche de développer plus... mais je n'en pense pas moins).

(Sinon, Amaury Vassili est aussi bon interprète que sympathique).

(Ce qu'il fait, il le fait bien et, j'ai l'impression, avec passion et envie).

Voilà donc le fruit de notre interview pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d'octobre 2015).

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Le premier clip tiré de l'album Chansons populaires : "J'ai encore rêvé d'elle" (en duo avec Barbara Opsomer).

07 octobre 2015

Hippocampe Fou : interview pour la sortie de ☆ CÉLESTE ☆

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Hippocampe Fou, fine et inventive plume du rap français, revient avec l’album CÉLESTE . L’artiste extrêmement doué se surpasse techniquement et s'accompagne de textes aérés et de refrains aériens. Voyages, vie quotidienne, expériences personnelles, désillusions, religion, sont quelques-uns des thèmes traités sans ego trip ni vulgarité avec subtilité, poésie et créativité. C’est finalement assez rare pour que ce « détail » soit signalé.

Le 29 juillet, Hippocampe pas si Fou que ça est passé à l’agence pour une mandorisation en règle.

hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rapBiographie officielle (très raccourcie) :

Après avoir exploré les fonds marins avec °°AQUATRIP°°, rencontré un public nombreux et enthousiaste, ce grand enfant d’Hippocampe Fou, toujours dans la lune refuse de quitter son pays imaginaire et nous invite à un voyage insolite et surréaliste, à la recherche de l'extase, avec son nouvel album ☆ CÉLESTE ☆. Accompagné de productions musicales redoutables, Hippo manie flows, jeux de mots et story-telling avec une dextérité surprenante. Sa langue affûtée bouscule l'imagination et suscitent la réflexion en visitant un nouvel espace : le Ciel. Suivi de très près sur le net (avec 5 millions de vues sur sa chaîne YouTube), Hippo livre un album pétillant qui revient avec humour et profondeur aux sources du rap français.

Amoureux des images et des mots, avide d'évasion, dans ce nouvel opus Hippo déroule ses chansons comme des courts-métrages. Ce conteur moderne explore une multitude de style : mélancolique ("Las Estrellas"), romantique ("Mes échecs"), introspectif ("Si j'étais..."), onirique ("Presque rien"), burlesque ("La grande évasion"), historique ("Chasse aux sorcières"), grotesque ("Chorale des orphelins à la langue coupée"), autobiographique ("Arbuste généalogique »)... Artiste protéiforme, il soigne le fond et la forme.

Reconnu pour son flow fluide au débit ultra rapide, sa technique qui oscille entre slam et rap, il hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rappeut se vanter de réussir à rapper sur tout type de rythme et de bpm. Classé 2ème sur la liste des rappeurs français possédant le vocabulaire le plus large, selon le Huffington Post, Hippo maîtrise assonances, allitérations et métaphores percutantes, ce qui en fait un MC complet.

Dans ce nouvel album, des oreilles curieuses pourront croiser, entre autres, les métaphores du sage Gaël Faye, le flow inimitable des Américains The Procussions, les chœurs des sirènes Mary May & EMJI (qui a remporté l'édition 2015 de la Nouvelle Star), la flûte traversière enchanteresse de Marine Thibault (Cat's Eyes), l'harmonica du virtuose Greg Zlap et même un refrain chanté par le père d'Hippo : Francisco Gonzalez.

Avec ☆ CÉLESTE , l'homme derrière le cheval de mer se réinvente. Il a grandi, déterré ses émotions et s'aventure dans les sombres recoins de notre existence. À la manière d'un Charlie Chaplin, Hippo y défend un rire empreint d'émotion. Son style populaire, intemporel est toujours à la recherche de l'inédit. Créer l'extraordinaire en détournant l'ordinaire.

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hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rapInterview :

Tu vis de ta musique, ce n’est pas donné à tout le monde.

Depuis quelques années, je suis intermittent du spectacle. Entre les concerts et les ateliers, j’arrive à vivre de mon art.

Tu as fait des webs séries sur YouTube. Cela a largement contribué à ta notoriété.

C’est partie d’une envie de m’amuser avec mes proches dans un premier temps et avec les gens, par la suite. La web-série « Video rap » a bien plu. En 2009, ça a fait pas mal de bruit, notamment grâce au réalisateur de la web série, Le visiteur du futur », François Descraques. Il a partagé sur son blog quelques épisodes, ce qui a eu pour effet de me ramener beaucoup de gens, dont certains sont restés fidèles. Je suis passé de 300 vues à 10.000. A partir de ce jour-là, c’est devenu plus sérieux et moins confidentiel.

Video Rap: "Chez moi y a un Lama" (2010).

J’ai regardé pas mal de tes vidéos. On sent une âme de comédien.

J’aime bien jouer des scénettes humoristiques qui amènent quelque chose de plus sérieux derrière. J’aime jouer le passage du looser au brillant rappeur. Je suis un mix de ces deux personnages.

Dans tes vidéos et dans tes chansons, je sens de l'ironie et du second degré.

C’est sans doute une forme de pudeur. Je ne fonctionne pas en disant les choses frontalement.  Même dans le quotidien, quand quelque chose va mal, je suis plus du genre à lâcher la petite phrase cynique ou ironique qui parfois peut mettre mal à l’aise les gens… mais je suis comme ça.

Clip de "La grande évasion" (en duo avec Céo).

Dans « La grande évasion », sous couvert d’une chanson un peu délirante, le fond est triste.

On ne rigole jamais autant que quand c’est dramatique. Moi, j’aime bien aller carrément dans le burlesque. C’est le principe des films de Chaplin ou de Buster Keaton. Il y a toujours la notion de souffrance, mais avec le sourire.

Présente nous Céo.

C’est mon acolyte scénique. Je ne voulais plus être seul sur scène parce que je commençais à faire de gros concerts. Il est beatmaker, graphiste, rappeur entre autres. Sur « La grande évasion », c’est lui qui a fait l’instru.

Il y a des guests tel que Gaël Faye (mandorisé là) dans "Presque rien" par exemple.

Lui, il a la métaphore très facile. Je lui ai proposé le feat trois semaines avant qu’on l’enregistre et il a commencé à écrire sa partie dix jours avant. Il y a plein de belles images et de jeux de mots d’une finesse rare. Il écrit très bien et j’ai beaucoup d’admiration pour lui.

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 Gaël Faye et Hippocampe Fou.

Toi aussi tu joues avec les mots comme personne.

J’aime jouer sur différents lexiques, entrechoquer les mots, jongler avec. Je joue entre le sens et la forme.

Le son des mots, c’est un instrument de musique ?

Bien sûr. Je suis le fils d'un guitariste et compositeur colombien. Je l’ai vu travailler ses gammes et morceaux très longuement. Il avait des problèmes de vue, il ne pouvait pas lire les partitions, donc il devait mémoriser les morceaux en les jouant sans cesse. Il a voulu m’apprendre la guitare, mais ça m’ennuyait et ça me faisait mal aux doigts, j’ai donc refusé. Du coup, quand j’ai commencé à m’intéresser à la possibilité de raconter des histoires avec des mots qui peuvent groover, je me suis dit qu’il était possible de vivre en devenant conteur. Je savais que j’allais pouvoir faire sonner les mots, comme mon père pouvait faire sonner les cordes de sa guitare.

Le mot « conteur » te convient bien.

A ma disparition, j’aimerais bien que l’on place « conteur » sur ma tombe. Je trouve ce terme ultra classe.

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Que pense ton père de ton travail ?

Alors que je finissais mes études de cinéma, je suis parti en Colombie avec lui pour faire un documentaire sur sa personne. Je voulais faire un film sur la composition, la musique et l’exil. Pendant ce voyage, je lui ai fait écouter deux morceaux dont j’étais fier. Il m’a dit qu’il trouvait ça bien et m’a encouragé à en faire d’autres. Aujourd’hui, je vis de ma musique, je sors mon deuxième album et je suis très heureux.

Tu as commencé en animant des soirées slam.

C’était des années avec des hauts et des bas. Alors que je faisais deux heures de textes et d’impro, il m’arrivait, à la fin d’une soirée, de repartir avec une fortune. Deux euros (rire). Quand on a connu ce genre de galère, on est content quand une vingtaine de personnes, qui ne sont pas tes amis, se déplacent pour venir te voir à un concert. Aujourd’hui, j’alterne les gros festivals, les grosses scènes et des trucs plus intimes.

Tu fais aussi des ateliers d’écriture.

Je me retrouve face à dix jeunes qui ne me connaissent pas et qui ont leurs propres références. Je dois les convaincre avec un morceau qu’ils n’ont jamais écouté que ce que je fais est bien et que l’on va faire des trucs cools ensemble. J’ai une pression soudaine qui est plus grande que si j’étais devant 1000 personnes.

"Freestyle Céleste"

Il n’y a pas un clip de toi qui ressemble à un autre. Pourquoi ?

Je travaille toujours avec des gens différents qui ont des savoir-faire personnels. Je ne veux pas refaire deux fois le même clip. Je veux surprendre le public. Je cite souvent Kubrick et Lars Von Trier qui sont deux de mes réalisateurs cultes. Ils ont su se renouveler à chaque film et proposer une forme cinématographique différente. J’aime les gens qui savent se réinventer.

Chez les chanteurs, tu peux me donner des exemples ?

Oui, Camille. A chaque album, elle a su changer de style de manière inattendue.

Entre °°AQUATRIP°° et ☆ CÉLESTE ☆, il y a un monde ?

L’eau de mer s’est évaporée, ça a formé des petits nuages et moi, en tant que créature aquatique, j’ai sorti mes petites nageoires de l’eau, des petites pattes ont poussé et j’ai commencé à marcher sur la terre ferme et j’ai regardé les nuages. L’idée de cet album, ce n’est pas de partir dans les plus lointaines galaxies, c’est simplement l’envie d’aller au-delà des nuages. Il y a une envie de rêver éveillé en marchant sur les nuages avec l’auditeur.

Il y a différents niveaux de lectures dans tes textes.

Oui, je m’amuse un peu, mais j’ai quand même du mal à être trop abstrait. Il y a certains artistes que je ne saisis pas. Par exemple Christine and the Queens, il y a des chansons que j’aime beaucoup, mais je ne comprends pas toujours ce qu’elle veut dire. C’est un peu trop ésotérique pour moi. J’ai envie que les gens comprennent ce que je raconte et que l’image soit claire. J’aime emmener les gens dans mon univers, de temps en temps, au détour d’une phrase, les perdre et puis finir par les récupérer. J’aime déconcerter, mais en douceur. Si j’étais une œuvre, je serais plus au Louvre qu’au Palais de Tokyo.

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Pendant l'interview...

Tu as du mal à trouver tes rimes ou c’est plutôt facile ?

Je recherche les punchlines. Il faut que ça sonne au niveau des allitérations et des assonances et, en même temps, il ne faut pas que ce soit juste un jeu sonore, il faut que cela veuille dire quelque chose de bien. Comme je dis dans le freestyle « Céleste » : «quand j’écris, je réfléchis jusqu’à ce que je sue. » Je cherche toujours le juste mot.

A quel public t’adresses-tu ?

Mon but n’est pas d’être le plus technique des rappeurs, mais de raconter des .histoires dans lesquels un petit de 4 ans, quelqu’un de l’âge de mes parents ou une personne âgée puissent se retrouver à un moment… et reconnaître la poésie que j’y mets tout en restant fidèle à mes envies.  

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Après l'interview, dans la cour de l'agence, le 29 juillet 2015.

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06 octobre 2015

Clip de "Octobre Rose" (de Faby Perier) pour sensibiliser à la lutte du cancer du sein.

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Des chanteurs, comédiens, journalistes et musiciens ont uni leurs voix pour Octobre Rose. Il s’agissait-là de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’ai accepté de prêter ma voix à cette chanson et de participer à ce clip parce que je connais Faby Perier et son combat de tous les instants depuis de longues années. Elle a même été mandorisée il y a deux ans. Est-ce que cela sert à quelque chose ? Je n’en sais rien. Mais, si ça peut aider moralement au moins une personne, je me dis qu’une après-midi à enregistrer cette chanson n’est pas du temps perdu.

Dans ce clip pour apprécierez les voix de (par ordre alphabétique) Zakia Abasse, Méliane Abasse, François Alquier, Anne Bernex, Noemie Caillault, Pauline Cartoon, Jimmy James, Lizzy Ling, Ahmed Mouici (ex Pow Wow), Julia Nuret, Marie Sang de Bourbe et Slimane.

Paroles : Faby Perier
Musique : Rabah Bahloul
Arrangements : Chris Richard
Studio Human : Simon Cloquet-Lafollye
Mixage : Steven Forward

Musiciens : Romain Fitoussi, Romain Molist, Chris Richard, Nicolas Ramassamy

Réalisation et montage : Jenny Bardelaye

MCKS Prod : Rachid Abasse ( Fouz DK ) et Faby Perier

Et attention! Une soirée à ne pas louper!

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Quelques photos de l'enregistrement...

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Faby Perier, l'instigatrice de cette "aventure" musicale et humaine.

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Méliane Abasse.

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Ahmed Mouici (ex Pow Wow)et Faby.

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Le même, mais seul.

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Le collectif (1).

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Faby Perier et Jean-Jacques Goldman (il me semble).

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Là, c'est avec Johnny Hallyday (il me semble aussi).

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Le collectif (2).

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De gauche à droite, les chanteuses Julia Nuret et Lizzy Ling (http://www.lizzyling.com/), la comédienne Anne Bernex (http://www.annebernex.fr/), bibi (l'homme de la bande), la chanteuse Faby Perier (l'instigatrice du projet http://www.fabyofficiel.com/), l'humoriste Pauline Cartoon (http://www.pauline-cartoon.com/) et Méliane Abasse.

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Arrangement : Chris Richard

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Réalisation et montage : Jenny Bardelaye

01 octobre 2015

Angèle : Interview pour son EP, Prélude

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(Photo : Guillaume Ougier)

Angèle (Osinski) est une artiste que j'ai découvert au Pic d'Or. Voilà ce que j’en disais dans ma récente chronique mandorienne consacré à ce tremplin tarbais (j’adore m’autociter) : « Textes et musiques exigeants, une présence remarquable et une voix belle et singulière (allez, disons le, pas aux antipodes de celle de la chanteuse L. Avec son répertoire, Angèle ne sera pas la reine des tremplins, mais peut toucher un public conséquent si elle sort des disques honorablement produits. Elle a tout. Charme et chansons. Deux atouts qu'il faudra que cette artiste sache faire fructifier. »

Je suis ensuite allé la voir dans une petite salle parisienne peu de temps après.

Et puis je l’ai mandorisé, juste avant l’été (ce qui signifie que je crois en son fort potentiel).

angèle,interview,mandorBiographie officielle :

Chanteuse, auteure-compositrice, Angèle nous offre des textes ciselés et des compositions sensuelles et oniriques interprétés avec délicatesse et puissance.Nourrie aux airs de Barbara, Tom Waits et Lhasa, elle livre, avec son premier EP « Prélude » (sélectionné par le Prix Georges Moustaki en 2014 et par le Pic d’Or en 2015), une œuvre profonde et lumineuse, mystérieuse et incarnée. Elle est aujourd’hui en préparation de son premier album: « Nocturne ».

Angèle a longtemps chanté les chansons des autres. Après une formation classique (piano, solfège, chant au Conservatoire du VIème arrondissement de Paris), elle s’est immergée dans diverses traditions: jazz, chants tsiganes, tango, musique brésilienne… Elle a appris, au contact de musiciens, au hasard des rencontres, de concerts en concerts, leur musique, leur culture et un peu de leur langue.

Les morceaux de son EP, Prélude, ont été enregistrés par Stéphane Prin (notamment ingénieur du son pour Jean-Louis Murat, Camille, Bashung, Miossec, etc…) avec Manu Chehab (« Fedayi Pacha » et « Elektraum » chez Hammerbass) à la guitare électrique, au oud et à la scie musicale, Catherine Gauduchon et Angèle au piano et Marc Heullant à la batterie et aux percussions. Depuis octobre 2014, Didier Goret (pianiste notamment pour Juliette, Anne Sylvestre, Allain Leprest, etc…) a rejoint Angèle sur scène, au piano et aux arrangements.

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(Photo : Cédrick Nöt)

angèle,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tes parents écoutaient beaucoup de musiques quand tu étais plus jeune.

Ils écoutaient chacun un style différent. Ma mère était une fan de chansons françaises et de variétés. Dans le film La femme d’à côté de François Truffaut, à un moment, Gérard Depardieu vient voir Fanny Ardant. Ils ont une histoire d’amour tumultueuse. Il lui apporte un petit transistor pour qu’elle écoute de la musique. Il a un air méprisant parce qu’elle aime écouter des chansons. Elle lui dit que « la chanson, c’est l’art de raconter des choses qui servent à la vie en trois minutes ». Pour elle, c’est un grand art. Ma mère était pareille. Elle aimait aussi bien Fréhel, Piaf, Barbara que Souchon et Voulzy par exemple. Par contre, mon père était à fond musique classique et jazz. Mes parents se retrouvaient sur le jazz vocal. Billie Holiday était une voix de mon enfance.

Ce que tu fais aujourd’hui est l’intégration de tout ça ?

Oui, mais d’autres influences encore. J’ai mon parcours de rencontre musical personnel. J’ai une formation de piano classique. J’étais au Conservatoire à Paris en piano, solfège et chant. Je ne suis pas restée longtemps.

Ton père jouait du violon étant petit.

Oui, il est juif polonais. Il est né en France de justesse. Il était issu d’une famille très pauvre et il fallait s’en sortir par le talent et la musique. Ma grand-mère faisait les chœurs à l’opéra de Varsovie et mon grand-père était basse dans le même opéra. Il y avait dans ma famille, une culture de la musique.

Au bout d’un moment, tu as vécu la musique comme une obligation.

Oui, alors je m’en suis éloignée. J’ai toujours adoré lire, écrire et les mots m’ont toujours fasciné… le théâtre m’a interpellé pendant longtemps.

Clip de "Prélude".

Tu as souhaité devenir comédienne ?

J’ai tellement vu de comédie musicale quand j’étais gamine que, pour moi, devenir comédienne, ça voulait dire chanter, danser et jouer de la musique. Dans ma tête, c’était un ensemble. Après, je me suis rendu compte que non, alors j’ai privilégié la comédie, le jeu… mais tout en écrivant.

L’écriture est une constante dans ta vie ?

Oui, l’écriture de nouvelles, de romans, de poèmes… je crois que je me suis adonnée à toutes les formes à part les scénarii et du théâtre.

Paradoxalement, c’est pendant ton parcours de comédienne que tu t’es rapprochée de la musique. 

Dans ce métier-là, il y avait une forme de superficialité et je ne comprenais pas la logique de certaines choses. Au moins, la musique, c’était concret. Tu chantes juste, tu chantes faux, tu triches, tu ne triches pas… les choses sont claires.

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(Photo : Frédéric Petit)

Tu as recommencé la musique en allant à la Chope des Puces, à Paris.

C’était des guitaristes de jazz manouche qui jouaient là tous les samedis et les dimanches. J’y suis allée tous les dimanches pendant deux ans. Les musiciens qui m’ont entendu chanter m’ont dit que j’avais une belle voix, j’ai fini par chanter du jazz manouche et des chants tziganes avec eux. Par le biais de ces musiciens, j’en ai rencontré d’autres qui étaient brésiliens et j’ai aussi chanté avec eux. Pendant très longtemps, au hasard des rencontres, j’ai chanté dans une langue qui n’était pas la mienne, à chaque fois en m’immergeant dans une culture différente. Je me vis comme une éternelle étudiante en musique. Mes petites études au Conservatoire, par rapport à ce que je découvrais là, ce n’était pas grand-chose. L’enseignement de la musique en France est très dogmatique, tandis que mes expériences musicales ont fait exploser les barrières. J’ai découvert que l’on pouvait chanter, écrire et composer de plein de manières différentes.

Clip de "Colin-maillard".

Aujourd’hui, tu es revenue vers une facture un peu plus classique de la chanson.

Les rares fois où je chantais en français, je sentais qu’il y avait une connexion immédiate, parce que c’était la langue du public qui venait me voir. Le français est ma langue et chaque mot était chargé de mon histoire. En tant que chanteuse, j’ai eu l’impression de vivre la vraie rencontre avec le public à ce moment-là. Je me suis mise de plus en plus à écrire en français et j’ai eu envie de m’entourer d’une équipe pour aller chanter mes chansons sur scène.

Après ton EP, tu travailles sur de nouvelles chansons ?

Je suis en train de travailler à une forme qui ira plus loin que ce que j’ai proposé jusqu’à présent. J’ai beaucoup tourné en piano voix pour des raisons économiques, mais là, j’ai envie d’une formule à deux ou trois musiciens sur scène avec des sonorités hyper importantes pour moi. Je voudrais une guitare électrique, une batterie et un oud … A long terme, je cherche à être entourée. Pour l’instant, tout est fait maison.

Tu as ta propre personnalité et ton propre univers, mais parfois flotte un air de Babx ou de L. Tu n’es pas aux antipodes en tout cas, ce qui, de ma part, est un sacré compliment.

Je connais un peu Babx, nous nous sommes croisés à une période de nos vies, mais on ne s’est pas vus depuis des années. Je sais juste que nous avons écouté les mêmes choses et que nous avons les mêmes goûts en matière de musique, donc forcément, puisque nous avons des influences communes, il y a des choses qui vont se retrouver dans la façon d’écrire et dans la façon d’être en scène face aux gens. J’assume très bien les similitudes. C’est même flatteur que l’on m’en fasse la remarque.

Extrait d'un concert d'Angèle à l'ACP Manufacture Chanson, "Boite à musique" (avec au piano, Didier Goret).

Etre artiste en 2015, c’est dur ?

Oui, c’est un combat, mais jalonné de moments très intenses, très beaux. C’est très « cliché » ce que je vais te dire, mais je suis heureuse de me lever tous les matins en me disant que je vais écrire et composer. Pour répondre à ta question. C’est un combat que j’accepte de vivre.

Quel est le genre d’artiste que tu respectes et aimes ?

Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste. Ça m’a fait ça avec la regrettée Lhasa que j’avais vu en concert au Grand Rex. Ce sont des gens comme ça qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. Comme je suis très ambitieuse, c’est ce que j’essaie de proposer aux gens qui viennent me voir.

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(Photo : Thomas Bader)

angèle,interview,mandor(A gauche: Angèle, notre ami commun, le subtil et délicat Bastien Lucas et Mandor).

Quand tu écris, il n’y a pas quelque chose de l’ordre du mystique ?

Je pars souvent d’une phrase banale liée à des choses que j’ai vécues, des choses personnelles ou que j’ai pu observer, mais souvent, ce sont des événements sur lesquels je ne me suis pas attardée. Sur le moment, j’ai cru que ça n’avait pas vraiment d’importance. De cette phrase naît tout un processus d’imbrication de pensées, de mots qui forment, au bout d’un moment, une chanson. Je rejoins ta question… par moment, j’ai l’impression que cela m’est dicté.

Et pour la musique ?

J’écris d’abord les paroles et la musique vient ensuite. Une des phrases du morceau va sonner d’une certaine manière et l’intonation va induire une musique. Tout est logique dans la musique. On croit que ça forme une contrainte, mais au contraire, ça offre beaucoup de libertés. Il faut juste trouver le chemin le plus proche de ce que tu as voulu exprimer dans la chanson. Quand j’écris une chanson, j’ai l’impression de forer un puits.

Un artiste est souvent pudique, pourtant il se déshabille sur scène.

Dans la vie, je suis très pudique et sur scène, ce que je cherche, c’est la transparence, c’est-à-dire que je suis encore plus qu’à poil. C’est le dénuement le plus total. C’est ce que je ressens intimement, profondément, que je vais laisser voir. Je ne vais pas le montrer, je vais juste le laisser voir. Et désormais, je ne vais plus hésiter à plonger dans les failles…

Il faut avoir des failles pour chanter des chansons qui montrent les failles ?

Ça peut-être pratique oui.

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Après l'interview, à l'agence.

Bonus : LA B.A.C - EPISODE 2 - PRÉLUDE

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Le numéro 2 de la géniale série hexagonale. Un trio de choc qui enquête dans le milieu de la chanson. Cette fois-ci, Mad, Mercier et Desreumaux s'en prennent à Angèle.