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21 octobre 2015

Amélie Nothomb : interview pour Le crime du comte Neville

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amélie nothomb,le crime du comte neville,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCela faisait longtemps que je voulais interviewer de nouveau Amélie Nothomb. Je l’avais déjà eu devant mon micro dans une autre vie, dans une radio limougeaude, en 1996. Mais depuis, plus rien. Or, j’aime beaucoup les romans d’Amélie Nothomb. Je lis systématiquement (ou presque) son livre annuel. J’étais donc content que l’on me demande de l’interviewer une seconde fois.

Mais c’était un « phoner ». Et je n’aime pas les interviews par téléphone. Surtout quand j’aime l’artiste. J’ai besoin du regard de l’autre. C’est con, mais c’est primordial. La personne interrogée est meilleure et je suis mailleur quand il y a un vrai contact. Une interview se doit d’être « physique ». Bref, c’est comme ça.

Mais elle a été délicieuse. Écouter Amélie Nothomb est un ravissement.

Pour ce 24e roman, Le crime du comte Neville, elle nous plonge dans les milieux aristocratiques belges (dont elle est issue). Elle croque avec amusement ce monde accroché aux principes d'un autre âge (ceux de l'Ancien Régime), où l'on vit "dans la hantise de faillir au paraître" et où "ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne".

Voici le fruit de notre conversation téléphonique pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de septembre et octobre 2015). En bonus pour Les chroniques de Mandor, la version longue de l’interview.

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amélie nothomb,le crime du comte neville,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien :

C’est votre 24e livre publié, mais vous en écrivez plusieurs par an. Comment choisissez-vous celui qui va sortir à chaque fin du mois d’août ?

La procédure est toujours la même. À la fin de l’année, donc durant l’hiver, je relis tout ce que j’ai écrit dans l’année, ce qui fait trois ou quatre manuscrits, et je choisis seule et de façon extrêmement instinctive lequel de mes manuscrits de l’année je publierai. J’aurais le droit d’aller chercher dans mes vieilleries, dans mes manuscrits des années précédentes non publiées, mais je n’en éprouve pas le désir. Je préfère publier quelque chose de récent.

Aucun de vos livres ne ressemble à un autre. On ne sait jamais à quoi s’attendre et ce n’est pas vos quatrièmes de couverture qui vont nous aider…

(Rires) J’étais tellement énervée par ces quatrièmes de couverture qui nous servaient des plats complets que j’ai inventé les quatrièmes de couverture frustrantes. Je préfère susciter du désir que de rassasier les gens avant même qu’ils aient lu mon livre. J’ai constaté que plus les quatrièmes de couverture sont louangeuses plus le livre est mauvais. Moi, j’évite cet écueil, ainsi cela ne me porte pas malheur.

Pour en revenir à Le crime du comte de Neville, vous n’avez pas été si cruelle que ça avec le milieu que vous dépeignez.  

Je n’ai pas mis de frein, je vous assure. Je n’ai simplement pas eu le besoin d’en dire plus. J’aime énormément mes parents, même s’ils appartiennent clairement à ce milieu. C’est trop facile de dire « famille, je vous hais ! » Je ne hais pas tout dans ce milieu. Il y a des choses que je trouve étonnantes et touchantes, même s’il est profondément désuet et ridicule. J’en ai hérité, donc je ne peux pas non plus me haïr moi. Je ne souhaite à personne d’appartenir à ce milieu, car il est très dur et faussement aisé, mais il a aussi des côtés fascinants et je ne le déteste certainement pas.

Est-ce plus compliqué d’écrire sur des faits que l’on a vécus, qu’une pure fiction ?

J’ai beaucoup expérimenté ces deux écritures. Elles sont, l’une et l’autre, très difficiles. Il y a peut-être une plus grande liberté dans l’écriture fictionnelle parce que personne n’existe réellement et personne ne va vous reconnaître. Vous pouvez donc confier les secrets les plus intimes de vos personnages avec un très grand sentiment d’impunité. Dans le cas de l’écriture autobiographique, c’est plus facile parce qu’on décrit un milieu que l’on connaît très bien, mais c’est aussi plus compliqué parce qu’on a une limitation de la liberté. Comme on sait que l’on va être reconnu, cela empêche de tout dire. Bref, ces deux écritures ont leurs contraintes, mais j’ai certainement besoin des deux. Pour connaître la totalité de mon être, pour savoir qui je suis, on a besoin de lire mes écrits autobiographiques et ceux qui sont fictionnels. J’ai aussi envie d’ajouter : « pour savoir ce que tout le monde est ». Je fais le pari qu’en donnant une description fidèle de ce que je suis, je donne une description fidèle de ce qu’est à peu près tout le monde.

Le comte de Neville, Henri, aime sa femme et je trouve ça beau quand il dit : « Si j’avais tout réussi comme mon mariage, je serais le plus heureux des hommes ».

Mon père pourrait en dire autant, sauf qu’il a bien réussi sa vie en tous points. Ce qui est sûr, c’est qu’il a particulièrement bien réussi son mariage. Moi, à ma manière, j’ai pas mal réussi ma vie et j’ai surtout bien réussi mon histoire d’amour. Ça tombe bien, c’est surtout cela que je voulais réussir. Je suis un grand message d’espoir. On peut être cette espèce de « radeau de la méduse » que je suis et pourtant s’en sortir.

On a l’habitude de dire qu’une des caractéristiques de vos livres est que vos héros ont toujours des prénoms rares, voire uniques, c’est le cas de votre héroïne qui s’appelle Sérieuse. Pour la première fois, vous parlez de cela dans ce livre.

C’est la première fois qu’il est naturel que j’en parle parce que c’est vrai que dans l’aristocratie belge, on donne volontiers à ses enfants des prénoms à coucher dehors. Mes parents n’ont pas hérité de ce travers parce qu’ils ont appelé leurs enfants André, Juliette et Amélie, ce qui est tout à fait raisonnable. Moi, je n’ai pas d’enfant. Si j’en avais eu, je leur aurais donné des prénoms possibles. Mais, j’ai des enfants de papier qui, souvent, ont des destins hors du commun, et je me dis que je peux me permettre ce luxe de leur donner des prénoms qui leur conviennent.

Pour vous, la vie est tragique ou comique ?

Vraiment les deux, à court et long terme. Dans toute journée adulte, il y a toujours des sales moments et des moments presque hilarants. Je vous assure, si on arrive à regarder la vie que l’on mène à bonne distance, il y a toujours moyen de se marrer.

Êtes-vous heureuse ?

Je ne suis certainement pas malheureuse, mais heureuse, le contrat est difficile à remplir. Être heureuse tout le temps n’est pas tenable comme position. Mais j’ai des moments de joie, tous les jours, je trouve donc que je suis assez bien lotie.

Les journalistes vous raillent sur le fait que chaque année, un Nothomb sort à la même date depuis 24 ans.

Les journalistes qui me reprochent cela n’ont pas l’air de se douter à quel point c’est difficile. Ils ont l’air de croire que le livre tombe du ciel. Non, c’est même un métier très difficile. Je ne sais pas ce que valent mes livres, mais je sais les efforts que je fais pour en arriver là. Cela fait 23 années que je tiens et je suis toujours impressionnée d’être toujours là.

Personnellement, j’ai toujours imaginé que vous écriviez avec une certaine facilité…

Non seulement c’est difficile, mais c’est de plus en plus difficile. Il s’agit à chaque fois de conquérir un peu de territoire indicible supplémentaire. Plus on en a conquis, plus c’est compliqué d’en conquérir d’autres. Je ne veux pas me comparer à Usain Bolt, ce serait un peu excessif. Quand on court si vite que ça, gratter quelques microsecondes supplémentaires, c’est encore plus difficile. La facilité d’écrire que vous me prêtez est parfaitement illusoire.

Quand vous commencez un nouveau livre, vous demandez vous comment ne pas ennuyer le lecteur ?

Dieu merci, je n’ai jamais ce genre de pensée et je ne me demande pas non plus si je vais être lue ou non. Vous savez, je suis en train d’écrire mon 84e manuscrit pour 24 parus, donc beaucoup ne sont lus par personne. Ce qui est difficile, c’est d’être toujours à la hauteur de ce que j’attends de moi. Je suis ma première lectrice, et croyez-moi, comme première lectrice, je suis monstrueusement vache. 

Après vous, qui est la deuxième personne qui lit vos manuscrits ?

Le PDG des éditions Albin Michel, Francis Esménard. Encore une fois, il ne lit que les manuscrits que je choisis pour être publiés, les autres ne sont lus par personne.

Commentaires

Quelle chance de pouvoir discuter avec elle. Je l'aime d'amour. J'ai lu TOUS ses romans. Evidemment, il y a ceux qu'on préfère et ceux qui déçoivent. Mais chaque fois, c'est tellement ELLE. Je lui ai parlé plusieurs fois lors de "signatures". Elle est tellement vraie, chaleureuse, GENTILLE, au sens le plus fort et le plus positif du terme. C'est un être humain qui me bouleverse et qui m'attire. Elle vous serre la main et elle vous dit, droit dans les yeux "comment allez-vous ?"

Écrit par : Pascale | 21 octobre 2015

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