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27 octobre 2015

Arman Méliès : interview pour Vertigone

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(Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandor« D’Arman Méliès, on connaissait le folk astral des premiers disques, les miniatures cinématographiques, la poésie surréaliste, et les relectures post-punk du dernier album en date, AM IV. A l’évidence, il faudra désormais compter avec lui sur le terrain de l’indie-rock épique et impétueux, avec ce nouvel album sanguin, lyrique et ombrageux, Vertigone » explique le dossier de presse.

Personnellement, je tiens Vertigone pour un chef d’œuvre, au sens non galvaudé du texte. « Il dévoile un univers sanguin qui fait la part belle à un lyrisme libérateur ». J’avais déjà rencontré Arman Méliès pour le précédent, AM IV, que je pensais inégalable tant il m’avait ébloui. Mais ce génie s’est surpassé, musicalement, textuellement et même vocalement. Oui, Arman Méliès est aussi un puissant chanteur de rock, ce qu’il nous avait caché pendant des années. On ne peut que s’incliner devant un disque si vertigineux. Hop ! Levons-nous tous et applaudissons à tout rompre ce magicien/maestro. Je peux vous parier que cet album majeur (au minimum l'album français de l'année), deviendra un jour un album culte.

Biographie officielle (largement écourtée) :arman méliès,vertigone,interview,mandor

En cinq albums, Arman Méliès s’est construit un patronyme solide dans le monde de la création française. Un nom de musicien, un compositeur réputé voyageur, pour lui ou d’autres (Bashung, Thiéfaine…), capable de glisser d’une pop oblique jusqu’aux contrées électroniques. Un curieux, défricheur, cascadeur même. Sa dernière expérience AM IV  était synthétique… et le revoilà, avec Vertigone, amoureux des racines, interprète, taillant dans les guitares ce qu’il avait sondé auparavant dans les claviers. L’homme n’a pas changé, il est fils d’exigence mais il « avait des envies de chanteur, voulait retrouver la magie du guitare-voix sans se cacher derrière la technologie ». Toutes les chansons ont donc été composées à l’ancienne, dans la tradition : avec un rythme, une guitare et une ligne de chant. Retour aux bases toute ! Donc. Quand le son est proche de l’os, que l’essence blues ronge les guitares et que la voix raconte l’histoire dans un instant d’exultation et de don. La musique, Arman Méliès la veut maintenant comme une vibration pure, une exploration sans filet, une expérience sans prismes, ni filtres, ni masques…
Arman Méliès est là. Et si Vertigone est certainement son album le plus rugueux, il n’a rien de minimal, au contraire. Peut-être tient-il là son disque le plus foisonnant et le plus extraverti. En studio, les arrangements ont fait leur œuvre pour venir « chatoyer » les rudesses d’origine et le plaisir des enjolures a parfait la pureté de l’intention. L’orchestration, jamais bavarde, y sert la limpidité du chant et la musique naturelle du texte.

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 (Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandorInterview :

Cinquième album. Cela commence à faire une œuvre.

On s’en approche doucement. A mon sens, il faut flirter avec la dizaine pour constituer une œuvre qui se tienne. Cela dit, Jeff Buckley n’a fait qu’un disque, mais c’est une œuvre tout de même. Un chef d’œuvre, pour être tout à fait exact. Le nombre d’album n’a pas d’importance, au fond, mais quand je regarde mes camarades de jeu comme Dominique A ou Jean-Louis Murat, ils en sont à un certain nombre de disques que je n’ai pas atteint.

Il me semble que c’est ton précédent album, AM IV, qui t’a révélé. Pour moi, ce disque a été un choc en tout cas.

Il a été effectivement un peu plus exposé. Sur les trois premiers disques, j’avais réussi à m’installer comme un auteur compositeur qu’il fallait un peu suivre. Le fait d’avoir collaboré avec Bashung, Thiéfaine et Julien Doré, m’a donné un peu de crédit auprès des gens de la profession. Le fait d’avoir détourner, à peine, un discours politique de Sarkozy a fait un peu parler. Le clip de « Mon plus bel incendie » où un tueur à gage extermine mes collègues chanteurs et chanteuses françaises s’est aussi fait remarquer. Toutes ces choses-là réunies font qu’on pose un regard un peu plus important sur ma petite personne. Ça a permis d’éclairer un peu mieux la sortie d’AM IV. C’est curieux parce que je continue aujourd’hui à le trouver difficile d’accès.

Clip de "Mon plus bel incendie" tiré de l'album AM IV.

Revenons au clip de « Mon plus bel incendie ». Bousiller tous vos confrères, je trouvaisarman méliès,vertigone,interview,mandor l’idée énorme.

Il y avait l’idée de jouer sur le climat ultra concurrentielle que l’on peut vivre, je parle en termes économiques et politiques, pas forcément dans le milieu de la chanson, même si je me suis amusé à tuer mes amis artistes. En vrai, ce n’est pas parce qu’untel marche que l’autre ne va pas marcher. On est plutôt à s’entraider les uns, les autres selon les petites familles musicales que nous nous sommes créés. Je n’ai jamais senti de concurrence.

Le climat ultra concurrentiel dont tu me parles, tu le ressens en tant qu’artiste ?

Moi, non franchement. Je fais partie des artistes un peu privilégié, un peu à part. Cela dit, dans la vie de tous les jours, je vois bien que les gens en bavent, que certaines personnes sont lourdées comme des moins que rien. Je trouve qu’il y a une violence économique aujourd’hui dans le monde dans lequel nous vivons. Encore une fois, je sais que je fais partie des privilégiés parce que je fais un métier que j’adore, que je ne considère pas comme du travail, mais comme une passion, parce que j’arrive à en vivre, parce que je fais des concerts partout en France et parfois même dans le monde. C’est ambivalent, parce qu’on a beau être ancré dans une certaine réalité et être sensible à cela, en même temps, on sait très bien que nous, artistes, on est en train de vivre notre rêve de gosse.

Clip officiel de "Constamment je brûle". Titre extrait de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorEst-ce que tu fais ce métier aussi pour fuir cette réalité ?

Je ne le considère pas comme une fuite, même si j’ai toujours été un peu rêveur. Même enfant, j’avais tendance à m’échapper dans mon monde. En tout cas, je n’ai pas opté pour la musique pour fuir tout ça. Sans doute que, par moment, cela préserve un peu. Cela permet de réenchanter le monde et d’en voir les effets les plus positifs sur la réalité.

Tu as employé un mot que j’aime bien : « réenchanter ». Des gens comme toi donnent du bonheur. Ils redécorent le monde de manière jolie et positive.

Tu as raison, même si ce n’est pas exclusivement cela. C’est de l’ordre du don de permettre d’offrir une vision un peu différente au public et de proposer le monde sous un autre axe pour envisager le réel.

Est-ce que Vertigone est la continuité d’AM VI ?

Je ne sais pas, mais c’est un album logique dans ma discographie. Ce cinquième album est l’aboutissement temporaire d’une évolution qui me parait naturelle. Quand j’ai commencé à écrire Vertigone, dans un souci de ne pas me répéter, j’avais la volonté de me démarquer d’AM IV. J’essaie de faire en sorte de ne jamais concevoir deux fois le même disque. J’envisageais AM IV comme un album très conceptuel, froid, voire un peu désincarné. A l’inverse, là, j’avais envie de faire quelque chose qui était très incarné avec des chansons qui prennent chair. C’est aussi pour cela que je les chante différemment.

Teaser 1 de l'album Vertigone.

Tu te lâches avec ta voix. J’adore !

Ça m’est venu naturellement. Sur les deux premiers disques, j’avais une crainte d’être un peu trop lyrique et que ce lyrisme transforme mes chansons en quelque chose de grandiloquent. J’ai donc fait profil bas et j’ai retenu cet élan vocal pour obtenir quelque chose qui soit de l’ordre de la sobriété et du minimalisme. Aujourd’hui, avec l’envie de la scène, l’expérience et l’âge, le chant s’est transformé. Au fur et à mesure, je me suis aperçu que je poussais plus ma voix et que j’y trouvais énormément de plaisir.

Tu as été musicien de Julien Doré (mandorisés là) sur sa dernière tournée à succès. Vous avez fait de arman méliès,vertigone,interview,mandornombreuses dates et il y avait du monde partout. Est-ce que cela a influencé la conception de ton dernier album ?

Oui, dans une certaine mesure. Il y avait quelque chose de très pop, très lumineux, très arrangé dans l’album de Julien. Sur la tournée qui a suivi, on était dans quelque chose de l’ordre du contrôle. En réaction à cela, je crois que j’ai eu envie de lâcher les chevaux. Quand j’ai commencé à écrire mes chansons, j’ai eu envie de me livrer un peu plus.

Tu as écrit tes chansons lors de la tournée de Julien Doré.

Oui, en fin de matinée, début d’après-midi, avant les balances du concert du soir. J’ai moins de problème pour trouver l’inspiration que la méthode de travail. On est dans un cadre où nous changeons de salle tous les jours. On peut se retrouver dans une petite loge sans fenêtre. Parfois nous sommes plusieurs dans la même salle. Chacun est sur son ordinateur pour ne pas trop déranger les autres. Parfois, on est seul et on peut faire un peu plus de bruit. On n’est pas toujours dans une situation très confortable pour l’écriture, mais ça venait naturellement. Comme un ouvrier, tous les jours, je me mettais au travail.

Teaser 2 de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorPeut-on dire que cet album s’est fait facilement ?

Oui. J’avais du temps chaque jour, donc je l’ai utilisé à cela. Peu à peu, je voyais où j’allais et à quoi je voulais que mon album ressemble.

Tu as jeté beaucoup de chansons ?

C’est la première fois que j’en jette autant, en tout cas. Pour mes précédents albums, lorsque je les concevais, je ne jetais presque rien. Là, j’ai écrit plus que d’habitude. En tout, près de 25 chansons. J’ai beaucoup élagué.

Tu voulais te diriger vers où avec ce disque ?

Je voulais revenir aux guitares. Je souhaitais concevoir un disque « classic rock» et qu’il ne soit pas nostalgique d’une époque, ni qu’il soit référencé par rapport à tel courant musical ou tel artiste. Je voulais aussi quelque chose qui soit contemporain et qui ressemble à notre époque.

Tu m’impressionnes musicalement, mais aussi textuellement. Tu n’écris comme personne d’autre. On se laisse embarquer dans des histoires que l’on ne comprend pas toujours. Enfin, là, je parle pour moi.

Le travail de mes textes consiste à ce qu’ils ne soient pas hermétiques. Je veux que l’on puisse se raconter quelque chose assez vite en écoutant les textes. Si on ne comprend pas ce que je raconte, on peut au moins s’en faire une interprétation. Il y a plusieurs degrés de lecture et chacun, selon sa vie personnelle, selon ses références, selon ses influences, se raconte sa propre histoire. Les textes se doivent d’être vraiment subjectifs. Je joue avec la subjectivité de l’auditeur.

Teaser 3 de l'album Vertigone.

Dans ton nouvel album, on est transporté dans la mythologie.arman méliès,vertigone,interview,mandor

Les chants sont « épiques ». Certains de mes textes sont mêmes des odes à la vie.

D’où te vient l’inspiration de ces textes ?

Elles me sont un peu sorties comme ça. Après je fais du tri dans ce qu’il me tombe dessus, parce que parfois, il y a des choses qui ne font pas sens. Il y a des thèmes que l’on retrouve d’une chanson à l’autre, parfois même une même phrase ou des mots en commun. Toutes les chansons ont des liens entre elles.

On fait un disque comme on fait un puzzle ?

Je comparerais ça à un mini recueil de mini nouvelles.

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Pendant l'interview...

arman méliès,vertigone,interview,mandorAimerais-tu écrire un livre ?

Oui. J’ai des collègues qui se sont adonnés à cette activité. Dominique A et Bertrand Belin par exemple. Je n’envisage d’écrire des nouvelles ou un roman qu’assis derrière un bureau pendant des semaines, voire des mois et je n’en ai pas la patience. J’ai déjà fait des tentatives de romans, mais je n’arrive pas à les terminer. Il y a toujours un moment où je préfère reprendre la guitare et écrire une chanson. Je n’arrive pas à m’astreindre à une discipline très difficile. Peut-être qu’aucun de mes romans n’aboutira.

Toutes les critiques sur ce nouveau disque sont extrêmement élogieuses, cela te rassure ?

Bien sûr. Je lis la plupart des critiques par curiosité et je dois dire qu’en ce moment, je suis gâté. Mais, si l’album n’avait pas trouvé l’adhésion des critiques musicaux, j’aurais eu au moins la fierté d’avoir fait l’album que je voulais. Je suis très satisfait et fier de lui. Aujourd’hui, il ne m’appartient plus.

Je trouve superbe la pochette et l’artwork de ton disque signé Franck Loriou.

On a flirté avec le vintage, mais on ne voulait pas être dans le cliché du vieil album. Je trouve que la pochette ressemble aux chansons : classique et classe.

(A noter que toutes les photos qui "décorent" cette chronique mandorienne sont de Frank Loriou, sauf celle avec Julien Doré et, évidemment, celles prises à l'agence). 

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Après l'interview, à l'agence, le 6 octobre 2015.

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